semaine 38

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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03 septembre 2018

Ce fascisme qui menace l’Europe

Vendredi 24 août

 Á boire et à manger. En 1910, la France comptait un demi-million de bistrots. En 1960, plus ou moins 200.000 ; en 1970, plus ou moins 100.000. En 2015, on en recensait 36.176 et en 2016, 34.669. Ceux-ci se répartissaient sur 10.619 communes ce qui revient à constater que de nos jours, plus de 26.000 communes françaises ne possèdent plus le moindre café, lieu de convivialité par excellence. Dans le monde, il y a un peu plus de 37.000 Mc Do. Il y en a par exemple un qui ne désemplit pas à deux hectomètres de la Place Rouge à Moscou. La France comptait 1226 Mc Do en 2011. En 2016, il y en avait 1419… To drink and to eat.

Samedi 25 août

 Au cours de ces deux mois d’été, David Abiker a dialogué sur Europe 1, de 9 à 10 heures, tous les samedis, avec le paléontologue Yves Coppens (84 ans). L’histoire de l’aventure humaine égaya les petits déjeuners. Ce merveilleux optimiste parcourait les millénaires en paroles sages et l’auditeur se sentait porté par une confiance en l’avenir grâce au génie de l’homme surmontant les obstacles et découvrant, étape par étape, de nouveaux objets, de nouveaux instruments qui lui permettaient d’assurer le progrès d’une génération vers la suivante. Rien ne semblait contrarier le scientifique chevronné. Le clonage ? « Pourquoi pas cloner le mammouth si l’on peut ? » « Tout a toujours changé, ce qui est réalisable a toujours été réalisé ; l’important est de maîtriser la création »… La peur de l’avenir ? « Elle devait déjà exister il y a 30.000 ans… » En modestie et en sagesse, Coppens reconnaît dans ses recherches quelques chicanes tenaces résultant de mystères qui le tarauderont jusqu’à la mort : Carnac, un menhir de 20 mètres de haut qui pèse 30 tonnes… Mais encore ?...  Non, il ne sera pas question de Dieu, c’est un autre problème, pas du ressort du paléontologue ça…

                                                         *

 La commission électorale congolaise juge « irrecevable » la candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidence de la République. Voici une décision qui pourrait mettre le feu aux poudres. C’est peut-être ce que recherchent le président Kabila et sa garde rapprochée.

                                                           *

 Adults only. Une précaution pitoyable qui révèle une société refoulant son propre avenir. Dans plusieurs capitales européennes, Berlin en tête, des hôtels et restaurants affichent cette pancarte, considérant que les enfants risquent de troubler l’ambiance. Vieux réflexe de rejet sans doute. Subtile variante : jusqu’à présent, la tranche d’âge est préférée à l’appartenance ethnique.

Dimanche 26 août

 26 août 1789. Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

                        Art. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

10 décembre 1948. Déclaration universelle des droits de l’Homme.

                         Art. 1er. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

1948 a oublié le Citoyen de 1789. Oublié aussi le « demeurent » à l’article premier.

 La Déclaration de 1789 a été rédigée par les Représentants du peuple français. Celle de 1948 par un comité de rédaction que présida Eleanor Roosevelt, la veuve du président des Etats-Unis, celui-là même qui voulait faire de Charles de Gaulle le gouverneur de Madagascar. Pour ce qui concerne « l’esprit de fraternité », faire semblant de ne pas l’avoir lu, au risque de se pâmer dans un grand éclat de rire.   

                                                           *

 La plus belle réussite en matière d’éditions au cours de la deuxième moitié du XXe siècle fut la création d’Actes-Sud qu’Hubert Nyssen conduisit à la renommée en révélant de remarquables écrivains loin de la place parisienne. Il ne faudrait pas que sa fille, Françoise, qui reprit fort bien le flambeau, griffe cette superbe notoriété en laissant un mauvais souvenir de son passage à la rue de Valois. Ministre de la Culture, c’est un autre métier. Elle est occupée, à son corps défendant, à montrer au président Macron que le recours à la société civile a ses limites.

                                                           *

 Dans son roman La Librairie (éd. Stock, 1994) Pénélope Fitzgerald affirmait que le monde était partagé « entre exterminateurs et exterminés ». C’est sans doute exagéré. Nous dirons « bons et mauvais » en étant déjà conscients que cette bipolarité est trop simpliste. Mais en voyant le film éponyme qu’Isabelle Coixet en tira, on comprend mieux la formule, entièrement illustrée par une sourde conjuration quasiment spontanée d’une communauté villageoise à l’endroit d’une jeune dame passionnée de livres, dont le seul crime est de vouloir coûte que coûte ouvrir une librairie. Cité dans les grands rendez-vous des trophées cinématographiques, ce film connut des critiques très contradictoires. Il est vrai que certaines scènes sont convenues. Mais la dernière minute de l’histoire lui confère un impact mémoriel qui dégage une morale sur la médiocrité des querelles de voisinage et, au passage, un salut à la compagnie des livres, ce qui est toujours bon à prendre.

Lundi 27 août

 L’Église catholique italienne commence à s’occuper des migrants, laissés malades sur leur bateau. Elle les accueille en Sicile tandis que la Justice italienne commence, elle, à s’intéresser à Matteo Salvini, ce ministre de l’Intérieur d’extrême droite pour qui la personne humaine n’est pas nécessairement secourable. « Quand je pense à la Sicile, qui est elle-même un pays de vrais fantômes, où les conquérants seuls ont laissé quelques traces, je me dis que je suis dans un cercle d’étrangetés dont on ne sort jamais. » (Lettre de Nicolas de Staël à René Char, novembre 1953)

                                                           *

 Le Festival de l’Été mosan s’est achevé hier avec succès dans la collégiale Notre-Dame Saint-Perpète de Dinant grâce au talent des jeunes musiciennes et musiciens de l’Orchestre de Chambre de Liège. Après les sarabandes, gavotte et rigaudon, ils firent connaître les virevoltes surprenantes de Jean Françaix (1912 – 1997). Ce haut monument néo-gothique à la façade noire de saleté ne leur a pourtant pas rendu la tâche aisée avec une piètre acoustique faiblarde. La pauvre collégiale a des excuses : victime de l’effondrement d’un pan de rocher en 1227, incendiée lors du sac des Ducs de Bourgogne en 1466, bombardée en 1914, elle a été maintes fois restaurée. D’excuses, les organisateurs dévoués du Festival  au n’en ont hélas point. Si l’amateurisme a ses charmes, ses faiblesses érodent souvent ses desseins.

Mardi 28 août

 Le peuple italien a souvent, au XXe siècle, fourni des bataillons d’émigrés aux pays hospitaliers ou en recherche de main-d’œuvre. Ce fut pour fuir le régime de Mussolini en France (la famille Livi avec Ivo qui deviendra Montand) ; pour travailler dans les mines du Nord de la France ou en Wallonie (la famille Adamo, la famille Di Rupo…) ; pour tenter de relever le défi de l’American way of life (les De Niro, les Pachino, les Di Caprio, mais aussi les Capone…). Aujourd’hui, le peuple italien est le plus xénophobe. Il applique à merveille la sourde consigne tartuffarde propre aux fascistes : faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Et c’est ainsi que le régime démocratique se ronge de l’intérieur. Les suffrages de ce pays fondateur de l’Union européenne pèseront lourd dans la composition du futur parlement européen, au printemps prochain.

