semaine 26

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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20 août 2016

Maria

Maria est assez vieille pour connaître plus de morts que de vivants. Le jour elle fréquente les vivants. La nuit, les morts. Le matin, elle doit les repousser des deux mains avant de se lever. Pendant son sommeil, les morts se sont rapprochés d’elle pour se profiter de sa chaleur. Elle se réveille prisonnière de leurs bras et de leurs jambes. Ils ont très froid et les nuits sont glaciales en cette saison. Vers deux heures du matin, elle sent leur présence dans un demi-sommeil. Elle ignore d’où ils viennent mais ils envahissent sa chambre et son lit. Tout est bon pour s’introduire chez elle, surtout les souvenirs. Elle tente bien de leur donner des coups de pieds pour les éloigner, mais c’est inutile. Les morts de Maria sont tous là : sa mère, son père et tous les autres. Pas facile de donner de coups de pieds à sa mère. Au matin, elle grelotte parce qu’ils ont pris toute la place dans le lit et se sont emparés des couvertures. Au début, elle a vainement essayé de les jeter hors de sa chambre, mais les morts ne veulent rien entendre. Quand elle en met un à la porte, un autre en profite pour se glisser sous les draps. Ils sont très facétieux. Le matin la trouve épuisée. Elle s’accommode de leur présence comme d’un mari qui se retourne brutalement dans le lit conjugal et qui ronfle. Elle déteste quand ils se frottent contre elle. Ils sont froids et bruyants, surtout quand ils se querellent pour une place dans le lit ou un morceau de drap. Quand Maria sent que les morts ont investi son lit, elle tente de retrouver le fil du sommeil le plus rapidement possible. Elle s’y plonge pour avoir la paix. Parfois, elle a recours aux somnifères même si c’est très mal vu par sa mère qui craint une addiction de sa fille aux barbituriques. - Maria n’a jamais eu la moindre volonté, déclare la mère. Le père n’en pense rien mais il approuve de la tête comme toujours pour ne pas faire d’histoires. Certaines nuits, Victoria, une amie de Maria se joint à eux. Victoria est une amie d’enfance. Elle est morte d’un cancer du sein l’année précédente. Maria l’aime beaucoup mais ce n’est pas une raison pour apprécier cette compagnie nocturne Maria sait bien que les nuits où Victoria rejoint son lit, c’est que son mari, Antoine, le veuf, a accueilli une autre femme dans le sien. Victoria a du mal à accepter cette situation et vient chercher un peu de réconfort chez son amie. - Il dit qu’il refait sa vie ! Tu te rends compte, Maria ! Il refait sa vie alors que je suis encore tiède. Touche-moi ! Vérifie ! Je ne suis pas froide ! Touche ! Maria tente alors de lui expliquer que la nuit, elle aimerait reprendre des forces plutôt que vérifier la température des cadavres mais Victoria ne veut rien entendre. Le matin, les morts de Maria restent toujours couchés un peu plus longtemps qu’elle. Normal, ils n’ont plus d’activités professionnelles. Sa mère apparaît souvent quand Maria est sur le point de partir travailler. - Tu comptes sortir comme çà ? Mais ma pauvre fille, tu ressembles à une putain ! Maria travaille tard au bureau surtout parce qu’elle n’a pas envie de rentrer chez elle. Il arrive qu’elle prenne un verre ou deux ou trois avec Richard avant de rentrer. C’est un collègue célibataire avec qui Maria a couché une fois. Elle n’est pas amoureuse mais il est si gentil. Rentrer à la maison avec Richard n’est pas simple. Lui aussi vient, accompagné de ses morts. Avec les morts de Maria, çà fait beaucoup de monde dans la petite chambre. Pas facile de faire l’amour devant tous ces gens qui sont assis comme au spectacle et qui s’invectivent. - Qu’est-ce que tu fiches avec cette pétasse, s’indigne l’ex de Richard, disparue dans un accident de voiture - Pétasse, toi-même, réplique la mère de Maria qui critique beaucoup sa fille mais qui n’apprécie pas que des étrangers s’en chargent. ( C’est sa fille, merde !) Dans cette ambiance de combat de boxe, les amants perdent leur influx. Maria prétexte une migraine, Richard, une panne.

- C’est la première fois que çà m’arrive, s’excuse-t-il alors qu’on entend les morts qui ricanent. Au matin, Richard s’en va avec sa troupe. Maria se dit que cette histoire d’amour est un nouvel échec. Il ne reviendra jamais plus.

- Bon débarras, dit la mère.

- Peut-être mais je suis à nouveau seule, se plaint Maria.

- Tu n’es pas seule puisque nous sommes là.

16 août 2016

« Le Chinois pisse violet »

Fêtes et anniversaires sur fond de guerres militaires et sportives.

Mercredi 10 août

 Depuis des lustres, la Russie et la Turquie entretiennent des relations mouvementées. Tantôt elles sont belliqueuses, tantôt elles deviennent amicales. Nous sommes, après sept mois de tensions qu’un avion russe abattu par les missiles turcs avait créées, dans une phase proche de l’euphorie. Recep Erdogan est allé à Saint-Pétersbourg rencontrer son « cher ami Vladimir ». Celui-ci n’en espérait pas tant. Au moment d’accueillir le sultan, le tsar a dû rire dans sa barbe en pensant aux occidentaux. Comme d’habitude, son rictus ne l’a pas trahi.

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 On me dit que le climat de Pétersbourg me fait du mal et qu’il est très coûteux de vivre à Pétersbourg avec des moyens aussi misérables que les miens. Je sais cela mieux que ces conseillers si sages, si doués d’expérience, mieux que les béni-oui-oui. Eh bien je reste à Pétersbourg, je ne sortirai pas de Pétersbourg ! Si je ne sors pas, c’est que… Ah, mais ça n’a rigoureusement aucune importance que je sorte ou que je sorte pas. » (Fiodor Dostoïevski. Les Carnets du sous-sol, 1864)


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 Le génie humain n’a pas de limites. Plus la lutte contre le dopage dans le sport est rigoureuse, et plus de nouvelles solutions, momentanément exemptes de sanctions, apparaissent dans la plupart des grandes nations. Le nageur français Camille Lacourt, déçu de sa prestation, accuse ses adversaires : « Le Chinois pisse violet ! » Les Jeux de Rio pourraient bien donner naissance quelques paroles et attitudes croustillantes plutôt qu’à des exploits.

Jeudi 11 août

L’Allemagne envisage la déchéance de la nationalité pour les binationaux. Jusqu’à présent, contrairement à ce qui s’est passé en France, aucun intellectuel, aucun défenseur des droits de l’Homme, n’ont encor déclenché de tollé. Á suivre.

 

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  • Tiens ! Daech n’a pas encore revendiqué les épouvantables feux de forêts qui ravagent les environs de Marseille ! …
  • C’est que les flammes, c’est le Diable…
  • Eh bien oui, justement…

 

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 « Le diable : encore un incompris ! » (Henry de Montherlant. Carnets, éd. Gallimard, 1963)

Vendredi 12 août

 Il se produit souvent d’étranges coïncidences autour de l’œuvre de Stephen Frears. En 1988, il adapte au cinéma Les Liaisons dangereuses, le fameux roman de Choderlos de Laclos (1782) avec le facétieux John Malkovich dans le rôle principal. Quelques mois plus tard, Miloš Forman propose Valmont, une superbe inspiration découlant du même roman qu’aucun anniversaire historique n’aurait pu justifier. Voici que le 16 septembre 2015, Xavier Giannoli occupe l’affiche avec Marguerite, où Catherine Frot est sensationnelle dans le rôle d’une  cantatrice qui chante faux. Le film rafle les Césars principaux. Le 12 avril 2016 paraît dans les salles noires Florence Foster Jenkins, une fresque de Stephen Frears construite sur la biographie de ce personnage à la fois troublant, excentrique, attachant et en fin de compte pathétique, dont il est périlleux de se demander si masquer son ambition était geste scandaleux ou généreux. Son mari, interprété magistralement par Hugh Grant, est à la fois héros philanthrope autant qu’héros « profitard ». Chacun appréciera. Quand on a visionné les deux films, on est inévitablement tenté par la comparaison. Il importe toutefois de garder à l’esprit quelques paramètres très différents. Et d’abord la circonstance de temps et l’unité de lieu. L’histoire de Marguerite se déroule à Paris en 1920 ; celle de Florence à New York en 1944. Or la vie sociale et les faits historiques sont bien entendu déterminants au sein du cadre narratif (la cause des soldats américains partis à la guerre, par exemple,  provoque indirectement l’épilogue chez Frears…) L’Océan Atlantique ne modifie pas la bêtise et l’hypocrisie, l’imbécillité des rombières et de leurs riches chevaliers servants, pas plus que la turpitude du renommé professeur de chant ou la prostitution des journalistes spécialisés. Il y a des salauds à Paris autant qu’à New York, comme il doit y en avoir autant à Poitiers qu’à Phoenix, ou à Besançon qu’à Baltimore… Reste le jeu. Chacune dans son rôle, aussi bien Catherine Frot que Meryl Streep est remarquable ; le personnage les habite et les pare d’authenticité. Mais ici encore, on n’échappe que péniblement à la comparaison : on sent que Meryl Streep se doit d’être fidèle à la véritable Florence Jenkins tandis que Catherine Frot répond à une mise en scène plus libre. D’un côté une adaptation, de l’autre une inspiration. L’analyse est sans fin puisque l’héroïne a existé. Le Valmont de Frears et celui de Forman étaient très éloignés, mais il s’agissait d’un héros de fiction… Si la vie peut être un roman, il ne faut pas la confondre avec le roman d’une vie.

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 « Il est possible que tous les faux pas conduisent à un bien inestimable. » (Wolfgang von Goethe, 1817)

Samedi 13 août

Cuba fête le 90e anniversaire du Commandante Fidel Castro en liesse. On estime à 600 le nombre de tentatives d’assassinat foirées ; sa mort fut annoncée officiellement plus d’une cinquantaine de fois. Mais le vieux guérillero est toujours vivant, et les Cubains ont été conduits dans une justice sociale à nulle autre pareille. La réussite de la Révolution de 1959 ne fut certes pas complète, mais malgré les sabotages incessants et les blocus interminables des Etats-Unis, rien ne put empêcher l’édification d’une société socialiste. Raul Castro lui a succédé au pouvoir dès que Fidel ne fut plus en mesure de l’assumer. Il est âgé de 85 ans. Autant dire que la question de l’avenir de Cuba repose sur les générations suivantes, ce qui  demeure un lourd point d’interrogation. Le rapprochement avec le grand ennemi et l’ouverture au tourisme devraient assurer une stabilité au régime, quelle que soit sa transition voire même sa mutation liée au futur responsable de sa direction. Á observer le moment venu.  Cela dit, celles et ceux qui ne connaissent de Cuba que le farniente feraient bien de se documenter un peu sur l’histoire de ce pays, et de préférence à l’aide d’ouvrages où l’objectivité est de mise, comme par exemple l’étaient les livres des éditions François Maspero qui alimentèrent notre romantisme.

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 « Notre seul orgueil sera d’avoir peut-être été utiles. » (Fidel Castro. Moi, Fidel Castro, entretiens avec Ignacio Ramonet, Un monde nouveau, éd. Fayard, 2007)

Dimanche 14 août

Ce qui semble capital dans la reprise de Minbej, cette ville syrienne au nom jusqu’ici inconnu, contrôlées naguère par les troupes de l’État islamique, c’est que l’opération a permis de libérer des centaines de civils utilisés comme boucliers humains par Daesh. Ces pauvres gens vont pouvoir témoigner à propos de l’enfer où on les détenait. Certes, on ne se fait pas d’illusions quant aux horreurs qu’ils ont dû voir et subir mais la diffusion de leurs paroles dans le monde entier devrait éclairer une fois de plus la description du Mal absolu, un élément qui a toujours accompagné l’évolution de la gent humaine.

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« On ne peut vaincre le Mal que par un autre mal. » (Jean-Paul Sartre. Les Mouches, 1943)

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Lorsque Eddy Merckx remportait la majorité des courses cyclistes du premier au dernier jour de l’an et qu’il soulevait l’intérêt de toute la Belgique, rappeler, même timidement, dans un bistrot, qu’il n’y avait pas de surhomme et souligner que le frère du champion était pharmacien, c’était risquer de se faire lyncher ou en tout cas, être mis en quarantaine. Il n’y a pas de surhomme. Cette affirmation, qui planait sur les victoires de Lance Armstrong au Tour de France, revient à l’esprit lorsque l’on s’émerveille des 23 médailles d’or que le nageur américain Michael Phelps collectionna tout au long des Jeux auxquels il participa. Ce 23e trophée qu’il vient d’empocher à Rio sera pour lui, d’après ses dires, le dernier. Il est désormais devenu le détenteur absolu du plus grand nombre de médailles d’or, toutes disciplines sportives confondues. Évoquer le dopage à son sujet serait verser dans le procès d’intention. Pour l’instant. 

Lundi 15 août

 Jour de l’Assomption.

 Chaque année en ce jour de fêtes dans le monde chrétien, la même question mérite d’être posée : pourquoi n’est-il jamais fait mention du destin de Marie dans le Nouveau Testament ?  L’Église n’a pas de réponse. Est-ce parce qu’elle n’était qu’une femme ?  Ou même, qu’elle n’était qu’un ventre ? Tous les textes la concernant sont donc apocryphes ou relevant de légendes. Ce n’est qu’en 373 que Saint-Ephrem envisagea sa fin de vie et au Concile d’Éphèse en 431 qu’elle fut reconnue « Theotokos », c’est-à-dire « mère de Dieu », et encore ! Ce fut  sous la pression de la ferveur populaire !...

 De Pie en Pie, la question devenait lancinante. Il fallut attendre le douzième du nom pour savoir, par sa déclaration du 1er novembre 1950, ce qu’il advint de Maman : « Nous affirmons, nous déclarons et nous définissons comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu Marie, toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. » Ouf ! Comme a dû le dire son fils : nous voici fixés !

 Et rassurés. Songeons en effet que si Marie n’avait pas accompli le grand voyage, il n’y aurait point de jour férié au mois d’août !

