semaine 39

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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21 septembre 2016

La magie de la vente

Les yeux fixés sur le mur de sa cuisine, Frank touille son café. Le sucre s’est dissous depuis longtemps, mais la petite cuillère continue à tourner en rond dans le café noir. Frank ne sait qu’une chose : nous sommes le 30 juillet, dernier jour avant les vacances. Frank déteste les vacances. C’est pire : elles l’angoissent. Il tente de se convaincre qu’il s’agit d’une journée ordinaire. Allez Frank, reprends-toi ! Il boit son café d’une traite, il est froid, et part à son premier rendez-vous. Frank est agent commercial dans une société qui fabrique et commercialise des fontaines d’eau. Il préfère dire qu’il est vendeur, le meilleur de la firme, chiffres à l’appui. Vendre tient de la magie. Personne ne sait pourquoi une vente se fait. Les mécanismes d’une bonne vente sont inconnus. Il n’a qu’une seule certitude : la magie de la vente disparaît quand on arrête de vendre. Il le sait. Il l’a vécu. Il s’inquiète. Au printemps dernier, ses résultats étaient si bons qu’il avait pris deux jours de congé. Deux jours de détente dans un hôtel au bord de la mer. Une erreur. A son retour, la magie de la vente l’avait quitté. On ne devrait jamais se détendre. A son retour, Frank ne parvint plus à ensorceler ses victimes. Son argumentation tombait à plat. Et quand il parvenait enfin à hypnotiser le client, il gaffait. Un mot de trop dans la fragile formule magique et son interlocuteur reprenait ses esprits en disant : « Votre produit est intéressant, mais je vais réfléchir ! » Réfléchir c’est l’horreur ! La réflexion est l’ennemi du vendeur comme du magicien. Les bons de commande de Frank restaient vierges. Trois semaines sans rien vendre, il commença à paniquer. Avril fut désastreux. Au bureau, il évitait son patron. Devant ses collègues, il simulait des conversations avec des clients au téléphone et puis, il éloignait le combiné de sa bouche pour murmurer : « Il mord à l’hameçon, je le tiens ! ». L’angoisse de ne rien vendre lui donnait de douloureuses crampes à l’estomac. La nuit, il rêvait que son patron le congédiait et qu’il errait en ville sans un sou. Des huissiers noirs volaient au-dessus de sa tête pour s’emparer de sa mallette, de ses bons de commande, de ses costumes et de sa grosse voiture de fonction. Un soir de mai qu’il déprimait dans un bar, Frank rencontra un vague copain, un vendeur de voiture. Au premier coup d’œil, Frank et Jérôme comprirent que les affaires roulaient pour l’un et pas pour l’autre. - Ca va pas fort, hein, Frank, remarqua le vendeur de voiture. Frank lui expliqua que la magie de la vente l’avait quitté. L’autre se fendit d’un sourire méprisant: « C’est bizarre ! Ca ne m’est jamais arrivé ! ». - Tu as peut-être trouvé la formule magique, répondit Frank. - La seule formule qui fonctionne, déclara Jérôme, se résume en trois mots : BOUFFER L’AUTRE. Frank déposa son verre. Mais oui, c’est évident ! Il avait oublié le principe premier de la vente : la cruauté. Jérôme continuait sa démonstration: "Bouffer l’autre dans le cadre du boulot mais aussi en dehors. La vente est une philosophie de vie. Il faut se comporter en permanence en prédateur. En requin ! Ne jamais desserrer l’étreinte ! Jamais!" Frank opinait sans rien dire. Jérôme vida son verre et appela la serveuse. - Mon ami Frank va payer nos verres et mon ardoise. Devant l’air étonné de Frank, Jérôme ajouta : « Tu me dois bien ça ! Pour la leçon ! » - Heu … Evidemment ! La note était salée. Frank paya sans sourciller une somme exorbitante, le crédit de plusieurs semaines mais estima que la leçon en valait la peine. Frank suivit les conseils de Jérôme et la fréquence de ses crises d’angoisse diminua. Les ventes remontèrent lentement. Il ressentit à nouveau ce bonheur intense, la sensation de pouvoir absolu au moment précis où son interlocuteur signait le bon de commande. Mai fut meilleur, juin excellent. Frank vit arriver les vacances avec anxiété : Et s’il perdait à nouveau la magie de la vente ? Au bureau régnait la joyeuse animation qui précède les départs en vacances. Quand Frank croisa son patron, il lui parla de ses bons de commande. : « Excellent Frank, vous êtes notre meilleur élément, répondit le patron, la tête déjà à la Côte d’azur. Et, plus tard, devant le personnel de la boîte, il ajouta : « Cette année, vous êtes celui qui mérite le plus de prendre des vacances ! ». Cette remarque ne procura aucun plaisir à Frank. Toute la matinée, il encoda ses commandes et donna des coups de téléphone afin d’organiser les rendez-vous de la rentrée. Au bureau, tout le monde avait filé. Finalement, le concierge, qui partait aussi en vacances, supplia Frank de quitter la firme. Il devait fermer l’immeuble pour la quinzaine. Sa femme et ses gosses l’attendaient. Frank rentra chez lui. La nuit avant les vacances, il ne réussit pas à fermer l’œil. Le matin, l’angoisse était à son comble. Il envisagea même, un instant, d’aller visiter des clients, mais il y renonça. La plupart des responsables étaient absents et les entreprises fermées. Finalement, il prit une décision : il partirait lui aussi en vacances. - Pourquoi les autres et pas moi ? C’est une bonne manière d’évacuer mon stress ! Il fit sa valise, monta dans sa voiture et prit la direction du Sud. Après trois heures de route, il s’arrêta pour faire le plein. Un auto-stoppeur l’aborda. Ils allaient dans la même direction et Frank accepta la compagnie du jeune homme. L’auto-stoppeur parlait sans arrêt. De tout, de rien, de ses projets. Frank avait l’impression de n’avoir rien à dire. C’est vrai qu’il n’avait rien à dire. En dehors de son métier, rien ne l’intéresse. Il fallait réagir et vite. L’angoisse le prenait déjà à la gorge. Il se mit en tête de persuader l’auto-stoppeur de payer son voyage. Pourquoi ne participerait-il pas aux frais d’essence ? L’autostoppeur refusa tout net : « Ce n’est pas la coutume ! ». Frank se redressa alors sur son siège et mit sa brillante machine de vendeur en marche. Plus Frank développait son argumentation, plus le jeune homme perdait pied. Au moment où Frank arrêta la voiture pour débarquer le jeune homme, celui-ci, de mauvaise humeur, paya exactement la somme proposée par Frank. Il était aux anges. Cet argent avait été royalement gagné. De plus, Frank avait roulé l’auto-stoppeur de dix pour cent environ sur la consommation réelle d’une voiture de fonction dont il ne payait même pas l’essence. Quelle satisfaction ! Ses sensations étaient identiques à celles qu’il ressentait devant un bon de commande dûment rempli et signé. Frank s’installa dans une petite station balnéaire. Il négocia longuement le prix de la chambre avec l’hôtelière qui finit par lui accorder une ristourne. Les premiers jours, Frank se sentit apaisé. Il se comporta en simple touriste et fit la connaissance de Betty, une jeune femme seule, qui logeait dans le même hôtel. Betty le dragua ouvertement. Elle était blonde, blanche, grasse et appétissante. Elle plongeait ses grands yeux bleus dans ceux de Frank et riait délicieusement. Frank se laissa prendre au jeu. Après tout, il était célibataire ! Pourquoi ne connaîtrait-il pas lui aussi la joie des amours de vacances ? Ils se promenèrent sur la plage. Betty riait à toutes les phrases de Frank. Il se dit qu’un type normal emmènerait Betty dans sa chambre. Ils restèrent silencieux quelques minutes après avoir fait l’amour. Frank aurait voulu briser le silence et son malaise grandissant par une phrase banale, mais il ne trouvait rien à dire et Betty ne riait plus. La jeune femme prononça quelques mots sur la difficulté de l’existence en général et celle des jolies blondes grasses en particulier. Sa bonne humeur s’en était allée avec le désir. Frank se sentait à mal à l’aise. Il commençait à souffrir de crampes. Il ressentait très précisément qu’il n’existait pas quand il ne vendait pas Pris de panique, il se leva d’un bond et arpenta la chambre. Ses yeux tombèrent sur les prix affichés par l’hôtel. Il se rendit compte qu’il avait obtenu une réduction très importante en négociant avec l’hôtelière. Son corps se redressa un peu et une terrible envie de vendre l’envahit. Il lutta quelques secondes contre la pitié que lui inspirait la jeune femme et puis, il lança son attaque : « Betty, tu bois de l’eau minérale ? ». - Oui, évidemment. Il lui vanta la qualité de son eau, rappela le prix élevé des bouteilles plastiques et leur poids. Il se sentait fort et sûr de lui. Il se dit qu’il n’avait jamais été aussi bon. Chaque mot était judicieusement choisi, les silences calculés et surtout, il donnait l’impression à la jeune femme que cette vente ne l’intéressait absolument pas. Seuls, le confort et la soif de Betty avaient de la valeur à ses yeux. Par un heureux hasard, dans sa valise, il avait, pensait-il (il en avait la certitude), un ou deux bons de commande pour des fontaines d’eau de cinquante litres. Elle se défendit encore : « Cinquante litres ? Ce n’est pas trop pour une femme seule ? ». - Le pouvoir amaigrissant de l’eau de source est prouvé scientifiquement. Il avait frappé juste. La jeune femme était tourmentée par son poids.

Elle était prête pour le coup de grâce.

