semaine 42

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont par André Fromont

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26 septembre 2017

Adam se sent vivant

&

Image: 

Adam se sent vivant
Le déluge est passé
La dernière pluie tombée
Cloué sur place
Sous un ciel assombri
Adam perçoit des cris étouffés
Sortant des corps perdus
Fascination
Obsession
Addiction
Une expérience parfaite
A même la peau
Là-haut
Une oie sans tête
Vole vers les pâles lumières
Ça tourne pas rond
En ce soir de solstice
Si doux pour la saison
Adam se sent vivre
La vie des autres
Vivants comme morts

20 septembre 2017

L'oracle

On ne parle plus que de lui en ville, dans le rues, les dîners et à la télévision, l’ophtalmologue qui prédit l’avenir. - Quoi ! Tu n’es pas encore allé le voir ! Tu es dingue ! Cet homme va révolutionner ta vie comme il a révolutionné la mienne. En trois séances, tu sauras tout sur ton avenir. Même les vieux vont le voir ! Et la presse en parle. Il faut absolument que tu y ailles ! affirment ses amis. Connaître son avenir, c’est nouveau, c’est inédit : c’est excitant ! Tu pourras mieux organiser ta vie, tu pourras anticiper ! Les plus pervers ajoutent : « Tu as peut-être peur d’y aller, peur de découvrir ce que l’avenir te réserve. A présent, moi, je sais. » C’est vrai qu’il a l'impression de tourner en rond. Connaître son avenir l’aiderait peut-être à prendre les bonnes décisions. Pour se sentir mieux, il ne reste plus qu’une chose à faire : y aller chez l’ophtalmologue. D’autant que, comme tout le monde, il est curieux de savoir de quoi sera fait son futur, ce qui l’attend demain. Il téléphone, donc, pour prendre rendez-vous. - Je ne peux pas vous donner de rendez-vous avant six mois, répond la secrétaire. Tout le monde veut rencontrer l’ophtalmologue. Six mois, c’est long mais d’accord. Le plus important est d’obtenir un rendez-vous. Il rencontrera l’ophtalmologue au mois de mai de l’année prochaine. Le12. Ouf ! Depuis qu’il a pris rendez-vous, ses amis relâchent la pression à propos de l’ophtalmologue. Une femme lui dit même : 6 mois, quelle chance ! J’ai réussi à obtenir un rendez-vous dans cinq ans. Cinq ans, c’est long quand on ignore ce va arriver ! - C’est bien vrai, dit-il. Heureusement, les six mois s’écoulent rapidement. Quelques jours avant le rendez-vous, il sent monter la pression. Il ne trouve plus le sommeil. De quoi sera fait mon avenir ? Qu’est-ce qui m’attend ? Le grand jour arrive enfin. La salle d’attente est pleine comme un œuf de myopes de la vie. La secrétaire lui rappelle qu’il faut payer avant la séance. C’était très cher mais le jeu en vaut la chandelle. L’ophtalmologue est un petit homme enthousiaste, maigre et chauve en blouse blanche. En quelques mots, il explique à son visiteur son procédé révolutionnaire. Le cerveau du patient est relié à un ordinateur qui prédit l’avenir du sujet sur la base de ses carences visuelles. - Ma théorie est basée sur l’idée que le myope ne veut surtout pas voir ce qui l’attend dans le futur. Une mauvaise vue ne serait qu’une défense, rien de plus. Le patient s’installe dans l’unique fauteuil du cabinet. L’ophtalmologue lui place un appareil muni de verres optiques devant les yeux. Le tout est relié à l’ordinateur. - Ma méthode fonctionne en trois étapes. Pendant les deux premières séances, l’ordinateur va étudier votre cas et vous donner des sujets de réflexion. Vous découvrirez votre avenir lors de la troisième séance. Attention, je mets le programme en route. Des lettres vont apparaître. A présent, si vous en êtes capable lisez ce que vous voyez à l’écran : Attention, c’est parti ! Des lettres vont s’afficher. Voilà ! : Vous êtes seul à disposer de votre avenir. L’ophtalmologue laisse quelques secondes de réflexion au patient puis retourne à son bureau pour prendre des notes. - C’est tout ? demande le patient, déçu. - En ce qui concerne l’examen ophtalmologique, oui, répond le médecin mais méditez longuement sur ce que l’ordinateur vient de vous révéler et revenez la semaine prochaine pour la deuxième séance. C’est à la troisième que vous connaîtrez votre avenir.

Aujourd’hui, c’est déjà la deuxième séance. Il a passé la semaine à méditer sur ce que lui a révélé l’ordinateur et pense avoir compris le message qui lui a été délivré. Il part à son rendez-vous, le cœur léger. L’ophtalmologue est un génie, son programme, révolutionnaire. Pourquoi ne pas l’avoir contacté plus tôt ? Que de temps perdu ! Le rituel est le même : payer avant la séance, attendre son tour, chausser les vers optiques et lire le message révélé. Voilà !:Tout ce que vous ferez pourra être retenu contre vous

Réfléchissez à ce que vous venez de lire et revenez me voir la semaine prochaine pour la dernière séance qui sera capitale, dit le médecin en lui serrant la main. La nuit qui précède la troisième séance, il ne dort pas. Que lui réserve l’avenir ? Que va dire l’oracle ? Il tourne et retourne toutes les possibilités que lui offre le futur. Une rencontre ? Une bonne surprise ou une mauvaise ? Quand, au matin, le réveil sonne, il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Il sort de chez lui, tout excité : Il va enfin savoir ! Chez l’ophtalmologue, la salle d’attente est bondée et le temps, long. Encore ces trois hommes, ensuite ces deux femmes, une vieille, une jeune, et puis, c’est à lui. Son tour arrive enfin. Il se lève, son cœur bat comme un fou dans sa poitrine. - Voilà le grand jour, lui dit l’ophtalmologue en lui serrant sa main. Le patient ne répond rien car sa bouche est trop sèche et les mots lui manquent. Ce n’est qu’assis dans le fauteuil du cabinet, l’appareil optique devant les yeux qu’il retrouve un peu de sérénité. - Vous êtes prêt ? demande le médecin. - Oui. - Attention, découvrir son avenir peut être un choc - Je m’en doute, répond le patient en s’accrochant aux bras du fauteuil. C’est parti ! dit le médecin en mettant l’ordinateur en route.Votre avenir va apparaître à l’écran ! Voilà ! : 

Quand il prend congé de l’ophtalmologue, il n’est même pas déçu. C’est vrai qu’il n’a pas été capable de déchiffrer son avenir mais en écarquiillant les yeux, en se concentrant il a cru discerner des fragments de mots, des traces, des signes, des lettres comme des gens, les contours probables d’une phrase dans le brouillard. Il y a quelque chose là-bas, au loin, droit devant et c’est déjà çà.

19 septembre 2017

Reportage: «L’Aérosol» Paris, a place to be?

Si Paris vaut bien une messe, l’Aérosol vaut bien une visite, voire deux ! Une première pour faire connaissance, savoir où on met les pieds, une seconde pour voir et complimenter quelques graffeurs.[1]

L’Aérosol, dans le chapeau de son site Internet, présente ses objectifs. Je vous le livre brut de décoffrage :

« Implanté dans le 18ème, berceau des cultures urbaines en France, le 54 rue de l’Evangile, s’apprête à devenir pendant 6 mois, la place forte de l’art urbain. Une exposition phare, un lieu de vie en perpétuel mouvement, des animations initiatrices de rencontres, de créations et d’émotions, un espace catalyseur d'énergies, de partages, de fêtes hautes en couleurs.

