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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

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Regard hérétique par Paul Delmotte par Paul Delmotte

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06 août 2017

Péninsule arabique: la diagonale des Pharisiens

La couverture médiatique de la crise qui a éclaté début juin à propos du Qatar, dans le centre-est de la péninsule Arabique, contraste de façon étonnante avec le silence assourdissant de nos médias face à la tragédie qui en ravage le Sud-ouest, au Yémen.

Même si elle semble être quelque peu retombée au cours de la dernière semaine de juillet, la fièvre qui s’est emparée pendant plus d’un mois de nos journaux suite à la rupture des relations diplomatiques et à l’embargo décrété par l’Arabie saoudite, le Bahreïn et les Emirats arabes Unis contre le «vilain petit Qatar»[1] n’a pas manqué de surprendre.

Un nouveau «Sarajevo»?

Voici en effet un conflit, nourri de contentieux quasiment aussi anciens que l’existence de ses protagonistes, qui, d’emblée, fait hurler au risque de guerre – Foreign Policy l’a comparé à l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand - alors que les dits protagonistes sont tous de fidèles alliés des Etats-Unis et que ces derniers ont déployé sur leurs territoires respectifs d’importants effectifs et ressources militaires. Moyens au demeurant vitaux pour les opérations de Washington, tant en Syrie, qu’en Irak et qu’en Afghanistan.

Un conflit, rappelons-le, engagé au lendemain d’une visite à Riyad, le 21 juin, de Donald Trump. Trump dont le discours semble avoir convaincu deux hommes forts régionaux - le prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman et son confrère d’Abou Dhabi et dirigeant de la fédération des Emirats, Mohammed Ben Zayed Al-Nahyan, dits MBS et MBZ - que l’heure était venue d’en finir une fois pour toutes avec les velléités d’autonomie de Doha. Et, même si leur décision a été prise à l’insu du «parrain» étasunien, l’on a là un nouvel épisode de l’incompétence bavarde du nouveau président américain, dont une fois de plus l’entourage, e. a. le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson, a dû «recadrer» les propos boutefeux à l’égard du Qatar.

Un conflit aussi dont les raisons avancées éberluent le commun des mortels. L’Arabie saoudite, l’Egypte et les EAU accusent en effet le Qatar de «soutenir le terrorisme» (une antienne assurée d’une bonne audition dans l’opinion occidentale). A savoir celui de l’Etat islamique, d’Al-Qaïda et de sa filiale syrienne, le Front-Al-Nosra devenu le Tahrir-ash-Sham, mais aussi les Frères musulmans. Outre les abimes d’hypocrisie, on s’amuserait presque de voir Riyad imputer au Qatar des reproches qui n’ont cessé de lui être adressés. En partie à tort, il est vrai : le professeur Joas Wagemakers, de l’université d’Utrecht[2], nous rappelle combien faire de l’Arabie saoudite «la mère de Daesh» est un raccourci facile. Même s’il est indéniable que le wahhabisme saoudien partage en grande partie avec ces organisations – dont l’Etat islamique - leur idéologie salafiste, le royaume a lui-même subi des attentats du groupe d’Abou Bakr Al-Baghdadi. Il est clair que l’on assiste ici à un règlement de comptes entre le wahhabisme «institutionnalisé» de Riyad et des émules jugeant cet «assagissement» intolérable et impie…

Par ailleurs, le Qatar, également wahhabite, apparaît en comparaison comme plus «ouvert» que son grand voisin. Une «ouverture» qui ne doit toutefois occulter ni la dictature et la mainmise sur l’économie de la presqu’île de la famille régnante, ni les conditions de travail infligées à ses travailleurs migrants que The Guardian a récemment assimilées à «de l’esclavage moderne», ni des relations plus que troubles avec le «terrorisme».