- Les gobelets en plastique sont offerts à l’achat de cent litres d’eau ! Il lui tendit son stylo. Betty, assise, nue, devant la petite table de l’hôtel, signa là, là, et encore ici. Elle se dit que le plaisir de Frank était plus grand au moment de la signature que celui qu’il avait éprouvé un peu plus tôt dans ses bras et puis, elle chassa cette idée ridicule. Frank vendit encore six fontaines pendant ses vacances. Il ensorcela deux couples de retraités, une famille, une autre femme seule, et l’hôtelière. Il gérait bien son stress. Dès les premières atteintes du mal, il trouvait une victime susceptible de satisfaire son besoin de vendre. Sur la route du retour, Frank planait au-dessus des hommes. Ses vacances avaient été un succès. Il avait jugulé ses angoisses et se sentait capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. La radio déversait des nouvelles économiques et Frank sentait combien il était un rouage du monde. Aujourd’hui, Frank reprend le travail. A 8h 30, il se rend chez son premier client quand une mauvaise pensée lui traverse l’esprit : « Et si, malgré tous mes efforts, j’avais perdu la magie de la vente pendant les vacances ? ». Le feu vire au rouge. La voiture s’arrête. Il fait déjà chaud. La vitre de la voiture est baissée. Chacun est à l’abri dans son véhicule. Personne à qui vendre quoi que ce soit. Un garçon de huit ans s’est planté devant la voiture. Colombien ? Syrien ? Gitan ? Sans prononcer un mot, le gosse lui montre une éponge. Il désire visiblement nettoyer le pare-brise en échange d’un peu d’argent. Frank qui lutte contre un début d’angoisse n’a pas la force de dire non. D’un mouvement de la tête, il marque son accord et le gamin se met au travail. Il passe rapidement une éponge sur la vitre et racle l’eau. - C’est mal fait, se dit Frank. L’enfant se présente à lui la main tendue. Pendant une seconde, Frank se demande s’il ne pourrait pas le rouler. Démarrer, argumenter, jouer celui qui n’a pas de fric en poche. Son angoisse s’évanouirait et tout serait réglé. Mais c’est un gosse. Frank veut lui donner une pièce. Zut ! Pas de monnaie. Le feu vient de passer au vert. Il sort maladroitement son portefeuille de sa veste et prend un billet. -Non, c’est trop ! se dit-il. Il veut le replacer dans son portefeuille, mais le gamin décide que ce billet lui convient. Il le prend dans la main de Frank et s’éclipse. Frank est effaré. - Quel culot ! Le feu est rouge. Frank retire précipitamment sa ceinture et sort de son véhicule. Il veut poursuivre le gosse mais il est déjà loin.

- Le salaud ! Le feu est vert. Autour de lui, les voitures klaxonnent. Des types lui montrent le poing et l’insultent. Des hommes en cravate avec des mallettes bourrées de bons de commande. Frank, en sueur, sent qu’il est passé de l’autre côté de la barrière. Trop fragile pour ce monde, il est exclu.

26 juillet 2016

D'occasion

Quoi de plus énergisant pour un auteur que d’acquérir un nouvel ordinateur ? Bon, je l’avoue, il est loin d’être neuf. C’est un ordinateur portable d’occasion mais il s’agit d’une machine superpuissante que je n’ai pas pu m’acheter quand elle est sortie faute de liquidité mais que je peux m’offrir, aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros parce que sa technologie et son design sont largement dépassés et parce qu’il a déjà été utilisé par un précédent propriétaire. Qu’importe ! Il est très enthousiasmant d’acheter un nouvel ordinateur même d’occasion. D’abord parce que j’ai vraiment eu l’impression, en sortant de la boutique, de porter mon œuvre future et tellement talentueuse sous le bras. Et puis, un nouvel outil crée l’émulation et l’envie comme, quand gamin, je recevais un nouveau stylo à la rentrée des classes. Cet ordinateur a déclenché une nouvelle et puissante envie d’écrire. Des phrases se bousculent dans ma tête comme des clients dans un magasin le premier jour des soldes. En pensée, je possède déjà le premier chapitre que, modestement, je trouve très réussi. J’ai l’impression que cet ordinateur va enfin me sortir de l’impasse dans laquelle je perds mon temps depuis plusieurs années déjà. A la maison, j’ai voulu me mettre immédiatement au travail. Le vendeur m’avait bien précisé que l’ordinateur était équipé d’un excellent logiciel de traitement de texte et sur ce point-là, il ne m’avait pas menti. J’ai pu facilement créer un nouveau dossier et à l’écran, s’est affichée une magnifique page blanche et lumineuse. Je pouvais me mettre au travail, j’étais prêt. Je le croyais. C’est alors que je me suis rendu compte que certaines lettres sur les touches du clavier étaient presque complètement effacées. L’ancien utilisateur avait dû les utiliser beaucoup plus que les autres. L’impact régulier des doigts avait presque eu raison de ces signes. Pourquoi ces lettres-là en particulier ? Pendant quelques minutes, je suis resté devant l’écran sans rien entreprendre. Toutes les pages que je comptais écrire s’étaient envolées mystérieusement. Bizarrement, mon enthousiasme m’avait quitté. Ces touches effacées me perturbaient. Qu’avait écrit l’ancien propriétaire de l’ordinateur ? Je pensais à son texte et plus du tout au mien. Quelque chose d’important avait été écrit sur ce clavier mais quoi ? Les phrases magnifiques que je me répétais comme on suce un bonbon, s’étaient effacées de mon cerveau. Je ne voyais plus du tout comment débuter mon œuvre. J’ai bien tenté de rassembler mes idées, mais la page restait blanche à l’écran. Qu’avait-il écrit si régulièrement que ses doigts avaient effacés les lettres ? Ma concentration s’était évanouie comme les lettres sur ces touches dégradées. L’obsession avec laquelle l’ancien propriétaire de cet ordinateur avait utilisé certaines lettres me perturbait. Qu’avait-il écrit de si fondamental ? Le N, le A, le I et le E avaient complètement disparu. Rien d’anormal. Ces lettres sont beaucoup utilisées en français. J’ai remarqué le même phénomène pour les signes T, S, E, O et U. En y regardant de plus près, je me suis rendu compte que le N et le V étaient aussi en passe de disparaître. L’ancien propriétaire avait probablement tapé les mêmes mots et seulement ces mots-là pendant des années d’autant que les autres signes paraissaient flambants neufs pour un clavier d’occasion. Qu’avait-il écrit et répété cet obsédé ? J’ai tenté de reconstituer ce qui avait été écrit avec tant de régularité en rassemblant les lettres effacées. Un véritable anagramme. NTSIEUOVA Du slovaque ? Du moldave ? une langue extra-terrestre ? VATNSIEUO Le langage crypté de la C.I.A ? NTIESAVUO Aucun résultat. J’ai eu l’idée de doubler certaines lettres. Le T par exemple qui était presque invisible. ANUOTTVIES Incompréhensible. NIOTTAVSEU Rien. C’est ma fille, fan de scrabble, qui a, finalement, découvert ce que je ne voulais pas voir. TOUT EST VAIN

25 juillet 2016

Contre Djokovic

- Le vin est bon, tu ne trouves pas ?

- Pas du tout, il est dégueulasse et plein de sulfites.

Elle lui a mis l’étiquette de la bouteille sous les yeux et du doigt, elle a souligné deux fois « …contient des sulfites… » Il reconnait volontiers que sa balle était molle. Entamer un échange sur le vin dans un restaurant, rien que de très commun mais bon, elle aurait pu enchaîner sur les les écrits de Jean -Claude Pirotte, Rabelais et pourquoi pas Omar Khayyam et de là sur les interdictions religieuses. Mais non, elle a préféré lui renvoyer une balle impossible à remettre, une balle impossible à jouer. Depuis quelques temps, il trouvait que les conversations avec elle ressemblait de plus en plus à un match de tennis contre Djokovic. Il était incapable de renvoyer ses balles parce qu’elles étaient trop puissantes et trop rapides. En un mot, elles étaient terminales. Coup droit ou revers le laissaient à plusieurs mètres de la balle. Ils ne jouaient plus vraiment ensemble car il était un joueur de tennis médiocre alors qu’elle faisait partie du top. Ses balles flirtaient plus souvent avec les lignes qu’avec lui. - Tu vois, on va passer là, là et là. C’est direct, dit-elle, la carte étalée sur la table. De son côté, il trouvait que l’itinéraire proposé était un détour et le lui dit. - Tu te trompes encore. D’ailleurs, tu n’as jamais été capable de lire une carte ! A nouveau, il ne renvoya rien. Parfois, ses balles étaient limites. Dehors ou dedans ? Impossible de l’affirmer. Ils avaient bien consulté un psychothérapeute de couple, une espèce d’arbitre de chaise qui condescendait parfois à descendre sur le terrain mais qui ne trouvait jamais aucune trace de balles sur la terre battue et qui donnait systématiquement le point à Djokovic. N’est-il pas numéro un mondial ? Malgré le score largement en sa défaveur, il continuait à jouer parce qu’il aimait le jeu. Courir, espérer, sentir battre son cœur et même rater : C’est la vie ! Les coups ratés sont parfois les plus beaux. De temps en temps, il réussissait un coup correct qui le remplissait de fierté même si, au final, le point était encore perdu. Rien à faire quand on joue contre Djokovic. Pendant un match où le score était particulièrement sévère et les échanges impossibles, il abandonna la partie. Il suivit sa carrière de loin. On ne joue pas au tennis pendant vingt ans sans tisser des liens très intimes avec l’adversaire. Elle gagna encore des matches ? Certainement. Par abandon ? Le plus souvent. Et des tournois ? Evidemment. Les tournois du grand Chelem et les autres. Longtemps, elle est restée numéro 1 mondial.

24 juin 2016

Laïcité et politique migratoire

Qui sont les barbares ?

Nos ancêtres ont utilisé la religion comme instrument « d’exportation de la civilisation ».

Ce fut le cas pour la conquête de Jérusalem en 1099 par Godefroid de Bouillon et Pierre L’ermite. Ce fut le cas du projet colonial dès la conquête de l’Amérique latine par Christophe Colomb - au nom de l’universalisme catholique - et en Afrique, au nom de la civilisation chrétienne. 

Les peuples colonisés ont puisé dans leurs racines culturelles et cultuelles les ressources nécessaires pour s’opposer à l’envahisseur/prédateur/esclavagiste. Ce dernier, pour justifier ses conquêtes, revendiquait la mission divine, civilisatrice universaliste.

Parmi ces rebelles, citons, entre autres :

Les Indiens Mapuche au Chili

Les Kibanguistes au Congo

Les moines bouddhistes s’immolant par le feu au Vietnam pour dénoncer l’impérialisme guerrier durant les années 60-70.

Le peuple tunisien face à la prédation d’une dictature soutenue par le système économique néolibéral. 

Avez-vous lu Franz Fanon ? 

Peut-on supposer que, parmi ceux qui se ressentent comme les « damnés de la terre » et qui ont commis ces crimes odieux au Bataclan à Paris et en d’autres lieux du monde, certains considèrent, quelque part dans leur subconscient, qu’il s’agit d’un juste retour des choses ?

