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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Pierre Galand
Le blog de Pierre Galand

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15 mars 2017

Migrer au XXIème siècle.

La question migratoire  constitue à l’heure actuelle l’enjeu essentiel qui fera pencher le fléau de la balance entre démocratie ou barbarie.

Ce n’est pas une question réservée à l’un ou l’autre pays en particulier, elle s’adresse à toute l’Europe et par delà.

La réponse que nous lui apporterons déterminera notre capacité à rester des humanistes dans l’esprit des Lumières et des valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est un engagement qui concerne notre vision de l’universel et le devenir de l’humanité tout entière.

Une mobilisation sans précédent est indispensable et elle à un prix, celui d’un certain inconfort. La transhumance résulte des guerres et de la misère. Il s’agit donc d’un choix de survie pour des masses humaines privées de développement, de bien-être et/ou victimes de l’absence de paix.

Paix et développement, les deux grandes missions des Nations Unies au lendemain de la 2ème guerre mondiale.

S’attaquer aux flux migratoires pour tenter de le contenir ne sert à rien si nous ne mettons pas en place de réelles politiques de paix et de développement durable.

La DUDH de 1948, en 30 articles, a tenté d’en définir les règles élémentaires. Elle reste un programme d’une actualité brûlante.

 

 

 

15 mars 2017

The East Side Gallery, le Mur de Berlin et le graffiti.

Les Hommes et les Femmes de ma génération, celle d’après-guerre, ont connu de grandes peurs et d’éphémères  espoirs. Avant la fin de la seconde guerre mondiale, la conférence de Téhéran portait en germe la Guerre Froide. L’allié d’hier, l’URSS, devint l’irréductible ennemi qu’il fallait combattre à l’intérieur et à l’extérieur. Il s’en est fallu de peu pour que la troisième guerre mondiale n’éclate. La crise de Cuba, l’installation de SS 20 et des Pershing  et d’autres épisodes de cette terrible période faillirent précipiter le monde dans l’abîme.

L’occupation des pays de l’Est et de la partie orientale de l’Allemagne vaincue partagea l’Europe en deux blocs rivaux : les Démocraties occidentales à l’Ouest protégées par le Grand Frère américain, les Démocraties Populaires (c’est ainsi qu’elles se nommaient elles-mêmes) sous la férule soviétique. La capitale du Reich, Berlin,  conquise par les Soviétiques fut partagée en 4 secteurs d’occupation ; à l’est par les Soviétiques, à l’ouest par les Français, les  Britanniques et les Américains. Berlin, totalement enclavée par la zone d’occupation soviétique, était punie.

La formation de la République Démocratique d’Allemagne (RDA), en écho, provoqua la création de la République Fédérale d’Allemagne(RFA). Berlin fut alors, de facto, divisée en deux parties : l’est fit partie de la RDA et les trois secteurs d’occupation réunifiés, firent partie de la RFA.  L’ancienne capitale du 3ème Reich  fut ainsi divisée en deux Etats que tout opposait. A l’économie socialiste de la RDA s’opposait l’économie libérale de la RFA. Cette partition, insupportable pour les familles divisées, provoqua une crise internationale . Des Allemands de la partie est de Berlin se réfugièrent dans la partie ouest. Pour endiguer l’hémorragie, la RDA construisit le Mur de Berlin.

En fait, le Mur de Berlin n’était pas un mur. Le tristement célèbre « mur de protection antifasciste »[1], est érigé à Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961. C’est un dispositif militaire comportant deux murs de 3,6 m de haut avec un chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d'alarme, 14 000 gardes, 600 chiens.

Quand le passage entre Berlin Est et Berlin Ouest a été autorisé,  le Mur qui cristallisa l’antagonisme entre les deux Blocs devint le symbole de la fin de la Guerre Froide et l’annonce d’une ère nouvelle dans les relations internationales. La joie, l’enthousiasme, l’espérance, dépassèrent les frontières allemandes. Des milliers de mains s’attaquèrent au Mur, avec des marteaux, des masses, des burins pour détruire le « Mur de la honte ». Des street artists peignirent des fresques des deux côtés du mur. Des artistes et des milliers d’autres anonymes vinrent du monde entier pour laisser une trace sur le mur tant abhorré. Les fresques couvraient des kilomètres et certaines devinrent des icônes. Les sujets n’avaient pas le mérite de l’originalité ; on y a peint des colombes bien sûr, on mélangea les couleurs des drapeaux de la RDA et de la RFA, on fusionna les étoiles de la bannière américaine avec l’Etoile Rouge. Là n’était pas le propos. Les fresques attestent de l’immense espoir de paix d’un monde qui avait connu en quelques décennies deux guerres et qui avait une peur bleue d’une troisième, perçue par les  contemporains comme la certitude de la fin du monde.

Pour le 25ème anniversaire de la chute du Mur, dans le quartier de Friedrichshain a été créée l’Est Side Gallery. Il s'agit de la plus longue section du mur encore debout (environ 1,3 km). Elle est constituée de 118 peintures d'artistes de 21 pays, du côté est du mur de Berlin. Elle est certainement la plus grande galerie permanente en plein air dans le monde.

Deux points de cette petite histoire de la grande Histoire retiennent mon attention.

Le premier a été la folle envie de centaines de personnes, des artistes de renom mais pas que, de peindre le Mur de la honte. Comme si les  symboles de la paix devaient recouvrir, au sens littéral, l’horreur de la partition d’une Allemagne humiliée par les armées d’occupation. Immense espoir également de la réconciliation entre l’Est et l’Ouest. Formidable espérance d’un monde sans guerre. Ce temps semble aujourd’hui bien lointain et seules ces fresques renvoient les images rêvées par toute une jeunesse qui avait le sentiment qu’elle était partie prenante dans la marche de l’Histoire.

Le second point concerne l’incroyable rôle qu’a joué à cette occasion le street art. Aujourd’hui, l’Allemagne réunifiée, a créé cette « galerie » et met en œuvre un programme de rénovation des fresques victimes du vandalisme. Ce n’est pas un monument aux morts (il y eu pourtant des centaines d’Allemands de l’Est qui furent abattus en essayant de franchir le Mur) ; c’est un témoignage, parfois maladroit et naïf, d’un tournant de l’Histoire.


[1] Nom de l’ouvrage donné par la RDA.

 

Image: 

Fresque-icône illustrant l'"ouverture" du Mur.

Deux colombes portent la symbolique porte de Brandebourg.

"Union" de l'Etoile Rouge, des étoiles du drapeau américains et couleurs de l'Allemagne Fédérale.

Le baiser entre Brejnev( secrétaire général du parti communiste de l'URSS) et Honecker( président de la RDA).

Une fresque "ex-voto".

Le franchissement du Mur de la honte.

Des traces de mains pour témoigner de sa présence, pour construire un monde nouveau.

Rêves de paix et de fraternité.

La division de Berlin.