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 « O Marie ! Qui avez conçu sans pécher, faites-moi la grâce de pécher sans concevoir… » (Jean-Louis-Auguste Commerson. Pensées d’un emballeur pour faire suite aux ‘Maximes’ de La Rochefoucauld, 1851)

14 août 2016

Dopages, fraudes et belles paroles

Des jeux un peu, beaucoup politiques avec des politiques qui jouent aussi à la politique.

Lundi 1er août

Les Jeux Olympiques s’ouvriront dans trois jours à Rio. C’est la première fois de leur histoire qu’ils se dérouleront en Amérique du Sud.  Comme d’habitude, certaines infrastructures ne sont pas encore achevées. Mais c’est au plan de la direction du pays que le bât blesse. Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions présidentielles pendant six mois. Elle risque la destitution. Mais à peine deux semaines après que son successeur la remplaçait, il était déjà soupçonné de corruption. Des élections anticipées seront vraisemblablement nécessaires pour départager les protagonistes. La gauche conduite par Lula et Rousseff a sans doute fauté, mais le fait est qu’elle exerce depuis trop longtemps le pouvoir et qu’elle agace les tenants des grands groupes financiers et des grandes fortunes qui ont toujours dirigé le Brésil. Autrefois, comme du temps d’Allende, la CIA s’en mêlait et provoquait un coup d’État. On ne voit pas Obama se lancer dans pareille aventure. Ah ! Si c’était Trump… Chaque jour, à Rio,  des partisans de l’une et de l’autre manifestent dans les rues pour exprimer qui leur soutien, qui leur désapprobation. Il conviendrait peut-être de les inscrire dans la compétition afin qu’ils concourent au moins pour une médaille.

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« Il est curieux que l’on dise de quelqu’un :’il se sauve’ quand il s’en va. On ne peut pas se sauver en restant ? (Frédéric Beigbeder. Un roman français, éd. Grasset, 2009)

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Le Premier ministre turc reconnaît qu’à la suite du coup d’État raté du 15 juillet, il y a « probablement eu des erreurs » dans les purges « mais elles seront corrigées ». Bref, on te met en prison, s’il s’avère que c’est une erreur, on te libèrera. C’est la version humaniste du « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! »

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Comme il en a l’habitude, dans le vol qui le ramène à Rome après le succès de participation aux Journées mondiales de la Jeunesse qui se déroulèrent à Cracovie, le pape a dialogué avec les journalistes. « Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique ». On s’attend à ce qu’il évoque des exemples fort significatifs dans l’Histoire. Ils ne manquent pas. Que nenni ! François confie son étonnement quand, chaque matin, il ouvre un journal italien pour découvrir qu’un homme a tué l’amant de sa femme. Horreur ! « L’assassin était pourtant baptisé ! »  précise-t-il. On était en train de survoler les Alpes. En bas, une souris sortait d’une montagne.

 

Mardi 2 août

Avant de s’envoler pour Rio de Janeiro où il compte assister à l’ouverture officielle des Jeux Olympiques mais surtout défendre la candidature de Paris pour 2024 en compagnie de la maire de Paris Anne Hidalgo et de la présidente de la Région  Île-de-France Valérie Pécresse, François Hollande réunit la presse présidentielle. Les petites phrases choisies et placées au bon endroit, les quelques allusions habiles aux uns et aux autres prouvent que l’homme maîtrise toujours bien sa fonction et qu’il assume pleinement ses responsabilités. Certains verront dans ce comportement serein, lucide et remarquablement contrôlé une volonté de laisser une trace positive du quinquennat ; d’autres y distinguent surtout l’amorce d’une future candidature. C’est à la fois l’une et l’autre bien entendu…

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« Je suis né juif, j’ai reçu le nom de mon grand-père paternel, Aron. Devenu chrétien par la foi et le baptême, je suis demeuré juif comme le demeuraient les apôtres. » Telle est, gravée sur une plaque à Notre-Dame de Paris, là où il est inhumé, l’épitaphe du cardinal Jean-Marie Lustiger, qui se proclamait « Métis de Dieu ». Difficile d’imaginer pareille conversion et surtout pareille harmonie dans la double vue d’une double vie avec un musulman devenant chrétien et gravissant tous les échelons de la hiérarchie jusqu’à l’avant-dernier…

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Machiavel parlait du « métier de vivre ».

 

Mercredi 3 août

Guy Mollet n’a pas laissé que de bons et grands souvenirs dans sa carrière politique. Bizarrement, c’est une réflexion lancée au débotté qui le replace de temps en temps au cœur de l’actualité. Celui qui dirigea la SFIO pendant plus de vingt ans avait confié qu’il avait « eu affaire à la droite la plus bête du monde ». On ne compte plus le nombre d’observateurs, et pas seulement des opposants (ne seraient-ce qu’Alain Carrigou et Alain Duhamel par exemple…),  ayant évoqué cette expression au sein de leurs analyses. La parole cinglante de Mollet date de 60 ans. Si elle revient encore dans les commentaires, c’est qu’elle n’est pas tout à fait exempte d’intérêt. On pourra bientôt le vérifier à l’occasion des primaires. Ils sont une douzaine à fourbir leurs armes. Certains passent leur été à recueillir les parrainages nécessaires à valider leur candidature. Mais on sait déjà qu’il faudra en suivre trois tout particulièrement : François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Les autres retiendront surtout l’attention pour les parties de leurs propos se voulant originales, leurs dérapages éventuels et surtout, après le premier tour, pour leur ralliement.

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« Être bête offre cet avantage, et aussi ce danger, que soi-même on ne s’en aperçoit pas. » (Tristan Bernard. Le Poil civil, 1915)

 

Jeudi 4 août

Pour Olivier Roy, politologue, spécialiste de l’islam, il n’y a pas de retour, voire une expansion du religieux. Partout, y compris dans les pays musulmans, la sécularisation gagne du terrain. Cette affirmation, soutenue par des chiffres de statistiques, est une amorce à un débat intéressant : il concerne la croyance en une religion par rapport à la pratique de cette même religion. On constate qu’en France par exemple, comme dans d’autres pays européens, de moins en moins de personnes se rendent à la messe. Mais aux grandes occasions (mariage, baptême, décès…), ces mêmes personnes se retrouvent et se reconnaissent dans le besoin de communier au sein de la religion catholique. Si la religion ne dicte plus leur comportement (la contraception et le divorce sont des exemples forts de « désobéissance »…), les gens ne s’écartent pas d’une certaine appartenance à quelque chose qui les dépasse. En outre, on veut bien suivre Olivier Roy pour ce qui concerne les pays musulmans mais  chez eux, la pratique et la dépendance religieuses sont étroitement liées à l’écart entre les milieux urbains et les sociétés rurales. Une pédagogie ainsi qu’une ouverture d’esprit contrarient tout dogme. En conséquence, le Bien et le Mal, notions de moins en moins figées, s’apprécient dans le flou. La liberté de pensée n’est pas une et indivisible. Accepter le pluralisme dans le respect de l’Autre est un stade de vie en commun qu’aucune doctrine ne peut et ne doit réguler.

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« Le malheur, en s’attachant à moi, m’enseigna peu à peu une autre religion que la religion enseignée par les hommes. » (George Sand. Indiana, 1832)

 

Vendredi 5 août

La gorge sèche et le cœur serré, Martine Aubry, maire de Lille, annonce que la mythique braderie des premiers jours de septembre n’aura pas lieu cette année pour des raisons de sécurité. Les commerçants et plusieurs organisateurs de manifestations connexes l’apprennent par la presse. Deux hypothèses :

  1. Elle a reçu un coup de fil du Ministre de l‘Intérieur lui indiquant que les Renseignements généraux possèdent des informations quant à a préparation d’un attentat. Elle préfère ne pas prendre de risque. On peut la comprendre mais pourquoi ne prévient-elle pas les personnes concernées, comme les associations de commerçants par exemple, ou l’Union des métiers et industries de l’Hôtellerie ;  quitte à faire l’impasse sur les raisons qui l’animent, sans donner toutes les précisions qui la motivent, ainsi que le préfet ?
  2. Elle n’ose pas organiser cette vaste fête populaire qui rassemble près de deux millions de personnes et où la consommation de moules se chiffre en tonnes. En ce cas, celle qui traitait autrefois François Hollande de « couille molle » ne présenterait pas une attitude courageuse et responsable, faisant du même coup le jeu des djihadistes. Le pire serait que ceux-ci commettent un attentat dans cette ville pour démontrer sa vulnérabilité. Car bien entendu, indépendamment de la braderie, Lille, comme toutes les grandes villes, offre des lieux de rassemblement populaire multiples où des actes criminels peuvent être accomplis par des kamikazes dérangés.

Vivre comme si de rien n’était. Ne pas changer ses habitudes face à la menace permanente et bien réelle. Le risque zéro n’existe pas. Renforcer la sécurité mais ne pas donner des signes de panique, etc. On ne cesse de répéter ça et là des principes forts afin de décourager les apôtres du mal qui veulent détruire la vie démocratique. Ce type de reculade, peut-être justifiée, n’en témoigne pas moins d’une faiblesse révélant une crainte… Ou d’une crainte révélant une faiblesse.

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« Chacun est responsable de tous. Chacun est seul responsable. Chacun est seul responsable de tous. »  « Nul ne peut se sentir à la fois responsable et désespéré. »  (Antoine de Saint Exupéry. Pilote de guerre, 1942)

 

Samedi 6 août

François Hollande s’est dépensé en arguments à Rio devant le comité olympique pour défendre la candidature de Paris en 2024. Et l’on se souvient de l’échec au profit de Londres pour les Jeux de 2012. Bertrand Delanoe, le maire de l’époque, en fut très dépité. On soupçonne encore le Premier ministre britannique Tony Blair d’avoir utilisé des dessous de table pour emporter la mise. Il se dit même que la reine Elisabeth n’a jamais tellement apprécié ce chef de gouvernement-là, se méfiant de certaines façons douteuses de gouverner.
Mais à propos, que devient Bertrand Delanoe ? On le sait souvent dans sa Tunisie natale qui s’efforce tant bien que mal de réussir son passage à la démocratie malgré une chute de fréquentation touristique… Depuis qu’il a quitté ses fonctions le moins que l’on puisse dire est qu’il a été discret, ne faisant aucune ombre à celle qui lui a succédé, Anne Hidalgo. Il a eu 66 ans le 30 mai dernier. Le Parti socialiste aura encore besoin de lui.

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« Avoir le sens de l’honneur, en démocratie, c’est défendre avec constance des convictions sincères, quel qu’en soit le coût pour soi-même. » (Bertrand Delanoe, communiqué de presse, réponse à Ségolène Royal, le 18 novembre 2008)

 

Dimanche 7 août

Ce jeune irakien avait 7 ans en 2003. Il ne se souvient quasiment pas de Saddam Hussein. Aujourd’hui, quand il sort de chez lui le soir pour retrouver des copains et rencontrer des filles, il se dit qu’il n’est pas sûr de rentrer à la maison. On se demanderait bien pourquoi, chaque fois qu’il fait mine de quitter son domicile, sa mère vérifie qu’il ne se munit pas d’une boîte à chaussures. Son petit frère a été abattu en 2004 par un soldat américain. Le gamin trimballait des jouets dans une boîte à chaussures ; l’Américain a cru qu’il transportait une bombe… Son grand-père lui apprend que sous Saddam, quand il allait danser, il rentrait souvent vers les 3 heures du matin sans aucune inquiétude. Que pense cet enfant, aujourd’hui âgé de près de 17 ans, et sur le point de devenir un citoyen ?

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Au village olympique de Rio où il rend visite aux athlètes français, François Hollande se fait photographier en train de serrer la main du judoka de Guadeloupe Teddy Riner, 2 mètres 04, 131 kg. Deux grands hommes qui se sourient.

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« Au Mans, il y a dix ans, j’ai gagné mon poids en rillettes. Eh bien j’en bouffe encore ! » (Bernard Mabille. Peut-être gras mais jamais lourd, éd. Michel Lafon, 2015)

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Dans un gouvernement, le portefeuille du Tourisme est en principe le plus beau poste. De nombreuses hautes personnalités en ont eu la charge, comme Antoine Pinay, à deux reprises, en 1950 et en 1958. En 1981, François Mitterrand désigna François Abadie. Il était député radical de gauche, franc-maçon et maire de Lourdes. Ce pedigree devait amuser le président. Aujourd’hui, la fonction est assumée par Matthias Fekl, 38 ans, député socialiste de Lot-et-Garonne, qui ne peut pas considérer que c’est une sinécure. Les attentats lui confèrent une tâche essentielle : faire en sorte que la France demeure la première destination mondiale du tourisme. L’étude de l’édition dominicale du journal Sud-ouest aura dû le réconforter. Les chiffres révèlent en effet que la France n’a jamais connu autant de festivals cet été tandis que le nombre de festivaliers n’a jamais été aussi important. Une fois de plus, l’on constate que l’actualité n’est pas tout à fait celle qui se commente à Paris et que par ailleurs, il y a de bonnes informations à diffuser. Le culte du malheur n’est pas obligatoire dans l’éthique journalistique. Un train qui part à l’heure, ce peut être aussi une information.

 

Lundi 8 août

Le président Erdogan ne cesse d’accuser « le manque d’empathie » des Américains et des Européens à son endroit. Il le redit au journal Le Monde au cours d’un long entretien. Il n’en est pas encore à les considérer comme ayant fomenté le putsch avorté mais on n’en est pas loin. On pourrait lui mettre sous les yeux les déclarations de Hollande, Merkel, Obama et bien d’autres, condamnant le putsch dans les toutes premières heures de son déclenchement mais cela ne servirait point à grand-chose : il les connaît, son but est de prendre ses distances avec l’Occident, comme il le démontre et même le prouve depuis qu’il est au pouvoir. Son rapprochement inattendu avec Vladimir Poutine en est un autre élément. Erdogan détient deux atouts majeurs : la présence, sur son territoire,  de l’OTAN et du camp de réfugiés syriens. S’il ouvrait ces deux vannes-là, le monde tremblerait et les centres de gravité basculeraient. En un mot, cet autocrate possède entre ses mains l’équilibre du monde. Et comme il parvient à fanatiser de plus en plus son peuple, tout est - hélas ! - possible, y compris le pire.