Notre objectif est de faire de cette occupation temporaire[2] sur ce site industriel[3]un espace permettant à la fois de s’interroger collectivement sur la manière de réinventer le quartier, de construire un trait d’union entre la Chapelle[4] et Rosa Parks[5] afin d’amorcer la transformation en véritable quartier de ville. Cette expérience permettra de poser les premières pierres d’un partenariat solide entre Maquis-Art et Polybrid dont l’ambition à terme est de faire naitre une agence à même de se positionner sur d’autres lieux - temporaires ou pérennes - dédiés aux cultures urbaines et d’inventer de nouveaux formats. »

Hall of Fame / Musée / Dj sets & Lives / Espace chill / Markets / Skate / Roller dance / Food / Buvette / Street Art / Bdthèque / Murs d'expression libre »

Je vois que vous haussez les sourcils, que vous vous grattez le menton. Je comprends ! Vous ne parlez pas la langue des communicants et le parler-jeune de ce début de XXIème siècle ! Votre culture est vintage ! Qu’à cela ne tienne, je vous propose une traduction, disons assez libre :

Un marchand de matériel pour les street artists, Maquis-Art, s’est associé à une agence d’ « événementiels », Polybrid, pour « exploiter » ( le mot n’est pas trop fort), d’août 2017 à janvier 2018, une « friche industrielle », constituée d’un vaste hangar bordé sur un côté d’une dalle de 2000 m 2. Sur la dalle, le « hall of fame » (bon, c’est pas vraiment un hall et les artistes ne sont pas vraiment célèbres). Il faut entendre par là que le mur extérieur nord du hangar est peint de fresques de grandes dimensions, fresques réalisées par des artistes « connus » (du moins, connus de leur famille et du milieu fermé du street art parisien). Les jeunes urbains, un peu « arty », peuvent consommer : de la nourriture à la mode, des boissons, des bombes aérosol, des casquettes, des besaces (une boutique de Maquis-Art est aménagée à l’intérieur du musée), des tatouages, de la musique techno. Ils peuvent glander autour d’un verre de bière, faire de la planche à roulettes sur la dalle, du patin à roulettes, peindre sur un petit muret faisant face au mal-nommé hall of fame, feuilleter des bandes-dessinées, faire la fête- la teuf, quoi ! ). Le musée est la caution culturelle de l’entreprise.

Laissons tomber le prétexte urbanistique, relier le quartier de La Chapelle à la gare RER, réinventer le quartier et tout le toutim…Le lieu fermera en janvier prochain et les plans d’un éventuel et hypothétique nouveau quartier bâti sur les friches SNCF n’existent pas et quand bien même, l’Aérosol aura disparu corps et biens avant le premier coup de pioche des démolisseurs (on dit maintenant des « déconstructeurs »)

Malgré mon goût modéré pour les entreprises commerciales cachant (mal) leurs objectifs derrière le vocabulaire de la communication et du parler-jeune, il faut bien convenir que « L’Aérosol », a, à mon sens, un certain intérêt.

Excluons les murs d’expression libre dont le seul intérêt est de voir des artistes débutants peindre quelques mètres carrés d’un méchant mur. Notre « hall of fame » est une succession sur une centaine de mètres de fresques de grandes dimensions. Leurs auteurs sont des artistes qui ont été choisis par l’organisation. Bien qu’inégales les œuvres sont intéressantes à plus d’un titre : elles permettent de découvrir le talent d’artistes émergents et proposent un éventail assez représentatif du street art aujourd’hui en France (le style old school y côtoie le lettrage et l’abstraction etc.). Cela est vrai également des fresques peintes sur les murs intérieurs du hangar. Ajoutons, que la vie des œuvres est brève. Elles sont recouvertes par d’autres régulièrement ce qui a pour conséquence d’inciter les visiteurs à fréquenter régulièrement le lieu (et à consommer les produits susmentionnés !).

Le musée présente des œuvres patrimoniales de 1940 à 1990. Son intérêt est certain (j’y reviendrai plus longuement dans le prochain billet). C’est un vrai musée présentant des œuvres de bonne qualité.

En conclusion, partielle, non définitive et subjective. Certains esprits chagrins, comme le mien, pourraient penser que « L’Aérosol » surfe sur la vague de la culture hip hop, qui n’est plus underground depuis longtemps. L’utilisation des bâtiments « en déshérence », non comme un lieu d’exposition des œuvres de street art, mais une passionnante appropriation par des street artists d’espaces [6]serait-elle vouée à une forme nouvelle de « commerce » ? L’art urbain qui porte des valeurs émancipatrices voire libertaires est-il « récupéré » par la consommation de masse ? Les street artists ont-ils d’autres choix que de passer sous les fourches caudines du libéralisme pour faire connaître leur talent et vivre de leur art ?

Bonnes questions (ce sont les miennes !), mais questions qui ont dans l’histoire trouvées des éléments de réponse. La compréhension des objectifs véritables des « marchands », des industriels et des financiers permet de mettre à distance les propositions commerciales et de récupérer la situation à son profit. Ainsi, lors de ma visite, j’ai vu des dizaines d’œuvres qui sont, pour les artistes, d’authentiques manifestes de leur talent et aux cimaises du musée des dizaines d’œuvres remarquables à tout point de vue.

Faut-il encore s’étonner des « liaisons dangereuses » entre l’Art et l’argent ! A la conscience des enjeux marchands par le visiteur correspond l’intelligence (au sens proche) des artistes des circuits de la marchandisation de leur production. Tous les connaissent sur le bout de leurs doigts tachés de peinture acrylique (rôle des galeristes, des festivals, de la presse-papier et web etc.). C’est en toute connaissance de cause qu’ils acceptent les propositions qui leur sont faites. Je ne connais pas de « victimes » dans ce milieu dans lequel les acteurs sont des partenaires qui partagent des objectifs voisins.

L’ouverture du musée de « L’Aérosol » a été présentée comme un événement. Il est vrai que ce musée provisoire pour l’heure est postérieur à la création d’Art 42, présenté par la presse comme le premier musée dédié au street art. Dans les faits, le patron de Free a accepté d’accrocher dans les locaux de l’école de son entreprise, 96 boulevard Bessières, les toiles d’une collection privée. Nul n’est besoin d’être grand clerc pour penser que les retombées en termes d’image pour Free sont positives et que la collection de M. Nicolas Laugero Lasserre est valorisée.

Les deux « musées » du street art comblent une lacune. Paris qui est un haut- lieu mondial du street art n’a pas de musée dédié. Cela peut s’expliquer de différentes manières : les œuvres « remarquables » rejoignent les circuits marchands de l’art contemporain et intègrent les collections ; les institutions redoutent un effet de mode qui ferait retomber le street art à court terme dans les poubelles de l’Histoire ; last but not least, les crédits sont à l’étiage voire à sec. Les collectivités locales et l’Etat doivent prioritairement entretenir les musées et enrichir leurs collections pour résister à la concurrence qui fait rage entre les Grands musées. La concurrence est internationale et les prix des œuvres explosent (c’est vrai également des œuvres de street art). La nature ayant horreur du vide, des « marchands » s’engouffrent dans la brèche grande ouverte.