Le mur en piètre état de la "gallery"

14 mars 2017

Frissons

&

 

Image: 

Carlos prend feu
Natacha perd la face
Pénétration moussante
Précarité soudaine
Un rêve compact
Tout en frissons
Comme les mots qui nous portent
À l'improviste
Au cœur de ces histoires
De nos premières vies
De nos rages animales
Ces longues nuits à hurler
À lire
À promener sous la pluie
Notre viande émotive
Sur deux pattes solides
Sang figé dans les rouages
Natacha est la colère
Carlos le caprice
Des vagues, des vagues
Et de vagues
Éternels retours
Natacha est le combat
Carlos le sommeil
Impardonnable
Carlos sous influence
Natacha se tait
Et tue Carlos
De ses larmes retenues

09 mars 2017

Les fresques de Belfast, guerre et paix.

A Belfast et à Derry (Londonderry) plus de 1400 fresques racontent l’histoire dramatique des conflits qui opposèrent les Catholiques et les Protestants de l’Ulster. Comme souvent le clivage religieux recouvre un contentieux politique. Rappelons brièvement la situation historique. Après l’indépendance de l’Irlande en 1922, les 6 comtés du nord-est, l’Irlande du Nord ou Ulster, restent dans le Royaume-Uni, royaume dominé par les Anglais. L’exécutif anglais pour maintenir l’Ulster sous sa férule,  pratique une politique de peuplement. Ainsi des Anglais et leurs descendants, protestants, deviennent majoritaires parmi une population irlandaise catholique. Le conflit entre les Unionistes, protestants favorables au maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, et les Catholiques revendiquant l’égalité des droits (sur le modèle de la lutte des Noirs américains pour leurs Droits Civiques), l’usage de la langue irlandaise et,  pour une partie d’entre eux, le rattachement à l’Irlande (L’Eire) a fait plus de 3000 victimes civiles, hommes, femmes et enfants. Les deux camps pendant les trois décennies de ce que les Anglais nommeront « Les Troubles » vont peindre des fresques dont les objectifs n’avaient rien à voir avec l’Art pour l’Art.

 Leur caractère particulier s’explique par la géographie du conflit dans la capitale de l’Ulster, Belfast. Les fresques ont un caractère monumental. Elles ont des surfaces de plusieurs centaines de mètres carrés. Elles couvrent parfois le mur en pignon d’une maison ou de grands murs de clôture. Leur exécution s’explique par la formation de ghettos, de quartiers de Belfast homogènes du point de vue de leur population. Telle n’était pas la situation de Belfast avant les Troubles. Certes,  les Unionistes occupaient plutôt la partie est de Belfast mais des quartiers avaient une relative mixité entre les Protestants et les Catholiques. Les Troubles vont provoquer des déplacements de populations  et créer des quartiers « fermés ». Afin de protéger leurs habitants, les quartiers deviennent des « forteresses assiégées », séparés des autres quartiers matériellement, quartiers dont l’accès est contrôlé par des « combattants » en armes.

Dans un contexte de cette nature, les fresques peintes sur les murs des quartiers ont eu plusieurs fonctions :

-Elles marquent le territoire. La nature de la fresque, les drapeaux représentés, les symboles, attestent de l’identité du territoire. Tout un chacun ne peut ignorer qu’il pénètre dans un quartier orangiste ou catholique.

-Elles valorisent les faits d’armes des combattants. Elles mettent en scène des situations de guerre pour porter témoignage des hauts faits des combattants. Elles glorifient la lutte armée, exaltent les vertus guerrières (le courage, la détermination, l’audace etc.) Elles entretiennent le moral des populations et effraient les « ennemis » (l’armée anglaise qui aurait dû être une force d’interposition, de facto, a été l’auxiliaire des Unionistes et incarnera le pouvoir anglais. Les militaires ont été une des cibles des Catholiques).

-Elles sont des mausolées qui entretiennent le culte des héros et des martyrs. C’est la raison pour laquelle de nombreux portraits ont été peints de part et d’autre. Encore est-il nécessaire pour saisir le sens de ces fresques de posséder une connaissance historique des Troubles et une mémoire des icônes de cette guerre des images[1].

Les Catholiques n’ont pas obtenu une totale satisfaction  à leurs revendications. Pourtant, des avancées ont été faites qui leur donnent davantage de pouvoir (des droits civiques ont été octroyés par la Couronne britannique ainsi qu’une reconnaissance de la culture irlandaise mais la question nationale reste pendante). Les murs de Belfast veulent tourner la page, ô combien violente, sombre et terrible,  des Troubles.

Un artiste, Adam Turkington a créé un festival de street art appelé, "Hit the North",  il y a cinq ans. Tous les ans, en septembre, des artistes invités se voient confier un mur de Belfast. Aucun thème n’est imposé ; la création est libre. Il justifie sa démarche de la façon suivante : « "Etre apolitique à Belfast est un acte politique. Défendre l'esthétique, la beauté, le droit de s'amuser, de rendre la ville plus belle est un message puissant". Plus d’une centaine d’œuvres ont été peintes dans le cadre de ce festival qui s’ouvre largement aux contributions internationales.

Les fresques « politiques » des Troubles sont devenues des arguments touristiques. Les sites touristiques sur Internet en font un des attraits de Belfast. Des initiatives sont prises non seulement pour les conserver mais aussi pour les restaurer (les Troubles cessèrent en 1998, les plus récentes ont donc 19 ans !). Tous les habitants veulent conserver la mémoire de ces « années de plomb ». La « muséification » des fresques correspond à une nécessité psychologique et politique pour une population traumatisée par cette guerre civile qui n’avoua jamais son nom et qui, comme un feu mal éteint, pourrait de nouveau s’embraser.


[1] Je me bornerai à donner un exemple. Les prisonniers de block H de la prison de Maze menèrent des actions spectaculaires qui eurent des répercussions internationales. Pour obtenir le statut de prisonniers politiques (et non de droits communs), Bobby Sands et 9 de ses camarades de l’IRA menèrent une grève de la faim. Le refus de Mme Thatcher, alors Premier Ministre anglais, provoqua la mort de Bobby Sands et de ses compagnons. D’autres prisonniers recouvrirent de leurs excréments les murs de leurs cellules et refusèrent de porter des vêtements. Ils se couvrirent alors d’une simple couverture (les blanketmen)

 

Image: 

Comme un check-point, la fresque indique l'entrée dans un quartier loyaliste (protestant, favorable au maintien dans le Royaume-Uni)

Check-point d'un quartier catholique.

Combattants en uniforme. Le culte des héros et martyrs atteint une dimension quasi mythologique.

Fresque loyaliste. Les combattants en tenue de combat sont glorifiés.

Fresque rendant hommage à un militaire anglais tué par les Catholiques.

Eileen Hickey est une héroïne du camp catholique(un musée lui est consacré à sa mémoire)

Scène de guerre et "culte des martyrs"

Portrait de Bobby Sands.

Fresque justifiant le recours à la lutte armée.