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 La voix du pape dérape. Cette phrase pourrait donner naissance à une chanson du type J’ai la rate qui s’dilate… Ce sont les homosexuels qui s’en disent heurtés. Bah ! François aura bientôt 82 ans. Il rentre d’Irlande où il dut à nouveau affronter le triste dossier de la pédophilie mettant là-bas l’Église catholique carrément au ban de la société tant le venin s’est répandu. Il ne faut pas trop lui en vouloir, être un brin compréhensif, mais sur les réseaux sociaux (ah ! la vilaine expression !...), les accusateurs s’en donnent à cœur joie… Surtout que dans ce champ de la dénonciation, l’identité n’a pas besoin d’être déclinée…

                                                           *

 Pour élaborer son budget 2019, les prévisions devenant moins favorables, Édouard Philippe et Emmanuel Macron vont encore rogner dans les prestations sociales. Et au sein de celles-ci, ils vont de nouveau s’attaquer aux pensions de retraites. Mais qu’est-ce qu’ils leur ont donc fait, les vieux, à ces deux-là ?

Mercredi 29 août

 Les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran provoquent tant de handicaps économiques et sociaux que le président Hassan Rohani a été sommé de s’expliquer devant le parlement de Téhéran. Ses explications n’ont pas satisfait. Le pays vire doucement vers une crise de régime qui pourrait ramener l’extrême droite au pouvoir.

 Viktor Orban rend visite à Matteo Salvini à Milan. Il déclare que le ministre italien de l’Intérieur est son « héros » tandis qu’Emmanuel Macron est son « ennemi ».

 Une manifestation violente de néo-nazis s’est déroulée à Chemnitz (anciennement Karl-Marx-Stadt, du temps de l’Allemagne de l’est). Non seulement ces fous de la haine ne se cachent plus pour pratiquer le salut hitlérien, mais ils sont de plus en plus nombreux et, fait gravissime, semblent bénéficier du soutien des forces de police.

 Quelques faits à verser au dossier Ce fascisme qui vient, chaque jour un peu plus volumineux.

                                                           *

 Ministre d’État, ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot a décidé hier de quitter le gouvernement et tous les commentaires de presse sont concentrés sur ce geste soudain mais prévisible. Lorsqu’il est question d’évaluer le bilan de son action, l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’est que très peu évoqué. C’est pourtant ce dossier-là qui l’avait motivé. En secret, Macron lui avait promis d’abandonner le projet, ce qui avait déterminé Hulot à la suivre. Le plus étonnant, dans le geste de la star écolo, c’est la manière avec laquelle il démissionna : il en fit part en direct à Nicolas Demorand et Léa Salamé un peu avant 8 heures au cours de la matinale de France inter, sans avoir prévenu au préalable le président de la République ou le Premier ministre. Pas même sa femme. Le 30 juillet dernier, sur Europe 1, on annonçait la parution prochaine d’un livre de Jean-Luc Bennahmias dans lequel on trouverait de nombreux entretiens consacrés à Nicolas Hulot (Les Paradoxes de Monsieur Hulot, éditions de L’Archipel). Parmi ceux-ci, un propos de François Hollande : « Il n’y a que lui qui l’intéresse […] Il partira de toute façon. Peut-être qu’il partira tard, mais il sait que c’est un contrat à durée déterminée. » Bien vu. La parution de ce livre était annoncée pour le 29 août. On y est.

Jeudi 30 août

 Marcel Gauchet énonce clairement la transmutation des problèmes : « la question migratoire supplante la question sociale ». Avec celle du climat, ce sera le sujet principal de la campagne pour les élections européennes du printemps prochain. Il est temps que l’Union manifeste une cohésion en ce domaine, ou ce sera sa perte. Le défi est vital. La question sociale restait l’apanage de la gauche. Celle-ci n’est nulle part sur la question migratoire. L’extrême droite exploite le bon sens en utilisant l’information rapide que les médias distillent. Ainsi, en creusant, on s’aperçoit que l’Italie est loin d’être débordée par un flux migratoire. C’est elle qui accueille le plus de migrants - ce qui apparaît logique et normal dès qu’on se penche sur une carte de géographie - mais ceux-ci ne font que la traverser, ils ne s’y installent pas. Son populiste ministre de l’Intérieur Matteo Salvini se sert habilement des images pour crier à la catastrophe et laisse épancher son anti-européanisme en sachant parfaitement que sans l’Union européenne, l’Italie serait bien plus pauvre et moins prospère. L’Italie n’est pas un pays d’accueil pour les migrants, ce n’est qu’un pays de transit.

Vendredi 31 août

 La Commission européenne est en ébullition. Les conseillers s’activent. Les dactylos font crépiter les claviers. Il n’y a plus une seule photocopieuse disponible. Des notes sont réclamées sur les nombreuses études qui ont été commandées. Il ne s’agit pas de manquer le rendez-vous de l’Histoire ; il faut éviter à tout prix un désenchantement susceptible de provoquer un soulèvement populaire. Tout est bien pensé, réfléchi, évalué avant que le communiqué ne tombe sur les télescripteurs des agences de presse. Le choix, qui n’évite pas l’embarras, concerne un demi-milliard de citoyens. Le suspense devient intenable.  La décision devrait être prise et révélée avant la fin du mois, donc aujourd’hui. La réponse à la question cruciale est imminente : va-t-on maintenir le changement d’heure ?

                                                           *

 La liste des batailles navales que se sont livrées la France et l’Angleterre depuis le Moyen Âge  consiste en une litanie surnuméraire : Arnemuiden, L’Écluse, Brest (tant de fois !...), Boulogne, Malaga, Négapatam, Trafalgar (évidemment…) , etc. Statistiquement, il n’y a pas de raison que la série s’interrompe. Les bateaux de pêche assurent la pérennité. L’objet des affrontements est un gisement de coquilles Saint-Jacques. Pour peu que s’en mêle la mairie de Compostelle, on risque de voir la flotte espagnole entrer dans la danse, comme au bon vieux temps des flots bleus qui devenaient rouges tout autour des rivages européens.

Image: 
Le visage noir de l’Italie illustré par Matteo Salvini lors d’un meeting réunissant l’extrême-droite anti-immigration. Photo © Youtube
03 septembre 2018

Okuda : de l’exercice de style à la création surréaliste.

Okuda est apparu sur les écrans radars des amateurs de street art en réalisant la décoration intérieure et extérieure d’une église. Cette œuvre peut être considérée comme un chef d’œuvre, c’est-à-dire un manifeste de l’art de son créateur.

Son créateur est Oscar San Miguel Erice, aka Okuda. Il est né à Santander en 1980 et vit depuis 2000 à Madrid. Il étudie les Beaux-Arts à l’université Complutence, certainement la plus prestigieuse université madrilène. L’église s’appelle Santa Barbara de Llanera. Elle est située dans la zone industrielle d’Asipo dans la commune de Llanera dans les Asturies, au nord de l’Espagne.

L’histoire de cette métamorphose mérite d’être racontée. L’église avait plus d’un siècle. Elle a été construite en 1912 par l’architecte Manuel del Busto. Elle eut de riches heures mais l’absence de fidèles provoqua sa fermeture et le monument tomba en ruines. Son état était tel qu’elle était vouée à la destruction. Pour sauver l’édifice un groupe de passionnés s’est formé ; groupe qui prit le nom de la « Brigade église ». Pour préserver son architecture, la Brigade leva des fonds, s’attacha le partenariat de Red Bull et décida d’en faire un skatepark.