 

La visite de « L’Aérosol » est l’occasion de passer un moment agréable (to Chill), de s’initier aux divers courants du street art français, de commencer à se construire une culture savante de ce mouvement qui impacte si fort la création contemporaine.

Not too bad, comme disent les djeunes.


[1] Le mot « graffeur » désignant les street artists semble s’imposer par l’usage. Il désigne les artistes qui interviennent dans le champ urbain, sans connoter les moyens d’expression (peinture, collage, pochoir etc.)

[2] Fermeture du site le 31 janvier 2018.

[3] Le site, la halle Hébert, est un ancien dépôt de la SNCF.

[4] Le quartier de La Chapelle, dans le 18ème arrondissement de Paris.

[5] Gare RER récemment construite dans le 19ème arrondissement, en limite du 18ème.

[6] CF : Loft du 34, Lab 14, la tour 13 etc.

Image: 

L'intérieur du hangar. Une fonction polyvalente. Les murs sont décorés de fresques.

Un espace détente que les visiteurs s'approprient comme bon leur semble.

Un "petit coin" aménagé pour boire un verre entre amis.

La dalle (buvette, food trucks, hall of fame, skate etc.)

La buvette (fresque de Madame)

Superbe fresque haute de plus de 15m peinte par Swed Crew

Détail d'un Corto Maltese (Jow.L)

Le musée.

18 septembre 2017

"L'image était avant"

&

Image: 

Image ? Impossible...
On ne sait jamais pourtant
Si en tendant
Vers mes propres yeux
Le temps qu'il faut
Émerge un cheval d'oreille

Images ? Etats d'âmes...
Sur l'astre Voisinage
Vous avez tort
À travers
Le trou du lapin
D'être promesses périmées

Image ? Fertile erreur...
Elle opine
Entend un secret
Au plus profond
Après
Toute évasion
D'ombres sans mémoire

Images ? Sors, avenir...
Aucune trace d'usure
"L'image était avant"
Disait Asger Jorn
Le Cobra
On ne sait jamais où
Flottent les regards
Sur les couleurs
De l'astre Voisinage

fromont, 2017

15 septembre 2017

Macron : on commence à douter

Vendredi 1er septembre

 Candidat à la présidence du parti LR, Laurent Wauquiez se présente comme le disciple de Nicolas Sarkozy. S’il est sans doute fidèle dans les options, il innove dans les méthodes. Son maître voulait pendre Dominique de Villepin à un croc de boucher. Lui, il veut couler Nathalie Kosciusko-Morizet dans le béton.

                                                                       *

 Réforme du code du travail version Macron : le patronat est content, les syndicats sont déçus, Mélenchon est furieux. Rien que des évidences.

Samedi 2 septembre

 La sixième édition du festival Les Inattendues de Tournai est à la hauteur des cinq précédentes. La communion fructueuse entre la musique et la philosophie fonctionne à merveille et la foule est au rendez-vous. Aristote et Haydn, Kant et Bach, des couples qui s’harmonisent comme par enchantement. On rencontre aussi de l’improvisation, lorsque Francesco Cafiso, pianiste, flûtiste et saxophoniste prodigieux, s’intercale dans des dialogues de Boris Cyrulnik et Cynthia Fleury agencés par Martin Legros. Il y a même des moments de grâce, comme lorsque l’époustouflant comédien Thomas Coumans récite le Ainsi parlait Zarathoustra de Nietzsche, des paroles puissantes entrecoupées d’interprétations de Strauss en deux pianos tellement bien assortis, Éliane Reyes d’un côté, Jean-Claude Vanden Eynden de l’autre. Des heures d’apprentissage, de réjouissance et d’émotions. Transformation du plaisir en art de vivre. Métamorphose du frisson en cadences de savoirs et en leçons de choses. Vive la vie !

Dimanche 3 septembre

 Les dingues de la Corée du Nord continuent à narguer le Japon, les Etats-Unis, et bien entendu les voisins du sud. Un 6e essai nucléaire vient d’être accompli. L’ONU prendra des sanctions sans qu’aucun de ses membres ayant le pouvoir de veto ne l’utilise. Mais on attend davantage de la Chine. Car le docteur Folamour de Washington pourrait bien entrer en scène.

                                                                       *

 Un député macroniste d’origine marocaine – qui avait sollicité l’investiture du PS avant de passer sous l’étiquette LERM – frappe Boris Faure, député socialiste, à coups de casque de moto, le laissant dans un état comateux, toujours maintenu à l’hôpital. La presse relate les faits et croit savoir que la victime aurait lancé une injure. On est presque sur le point de pardonner le geste violent. Si l’inverse s’était produit le député Faure aurait été traîné devant les tribunaux et la Cour des droits de l’Homme, étiqueté raciste jusqu’à la fin de sa carrière.

Lundi 4 septembre

 Emmanuel Macron avait prévenu : sous son règne, la droite et la gauche n’existeraient plus. On travaillerait la main dans la main au bien-être des Français et au développement de l’Europe, quelle que soit la tendance des ministres. Á Bercy, sous la bénédiction de Bruno Le Maire, des ministres de droite se retrouvent régulièrement pour échanger, mine de rien. Ayant eu connaissance de cette pratique, au Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian a décidé d’accueillir régulièrement un groupe de ministres de gauche, pour parler… Chez Les Républicains, Laurent Wauquiez a beaucoup de chances de remporter la compétition présidentielle. En présentant sa candidature, il a souligné qu’il voulait diriger un parti de droite, « une droite qui soit vraiment la droite »… Et il ajouta : « une droite qui ne s’excuse pas ». Alors  qu’il voulait rassembler au-dessus du clivage des partis Macron semble plutôt radicaliser le paysage politique de son pays. Quand Jupiter veut chasser le naturel, les vieux démons sortent de sa cuisse ventre à terre.

                                                                       *

 Au début de l’année 1897, Jules Renard rencontre un jeune homme et le décrit dans son journal  « prodigieux causeur qui montre de surprenantes richesse de cerveau, une fortune. » C’était Paul Valéry (qui avait déjà 26 ans, seulement 7  de moins que Renard …)

Mardi 5 septembre

 Il est toujours très imprudent d’établir des pronostics – même à courte échéance – eu égard à une crise en cours. Á la suite du récent essai nucléaire déclenché par Kim-Jong-un, les États-Unis ont demandé « les sanctions les plus sévères possibles ». Compte tenu de la nature provocatrice du geste coréen et des positions récentes du Conseil de Sécurité, on pouvait imaginer que la position américaine serait suivie. Or voilà que Vladimir Poutine déclare qu’il est opposé à toute nouvelle sanction contre la Corée du Nord. Son représentant usera donc sûrement du droit de veto. La Chine semble lui emboîter le pas. Ce geste humaniste de Poutine n’a rien de philanthropique. La condition du peuple coréen lui sert juste d’argument pour démontrer qu’il n’est pas le béni oui-oui de Trump, lequel doit fulminer, ce qui n’arrange rien.