08 mars 2017

Les acteurs ont remplacé leur marionnette

Mercredi 1er mars

 Trump en a épaté plus d’un devant le Congrès. La forme de son discours fut présidentielle : grave, sérieuse, sans esbroufe, sans vocifération, sans assertions stupides. Manifestement, ses conseillers en communication l’avaient bien préparé, mais surtout, il les avait bien écouté, démontrant une fois de plus le vieil adage : c’est la fonction qui crée l’organe. Du coup, on en oublie le fond. Or, le contenu, lui, n’a pas changé. On est bien en présence d’un nationaliste obtus, borné, inquiétant.

                                                           *

 Alors qu’il perd de plus en plus de soutiens à l’annonce de sa mise en examen, Fillion marche sur des œufs. Au Salon de l’Agriculture, Macron en reçoit un sur la tête. Les Guignols de l’info ont cessé de sévir sur les antennes de Canal +. Qu’à cela ne tienne, les acteurs ont remplacé leur marionnette.

                                                           *

 On considère que la première utilisation « Internet » remonte à octobre 1972. Peut-être qu’un jour, c’est en fonction de ce repère que l’on évoquera la marche du Temps… Victor Hugo naquit en l’an 170 avant Internet…

Jeudi 2 mars

 Moscou annonce que les forces syriennes ont repris Palmyre. Ce sont les forces syriennes ou les forces russes ?

                                                           *

 Fillion candidat : pour combien de temps encore ?

                                                           *

 Le livre de Muriel Gilbert, la correctrice du Monde (Au bonheur des fautes, confession d’une dompteuse de mots, éd. Librairie Vuibert, 2017) fourmille d’espiègleries puisées dans la langue française. Ainsi, elle énumère certains mots qui ne riment avec aucun autre. En tête de la liste, le mot « belge ». Il y a bien Die Felge, mais c’est de l’allemand qui veut dire jante. En revanche, Selge, cité antique, aujourd’hui ville de Turquie, conviendrait bien. On notera aussi le nom de Baudouin Velge, président du Cercle de Lorraine à Bruxelles, expulsé de son poste à l’automne 2015. Avec ces quelques éléments, on peut contredire madame Gilbert.  

Vendredi 3 mars

 Autrefois, lorsque les médias sociaux n’existaient pas, les humeurs populaires versant dans le poujadisme s’épanchaient au Café du Commerce. Les mêmes humeurs issues de la bonne société trouvaient leur exutoire dans Le Figaro Magazine où le courrier des lecteurs orchestré par Max Clos donnait des nouvelles fraîches issues des esprits sains de la droite extrême, celle qui penchait souvent vers l’extrême droite au risque volontaire de parfois y tomber. Les éditorialistes relayaient parfaitement les diatribes. Louis Pauwels, le fondateur de l’hebdomadaire bien-pensant, dont Le Canard enchaîné avait révélé que l’épouse possédait quelques cinémas pornographiques à Pigalle, avait montré le chemin du style ampoulé qui convenait. Alain Griotteray lui avait succédé, sur un ton encore plus aigu. Guillaume Roquette, la plume de service aujourd’hui, honore bien l’héritage de ses illustres prédécesseurs. Sa prise de position Droit de violence ? vaut le détour cette semaine. Il disserte sur « la tolérance des pouvoirs publics » eu égard aux manifestations de la gauche, des méfaits qui s’y produiraient et qui seraient soutenus par les intellectuels. On n’imaginait pas qu’en 2017, il soit encore possible de dégager un succès d’estime en écrivant : « Dans la vulgate marxiste qui imprègne encore tant d’élites françaises, la fureur de gauche est forcément légitime puisqu’elle a accouché de la Révolution. » Bref, la gauche détruit quand elle descend dans la rue, la police et les juges laissent faire. Il est toujours bon de consulter Le Figaro Magazine en période électorale. C’est en cette circonstance que son délire atteint le paroxysme. Cette semaine, la couverture montre François Fillon en belle tenue élégante, serein, déterminé, calme, avec ce commentaire en titre : La contre-attaque. En pages intérieures, la soupe est servie.

Samedi 4 mars

 Le peuple. C’est le seul sujet qui peut, pour l’heure, élever le débat dans la campagne présidentielle française. Le peuple, et son dérivé, le populisme, une notion qui, comme l’a démontré Jean-Claude Michéa, ne renfermait point une signification péjorative. Mais dans le cadre de la défense de Fillon, utiliser le peuple contre les institutions judiciaires, c’est verser dans un dangereux populisme indigne d’un prétendant à la charge suprême. Comment dénoncer les vices de l’extrême droite, bafouant  sans cesse les valeurs de la République, lorsque l’on se sert des mêmes arguments ? Toute la faute ineffaçable de Fillon est là : il fait le contraire de ce qu’il dit, et il utilise des arguments fallacieux pour minimiser (ou se faire pardonner) ses erreurs.

Dimanche 5 mars

 Comme Sarkozy en 2012, Fillon appelle ses partisans à se rassembler sur la place du Trocadéro. Et comme pour le geste de la dernière chance qui permit à Sarkozy de réaliser un score plus honorable que prévu, l’on retrouve les mêmes images : des dizaines de milliers de mains qui agitent un drapeau tricolore. Au journal de 20 h sur France 2, Fillon se gargarise du succès et réaffirme que personne ne peut l’empêcher d’être candidat. Bref, il s’enlise un peu plus et met son camp davantage en difficulté. Juppé est à Bordeaux, en famille, et il se tait. Sarkozy consulte et joue les arrangeurs en coulisses. Il adore ça… Quant aux autres, la presse les dénombre soit du côté des absents, comme des centaines d’élus, soit comme du côté des présents, comme François Baroin en particulier, qui attend son heure. Les défections s’accumulent et Fillon s’obstine. On aimerait savoir ce que pense Gérard Larcher, homme probe et libre, président du Sénat, qui parrainait Fillon depuis sa candidature à la primaire, et que l’on ne voit plus depuis quelques jours. Les fractures de la droite sont profondes et graves pour la République. Celles et ceux qui, à gauche, s’e réjouiraient commettraient une lourde erreur.

                                                           *

 Le groupe PSA rachète Opel à General Motors pour plus d’un milliard. Aucun plan social ne serait associé à cette transaction, ni d’un côté, ni de l’autre. Une industrie française acquiert donc une entreprise allemande. Le contraire eut provoqué des éclats de voix de la part de celles et ceux qui prêchent le délitement de la France au point d’en faire leur principal argument de campagne.