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« Il y a des paroles qui ressemblent à des confitures salées. »

« La justice est la moitié de la religion. »

(Proverbes turcs)

 

Mardi 9 août

Á Rio les nageurs américains apparaissent avec des pois rouges sur la peau. C’est le signe qu’ils utilisent une nouvelle thérapie concernant la circulation sanguine et améliorant la récupération physique. Le Comité olympique ne semble pas s’être ému. Jusqu’à preuve du contraire, cela ne s’appelle pas « dopage ». C’est une méthode un peu plus sophistiquée que celle utilisée par les athlètes russes qui, en bloc, ont été interdits de Jeux peu avant leur ouverture. Et puis, ceux-ci, ils sont américains, donc par définition probes et respectueux des règles… Si pour leur défense éventuelle, ces Étatsuniens évoquaient le cas du vainqueur du Grand prix de la Montagne au Tour de France, il importerait de leur faire gentiment remarquer (gentiment…) que les pois rouges figurent sur le maillot du coureur et non pas sur la peau.

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« Une performance est truquée quand elle est le fruit d’un entraînement devenu l’alpha et l’oméga d’une existence, et quand on dope l’athlète comme un cheval. » (Pierre de Coubertin cité par de docteur Jean-Pierre De Montenard dans Dopage – L’imposture des performances, mensonges et vérités sue l’école de la triche, éd. Chiron, 2003)

06 août 2016

Comme un grand théâtre

Diverses mises en scène politiques et de communication.

Jeudi 28 juillet

 Après deux années passées à Bruxelles, l’opposant congolais socialiste de toujours Étienne Tshisekedi, 83 ans, est revenu chez lui hier. Kinshasa l’accueille en une liesse débordante. Tout au long du parcours, depuis l’aéroport, les femmes dansent et les hommes chantent. Il fallut cinq heures pour que le vieux lion puisse accomplir les 15 kilomètres qui le séparaient de son domicile. Touchant pour lui et ses partisans, inquiétant pour Kabila et la caste qui exerce le pouvoir. Mais le lion est vieux…

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Recep Erdogan aux Américains et aux Européens : « Mêlez-vous de vos affaires ! » Justement, il se fait que « leurs affaires », c’est notamment l’état et le devenir de la Turquie. Parce que la Turquie fait partie de l’OTAN, parce que la Commission européenne possède toujours une demande de candidature à l’entrée dans l’Union, parce que la Turquie est sensée s’occuper de centaines de milliers de réfugiés syriens et irakiens (l’Europe a même déboursé beaucoup d’argent à cette fin…) et parce que, entre autres choses encore, voir naître une nouvelle dictature aux confins du fragile et menaçant Proche-Orient ne peut laisser deux des plus grandes puissances mondiales indifférentes.                                                          

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Que ce soit la dixième ou la douzième fois, on ne se lasse pas de revoir Cent mille dollars au soleil, cet alerte film d’Henri Verneuil rehaussé des dialogues (le mot est au singulier dans le générique) d’un Michel Audiard en grande inspiration où l’on se laisse emmener au sein de cette aventure de camionneurs long courrier dans le Maghreb, dont le patron, un gros diabétique vulgaire, est surnommé La Betterave (fallait la trouver celle-là…) Ventura, irascible empressé, bouscule tout sur son passage ; Belmondo, escroc et habile philosophe réfléchissant, devant son bahut en panne (pardon, « en rideau »…) à ce qu’il se payera grâce au magot (« …un étang avec des canards ; c’est con des canards, mais ça fait cossu… ») et Blier, peinard, qui joue le rôle de la tortue face à ces deux lièvres, où l’expression « suivre son petit bonhomme de chemin » n’a jamais été aussi bien illustrée. Un chef-d’œuvre dans la bonne distraction, un régal. Bref : à revoir encore.

 

Vendredi 29 juillet

Le roi Felipe VI a demandé à Mariano Rajoy de former un gouvernement pour mettre fin à sept mois de blocage. Le Premier ministre sortant accepte mais s’il a remporté les élections du 26 juin dernier, le parti conservateur qu’il menait à la compétition est encore loin de la majorité absolue. Il s’agit de trouver un partenaire. La tâche paraît insurmontable mais la crise que vit l’État central avec la Catalogne aux appétits d’indépendance modifiera peut-être les données du casse-tête. Même en football, Barcelone et Madrid ne cessent de se toiser.

 

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 Enfin ! Á peine rentré d’un voyage dans les îles françaises du Pacifique, Alain Juppé s’est exprimé publiquement sur le climat morose qui règne dans la société française à la suite des attentats. Il use d’un langage clair, posé, réfléchi, loin de tout ce que l’on avait entendu jusqu’ici venant de la droite avec les boutefeux Ciotti, Estrosi et Waucquiez, ainsi bien entendu, en chef de guerre interne, que Nicolas Sarkozy. « Ni angélisme, ni surenchère ! » clame Juppé. Son analyse est évidemment critique vis-à-vis du gouvernement mais elle est aussi très éloignée de celle que pratiquent les ténors de son parti. Après le 14 juillet niçois, on était attristé de  constater qu’il hurlait avec les loups. Ce ne pouvait être qu’une mauvaise attitude ; les vrais voyous sont plus forts que les faux, ceux qui font semblant de l’être, par tactique. Tous les westerns le démontrent. Juppé s’est ressaisi. On s’en réjouit. La première condition pour se faire apprécier en politique, c’est d’être soi-même.

 

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 « Seigneur, pardon pour tant de cruautés. » Tels sont les mots que le pape François écrivit ce matin dans le livre d’or du camp d’Auschwitz-Birkenau qu’il visita où un million de personnes périrent dont 900.000 juifs. Comme ses prédécesseurs Jean-Paul II (le 7 juin 1979) et Benoît XVI (le 28 mai 2006), pas un mot à propos de Pie XII, dont on sait formellement désormais qu’il connaissait la Shoah dès l’automne 1942 et qu’il entretint des relations pour le moins ambiguës avec Hitler bien avant 1940 déjà. Le pardon est le confort moral des grands. Les petits ne jouissent pas de ce privilège. S’il est prouvé qu’ils ont gravement fauté, ils sont, à juste titre, irrémédiablement punis. Pie XII, lui,  mourra dans son lit, en la résidence de Castel Gandolfo, en 1958, à l’âge de 82 ans.

 

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 Le papa de Claude Lelouch à son fils : « Dans la vie, il faut tout faire comme si tout allait bien. »

 

 

Samedi 30 juillet

 

 Le syndrome de l’index pointé commence à devenir très agaçant chez les politiques aux Etats-Unis à tel point que la stature n’étonne plus personne. Pire : on sait ce qui va se passer quand ils prennent la pose à la fin d’un meeting ou dans toute forme de rassemblement où ils apparaissent face à la foule. Ils font semblant de reconnaître une personne de l’assistance, s’en étonnent (Ah ! Tu es là aussi ! Salut toi !) et la montrent du doigt. Si la vedette n’est pas seule sur scène, elle confiera sa découverte à la personne qui l’accompagne. Ainsi, la photographie marquant la clôture de la Convention démocrate de Philadelphie montre la candidate Hillary dans les bras de son mari Bill Clinton, lequel pointe l’index vers la salle en invitant son épouse à partager sa trouvaille. Le communicateur qui inventa cette méthode avait été judicieux. Cette attitude produisit des allures fort réussies. Il est temps désormais de penser à un autre comportement afin que l’image ne sombre pas dans la rengaine médiatique.

 

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 Être naturel est aussi une pose, et la plus irritante que je connaisse. (Oscar Wilde. Le Portrait de Dorian Gray, 1890)

 

 

Dimanche 31 juillet

 

 Dans cette majestueuse cathédrale de Rouen que Monet peignit plus d’une fois de toutes ses lumières, des dignitaires musulmans assistent à la messe d’hommage au prêtre assassiné, main dans la main avec les catholiques. Ce geste d’apaisement est accompli dans d’autres églises, en particulier dans la cathédrale de Saint-Denis où gisent les rois de France. C’est sympathique mais c’est trop tard. Désormais, plus personne ne pense que les assassins de masse répondent à des injonctions de chefs religieux. Ce sont des détraqués qui trouvent un besoin de se réaliser en commettant un acte d’horreur, tout simplement. Mais si cette mascarade peut contribuer à réduire les amalgames dont les musulmans sont victimes, pourquoi pas ? En cette journée dominicale creuse, l’événement retient l’attention des médias. Soit. On n’évoquera pas les vingt siècles qui viennent de s’écouler pour démontrer que les religions monothéistes ont toutes et toujours accouché de guerres et de massacres en s’opposant l’une et l’autre. Les catholiques ont réussi, au fil du temps, à faire passer l’idée que « Dieu est amour. » De fait, Jésus est un homme de bien et de bienfaits. Il est difficile d’en dire autant de Mahomet. Et si les catholiques sont parvenus aussi à taire les chapitres de la Bible mouillés de sang (Sodome et Gomorrhe par exemple), il sera difficile aux musulmans de démontrer que le Coran est un livre de paix.   Les radios de midi reflètent l’émotion. Des micros sont tendus. Une dame, sur le parvis de la cathédrale, la gorge serrée, confie sa joie et son émoi : « Nous avons le même Dieu » s’exclame-t-elle. Ben non justement, et c’est bien là le problème… !

 

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 « Je ne sais quelle métaphysique de Platon s’amalgame avec la secte nazaréenne » (Voltaire. Philosophie, II, 69)

 

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 On ignorait que Juppé avait clos sa conférence de presse de vendredi dernier par un petit coup de patte bienvenu. Le Journal du Dimanche nous l’apprend. Bien loin des commentaires sur les attentats et la manière de gouverner, il lança : « Il va se passer le 15 août un événement extraordinaire : Nicolas Sarkozy va se décider à être candidat. » Ah ! On ne sera pas déçus en suivant les débats de la primaire à droite ! …

 

 

 

                       

 

                                                                     

01 août 2016

Une journée de chien

Il est 13h30. Georgette est en retard. -Elle est toujours en retard, remarque Elvis qui s’impatiente. - A la radio, ils ont parlé d’une explosion dans un bus. J’espère qu’elle n’était pas dedans, répond Jeanne inquiète pour sa vieille amie. 13h34. Georgette sonne à la porte. - Désolée pour le retard mais il y a eu un attentat. - On sait, dit Elvis, ne vous excusez pas. - Les gens sont devenus fous, ajoute Georgette. - Elvis pense que les humains se déshumanisent, réplique Jeanne depuis la cuisine. Le dîner est presque prêt ! - Et les chiens s’humanisent, dit Georgette en caressant Elvis qui s’interdit de remuer la queue. Cà fait plouc. -Ouais, fait Elvis, on dirait qu’il y a comme un glissement de sens en matière d’humanité. - A table ! dit Jeanne en quittant la cuisine, un plat fumant dans les mains. - Cà sent bon, qu’est-ce que c’est ? - Des lasagnes végétariennes. J’ai fait la pâte et tout. - Tu ne cuisines plus jamais de viande ces derniers temps, remarque Georgette - C’est vrai. Je me l’interdis car Elvis déprime quand je fais de la viande. Elles s’installent à table. Jeanne dépose des portions dans leurs deux assiettes. - Elvis ne mange pas à table avec nous ? - Il n’en est pas encore capable. Dans quelques mois peut-être, d’après le vétérinaire. - C’est délicieux, fait Georgette, la bouche pleine. - Comment va Roger, toujours fan de foot ? demande Jeanne. - Oui, je crois que ses idées se simplifient dangereusement avec l’âge. Il classe tout en trois catégories : Victoire, défaite ou match nul. - C’est, en effet, une philosophie très simpliste, remarque Elvis depuis le canapé où il s’est couché. - C’est la sienne, répond Georgette, et puis, après un silence, elle ajoute : « j’aimerais tant que mon Rocky réagisse comme ton chien, Jeanne. Quand a-t-il commencé à parler ? ». - A la mort de Victor, après quarante ans de mariage. - Nous y sommes presque. Avec Roger, çà fera bientôt cinquante ans. Soudain, un bruit terrible se fait entendre. Quelque chose d’inconcevable. En même temps un souffle d’une violence inouïe fait trembler l’appartement. Sous le choc, les deux femmes restent immobiles et silencieuses alors qu’Elvis se précipite à la fenêtre. - Cà s’est passé sur la place Dumesnil, je crois, y’a de la fumée, les gens fuient affolés, y’a des blessés, des morts, du sang, j’entends des rafales de Kalachnikov ! C’est horrible ! Les deux femmes poursuivent leur repas. - On pourrait allumer la télé, dit Jeanne, on en saura plus. - Je préfère ne rien voir à la télé, c’est insupportable, dit Elvis, la gueule toujours fixée vers la rue. - Elvis a fait des terribles cauchemars après les derniers attentats, ajoute discrètement Jeanne à l’adresse de son amie comme si elle voulait excuser le chien. - Tout en parlant, elle ressert son invitée. - Il faut vider le plat ou je devrai jeter les restes à la poubelle. Georgette est rentrée en taxi. Elle a trop peur des transports en commun. Le chauffeur commente les évènements. - Les gens sont devenus fous, répète-t-il. A l’arrière, Georgette approuve mais ne dit rien. D’ailleurs, elle est arrivée. Au moment où elle introduit sa clef dans la serrure, Rocky se met à aboyer comme un beau diable de l’autre côté de la porte. Dans le salon, sur le canapé, Roger est couché, inconscient en face de la télévision allumée où une journaliste à la poitrine et au brushing inhumains répète en boucle depuis plusieurs heures les mêmes informations parce qu’elle ne sait rien. Malgré la télé allumée et les aboiements de Rocky, le vieillard ne bouge pas. -Serait-il possible que … ? se demande Georgette. En s’approchant du canapé, elle shoote involontairement sur des cannettes de bière vides qui filent dans tous les sens dans un terrible tintamarre. Roger ne bouge toujours pas. - Il est mort ? Finalement, elle lui touche l’épaule de l’index. Une fois, deux fois. De plus en plus fort. La troisième fois est la bonne. Roger bouge un bras, baille et ouvre les yeux. Visiblement, ce n’est pas encore aujourd’hui que Rocky va se mettre à parler.
31 juillet 2016

Des drames et des mots

Terroristes, génocidaires, fous furieux : les attentats se suivent et ne se ressemblent pas.