Quand nous sommes allés chez eux, c’est pour les dominer, les exploiter, les convertir. C’était cela le colonialisme.

Quand ils viennent chez nous, c’est pour travailler là où nous ne voulons plus travailler. C’était vrai pour les Marocains dans les charbonnages du Limbourg et les Marocaines dans nos bureaux à Bruxelles. 

En outre, à propos de l’Islam, ne nous trompons pas. Cela fait plus d’un millénaire que l’Occident chrétien lui en veut d’exister et d’avoir choisi Jérusalem pour deuxième lieu saint. 

J’entends dire ici et là en France et en Belgique que la communauté issue de l’immigration maghrébine serait aujourd’hui honteuse… Je demande à entendre et à comprendre, car je rencontre nombre de jeunes issus de l’immigration qui participent à un effort permanent pour s’émanciper de l’aliénation culturelle et cultuelle produite et reproduite (réactualisée) par le colonialisme. 

L’écrasante majorité d’entre eux le font en adoptant les éléments nécessaires à l’élaboration d’une société modernes. Ces éléments sont d’ordre pacifique et national. Ils intègrent les aspects universels, notamment les valeurs de droits humains issues de 1789. Dans le même temps, ils entendent combattre l’exploitation dont ils se sentent victimes et puisent dans leur bagage culturel et cultuel les raisons de leur propre dignité, tant individuelle que collective.

Quand j’entends, lis ou vois le nombre de laïques athées ou agnostiques s’émouvoir et dire leur admiration envers le bon pape François, je me rends compte qu’en Occident aussi les ramifications culturelles et cultuelles sont parfois enchevêtrées et, aujourd’hui encore, largement utilisées. La belle image de François opposable à la barbarie sanglante de Daesh…

A propos de barbarie…

Les guerres de l’OTAN : Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie ont toutes pour motivation annoncée la défense du « monde libre ». Dans les faits, dès la chute du Mur et le démantèlement du Pacte de Varsovie en 1990, l’Otan va se découvrir une nouvelle mission en prétendant défendre les intérêts de la « Communauté internationale ». Une fois encore, l’OTAN, qui représente environ 10 % de la population mondiale, s’arroge le droit de la défense mondiale de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché.

En 25 ans, les guerres de l’OTAN ont causé des millions de victimes parmi les populations civiles et ce, quasi exclusivement dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, c’est-à-dire dans le monde musulman.

Durant ces guerres très actuelles, ce sont les mêmes services de l’OTAN qui ont discipliné les services d’information et les mass médias en vue de nous fournir leur version des événements. 

Si nous voulons contribuer à rétablir ce qui grandit l’humanité dans sa recherche de progrès vers plus de liberté, d’égalité, de fraternité entre les individus et les collectivités, nous devrons sortir de la vision unilatérale qui nous est imposée, celle du concept de « civilisation occidentale », de sa défense et de la lutte contre les terroristes ; à savoir tous ceux qui contestent notre hégémonie basée sur la force.

Toutes les guerres menées aujourd’hui par - ou avec - l’OTAN bafouent, violent l’ensemble des valeurs que nous prétendons défendre. Celles de la démocratie et de l’Etat de droit.

Image: 
24 septembre 2018

Le monde entier est plastique

Lundi 10 septembre

 Michel Onfray, invité de l’émission C dans l’air sur France 5, discute de son dernier livre (Le Deuil de la mélancolie, éd. R.Laffont). Né un premier janvier comme Laurent le Magnifique, il entrera bientôt dans la décennie du sex-. Est-ce pour cette raison qu’il a choisi d’écrire des confidences autobiographiques ? Le sujet, inhabituel chez lui, est idéal pour agrémenter ce type de rendez-vous télévisuel. On aborde ensuite l’actualité de la journée. Réunis dans le but de désigner leur candidat au perchoir de l’Assemblée nationale, donc son futur président, les parlementaires de La République en marche (LREM) ont comme prévu choisi leur chef de groupe Richard Ferrand. Une occasion manquée de désigner une femme ? Onfray ne tient pas compte de ce raisonnement. Ce qui importe, dit-il à juste titre, c’est la capacité d’assumer le poste, l’identité n’est pas fondamentale. Pour une élection, « ce qui m’intéresse, c’est le programme ». Et l’animatrice de l’émission de rétorquer : « désigner une femme, c’est un programme !... » Personne ne relève, Onfray non plus qui, sans doute, n’en pense pas moins mais préfère laisser passer l’ange. Ce type de réflexion si fréquent dessert totalement les aspirations féministes. Car enfin, la réplique définitive est latente : s’il faut promouvoir des femmes quel que soit leur projet mais d’abord parce que ce sont des femmes, alors il fallait voter pour Marine Le Pen et non pas pour Emmanuel Macron…

Mardi 11 septembre

 Au début des année cinquante, Roland Barthes célébrait le plastique dans ses Mythologies (éd. du Seuil) : « Malgré ses noms de berger grec (polystyrène, phénoplaste, polyvinyle, polyéthylène) le plastique, dont on vient de concentrer les produits dans une exposition, est essentiellement une substance alchimique […] La hiérarchie des substances est abolie, une seule les remplace toutes : le monde entier peut être plastifié, et la vie elle-même, puisque, paraît-il, on commence à fabriquer des aortes en plastique. » Ainsi que Barthes l’avait pressenti, un demi-siècle plus tard, on constate que « le monde entier peut être plastifié » mais par l’afflux de déchets qui envahissent la planète et qui sont indestructibles. Toutes les secondes, dix tonnes de plastique sont fabriquées dans le monde et l’une d’elles file dans l’Océan pacifique. Le recyclage commence à être considéré mais il est, pour l’heure, loin d’être complet et parfait, laissant échapper des particules cancérogènes. En fait, le capitalisme sauvage et sa quête du profit à n’importe quel prix dominent, ici aussi, le système. L’exemple de Coca-Cola et de ses dérivés (Fanta, Sprite,…) est tout à fait significatif, comme le démontrait ce soir Élise Lucet dans son excellente enquête sur France 2 (Cash investigation – Les promesses en plastique). Avant de détruire la vie par la pollution, on a un peu oublié aujourd’hui que cette matière pouvait provoquer la mort par les armes. Roland Barthes s’aperçut très tôt, avec les attentats de l’OAS dans la décennie suivante, que le plastique était aussi devenu le jouet des terroristes. Frédéric Charpier le rappelle dans un livre dépeignant les conspirateurs d’un « ordre nouveau », partisans de l’Algérie française et retraçant la naissance du groupe Occident sous le septennat de Giscard, dont les jeunes membres se retrouvent désormais dans l’entourage de Marine Le Pen (Les Plastiqueurs. Une histoire secrète de l’extrême droite violente, éd. La Découverte). Car il ne faudrait pas l’oublier : avant l’islamisme, l’Occident avait aussi en son sein des meurtriers aveugles qui semaient la terreur.

Mercredi 12 septembre

 Souvent influencé par des lobbyistes chevronnés, le Parlement européen ne prend pas toujours des résolutions qui paraissent évidentes. L’exemple récent du glyphosate  - ce produit toxique et donc nocif pour la santé dont l’interdiction à la vente ne fut pas décrétée – en est le cas le plus récent. On redoutait donc le vote sur la directive réformant le droit d’auteur. Il fut acquis, à une très large majorité. C’est une bonne nouvelle pour la liberté de la presse et la création intellectuelle, à l’heure où les réseaux sociaux donnent l’illusion que tout est information et que les grosses machines numériques pillent les journaux en reproduisant des extraits sans imaginer une quelconque rémunération en faveur de la source. Il était temps que les riches Gafa (l’acronyme du siècle : Google, Appel, Facebook et Amazon) soient sommés d’entrer dans la législation qui, depuis Beaumarchais, garantit au mieux la liberté d’écrire et, autant que possible, d’en vivre.

                                                           *

 Les substantifs « aoûtiens » et « juilletistes » ont fait leur entrée dans le Petit Larousse au début de la décennie ’70. Il faudra désormais compter avec les « septembristes », un néologisme figurant à la une du Parisien - Aujourd’hui en France. Un rapide tour d’horizon des stations balnéaires montre qu’en effet, nombreux vacanciers goûtent le soleil des ultimes journées de l’été. On connaît leur caractéristique principale : il s’agit de personnes sans enfants scolarisés. L’évidence surgit donc illico : les septembristes appartiennent souvent au troisième âge.

                                                            *

 Salman Rushdie sur le plateau de La Grande librairie (France 5) : « Si la nature humaine n’était pas un mystère, nous n’aurions pas besoin de poètes. »

Jeudi 13 septembre

 La cote de popularité de Macron est plus basse que celle de François Hollande à la même période du quinquennat. Beaucoup de faits et de paramètres alimentent les commentaires traduisant cette courbe inquiétante. Une chose est sûre : le nouveau monde à vécu ; l’ancien est de retour. Et justement, dans son livre, Hollande achève le chapitre consacré à Macron par une allusion à l’ancien monde. « C’est le mien. Il a de l’avenir. » Un visionnaire le louseur ?

                                                           *

 La commune de Châteaudouble (Pas-de-Calais, 477 habitants) devrait accueillir 72 migrants dans une maison de retraite à l’abandon. Pensant que la disproportion numérique lui laisserait le loisir d’un discours réprobateur, Marine Le Pen avait effectué le déplacement. Mal lui en a prit. Elle fut accueillie par des sifflets et des cris peu amènes. « Cassez-vous ! » lui conseillait-on. Elle suivit la recommandation et remonta dans sa voiture sous les lazzis.

                                                           *

 Lutte des classes. Le petit port de Logeo est un des endroits les plus retirés de la commune de Sarzeau (Golfe du Morbihan, Pointe de Rhuys, 8000 habitants). Le panneau touristique décrivant le lieu donne quelques informations sur la vie et les activités des marins selon les saisons. Il décrit aussi l’activité du hameau en précisant qu’autrefois, on y comptait plusieurs bistrots, « lieux de cohésion sociale ». Ainsi, en face du Café à Sandrine se trouvait le plus animé, Le Cap Horn. Dans ce bistrot-là, il y avait deux salles : l’une pour les capitaines, l’autre pour les matelots. La cohésion sociale, vraiment ?