Lundi 6 mars

 Juppé depuis Bordeaux à 10 h 30. Il renonce « une bonne fois pour toutes ». Une déclaration grave, amère, digne, désabusée quant aux divisions de sa famille politique. On comprend « Débrouillez-vous… » mais ce serait plutôt « Allez vous faire foutre ! » Le soir, le comité politique, une instance qui n’existe pas dans les statuts du parti LR, décide à l’unanimité de soutenir François Fillon. Tout ça pour ça… Le président de cette instance (illégale… aussi ?) est Gérard Larcher. Cet homme réputé probe et libre s’était mis aux abonnés absents depuis deux ou trois jours. On s’attendait à un retour en dignité nourrie de rigueur civique. Il n’en est rien. Le plantureux président du Sénat s’est dégonflé. Raison d’État ? Sans doute. Mais pas excusable pour autant…

                                                           *

 Durant toute la journée, des chaînes d’information en continu comme BFM-TV se sont consacrées entièrement à la crise du parti Les Républicains en rapport avec la candidature contestée de François Fillon. Des commentaires, des analyses et des spéculations interminables se sont succédé de la part d’observateurs et journalistes qui, fussent-ils chevronnés, n’en savaient pas davantage que le plus commun des téléspectateurs. C’est à peine si certains journaux télévisés pourtant bien construits (le Grand soir 3, par exemple, totalement muet…) ont évoqué la réunion de Versailles, où François Hollande, appuyé par Angela Merkel et leurs équivalents espagnol et italien, annonça la préparation d’une Europe à plusieurs vitesses, amorce de décisions importantes qui devraient être dégagées en ce mois de mars, 60e anniversaire du Traité de Rome. Le citoyen ne pourra point percevoir que cette prise de position aura demain plus d’importance sur son quotidien que la campagne de Fillon, qui est du reste loin d’être devenue sereine.

Mardi 7 mars

 Le journal Libération consacre un numéro spécial aux réfugiés. Á cette occasion, trois d’entre eux (une journaliste syrienne, un consultant et un journaliste iraniens) avaient sollicité une entrevue avec François Hollande sans trop y croire. Ils reçurent cependant une réponse positive. L’entretien eut lieu. Il est reproduit dans ces pages-là. Les questionneurs se sont davantage intéressés à la situation de l’homme qu’à ces analyses. On discute par exemple de l’importance de la famille… C‘est touchant et cela reflète bien le sens du dossier, axé naturellement sur la condition humaine et sur les valeurs de vie collective. Ce numéro tranche avec le reste des journaux dont les titres se rapportent à la relance de la campagne de Fillon. La une du Parisien – Aujourd’hui en France est la plus expressive : une grande photo de Fillon qui sourit et un titre : Il les a eus.

Mercredi 8 mars

 Le président turc Recep Erdogan prépare un référendum qui lui attribuera encore plus de pouvoirs. Il voudrait tenir meeting en Allemagne afin de s’adresser à l’importante communauté de compatriotes qui s’y est installée. Angela Merkel refuse. Il l’a compare à Hitler. Devant le consulat de Turquie à Berlin, un factotum s’adresse à la foule qui agite des drapeaux rouges étoilés. Une petite minorité d’opposants manifestent son opposition au sultan, en marge du rassemblement.

 (…)

 Ce qu’on fait de vous hommes femmes

 Ô pierre tendre tôt usée

 Et vos apparences brisées

 Vous regarder m’arrache l’âme

 (…)

          (Louis Aragon. J’entends, j’entends)

05 mars 2017

Totalitarisation de la démocratie

Je tenais juste à partager cette réflexion de Jacques Derrida qui fait écho à ma chronique "j'ai heurté un transparent".

"J'ai un goût pour le secret, cela est clairement lié au sentiment de non-appartenance; j'éprouve une peur voire une terrreur en face d'un espace politique, par exemple un espace public, qui ne fait aucune place au secret. Pour moi, exiger que tout soit étalé sur la place publique et qu'il n'y ait plus d'espace intime de délibération est un signe flagrant de totalitarisation de la démocratie. Je peux reformuler ceci en termes d'éthique politique : si le droit au secret n'est pas maintenu, nous sommes dans un espace totalitaire."

 

Image: 

wikipedia

02 mars 2017

La politique, "un monde trop brumeux"

Jeudi 16 février

 Trump reçoit Netanyahou à la Maison-Blanche. Au dessert, la solution de deux États est enterrée. Les Palestiniens s’y attendaient. Pendant ce temps, le président perdait son ministre du Travail comme il avait perdu, il y a trois jours, son conseiller à la Sécurité. Par ailleurs, chaque jour apporte des précisions quant aux relations étroites entretenues par ses équipes de campagne avec les Russes. Une possibilité de procédure d’empeechment commence à être évoquée. Mais on en est encore loin…

                                                           *

 La visite de Macron dans la capitale de l’Algérie pourrait bien lui être fatale. Il n’a rien trouvé de mieux que de comparer la colonisation à un crime contre l’humanité. Cette déclaration va exciter les immigrés maghrébins, révolter les harkis et contrarier un principe de rassemblement élémentaire pour avoir une quelconque chance de gagner. Les historiens et les défenseurs des Droits de l’Homme vont aussi être sollicités. Bref, lui aussi dérape et met de l’huile sur le feu.

                                                           *

 Travailler moins, mais plus longtemps. Ne serait-ce pas la bonne synthèse entre une marche de progrès et l’augmentation de la durée de vie, le tout en aménagements périodiques durant les années de travail (congés sans solde, congés de maternité ou de paternité, etc.) ? C’est ce que la Suède est occupée à expérimenter avec des semaines de trente heures. Elles furent d’abord instaurées dans les hôpitaux et les maisons de retraite ; les voici appliquées dans certaines industries automobiles.

Vendredi 17 février

 C’est souvent à petits pas que l’on atteint le gouffre. Rex Tillerson, le Secrétaire d’État américain a, comme ses homologues sud-coréens et japonais, condamné le dernier tir de missile de Pyongyang. Ainsi d’ailleurs que l’ONU l’avait fait dès lundi à l’unanimité. Tillerson ajouta qu’il pourrait envisager d’offrir à la République de Corée ainsi qu’au Japon « une dissuasion étendue, soutenue par la palette entière de ses capacités de défense nucléaire et conventionnelle. » Il faudrait alors expliquer pourquoi, dans le souci d’éviter une prolifération, les principales puissances du monde ont passé des milliers d’heures à négocier avec l’Iran tandis qu’en un tournemain, sous la forme d’un cadeau, on n’hésite pas à offrir l’arme nucléaire à deux pays qui n’en demandaient peut-être pas tant.

                                                           *

 Cette réflexion de Jacques Julliard dans l’hebdomadaire  Le 1  d’Éric Fottorino : « Il y a une envie de Marine Le Pen ». C’est probablement bien vu. On peut ne pas toujours apprécier les chroniques de Julliard mais il faut lui reconnaître une excellente capacité à raconter l’histoire de la gauche. Et pour bien narrer l’histoire de la gauche, il faut saisir les aspirations du peuple. Elles sont pour une part chez Marine Le Pen, c’est incontestable. Ou plutôt : elles ne sont plus ailleurs que chez Marine Le Pen ; ceux qui parlent au nom de la gauche ne font plus rêver, ils n’incarnent même plus l’espoir d’une vie meilleure. Alors, il y a ce petit-je-ne-sais-quoi de tenter autre chose, essayer quand même… Tout peut encore évoluer : la campagne officielle ne démarre que dans un mois et tant de rebondissements et d’imprévus ont déjà eut lieu.