 

 

Samedi 16 juillet

 

 Il n’y a jamais lieu de saluer une tentative de putsch militaire. On ne se réjouira donc pas de celle qui vient d’avoir lieu en Turquie mais on soulignera que le président Erdogan l’avait bien cherchée à force de cadenasser de plus en plus son pays. Ce coup d’État qui semble avorté devrait le conduire à plus de modestie et de sagesse. Il est cependant à craindre que le sultan réagira plutôt en renforçant davantage son emprise et en la durcissant.

 

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 Fontenelle, centenaire à 33 jours près, sur son lit de mort : « Il est temps que je m’en aille, je commençais à voir les choses telles qu’elles sont. »

 

 

Dimanche 17 juillet

 

 Si c’est encore possible, il serait heureux de cesser de qualifier de « terroristes » les islamistes radicaux qui se livrent à des meurtres en cascade et les djihadistes de la même eau. L’anthropologue et psychiatre Richard Rechtman (auteur notamment de L’Empire du traumatisme – Enquête sur la condition de victime, éd. Flammarion) les appelle plutôt des « génocidaires ». Il insiste sur la distinction : le terroriste précise-t-il, pose des bombes pour détruire des institutions ; il agit sur le symbole. Si son acte tue des innocents, il lui arrive même de s’excuser. Le génocidaire, par contre, vise le nombre. Il veut tuer le plus de gens possible ; des innocents désarmés, inconnus, à la chaîne. Il est dans un souci de productivité. On pourrait ajouter que le terroriste, même s’il risque sa vie en commettant son acte, ne tient pas à mourir, tandis que le génocidaire est très souvent un kamikaze. Puissent les commentateurs s’inspirer de cette juste analyse. Les mots ont un sens ; mais il est peut-être trop tard.

 

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 La gigantesque manifestation pluraliste et plurielle consécutive aux attentats contre Charlie-Hebdo en janvier 2015, le Congrès réunissant tous les députés et tous les sénateurs, debout entonnant La Marseillaise devant le président de la République à la tribune le 16 novembre dernier, c’est du passé désormais enterré. Á présent, la fissure devient béante : la droite accuse le gouvernement d’incompétence et de légèreté face aux attentats. Même Alain Juppé, homme si respectable, se prête au jeu. On l’a vu presque embêté de joindre sa voix à celle des sirènes mais campagne pour les primaires oblige, il ne peut pas se démarquer de Sarkozy et des autres sur un pareil thème ; l’électorat conservateur le lui ferait payer cash. Quant à Marine Le Pen, « la plus grande démagogue de France » selon Alain Duhamel, elle réclame carrément la démission de Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, qui précise que la mobilisation des forces de sécurité pour le feu d’artifice du 14-juillet à Nice était très exactement la même que celle qui avait couvert le célèbre carnaval de cette ville au printemps. Mais on le sait, devant les slogans et les rumeurs, l’explication pédagogique est toujours perdante. La presse dominicale n’est pas tendre avec ces va-t-en-guerre contre l’exécutif. Chacun a bien compris qu’ils se positionnent en fonction des prochaines campagnes électorales. Jean-Marie Colombani, indigné, évoque un « désastre national ». Dans Ouest-France, Michel Urvoy  décrit « un grand moment de médiocrité politique » et Didier Pobel fait part de sa honte : « On peut reprocher des tonnes de choses à François Hollande et nul ne s’en prive. Mais de grâce, qu’on ne l’attaque pas pour d’avides fins électoralistes, dans le rôle qu’il assume, sinon le mieux, du moins le moins mal. Stop à cette danse macabre de petites phrases. Celles et ceux qui profèrent sur les corps encore chauds des martyrs de Nice font honte à notre pays ! »

 

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 ARTE diffuse La Grande bouffe, de Marco Ferreri, une occasion de se souvenir du dernier grand scandale du cinéma. C’était en 1973 au Festival de Cannes (Il y eut bien La Dernière tentation du Christ de Martin Scorsese en 1988 mais le film ne souleva que l’ire des intégristes catholiques. Et puis, il s’agissait d’un sujet déjà connu puisque Nikos Kazantzákis en avait fait un roman en 1955) Cette farce, que Ferreri préférait qualifier de « physiologique » plutôt que de « monstrueuse », était remarquablement interprétée par quatre acteurs de talent dont seul subsiste Michel Piccoli, et d’une merveilleuse comédienne, Andréa Ferréol, qui avait accepté de prendre 25 kilos pour obtenir le rôle. Ce film de désespérés qui choisissent le suicide collectif par le manger incessant a été tourné dans une villa du XVIe arrondissement de Paris (68, rue Boileau) et mérite aujourd’hui que l’on s’y intéresse aussi par les anecdotes qu’il suscita pendant et après le tournage. Une satire de la société de consommation ? « De la société d’abord » répliquait Ferreri. L’interprétation inouïe de Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi et les deux autres déjà cités, les images de l’histoire provocatrice, morbide et dérangeante occultaient l’intérêt des dialogues. Ils étaient pourtant signés Francis Blanche.

 C’est aussi l’occasion de se souvenir de quelques écrivains attirés par les plaisirs et les excès de la table. Ils furent nombreux avant et après Rabelais. Le plus brillant proche de nous (décédé le 26 mars dernier) est Jim Harrison. Il faudra que les éditeurs chargés de perpétuer son œuvre (Christian Bourgois ?...) n’omettent pas de publier le prodigieux inédit que fit paraître le mensuel Lire dix ans plus tôt (La bouffe, la forme et la mort, février 2016) Quelques mises en bouche :

 « (…) Je me souviens bien sûr de ma défunte maman, mais au fond de la nuit nord-américaine, je médite plus volontiers sur le rôti de caribou que j’ai mangé l’an dernier chez Sarah Mc Lahan à Toronto, ou sur les tagliatelles que Mario Batali a saturées de truffes blanches sous notre toit à l’automne dernier (…) Après m’être privé de tous les plaisirs de la vie, après avoir perdu trente-cinq livres, après être devenu la personne la plus ennuyeuse du monde, je suis allé en France au mois de mai pour me tester face à l’Ennemi (la gloutonnerie et l’alcool) (…) Je roulais donc vers le sud à partir de Lyon, remis de mon bref séjour parisien grâce à une spécialité lyonnaise appelée saint-cochon, un appétissant tas d’abats, de boudins, d’oreilles, de joues, de langues, ce genre-là de haute cuisine, suivi quelques heures plus tard par une classique tête de veau afin de rétablir l’équilibre entre le porc et le bœuf (…) »

 Tout le reste est du même tonneau dans cette relation onctueuse, ode à la France à travers ses plats et ses saveurs. Si Jim Harison avait vu La Grande bouffe, il s’était sûrement délecté. En bon connaisseur, il avait dû aussi s’intéresser aux anecdotes et savoir, par exemple, que les innombrables plats que se sont envoyés les cinq gourmands venaient tous de chez Fauchon…

 

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 Pointé dans le Journal 1992 – 2010 d’Edgar Morin (éd. du Seuil) : « 6 décembre 2015. Au Centre communautaire de Paris, conférence de Gérard Huber, psychanalyste qui dénonce l’effacement par l’antisémitisme du ‘je ne sais quoi de juif’ pratiqué par Wagner, Heidegger, Garaudy et moi-même. Le nombre de dingues chez les psychanalystes est très largement supérieur à celui des autres corporations. » Reste à Morin d’expliquer la nature de ce ‘je ne sais quoi de juif’ pratiquée par quatre personnalités aussi différentes. Mais la conclusion qu’il tire est amusante.

 

 

Lundi 18 juillet

 

  La Convention républicaine étatsunienne s’ouvre à Cleveland (Ohio) pour, sauf coup de théâtre, investir Donald Trump. On décortiquera bien entendu le discours de clôture du candidat mais auparavant, il sera intéressant de dénombrer les absents de marque, fortes personnalités du parti qui souhaitent prendre leurs distances avec l’aboyeur.

 

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 Hier soir, au journal de 20 heures de TF1, Nicolas Sarkozy s’est vraiment lancé en campagne en utilisant le volet sécuritaire de manière infamante, un rôle qui lui sied si bien. Mais curieusement, le commentaire du Figaro ne le suit pas. Au contraire, dans sa tribune, Frédéric Saint-Clair met en garde la droite en lui rappelant que « son bilan contre le terrorisme est mince. » Quant au journal lui-même, il pose, dans son enquête quotidienne auprès de ses lecteurs, la question de confiance : Terrorisme : la droite a-t-elle trop rapidement critiqué le gouvernement ? Et 47 % répondent par l’affirmative, ce qui est énorme lorsque l’on a l’habitude de déceler dans cette rubrique des avis particulièrement réactionnaires.

 

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 « L’artiste doit délivrer le monde de la douleur, même s’il ne se délivre pas de sa propre souffrance. » (Lettre d’André Suarès à Georges Rouault, Correspondance, éd. Gallimard, 1960)

 

 

Mardi 19 juillet

 

 Gilles Keppel, politologue spécialiste de l’islam et des pays arabes, confirme ce que l’on pressentait : Daech n’a plus besoin de commander des attentats ; ceux-ci naissent spontanément dans l’esprit d’individus désaxés ou soudain radicalisés, pour des raisons parfois tout à fait extérieures au combat idéologique, un moment de déprime, un chagrin d’amour, une catastrophe intérieure à compenser par un suicide mais un suicide révélé, accompagné d’un vedettariat, fût-il odieux. Ce n’est qu’après l’acte insensé commis que Daech, qui en ignorait tout, a beau jeu de le revendiquer. Comme le dit Keppel, « Daech a imbibé la société ». Voilà pourquoi il faut s’attendre à ce que d’autres attentats abominables pourraient devenir courants, presque ordinaires, perdant leur aspect exceptionnel. Il existe un moyen simple de vérifier cette thèse, méthode empruntée aux affaires de police ou d’espionnage : l’État crée un faux attentat avec l’espoir que Daech se ridiculise en le revendiquant. Encore faudrait-il que cette mise en scène risquée décourage les timbrés de la foi.

 

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 Les informations qu’un périodique diffuse en période creuse (le journalisme français les appelle « marronniers » ; le journalisme anglophone dit « châtaignes », allez comprendre…) n’ont pas lieu pour le moment d’être développées. Les situations de drames et d’insécurité plongent l’été dans une actualité qui ne prévoit pas la détente dans les rédactions. La situation de l’immobilier, le palmarès des hôpitaux ou encore les mystères de la franc-maçonnerie peuvent demeurer dans les tiroirs. Le Point a néanmoins choisi une couverture qui annonce des pages délicieuses : L’art français du mauvais esprit. C’est un régal. Introduit par Régis Debray, le dossier est parsemé de réflexions aiguisées, parfois inattendues, comme celles de François Mauriac revenant des obsèques de Paul Claudel : « J’aurais été bouleversé s’il avait fait moins froid » ; ou à qui l’on apprend que Michel Droit revenait des sports d’hiver un pied dans le plâtre : « Ça va le gêner pour écrire » [Ils étaient tous deux académiciens…] Anatole France sur Proust : « La vie est trop courte et Proust est trop long. » Tant d’autres, puisées dans Le Bouquin des méchancetés et autres traits d’esprit, de François-Xavier Testu (éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2014). Cela dit, les méchancetés et les traits d’esprit, on les trouve chaque semaine dans Le Point en lisant l’éditorial de Franz–Olivier Giesbert : « Il n’y a que les journalistes français, boussoles à l’envers, pour être sûrs que Donald Trump sera écrasé par Hillary Clinton. Il n’y a qu’eux aussi pour nous annoncer, avant chaque élection, la baisse du Front national, qui fait toujours mentir leurs pronostics. » Pas faux sans doute. Mais FOG n’est-il pas lui-même un journaliste français ?...

 

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 L’été, malgré tout.
 Une nonchalance méditative dans un vieux village provençal.

 Une balade dans un illustre Jardin parisien.

 Errer humanum est.

 

 

Mercredi 20 juillet

 

 Très conservateur mais pas farfelu, homme ayant le sens de l’État, Ted Cruz monte à la tribune de la Convention républicaine à Cleveland et appelle les congressistes à « voter selon leur conscience » en développant les devoirs d’un président et en dressant un portrait de ce qu’il doit être, ce croquis verbal ne correspondant pas du tout à la personnalité de Donald Trump. Évidemment, même si cela peut apparaître comme une attitude de mauvais perdant, il faut un certain cran pour la mettre en application. Car il s’est fait hué, et il le savait. Mais il savait aussi qu’il ferait l’événement.

 

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 Encore des méchancetés et autres traits d’esprit avec la parution du livre de Julienne Flory : Injuriez-vous : du bon usage de l’insulte (éd. de La Découverte) Du bon usage et de ses inégalités. Au salon de l’Agriculture de février 2008, Nicolas Sarkozy lance à un visiteur :  « Casse-toi pauv’ con ! » Quelques semaines plus tard, lors d’une de ses visites en province, le citoyen Herve Eon arbore une pancarte où l’on peut lire cette injonction. Résultat : 30 € d’amende pour outrage au chef de l’État.

 

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 L’horrible attentat de Nice continue de défrayer la chronique quant aux mesures de sécurité. Triste querelle alors que tout le monde s’accorde à reconnaître que le risque zéro n’existe pas. Et pourquoi ne pas plutôt chanter Nice, ville admirable, ville de contrastes, ville de joie et d’allégresse ? Évoquer Max Gallo qui, avant de fabriquer des livres d’histoire, avait écrit un merveilleux roman, La Baie des Anges (éd. Robert Laffont, 1971), chronique d’une famille d’immigrés italiens, dont le dernier tome, La Promenade des Anglais, dégage une poésie et un amour de la beauté naturelle, élément qui étançonne le récit en forme de saga autour d’un nouvel avenir à construire, après la Libération. Écouter et réécouter  Dick Rivers, cet autre natif de Nice (24 avril 1945), fredonner Nice Baie des Anges où la nostalgie voltige dans une romance elle aussi, à travers des bribes autobiographiques.