                                                                       *

 François Hollande prend officiellement la présidence de la Fondation La France s’engage. 30 millions de budget annuel pour encourager l’innovation sociale. Les observateurs se demandent s’il sera candidat en 2022. Et je te dis qu’il n’a aucune chance, et je te dis qu’il peut se révéler fort d’expériences, et va pour les spéculations, et va pour les références historiques… Dieu que ces gens que l’on croit spécialistes sont … Non, on ne peut pas le dire, sous peine d’être accusés de porter atteinte à la liberté d’expression.  Qui peut raisonnablement pronostiquer la compétition présidentielle qui aura lieu dans cinq ans ? Et d’ailleurs, quel est l’intérêt d’aborder cette question-là aujourd’hui ? Quelle est l’intelligence d’en discuter ?

                                                                       *

 Si les statuts du parti macroniste La République en Marche (LREM) renferment bien les termes traditionnels pour qualifier les organes de direction (Convention nationale, Conseil général, Bureau exécutif…) les journalistes mentionnent souvent l’expression « Conseil d’administration ». On se demande bien pourquoi ! Serait-ce un lapsus révélateur ?

Mercredi 6 septembre

  Harvey a fait des ravages sur le Texas et à Houston en particulier, Irma cause des morts dans les Antilles, Jose et Katia sont en route. D’où vient ce tic retors et vicieux qui consiste à décerner de jolis prénoms à des typhons et des ouragans ?

                                                                       *

 Il fallait s’y attendre : après quelques mesures impopulaires touchant les couches fragiles de la société, Emmanuel Macron apparaît désormais comme le président des riches. Il lui faudra ramer pour se défaire de cette étiquette.

                                                                       *

 D’André Malraux, une phrase qui a plus de soixante ans d’âge : « Un pays sans sculpture ni peinture est pour moi un pays muet, d’où la faiblesse de nos relations avec l’islam. »

                                                                       *

 Ôtez-moi d’un doute, film de Carine Tardieu, est une charmante histoire oscillant d’un quiproquo à une situation vraisemblable et inversement, un ensemble parfois un peu tiré par les cheveux ou cousu de fil blanc. Mais le couple formé par François Damiens et Cécile de France fonctionne très bien et le sourire de Guy Marchand est toujours agréable à retrouver.

Jeudi 7 septembre

 Jusqu’aux années soixante, la pollution d’une rivière se traduisait par un articulet dans la page des faits divers. Aujourd’hui, c’est un événement présenté à la une. Au cours des années septante, les agressions, colis suspects, menaces étaient traités dans les pages de faits divers. Aujourd’hui, ce sont des actes qui supplantent le reste de l’actualité. Au début du siècle, l’attaque à l’arme blanche d’un individu contre un agent de sécurité ou de police était un fait rare. Désormais, le fait est événement car il devient fréquent.  Il serait sage de compulser les pages de faits divers afin de déceler ce qui dominera la société demain.

                                                                       *

 Jeanne Balibar et son ex-compagnon Mathieu Amalric se sont laissé envahir par la personnalité de Barbara, son charme, son talent, ses tics, ses gestes, ses paroles, ses caprices, sa poésie. Il fallait donc être Barbara, vivre Barbara, chanter Barbara, parler Barbara, composer Barbara, authentifier Barbara. Jeanne Balibar a réussi une performance admirable. Ce film, Barbara, n’est pas émouvant. Il est envoûtant.

                                                                       *

 Pas rancunière, Bruxelles célèbre le cent-cinquantième anniversaire de la mort de Baudelaire. L’occasion de se souvenir qu’un certain Barbara, Charles de son prénom, directeur d’un journal orléanais, lui fit découvrir Edgar Poe, l’auteur américain que Baudelaire traduisit sans maîtriser la langue anglaise. Il n’y a évidemment aucun rapport entre Louis Charles Barbara (1822 – 1866), ami de Champfleury, et la chanteuse honorée par Amalric et Balibar.

Vendredi 8 septembre

 Image somptueuse hier soir depuis Athènes : Macron à la tribune, dans un cercle de lumière avec dans le fond l’Acropole, lui aussi éclairé. Un ton d’homélie. Des paroles pour annoncer la relance de l’Europe par une initiative qu’il proposera aux vingt-six partenaires après les élections allemandes. Côté spectacle, c’est grandiose. On espère que les actes suivront les paroles. Car sur ce plan-là, on commence à douter.

                                                                       *

 Le grand changement dans cette rentrée des classes n’est pas  souligné. Pourtant, il marque un tournant capital dans la manière d’enseigner donc, dans les répercussions que les méthodes d’apprentissage auront sur les mécanismes sociétaux à venir. La plupart des professeurs commencent leurs cours en disant : « Je vous rappelle vous êtes priés d’éteindre votre téléphone pendant la durée du cours ». D’autres – encore une petite minorité – déclarent : « Veuillez allumer votre téléphone ; le cours va commencer ». L’ère du numérique rogne quelque peu l’usage du livre. Elle ne le supprimera pas de sitôt mais il conviendra de trouver un juste équilibre entre les deux outils.

Samedi 9 septembre

 La presse européenne qui, durant toute la campagne, avait souligné les convictions de Macron en y décelant un apport très positif en faveur de la défense et du renforcement de l’Union, se met à douter de l’efficacité du président français. Pour le moment, elle n’y découvre que des mots solennels et des mises en scène remarquablement étudiées. Ainsi, d’Athènes, le discours qui se voulait de portée historique a été moins commenté que la tenue et les déambulations de Brigitte, l’épouse. Soit. Attendons, comme il le précise, le scrutin allemand. C’est déjà dans quinze jours. On verra ce qu’il déposera sur les tables du Conseil. Et l’on évaluera surtout comment ses propositions seront accueillies…

                                                                       *

 Irma n’est pas douce. Elle ravage tout sur son passage. 6,3 millions d’habitants de Floride sont priés de fuir vers le nord. Miami est transformée en ville fantôme. On dit déjà que le Ciel démontre à Trump qu’il doit revoir sa position sur le climat. Si, déjà, il ne croit pas que l’ouragan a été déclenché par Kim-Jong-un, un pas aura été accompli dans le bon sens.

Image: 

Une mise en scène féérique. Photo © Youtube

11 septembre 2017

Tout est prévu

&

Image: 

Tout est prévu
Aux limites du raisonnable
Ange s'égare
Dans un modeste rêve
Et regarde
Bouche bée
Un monde rétréci
De la taille d'un nuage
Ange frôle la surface d'une île
Aux senteurs vagues
Tout est imprévu
Aux limites du raisonnable
Le monde s'élargit
Dans un cauchemar soudain
Un océan et ses marées
Une forêt et ses branches
Un désert et ses dunes
Une ville et ses aventures
Une plongée sans regret
Un moment sans
Retour