Le madrilène Okuda se vit alors confier la décoration de cette église, devenue un haut lieu de la pratique du skateboard. Okuda a peint des animaux, des visages, des têtes de mort, des scènes représentant des personnages, des éléments végétaux. De l’ensemble se dégage une grande cohérence formelle : animaux et personnages sont traités graphiquement de la même manière. Seuls sont gardés par l’artiste les traits forts des sujets traités en deux dimensions. Cette géométrisation des espaces se traduit par une fragmentation des aplats peints de couleurs différentes.

La peinture d’Okuda est éloignée du réalisme. Il conserve les traits de ses sujets, fragmente les surfaces, ne rend pas compte du volume par des ombres, recherche des harmonies colorées de couleurs n’ayant que de lointains rapports avec la couleur « réelle » du sujet.

Ce qui surprend et étonne, ce sont en premier lieu les couleurs, et en second lieu, dans le cas de l’église, le manque de cohérence thématique. Entre l’intérieur et l’extérieur, entre les murs et les plafonds, alternent des thèmes qui ne semblent pas avoir de rapports de signification. A moins que le fil rouge entre les sujets soit l’opposition entre la vie et la mort. La vie évoquée à travers visages et formes animales et la mort toujours présente dans la récurrence de « skulls », figure « classique » de la contre-culture, mais figures inattendues dans un lieu de loisirs fréquenté par des jeunes gens. Le thème vie/mort est renforcé par une scène récurrente : d’un crâne émerge un arbre et un personnage stylisé. Cette occurrence peut avoir un sens : de la mort des animaux et des Hommes naît la vie symbolisée par l’arbre (de vie ?) et d’autres êtres qui ne peuvent exister que grâce à la longue chaîne de la vie faite de naissance, mort, renaissance.

Ces scènes sans s’opposer aux autres représentations introduisent un élément qui dépasse la décoration. Elles se réfèrent au surréalisme.

La décoration de cette église n’a pas fait scandale comme elle aurait pu le faire en d’autres temps. Elle a étonné ; la communion entre l’architecture et le style très coloré des motifs qui rompent avec la traditionnelle obscurité des intérieurs d’église et la relative austérité des murs extérieurs des églises du siècle précédent.

La décoration de l’église Santa Barbara fut un coup de tonnerre dans le Landernau de l’art. Nous avons découvert alors l’ensemble de la production d’Okuda. Elle est singulièrement riche. Okuda a peint des camions, des trains, des réceptions d’hôtes de luxe, des toiles, des « murs » tel ce pignon d’immeuble qu’il a peint récemment dans le 13ème arrondissement de Paris.

Le maire de l’arrondissement et la galerie Itinérrance l’ont sollicité pour peindre un mur pignon d’immeuble de 50 m de haut sur 30 de large. Okuda a peint sa Mona Lisa avec au bras un sac Vuitton et un oiseau sur l’épaule. Dans un entretien, il justifie la présence de ce sac en disant que Paris est la capitale de la mode. Sa Joconde est un jeu subtil de motifs décoratifs et d’une géométrisation des espaces qui est une des marques de l’artiste. Tous les motifs utilisés par Okuda ont déjà été utilisés dans des œuvres différentes (les pois, les bandes, les étoiles etc.). A sa manière, la Mona Lisa d’Okuda est également un manifeste de son art.

Revenons sur ce qu’il est convenu d’appeler le style d’Okuda. La décomposition d’une surface en lignes géométriques nous renvoie à la fin du 19ème siècle, au cubisme du début du 20ème et à l’abstraction. Le fait de peindre des espaces qui devraient être des aplats de couleurs différentes n’est guère nouveau. Difficile de ne pas penser au Brésilien Kobra. « Techniquement » dirons-nous, Okuda n’apporte pas d’innovation plastique. Son apport est davantage dans sa déclinaison des couleurs, couleurs qui s’affranchissent totalement des couleurs de la réalité.

Il faut pour apprécier son art regarder ses fresques plutôt que ses « grandes » réalisations. Ce qui était présent dans la décoration de Santa Barbara, est, dans ses fresques, l’objet même de l’œuvre. Ses fresques sont des merveilles de composition et prolonge le mouvement surréaliste. Elles donnent à voir non des motifs décoratifs mais des scènes avec des personnages entretenant entre eux et des objets des relations mystérieuses. Leur sens n’est pas donnée par un titre ; c’est à « celui qui voit » de le construire. La beauté, la signification cachée des œuvres, la qualité de leur exécution, en font des œuvres remarquables de mon point de vue, comparables voire dignes, des grandes toiles d’un Chirico ou d’un Dali.

Okuda s’est imposé sur la scène internationale par ses talents de coloriste. A ses œuvres phares, je préfère ses « murs » et ses toiles dont l’audience est plus confidentielle.

Le Chilien Inti déplorait que les œuvres de street art aujourd’hui étaient de la « déco ». C’est très excessif, ce qui signifie que c’est vrai en partie. Décorer un lieu, le rendre beau, est en soi un bel objectif et la peinture a à voir avec la décoration. Par excès d’intellectualisme certainement, j’aime les œuvres qui conjuguent beauté formelle et signification, convaincu que la peinture est un objet et un medium. Laissons le temps au temps, Okuda est un jeune peintre qui ne manque pas de talents. Sous la « déco », cet artiste a des choses à nous dire sur sa vie, ses espoirs, notre monde. Alors, accordons notre attention à cet artiste, déjà célèbre, peut-être pas encore accompli.

Image: 

Eglise Santa Barbara de Llanera (Asturies)

Détail de l'intérieur.

Tour du 13ème arrondissement de Paris. Mona Lisa.

Fresque.

Fresque.

Fresque.

Fresque.

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31 août 2018

L’Europe

Le vendredi vers 18heures, dans les locaux de la commission européenne à Bruxelles prendre l’ascenseur est un enfer. Tout le monde veut rentrer chez soi, partir en week-end ou rejoindre des amis pour dîner. L’ascenseur, plein à ras bord de fonctionnaires en costume cravate des dossiers plein les brasne s’arrête pas à l’étage demandé et quand il s’arrête, on ne peut pas en sortir à cause de la foule qui piétine devant les portes. Depuis plus de deux heures, je tente de rejoindre mon bureau où un problème urgent m’attend. Je passe du douzième étage au quatrième sans parvenir à mettre le pied au troisième où se trouve mon bureau qu’il faut absolument que j’atteigne. J’ai du travail par-dessus la tête : Un bateau avec 432 somaliens à bord attend l’autorisation d’accoster dans un port européen. Ma secrétaire, Elsa, est sur le coup. Elle tente de trouver un accord avec les pays et les ports de la région. C’est une femme volontaire et efficace qui,en général, arriveà ses fins.

Il est déjà dix- huit heures trente et je suis toujours dans l’ascenseur qui parcourt le bâtiment de haut en bas sans me permettre d’atteindre mon bureau. Si je ne trouve pas une solution, je vais manquer Elsa qui sera partie sans parler du dîner de ce soir programmé chez mes beaux-parents. Ma femme va râler. Heureusement, l’ascenseur s’arrête enfin au troisième étage. Dès l’ouverture des portes, je me précipite à l’extérieur en bousculant les femmes de ménage d’origine africaine, les mains pleines de seaux.