 

 

Jeudi 21 juillet

 

 L’un des degrés de la sagesse consiste à lancer régulièrement un avis de recherche sur le Je. Au « Je est un autre » de Rimbaud, Mark Hunyadi professeur de philosophie morale, sociale et politique à l’Université catholique de Louvain, avait substitué Je est un clone (éd. du Seuil, 2004), signe des temps ; tandis que le philosophe israélien Martin Buber prétendait que « Je deviens ‘Je’ en disant ‘tu’ »… On se souviendra en outre que Charlie Chaplin avait regretté que la vie ne s’accomplît pas à l’envers, commençant par la mort et reculant vers l’enfance. L’aventure se terminerait ainsi par un orgasme plutôt que par un drame ou par des souffrances. Ingénieux. Retour à la source. Le Je serait donc un spermatozoïde. Sur le plateau des Grosses Têtes de Philippe Bouvard, Olivier de Kersauzon avait un jour brillé en déclarant : « Je n’ai jamais participé à une course de spermatozoïdes mais j’ai souvent donné le départ. » Le mot était drôle et beau, mais il était faux. L’amiral avait bien participé à une course de spermatozoïdes, une seule fois, et il l’avait d’ailleurs remportée, ce qui lui permettait d’être là pour en témoigner. Le jeu du Je est infini ; ce n’est pas une raison pour abandonner la partie.

 

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 La sagesse de Jorge Luis Borges : « Chaque mot fut un jour un néologisme. »

 

 

Vendredi 22 juillet

 

 La colère d’Erdogan est tellement démesurée qu’il envisage ni plus ni moins que la Turquie prenne ses distances avec la Convention européenne des droits de l’Homme. Il songe en particulier au rétablissement de la peine de mort mais pas seulement. Derrière, dans le non-dit, il y a par exemple la torture. Au fond, c’était un coup d’État ou un coup monté ?

 

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 Au fur et à mesure que le Brexit va s’éloigner de l’actualité, des études vont apparaître sur l’état de santé de l’économie britannique. La première pouvant être prise en compte dénote « une chute spectaculaire » de l’activité, la plus basse depuis avril 2009. On ne s’en étonne pas mais on attendra plutôt les chiffres de l’automne, choc digéré, vacances achevées, pour mieux évaluer la situation. Entre le « Je-vous-l’avais-bien-dit » et le « Tant-pis-pour-eux », il ne faudra pas négliger cette formidable volonté de faire face, comme du temps où il n’y avait rien d’autre à espérer que du sang et des larmes.

 

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 « Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme. » (Jean Rostand. Carnet d’un biologiste, éd. Stock, 1959)

 

 

Samedi 23 juillet

 

Un fou furieux abat 9 personnes et en blesse 20 autres dans un centre commercial de Munich hier, avant de se donner la mort. Aussitôt, Daech revendique l’attentat. Aujourd’hui, le procureur de la Bavière précise que l’enquête ne permet pas de lier ce drame à une quelconque forme de djihadisme. C’était un fou furieux, voilà tout ; mais Daech aurait bien en quelque sorte créé ce que l’on n’ose appeler une mode, un snobisme. Des fous furieux, il y en eut de tous temps ; ils n’étaient pas pour autant des kamikazes au service de leur Dieu. Et voilà qu’il faut déjà se tourner vers Kaboul où en plein centre-ville, une explosion provoque la mort d’au moins deux douzaines de personnes en en blessant deux à trois centaines. C’est un règlement de comptes entre sunnites et chiites. Daech revendique encore mais cette fois, vraisemblablement à juste titre. Le tragique se vit désormais au quotidien.

 

 

Dimanche 24 juillet

 

 Certes, Donald Trump est bête et dangereux. Á éviter à tout prix. Mais Hillary Clinton dégage un choix de pis-aller. Elle ne parvient pas à emballer la compétition autour de sa personne. Il faudra que la Convention démocrate qui s’ouvrira demain à Philadelphie amorce pour elle un nouveau départ dans l’opinion. Celle-ci veut qu’elle promeuve de fortes revendications sociales. Des militants de son parti estiment même que son programme « n’est pas assez de gauche » ! Dans la patrie du capitalisme ! On croit rêver. La voici presque contrainte d’instiller davantage de propositions Sanders au sein de ses engagements. Bernie Sanders, son concurrent aux primaires, s’est spectaculairement rallié à elle. Il faudra l’associer d’une manière ou d’une autre à la fête de Philadelphie et surtout ne pas donner l’impression de le mépriser, comme ce pourrait être naturel dans le comportement de l’impétrante et chichiteuse Hillary. Et puis, le Parti démocrate observe en son sein quelques remous bien connus déjà dans les partis socialistes et sociaux-démocrates européens : une distance entre les dirigeants, l’élite, et la base, les adhérents et les militants. Cela explique les bons scores réalisés par Sanders dans les primaires. Gare au retour de flamme !

 

                                                                       *

 

 Seuls  à ce jour les spécialistes connaissent Eugen Gabritschesky (Moscou, 1893 – Haar -Munich-, 1979). Mais grâce à l’exposition que présente la Maison rouge jusqu’à la mi-septembre et à l’article que lui consacre Philippe Dagen dans Le Monde, il se pourrait que ce personnage acquière une notoriété post-mortem. Ce biologiste, savant fou, devint peintre lors de son hospitalisation en psychiatrie. Découvert par Jean Dubuffet, il peut être rangé dans les adeptes de l’Art brut. Mais il se rapprocherait aussi des surréalistes par son bestiaire, où l’on retrouve des images proches de celles de Max Ernst.

 

 

Lundi 25 juillet

 

 Pour achevez son tour du monde et voler de jour comme de nuit avec l’énergie solaire comme unique carburant, l’avion Solar Impulse 2 va quitter ce soir Le Caire et gagner l’aéroport d’Abou Dhabi, son terminus, après avoir survolé quelques zones pétrolières impressionnantes. Bertrand Piccard, le nouveau Lindbergh, pilote et initiateur du projet, aura dû esquisser un sourire de satisfaction en apercevant tous ces puits d’or noir qui pollue alors qu’il était occupé à ouvrir une page de l’histoire de l’aéronautique propre et pas chère. Quelle famille ces Piccard ! Son grand-père, Auguste, avait inventé le ballon à hydrogène pour la stratosphère ainsi que le célèbre bathyscaphe pour explorer les fosses marines ; son oncle, Jean, frère jumeau d’Auguste, fut un aéronaute célèbre. Quant à Jacques Piccard, fils d’Auguste et papa de Bertrand, il se fit connaître comme océanaute. Il conviendrait de se pencher aussi sur les épouses et les sœurs de cette dynastie scientifique. On s’apercevrait qu’elles ne manquent pas de personnalité. Auguste Piccard inspira Hergé pour la création du professeur Tournesol. Mais à l’exception de la Castafiore, chanteuse d’opéra ridiculisée, les femmes n’existent pas dans l’univers de Tintin. Tournesol n’a pas d’épouse, pas plus que le capitaine Haddock ou que les Dupont(d). La maman de Tintin devait être fière des exploits de son fils mais sans doute pas autant que le chien Milou.

 

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 Une journée sans attentat deviendra bientôt un jour de grâce.

 

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 « Les dieux ont toujours soif, n’en ont jamais assez. » (Georges Brassens. Mourir pour des idées, 1972)  

 

 

Mardi 26 juillet

 

 Un bon signe du destin pour Hillary Clinton : elle possède la même date de naissance que François Mitterrand. Dans trois mois jour pour jour, lorsque l’on commémorera le centenaire de l’ancien président, la candidate à la présidence des Etats-Unis fêtera son 69e anniversaire. Une bonne occasion pour elle de s’inspirer de son aîné français, orfèvre dans l’art de mener campagne.

 

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 Et maintenant, un prêtre, égorgé au nom de Daech dans sa petite église de Saint-Etienne-du- Rouvray, près de Rouen. On sent que François Hollande va durcir sa position vis-à-vis de l’Etat islamique. Lui faire la guerre, certes, mais jusqu’où ? Quant à la droite et à l’extrême droite, elles exploitent de plus en plus le climat à des fins électoralistes. François Bayrou qualifie cette attitude d’ « indécente ». Pas sûr que cela touche Sarkozy et Le Pen.

 

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 Jean-Michel Ribes au Nouvel Observateur, le 3 septembre 2015 : « Pour les dictateurs, un éclat de rire est plus dangereux qu’un éclat d’obus. » Pour les fous de Dieu aussi.

 

 

Mercredi 27 juillet

 

 L’art de proclamer des évidences est parfois utile pour émouvoir les peuples. De Gaulle en était passé maître (« Je salue Fécamp, port de mer et qui entend le rester ! ») Á Cracovie, au cours des Journées mondiales de la Jeunesse, le pape vient de s’essayer à ce type d’expression. « Le monde est en guerre parce qu’il a perdu la paix ! » Ce ne sera pas la meilleure citation à caractère historique de son pontificat, mais on lui pardonne…

 

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 Barack Obama s’est rendu à Philadelphie pour exprimer aux militants de son parti à l’issue de leur rassemblement tout le bien qu’il pensait d’Hillary Clinton et sa conviction qu’elle sera une bonne présidente des Etats-Unis. Il n’emploie pas le conditionnel mais le futur simple. Certes, il s’agit d’un discours de propagande et Obama n’a plus rien à perdre, mais l’on admettra qu’il s’est engagé le plus loin qu’il pouvait pour assurer sa succession. Avant lui,  l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, pourtant membre du Parti républicain, était venu à la tribune traiter Trump de « charlatan ». Toutes ces positions-là sont peut-être fort éloignées du citoyen de l’Amérique profonde. Ce raisonnement vaut davantage encore pour les soutiens des vedettes du show-business qui, selon la tradition, vont bientôt être connus et dont une vague très favorable à Hillary Clinton devrait émerger.

 

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  « Tant qu’on est trompé par le mensonge de l’utilité de la guerre il n’y a pas de paix ; il n’y a que des intervalles troubles dans la succession des guerres. » (Jean Giono. Écrits pacifistes. Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix, 1938)

 

 

Jeudi 28 juillet

 

 La polémique se poursuit sur la manière de gouverner la France. Il n’est d’ailleurs pas sûr que tous les ténors du parti Les Républicains qui s’expriment ça et là défendent une position commune, voire même identique. Trump les soutient en écho. C’est dire ! Et d’une formule, la une de Libération résume comme souvent la situation : De l’État de droit à l’État de droite ? Pour l’heure, le point d’interrogation est d’une importance capitale.

 

                       

 

                                                                     

17 juillet 2016

Calepins – Juillet 2016 – I

Vendredi 1er juillet

Coup de théâtre à Vienne : la Cour institutionnelle invalide le résultat de l’élection présidentielle. L’extrême droite jubile. Les Autrichiens revoteront à l’automne. Il est souhaitable que les votes par correspondance soient au moins aussi nombreux, réalisés selon les règles légales puisque c’est par là qu’est venu le résultat final et c’est par là que la tendance fut inversée. Cela dit, si l’Autriche – qui n’a pas fait, comme l’Allemagne, son devoir de mémoire – se donne finalement, comme autrefois, à l’extrême droite, on peut s’attendre là aussi à une volonté de quitter l’Union européenne. 

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L’Économie du couple, de Joachim Lafosse. Un huis-clos décrivant la vie ordinaire d’un couple qui se désunit ; une chronique devant intéresser beaucoup de monde puisque d’après les statistiques, 40 % des mariages avec enfants échouent. Dans ce navet, les petites jumelles sont aussi bonnes comédiennes que les trois professionnels : Bérénice Bejo, Cédric Kahn et Marthe Keller. Aucun intérêt. 

 

Samedi 2 juillet

Les cartes géographiques à caractère historique permettent de constater que même en dehors de périodes de guerre, rien n’est jamais figé, les frontières bougent, varient, transforment les régions et les peuples. Une observation des cartes indiquant l’évolution économique des continents reflète des changements encore plus fréquents. Ainsi, de décennies en décennies, l’impact de la Chine en Afrique est fulgurant. Seuls les Etats-Unis semblent le concurrencer. Un autre constat s’impose : la Chine y est également très présente militairement… Quant aux nations européennes, anciens colonisateurs, sans être inexistants, ils sont néanmoins dépassés par ces géants. 

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Extrait du rapport de l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’Énergie (ADERNE) : « Un déploiement massif des énergies vertes en France aurait un impact positif sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages. » Il y a quelques décennies, on prétendait la même chose au départ de la politique culturelle. Et l’avenir le justifia, notamment grâce à l’impulsion du couple Mitterrand - Lang.

« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. » (Paul Éluard)

 

Dimanche 3 juillet

Mais que se passe-t-il donc en Angleterre ? Les chamailleries agitent tous les partis et les vainqueurs du référendum baissent pavillon. Chez les Tories, Boris Johnson a retiré sa candidature à la présidence et donc au poste de Premier ministre et chez les europhobes d’extrême droite, Nigel Farane-le menteur abandonne la direction de sa formation politique. Bref, les rats quittent le navire. Et comme l’équipe de football a été vaincue par la petite Islande à l’Euro, la tempête gronde au pays de Shakespeare. Mais le reste de l’Europe pourrait bien recevoir des éclaboussures. 

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Méditer Fernando Pessoa et sa théorie de « la fin Créatrice-de-Civilisation de toute œuvre artistique ». 

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Sur le Plateau d’Albion, à Saint Christol, le 2e REG (2e Régiment étranger de Génie) de la légion étrangère a remplacé le stock de missiles nucléaires. C’est du moins ce que l’on dit…Quant à la légion, si elle se nomme toujours ainsi, elle n’est plus étrangère comme au bon vieux temps de colonies, et les hommes, toujours cependant vêtus de képis blancs, ne sentent plus le sable chaud. 

 

Lundi 4 juillet

Henry de Lesquen est un raciste affirmé et un négationniste assumé. Il s’est fait virer de la radio qu’il dirigeait, à cause de ses propos vraiment trop excessifs. Nom de l’organe : Radio-Courtoisie. 