Vendredi 14 septembre

 C’est donc officiel : Lula da Silva, toujours en prison, ne pourra pas concourir à la prochaine élection présidentielle au Brésil. Le Parti des Travailleurs a désigné Fernando Haddad en remplacement de son champion. L’ancien maire de São Paulo a 45 ans. Pourra-t-il comptabiliser un maximum de suffrages qui se seraient portés sur Lula ou celui-ci est-il avant tout une icône plutôt qu’un homme de gauche ? Réponse les 7 et 28 octobre. Mais d’ici-là, le plus grand pays de l’Amérique du Sud aura vécu des heures de campagne électorale ardues et, il faut le craindre, souvent violentes.

                                                           *

 Quand on crée une revue ou que l’on reprend la direction d’une autre, le premier numéro est toujours lié à l’enthousiasme suscité par la nouvelle aventure et l’intelligence qui le nourrit. Il importe donc de rester prudent à propos de la livraison de Marianne version Natacha Polony. Sous réserve de confirmation, on saluera néanmoins le résultat. Il est remarquable et prometteur. La patronne annonce d’emblée la couleur : si Emmanuel Macron se veut un président jupitérien, ainsi qu’il le clama sans vergogne, il devra le prouver. Polony l’a mis sous contrôle ; elle n’est pas disposée à laisser passer des faiblesses et des failles, surtout si celles-ci, à l’instar des péripéties de l’été, sont béantes. L’intéressé est sous surveillance et la sévérité de celle-ci sera proportionnelle à la prétention de l’élyséen (La Démocratie humiliée, titre de l’éditorial, illustre bien la ténacité de la plume). Mais Natacha Polony ne s’est pas contentée d’une entrée en matière dense et bien positionnée. Elle s’est aussi fendue d’un long article démontrant que la prochaine campagne pour les élections européennes reposera sur l’immigration, en indiquant déjà que Marianne (c’est-à-dire Natacha) refusera le duel simpliste entre les partisans du rejet et ceux de l’hospitalité. Une troisième voie en ce domaine aussi ? On l’attend avec intérêt. Entre ces deux apports, il y a juste une page pour que Jacques Julliard insère sa réflexion. Pour rester dans le ton, il intitula son papier Immigration : Parler clair. Eh oui, c’est bien ce que la cheffe exige cher ami… Ce n’est pas tout. Le reste du numéro (Oskar Lafontaine et le néolibéralisme, Michel Onfray et le populisme…) dégage aussi des traces et des empreintes. Là encore, il conviendra d’attendre quelques livraisons. Á l’heure où toute la presse semble parler le même langage en regrettant que la baisse du lectorat soit commune à l’ensemble des titres, il se passe peut-être quelque chose, comme en mai 1953 lorsque Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud lancèrent L’Express, ou comme en novembre 1964, quand Jean Daniel et Claude Perdriel créèrent Le Nouvel Observateur. Peut-être… Mais chût ! Prudence… Pas d’emballement a-t-on dit…

Samedi 15 septembre

 Deux Gazaouis ont succombé à des tirs israéliens. Depuis le 30 mars, cela porte à 178 le nombre de Palestiniens de Gaza tués par les soldats israéliens. Si l’on exclut les jours de chabbat, la moyenne est de plus d’un Palestinien par jour. Cela ressemble à une prescription médicale.

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 Il y a dix ans, la banque Lehman Brothers s’écroulait,  provoquant la plus grave crise financière mondiale depuis celle de 1929. Une décennie plus tard, les riches sont encore plus riches et de la classe moyenne ont été enfantés de nouveaux pauvres. Le populisme, creuset de l’extrême droite, se répand partout. Plus embêtant : personne n’oserait affirmer que semblable  phénomène ne pourrait plus survenir. « Quand les dirigeants publics chargés de concevoir la politique applicable au secteur financier viennent du secteur financier, pourquoi attendre d’eux d’autres points de vue que ce que souhaite le secteur financier ? » (Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’Économie, 2001)

 Dimanche 16 septembre

 La conservatrice CSU est en congrès à Munich. Markus Söder, le ministre-président de la région, se fait acclamer à tout rompre en citant le défunt « taureau bavarois », Franz Josef Strauss, mort depuis 30 ans mais toujours bien présent dans les mémoires : « il n’y a pas de place pour un parti démocratique à la droite de la CSU. » Au temps où cette affirmation avait été prononcée, il n’y avait pas de parti d’extrême droite capable d’entrer dans les parlements. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Si donc la CSU veut respecter le dogme de tonton Strauss, elle doit encore serrer un peu plus ses positions conservatrices et le populisme xénophobe qu’elles entraînent. Merkel aura sûrement saisi la réflexion. Du reste, elle n’en attendait pas moins, vu les déclarations en forme de bâtons dans ses roues que son ministre de l’Intérieur, issu de la CSU, ne cesse de proférer.

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 La Fête de l’Huma bat son plein. Les débats sont animés. Ce n’est pourtant pas là que la gauche circonduira sa renaissance.

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 Yannick Noah peut lever le poing : en battant l’Espagne sans avoir douté, l’équipe de France de tennis s’offre une nouvelle finale de Coupe Davis. Celle-ci aura encore lieu à Lille, soit contre les États-Unis, soit contre la Croatie. Ce sera la dernière compétition en cette version de la Coupe Davis, pourtant si passionnante et si accaparante, rassembleuse aussi, en un patriotisme de bon aloi, ce qui est tellement rafraîchissant. Mais l’argent est encore venu polluer cette légendaire entreprise sportive. La France pourrait donc inscrire encore son nom à l’ultime ligne du palmarès. On attend déjà aussi le coup de gueule de Noah lors de la conférence de presse à Lille. Qu’il soit vainqueur ou non. Mais ce serait mieux s’il l’était. Pour la légende surtout.

Lundi 17 septembre

 Le parc Maximilien de Bruxelles est cet endroit devenu célèbre que des migrants occupent depuis plusieurs mois. Ce matin, les journaux les plus sérieux annonçaient qu’un policier y avait été poignardé. Au fil de la journée, on apprenait que l’incident était survenu dans une rue voisine du parc et, un peu plus tard, que l’agresseur était un Belge. Trop tard. La plupart des citoyens auront enregistré dès le petit déjeuner qu’un migrant (car ce ne pouvait être qu’un migrant…) avait attaqué un policier à l’arme blanche. On apprendra que finalement le policier n’eut que quelques éraflures au visage tandis que l’agresseur reçut, une balle dans le torse et une autre dans la jambe.

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 Éric Zemmour a repris du service. Il court de micro en micro distillant des affirmations fallacieuses et parfois fantaisistes. Son aplomb est insensé. Tous ceux qui ne sont pas de la droite extrême en prennent pour leur grade. Croit-il vraiment ce qu’il dit ou joue-t-il le triste rôle du destructeur austère ? Peu importe la réponse. Cet homme est nuisible.

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 « C’est chose tendre que la vie, et aisée à troubler… » Chaque jour au petit déjeuner, lire une pensée de Montaigne. Ne serait-ce pas un beau précepte pour s’élever en sagesse dans l’échelle du Temps ?

Mardi 18 septembre

 Sommet européen à Salzbourg. Il est informel donc on peut tout se dire et l’on n’est pas obligé d’aboutir à un texte cohérent et commun. Partant de ce principe, les participants se sentent déjà plus légers. Ils sont satisfaits. La maison brûle mais les pompiers sont prévenus.

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 L’artiste est prophète (suite). Lorsque Les Charlots, groupe de chanteurs-comiques dézingués, entonnaient La Biguine au biniou, on était en 1976. Il n’y avait pas beaucoup d’Antillais dans le Golfe du Morbihan, et encore moins d’Africains, comme les nègres qui lissent les  r  en  w. Mais aujourd’hui, à Sarzeau, à Surzur, à Arzon et, bien entendu, à Vannes, il y a, comme partout ailleurs, des migrants. Et comme partout ailleurs, ceux-ci sont accueillis soit chaleureusement, soit avec méfiance par les autochtones. Alors la chanson rigolarde des Charlots prend tout à coup des accents d’une authenticité déconcertante. Elle se prépare une nouvelle vie. Un hymne local ?

« On n’fait pas du sucre de canne

Dans le Morbihan

On n’cultive pas les bananes

Dans le Morbihan

Il n’y a pas de vaudou à Vannes

Dans le Morbihan

Oui mais quand vient le sam’di soir, mon Vieux !

Dans les crêperies, dans les bars,

On peut dire que tout l’monde est noir

Dans le Morbihan

 

Et moi je danse avec la Mawie

La biguine au biniou

Oh ! Je lui fais voir du pays

Avec la biguine au biniou

Je lui prouve que les bananes – Oh ! You, you

Qui font plaisir aux doudous

On peut en trouver à Vannes

En dansant la biguine au biniou – Aïe, aïe, aie …

(…)

Mercredi 19 septembre

 Les grands appels des scientifiques du monde entier en faveur de la planète sont montés de plusieurs crans. Il n’est plus question de paraître de doux dingues. Le drame est en train de s’accomplir. Ce qui compte désormais, c’est de le rendre le moins catastrophique possible. Pour y parvenir, il importe de conscientiser tous les individus et de prendre des mesures désagréables, impopulaires. Réfléchies au pied de la lettre, les propositions de solutions n’auraient de sens de réussir qu’avec un gouvernement mondial. On est loin du compte. C’est encore de la science-fiction. Il est illusoire de dépasser le step by step. Tout au plus pourrait-on en accélérer un peu la cadence. Qui vivra verra…

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 L’Union européenne a inversé le proverbe. Elle tient désormais son principe d’action : Qui peut le moins peut le plus. Un ange passe. Peu importe son sexe…

Jeudi 20 septembre

 Pour avoir diffusé des photographies montrant des exactions commises par Daech, la justice ordonne à Marine Le Pen de se soumettre à un examen psychiatrique. S’il s’agit d’un nouveau type de sanction juridique à l’adresse des politiques ayant fauté ou dérapé, Divan-le-Terrible sera davantage qu’un bon mot. Comment se fait-il que les magistrats étatsuniens n’y avaient pas encore pensé ?