En effet, l’«ouverture» qatarie tient principalement, primo, à une quête effrénée d’appuis - grassement rémunérés – chez des acteurs extérieurs à la péninsule: les Etats-Unis, la France, mais aussi l’Iran. Histoire de s’assurer autant d’autonomie que possible face à l’hégémonisme du «grand frère» wahhabite. Et, secundo et liée à cette quête, une attitude fort démarquée de celle de Riyad vis-à-vis des «printemps arabes». Que ce soit en Egypte avec un soutien affirmé à l’ex-président Mohamed Morsi, en Libye ou en Syrie. La famille régnante du Qatar ne s’est en effet pas autant alarmée que celles de l’Arabie saoudite ou des Emirats face aux soulèvements populaires contre les «Pinochets arabes» (dixit François Burgat) que le monde a connus en 2011. Là où Riyad et d’autres de ses associés du Conseil de coopération du Golfe (CCG), se sont empressés d’envoyer des troupes écraser le «printemps» au Bahreïn, Doha semble avoir décidé de «prendre le train en marche» en soutenant les insurrections. Là intervient à mon sens un élément décisif du contentieux: les Frères musulmans. A l’opposé d’une fréquente tendance à les assimiler peu ou prou aux jihadistes, Les Frères et leurs proches en politique semblent en effet avoir démontré leur disposition à s’approprier le «jeu démocratique». Le Front islamique du Salut algérien hier, ensuite les partisans de Mohamed Morsi en Egypte, Ennahda aujourd’hui en Tunisie illustrent à mon sens cette évolution. Pour ce qui est du Qatar, la chercheuse algérienne Tourya Guaaybess[3] nous montre combien, du moins à ses débuts, la chaîne télévisée qatarie Al-Jazira a été «investie» par les Frères musulmans pour se faire la porte-parole des insurgés des dits «printemps». Et devenir, de ce fait la bête noire des potentats saoudiens et émiratis…

Plus, le journaliste britannique «politiquement incorrect» Robert Fisk[4] nous livre une dimension supplémentaire de la poussée de hargne contre le Qatar: celle de la compétition économique. Et cela dans un contexte où toutes les pétromonarchies du Golfe se voient affectées par la baisse des cours et poussent leurs technocrates à élaborer de nouvelles «visions» de leur avenir économique, moins liées aux hydrocarbures. Ainsi, le retournement de situation en Syrie inaugurerait une ère de reconstruction où Doha s’avère bien mieux placé. Grâce à sa diplomatie tous azimuts», le Qatar a maintenu, contrairement à l’Arabie saoudite, des «liens tranquilles» avec Damas qui, de surcroît, a à son égard une dette considérable. Le cauchemar de Riyad serait donc, selon Fisk, de voir sous peu le Qatar inonder la Syrie de ses investissements et s’y rendre maître d’une nouvelle route du pétrole du Golfe vers la Méditerranée. Tout en y élargissant son empire médiatique honni.

«Arc chiite» vs «bloc sunnite»

Ce conflit au sein du CCG est, à l’évidence, une conséquence directe des prétentions hégémoniques de Riyad. Si l’irrédentisme péninsulaire des Saoud s’était apaisé – découvertes pétrolières et vigilance britannique aidant - entre les deux guerres, ceux-ci n’ont toutefois jamais cessé de se poser en suzerains et à voir en leurs petits voisins des vassaux aux ordres. Le départ des Britanniques du Golfe, en 1971, puis la chute du Shah, en janvier 1979, avaient incité le royaume à prétendre remplacer l’Iran en tant que «gendarme du Golfe». Avec peu de succès du fait de ses faiblesses inhérentes, e. a. démographique. Ce dont Barack Obama semble avoir pris conscience en entamant un rapprochement avec Téhéran.

Conséquence de l’aventurisme de George W. Bush, le retour en force de l’Iran en Irak, puis en Syrie, a conduit le soft power saoudien à brandir la thèse d’un «arc chiite» menaçant la majorité sunnite au Proche-Orient. Thèse qui s’avère en premier lieu, analyse Clément Therme[5], un «slogan politique» des régimes sunnites autoritaires, en riposte au concept d’"axe de la résistance" (contre l’Occident et Israël) des Iraniens. Ensuite un «vecteur de stabilisation politique interne» face aux velléités de «printemps arabes». Enfin, l'anti-chiisme militant de Riyad est aussi un moyen de concurrencer sur son terrain, nous dit Pierre Conesa[6], le «défi mortel» à la légitimité religieuse des Saoud qu’est Daesh.

Une idée simple, même fausse, dit-on, "passe" plus facilement qu'une idée complexe et reflétant donc mieux les réalités. Riyad a réussi le tour de force de transformer aux yeux du monde des conflits avant tout politiques et sociaux en guerre confessionnelle. Le mythe d’une guerre fondamentale entre sunnites et chiites ne résiste en effet pas à l'examen. Comment expliquerait-il en effet - simples exemples - l’aura dont bénéficiait encore récemment le Hezbollah, chiite, dans l’ensemble du monde

arabo-musulman? Ou, jusqu’il y a peu, le soutien iranien au Hamas palestinien, sunnite?

L’on notera aussi que, face à son petit voisin wahhabite,  Riyad a préféré s’allier aux EAU, dont la minorité arabe de souche (11,5% de la population) et la dynastie au pouvoir sont sunnites, mais de rite malékite. Des EAU, encore plus virulemment hostiles aux Frères musulmans (sunnites) et qui, «puissance militaire montante du Moyen-Orient"[7], nous dit Le Monde (26-27.6.16), préfèrent - pour l’instant? - ne pas faire d’ombre à Riyad et forment le second fer de lance de la coalition qui mène la guerre au Yémen.