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Parmi les révélations éditoriales que l’on doit à José Corti, le Journal intime au Portugal et en Espagne, 1787 – 1788 de William Beckford (homme politique anglais, critique d’art, écrivain) est un régal ; un témoignage très original pour connaître cette période pour le moins mouvementée de l’Histoire, où l’art de courtiser restait néanmoins les occupations essentielles des diplomaties. Tels ces extraits : « Samedi 1er septembre 1787. Melle Cotter, un des crapauds d’honneur de la consulesse, Mme Gildemeester, s’est enhardie à venir dîner chez moi aujourd’hui, malgré les sarcasmes de sa patronne qui déclare que mes civilités la gâteront (…) Samedi 26 janvier 1788. Chez Cogolludo. Mme de Listenois m’a parlé sans détour et m’a laissé clairement entendre que son affection pour moi ne connaît plus de bornes. » Dieu que la vie est chargée, compliquée, comme elle taraude l’esprit ! Il faut toutefois sauvegarder l’esprit ! Á preuve, le lendemain : « Dimanche 27 janvier 1788. C’est devenu chez moi une habitude invétérée que d’aller à la messe. »

 

Mardi 5 juillet

Après avoir fait construire la plus grande résidence présidentielle du monde, négligeant ainsi celle de Mustapha Kemal Atatürk, après avoir fait construire la plus grande mosquée du monde, Recep Erdogan se prépare à construire un aéroport qu’il baptisera : Aéroport Erdogan. La folie des grandeurs prend un tour tragique en Turquie. Car à force de caresser les superlatifs, il inventera bientôt le plus grand pouvoir absolu du monde. Qui sait ? Il parviendra peut-être à détrôner la Corée du Nord dans ce délire-là…

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Rêver d’une chouette aveugle.

 

Mercredi 6 juillet

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika bouge encore. Après un an d’absence en public, il a participé hier aux commémorations du 59e anniversaire de l’indépendance de son pays. Mais l’atmosphère fin de règne semble cette fois se confirmer. Des remous en témoignent, surtout dans l’armée. Premiers symptômes, première conséquence : le musèlement de la presse, pourtant déjà bien contrôlée. 

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Nicolas Hulot ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Cela laissera plus d’espace à Cécile Duflot qui aurait de toutes façons – elle ne s’en est jamais cachée-tenté sa chance. Hulot la soutiendra-t-il pour autant ? Rien n’est moins sûr. Et s’il se plaçait au côté de François Hollande ? Après tout le succès de la COP 21 leur est œuvre commune…

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Ô Ventoux si envoûtant !... Ventoux ventouse !

 

Jeudi 7 juillet

Dans son Dictionnaire amoureux de la Provence (Plon, 2005), Peter Mayle consacre une rubrique à l’OM qui débute ainsi : « Certaines personnes imaginent, de façon erronée, que l’OM – l’Olympique de Marseille – n’est rien de plus qu’une équipe de football. Elles se trompent : en fait, il s’agit d’une religion, une religion mineure, mais qui prospère. Son temple est le Vélodrome, où quarante mille adeptes se réunissent, durant la saison, pour voir le grand prêtre de l’OM (le capitaine) mener ses acolytes au bon combat contre les forces du Mal (l’équipe adverse) (…) » Ce soir les adeptes avaient pour mission de soutenir et d’encourager l’équipe de France afin qu’elle vienne à bout de l’équipe d’Allemagne, championne du monde. Á coups de Marseillaise entonnée à l’unisson tout au long du match, les adeptes connurent l’extase : la France vainquit l’Allemagne (2–0) et se hissa en finale du championnat d’Europe. Rendez-vous dimanche pour la dernière rencontre du tournoi, à Paris, au stade de France cette fois, et contre le Portugal, pour que l’extase puisse s’achever en jouissance effrénée. 

 

Vendredi 8 juillet

Réunis à Varsovie, les membres de l’OTAN décident d’installer quelques milliers de soldats en Pologne et dans les Pays Baltes pour faire face à des appétits russes. Le déploiement est le plus important depuis la guerre froide des années cinquante. Fallait-il narguer Poutine à ce point, lui qui est si nécessaire dans la destruction de Daesh ? C’est bien là-bas, en Syrie et en Irak, que le monde est pour le moment le plus susceptible d’exploser ! Le Brexit britannique plane aussi sur la réunion. Il s’agit de démontrer que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’altère en rien son investissement dans le Traité de l’Atlantique Nord. On veut contrarier l’ours russe, le menacer, le sermonner préventivement ; peut-être est-il en train d’en rire. 

 

Samedi 9 juillet

Après avoir dirigé l’Europe pendant dix ans, de 2004 à 2014, en tant que président de la Commission, José Manuel Barroso devient conseiller du groupe ultra-capitaliste Goldman Sachs. Une pluie de critiques, de multiples témoignages d’indignation s’abattent sur sa personne. Même si l’intéressé opérait une reculade, son image vénale sera ternie à jamais. Et celle de l’Europe en est de nouveau frelatée.

 

Dimanche 10 juillet

Dans un Stade de France plein comme un œuf et bariolé de tricolore, la France laisse échapper le titre de championne d’Europe qui s’offrait à elle devant un Portugal que l’on disait n’être plus que l’ombre de lui-même et qui, de surcroît, perdait son meneur de jeu Cristiano Ronaldo, sur blessure dès la 25e minute (0 – 1). Il n’ya plus qu’à ranger les drapeaux, méditer sur le danger des certitudes, et retrouver un peu moins d’arrogance au profit d’une indispensable modestie. 

11 juillet 2016

Le Cercle des Panseurs libres

Mais non, l'Ogre n'avait pas succombé à quelque indigestion ! Son credo, si le mot convient, c'est celui d'une cuisine attentive à des valeurs qui nous sont chères : le respect de la planète passe aussi par les aliments ; la culture, par la table et le libre examen, par la dégustation. Le plaisir et la fraternité étant parallèles, ne croyez pas qu'il s'agisse de vous embarquer dans l'une ou l'autre croisade désolante et sectaire. Je ne suis pas devenu végétarien. Voilà pourquoi désormais c'est dans ce Cercle des Panseurs libres (ah, on me dit qu'il y a une faute d'orthographe?) que paraîtront mes billets.

Ayant un peu fait le tour de l'essentiel, passons à présent à l'accessoire et voyons ce qui se fait ailleurs que dans ma propre cuisine, où, selon l'humeur du moment, je n'hésiterai pas à revenir si j'ai des conseils à vous proposer. Mais examinons produits, marchés, restaurants et coutumes ou tendances d'un œil neuf... Désormais, dès la rentrée, et à une cadence certes variable mais néanmoins soutenue, vous trouverez donc sous ma plume une rubrique un peu différente, plus courte, axée sur un seul point, qui peut aller de la critique d'un restaurant à l'examen de points controversés comme faut-il boire de la bière avec la pizza ou mettre du fromage dans le gratin dauphinois ?

Par ailleurs, les négociations sont en cours (il nous reste quelques bouteilles à vider), je ne désespère pas d'inviter un mien ami pansu et goûtu à vous soumettre ses excellentes recettes (même si, pour en revenir à la bière et à la pizza, je ne partage pas toujours ses coups de cœur) ici-même.

D'ici là, bel été, bonnes vacances, bon appétit et large soif.

Image: 

<p>Photo &copy; L&#39;Ogre</p>

09 juillet 2016

Politique de clowns, politique nationaliste, politique du mensonge, politique décriée…

Mais où sont les grands hommes et femmes politiques ?

Jeudi 16 juin

Le gouvernement turc cède aux menaces d’un groupe d’ultras-nationalistes et annule la Marche des Fiertés (Gay pride) qui devait défiler demain à Istanbul. Il sera difficile d’admettre que Recep Erdogan, autocrate affirmé, puisse se laisser influencer par un quarteron d’excités. On serait plutôt enclin à considérer que le sultan n’apprécie guère ce cortège multicolore. 

Réflexion de Julien Gracq à Régis Debray : « La politique n’est plus une activité sérieuse pour l’esprit. »

 

Vendredi 17 juin

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, annonce qu’il proposera demain au Bureau national de son parti l’organisation d’une élection primaire pour choisir le candidat de « La Belle Alliance » (PS, PRG, Écologistes) à l’élection présidentielle. C’est une superbe parade mise au point avec l’accord de François Hollande, une initiative qui coupe le sifflet à bien des frondes et des ambitions retenues. On salue aussi l’habileté de François Hollande. Il n’est pas interdit de lui reconnaître aussi un certain panache. 

Témoignage d’un journaliste belge ayant suivi les rassemblements du parti républicain aux Etats-Unis (RTBF radio, 18 h 50) Lors d’un somptueux dîner dont le but est de financer la campagne de Donald Trump, on met une arme sophistiquée aux enchères. Les journalistes présents questionnent le président de séance à ce propos. Celui-ci leur répond : « L’arme, ce n’est pas le danger ; le danger, c’est Hillary Clinton. » Il y a un commentaire à bâtir sur cette anecdote, c’est No comment.

 

Samedi 18 juin

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, rend visite au Premier ministre grec Alexis Tsipras. Il se fait photographier en sa compagnie vêtu d’un gilet de sauvetage orange. Le symbole est très fort. Nicola Hulot aurait-il, la semaine dernière, inventé une nouvelle attitude manifestant réprobation pour les uns, solidarité avec les autres ? 

 

Dimanche 19 juin

Que pour la première fois, une femme devienne maire de Rome, c’est désormais dans l’ordre normal des choses. Paris en a une aussi… Que cette femme n’appartienne pas à l’une des  grandes familles politiques de son pays, c’est moins fréquent mais pas inédit. Ada Colau, cette militante sociale de 42 ans, dirige Barcelone depuis mai 2015. En revanche, qu’elle soit présentée par l’équipe d’un clown, ça, c’est unique. Virgina Raggi, avocate de 37 ans, membre du parti 5 étoiles de Beppe Grillo, réussit cette performance et pas de justesse s’il vous plaît, avec 65 % des voix ! Au moment où les médias annoncent le résultat, France 2 diffuse Coluche, le film d’Antoine de Caunes qui retrace, à l’occasion du 30e anniversaire de sa mort, la périlleuse période où il avait tenté de concourir à l’élection présidentielle. L’interprétation remarquable de François-Xavier Demaison  lui valut d’ailleurs un César. Un clown chasse l’autre trois décennies plus tard face au suffrage universel. 

« Le nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que le sentiment européen parce qu’il est toujours plus aisé de reconnaître ce qui vous appartient que de comprendre votre voisin avec respect et désintérêt. » Cette réflexion de Stefan Zweig, Élisabeth Guigou l’utilise dans le JDD pour clamer qu’il st impératif de refonder le projet européen. L’action politique est une pédagogie, Guigou l’a souvent démontré tout au long de sa carrière. Partant, la construction de l’Europe l’est aussi, ô combien ! Alors que la semaine va s’ouvrir dans l’attente du référendum britannique sur le Brexit, des opinions se manifestent déjà sur l’avenir de l’Union européenne. Il faut parier sur le fait que si David Cameron a joué à se faire peur pour des raisons électorales, il a rendu un grand service à l’Europe en ce sens qu’il libérera certaines initiatives de renforcement comme la création d’une zone euro renforcée par une union économique et sociale par exemple. Il faut parier sur le fait que quel que soit le résultat du référendum, celui-ci, par sa clarification des faits et des comportements aura été un bien pour l’Union européenne. 

Á l’Euro de football, le résultat de France - Suisse (0-0) arrange tout le monde. La France termine première de son groupe et la Suisse est qualifiée. Le spectacle a cependant failli prendre un tour burlesque tant la pelouse du stade Pierre – Mauroy de Lille avait été détrempée à la suite des multiples pluies abondantes que le Nord avait connues ces dernières semaines. On utilisa les moyens les plus sophistiqués pour la rendre quand même praticable lorsque l’on s’aperçut que la télévision dévoilerait sa misère. Que pensez-vous qu’il advint ? On la peignit en vert.

 

Lundi 20 juin

L’angoisse et la crainte habitent de nombreux hommes d’affaires et beaucoup de politiciens. Elle ne fera que s’amplifier d’ici jeudi soir, lorsque l’on connaîtra le résultat du référendum britannique. Les citoyens européens ne semblent pas très contrariés par l’enjeu, préoccupés plutôt par les mesures de sécurité liées aux menaces d’attentats, les caprices lourds de la météo et les matches de l’Euro 2016. Justement, ce soir, l’Angleterre et le Pays de Galles, tous deux appartenant à la même poule, jouaient leur qualification pour les huitièmes de finale. Ils se qualifièrent tous les deux mais le Pays de Galles beaucoup plus brillamment que l’Angleterre. Comme les nerfs sont à fleur de peau, les superstitieux parmi les pro-européens y décèlent un mauvais présage.

Le Musée des Arts premiers du Quai Branly s’appellera désormais le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac. Cette décision survient en point d’orgue de l’inauguration d’une grande exposition d’hommage à son créateur pour les 10 ans de l’établissement très fréquenté en toutes saisons. Ainsi, après de Gaulle qui était un musée vivant à lui seul, Georges Pompidou créa le Centre Beaubourg, Giscard d’Estaing le Musée d’Orsay et François Mitterrand le Grand Louvre, la Très grande Bibliothèque de France ainsi qu’une trentaine de lieux voués à l’art et à la culture comme l’Opéra Bastille ou la Grande Arche de la Défense. Seul Nicolas Sarkozy ne s’inscrit point dans ces traces-là ; et il est à craindre que François Hollande ne s’y retrouve guère non plus… Á moins qu’il soit réélu en 2017…

Que l’on apprécie ou non la manière dont Frédéric Beigbeder choisit de dépeindre la décadence de notre monde en démontrant que la Russie d’aujourd’hui sombre dans le stupre et la bassesse financière tandis que l’Occident exploite la beauté féminine d’une façon outrageante et outrancière, soit. On doit cependant accepter un constat que l’on devra vérifier dès qu’il nous proposera un prochain film : avec L’Idéal, il a tout simplement inventé une nouvelle manière de pratiquer l’art cinématographique.

 

Mardi 21 juin

Il était 0 heure 34 lorsque l’été survint. Il fallait vraiment faire confiance aux scientifiques pour le croire parce que ce sont bien les seuls à saluer le solstice. Ni la température, ni le ciel ne le laissent percevoir. 