10 septembre 2017

L'assassin

Ce genre de nouvelle tombe toujours au plus mauvais moment. Le matin même où Vincent doit rencontrer un gros client pour finaliser une énorme vente, un médecin lui annonce que sa mère a fait un grave malaise dans la nuit. Elle est aux soins intensifs. - Elle a demandé à vous voir, dit le médecin. Chambre 241. Vincent roule déjà vers son rendez-vous quand il apprend la nouvelle. - Merde, merde ! Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi ce matin ? Ce contrat, il ne peut pas le rater ! Il hésite. Sa mère ou le client ? Finalement, il choisit se de comporter en bon fils et d’aller voir sa mère. Dix minutes, pas plus. Dans le couloir des soins intensifs, il pose des questions aux infirmières sur l’état de sa mère. Il est important d’être vu, important que tout le monde sache qu’il est passé la voir. Les nouvelles sont mauvaises mais les infirmières sourient. Elles sont entrainées pour. Vincent insiste pour rencontrer le médecin qui l’a appelé ce matin. Il veut absolument le voir. Pas pour écouter son diagnostic mais pour lui montrer qu’il est  venu voir sa mère, pour le convaincre qu’il est un bon fils. Quand il pénètre dans sa chambre, c’est le choc. Il n’imaginait pas qu’un jour elle serait si vieille, si pâle, si décharnée. Des câbles la relient à une machine qui donne des informations incompréhensibles Sa bouche édentée est grande ouverte comme s’il ne restait plus rien à respirer. En face du lit, une horloge poursuit sa route. Il s’approche du lit. Elle l’observe. C’est une bonne chose. Elle pourra dire à tout le monde qu’il est venu la voir. Il pose les questions d’un bon fils à sa mère malade. Il avait toujours voulu être un bon fils mais n’avait jamais vraiment réussi à décrocher ce rôle. - Tu as mal ? - Les infirmières sont gentilles avec toi ? Elle répond que les infirmières sont gentilles et qu’elle ne souffre pas. Il observe discrètement l’horloge mais elle surprend son regard : « Tu ne vas pas t’en aller, hein ? » - Non, non. Il avait prévu de rester dix minutes mais sept minutes se sont déjà écoulées Elle le regarde avec une intensité qu’il ne lui connait pas. Il a l’impression d’être devenu son dernier lien avec la vie, la dernière amarre. Peut-être qu’elle l’aime, finalement, son unique enfant. - Tu ne vas pas t’en aller, hein ? demande- t-elle encore. Sa voix est faible, à peine audible, plus qu’un léger souffle. Il comprend que c’est la fin. - Non, non. Huit minutes, à présent. Il attend le bon moment pour s’en aller. L’entrée d’une infirmière ou d’un médecin. Un évènement qui lui permettrait de se lever et de quitter la chambre. Il ne dit plus rien à présent. Il a épuisé toutes les questions du bon fils en pareilles circonstances et ne trouve plus rien à ajouter. Neuf minutes. Elle semble s’être assoupie mais soudain, elle rouvre des yeux pleins de terreur et le regarde, paniquée : « Vincent, tu ne vas pas t’en aller, hein ? » - Non, non, répond-il. Elle est rassurée et referme les yeux. Dix minutes. Cette fois, elle dort, c’est sûr. Il se lève sans bruit et quitte la chambre à pas de loup sans se retourner. Il traverse à toute vitesse les couloirs de l’hôpital jusqu’au parking. Avant de démarrer, il ouvre son coffre pour vérifier que son cartable et ses bons de commande sont bien là. Il démarre. Il ne sera pas trop en retard, finalement. Son client ne lui fait aucun reproche mais Vincent tient à lui expliquer qu’il a trois minutes de retard parce que sa mère a fait un malaise cette nuit et qu’il est passé la voir à l’hôpital. - C’est tout naturel, répond le client. Vincent en profite pour sortir le bon de commande de son cartable. Habituellement, ce client lui achète 25 tonnes métriques de « Rudor », un insecticide très puissant qui sera bientôt interdit sur le marché européen parce que les enquêtes ont révélé une hausse des cancers dans les régions où le »Rudor » est utilisé. Vincent est au courant pour les cancers mais il faut bien vivre. Le client sait que l’insecticide qu’il achète à Vincent et qu’il revend aux agriculteurs sera bientôt interdit par la Commission européenne. C’est le moment pour Vincent d’abattre sa dernière carte : « Vu les circonstances, je vous propose d’en prendre 100 tonnes métriques cette fois. Ainsi, vous serez certain de ne pas en manquer. Il est sur le point d’ajouter que le surplus, le client pourra toujours le revendre au noir mais ce n’est pas nécessaire, il a compris. - Bonne idée, répond le client en signant le bon de commande. 100 tonnes métriques ! Vincent ne peut s’empêcher de sourire. Son patron va être aux anges ! Au moment où Vincent remet son cartable dans le coffre de la voiture, il a l’impression qu’il est beaucoup plus volumineux. Cent tonnes métriques, ce n’est pas rien. De sa voiture, il téléphone à son patron pour lui annoncer la nouvelle et entendre ses félicitations. Finalement, cette journée est excellente. Boosté par son insolente réussite, Vincent se sent plus fort que jamais. Il se sent même capable de se rendre à nouveau à l’hôpital et de se comporter en bon fils. Il dira à sa mère qu’il est déjà passé la voir ce matin et qu’entretemps, il a réussi la vente du siècle. En plus d’être un bon fils, il est le meilleur vendeur au monde ! Aux soins intensifs, les sourires des infirmières ont disparu. - Votre Maman est décédée peu après votre départ, je suis désolée. Vincent est sur le point de demander à l’infirmière si sa mère est morte parce qu’il l’a abandonnée mais c’est inutile, il connait la réponse.

05 septembre 2017

Levalet/Hérard, le «Va et vient», suite (et fin?)

En introduction des congés d’été, souhaitant, dans un billet faire un bilan, je vous faisais part de mes coups de cœur de la saison. Deux artistes avaient une place bien particulière, entre aorte et veine-cave, Levalet et Hérard. Une drôle d’histoire (ou une histoire drôle, comme on voudra), en cette période de rentrée, les réunit de nouveau. Cette histoire sera l’objet de ce billet. Comme dans les mini-séries télévisées, elle comprend trois épisodes.

Premier épisode: la fresque de Levalet.

L’histoire commence à la fin du mois de septembre 2015 par une rencontre fortuite : la découverte d’un collage de Levalet, sur mes terres, dans le 19ème arrondissement de Paris. Passionné par son travail, je décidai alors d’écrire un post sur son œuvre. Je vous le livre tout à trac :

Ayant obtenu l’autorisation des responsables de la permanence des Républicains, rue de Crimée, Levalet a collé sur le rideau de fer un collage constitué de cinq parties. Les cinq éléments du rideau de fer sont utilisés pour représenter des hommes endormis. Cette scène évoque les bat-flancs des camps de prisonniers dans notre imaginaire collectif. Ces images douloureuses sont vite chassées par la superposition des cinq personnages. En effet, les cinq hommes dorment et se cachent complètement ou partiellement le visage d’un couvre-chef pour se protéger du soleil. Les couvre-chefs et les vêtements donnent des indications sur l’identité des personnages. Celui qui est au sommet porte une couronne. C’est donc un roi. Un roi un peu singulier qui porterait sa couronne pour se protéger des rayons du soleil. Les mains ne sont pas traditionnellement croisées sur le torse comme elles le sont sur les gisants. Pourtant, c’est un roi, avec sa couronne et sa cape. Au-dessous de lui, un homme que l’on dirait directement issu d’un film des années 50 : il porte un costume, peut-être une cravate et un chapeau mou. Un « pékin » bienheureux qui sommeille. Sous lui, un employé des postes peut-être, voire un contrôleur de la SNCF. Certainement, un fonctionnaire. Donc, un homme de modeste condition. Au-dessous, un drôle de pompier portant des baskets. Enfin, un paysan, un homme de la campagne, portant marcel et culotte et une basket (l’autre pied est nu). Les cinq hommes ont à peu de choses près la même position des bras. Par contre, la position des jambes varie comme celle de la tête.