Sur l’autre rive

La plupart des observateurs s’accordent pour juger le soutien militaire iranien à la rébellion yéménite comme plutôt modeste. Le lancement par l’Arabie saoudite de son agression au Yémen s’inscrit donc bien dans les prétentions hégémoniques des Saoud. Fin 2014, la marche victorieuse sur Sanaa puis sur Aden des rebelles houthis, en très mauvais termes avec Riyad depuis des années et de surcroît chiites zaydites, a dû apparaître comme insupportable. Plus, alliés potentiels de l’Iran, les houthistes risquaient de prendre le royaume à revers...

L’autre guerre de la péninsule - une vraie, celle-là - déclenchée fin mars 2015 (deux ans déjà!) avec l’opération Tempête décisive, et qui a déjà fait 10.000 morts, à 60% civils, et près de 50.000 blessés, plongé 2 millions d’enfants dans une malnutrition semble par contre totalement désintéresser nos «stars du JT» et leurs confrères. Comme le note un observateur, il a fallu qu’un tir de missile soit intercepté le 27 juillet non loin de La Mecque pour que le mot «Yémen» réapparaisse dans la presse occidentale…

Pourquoi ce black-out?

Le Monde, qui ce 1er août a eu le mérite de briser quelque peu le silence médiatique, l’attribue en éditorial aux protagonistes du conflit eux-mêmes, qui ferment le pays aux journalistes. L’argument, me semble pour le moins faible. La Corée du Nord, tout aussi barricadée, ne figure-t-elle pas régulièrement en bonne place dans notre «information» ?

Il est vrai que, vu l’embargo maritime de la coalition saoudienne, le conflit au Yémen – nième «querelle d’Arabes», n’a jusqu’à présent en rien menacé les «routes du pétrole» sur lesquelles veillent jalousement des escadres occidentales et même chinoises. Et que risquerait de troubler une aggravation du conflit avec le Qatar.

Jouent sans doute aussi les «affinités» atlantistes : si B. Obama avait soutenu, sans trop de conviction, l’intervention saoudienne au Yémen, son successeur vient par contre d’apporter un soutien sans faille à Riyad. Au Yémen comme au Qatar.

Et enfin, bien sûr, il y a la loi du mort-kilomètre…

 

[1] Référence au titre de l’ouvrage, féroce envers le Qatar, de Nicolas Beau & Jacques-Marie Bourget, Fayard, 2013

[2] Moyen-Orient, n°33, janvier-mars 2017

[3] Chercheuse au «laboratoire» Communication & Politique au CNRS, in Diplomatie, n°17, novembre-décembre 2005

[4] Information Clearing House, 11.6.2017

[5] Diplomatie, n° 16, août-septembre 2013

[6] Manière de Voir, n°143, juin-juillet, 2016

[7] Selon le Stockholm International Peace Research Institute, les EAU sont passés de la place de 16e importateur d'armes en en 2011-2015, à la 4e, "juste derrière l'Inde, la Chine et le voisin saoudien"

 

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Du pétrole dans les rouages de la géopolitique. Photo © D.R.

02 août 2017

Cannibalisme pipeul

Mercredi 26 juillet

 Quel est le titre principal de l’actualité aujourd’hui en France ? Les feux de forêt qu’un vent continue d’attiser en Corse, dans le Var, à La Croix-Valmer ou en proximité de Bormes-les-Mimosas ? Les 5 € amputés aux aides au logement que La France insoumise conteste fougueusement à l’Assemblée ? L’amateurisme qui ne cesse d’engendrer des gaffes de la part des députés La République En Marche dans ladite Assemblée ? La hausse des impôts décrétée par le gouvernement Philippe ? Les négociations tendues sur la réforme du Code du Travail ? On n’y est pas. Non, ce qui fait le buzz (comme on dit désormais), c’est Brigitte Macron qui reçoit Rihanna, la chanteuse barbadienne. Comme elle l’avait fait pour Bono, le chanteur de U2, lundi, elle la reçoit en maîtresse de maison, bien entendu, c’est-à-dire à l’Élysée, avec la pratique due à un chef d’État : attendue sur le haut du perron, l’invitée en gravit les marches et avant d’entrer dans le palais, son hôte lui propose d’accomplir un demi-tour vers les photographes pour immortaliser l’accueil et alimenter les magazines pipeuls. Faut-il (encore) préciser que la République n’élit pas le conjoint du candidat et qu’en conséquence, la Constitution est muette sur l’éventuel statut que l’épouse du président pourrait détenir ?