David Cameron, surmené, implore son peuple : « Pour vos enfants, vos petits-enfants, votez pour rester dans l’Union européenne. Mais Bon Dieu, tu n’avais qu’à pas hein vieux ! … Ce langage-là, il fallait le tenir avant de décréter l’organisation d’un référendum !

Frédéric Mion, le directeur de Sciences-Po, est heureux d’annoncer l’acquisition de l’Hôtel de l’Artillerie, place Saint-Thomas d’Aquin (7e arr.) pour créer le campus parisien de son établissement. Cette haute école, qui a vu passer tous les présidents de la Ve République, démontre ainsi plus nettement son importance dans les affaires publiques. Et quand on s’interroge auprès de Frédéric Mion sur la création d’une section du FN au sein de son école, il n’hésite pas à pointer du doigt les médias, ce qui est pourtant très mal vu en général. Outre le fait que l’on pourrait se demander pourquoi,  une école comme sciences-po ne reflèterait pas l’image que les urnes projettent de la société ; il précise que la section rassemble une dizaine d’élèves sur 13.000 et quelle ne doit donc son effet médiatique… qu’aux médias eux-mêmes… Une position courageuse à méditer.

Les Chinois aiment tellement faire référence aux animaux qu’ils en baptisent les années ainsi que l’horoscope. Ils utilisent aussi les bébêtes dans les sentences et les proverbes. L’ancien président Deng Xiaoping, excellait dans l’exercice. C’était un peu leur Jean de La Fontaine. On devrait publier ses pensées humaines à base de faune comme jadis on diffusa celles de Mao. On y décèlerait quelques principes de gouvernement reflétant son magistère. Celui-ci par exemple : « Il faut égorger le poulet pour effrayer le singe. »

 

Mercredi 22 juin

Rétroviseur pertinent (suite et sûrement pas fin) « Dans tout homme sommeille un prophète et quand il s’éveille, il y a un peu plus de mal dans le monde.» (Cioran. Précis de décomposition, 1949).

 

Jeudi 23 juin

Sous le parrainage de Raul Castro, les FARC et le gouvernement colombien cessent leurs combats et trouvent une entente pour gouverner la Colombie. Le plus vieux conflit d’Amérique latine prend fin. Á La Havane, le rebelle Timochenko et le président Santos échangent une poignée de mains. Á Bogota, la photo symbolique laisse pantois. Le commerce de la drogue va en prendre un coup, surtout si le calumet de la paix et les cigares cubains couvrent désormais les envies des protagonistes. 

De nos jours, pour se faire entendre, il faut surtout être vu.  Le groupe des Démocrates au Sénat étatsunien pratique un sitting au pied de la tribune du Congrès pendant 24 heures en arborant des pancartes contre la vente libre des armes. La scène est pour le moins insolite. La sensibilisation est totalement réussie. Pas sûr toutefois que les lobbys sont impressionnés. 

 

Vendredi 24 juin

Un coup de tonnerre s’abat sur l’Union européenne : les Britanniques se sont prononcés par référendum pour la sortie de l’Union à 52 % Des hectolitres d’encre vont être utiles pour imprimer les innombrables commentaires que le Brexit provoquera et les multiples analyses qui en découleront. La situation étant inédite, il est prudent de ne pas s métamorphoser en prédicateur. Quelles sont les seules certitudes qui se dégagent pour l’heure ? D’abord les auteurs-acteurs de ce changement radical. Ils l’ont voulu, ils l’ont eu. La Grande-Bretagne va connaître une crise économique et financière considérable. Mais si l’on surmonte pareille situation, celle qui découle d’une crise institutionnelle est beaucoup plus difficile à dominer. Il est à craindre que l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles, régions pro-européennes, désirent se détacher du Royaume-Uni. Ensuite les partenaires délaissés. Il est urgent que l’Europe se reconstruise (« se réinventer » cf. François Hollande)  en approfondissant son identité. Il faut doter  la zone euro d’un parlement, d’un budget, d’une autonomie qui permette aux citoyens d’y percevoir une réelle gouvernance. Les six pays fondateurs doivent se concerter afin de réagir concrètement et positivement à cette immense et tragique équation « un sursaut », François Hollande encore). Et il faut faire vite, très vite. Le temps est compté. En 2017, le moteur franco-allemand pourrait changer de têtes. François Hollande et Angela Merkel retourneront devant leurs électeurs. Deux ans plus tard, il s’agira de renouveler le parlement européen et la Commission.  Á quelque chose malheur est bon prétend le proverbe. Voici une occasion idéale de le vérifier. 

« La lucidité aveugle du désir. » (Raymond Jean, Europe, novembre-décembre 1968)

 

Samedi 25 juin

Faudrait-il que les présents Calepins se transforment pour un temps (assez long peut-être…) en Journal du Brexit ? Non bien sûr. Certes, les initiatives politiques nombreuses qui se prennent toutes les heures – en particulier de la part du couple franco-allemand – sont à bon gré tellement déterminées, multiples et dynamiques qu’elles donneront naissance à des livres pendant plusieurs mois. Mais il est des faits, tantôt loufoques, tantôt inattendus, tantôt insupportables qu’il est bon de mentionner. Celui-ci par exemple :

Hier soir au Journal de 20 heures de France 2, devant l’ambassadeur du Royaume-Uni en France et Laurent Delahousse, Daniel Cohn-Bendit s’est une fois de plus indigné de l’image fausse que les opposants à l’Europe se permettent de donner. Cette fois-ci, il disposait d’une tromperie flagrante. Le parti d’extrême droite dirigé par Nigel Farage a fait campagne pour le « out » en prétendant que le Royaume-Uni versait chaque semaine plus de 350 millions de livres sterling (soit 434 millions d’euros). Il s’engageait, en cas de victoire du Brexit, à verser cet argent à la sécurité sociale. Ce n’était pas une petite promesse en l’air, c’était son principal argument de campagne, celui qui figurait en gros caractères blancs sur le bus rouge sillonnant le pays. Deux heures à peine après que le résultat fut connu, sur un plateau de télévision, une journaliste lui demanda s’il confirmait cet engagement. Il répondit par la négative. Elle lui rétorqua que 17 millions de personnes avaient voté pour lui en connaissance de cause. Embarrassé, il reconnut que c’était « une erreur de la part du camp des ‘non’ ». Une erreur ? Disons plutôt un mensonge éhonté ! Aujourd’hui, à midi, la vidéo de ce dialogue inouï avait déjà été visionnée par plus de 1,6 million de personnes grâce à Internet. On apprenait aussi qu’un million de signatures avait déjà été recueilli pour l’organisation d’un nouveau référendum. L’Écosse demande à l’Union de rester dans l’Union, des responsables de haut niveau envisagent l’adhésion de la zone londonienne ( ?!) Bref, la pagaille règne outre-Manche…

 

Dimanche 26 juin

La Belgique et la France sont désormais confrontées à une nouvelle vague de réfugiés. Ceux-ci sont plutôt des réfugiés confortables, non dépourvus de tout et qui n’ont donc pas besoin d’une aide de l’État. En effet, de plus en plus de Britanniques souhaitent s’installer dans ces deux pays et d’emblée, sollicitent leur naturalisation. Leur motivation est de deux types : on distingue d’abord de véritables candidats à l’émigration, citoyens écœurés par la situation politique de leur pays. Peut-être que pour la plupart d’entre eux, implantés depuis toujours sur leur sol natal, la raison effacera la réaction émotionnelle au fil des jours. L’autre catégorie est plus déterminée. Elle concerne des personnes qui gagnent leur vie grâce à l’Union européenne : entrepreneurs anglais dont le commerce avec les pays membres constitue la part la plus importante de leurs affaires ; fonctionnaires dans des institutions européennes. Plus de deux mille d’entre eux, résidant à Bruxelles, se sont déjà rendus dans des administrations communales pour introduire leur demande. To be or not to be, ici ou ailleurs…  Le dilemme shakespearien se dissout dans un conflit cornélien. 

Un pari sur l’avenir : Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, succédera en fin d’année à Ban Ki-moon.

… Mais déjà, l’Union européenne se doit d’être attentive à un autre scrutin, celui des élections législatives espagnoles, suscitées par l’impossibilité d’obtenir un compromis entre les forces qui s’étaient dégagées il y a six mois…

 

Lundi 27 juin

Si la démocratie est malade, ce n’est pas le référendum qui va la guérir. Alors que des millions de pétitionnaires britanniques réclament une nouvelle consultation populaire, les opposants à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes rejettent le résultat qui donne le « oui » largement vainqueur. « L’autorité de l’État » comme dit Valls (comprenons : les forces de police) va devoir s’exercer là aussi. La campagne, ça les changera des artères parisiennes… Jusqu’à ce que lassitude et fatigue s’en mêlent. 

Une génération de stars ferme un chapitre de l’histoire du football. Á l’Euro qui se déroule en France, la Suède fut éliminée dès le premier tour. Zlatan Ibrahimovic a déclaré qu’il mettait fin à sa carrière dans l’équipe nationale. En finale du tournoi équivalent qui se déroule aux États-Unis (la Copa America), pour la deuxième fois consécutive, le Chili a battu l’Argentine  manquant d’ardeur tandis que Lionel Messi, qui a raté un penalty, annonça aussi son retrait. Si le Portugal, qui s’est qualifié de justesse face à la Croatie, achevait bientôt son parcours dans l’Euro, Cristiano Ronaldo pourrait en faire de même. Sur le terrain des exploits, on attend de nouveaux noms. Pour l’heure, on peut déjà pointer celui du Belge Eden Hazard. 

Avec Cherchez Hortense, Pascal Bonitzer nous avait entraînés dans une narration compliquée, parfois oppressante, qui soudain, sur la fin, s’éclaircissait totalement, par un contrepied très judicieusement élaboré. Avec Tout de suite maintenant, la narration reste inutilement compliquée, ce qui rend le film suspendu dans un vide décevant. Il faut donc goûter surtout le jeu des acteurs : Agathe Bonitzer bien dans son rôle, tout comme Isabelle Huppert. Jean-Pierre Bacri, Vincent Lacoste et Lambert Wilson sont aussi excellents. Quelques scènes sont réussies grâce à tous ces talents. Ainsi, les face-à-face entre Huppert et Bacri, meilleurs moments du film. 

 

Mardi 28 juin

Peut-être inspiré par l’attitude de David Cameron, Daniel Ortega, qui vise une réélection à la tête du Nicaragua, n’hésite pas à ébaucher des paris fous. Alors que l’on vient d’inaugurer l’élargissement du canal de Panama, permettant ainsi à des navires de très grands tonnages de rejoindre les eaux de l’Atlantique et de Pacifique il envisage de creuser un autre canal afin de faire concurrence à l’existant et d’enrichir ainsi son pays. Ce dessein ne pouvant être pris au sérieux que par quelques citoyens candides et naïfs ainsi que par les affidés de l’homme au pouvoir, Ortega avance une carte astucieuse : il dispose de l’engagement d’un magnat chinois. Ferdinand de Lesseps possède donc un disciple. C’est fabuleux. Une conclusion s’impose : il y a des magnats en Chine. 

 

Mercredi 29 juin

Á peine David Cameron avait-il quitté, le cœur gros, le Conseil européen qui se tenait à Bruxelles, que la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon fréquentait les arcanes principaux afin de préciser officiellement que sa région souhaitait rester dans l’Union européenne. Avec sa manie d’embrasser tout le monde, Jean-Claude Juncker donne l’impression d’une complicité déjà mûre. Les choses ne seront pas si simples. Ce président de la Commission est un vieux renard essoufflé. Il n’a pourtant pas encore 62 ans.

Long entretien de François Hollande dans Les Échos. L’on prend désormais conscience qu’il se pose en futur candidat. Non seulement il défend son bilan, mais pour la première fois, il critique le programme des candidats à la primaire de la droite. Une joute encore cachée commence avec Nicolas Sarkozy. Si Juppé veut encore avoir ses chances, il est temps qu’il pose un acte fort.

L’aéroport de Zaventem, touché par un attentat islamiste le 22 mars, n’est pas encore complètement en bon ordre de marche. Des files d’attente considérables garnissent les guichets et des services comme la bagagerie laissent souvent à désirer. L’aéroport Atatürk d’Istanbul, qui a connu les mêmes horreurs hier, fonctionne de nouveau normalement. Allez savoir…

Les cigognes, porteuses de bébés, reviennent en Alsace. La France, qui possédait déjà le plus fort taux de natalité d’Europe, va encore développer sa démographie. 

 

Jeudi 30 juin

Demain, François Hollande retrouvera déjà le Premier ministre britannique, accompagné de la famille royale. Ce sera dans la Somme, pour commémorer la bataille considérée comme « le Verdun des Anglais » (1er juillet - 18 novembre 1916).  Ils y perdirent des centaines de milliers d’hommes. Les Allemands et les Français connurent aussi de nombreuses pertes. La commémoration du centenaire ne concernera pas l’ensemble de l’Union européenne. Cela vaut mieux pour le Premier ministre belge car si son pays opposa une valeureuse résistance, en particulier en région liégeoise, il est aussi le seul à avoir connu une collaboration dans cette guerre-là, ainsi que le souligne Luc Beyer de Ryke dans son remarquable étude-enquête Ils avaient leurs raisons. 14 – 18 & 40 -  45 ; La collaboration en Flandre (édition Mols).

07 juillet 2016

Du mercredi 08 au mercredi 15 juin

La planète vit au rythme foot, attentats, manifestations et violences. Chronique sombre émaillée de propos de Victor Hugo et d’une réflexion bienvenue sur « construire des ponts plutôt que des murs ». 

Mercredi 8 juin 

Tous les trains ne circulent pas et les poubelles, dans les rues, ne sont plus ramassées. Ainsi vit actuellement la Belgique. Mais ainsi vit aussi la France, à deux jours de l’ouverture de l’Euro, la fête du football. Tandis que les stades, les terrasses équipées de la télévision et les places publiques où se dressent de grands écrans seront des lieux d’attentats idéaux, les militants syndicalistes veulent profiter de l’événement pour accroître leurs revendications. Salir l’État qui accueille des supporteurs du monde entier venus pour se distraire et s’amuser, cela relève de l’incivisme. 