Cinq hommes semblent dormir profondément. Cinq personnages ayant de nombreux points communs mais également des différences. La scène donne une impression de quiétude, de bien-être, d’un moment de bonheur. Pourtant, les différences pourraient avoir une signification plus politique. Cinq hommes presque semblables, mais les uns sont au-dessus des autres et tous évoquent les années cinquante (à l’exception du roi, qui est un roi de fantaisie.)

Il serait évidemment hasardeux de risquer une interprétation. J’en propose une quelque peu iconoclaste. Rappelons que cette scène quelque peu surréaliste est peinte sur la devanture de la permanence du parti politique des Républicains. Levalet ne s’est-il pas amusé à représenter sur la façade d’un parti de droite, les inégalités sociales de notre pays? Bien sûr, la superposition des cinq panneaux du rideau de fer nous a inspiré l’image des bat-flancs mais la prégnance de nos images mentales, le choc de la découverte des photographies des camps de la mort nazis est assurément une fausse piste. Pourtant, les vêtements, les chaussures, les coiffures toutes différentes ne peuvent pas ne pas avoir un sens. Dans cette hypothèse, pour que la lecture se fasse au second degré, pour faire accepter par les responsables locaux des Républicains une représentation de notre société politiquement inacceptable sur le rideau de fer de la permanence, il a situé la scène dans une temporalité floue, plutôt dans les années 50 , du moins dans une atmosphère semblable.

Simple fantaisie graphique ? Au vu de la production de Levalet, je pencherais pour une œuvre à deux niveaux de compréhension : fantaisie des portraits allongés de ces hommes pour le premier degré, représentation symbolique des hiérarchies sociales au deuxième degré, s’épargnant une pesante et ennuyeuse analyse sociologique et politique. Levalet évite le pathos et la doxa : il ne donne pas de leçons, il n’assène pas des théories de la lutte des classes. C’est un clin d’œil amusé à qui saura déchiffrer les signes. Une farce pas bien méchante faite aux Républicains qui ont accueilli ses collages et un pied de nez aux tenants du darwinisme social. C’est léger, c’est subtil. Comprends qui peut, « entre les lignes ». Et le paysan, celui qui est tout en bas, n’est pas le moins heureux des autres personnages. Foin du misérabilisme et de la lutte des classes, juste une pochade pleine d’esprit. »

Deuxième épisode: « Va et vient », une collaboration entre Levalet et Hérard.

Octobre 2016, rue Véron. Pour inaugurer l’ouverture de la galerie Joël Knafo, rue Véron[1], le galeriste avait donné carte blanche à Levalet et à Philippe Hérard. L’exposition titrée « Va et vient » a été surprenante et inédite : les deux artistes ont voulu qu’elle ne soit pas l’accrochage traditionnel des œuvres sur les cimaises mais « un fil artistique » tout au long de la rue. Utilisant les murs « en déshérence », les façades de pas-de-porte fermés, les deux larrons en foire ont proposé aux chalands un formidable jeu de l’esprit du type « marabout-bout de ficelle », voire un bel exemple de l’art d’accommoder les restes, ou « Comment, en prenant en compte les hasards et les contraintes d’une rue de Paris, on raconte des histoires drôles et surprenantes ». Banksy [2], donnera une tout autre dimension à son projet « Better out than in », mais nos deux compères ont transformé avec brio une ouverture de galerie et un vernissage d’exposition en un événement artistique ayant une dimension sociale en associant les habitants de la rue à la mise en œuvre de leur projet[3].

Episode 3. «Va et vient», suite (et fin?)

Revenons de la rue Véron, à la rue de Crimée. Les cinq collages de Levalet entre 2015 et aujourd’hui ont subi des temps l’irréparable outrage. Les deux collages inférieurs n’ont pas été dispensés des interventions pleines de délicatesse de jeunes adolescents passionnés par les arts : ils ont complété l’œuvre par l’ajout superfétatoire de zizis en majesté. Ce n’est pas bien méchant certes, mais ce n’était pas l’idée originelle de l’artiste. Ces mêmes espaces rectangulaires, à hauteur d’homme, du volet métallique de la permanence des élus Républicains ont eu quelque difficulté à traverser l’orage de la campagne présidentielle. Après les turpitudes joyeuses d’adolescents acnéiques, des insoumis, que dis-je, des révolutionnaires, voyant se profiler la victoire tenue pour certaine par tous les médias nationaux du leader des Républicains, feu François Fillon, ont collé des affiches incendiaires sur les dits panneaux de fer. Ce fut la goutte qui fit déborder le vase des Républicains de l’arrondissement. Bien que divisés sur tout, ils se mirent d’accord pour recouvrir d’une peinture blanche et virginale les deux panneaux abhorrés. Va pour les zizis, halte à la chienlit!

Et la quintuple fresque fut donc amputée de deux dormeurs ! Les trois dormeurs du haut dominaient du blanc ; pour ainsi dire, rien. L’œuvre de Levalet perdait alors son sens (du moins, le sens que je lui avais prêté en 2015). L’histoire aurait pu s’arrêter là. Que nenni! Rebondissement! Hérard qui passait par là (enfin, peut-être! A moins que nos deux complices aient eu, à propos de la fresque toyée[4], un entretien, allez savoir ?), Hérard, disais-je, a collé un de ses Gugusses sous nos trois dormeurs. Son Gugusse est fidèle à lui-même : allongé, le séant dans le creux d’une bouée, la tête dans une autre, il est comme ses camarades de farniente la tête couverte d’un couvre-chef singulier, une boite de carton. La comparaison entre les dormeurs de Levalet et celui d’Hérard est une source de comique de situation. Un sourire teinté d’une infinie tristesse pour ce Pierrot lunaire, cet idiot du village, cet Ugolin de Manon des Sources de Pagnol, cet enfant de Rustin.

Le va et vient entre Levalet et Philippe Hérard semble se poursuivre. C’est vrai dans une certaine mesure, mais seulement dans une certaine mesure. Cette phrase sibylline et obscure mérite un éclairage. Certes les trois dormeurs de Levalet sont la première proposition plastique et le Gugusse d’Hérard est une « réponse » à cette proposition. Le va et vient d’un point de vue formel est certain. Du point de vue du sens, c’est une autre paire de manches. Rappelons que le support, le rideau de fer, a cinq degrés. Les deux collages du bas ont été détruits ; reste les dormeurs du haut. Or, si on considère les trois restants, le message politique échappe. La symbolique de la hiérarchie sociale est moins claire puisque les échelons inférieurs ont été « gommés ». En l’absence d’une hiérarchie nettement marquée (roi/paysan), nos dormeurs survivants deviennent de paisibles bonshommes faisant un somme au soleil, bien loin du chaos du monde. Le rapprochement des heureux dormeurs avec la permanence d’un parti politique en crise, peut avoir une signification comique voire surréaliste. Les dormeurs deviennent, sans la compagnie des prolétaires, des damnés de la terre, des Gugusses hérardiens. La fresque amputée change de sens, ouvre des possibles, et c’est dans cette ouverture que se glisse Philippe Hérard. Complétée par un quatrième Gugusse, la fresque désormais composée de quatre tableaux, trouve une cohérence nouvelle.