- Pardon, pardon, excusez-moi !Sorry !  Quand j’atteins enfin mon département, il est désert. Les lumières du couloir sont éteintes et les portes des bureaux closes

Je cours jusqu’à mon bureau qui est plongé dans le noir. Elsa est absente. Je l’appelle.

- Désolé Elsa, comme d’habitude, je suis resté bloqué plusieurs heures dans les ascenseurs. Vous êtes déjà partie ?

- oui, je devais partir tôt aujourd’hui. Mon mari et moi, avons programmé un week-end à Rome. Notre avion décolle dans un quart d’heure de Charleroi.

- Je vous comprends. Vous avez pu trouver une solution pour ce bateau de somaliens ?

- Non, Monsieur, je n’ai pas eu l’occasion de le faire car le bateau a disparu des radars. Personne ne sait où il se trouve à l’heure actuelle. Des garde-côtes patrouillent sans succès le secteur depuis plusieurs heures.

- Il aurait coulé ?

- Oui. 432 personnes sont portées disparus. Des familles et des enfants.

- Des survivants ?

- Aucun, à ma connaissance.

Le téléphone en main, on est resté silencieux une bonne minute. On ne pouvait pas faire moins. Ni plus.

En raccrochant, je me rends compte qu’il est presque dix-neuf heures. Le moment où les vigiles verrouillent les accès du bâtiment. Plus question de prendre l’ascenseur cette fois. Je descends les escaliers quatre à quatre et je me précipite vers les portes en verre, les portes principales.

- Merde ! Elles sont fermées. Je suis bon pour passer le week-end dans les fauteuils du hall d’entrée.

Je suis à peine assis qu’un vigile veut voir mon accréditation et mes papiers. Il vérifie tout avec attention. Tout va bien, je suis en ordre. Au moment où le vigile s’éloigne, jetente de me positionner confortablement dans le fauteuil et je ferme les yeux

-  Vous comptez passer la nuit, là ? me demande le vigile en me réveillant. Il est debout devant moi, les bras croisés. A sa ceinture pend une matraque.

- Oui, je vous gêne ?

- Moi, pas du tout mais le règlement interdit de rester dans le hall d’entrée quand le bâtiment est fermé.

Son ton est ferme mais pas agressif. Il me fait comprendre qu’il n’a rien de personnel contre moi mais qu’il doit appliquer le règlement.

- Je comprends, je comprends très bien, dis-je en me levant. Je vais rejoindre mon bureau.

- Le plus vite sera le mieux.

Je me relève et me dirige vers les ascenseurs. Le vigile ne me quitte pas des yeux.

A cette heure-ci, plus de problème avec les ascenseurs. J’arrive sans encombre au troisième étage plongé dans l’obscurité. Je sais que mon bureau est fermé mais j’espère trouver une collègue ou une secrétaire qui travaillerait tard ce vendredi. Tous les bureaux sont fermés. Je tente ma chance en frappant à toutes les portes du couloir, une fois, deux fois, trois fois mais personne ne donne signe de vie. Résigné, fatigué, affamé je me couche sur la moquette devant mon bureau pour tenter de trouver le sommeil. Ce ne sera pas simple, la moquette est trop fine et la dalle de béton trop dure Le week-end s’annonce pénible. Nous sommes vendredi, fin d’après-midi et je prie déjà pour voir arriver Elsa qui commence à neuf heures précises lundi matin.  Je me prépare à vivre deux jours sans manger, sans boire et sans dormir sauf siapparait miraculeusementune employée du service de nettoyage qui travaillerait le week-end.

Image: 

© Serge Goldwicht

31 août 2018

Seul, le hasard est libre

&

Image: 

Seul

Le hasard est libre

Comme le carré de la distance

Entre la paupière et le cil

La poussière dans l’œil

Dit l’atome insoumis

 

Qui a vu l’ombre d’un atome

Qu’éclaire la lumière

Rapide

Seul devoir

Vivre avant la mort

En attentive poussière

Entre chianti et grappa

Entre tambour et kalachnikov

 

Les mots sont hasards

Aussi Larmes engraissant les décombres

Se glissant dans les fissures

Little big bangs

Une graine attire une larme

La larme chauffe la graine

Qui, lentement,

Explose

À l’ombre moite

Des volcans

Où la fraicheur vapote

En torpeur incertaine

Grappa et chianti

Seul le hasard est libre

La lumière rapide

L’atome insoumis

 

Du temps

Un sacré temps

La graine humide et chaude

Little big bang

Retouche

D’immenses terres

25 août 2018

Ouf, c’est la rentrée des livres et des politiques

Jeudi 16 août

 Ce n’est pas encore officiel mais ce n’est plus tout à fait une rumeur : Manuel Valls pourrait concourir aux fins de remporter la mairie de Barcelone. La compétition électorale est prévue au printemps prochain. Le temps presse si l’éventuel candidat veut se familiariser au terrain. Mais au-delà des contingences qui émailleraient son engagement et qui ne manqueraient pas d’être longuement analysées, une caractéristique neuve apparaîtrait dans le paysage européen : un ancien Premier ministre français, député en activité, pourrait devenir maire d’une grande ville espagnole. Cette situation totalement inédite confèrerait à l’Union européenne une nouvelle identité qui ne pourrait que renforcer sa cohésion.

                                                           *

 François Hollande avait déclaré qu’il interromprait son tour de France des dédicaces afin de respecter les vacances des Français. Il reprendrait ses activités en septembre. Mais des libraires en redemandent ! Certains d’entre eux vont même à sa rencontre, le solliciter physiquement. Quand un souhait appuyé s’exprime, il ne dit pas non. Résultat : les files d’attente sont encore plus longues et les séances durent au moins 6 heures ! …La nouvelle est arrivée à Brégançon car des jeunes gens ont décidé de publier un tract vantant les mérites de la présidence Hollande. Il y a quatre jours, l’ancien président a fêté son 64e anniversaire. Á cet âge-là, de Gaulle traversait le désert et Mitterrand songeait à présenter sa candidature à l’élection présidentielle, une compétition qui à laquelle il avait déjà échoué à deux reprises.