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 Lionel Duroy n’aura que 39 ans dans une dizaine de jours mais sa bibliographie est déjà impressionnante. On se souvient aussi de ses articles dans L’Événement du jeudi et dans Libération. La lettre ouverte qu’il adresse au président Macron dans Le Monde vaut la peine d’être épinglée. Il le supplie de tendre la main aux réfugiés, d’être une grande voix « d’être Churchill ou de Gaulle plutôt que Chamberlain » en faisant référence aux accords de Munich et, comme le pressent que ce type de comportement ne lui serait pas illico favorable électoralement, il conclut : « ne vaut-il pas mieux un grand mandat que deux petits qui ne laisseront dans le cœur des Français qu’une infinie tristesse ? » On aimerait savoir ce que le président a pensé en lisant cette adresse… S’il l’a lue…

                                                           *

 Herman De Croo, 81 ans, libéral flamand détenant une vie parlementaire de plus d’un demi-siècle, Ministre d’État, très proche de la famille royale, publie ses mémoires (Enraciné dans la vie, éd. Racine). Cet homme doué d’un humour parfois grinçant, qui n’a jamais mâché ses mots, écrit : « La Belgique est un cas d’espèce. J’ai toujours pensé que si ce pays n’existait pas, il faudrait l’inventer, ce qui fut le cas avant 1830 et notre indépendance. Quitte à provoquer, je pourrais même dire qu’il ne peut disparaître puisqu’il n’existe pas. » Herman De Croo commença ses études chez les jésuites à Mons, chef-lieu de la province de Hainaut, où le surréalisme s’épanouissait pendant que le jeune et brillant étudiant apprenait l’art de vivre par le latin.

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 Est-ce que Paul Mc Cartney (Liverpool, 18 juin 1942) chantera plus longtemps que Charles Aznavour (Paris, 22 mai 1924) ? Les paris sont ouverts mais le verdict pourrait ne survenir que dans 18 ans au moins. En tout cas, l’ancien Beatle vient de sortir un nouvel album (Egypt Station, Universal) qui ne recueille que des critiques élogieuses.

Vendredi 21 septembre

 Les étrangers ne sont jamais les bienvenus nulle part. La crainte de l’Autre est ancienne comme le monde. Cet axiome doit néanmoins être soupesé : les étrangers riches, ceux qui, par leur talent (les vedettes de football), par leur statut social (les aristocrates) apportent à la nation succès ou renommée ne sont pas à rejeter, bien au contraire. Prenons monsieur Viktor Orbán, le maître de la Hongrie. Il est radicalement opposé aux migrants au point d’avoir entouré ses frontières de fils barbelés, de négliger les règles de l’Union européenne auxquelles son pays appartient, et de répandre chaque fois qu’il en a l’occasion des paroles venimeuses contre les réfugiés qui recherchent une terre d’asile. Ce même Viktor Orbán a cependant accueilli 6600 familles entre 2013 et 2017 qui ont pu élire domicile en Hongrie contre un versement de 300.000 euros en obligations d’État. Comme la Hongrie fait partie des accords de Schengen, ces riches étrangers, pour la plupart des Chinois paraît-il, bénéficient de la libre circulation sur le territoire européen et peuvent donc développer leurs affaires au détriment des autochtones. Sur la Méditerranée, seules les embarcations sont de fortune. Aucun de leurs passagers ne possède 300.000 euros en poche pour trouver un toit chez le bon monsieur Viktor Orbán.

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 Emmanuel Macron va décorer une vingtaine de harkis (légion d’honneur ou ordre du Mérite) afin de réconcilier des parties qui se sont déchirées autrefois, pour donner à la Guerre d’Algérie un caractère historique moins pesant. Jean-Marie Le Pen, qui a toujours défendu ardemment cette communauté-là, ne peut que s’en réjouir. Sa fille devrait en faire autant.

Samedi 22 septembre

 Plus besoin d’un putsch pour s’emparer du pouvoir et le garder sans consultation populaire. Désormais, les dictateurs ont apprivoisé le suffrage universel. Aux Maldives, on votera demain pour élire le président. Abdulla Yameen, le sortant, musèle la presse et emprisonne ses opposants. Mais il se soumet aux élections. Ce dimanche, les images en provenance de cet archipel de rêve perdu dans l’Océan indien montreront des files d’électeurs aux portes des bureaux de vote attendant d’accomplir leur devoir de citoyen. Le peuple va prononcer (comme disait Lamartine). Mais l’on sait déjà qu’Abdulla Yameen sera reconduit à la tête de l’État. Comme beaucoup d’autres, que l’on doit qualifier de démocrates puisque leur peuple les a choisis. Monsieur Recep Erdogan par exemple. Si la démocratie est née avant notre ère, le suffrage universel n’est pas encore centenaire. Sa remise en question est taboue. C’est la meilleure garantie de sa subsistance.

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 S’il n’y avait la fameuse réplique « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » passée dans le langage courant, Les Fourberies de Scapin serait une pièce de Molière un peu délaissée, à juste titre. Ce n’est en fait qu’une grosse farce. D’autres comédies de Poquelin ont mieux dénoncé les mesquineries et les cachotteries propres à l’être humain avec plus de raffinement et d’ironie légère. Thierry Debroux (Théâtre du Parc, Bruxelles) a transposé l’histoire dans la turbulence de mai’68, en respectant le texte dans son intégralité. Son apport se situe donc dans la mise en scène où domine le comique de situation. Celui-ci verse parfois dans le burlesque. Il lui arrive d’y sombrer. Le public rit, la salle et les balcons s’amusent. Les applaudissements nourris s’adressent donc à Debroux, pas à Molière. Revient la question sempiternelle : est-ce rendre service à un auteur que de démontrer la soi-disant modernité de son œuvre en la transposant dans une époque éloignée de plusieurs siècles ?

Image: 
Élise Lucet et "Les promesses en plastique" dans Cash investigation. Photo © France 2
24 septembre 2018

L'homo gai

Le désir de l’Autre L’homosexualité est une réalité (un problème pour certain) aussi ancienne que l’humanité. La théorie de l’évolution a démontré qu’il y a eu, au cours des milliers d’années, des mutations petites ou grandes dans tous les genres vivants de la planète. Pour que l’être vivant puisse évoluer (que ce soit en bien ou en mal mais on ne sait pas si c’est en bien ou en mal), cette chose vivante, et donc mortelle, doit se reproduire, se dupliquer, transmettre ses gènes aux suivants, à sa descendance. C’est un fait acquis, incontestable. Les espèces sont nombreuses et ne pratiquent pas la/les même/s technique/s de reproduction ou de transmission des gènes. Chez l’espèce humaine, comme dans bien d’autres espèces, c’est le mâle qui dépose sa petite graine chez la femelle. Pour ce faire, il faut qu’il soit poussé par une force irrésistible : le mâle est attiré par la femelle qui elle-même est attirée par le mâle. Mais le désir de l’autre (désirer l’autre) est parfois et même souvent, soumis à des tirs de barrage qui empêchent la copulation. Ce désir, en effet, existe, même en dehors de la présence de l’autre. On a vu des éléphants se masturber avec leur trompe ou des cerfs tenter de faire la même chose en frottant leur pénis sur un tronc d’arbre abattu, ceci en période de rut. Le désir sexuel est si fort qu’il prend parfois des chemins extrêmement détournés pour parvenir à ses fins. L’espèce humaine n’y échappe pas, mais ces périodes varient et fluctuent au gré de l’ovulation de la femelle (chez la lionne, elle ovule au moment de l’accouplement). L’être humain mâle, en principe, est toujours prêt à saillir la femelle si elle le demande (et même quand elle ne le demande pas…). Le désir du plaisir que procure le coït passe avant le désir de se reproduire, lequel en général est ignoré. Comme le dit Philippe Roth : … est-ce que j’y peux moi si à ma connaissance, rien mais alors rien n’est mis en sommeil, surtout pas la chose quelque soit l’âge de l’homme. La chose a élu domicile dans la chair qui nait dans la chair qui meurt, parce que c’est seulement quand tu baises que tu prend ta revanche sur tous ce que tu détestes et qui te tiens en échec dans la vie, c’est à cet instant que tu es le plus purement vivant, le plus purement toi-même. Ce n’est pas le sexe qui corrompt l’homme, c’est tout le reste ! Nous y voilà : c’est quoi tout le reste ? Je laisse cela à l’appréciation de chacun… Cependant, pour comprendre et admettre l’homosexualité, il faut tenir compte tout d’abord qu’il y en a de plusieurs sortes. Il y en a une qui est même visible à l’œil nu : modification dans les gènes, du genre pilosité différente, traits physiques tirant vers des particularités féminines ou masculines, et aussi malformation des parties génitales. Il y a le cas célèbre de cette gamine aux USA qui est tombée enceinte de ses propres œuvres puisqu’elle avait les 2 fonctions !!! Ces aberrations sont des exceptions. L’autre homosexualité est tout aussi difficile à déceler pour l’observateur extérieur comme pour celui (ou celle) qui cherche sa voie. Difficile à déceler parce qu’elle peut être confondue avec la première et ses différentiations génétiques. Car là, c’est au niveau des neurones, c'est-à-dire au niveau psychologico/ comportemental que ça se passe. Pour comprendre l’être humain et sa complexité, il est nécessaire de comprendre la façon dont le petit d’homme perçoit, reçoit et répète les informations que, en général ses proches parents génèrent, car mâle ou femelle, ce petit d’homme absorbe les mêmes informations, mais réagit différemment selon son sexe, l’inné et l’acquis (voir plus bas) … L’enfant, mâle ou femelle, sort du ventre de la femme préalablement fécondée de la semence de l’homme. C’est la naissance, première étape, nul n’y échappe. La mort sera la dernière, nul n’y échappera non plus ! Entre les deux, il y aura d’autres passages obligés comme le stade anal, oral, morcellement etc. Avant de devenir adulte, le petit d’homme va devoir accomplir certains gestes, certaines fonctions et subir quelques transformations. Ce sera sous l’influence des adultes, ses parents en premier (ou ceux qui se chargent de son éducation) qu’il va faire son apprentissage. L’absence de la présence des 2 parents n’est pas précisément un handicap ; dès le départ, l’enfant ne peut survivre seul, il a besoin des adultes pour s’en sortir, c'est-à-dire pour évoluer et grandir en société, et ainsi acquérir des caractéristiques pour adultes tout en devenant adulte. De ce qu’il aura appris dépendra l’existence de sa descendance. Il faut aussi faire la distinction entre l’acquis et l’inné. On n’apprend pas à téter, ni à déféquer, ni à voir, ni a respirer. Mais on peut apprendre à marcher, à parler, à obéir, à savoir la différence entre le bien et le mal etc etc. C’est inconsciemment qu’il va copier les comportements des adultes les plus proches, qu’il côtoie. Il va aussi copier leurs raisonnements qu’il écoute, assimile et qu’il comprend par le biais du langage que lui auront inculqué ces mêmes adultes de cette culture là. Garçon ou fille, il (l’enfant/bébé) va être attiré en premier lieu par la mère, ou cette femme qui en tient lieu, ou cet adulte qui lui a été très-très proche. Garçon ou fille, l’enfant va la désirer (de manière inconsciente). Là aussi, désirer cet autre là ne s’apprend pas. Mais le père (ou ce qui en tient lieu) est là aussi, omniprésent. Le père peut être n’importe quel individu mâle adulte le plus proche de lui ou d’elle. Mais il /elle doit choisir quel est l’adulte qu’il/elle désire le plus ! La mère est intouchable, elle appartient au père. Alors, prendre la place du père ? Faut-il tuer le père ? Il ne se laissera pas faire puisqu’il détient la loi à laquelle il faut obéir. Faut-il séduire le père et ainsi prendre la place de la mère ? Faut-il les tuer tous les deux et ainsi échapper à cette pression insoutenable ? Mais alors ils n’existeront plus ! Vers qui tourner le regard ? Pour la fille, afin de posséder la mère, elle doit prendre la place du père ; c’est impossible, il ne cédera jamais sa place. Que faire alors ? Séduire le père ? Pour ce faire, elle copie sa mère de tout en tout, pour prendre sa place. C’est impossible aussi, elle non plus ne cédera jamais. La fille ne pourra jamais posséder la mère. Et dans les deux cas, c’est l’inceste, l’interdiction absolue. Vers qui alors va-t-elle se tourner ? Deux possibilités : vers quelqu’un d’extérieur au noyau familial, soit un garçon, soit une fille. En général c’est vers le garçon qu’elle se tourne puisqu’elle est dotée des attributs qui attirent et l’attirent vers le sexe opposé. Mais elle peut aussi choisir de se tourner vers une fille, vers l’aspect féminin qui lui fera croire qu’elle PEUT être sa mère ! C’est la solution du double, aimer son double. Pour le garçon, c’est la même chose sauf que c’est le contraire. Afin de posséder la mère, il doit prendre la place du père qui ne cédera jamais sa place. Va-t-il séduire le père et copier sa mère pour prendre sa place ? La mère ne cédera jamais, le garçon ne pourra jamais posséder la mère puisqu’il y a l’interdiction de l’inceste. Donc, là aussi 2 possibilités : se tourner vers quelqu’un d’extérieur, fille ou garçon. En général, le garçon se tourne vers une fille puisqu’il a les hormones en ce sens. Mais il peut aussi se tourner vers un garçon, ce qui lui fera croire qu’il peut ÊTRE le père ! Etre son double, se doubler et aimer ce double. Cette équation à laquelle chacun est soumis se nomme : l’Œdipe ! Qu’est-ce que l’Œdipe ? C’est un passage obligé pour l’homme comme pour la femme. Quoiqu’en dise ses détracteurs, l’Œdipe est universel. Très souvent on dit « le complexe d’Œdipe », et c’est péjoratif. D’ailleurs Freud, l’inventeur de l’Œdipe, n’a jamais utilisé ce mot « complexe ». Mais rien n’est simple, il y a des nuances, des subtilités, des gradations ; tant et si bien qu’un garçon (ou une fille) peut avoir des liens d’amitiés avec un autre garçon (ou une autre fille) sans être homosexuel(le). Être homo, c’est désirer un être du même sexe ! C’est aussi avoir des rapports sexuels complets avec le même sexe, sans s’occuper de savoir si c’est pour la reproduction ou le plaisir. C’est de l’amour tout simplement. Dans l’immense majorité des cas (99.9%), les garçons comme les filles sont homosexuels à certaines époques de leur vie. Et il est reconnu que tous les humains ont une part féminine et masculine dans leurs gènes. Ce seront les aléas de l’existence qui feront qu’ils (elles) pencheront d’un coté ou l’autre. Ou des deux. Quand un garçon est attiré par un autre garçon, ce n’est pas parce que qu’il est lui un garçon, c’est parce que dans son mental, il y a une part féminine qui l’attire vers le garçon ! Et l’inverse pour une fille : si elle attirée par une fille, c’est parce qu’il y a une part masculine en elle qui l’attire vers la fille ! Je sais que j’aurais des détracteurs qui ne croiront rien de ce que je raconte, mais plutôt que de souffrir de vivre dans l’ignorance, je pense que le fait même d’accepter cette situation soulage immédiatement les remords et la mauvaise conscience que la société judéo-chrétienne nous a imposés. A pa peur, ça va un peu mieux maintenant, mais... Robert Lemaire.