Le va-et-vient est une divine surprise, la conséquence inattendue d’une petite histoire. Une histoire avec différents acteurs : les deux artistes mais aussi des vandales boutonneux et iconoclastes, des révolutionnaires d’opérette, des responsables politiques « sûrs d’eux et dominateurs ». Reste une case de vide ! Le jeu peut continuer (ce billet est une invitation à peine déguisée à M. Philippe Hérard de terminer le boulot commencé avec talent!)


[1]Galerie Joël Knafo Art, 21 et 24 rue Véron. Paris.

[2]Du 1er au 31 octobre 2017, Banksy a investi les quartiers de New York : Manhattan, Brooklyn, le Bronx, le Queens et Staten Island. Chaque jour, ses fans, ses détracteurs, la police et les curieux du monde entier ont pu suivre en temps réel son dialogue avec la rue new-yorkaise sur son site et les réseaux sociaux. Jeu de piste, chasse au trésor, galerie éphémère à ciel ouvert, son marathon artistique, unique en son genre, intitulé "Better Out Than In" (mieux dehors que dedans), a été une succession de surprises, de provocations, d'hommages et de rebondissements. Sans que le Britannique se départisse de son éternel humour (souvent potache), et de sa dérision, sur le monde de l'art comme sur son propre travail. (Le Monde)

[3] Les photographies qui illustrent le projet de Levalet et Hérard ont été prises par l’auteur en juin 2017.

[4] Les « graffeurs » qualifient de « toys » les taggeurs et autres « artistes » qui sciemment recouvrent une œuvre afin de la vandaliser. De « toy », le verbe « toyer » et ses dérivés.

Image: 

Le collage de Levalet sur le rideau de fer de la permanence des Républicains.

Détail de deux dormeurs : le fonctionnaire et le pompier.

La permanence des Républicains, rue de Crimée à Paris.

Détail du projet de Levalet et Hérard, rue Véron.

Détail du fil artistique. Deux collages, l'un de Levalet, l'autre d'Hérard.

Dans le renfoncement d'une porte condamnée, une "réponse" de Levalet à une chaussette d'Hérard accrochée à un fil à linge.

Après le décollage partiel des collages inférieurs, d'autres collages, moins artistiques.

La situation actuelle (provisoire, j'espère!)

03 septembre 2017

Il faut mourir une fois

&

Image: 

Il faut mourir une fois
Embaumé dans le ventre d'une horloge
Petits temps/Grands espaces
Ressentir une joie intense
Comme la première lumière
Ecouter la voix des animaux
Sauvages
Swinguer leurs exercices spirituels
S'ouvrir à la pluie au goût d'orange
Il faut mourir une fois
Sans attirer les mouches
Par nos boules à facettes
Petits temps/Grands espaces
Pour savoir qu'en vérité
Rien ne tient le tout

fromont, 2015

01 septembre 2017

Et voilà le «néo-communisme» belge!

Mercredi 23 août

Á chaque jour sa trumperie. Voilà le grand Donald qui s’attaque désormais à la zone Afghanistan – Pakistan – Inde. Ça ne plaît pas beaucoup à la Chine qui contrôle là-bas un fragile équilibre depuis des décennies. Elle a  immédiatement réagi. Et toujours, de la part du G.I., le même comportement flou : « Va falloir que ça change ! » clame-t-il haut et fort. Une fois encore, on a envie de lui demander : « Mais encore ? » Impossible. Son exclamation à peine lancée, il a filé à Phoenix se ressourcer en meeting devant ses partisans et vérifier qu’ils sont toujours aussi fanatisés. « C’est de la faute des autres, les politiciens de Washington et les vedettes d’Hollywood », est le constat qui s’entend dans les travées autant qu’à la sortie du rassemblement. Il y a bien deux Amériques. L’une qui toise et l’autre qui fait froid dans le dos. Le pire, c’est qu’à la Maison-Blanche, on y trouve la synthèse des deux.

Jeudi 24 août

François Hollande s’est permis d’émettre une appréciation quant au début du quinquennat de Macron, prouvant, comme il l’a d’ailleurs confirmé, qu’il n’a pas l’intention d’abandonner la politique. François Bayrou vient à son tour de s’exprimer en quelques critiques et autres doutes… Ces deux interventions reposent sur un constat commun : beaucoup de com’, pas assez de concret. Et voilà qu’à son tour, Alain Juppé envoie sa petite musique. Tout en sérénité, il s’inscrit lui aussi dans le reproche identique : « Je ne sais pas ce que c’est que le macronisme. Dire qu’on veut faire de la politique autrement, ça me fait bien rigoler. Ça fait quarante ans que je l’entends dire. Les vrais problèmes sont ailleurs : quelle éducation, quelle politique européenne, quelle politique de contrôle aux frontières européennes, quelle politique énergétique vraiment efficace ? Voilà les priorités. Le reste, c’est de la mousse [… ] Si j’avais dit ‘je suis Jupiter’, j’en aurais pris plein la gueule ». Le président de la République peut s’attendre à quelques tirs croisés bien élaborés, sans doute sans concertation préalable. Bah ! Ce sont les risques du métier… Mais c’est un peu tôt.

Vendredi 25 août

Les fous d’Allah ont frappé à Barcelone et toute l’Espagne s’est solidarisée dans l’épreuve, chagrin et hommages partagés. Le Premier ministre Rajoy et le roi Felipe se sont associés à toutes les cérémonies après avoir été actifs dans la gestion du drame et ses conséquences. La Région de Catalogne avait prévu la tenue d’un référendum sur l’indépendance par rapport à l’État central. Elle vient déjà d’avertir que les attentats et leurs suites ne changeraient en rien l’organisation du scrutin prévue le 1er octobre. On ne voit pas pourquoi il devrait en être autrement. Il est fort probable que les meurtriers ignoraient même la perspective d’un changement institutionnel chez les Catalans. Mais le fait de prévenir : « Attention ! Ne croyez pas que nous allons renoncer à notre référendum d’autodétermination sous prétexte que le peuple nous découvre ensemble pour protester contre les agressions bêtes et aveugles », ça laisse un goût amer, une sorte de résonnance dérangeante, comme le son de poubelles que l’on ramasse. Il faut oser souligner qu’il existe dans des revendications régionalistes des graines d’extrémisme identiques à celles qui nourrissent le nationalisme, et que ces graines sont parfois encore plus nocives parce que plus réductrices, souvent plus mesquines. La carte n’est pas le territoire dit-on. Que l’on ne joue pas non plus le destin du territoire à la carte.

                                                           *

Tous ces bons chiffres qui commencent à émailler l’économie française et qu’il est si laborieux, pour les observateurs, comme pour les nouveaux venu à la direction du pays, d’admettre qu’ils sont la conséquence des années d’efforts réalisés sous le quinquennat de François Hollande…

Samedi 26 août

Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères, annonce qu’en 2018, les douanes étatsuniennes viendront installer un point de contrôle à l’aéroport de Bruxelles-National (Zaventem) ce qui évitera aux personnes se rendant aux Etats-Unis de patienter dans «des files interminables» en arrivant Outre-Atlantique. On imagine comment les autorités américaines réagiront sur le territoire belge chaque fois qu’une situation suspecte se fera jour au contrôle. Il semble difficile de se vassaliser de manière plus officielle devant la grande puissance.