                                                           *

 Roman Polanski en a marre. Il veut régler ses comptes avec la justice américaine et cesser, à 83 ans, d’être un fugitif. Son avocat va proposer un accord amiable qui serait mentionné dans un document sous scellé. Il s’agit bien entendu, comme pour Dominique Strauss-Kahn, de faire en sorte qu’une grosse somme de dollars éteigne la menace de sanctions qui pèse toujours sur le cinéaste. L’argent, toujours l’argent…

Samedi 18 février

 Tony Blair, qui dirigea la Grande-Bretagne en tant que Premier ministre pendant dix ans, de 1997 à 2007, remportant trois élections successives, s’est mis en tête de faire campagne contre le Brexit. Il parcourt les contrées de la Perfide Albion en réclamant l’organisation d’un nouveau référendum, arguant du fait que « si au moins nous n’essayons pas, les générations futures nous en voudrons » ; et considérant aussi que les citoyens britanniques ne possédaient pas tous les éléments qui leur auraient permis de faire un choix en toute connaissance de cause le 23 juin 2016. La seule réaction que Nigel Farage – le chef de l’extrême droite qui fit une campagne mensongère assumée pour le Brexit – fut de qualifier Tony Blair comme « un homme du passé ». Tony Blair aura 64 ans le 6 mai prochain, l’âge de Winston Churchill en 1938.

                                                           *

 Avec Et si on vivait tous ensemble ?, on avait déjà constaté qu’il manque un petit quelque chose à Stéphane Robelin pour réaliser une belle comédie. Le film Un profil pour deux projeté hier soir au gala de clôture du Festival du Film d’Amour de Mons le confirme. Certes, comme dans Et si on vivait…, le choix des acteurs est judicieux, en particulier, ici, celui de Pierre Richard, admirable, pivot indispensable de l’histoire à la fois charmante et cocasse. Mais hélas !, Robelin n’évite pas l’écueil classique : au moment clé de la narration, celle-ci tombe dans le vaudeville. C’est dommage. On attendra quand même son prochain long métrage avec confiance. D’ici là, conseillons lui de s’inspirer un peu de Claude Lelouch…

Dimanche 19 février

 Il y avait longtemps que l’on n’avait pas vu rire Benyamin Netanyahou. Dans la revue des photos de la semaine écoulée, il ne rit pas, à côté de Donald Trump, il s’esclaffe.

                                                           *

 François Fillon avait démonétisé Nicolas Sarkozy pendant les débats de leur primaire en lançant : « Imagine-t-on de Gaulle mis en examen ? » Le voici désormais sous les analyses de la Justice pour ses facéties financières. Apparemment, une large majorité de citoyens ne souhaitent plus le voir concourir. Il avait déclaré qu’il ne se retirerait pas, sauf s’il était mis en examen. Cette fois, il signale qu’il ira jusqu’au bout, même s’il est mis en examen.

 Emmanuel Macron avait déclaré depuis Alger que la colonisation était « un crime contre l’humanité ». Tollé en métropole, surtout évidemment chez les harkis et les pieds-noirs. Le hasard voulait que Macron fût en meeting à Toulon, une ville méditerranéenne où la droite extrême est bien implantée. Bien entendu, il reçut un accueil chahuté. En guise de réponse, il a lancé : « Je vous ai compris ! »

 Hamon veut chercher une plate-forme d’entente avec Mélenchon. Celui-ci s’empare de la manière gaullienne de faire de l’humour et répond : « Je ne veux pas m’accrocher à un corbillard ! »

 Sur le plateau de Ruquier, Nicolas Dupont-Aignan déclare que le parti Les Républicains ne peut plus se revendiquer de l’héritage gaulliste. Le seul vrai gaulliste, c’est lui.

 Henri Guaino, ancienne plume de Sarkozy, député de l’Essonne, élu LR, s’exprime de la même manière.

 Marine Le Pen continue de bluffer tout le monde. Les emplois fictifs et ses ennuis judiciaires ne l’émeuvent pas outre mesure. Après avoir fait souvent référence à Jaurès, elle se réclame à présent de Jean Zay. Et toujours, bien entendu, de la laïcité (pourquoi s’en priver ?...) Elle n’a pas encore choisi de se revendiquer du Général, mais cela ne saurait sans doute tarder.

Lundi 20 février

 Donald Trump avait déclaré que Bruxelles était un « trou à rats »… Mais non ! C’était une blague !... Mike Pence, son vice-président (« le second du président du vice », selon l’humoriste Bruno Coppens) est venu dans la capitale de l’Europe assurer que la coopération des États-Unis avec l’Union européenne serait maintenue ! Ah bon ! C’était une blague !…

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 Encore un dimanche de campagne française fort loufoque et décousu. On a envie de crier : « Hollande, reviens ! Ils sont devenus fous ! »

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 Saisir la date du 60e anniversaire du Traité de Rome pour relancer l’Union européenne. C’est un beau défi mais c’est surtout une urgente nécessité. François Hollande prend une initiative : il réunira les quatre puissances principales de la zone euro (Allemagne, Espagne, France, Italie) à Versailles le 6 mars pour une réunion préparatoire de grande envergure. Il a raison. L’Europe doit poursuivre sa construction avec celles et ceux de ses membres qui sont prêts à la consolider, à lui donner plus de personnalité, et, partant, plus de pouvoir. Il ne faudra pas oublier dans l’intervalle les trois autres pays fondateurs, ceux qui formaient le Benelux en 1957…

Mardi 21 février

 Quand il ne resterait plus que les unes de Libération, celles-ci prouveraient la santé de la démocratie par la liberté de l’expression, l’humour et le sens de la dérision. Aujourd’hui, une grande photo de Trump aux oreilles ailées dues à la pose est sous-titrée : Plus que 1429 jours. Mercredi dernier, en remettant à Philippe Sollers les insignes de l’Ordre national du Mérite, François Hollande empruntait à son hôte cette juste sentence : « celui qui ne sait pas rire n’est pas pris au sérieux. »

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 Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, ordonne l’élimination de 600.000 canards dans le Sud-ouest pour éviter une épizootie. Que l’on se rassure toutefois : Le Canard enchaîné, quant à lui, est bien vivant et dynamique. On le découvrira sans doute encore demain matin.

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 Manchester by the sea, film dramatique de Kenneth Lonergan. L’art de dépeindre le chagrin permanent d’une famille ordinaire frappée  par une tragédie, dont le père pousse la culpabilisation à son paroxysme. Un éloge de la tristesse servi par des acteurs qui jouent vrai, un cadre portuaire semi-urbain morne et sans attrait, des choix musicaux superbes et remarquablement appropriés, le tout en une narration lente qui donne parfois l’impression que l’histoire se déroule en temps réel.

Mercredi 22 février

 Il faudra choisir l’expression : « Europe à plusieurs vitesses» ou « Europe à géométrie variable », ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait la même chose. C’est en tout cas cette Union-là qui devrait naître à Rome dans un mois puisque Angela Merkel, qui plaidait pour une cohésion des 27 après le Brexit, s’est finalement ralliée à la position de François Hollande, très actif et déterminé sur la question.