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22 septembre 2018

Né un 04 mai...

Le médium est le message, disait l'autre. Il ne croyait pas si bien dire. La langue française: "emburelucocquée" (Rabelais) par l'informatique

Il y a des textes qu'on sait pas par où commencer. Au point de se demander s'il vaut la peine de les écrire. À la réflexion, sans doute pas. Mais mettons que Balzac ou Stendahl (ou Proust, pourquoi pas Proust aussi?) eussent conçu cette forme d'hésitation, ils n'auraient rien écrit, pas une ligne, ils seraient allés au cinéma ou choisi plutôt de faire du lèche-vitrine dans un shopping center. J'écris ceci un 05 septembre.

Vais-je dire un mot d'un film idiot? Je vais. C'est un DVD emprunté à la Médiathèque qui s'appelle "12 strong" et raconte la mission d'une unité d'élite étatsunienne en Afghanistan. Douze mecs habités par cette franche camaraderie teintée d'homo-érotisme propre à la soldatesque (et au foot). Armés jusqu'aux dents, équipés d'un matériel de mort haut de gamme, appuyés par des bombardiers, ils ratatinent facile des milliers de bouseux talibans avec de beaux effets pyrotechniques.

Comme Hollywood auparavant ratatinait à la pelle les encombrants sous-hommes à la peau rouge. C'est d'un monotone. Mais le fait remarquable est celui-ci: d'un bout à l'autre, c'est en filigrane une glorification de la patrie étatsunienne, invincible, droite dans ses bottes, sûre d'elle-même. Il y a peu de nations qui font preuve d'une aussi constante propagande cinématographique d'exaltation du sol natal. Là-bas, ils en sont abreuvés, et ici aussi, vu la domination du ciné hollywoodien. "Nous sommes tous Américains", clamait fameusement un édito du journal Le Monde en 2001. On ne saurait mieux dire.

Les années 010

Ce film est d'un certain Chris Hemsworth et il date de 017. Je dis 017 pour ne pas confondre avec 1917, du siècle passé. Voilà qui est intéressant. M'était tombé entre les mains, voici peu, un petit livre de Nathalie Quintane intitulé "Les années 10" (éditions la fabrique), comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Les années 10, ce ne sont plus Kipling, Barbuse, Mandelstam, Bergson & Cie et, dans pas longtemps, les nouvelles années 20, qu'on imagine ni folles ni rugissantes, évacueront de même Joyce, Eliot, Sinclair Lewis, Mistinguett, Maurice Chevalier et bien d'autres vieilleries centenaires.

Un siècle chasse l'autre, c'est un peu déroutant, surtout quand on a un pied de chaque côté. Quintane, raconte-t-elle, est enfant des années 80 et forcément, ça marque. Tout comme, dans un autre espace-temps, chez un Olivier Rolin: le fait de "naître juste après Vichy", confie-t-il, cela donne "des envies d'épopée". L'épopée n'intéresse plus grand monde chez les "millennials". Comment faire un selfie d'une épopée, je vous le demande.

Mais je m'égare un peu. Le sujet qui joue ici fugitivement au saute-mouton entre les lignes, c'est le zéro idiot. Chose étonnante: dans le petit livre charmant que Mary Norris, la correctrice du New Yorker, a récemment publié sur le bon usage de la langue anglo-américaine, il est nulle part question du zéro idiot.

Le zéro idiot?

Norris cause en long et en large de la virgule, elle figure d'ailleurs dans le titre de son ouvrage où elle se présente comme la Reine de la Virgule1, surnom acquis à la suite de longues années passées à la célébrissime rédaction. La virgule, on rigole pas avec, au New Yorker. Elle doit se trouver au bon endroit. Et, par exemple, contrairement aux usages français (cfr. Grevisse), la virgule doit isoler chacun des éléments constitutifs d'une énumération aux États-Unis - y compris, nota bene, avant le dernier même s'il est introduit par la conjonction "et". Il y a à cela une certaine logique. Norris donne l'exemple "Ce livre est dédié à mes parents, Hillary Clinton et Dieu." L'absence de virgule devant "et Dieu" laisse en effet entendre que lesdits parents sont, formant bloc grâce au "et": maman Clinton et papa Dieu... Amusant. Mais, du zéro idiot, pas un chapitre, pas une ligne, pas un mot.

L'entre-rail

Elle allonge encore tout un chapitre sur le tiret. Un casse-tête, le tiret. Quand doit-il être présent entre deux mots formant bloc et quand, a contrario, ces blocs s'en passent-ils? C'est d'un chinois. "Entre-rail" en prend un mais son pluriel "entre-rails" laisse pour ainsi entendre qu'au singulier, il peut exister quelque chose entre un seul rail...

L'anglo-américain diffère un peu. Il place un tiret entre deux mots si ceux-ci qualifient (en bloc) un troisième. Ils écriront ainsi une "crème glacée" (ice cream) mais un "cornet crème-glacée" (ice-cream cone). Chipoteux? Et alors! Paraît qu'il y a des bureaucrates qui s'échinent à simplifier, on ne peut que plaindre les écoliers qui, victimes de cet élitisme ignare, auront demain toutes les peines à lire des textes du siècle passé (bourrés de fautes d'orthographes2, ils vont se dire).

Mais, répétons, fine lame du bon usage, Mary Norris ne pipe mot du zéro idiot.

Automatiquement automatisé

Venons-en, au zéro idiot. C'est un pur produit du décervalage robotisé imposé par le langage "numérique". Essayez un peu de dater quoi que ce soit sur un document Excell, par exemple du 4 mai 2018, en écrivant3 donc en chiffres 4/5/18: il va immédiatement corriger en 04/05/18. Idem dans la boîte de réception des courriels, le zéro idiot canarde à tout va4. Idem si vous insérez un texte sur tel blog à la date du 4 septembre 2018, il sera affiché 04-09-2018 (ou, pire, à l'envers, selon la mode étatsunienne, 2018-09-04).