Vendredi 17 août

 Erdogan maîtrise mal la chute vertigineuse de sa monnaie. Macron vient à son secours. Il lui téléphone pour « souligner l’attachement de la France à une Turquie stable et prospère. » Diable ! Il a oublié de joindre l’adjectif « démocratique » à ces deux-là ! Allez Manu, encore un effort ! Veille à ce que cet oubli ne soit pas qualifié de freudien…

                                                           *

 Tandis que l’on prépare les funérailles des victimes de Gênes et que les travaux d’enlèvement des décombres se poursuivent, les tribunes libres s’accumulent dans la presse italienne et européenne sur les responsabilités quant à l’effondrement du viaduc. Enrico Colombatto, professeur d’économie à l’université de Turin, appuie sur trois mots : « corruption, gabegie, gaspillage ». Il n’est pas le seul. Le gouvernement d’extrême droite hésite à charger les exécutifs qui l’ont précédé. Il accable donc plutôt la société autoroutière. C’est une sagesse qui s’impose. Il faut toujours assumer l’héritage. Mais le débat ne fait que commencer. Déjà, l’Europe est pointée. Elle a tellement bon dos cette Europe…

Samedi 18 août

 Enfin - grâce à Libération et au vide estival – des nouvelles de Notre-Dame-des-Landes ! Comme on le prévoyait, la zone squattée par les opposants à l’aéroport n’est pas encore tout à fait dégagée et le blocage des routes n’a pas totalement disparu, ce qui nuit considérablement à certains petits commerces au point que plusieurs d’entre eux se sont résolus à fermer boutique (allô ? monsieur le ministre de l’Intérieur ? Monsieur Collomb ? …) Quant aux villages limitrophes, ils dégagent des sentiments divers. Á Vigneux, là où le nouvel aéroport devait naître, on est content, on félicite les zadistes. En revanche, à Saint-Aignan, en bordure de l’aéroport actuel, on est inquiet : en compensation de l’abandon du projet, une piste supplémentaire sera construite qui créera inévitablement de nouvelles nuisances (allô, monsieur le ministre de la Transition écologique ? Monsieur Hulot ? …)

Dimanche 19 août

 Á minuit la Grèce sera libérée de sa tutelle financière après huit années de garrot. L’Histoire retiendra qu’elle dut son maintien dans l’Union européenne à la ténacité de François Hollande. C’est à partir de ce lundi que l’on va pouvoir évaluer la réelle capacité d’Alexis Tsipras à gouverner le pays. Il est souriant et l’attrait touristique ne faiblit pas, au contraire. Ce sont là de bons signes. Mais rien ne remplace le soutien populaire.

                                                           *

 L’artiste est prophète (suite). Des corneilles envahissent les villes polonaises et des loups pourraient bientôt entrer dans Paris.

Lundi 20 août

 On sait que la démesure est monnaie courante aux États-Unis. Leur président ne doit pas fournir d’effort pour illustrer cette réputation ; il lui suffit d’être égal à lui-même. La Pennsylvanie vient de recenser 300 prêtres pédophiles. Le pape François, dépassé par l’événement, ne peut rien exprimer d’autre qu’une « ferme condamnation des atrocités » Ce n’est pas encore ce souverain pontife-ci qui incitera l’Église à supprimer de sa doctrine le célibat des prêtres, une réforme inexplicable, au demeurant superflu, qui lui coûte cher en ces temps de pureté rigoureuse. Conseillons-lui l’apprentissage de la sage parole de Joseph Staline : « Un mort, c’est une catastrophe. Un million de morts, c’est une statistique. »

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 Georges Bernanos admirait Charles de Gaulle mais il refusa le poste de ministre que le général lui offrit à la Libération. Le chef de la France libre avait déjà dû lui envoyer un télégramme (« Votre place est parmi nous… ») au Brésil afin qu’il regagne la mère-patrie en quittant son pays d’exil. Un moment d’histoire un peu bizarre qui ne fut jamais vraiment approfondi. Et comme Bernanos mourut en 1948, l’intéressé n’eut pas l’occasion d’expliquer ses motivations avec le recul du temps. Bourru et sagace, il aurait été le Clemenceau du Général.

Mardi 21 août

 « Si les retours continuent d’augmenter, on ne parviendra plus à suivre la cadence… » Théo Francken, le secrétaire d’État chargé de l’Immigration en Belgique, est désespéré : sa politique de rapatriements forcés s’amplifie tellement bien qu’il manque de personnel pour en assurer l’accomplissement. La solution paraît pourtant simple : que les préposés à l’accueil soient affectés ipso facto au retour. D’un comptoir l’autre, on gagnerait du temps… Et de l’argent… Pauvre Francken ! Membre du parti nationaliste flamand qui, comme tous les partis nationalistes, est obsédé par la présence d’étrangers, il avait reçu, il y a quatre ans, le portefeuille qui lui permettrait de commander des charters et d’en jouir en présentant chaque année un palmarès musclé choyant la popularité de son parti en flattant les bas-instincts du bon peuple. Raté ! Deux ans plus tard, la crise migratoire se déclenchait. Pouah ! Quel métier ! Francken arrive exténué au bout de la législature. Il mérite d’être récompensé. Qu’on le mute à la Coopération au Développement pour la dernière année…

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 L’Obs propose des tableaux statistiques prouvant que le monde ne s’est jamais aussi bien porté : l’espérance de vie augmente, la sous-nutrition baisse, l’extrême pauvreté aussi ; l’alphabétisation progresse ainsi que la démocratie ; et l’économiste allemand Max Roser, chercheur à Oxford, l’une des figures centrales de l’antidéclinisme, signe un article intitulé « Nous vivons la meilleure période de toute l’histoire de l’humanité.» Il y a quelques années, Le Point avait  publié un dossier semblable. Et pourtant, le pessimisme perdure chez les citoyens. Alors quoi ? Rien. Le mal-être ne se mesure pas. Et le sentiment de vivre en permanence au bord d’un gouffre ne doit pas se psychanalyser. Ce qui compte, c’est de d’offrir un futur. Manu ! Encore un effort !...

Mercredi 22 août

 Deux millions de fidèles se retrouvent à La Mecque pour accomplir le pèlerinage qui sauvera leur vie. En 2015, la bousculade avait causé la mort de 2300 pèlerins. Désormais, l’événement se déroule sous la surveillance de l’énergique prince héritier réformateur Mohammed Ben Salman. Dans les grands bouleversements qu’il engage au sein de la très conservatrice Arabie saoudite, il ne s’est pas encore attaqué à ce fantastique rendez-vous annuel. Trop sacré. Trop emblématique. Trop ancré dans la tradition islamique. Pas encore…

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 Il paraît que les partis politiques sont à la recherche de têtes de liste pour les élections européennes. S’ils avaient des idées, ils auraient des candidats pour les représenter. Trop peut-être.

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 Une actrice italienne, victime des harcèlements de Weinstein, aurait agressé sexuellement un mineur d’âge. La vie est belle.

Jeudi 23 août

 Á Trappes (Yvelines), un homme a poignardé sa mère et sa femme en des gestes violents et fous. Quelques indices pourraient laisser croire qu’il se revendique d’Allah mais la police penche plutôt pour un drame familial. Bref, il s’agirait d’un fait divers. Qu’à cela ne tienne, monsieur Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, se déplace sur les lieux de l’horreur. Va-t-il proposer au président qu’un hommage national soit rendu aux deux victimes dans la Cour des Invalides ?

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 Parmi les 567 romans (dont 186 étrangers) que proposera la rentrée littéraire, la lettre de Vanessa Schneider à sa cousine « pour la venger du mal qu’on lui a fait » fera sans doute beaucoup parler d’elle (Tu t’appelais Maria Schneider, éd. Grasset). On la dit déjà bouleversante. Elle réveillera les curiosités cinéphiles et elle fera vibrer les cordes voyeuristes. C’était en 1972. Bernardo Bertolucci tournait Le Dernier tango à Paris dans un appartement près du pont de Bir Hakeim, l’histoire d’un quadragénaire interprété par Marlon Brando, délaissé par son épouse, et qui se livre à des ébats sexuels passionnés avec une jeune fille de 19 ans. Pour obtenir l’authenticité d’une scène de sodomie, Brando proposa à Bertolucci de la réaliser sans trucage, à l’aide d’une plaquette de beurre, et sans prévenir la jeune actrice. Bertolucci reconnaîtra plus tard que c’était réellement un viol. Maria Schneider ne s’en remit jamais. Elle mourut huit ans plus tard. Cela dit, elle avait auparavant révélé sa bisexualité, elle se droguait, elle connaissait des périodes de déprime et à l’âge de 16 ans seulement, elle avait enfin eu un contact avec son père biologique, Daniel Gélin, qui ne l’avait jamais reconnue. On ajoutera que jusqu’à la fin de sa vie, elle voua une admiration pour Marlon Brando et puis, on pourra éventuellement commencer la lecture du livre de Vanessa, si du moins les critiques lui trouvent un véritable attrait littéraire.