C’était le 16 mai 1916. Le Britannique Mark Sykes pour le Royaume-Uni et le Français François-Georges Picot parvenaient à un accord sur le partage de leur influence dans le Proche-Orient. Ces textes eurent donc cent ans le mois dernier mais ce fut là un centenaire que chacun évita de commémorer. Pourtant, s’intéresser à ces accords permet de mieux comprendre les racines des conflits d’aujourd’hui en Syrie, en Irak et aujourd’hui de cerner le comportement de la Turquie d’alors. Au lendemain d’un attentat palestinien qui causa la mort de quatre Israéliens (tandis que les médias sont moins diserts à propos des sévices existant dans l’autre sens…), relevons que les querelles entre les chiites et les sunnites sont beaucoup plus meurtrières.  Car lorsque l’on se toise au nom du Gott mit uns, on sombre vite dans le torrent sanguinaire. « Quand on pense que les chrétiens, porteurs d’une religion d’amour, ont pu déporter, liquider, torturer, massacrer pendant des siècles au nom même de cette religion, on peut se demander ce qu’il en serait advenu si, au lieu de la secte du Christ, celle des pharisiens, pour qui tout ce qui est goy est impur, avait triomphé. » (Edgar Morin. Journal, lundi 24 – jeudi 27 avril 1995)

Louis XVI connut la déchéance avant d’être décapité. Benoît XVI connaît la déchéance après s’être écarté de son magistère. Quant à l’année deux mille XVI, elle ne se porte pas très bien non plus. 

 

Jeudi 9 juin

Une émission de radio ou de télévision, un discours, un article de presse, un livre bien entendu… Il ne se passe pas un jour sans que, 131 ans après sa mort, une référence ne soit énoncée à propos de Victor Hugo. Aujourd’hui, c’est Franz-Olivier Giesbert, toujours mordant, direct, qui le cite dans son éditorial du Point : « Quant à moi, en voyant les consciences qui se dégradent, l’argent qui règne, la corruption qui s’étend, les positions les plus hautes envahies par les passions les plus basses, en voyant les misères du temps présent, je songe aux grandes choses du temps passé, et je suis, par moments, tenté de dire à la Chambre, à la presse, à la France entière : tenez, parlons un peu de l’Empereur, cela nous fera du bien. » Et Giesbert (qui ne cite hélas ! pas sa source ni la date de cette réflexion…) d’ajouter : « On dira aujourd’hui : ‘Tenez, parlons un peu de Charles de Gaulle, cela nous fera du bien !’ »

Et tandis que l’on médite encore sur cette citation, Le Figaro nous apprend que François Hollande visitera lundi La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, répondant ainsi à l’invitation de la famille du Général ; il en profitera pour aller se recueillir sur sa tombe comme il se doit et arpenter le Mémorial; vendredi, il découvrira l’exposition De Gaulle à Trianon et samedi, dans la tradition du 18-juin, on le retrouvera au Mont Valérien. Le sauveur de la France aurait sûrement trouvé une formule croquignolette pour décrire l’emploi du temps respectueux du président.

"Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité.

Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie."
Victor Hugo - 1802-1885 - Choses vues - 1846

 

Vendredi 10 juin

Victor Hugo, encore. L’aspect décousu, débordant, excentrique, formidablement populaire de ses funérailles fut superbement relaté par Jean-François Kahn d’une manière époustouflante dans son maître-livre Victor Hugo, un Révolutionnaire (éd. Fayard, 2001). La préparation de ces obsèques grandioses  fut aussi très bien rapportée par Judith Perrignon dans son roman Victor Hugo vient de mourir (éd. L’Iconoclaste). Sans doute celles de Mohamed Ali furent-elles aussi impressionnante et gigantesques. La comparaison pourrait tenir, sauf peut-être sur un point : est-ce que les prostituées de Louisville se donnèrent gracieusement en hommage au champion rebelle comme le firent celles de Paris le 1er juin 1885 ?

Mêlant tragédie, ironie et bon sens populaire, Yvan Attal a voulu réaliser un film qui nous permettrait d’en finir avec l’antisémitisme. Hélas ! C’est un navet. L’initiative était pourtant louable. Serait-ce parce que l’antisémitisme est non pas ancré mais plutôt enraciné dans nos mœurs ?   

Facéties auditives. Entendre « au bas mot » et comprendre « Obama ». Entendre « secrétaire » et comprendre « sectaire ».

Début de l’Euro sur le sol de France. De justesse, celle-ci bat la Roumanie (2-1) au Stade de France à Paris. Tout va bien. Les autochtones voient déjà leurs champions en finale. Tout s’est bien déroulé pendant le concert géant au Champ-de-Mars, durant la cérémonie d’ouverture ainsi qu’au cours du match. Ce qui doit être la fête du football durera un mois. D’ici-là, pour en savoir plus sur le monde, aller directement à la page 4 du journal habituel. Les trois premières seront consacrées à la compétition. Il est vrai que l’on peut de plus en plus souvent évoquer la vie du monde à partir des rencontres sans se limiter à leur déroulement. Et puis, l’importance du fait à informer varie : il y a 40 ans, la pollution d’une rivière était traitée dans la page des faits divers…

 

Samedi 11 juin

On y est désormais habitué : le foute, c’est la guerre. Et dès qu’il s’agit d’un grand tournoi, les batailles s’accumulent. Une particularité est désormais apparue en ce début d’Euro en France : à présent, il n’est même plus question de se rendre au stade pour se bagarrer ; la castagne se déroule dans la ville d’accueil. En l’occurrence, c’est à Marseille que les hostilités ont été les plus violentes : un mort sur le Vieux port et quelques dizaines de supporteurs à l’hôpital. Ce sont les hooligans qui se sont déchaînés. Comme toujours, ces Britanniques… Certes, mais on a pu constater que la Russie avait désormais elle aussi ses hooligans. Á noter que jusqu’à présent, on n’a pas encore repéré un seul malfaiteur syrien, ni même d’ailleurs un seul musulman. Nous sommes en plein Ramadan. La rupture du jeûne a donc lieu pendant le dernier match de la journée.

Une exposition le prouve : l’armée française fut victorieuse à Waterloo. C’était à Mont-Saint-Jean (commune aujourd’hui fusionnée avec Waterloo) les 6 et 7 juillet 1794. L’armée Sambre-et-Meuse du général Jourdan repoussait les forces européennes coalisées qui voulaient mater la Révolution française et marcher sur Paris. Non seulement l’armée française fut victorieuse, mais elle en profita pour, elle, marcher sur Bruxelles et conquérir toute la Belgique. Cette exposition, il faut le préciser, se tient au Musée Wellington. Cette Belgique est vraiment déroutante. 

Prise d’otage et panique dans les abords de Wall street. Malgré la présence de Julia Roberts et de George Clooney, le deuxième film réalisé par Jodie Foster, Money monster, est un nanar. Mais il dégage une caractéristique intéressante : il décrit par défaut ce que serait un monde où seul l’argent aurait une importance supérieure à toutes les autres règles et conditions d’une vie en société. On n’en est peut-être pas si éloigné. 

 

Dimanche 12 juin

Les meurtriers djihadistes provoquent un bain de sang dans une boîte très fréquentée d’Orlando : plus de 50 morts, des dizaines de blessés. Comme lors des attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis se découvrent vulnérables de l’intérieur. La fin du mandat d’Obama le place devant un dilemme : faut-il encore augmenter la sécurité dans les rues ou faut-il plutôt doubler la fréquence des frappes aériennes sur l’État islamique, lequel n’a pas tardé à revendiquer les actes d’horreur ? Une alternative qui ne doit pas réjouir le prix Nobel de la Paix mais qui ne peut cependant pas être délaissée, ses deux branches pouvant même être accomplies de conserve. 

Une famille de bourgeois dégénérés originaire de Tourcoing vient passer des vacances dans sa maison de la Côte d’Opale. Ils y sont seuls. On est encore loin des congés payés, disons la Belle époque, qui ne l’était pas pour tout le monde, en particulier pour la famille qui vit tant bien que mal dans une sorte de taudis à quelques hectomètres, sorte de prolétaires de la mer. Bruno Dumont a réalisé avec Ma Loute un film onirique où l’esthétique prend le pas sur le réel, dont on retrouvera sans doute une évocation des décors et de la photographie à la cérémonie des Césars. Fabrice Luchini est fabuleux, Juliette Binoche est tout à fait exceptionnelle, et Valeria Bruni Tadeschi tient bien la distance. Un chef-d’œuvre de la désopilance.

Construire des ponts plutôt que des murs. Cette expression – signe des temps… - revient régulièrement dans les discours, de quelque tendance philosophique que ce soit. On a entendu un Grand Maître d’obédience maçonnique la prononcer; le pape lui-même, dans son discours de réception du prix Charlemagne, l’utilisa aussi. Et bizarrement, contrairement à d’autres citations où ceux qui la prononcent ne manquent pas de faire référence à leur auteur, cette image forte est énoncée comme si elle sortait du chapeau de l’orateur. Rendons donc à César ce qui lui appartient et précisons que la métaphore est vieille comme le monde puisqu’elle fut affirmée par Lao Tseu, reprise longtemps après par Isaac Newton. C’est dire qu’au VIe siècle avant Jésus-Christ, la question était déjà à l’ordre du jour, confirmée au XVIIe siècle. Il faut donc en conclure que la pertinence de cette image traverse tous les temps. Ce n’est pas une raison pour considérer que notre époque verse dans la pléthore des séparations.

 

Lundi 13 juin

Le massacre d’Orlando revêtait un caractère homophobe. Les scènes d’horreur reflètent les mêmes peurs, les mêmes effrois qu’à Paris et à Zaventem. L’image les rendra bientôt banales puisqu’il faudra désormais vivre avec cette frayeur-là. Comme le dit Pascal Bruckner : « Nous sommes entrés dans la routine de l’abominable ». Deux sujets découlent de ce triste événement qui meubleront (et peut-être modifieront l’enjeu) la campagne pour la présidence : la réglementation du port d’armes et la question des meurtres gratuits. Le premier a déjà été abordé par Hillary Clinton, le second a permis à Donald Trump de réitérer sa volonté d’interdire aux musulmans l’arrivée sur le sol étatsunien. Dans l’émotion créée par le carnage, cette résolution recueille une forte adhésion des citoyens. Oui mais l’assassin était né sur le sol étatsunien, il était citoyen américain ! Et que fait-on alors ? On chasse les musulmans du pays ? Cet élément-là de l’analyse n’est jamais abordé par les partisans d’une immigration très limitée, voire interdite. Ne compliquons pas l’émoi, source de voix. 

Ira ? Ira pas ? 

Comme en 2011, Nicolas Hulot se tâte. Sera-t-il candidat ? Quelle que soit sa décision, il participera sûrement à la campagne présidentielle. Et à sa manière, comme ces jours-ci où l’on trouve sa photo, prenant la pose, vêtu d’un gilet de sauvetage orange afin de continuer à sensibiliser l’opinion quant à la situation toujours aussi tragique des émigrés syriens que les peuples ne perçoivent plus depuis que l’Union européenne a payé le sultan Erdogan pour qu’il les maintienne dans ses camps. Un gilet de sauvetage, c’est plus visible qu’une épinglette mais c’est plus encombrant et plus cher ! Dommage : ce serait intéressant d’organiser une manifestation de soutien dans pareille tenue…

Marouan Fellaini est une des vedettes de l’équipe belge de football. Musulman, il déclare que cette année, il ne pratiquera pas le Ramadan compte tenu de la compétition. En voilà un qui devra s’expliquer avec son imam au retour à Bruxelles. Á moins que… Á moins que la Belgique ne remporte le trophée grâce à des buts de Marouan Fellaini. Un musulman qui fait gagner l’équipe nationale belge, quelle formidable publicité pour les adeptes de cette religion-là ! Allah n’est pas le diable, Allah est un diable, un Diable rouge !...

 

Mardi 14 juin

Est-il encore possible d’organiser une manifestation sans qu’une bande de voyous n’en profite pour casser ? Les vitres d’un hôpital pour enfant (Necker), deux douzaines de flics à l’infirmerie… Autrefois, les syndicats s’occupaient eux-mêmes du service d’ordre. Et bien en général…

Les hooligans russes remettent le couvert. Á Lille cette fois, au risque de faire disqualifier leur équipe. Ce ne sera plus la retraite de Russie mais plutôt son retrait.

 

Mercredi 15 juin

Á huit jours du référendum britannique sur le Brexit, une députée travailliste pro-européenne vient d’être sauvagement agressée. Ses jours seraient en danger. Un geste qui démontre combien cette consultation avive les tensions au pays du fair-play.

Á l’instar de ceux qui, à la fin du 19e siècle, couraient derrière les trams armés de fourches, il serait tout aussi stupide aujourd’hui de lutter contre Internet. Mais réfléchir à son influence paraît nécessaire à l’honnête. Ainsi des réseaux sociaux. L’invention de cette expression est  au moins maladroite et dégradante pour l’adjectif qu’elle contient. Elle s’est cependant imposée, inutile de vouloir lui substituer un autre terme. Il est notamment permis de se demander comment le peuple des années quarante aurait réagi s’il avait été en possession de pareil instrument. Les dénonciations gratuites auraient sûrement fleuri, d’autant plus qu’il est possible de s’exprimer sous pseudonyme. La Justice expéditive aurait aussi connu de beaux jours, tant les réactions à chaud s’y répandent. La démonstration est fournie ces jours-ci par la compétition de football. Qu’une équipe manque un match réputé à sa mesure et l’entraîneur se voit voué aux gémonies. Que la même équipe remporte trois jours plus tard la rencontre programmée dans sa poule, et l’homme retrouve une place sur l’Olympe. Oui mais s’il a été exécuté entretemps, sa réhabilitation n’est que post mortem… Exagération ? Marc Wilmots, l’entraîneur de l’équipe belge, subit depuis des années les foudres du journal flamand Het Laatste Nieuws, simplement parce qu’il est wallon. Un membre de l’équipe rédactionnelle vient de le menacer on ne peut plus clairement : « Je vais te tuer ». Si un journaliste s’exprime ainsi, la porte de l’infamie et du passage à l’acte est ouverte pour les réseaux sociaux. « Ce n’est plus du journalisme » a déclaré Marc Wilmots à propos de cette menace. Il est gentil Marc Wilmots…

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