Heureusement, ce n'est pas le cas partout. Les sites Internet sérieux datent le mois en toutes lettres. Mais celui du syndicat socialiste FGTB, qu'on veut croire sérieux aussi, livre un communiqué du 28.08.2018 (sic) ainsi que, à l'agenda, des activités dont la date est donnée comme ayant lieu le 02 du 10. (Je n'écris plus ceci le 05 septembre, j'ai un peu traîné, on est déjà le 2018-08-22...)

Si ce n'était que ça. Que la machinerie informatique standardise contre notre gré la notation des dates, passe encore. Mais c'est contagieux. Il devient de plus en plus fréquent que des courriers tapés à la machine (traitement de texte) par des humains (l'espèce salariée) comportent en tête de la missive une date délibérément écrite avec le zéro idiot. Pour l'avenir de l'espèce, y compris non salariée, c'est inquiétant.

On démarre une petition?

Signé Erik Rydberg, né un 04 mai.

1Mary Norris, Between you and me - Confessions of a Comma Queen, éditions W.W. Norton, New York, 2015.

2On s'en fichait pas un peu naguère. Suffit d'ouvrir un Rabelais...

3Hegel, dans sa correspondance, notait la date du jour au-dessus de celle, séparée par un trait, du mois, le tout suivi d'une indication de l'année abrégée aux deux derniers chiffres, précédée d'une apostrophe. Joli.

4Wiki, imbécile comme d'hab', met un tiret (tout-va)...

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Mots-clés

21 septembre 2018

Dans le territoire des filles

&

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Tout paraît si calme

Dans le territoire des filles

Le reste du monde

Sur son fil tendu

Ne cesse d'être envieux

Michel se fait oublier

Albert se reproduit

Luc attend la bonne réponse

Jean reproduit Albert

Moi

J'ai l'insouciance du plongeur

Je fends l'air

Je te cherche

C'est après toi, personne

Tout vibre

Sombre cascade

Chuchotements résignés

Colère du ciel

Partage des larmes

Jusqu'à l'assèchement de l'œil

Je m'écrase lourdement

Sur le reste du monde

Tout paraissait si calme

Dans le territoire des filles

13 septembre 2018

Trump : démocratie à la dérive

Samedi 1er septembre

 Les organisateurs du Festival Les Inattendues ont, en moins de dix ans, réussit à placer leur rendez-vous dans la liste des événements culturels de toute première ampleur grâce à deux caractéristiques originales : celle qui consiste à rapprocher les cultures d’Orient et d’Occident au point d’explorer leurs racines communes et de les confondre dans des créations spectaculaires ; celle aussi de distiller de la musique dans des rencontres philosophiques, au sein de débats, d’échanges ou de confrontations intellectuelles enrichissantes. Ce sont des respirations qui permettent de méditer le sujet évoqué afin de mieux le cerner au moment de le reprendre. Tout cela est présenté dans des lieux et des cadres de sérénité, autour de la cathédrale. Le public se presse en masse, heureux d’apprendre et de s’élever dans le savoir en pleine détente, et dont l’attention soutenue impressionne. Les comédiens lisent des textes ardus, les musiciens proposent des morceaux peu connus, les conférenciers se félicitent d’une écoute curieuse et concentrée, si bien que les commentaires spontanés accrochent la convivialité naturelle aux terrasses de la grand place toute proche, gorgée de soleil. Il est rare qu’un ensemble d’activités culturelles intelligemment ordonnancées procure une réjouissance intellectuelle aussi fertile.

Dimanche 2 septembre

 Si l’on est convié à suivre les pérégrinations et les paroles de François Hollande quasiment au jour le jour, il s’agit aussi d’observer l’ancien président des Etats-Unis Barack Obama qui, après un an et demi de retenue, a semble-t-il décidé d’expliquer à son peuple les dangers que l’actuel président lui fait courir. On l’aura compris vendredi dernier à l’occasion des funérailles de John Mc Cain, grande figure du parti républicain estimé de toute la classe politique sans distinction de tendance. Obama laissa quelques impressions discrètes auprès de journalistes choisis qui augurent d’un engagement actif et concret. Les élections intermédiaires s’annoncent à l’automne. Ce sera le bon moment pour dénoncer les facéties de Donald Trump autrement que par des caricatures ou des manifestations, ce Trump qui jouait au golf à l’heure de l’hommage au défunt Mc Cain.

                                                           *

 Daniel Cohn-Bendit ne remplacera pas Nicolas Hulot à la tête d’un ministère de l’Écologie. Ce serait « une fausse bonne idée » déclare-t-il. Sans aucun doute. L’homme n’est pas disponible pour interpréter la voix de son maître. La seule parole qui compte, c’est la sienne. Il signale néanmoins qu’il souhaite aider Emmanuel Macron. Il vient déjà de le faire en refusant le maroquin que le président lui offrait.

Lundi 3 septembre

 On ne peut même plus parler de trahison dans le chef d’Aung San Suu Kyi, l’ancienne icône de la Birmanie. Il faut plutôt considérer qu’elle perd la raison.  Elle deviendra bientôt plus cruelle que la junte qu’elle avait naguère combattue et d’une certaine manière vaincue. L’ONU devra bientôt penser à l’interner, le jury Nobel de la Paix à lui reprendre son Prix.

                                                           *

 Le diable est en Amérique latine et il ne s’appelle plus CIA. Le Venezuela de l’après-Chavez sombre dans la misère économique, l’Argentine voit sa monnaie décliner à une vitesse inquiétante et celui que le peuple brésilien veut revoir à sa tête est en prison tandis que sa candidature à l’élection présidentielle vient d’être invalidée. Comme un malheur ne vient jamais seul, le prestigieux musée national de Rio de Janeiro a été réduit en cendres par un gigantesque incendie trop difficilement contrôlable. La CIA, contrairement aux soubresauts et aux drames du siècle passé, ne semble certes plus aux commandes mais Dieu fasse que monsieur Trump n’ait pas envie d’aller remettre de l’ordre dans les boutiques.

                                                           *

 Revoir 2001 Odyssée de l’espace cinquante ans après sa sortie dans une version techniquement améliorée procure toujours le même plaisir. Pas besoin de monstres aux apparences horribles pour que surgissent devant les astronautes  des phénomènes prouvant qu’une autre intelligence meuble l’univers. Un monolithe lisse, rien qu’une sorte d’épais parallélépipède qui traverse les millénaires des Terriens et encombre leurs projets colonisateurs de planètes. La poésie de l’inconnu sur la célèbre valse de Strauss - ce Beau Danube bleu qui résonne dans l’immensité du vide -  et le mystère de l’infini qui surgit sans être expliqué, sans être inscrit dans la rationalité d’une histoire. Parce que l’on ne sait pas. Parce qu’il est vain – et parfois bête – de suggérer. Ce film est un chef-d’œuvre et il atteste si besoin était encore que Stanley Kubrick est un génie. Les grands, les vrais anticipateurs sont des modestes angoissés. Orwell aurait pu intituler son roman 2084 et Kubrick son film 3001. Mais ils n’auraient pas touché les sensibilités, transmis leur angoisse de la même manière. Le lecteur et le spectateur, après avoir pris connaissance de l’histoire et constaté que les événements surviendraient longtemps après leur mort, se seraient dit : « Après nous les mouches… » Ecce homo.

Mardi 4 septembre

 Tout ça pour ça, disent les observateurs. On s’attendait à un grand remaniement ministériel. Finalement, un tout petit ballet politicien s’est déroulé au ministère des Sports et à la Transition écologique et solidaire. Nicolas Hulot, très ému, passa le relais à François de Rugy, qui était président de l’Assemblée nationale, lequel cédera son maillet à Richard Ferrand, président du groupe macroniste à l’Assemblée. Un tout petit ballet de serviteurs zélés, comme au bon vieux temps, dans l’ancien monde. Les réseaux d’informations pourront, sur Internet, repasser la prestation de Rugy sur le plateau de France 24 en janvier 2017 où il fustigeait le candidat Emmanuel Macron, en soulignant qu’il n’avait aucun objectif écologique parce qu’il s’attachait au développement économique polluant… Faudra autre chose pour que ta cote de popularité remonte Manu. Elle est déjà paraît-il, un point en-dessous de celle de Hollande à la même période. C’est dire !

Mercredi 5 septembre

 Il est certain que de multiples livres paraîtront sur Donald Trump, tous plus explicites que d’autres tant les enquêtes doivent pulluler. Mais celui qui vient d’être présenté à la vitrine du libraire n’est pas comme les autres. Il est dû à Bob Woodward, le journaliste qui déclencha l’affaire du Watergate au début des années ’70 et qui parvint à provoquer le départ de Richard Nixon. Cet ouvrage est donc l’œuvre d’un grand professionnel, un journaliste chevronné qui sait les risques d’une divulgation d’information et ses corrélats. Il fait donc preuve de sérieux dans ses analyses, de recoupements dans l’exposé des faits. Il prend maintes précautions avant d’avancer une description et chaque mot est pesé. Ceux qu’il emploie révèlent une situation catastrophique à la Maison-Blanche. La version française du livre n’est pas encore parue mais des extraits traduits sont déjà commentés dans la presse. La principale puissance du monde est dirigée par un dingue. Faut-il encore en rire ? Oui, pour ne pas pleurer, pour ne pas être angoissé en permanence, mais il faut néanmoins être conscient du risque. C’est Docteur Folamour. Ce qui est désormais certain, c’est que ça va mal finir. Ce qui est problématique, c’est qu’on ne sait pas encore pour qui. Pour le peuple américain ? Pour le monde entier ? Pour nous, Européens ? Le mieux serait que ce fût pour Trump lui-même et pour celles et ceux qui vivent et agissent dans son sillage, sous ses ordres ou avec sa bénédiction. Rien ni personne d’autre.

Jeudi 6 septembre.