 

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Un livre bouleversant sur Maria Schneider, héroïne malheureuse du film de Bernardo Bertolucci. Photo © D.R.
25 août 2018

Vhils, dernières séances.

Comment aborder le travail d’Alexandre Farto aka Vhils ? L’angle biographique, toujours tentant, fournit quelque éclairage sur un projet artistique qui ne se laisse pas lire aisément.

Alexandre Farto, né en 1987, dès le début des années 2000, fait son apprentissage de street artist en herbe dans la banlieue sud de Lisbonne, à Seixal, en taguant les murs en déshérence. Il passe par la case « graffiti » avant de faire des études de graphisme et d’animation. En 2007, il s’installe à Londres et étudie les Beaux-Arts à la Central Saint Martins College of Art and Design.

Bref, l’itinéraire d’un gamin qui découvre avec ses potes le street art sur les murs pourris de sa banlieue et qui apprend le métier d’artiste de manière conventionnelle. Gardons en mémoire le militantisme de son père, son engagement politique, dans le contexte d’un Portugal enfin débarrassé du joug de Salazar par la Révolution des Œillets de 1974.

Signalons aux exégètes de l’œuvre de Vhils, mes frères en écriture, que le Lisbonne d’après le coup d’Etat des militaires n’a que peu de choses à voir avec le Berlin de la chute du 3ème Reich. Les murs ruinés de la capitale portugaise au début du 21ème sont la conséquence des transformations urbaines de la conurbation, en particulier, la gentrification des quartiers populaires qui a provoqué la destruction des immeubles anciens habités par des classes populaires, rejetées comme ailleurs, vers les périphéries.

Ces murs, vestiges provisoires d’un libéralisme triomphant, ont été l’environnement dans lequel s’est développée l’expérience plastique de Vhils. Un contexte traversé par la compréhension des forces qui étaient à l’œuvre.

Bien que le travail de création de Vhils soit pluriel, des constantes existent. Si les supports sont différents, le béton des murs, le cuivre, le polystyrène, Vhils, contrairement aux street artists qui apportent de la matière, des couches de peinture, « supprime » de la matière. Ce qu’il apporte, c’est le manque, la lacune.

Les techniques qu’ils utilisent dépendent des supports à « creuser ». Le premier temps est une peinture au pochoir sur le support. Un pochoir simplissime réalisé avec un logiciel de traitement d’image ne gardant de la photographe originelle que deux couleurs. Le pochoir n’est formé que d’une « couche », un « layer ». Vhils peint sur le support choisi en s’aidant de son layer. Au lieu d’apporter de la couleur dans les vides, il creuse des lacunes, plus ou moins profondes, avec des outils divers (burin, cutter, marteau-piqueur etc.)

 

Ses choix techniques sont partie prenante de sa démarche : il crée du vide. C’est la lumière, qui en fonction de son intensité, de sa direction, de sa couleur, va donner « vie » à son œuvre. On serait tenté de dire, et d’écrire, qu’il sculpte le mur. Résistons à la tentation car son travail est différent ; il ne crée pas du volume, il troue les matériaux d’une surface pour générer grâce à la lumière des zones d’ombre et des zones éclairées. L’ensemble de ces zones crée une image. S’il fallait absolument trouver un élément de comparaison, nous pourrions dire que son travail s’apparente à celui du graveur.

Que représentent ces œuvres ? Toujours la même chose : des portraits. Mais des portraits particuliers. D’abord, ce sont le plus souvent des portraits d’inconnus, d’anonymes, saisis en gros plan (le plan se réduit à un focus sur le visage excluant tout autre élément -le cou, les épaules, le décor-) Des portraits de très grandes dimensions, « sculptés » sur des murs ruinés.

Quelle signification donner à ses œuvres ? Vhils nous donne une clé. Dans une interview filmée, il cite cette phrase de l’écrivain portugais José Saramago : « Le chaos est un ordre à déchiffrer ». Le chaos de la matière du support est illisible sans l’intervention de l’artiste. C’est lui qui fait apparaitre ce qui était caché, comme en gestation. L’artiste comme les photographes de la pellicule révèle l’image. Le parallèle avec le photographe est parlant. Vhils comme lui, avec ses produits chimiques, enlève de la matière pour donner naissance à une image, à une œuvre d’art. De l’inorganisation nait l’ordre. L’image est l’ordonnancement du chaos.

Difficile de ne pas penser aux cosmogonies qui apportent des réponses à cette éternelle et universelle question : comment le monde a-t-il pu naitre du chaos des origines ? Il est certain que Vhils ne se prend pas pour le Créateur. Sa conception n’est pas une doxa religieuse mais une réflexion philosophique qu’il poursuit d’où il est : de son statut d’artiste.

Je trouve poétique, sinon philosophique, de penser que l’être d’une création est le résultat d’une soustraction au Réel. Autrement dit, c’est en réduisant la matière que l’Homme vainc le chaos.

Reste à rassembler les membres disloqués d’Osiris ! Vhils sur des murs lépreux donne une existence à des hommes et des femmes qui ont habité ces maisons aujourd’hui détruites. La lumière éclaire et ressuscite les images de ceux qui ont été chassés de ces lieux mais qui continuent à les hanter. Les murs, comme une pellicule photographique, gardent secrètement le souvenir de ceux qui les ont aimés. Les visages semblent suinter des murs voués à la disparition avant de disparaître dans un nouveau chaos qui détruit l’ordre ancien. Vhils sort du chaos des pierres, pour un bref moment dans le long terme du temps qui passe, des visages, avant de disparaitre pour l’éternité.

L’œuvre est un nouvel ordre issu du chaos (chaos des pierres, chaos de la société qui brise les faibles etc.), un ordre provisoire. Avant un autre chaos. Ainsi, va la vie. Selon Vhils.

L’œuvre de Vhils, unique, est la confluence d’une réflexion sur la Création, le temps qui passe, le pouvoir qui provoque le chaos. Vhils n’est pas un pur esprit ; il inscrit sa réflexion d’artiste plasticien dans un contexte social et politique. Une œuvre forte et unique.

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21 août 2018

Entre les lèvres

&

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Entre les lèvres

Une arme blanche

Aldo est mauvais ange

Il passe les nuits ailleurs

Et les jours au lit

Sa beauté obscure

Donne chair de poule

Fait peur, fait mal

Aldo, dans le sommeil

Est frappé par des rafales

De lignes claires

Entrées clandestinement

Avec une armée de lucioles

La belle lumière attaque Aldo

Entre ses lèvres

Une larme blanche

Des rires tintent

A bonne distance

Ailleurs

Défi lancé à la peur et au mal

Ici

Mets pied à terre, Aldo

Quand tu le veux

Marche pieds nus dans l’herbe fraîche

Étoile tombée d’un ciel caché

Éveille-toi

L’eau peut laver

Tes flammes noires

Tilt

Game over

Entre ses lèvres

Une goutte du sang

De l’autre qu’il déchire

Aldo reste un mauvais ange

Qui passera ses nuits Ailleurs

Et ses jours au lit

De son cœur sombre

Suinteront

Des humeurs sèches

Des roses gelées

Un roulement de tambour

Sinistre et long

Quelques secrets...