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 Nicolas Sarkozy se reconvertit dans l’hôtellerie en acceptant un poste important au sein du groupe Accor. Commencer sa carrière comme groom à Neuilly et la terminer comme patron d’une grande chaîne hôtelière, c’est un beau parcours promotionnel.

Jeudi 23 février

 François Bayrou ne sera donc pas candidat une quatrième fois. Il préfère aider Emmanuel Macron. Cette précampagne nous conduit de surprise en surprise. Il reste en effet 22 jours pour déposer les candidatures, assorties de 500 parrainages, devant le Conseil constitutionnel. De nouveaux compétiteurs peuvent donc encore émerger mais des regroupements sont toujours possibles. Ainsi, l’écologiste Yannick Jadot a décidé de se désister au profit d Benoît Hamon dont le programme s’est du même coup profondément teinté de vert. Pour la première fois, il n’y aura donc pas de candidat écologiste mais pour la première fois aussi, l’écologie occupera le cœur du programme de la gauche. C’est le paradoxe qu’avait prédit René Dumont lors de sa candidature en 1974, lorsqu’on lui faisait remarquer qu’il portait toujours un pull à col roulé d’un rouge éclatant. La conséquence de ces engagements prononcés en faveur d’une société plus verte sera perceptible immédiatement dans les débats : rendre le souhaitable possible, c’est l’éternel problème (casse-tête, défi, dilemme, selon les temps…) de la gauche. Peut-on par exemple fermer toutes les centrales nucléaires françaises en 25 ans sans que l’économie n’en souffre et que les approvisionnements des citoyens en énergie soient assurés quotidiennement ?

Vendredi 24 février

 Donald Trump commet au moins une gaffe par jour. S’il s’agissait de les répertorier toutes, le présent journal lui serait totalement consacré. Il ne faudra sûrement pas attendre longtemps avant que des livres paraissent qui les reflèteront à dessein. Quand il s’attaque à la France - qu’il ne connaît pas… - on ne peut toutefois pas s’abstenir de mentionner sa bêtise. Ainsi, pour la troisième fois au moins, il vient de déclarer : « Paris n’est plus Paris ! »On ne sait trop ce qu’il a voulu dire par là mais en revanche, on note qu’il n’a fait aucune allusion au geste que Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, vient de poser dans les jardins du Quai d’Orsay. Avec le numéro 2 de l’ambassade américaine, il y a planté un reste de l’arbre survivant du 11-septembre 2001 à New York remis, au nom de l’amitié franco-américaine, par l’association du Mémorial du 11-septembre. Mais il est très probable que l’actuel président des États-Unis soit étranger à la force des symboles.

Samedi 25 février

 Comme il fallait s’y attendre, François Hollande était au Salon de l’Agriculture dès l’ouverture des portes. Il y resta plusieurs heures après y avoir pris un petit déjeuner. Mais ensuite, il partit à Marne-la-Vallée pour célébrer les 25 ans de Disneyland. Dès lors, la deuxième visite éclipsa la première, offrant aux humoristes du grain à moudre à volonté. Bah !, c’est mieux que du sucre à casser…

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 Au cinéma, l’idée de pouvoir élargir la fiction en la projetant au sein de son propre avenir est peut-être occupée à prendre la place des histoires inspirées de la vie réelle. Cette sorte d’auto-télé-réalité ouvre de nouvelles pistes à l’imagination en cultivant l’audace de s’inventer les métamorphoses les plus loufoques. Mais voilà : Nicolas Bedos et Doria Tillier ont placé la barre très haut. Leur film, qui ne sortira en salles que le 8 mars (pour la Journée de la Femme…) est déjà loué par toute la critique. Alors, si celle-ci est aussi très élogieuse pour Rock ‘n Roll de Guillaume Canet, on a quand même tendance à considérer, la projection achevée, que le film n’est pas aussi raffiné, sublimement élaboré que celui de Bedos. Canet assume mal son passage dans la quarantaine. Dès lors, il se construit un tournant de carrière en souhaitant interpréter des rôles pour acteurs plus jeunes. Le désastre  auquel il parvient est drôle tout au long de son chemin, mais pas au point d’atteindre le vraisemblable. Le spectateur n’est pas emmené dans le rêve du héros. Il sait que tout est bluff. Et quand arrive le générique de fin (où l’on découvre l’abondance et la richesse des choix musicaux), on a envie de dire « Bof !... » en ajoutant que, bien entendu, la morale de l’histoire, c’est d’être soi-même et de s’assumer comme tel. Cela dit, le film de Guillaume Canet est rehaussé par une interprétation affectueuse et remarquable de sa compagne à la ville comme à la scène, Marion Cotillard. Doria, Marion,… Il faudra les complimenter encore souvent, et en particulier le 8 mars.

Dimanche 26 février

 En 1988, Renaud lançait à l’adresse de François Mitterrand : « Tonton, laisse pas béton ! ». En 2017, Christine Angot implore François Hollande en s’inspirant de Boris Vian : « Monsieur le Président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être pour vous demander de ne pas déserter ». Cette supplique occupe toute la page 11 du Journal du Dimanche. C’est dire que l’écrivaine argumente. Elle se veut tout à fait indépendante et sincère, avouant que le 1er décembre, en apprenant son renoncement, elle estima que c’était une bonne chose. Mais « en trois mois tout a changé », plus personne n’est crédible à droite comme à gauche et le spectre Le Pen se profile à l’horizon. Elle constate que plus de la moitié des électeurs sont désorientés, ne savent pas comment élaborer leur choix, et souligne que dans les moments de périls, notamment ceux qui furent liés aux attentats, François Hollande fut impeccable. Parfois, l’identité de la romancière apparaît. Pour égratigner Jean d’Ormesson, qui a défendu François Fillon en parlant de « victime innocente », ou pour exprimer son avis de femme : « Qu’est-ce qu’ils vous reprochent les Français ? D’être allé rejoindre une femme en scooter ? D’avoir rompu avec une autre ? … » Et en adepte d’un style littéraire qui lui est propre, pour bâtir une fin de démonstration tout à fait pertinente : « Vous avez stabilisé la courbe du chômage, venez inverser celle de la chute. Vous saurez nous réunir. » Quand on aime François Hollande et que l’on peste contre la mode du dénigrement dont il est victime depuis le jour de son investiture (Ah ! Si la pluie abondante n’avait pas arrosé les Champs-Élysées ce jour-là !...), on ne peut qu’être touché par l’appel, même si l’on n’est pas sensible à la personnalité de Christine Angot. Oui mais voilà, il en faudrait plus, car en 1988, lorsque Renaud lançait sa prière, Mitterrand n’avait pas annoncé qu’il renoncerait. Bien au contraire, la demande appuyée, il l’attendait. Que dire ! Il l’avait même involontairement (mais consciemment) provoquée…

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 Grande nouvelle : depuis le Salon des télécommunications de Barcelone, on apprend que la firme finlandaise Nokia est de retour sur le marché avec des produits compétitifs. Revoici donc l’Union européenne compétitive dans un domaine de pointe face aux américains et surtout aux asiatiques, et grâce à l’un de ses membres les moins importants. 