 Même quand on veut s’intéresser à la marche du monde en dehors de lui, Donald Trump revient enrayer l’observation. Ce qui vaut la peine d’être transcrit, ce n’est pas ce qu’il dit, c’est ce qu’on dit de lui. Et pour l’heure, chaque jour apporte des témoignages ahurissants. Ainsi, le très sérieux New York Times publie un éditorial à la signature anonyme, fait très rare de la part de ce journal. Il aurait été rédigé par un conseiller haut placé dans l’aile ouest de la Maison-Blanche, celle de la présidence, assurant « une résistance silencieuse » et tenant à prévenir le peuple américain que ses collègues et lui veillent à préserver le pays. La gorge profonde déballe des situations illustrant l’attitude d’un fou, d’un demeuré, d’un imprévisible. L’auteur affirme pour rassurer : « il y a des adultes à la Maison-Blanche », qu’on ne s’en fasse pas. C’est inouï.

 Le 44e Festival du film américain de Deauville a couronné une nouvelle star, Shailene Woodley, 27 ans, militante écologiste, qui déclare : « Pour la première fois, on a un président qui se fiche de la démocratie.» Les observateurs précisent que Trump conserve toutefois sa base électorale. Soit. Mais si des témoignages aussi graves continuaient d’être déversés à un rythme quotidien, il finirait bien par se passer quelque chose…

                                                           *

 L’homosexualité est dépénalisée en Inde. Scènes de joie dans les rues. Contraste avec ce que la France a connu. Une leçon de démocratie pour tous les militants opposés au « Mariage pour tous » qui défilaient dans Paris avec des slogans vulgaires et qui s’en prenaient, rustres, à Christiane Taubira de manière abjecte.

Vendredi 7 septembre

 Obama est rentré en piste. Il ne s’arrêtera pas jusqu’aux élections de novembre. Et il déclinera le plus souvent possible des phrases-chocs, les seules peut-être susceptibles de rivaliser avec les tweets du président. Son but est double : d’une part faire élire des démocrates pour reprendre la majorité à la Chambre ; d’autre part sensibiliser les républicains modérés à la dérive immorale de leur nation qui, en finalité, pourrait mettre la démocratie en péril. Il paraît qu’on l’attendait… Quoi ? Cet homme a gouverné les Etats-Unis pendant huit ans ; la Constitution ne lui permettait pas de se représenter, ne pourrait-on pas plutôt espérer découvrir quelques jeunes figures neuves se réclamant de son travail pour engager le fer ? En attendant, le black « fait le job ». Tout à son honneur.

                                                           *

 Que d’hésitations ! Que de méandres ministériels ! Que d’interrogations sournoises pour mettre au point le projet de prélèvement à la source qui avait été parachevé sous le précédent quinquennat ! Serait-ce parce qu’il s’agit d’une réforme initiée par François Hollande que Macron se tâte et pataude tellement ?

                                                           *

 Le célèbre architecte italien Renzo Piano présente un nouveau projet de pont pour Gênes. Discours officiel, petits fours… Au moment d’expliquer son ébauche, la maquette s’effondre. Un présage tragique ? Non, des rires spontanés, pas jaunes du tout. Il n’y a qu’en Italie que l’on peut voir cela.

La comedia !

Samedi 8 septembre

 Les Suédois voteront demain et là-bas (même là-bas !), l’extrême droite progresse et menace. Elle pourrait réaliser un score impressionnant grâce à une campagne axée sur la peur des migrants. Tous les commentaires mettent cette percée en évidence. Certes, il s’agit sans doute du fait le plus saillant de cette compétition. Il importerait néanmoins de rappeler que la coalition de gauche (social-démocratie / écologistes / communistes) du Premier ministre Stefan Löfven est toujours en tête dans les sondages (40 %), au coude-à-coude avec la droite classique (39 %). Avec les 20 % qu’on leur prédit, les bruns feraient l’événement mais pas la révolution.

                                                           *

 Emmanuel Macron recevait hier Angela Merkel à Marseille pour évoquer, durant toute la journée, l’avenir de l’Europe. Le temps presse. Les extrêmes droites progressent un peu partout dans les pays membres, les eurosceptiques pourraient devenir majoritaires dans le parlement qui sera renouvelé fin mai. Sans attendre des résolutions fondamentales, on espère un contenu volontariste de la part des deux principaux moteurs de l’Union européenne. Mais après le dîner, Macron s’est offert un bain de foule sur le Vieux-port. Grâce à des « allez l’OM » répétés ça et là, avec des selfies à l’envi, sa popularité fut assurée. Il rencontra même Jean-Luc Mélenchon à une terrasse. Échanges courtois et républicains. Ce matin, du Figaro à BFM TV, cette rencontre est à la une des bulletins d’informations. On a presque oublié que Merkel était, elle aussi, à Marseille. La politique du spectacle nourrie par la com’, un jour, Macron s’en mordra les doigts.

                                                           *

 Les substantifs « aoûtiens » et « juilletistes » ont fait leur entrée dans le Petit Larousse au début de la décennie ’70. Il faudra désormais compter avec les « septembristes », un néologisme figurant à la une du Parisien - Aujourd’hui en France. Un rapide tour d’horizon des stations balnéaires montre qu’en effet, nombreux vacanciers goûtent le soleil des ultimes journées de l’été. On connaît leur caractéristique principale : il s’agit de personnes sans enfants scolarisés. L’évidence surgit donc illico : les septembristes appartiennent souvent au troisième âge.

Dimanche 9 septembre

 Il y a une dizaine d’années, le nom d’Alep devenait connu de presque tous les Terriens, y compris ceux qui ne s’intéressent pas à l’histoire de l’Antiquité ou à celle du savon. Désormais, on va se familiariser avec celui d’Idlib, 6000 km², dernière poche où les fous d’Allah se sont retranchés. Les belles âmes craignent les bombardements destructeurs. La communauté internationale s’empare de l’indignation naissante puisque le mal sera enfanté, conduit par le trio d’enfer Iran – Russie - Turquie. Bien sûr que les bombardements auront lieu, bien sûr qu’ils causeront la mort d’innocents. Mais quoi ? Au point où l’on en est là-bas, on ne va quand même pas laisser un territoire aux mains de dérangés en violence qui, de surcroît, à terme, causeraient plus d’effrois aux populations civiles que quelques bombardements décisifs ? Idlib sera détruit, rasé peut-être, parce que la vermine s’y concentre. Ce n’est pas cet événement-là qu’il importe de cerner ou de commenter, c’est évidemment l’étape suivante : dans une Syrie transformée en champ de ruines, lorsque les armes se seront tues partout sur le territoire, que faire de Bachar al-Assad ? C’est la seule vraie question qui, latente, fait déjà débat dans les milieux diplomatiques. Une question vraie encombrée, pour l’heure, de réponses fausses.

                                                           *

 L’extrême droite suédoise ne réalise pas la percée que la presse internationale lui prédisait. Telle est la seule information que les dépouillements peuvent révéler ce soir. Mais elle est déjà de taille.

                                                           *

 Il est commun de signaler qu’avec la fin de la Mostra, le Lido retrouve le calme. Mais peut-on admettre que Venise possède encore des périodes calmes en ses quartiers les plus renommés ? La Sérénissime est même contrainte de réglementer les afflux touristiques en installant des barrières d’accès semblables à des parcomètres. Il n’empêche que la fin du Festival  rendu le Lido moins agité par le va-et-vient des vaporettos transportant des vedettes du grand écran. Cette 75e Mostra s’est achevée sur un palmarès historique. Le Lion d’or attribué à Roma du mexicain Alfonso Cuaron (Gravity, 2013) n’est pas tellement analysé en tant que tel. On attendra sa sortie en salles pour l’apprécier. Ce qui fait l’événement, c’est que ce film est distribué par Netflix qui décroche ainsi pour la première fois un trophée prestigieux. Comme le prix du scénario revient au western des frères Coen (The Ballad of Buster Scruggs) distribué aussi par Netflix, cette entreprise américaine prend officiellement une place prépondérante dans le marché cinématographique. Ce n’est pas une surprise ; on dira même que cette promotion était prévisible et attendue. Il n’empêche que l’évolution du paysage audiovisuel risque d’être très bousculée au cours des prochaines années, notamment pour les chaînes de télévision européennes.

 Lundi 10 septembre

 La social-démocratie suédoise n’est plus le phare de l’Occident. On le savait depuis plusieurs décennies. L’État-Providence n’est pas inébranlable ; ce constat était aussi acquis. Il n’empêche que le parti du Premier ministre Stefan Löfven, cet ancien métallo conduisant la coalition de gauche arrive en tête aux élections législatives avec plus de 28 % des voix. La droite classique est loin derrière et l’extrême droite ne réalise pas le score espéré, malgré une progression. En conséquence, la formation d’une coalition détenant la majorité des sièges est pour l’heure hypothétique. Se dessine ainsi de plus en plus la physionomie de la campagne européenne du printemps. Deux positions majeures s’affronteront : les partisans d’une relance européenne et les tenants d’une Europe à déconstruire. Ceux-ci baseront toute leur argumentation sur la politique migratoire en développant l’équation pernicieuse : immigration = insécurité. C’est pourquoi l’observation de la Suède est utile. Le pays accueillit une masse importante de migrants, un phénomène qui supplantera les options de politique sociale, celle qui a conduit la société vers un progrès remarquable en termes d’égalité.

                                                           *

 Proverbe portugais cité par Julian Barnes dans Le Point : Si la merde était précieuse, les pauvres naîtraient sans cul.

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09 septembre 2018

Passe Passe Fox Trot

&

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Entrent Par la fenêtre ouverte

Et les bruits de la nuit

Et des lamelles de temps

Et des empires disparus

Dans des spirales de poussières

L'univers connu

Si compliqué

 

Ray existe à peine

Roi déchu

D'un chœur souriant

Une ombre, un reflet

Rien de plus

Soudain

Un vague souvenir

Une étoile morte

Éveille ses sens

Emma dévisagée

Sur les marches du musée

Son innocence précoce

Ses yeux miroir d'eau

Son goût du feu

Son derrière docile

Ses secrets

Ses absences

Sa brusque disparition

Nuage d'écume

Évaporé

Une nuit de mer

 

Ray existe à peine

Une ombre, un reflet

Rien de plus

Par la fenêtre ouverte

Surgit son père

Perdu de vue

Il a ce rire étrange de

Quand il lui offrait

Une Chevrolet Dinky Toy

"Ta mère t'aimait" Dit-il

Lèvres pincées

Nerveusement

 

Entrent

Par la fenêtre ouverte

Et les bruits de la nuit

Et des lamelles de temps

Et des mensonges nécessaires

Et des empires disparus

Dans des spirales de poussières

L'univers connu

Si compliqué

Qui change

En un éclair

Éperdu de vie

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