Tilt

Game over

Ailleurs

A bonne distance

Personne ne pleure

Ni ne soupire

Ici

Ça craint

20 août 2018

Suite à un « bogue », l’inutile et le désagréable sont injoignables

Mesdames mesdemoiselles messieurs, je me dois_ en ce jour faste où les exégètes de la communication (verbale ou non) s’interrogent sur les conséquences « a-labiales » de ce que certains nomment la « bouche cousue »_de vous présenter un objet. C’est un objet singulier, quoiqu’ étonnamment pluriel… cet objet, que pour l’instant  vous ne voyez pas, que vous n’imaginez pas, que vous ignorez, vous pourriez l’avoir en main, je pourrais même vous l’avoir distribué et ainsi, pourrait aussi devenir votre serviteur…avec l’immédiateté que caractérise l’ici et maintenant ! … En effet, il pourrait devenir un instrument indispensable de votre quotidien dans cette société vouée toute à la cybernéticité… il pourrait, mais sous certaines conditions !.... que je vais m’efforcer de vous faire comprendre !...

C’est qu’il présente des caractéristiques si particulières qu’il serait intéressant de vérifier et de dénommer leurs valeurs, de s’attarder quelque peu sur elles, de manière à ce qu’il puisse devenir opératif ! !

Cet objet, jusqu’à présent énigmatique, (et qui titille votre curiosité) a des dimensions modestes certes, mais une potentialité d’exécution en rapport direct avec la communication au sens large…Je me doute que  votre perplexité est soumise à rude épreuve ! M’en voudrez-vous si je ne vous offre pas ipso facro quelques indices qui devraient vous  satisfaire !!!

Première question : Comment se présente-t-il ? Ensuite :  Peut-on le décrire ?

Vous : Allez-y donc, sabre de bois ! …dites-nous comment vous nous le décririez ?

C’est simple : il est constitué d’une baguette de bois d’essence variée, avec en son centre, sur toute sa longueur, un noyau de graphite coloré dont la composition intrinsèque diffère d’un objet à l’autre, selon l’effet final que l’on veut obtenir …mais il est vrai aussi que l’on peut mélanger les divers effets obtenus et ainsi produire une apparence de globalité liée sans doute aux couleurs fondamentales, certes impossible à qualifier, mais qui pourrait sans aucun doute être nommé « graphisme ».

Vous : Le nom de cet objet ?!

Son nom ? Ne l’avez-vous pas deviné ?

Vous : Grrrrrrr !!!

Allons voyons : c’est le « crayon » !

Substantif masculin dont l’origine est encore obscure, quoique un monsieur dont je tairai le nom, signale que le mot « créon » est usité depuis le 16ième siécle ! Cependant, les chercheurs pensent que ce mot proviendrait du mot « croion », dès le 14ième, qui serait un diminutif de la substance « craie » …

Or, il faut rappeler que l’objet actuel en tant que tel, n’est fonctionnel que lorsqu’il est taillé à l’une de ses extémités. Taillé, cela signifie qu’à l’aide d’un objet tranchant, on a enlevé la partie ligneuse tout en conservant la partie centrale intacte, car c’est avec cette partie graphitique que le crayon devient opérationnel.

Entre parenthèse, je dois signaler qu’il n’y a pas que le crayon qui puisse être taillé. En effet, au quotidien, on taille bien des choses : on taille les cheveux en brosse, on taille aussi la moustache, on taille la pelouse, les haies, les arbres, les rosiers, on taille bien entendu la vigne et on taille  également une bavette et puis aussi il y a la taille douce qui relève d’une autre technique et dont nous parlerons une autre fois...et puis je ne résiste pas à l’envie de dire que, par extension, qu’on taille aussi des pipes…

Quel rapport avec le crayon me direz-vous ? Je n’en vois aucun personnellement, mais en cherchant bien on pourrait peut-être faire le rapprochement entre ces moments où, lors de certaines recherches intellectuelles en vue de trouver certaines réponses à certaines questions ardues en périodes d’examens écrits, on suce le bout non taillé de l’objet crayon…

Revenons donc à celui-ci.

Le crayon ne paye pas de mine ! Mais de par sa configuration intrinsèque, il a en lui une potentialité, je dirai une mine d’informations dont il ignore la valeur, mais qui, s’il pouvait s’exprimer par lui-même, en ferait un remarquable Pic de la Mirandole!

A l’instar d’une clé USB, toutes ces données sont contenues dans la partie centrale de son corpus, ce que les communs des mortels nomment : la Mine!

Aiguisez vos armes citoyens, taillez  vos crayons !!!

Cela fait, voici le moment venu d’expérimenter et d’utiliser l’objet. On le tient d’une main (en général la droite) entre le pouce, l’index et le majeur. Le coté taillé dirigé vers le bas. Il faut alors abaissé la main tenant l’objet, jusqu’à ce que la mine  touche un réceptacle, en l’occurence une feuille de papier : cet autre objet, rigide, plat et vierge de toute trace suspecte…il va recevoir selon la volonté du manipulateur, un dépôt de graphite issu de cette mine du crayon ! Précisons que la ou les significations des signes et des graphes qui seront apposés sur le support vont dépendre de la volonté, de l’intelligence, du savoir faire de celui ou celle à qui appartient la  main !

On ne s’improvise pas scripteur, grapheur ou graphiste, de longues années d’apprentissages sont nécessaires pour que les traces qui laissera volontairement sur le papier signifient quelque chose.

Cela dépend de certains paramètres, dont particulièrement les connaissances ne sont pas les moindres, celles du possesseur du crayon. Ca dépend aussi de sa dextérité liée elle, à son acuité visuelle et à la maîtrise acquise au cours de son apprentissage.

Je ne vous cacherai pas que, souvent,  l’intuition et l’instinct  interviennent plus souvent qu’on ne le croit dans la réalisation de l’œuvre !

Mais assez d’ergotement, le passage à l’acte devient urgent

Alors, a pa peur, allez-y !

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16 août 2018

Les complots prévisibles

Jeudi 9 août

 Le Kremlin réagit à des sanctions économiques américaines résultant d’une lointaine affaire d’espionnage : « Les Etats-Unis sont un partenaire imprévisible ». « Imprévisible », vraiment ? Ah bon ! …

                                                           *

 La Chambre argentine avait voté de justesse la légalisation de l’avortement mais il fallait que le Sénat la suive pour que la loi soit promulguée. Entretemps, l’Église se mobilisa considérablement, appelant même le pape François - originaire il est vrai de ce pays – à son secours. On sentait la tendance basculer. Après une douzaine d’heures de débats, le vote advint : 38 contre, 31 pour, 2 abstentions. Les femmes d’Argentine mourront encore dans la clandestinité à cause d’une aiguille à tricoter mal orientée, ou bien elles iront en prison. Uniquement les femmes argentines pauvres ou à faible revenu bien entendu, car les riches viendront en Europe accomplir une escapade touristique de circonstance, comme autrefois les bourgeoises françaises, belges ou espagnoles qui allaient respirer l’air hollandais.  