Lundi 27 février

 Ce ne fut pas Isabelle Huppert pour son interprétation dans Elle de Pol Verhoeven qui obtint l’Oscar de la meilleure actrice mais Emma Stone pour son interprétation dans La La Land de Damien Chazelle. On s’y attendait. Ce qui est dommage, c’est que la lauréate a 28 ans alors que Huppert en a 63… Mais nul doute que des réalisateurs lui trouveront des rôles à sa mesure et à celle de son âge pour qu’elle revienne à Hollywood. Cela dit, ce que l’on retiendra surtout de la cérémonie, c’est la bourde finale ; La La Land étant proclamé vainqueur par erreur au détriment de Moonlight, le film de Barry Jenkins. Ce n’était point  un clin d’œil à la dernière image de Certains l’aiment chaud, lorsque Toni Curtis déclare : « Nobody is perfect ». Non. C’était une vraie bourde, tout à fait déplacée.

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 Dernières nouvelles du Front : Marine Le Pen est de plus en plus embourbée dans les affaires judiciaires mais son électorat n’en a cure, bien au contraire.

 Dernières nouvelles du front : Fillon considère que ses ennuis proviennent du gouvernement qui installerait « un climat de quasi-guerre civile ». Quand on en est là, c’est que l’on commence à percevoir la pénurie de cartouches. Mélenchon aurait confirmé à Benoît Hamon qu’il serait candidat, coûte que coûte. La confirmation, c’est que la gauche ne sera donc pas représentée au second tour…

Mardi 28 février

 Hier après-midi, François Hollande rendit visite au siège du Grand Orient de France, rue Cadet. C’est la première fois qu’un président de la République se déplace au Musée de la Franc-maçonnerie. Ordinairement, depuis de Gaulle, ce sont les grands dignitaires qui accomplissent le déplacement de l’Élysée. Le 300e anniversaire de l’Ordre fut l’occasion d’innover en y laissant un discours de 25 minutes consacré à l’importance de la Laïcité dans la République. Le président prend souvent la parole ces jours-ci. Quel que soit le sujet, il ne manque jamais l’occasion d’y glisser une mise en garde contre la menace pour la France d’une déviance extrémiste qui salirait le pays au point de le mettre en péril. Chez les francs-maçons, l’exercice était simple mais au demeurant beau, courageux et touchant.

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 Hier soir à l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-arts de Belgique, Michel Draguet et Pierre Bartholomée rendaient hommage à Philippe Roberts-Jones et Jacques Leduc. Une personnalité plurielle et un talentueux musicien musicologue. La cérémonie fut couronnée par le film qu’Yvon Lammens consacra au Conservateur des Musées royaux des Beaux-arts, professeur d’université, poète et tout simplement homme érudit Philippe Roberts-Jones ; des images d’autant plus superbement agencées qu’elles s’échelonnent sur plus de dix ans. Aucun de ceux qui apparaissent  en dialogue avec Roberts-Jones n’est banal. On retiendra néanmoins surtout les extraits de conversations avec Jacques De Decker, qui, en parfait connaisseur de l’œuvre, sait offrir à son interlocuteur l’amorce d’une intervention pertinente, sage et originale. Après avoir été chef de cabinet du ministre de l’Éducation au début des années soixante, Jones s’est écarté de la politique. « Un monde trop brumeux » confie-t-il. Cette qualification est rare et pourtant si juste !

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 Hier après-midi, hier soir… N’y aurait-il rien à dire de ce Mardi-gras pluvieux ?
Bah ! Trump bien sûr, entre autres superfluités… Le voilà qu’à la veille de prononcer devant le parlement son premier discours sur l’état de l’Union, il accuse Obama d’organiser sa perte. On croirait entendre François Fillon… Pendant ce temps, au Conseil de Sécurité de l’ONU, Russes et Chinois mettent leur veto à des sanctions contre la Syrie pour utilisation d’armes chimiques Le texte avait été préparé par Paris et Londres. Toujours bon à savoir.

02 mars 2017

L'éléphante

La grand-mère a invité sa petite fille au cirque. C’est une tradition familiale. La grand-mère de la grand-mère avait fait la même chose. Dans cette famille, la tradition c’est la loi et la loi consiste à faire comme tout le monde. Au milieu de la foule qui fait la file devant la caisse, la grand-mère a mal aux pieds. Elle a choisi des chaussures à talons beaucoup trop petites et très douloureuses. Elle en possède plein d’autres, des chaussures, des confortables, mais quand on va au spectacle, on met des chaussures à talons, c’est la loi. Elle souffre en serrant son sac à main bien fermé contre son corps parce qu’au cirque, sévissent des pickpockets, tout le monde sait çà. Elle regrette les vieilles caravanes rouillée de son enfance avec les rideaux aux fenêtres et le chapiteau monté à la hâte qui menaçait de s’effondrer au moindre coup de vent. Ce soir, le chapiteau est en dur et les caravanes sont remplacées par des mobil homes tout confort. Rien à dire, elles ont de bonnes places sur les gradins. Au premier rang, à deux mètres de la piste. C’était cher mais c’est un évènement : La première fois que la petite va au cirque. La tradition sera respectée. On s’en souviendra de cette première. On commence par les clowns, tellement drôles, la grand-mère a les larmes aux yeux à force de rire. Après les clowns vient le tour des éléphants. Ils sont deux. Un couple, pense la petite fille, un papa et une maman. Où se trouve leur éléphanteau ? Loin, seul, perdu, abandonné dans un autre cirque qui ne croise jamais celui de ses parents ? Aux côtés du dresseur tout sourire dans son costume blanc aux boutons dorés, les éléphants paraissent si vieux, si gris, si malheureux surtout la femelle avec sa peau ridée, son gros ventre pathétique et ses pauvres mamelles qui pendouillent. Le dresseur aux dents blanches oblige la vieille éléphante à s’asseoir sur un tabouret trop étroit. Elle manque de tomber, les gens rient sauf la petite fille émue aux larmes par ce vieil animal contraint d’exécuter des acrobaties qui ne sont plus de son âge. Elle voit bien la souffrance et la honte dans les yeux du pachyderme. Elle voit bien qu’elle n’en peut plus. Terminer dans ce cirque n’était pas son destin. Le spectacle est si triste que l’enfant ne peut retenir ses larmes. L’éléphante a compromis le numéro du dresseur. Pour améliorer la concentration de la bête ou pour lui rappeler ses devoirs d’animal de cirque, l’homme lui donne un de fouet. Clac ! C’en est trop pour la petite qui, bouleversée, veut quitter le cirque. Elle ne veut pas faire partie de ce public hilare, elle ne veut pas être comme ces gens. Elle se lève et s’en va le long de sa rangée, le visage rougi par les larmes : « Pardon, pardon, excusez-moi, pardon. ». Les spectateurs sont mécontents. C’est qui cette gamine qui dérange tout le monde en plein milieu du spectacle et qui empêche de bien voir ? La grand-mère aperçoit la fillette en larmes qui s’éloigne. Voir sa petite fille en larmes est insupportable pour la grand-mère. Du coup, elle se lève aussi. Cette femme qui se lève au mileu des sectateurs assis a dit oui à tout toute sa vie. A son mari, à ses parents, et à la tradition. Elle veut rattraper la fillette, la prendre dans ses bras, et sécher ses larmes - Pardon, pardon, excusez-moi, pardon ! C’est qui cette vioque qui se lève en plein spectacle et qui gâche tout ? Le numéro est terminé. Le dresseur n’en peut plus d’exhiber ses dents blanches pour remercier le public qui l’acclame. Il ne s’aperçoit pas tout de suite que l’éléphante quitte la piste et le cirque sans s’excuser car elle n’est pas du genre à s’excuser. Le public n’ose rien dire. Le public ressemble à des moutons regardant passer une éléphante qui suit cette petite fille émue qui s’en va là-bas, la seule humaine à avoir ressenti de l’empathie pour le vieil animal. Ce soir, au milieu de la rue, entre les voitures garées comme veaux, défilent une petite fille suivie d’une vieille femme aux pieds nus et d’une éléphante. Pour les rares voisins qui rêvent encore devant leur fenêtre, le spectacle est magnifique.