Dimanche 27 août

 Bernés. De nombreux électeurs de Trump se disent bernés.De nombreux Britanniques ayant voté pour le Brexit se disent bernés.
 De plus en plus d’électeurs de Macron se disent bernés. La cote de popularité du  président a perdu 24 points depuis le début de l’été. Il n’en faut pas davantage pour susciter des commentaires inquiétants. Le seul chiffre à considérer pour l’heure, c’est 5%. Macron n’a encore accompli que 5% de son quinquennat. Commenter l’actualité, ce n’est pas écrire l’Histoire.

                                                           *

Anne Sinclair tiendra une chronique en forme de bloc-notes dans le Journal du Dimanche à partir de la semaine prochaine. Le 1er mars dernier, son livre Chronique d’une femme blessée (éd. Grasset) dressait des portraits pessimistes de l’évolution de notre monde. Les sujets ne manquaient pas à ses démonstrations ou à ses états d’âme. Elle pourrait sans doute continuer sur le même ton mais on espère qu’elle relatera aussi des événements chargés de suites positives… Quant au style, sera-t-il proche de son illustre exemple Françoise Giroud ? Rappellera-t-il celui de François Mauriac ? Les comparaisons ne manqueront pas. Á tort : Anne Sinclair sera elle-même, comme toute sa vie l’a démontré.

Lundi 28 août

En visite à Jérusalem, Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, évoque son rêve, celui de voir un jour coexister deux États, un Israélien et un Palestinien. Il ne fait que réitérer un souhait exprimé maintes et maintes fois par de grandes puissances et en particulier par l’Institution qu’il dirige. Le Premier ministre Netanyahou, dans sa réponse, regrette « l’obsession absurde des Nations-Unies »… Voilà où l’on en est : le projet auquel le monde entier aspire est une « obsession absurde ». Cette suffisance passera dans les faits divers des pages internationales et Antonio Guterres, orateur courageux, mangera son chapeau comme bien d’autres avant lui.

Mardi 29 août

Emmanuel Macron estime que la France est « irréformable » ? Vraiment ? En connaît-il l’histoire ? Aucun pays démocratique n’a épuisé autant de constitutions ; d’année en année, des réformes sont élaborées ainsi que votées pour entrer en vigueur. Lorsqu’elles émanent d’un gouvernement de droite (l’élection du président au suffrage universel), elles sont combattues par la gauche ; et lorsqu’elles émanent d’un gouvernement de gauche (la réduction du temps de travail, le mariage pour tous), elles sont combattues par la droite. Mais dans tous les cas, elles entrent dans les règles de vie des Français. Le président Macron serait-il occupé à nous éclairer sur une certaine forme d’aveu d’impuissance ?

                                                           *

En 2014, Pierre Assouline avait publié un ouvrage intéressant sur les derniers mois des principaux chefs de la collaboration française (dont Pétain et Laval) repliés au château de Sigmaringen, dans le sud de l’Allemagne (aujourd’hui le land de Bade-Wurtemberg) (Sigmaringen, éd. Gallimard).  Si ce triste épisode de huit mois à partir de septembre 1944 avait fait l’objet de chapitres dans plusieurs ouvrages consacrés à la Seconde Guerre mondiale, aucune étude n’avait encore été aussi détaillée que celle-là. Il avait donc fallu attendre 70 ans pour que l’on apprenne les aléas de ce triste épisode auto-humiliant… L’audiovisuel était aussi en reste. ARTE vient de combler le vide grâce à un excellent film de Serge Moati. Une information utile, nécessaire et bien construite. Un regret cependant : pas un seul mot sur Louis-Ferdinand Céline, pourtant réfugié parmi la clique des ultimes partisans français d’une victoire allemande.

Mercredi 30 août

La Belgique est quand même un pays où le loufoque n’a d’égal que le sérieux avec lequel on le cultive. Dans quelques semaines, les historiens vont se pencher sur le centième anniversaire de la Révolution d’Octobre, un événement extraordinaire qui a nourri les plus fabuleuses espérances et engendré les déviances les plus atroces. Une époustouflante tempête qui s’éteignit sept décennies plus tard mais dont les antécédents et les enseignements, voire les leçons et les influences, n’ont pas fini d’alimenter les méditations sur la marche de l’humanité comme sur ce XXe siècle infernal que Victor Hugo imaginait d’or et qui fut surtout de feu. C’est le moment qu’au pays de Tintin, une nouvelle insulte apparaît dans le microcosme politique : « communiste » ! On avait déjà eu « marxiste », très suranné, « espèce de pauvre ! », une diatribe qui faisait mauvais genre dans la bonne société. Elle fut remplacée par « prol », sans doute l’abrégé de « prolétaire », plus acceptable. Et maintenant, voici « communiste ! », exclamation provoquée par la publication d’un livre d’Elio Di Rupo, président du Parti socialiste (Nouvelles conquêtes, éd. Luc Pire). L’auteur propose-t-il l’appropriation des moyens de production par la classe ouvrière ? Non. Envisage-t-il de transformer l’agriculture belge en kolkhozes ? Pas le moins de monde. Pense-t-il à expatrier la famille royale ? Encore moins. Des camps de travail alors, une police secrète, du rationnement, la confiscation des biens de riches… ? Non, non et non. Il imagine de nouvelles avancées sociales, des réformes qui s’inscriraient dans l’optique d’égalité chère aux socialistes. Le plus piquant et cocasse de l’affaire, c’est que le qualificatif « communiste » est lancé par Benoît Lutgen, le président du parti démocrate-chrétien qui abandonna cette appellation en kidnappant le terme « humaniste », devenu inutilisable dans le royaume par le risque de confusion. Ne plus oser affirmer sa propre identité tandis que l’on trafique celle des autres, ce n’est pas très chrétien tout ça. Quant au Premier ministre libéral, Charles Michel, il ne peut que s’amuser de ces bisbilles sémantiques dont pour l’heure il engrange les dividendes. Il n’a cependant pas osé employer le mot qui blesse. Dans un récent entretien, il qualifie Di Rupo de « néo-communiste », comme pour alléger la charge. Il sait pourtant que « néo-libéralisme » n’assouplit point  l’idéologie dont il se réclame.

Jeudi 31 août

Le Texas connaît des inondations catastrophiques à la suite du passage de l’ouragan Harvey. Donald Trump a promis de donner 1 million de dollars aux déshérités à partir de son compte personnel. Nous voici dans la négation même de la politique. Le peuple – et les victimes en particulier – ne pourront  que saluer la générosité du président, mais ce n’est pourtant pas dans ce rôle qu’on l’attend, générosité mal ordonnée, confusion des actes, dépréciation de l’État que l’on dirige et que l’on représente, déviance d’attitude, degré zéro de la politique.

                                                           *

On connaît la réflexion de Charles de Gaulle en guise de portrait de son ami Malraux : « Brumeux avec quelques éclaircies ». Dans les années ’20, Drieu La Rochelle disait déjà : « des éclairs et de la fumée ». Il n’y a pas de doute : cet homme-là devait achever sa mort au Panthéon.

 

Image: 

Traité de communiste et de néo-communiste, le socialiste Elio Di Rupo se dit, lui, « écosocialiste ». Photo © RTL

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