                                                           *

Si le film My Lady de Richard Eyre évoque le refus de la transfusion sanguine chez les Témoins de Jéovah et le dilemme qu’il dégage entre conscience et morale chez ceux qui rendent la justice, on peut le voir aussi comme l’histoire d’un couple qui se délite malgré lui à cause d’une magistrate trop absorbée par ses dossiers. L’affiche annonce Une performance exceptionnelle d’Emma Thompson. Les critiques la relayent. On ne peut que confirmer.

Vendredi 10 août

 La monnaie turque va très mal et elle entraîne dans sa chute toute l’économie du pays. On comprend déjà pourquoi Erdogan avait souhaité avancer les élections d’un an afin de raffermir son pouvoir il y a quelques semaines. Il faut désormais s’attendre à ce qu’il crie au complot, comportement classique des autocrates en difficultés. « Enfin, les difficultés commencent ! » Cette phrase du député socialiste Bracke-Desrousseaux saluant la victoire du Front populaire en 1936 ne convient guère à la situation du sultan qui ne pourra que recourir à la force devant un peuple moins soumis à son autorité qu’on ne le perçoit parfois. L’histoire de la Turquie est là pour le démontrer.

                                                           *

 Plus de mille maires français ont démissionné de leurs fonctions, fatigués de ne plus être que des représentants administratifs tant le pouvoir central leur rogne des compétences. Á l’exception de l’état civil et des cimetières, on finira par les amputer de toute responsabilité. « On », c’est évidemment Macron, qui, imbus de sa personne, prend là un risque inconsidéré. Un phénomène à suivre et à creuser.

                                                           *

 Des savants annoncent que le réchauffement climatique pourrait bien, dans quelques décennies, provoquer l’engloutissement de la ville de Vancouver. « Toi qui pâlis au nom de Vancouver » chantait Marcel Thiry… Le poète est prophète. C’était en 1924… « Pour déserter tu fus toujours trop sage… »

samedi 11 août

 Encore des sanctions étatsuniennes contre l’Iran. Tout cela parce que le pays des ayatollahs est soupçonné (bien que les rapports de l’agence internationale contredisent les propos) de continuer son programme nucléaire militaire. Deux résultats immédiats sont perceptibles sur place : 1. Les citoyens sont navrés ou révulsés.  2. Le développement économique est freiné qui provoque une baisse de popularité du président Rohani, chef d’État modéré. Les conséquences de ces résultats coulent de source : l’anti-américanisme gagne du terrain ; les faucons se préparent à revenir au pouvoir. Mais l’effet que la Maison-Blanche savoure surtout, c’est la perte de contrats juteux pour les entreprises européennes qui avaient saisi l’accord avec la puissance perse sur l’utilisation de l’énergie nucléaire comme facteur de relance commerciale. Une économie européenne plus faible ne peut que réjouir les Américains. Á cette diplomatie de petit bras, on attend un geste gaullien de la part de l’UE. Que l’un de ses éminents représentants (Tusk, Juncker ?...) leur lance « Nuts ! » Trump ne comprendra pas mais un historien de son entourage pourra lui expliquer.

                                                           *

 « Les économistes sont présentement au volant de notre société alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière. » Cette citation de John Maynard Keynes (1883 – 1946), le père de la macroéconomie, l’un des principaux protagonistes des accords de Bretton Woods a pris un peu d’âge mais comme le bon vin, elle a gagné en qualité donc en pertinence. Pour le plus grand malheur du politique.

Dimanche 12 août

 Embarquant 141 personnes recueillies au large de la Lybie, L’Aquarius est de nouveau à la recherche d’un port européen. Si le mouvement ne se veut pas perpétuel, il affirme néanmoins une certaine permanence. Comme on l’a vu pendant une décade à Glasgow et à Berlin, il y a peut-être dans cette embarcation un futur médaillé qui accomplira un tour d’honneur dans un stade olympique avec sur le dos le drapeau d’un des pays membres de l’UE…

                                                           *

 Raphaël Enthoven consacre une émission à Jean-Sébastien Bach et la clôt en précisant : « Nous avons cette chance d’être nés après lui ». Une belle parole de philosophe qui entraîne l’auditeur vers la pensée de Cioran (De l’inconvénient d’être né), lui qui déclarait : « S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu. » Ou encore : « Si seulement Dieu avait fait notre monde aussi parfait que Bach avait fait le sien divin ! »

Lundi 13 août

 Une photo de la famille Trump réunie autour du patriarche en compagnie de ses principaux collaborateurs et tout à coup survient une phrase de Camus que l’on n’imaginait plus enfouie dans la mémoire : « La hideuse aristocratie de la réussite. »

Mardi 14 août

  Canicule, suite. Il n’est pas trop tard ! Cette interjection optimiste ou, à tout le moins volontariste à propos du climat est répétée depuis de nombreuses années. Cette semaine c’est The Guardian qui insiste et mobilise en titrant de long en large Ne désespérons pas ! Soit. Deux questions demeurent latentes : 1. Il n’est pas trop tard, tant mieux, mais où est la limite, le moment où il serait trop tard ? 2. Et que veut dire cette alarme ? Qu’adviendrait-il s’il était trop tard ? Angoisse et curiosité. Curiosité angoissante. 

                                                           *

 Canicule, dernière retouche. « Comme il faisait une chaleur de 33°, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert. » Ainsi commence Bouvard et Pécuchet, roman posthume de Flaubert publié en 1881, qui a dû être écrit durant la décennie 1870, voire plus tôt (puisqu’on le situe souvent dans la tranche de l’œuvre touchant aux idées reçues, entamée dès 1850). Maniaque de la précision, Flaubert n’aurait jamais exagéré une température en imaginant l’impossible. S’il mentionne 33 °, c’est qu’il y eut à Paris au moins une journée d’été où le thermomètre grimpa jusque là. Dont acte.

Mercredi 15 août

 Un viaduc autoroutier s’est écroulé au-dessus de Gênes. On dénombre plusieurs dizaines de victimes. L’heure est aux commentaires et plus particulièrement aux recherches de responsabilités. Le journaliste du Corriere della Serra, au micro de la RTBF : « L’Italie est un pays qui a cessé de projeter son futur. » Voilà un constat qui dépasse l’analyse de la catastrophe et qui pourrait en annoncer d’autres. Si on remplaçait le mot « Italie » par le mot « Europe », l’affirmation garderait-elle sa pertinence ?

                                                           *

 Sur la citadelle de Namur Les Misérables de Victor Hugo sont mis en scène par Jacques Neefs. C’est toujours une gageure de reproduire cette fresque littéraire en un spectacle vivant, surtout lorsque l’on ne dispose pas de moyens gigantesques. Neefs ne parvient pas trop mal à plonger le spectateur dans l’œuvre et à scander l’Histoire qu’elle reflète. Les puissantes phrases d’Hugo qui ponctuent les passages d’une scène à l’autre sont judicieusement choisies. Mais il a voulu forcer le trait de la vulgarité chez le couple Thénardier. Du coup leurs prestations deviennent burlesques. Le public rit. Dommage.

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Trump – Erdogan : ils jouent avec le feu. Photo © Yahoo.fr

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