01 mars 2017

« We the people », la campagne anti-Trump de Shepard Fairey.

 

La campagne de Barack Obama de 2008 a été étroitement associée à une image, l’affiche de Shepard Fairey. Elle reprenait une photographie de l’ancien président et déclinait en bleu, blanc et rouge (les couleurs du drapeau américain) le portrait du premier candidat noir à l’élection présidentielle américaine. Cette image traitée comme un pochoir illustrait le slogan de campagne : « Hope » (espoir). Deux autres mots-concepts sous-titraient également l’affiche : « Vote » et « Change ».

Ce « visuel » eut un succès planétaire à tel titre que son graphisme a été maintes fois repris, copié, détourné. Les candidats de cette manière créaient un lien avantageux entre eux-mêmes et le président Obama[1]. Le portrait tricolore devint ainsi une image-icône.

La récente élection de Donald Trump a provoqué dans de nombreux états américains des mobilisations de masse. Son élection n’est guère contestée sur des fondements juridiques[2]. Ce sont les idées qu’il a développées pendant sa campagne et les décrets qu’il a signés qui sont à l’origine de puissants mouvements sociaux. En regardant comme tout un chacun les images de ces manifestations, j’ai été frappé par le nombre des affiches qui reprenaient le graphisme du portrait d’Obama par Shepard Fairey. Il n’est pas courant qu’un street artist joue un rôle politique de cette importance et sa campagne valait qu’on s’y attarde.

Le 10 janvier 2017, Shepard Fairey a lancé un ambitieux projet qu’il a nommé « We the people »[3]. L’artiste s’est adjoint Aaron Huey et The Amplifier Foundation pour lancer une campagne sur Kickstarter, un site américain de financement participatif. La somme des dons a dépassé le budget espéré (1 365 005 dollars/60 000). Le financement a alors permis  d’acheter une page entière de publicité dans un quotidien national, le Washington Post, qui est paru le 20 janvier. Ces pages éventuellement collées sur un support sont devenues autant de banderoles pour lutter contre « la haine, la peur et le racisme décomplexé qui ont été banalisés pendant la campagne présidentielle de 2016 ». Le complément de financement a été utilisé pour imprimer les portraits de Shepard Fairey et les distribuer gratuitement.

Trois affiches ont été dessinées par Shepard Fairey. Elles représentaient des femmes : une hispanique, une musulmane et une afro-américaine. Elles étaient composées de la même manière. Le nom de la campagne, « We the people » était suivi de trois courtes phrases : « defend dignity », « protect each other », « are greater than fear »[4]. Chaque phrase est un écho des problèmes que rencontrent les Hispaniques, les Noirs et les musulmans et les projets de Donald Trump : les humiliations supportées par les premiers (le projet de renvoi de 12 millions d'immigrés clandestins, le projet de construction d'un mur à la frontière du Mexique par exemple), les homicides de jeunes Noirs par des policiers blancs et la ségrégation de fait des Noirs après le vote des droits civiques, la méfiance envers les Américains de confession musulmane après les attentats du 11 septembre 2001. Trois portraits et 3 phrases courtes qui prenaient le contrepied radical des options politiques de Donald Trump et proposait un projet de société en tout point contraire au programme du Président des Etats-Unis.

Shepard Fairey qui s’était impliqué dans la campagne de Barack Obama par le graphisme d’une affiche a pris dans la contestation à Donald Trump et à sa politique une dimension nouvelle : il est à l’initiative d’une campagne nationale pour rassembler les financements nécessaires à l’impression et à la diffusion de milliers d’affiches qui ont touché le cœur de millions d’Américains et eut des répercussions internationales.


[1] Une affiche de campagne de Nicolas Sarkozy lors de la précédente élection présidentielle a repris les codes iconiques de l’affiche de Shepard Fairey.

[2]Nous savons que s’il a obtenu la majorité des Grands Electeurs, il a obtenu moins de voix que la démocrate Mme H. Clinton

[3] « Nous le peuple » sont les premiers mots de la Constitution des Etats-Unis.

[4] « défendons la dignité », « nous protégeons les uns les autres », « sommes plus grands que la peur ».

 

Image: 

L'affiche-icône de la campagne d'Obama.

Un exemple français d'un détournement de l'affiche-icône de Shepard Fairey.

Une image des manifestations de masse affirmant à la fois la diversité de la population américaine, son caractère multiculturel, sa profonde unité et le refus des ségrégations.

Les codes graphiques de l'affiche de 2008 sont repris (composition, couleurs, portrait)

Les dreadlocks affirment l'identité culturelle des Afro-américains.

Le voile islamique est un drapeau américain ; une affirmation d'une grande lisibilité de l'intégration des musulmans à la société américaine.

28 février 2017

Tombouctou

&

Image: 

Le silence n’existe pas dans
Le rêve qui revient
Cette ville mystérieuse
A une porte au midi
Flanquée d’une sculpture blanche
Un cheval brisé en deux
La queue dressée vers le soleil
Une femme, cheveux libres,
Se presse dans le bourdon des poussières
Un livre sous le bras
Je suis assis au café
Avec les hommes assoupis
La paume sur le verre de thé
Les pupilles tremblent
Au rythme de la femme
Qui s’éloigne déjà
Entre un pigeonnier conique
Et le plus proche minaret
Un pigeonnier sans pigeon
Un minaret sans muezzin
J’entends juste le vent
L’eau qui bout
Le sable qui use la terre
Le silence n’existe pas dans
La ville des poussières
Ocre et grise

20/11/2006

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