Jeudi 27 juillet

" La Libre Belgique", journal sérieux et même parfois sévère, semble se réjouir d’un cannibalisme naissant. Elle annonce que la société américaine Burger King, plus aguichante encore que Quick ou Mc Donald’s, aura en fin d’année ouvert des lieux de bouffe dans huit grandes villes du pays (Anvers, Bruxelles, Charleroi, etc.) D’ores et déjà, les quelques comptoirs existants ont vendu 37.000 Whopper, le produit-phare de ce fast-food, un hamburger inventé par le créateur de la marque, où les condiments et les sauces (américaines bien entendu) débauchent les papilles gustatives. Tandis que se développe un courant de plus en plus raffiné d’alimentation garantie bio, les marchands de nourriture merdique prolifèrent et prospèrent. En France un salarié au SMIC sur quatre est obèse. Normal : dans une bonne société capitaliste régulée par le libéralisme (« c’est le marché qui fait la loi »…), les plus aisés le sont toujours davantage et il en va de même pour les plus démunis. Coluche y avait même concerné le Tout-Puissant : « Dieu a dit : ‘il faut partager : les riches auront de la nourriture, les pauvres de l’appétit.’ »

Vendredi 28 juillet

 Après le lancement réussi d’un nouveau missile, en Corée du Nord, Kim-Jong-Un déclare : « Tout le territoire américain est désormais à notre portée. » Ça va finir mal… !

                                                           *

 Sans conjonction de dates-prétextes, Jean-Jacques Rousseau est l’auteur plus souvent évoqué dans les dossiers que les magazines proposent pendant la période creuse de l’été. Le philosophe du "Contrat social" est commenté pour rappeler qu’il n’y a pas de liberté sans égalité. « Rousseau, écrit Charles Dantzig dans son Dictionnaire égoïste de la littérature française, je le trouve plus intéressant par ce qu’on a à lui répondre que par ce qu’il dit. » Pas faux, hélas !...  Et pour lui répondre, il importe tout simplement d’observer les titres des gazettes.

Samedi 29 juillet

 La création du mouvement scout a 110 ans aujourd’hui et l’on attend toujours une grande biographie de Baden Powell, son créateur (1857-1941), depuis que le MI-5 (services secrets britanniques) a, le 8 mars 2010, déclassifié des documents relatifs à ses relations avec les fondateurs des Jeunesses hitlériennes. Powell ne semble pas avoir été attiré par le dictateur allemand. Il est fort probable que c’est plutôt Hitler qui voulait faire la connaissance du militaire britannique afin  d’organiser la relève au sein du parti nazi. En 1937, son mouvement n’avait que 30 ans mais Powell en avait 80, un an de moins que Pétain. Loin de ces considérations, de nombreux enfants et adolescents pratiquent ces jours-ci un scoutisme de convivialité en découvrant les beautés de la nature. Ils se considèrent les héritiers de Baden Powell en toute innocence. Cette innocence doit subsister. Elle ne doit pas pour autant occulter l’ignorance.

Dimanche 30 juillet

 Poutine renvoie 755 diplomates étatsuniens basés à Moscou. L’information est intéressante, mais plus intéressante encore est la manière dont ils seront accueillis en Trumperie. Et ça, l’histoire ne le racontera pas. Il faudra qu’un film d’espionnage nous l’apprenne sous la forme d’une fiction. Un beau sujet pour Steven Spielberg.

                                                           *

 Le mal du Venezuela, ce qui conduira le pays à la guerre civile, ce n’est pas la gauche ou la droite, l’extrême gauche ou le néolibéralisme, ce sont les doctrinaires de tous bords. Et la fière population, patriote et volontariste, en est évidemment la première et triste victime, quelle que soit son appartenance  politique.

                                                           *

 Google, Appel, Facebook, Amazon… Ces nouvelles poules aux œufs d’or parviennent à bénéficier d’une certaine immunité fiscale. Tout le monde le sait mais personne ne comprend vraiment pourquoi. Ne pas aller chercher l’argent où il est, c’est un vieux principe de pouvoir qu’un régime aime pratiquer pour garder le pouvoir.

Lundi 31 juillet

 Elle naquit un 23 janvier, comme Stendhal. Elle est morte un 31 juillet, comme Saint-Exupéry. Aujourd’hui, pas besoin de l’irritation de Gilles Jacob (comme la semaine dernière à propos de Claude Rich) pour espérer un hommage audiovisuel. Beaucoup de chaînes ont annoncé des modifications de programmes. ARTE montra l’exemple en premier : elle diffusera ce soir Le Journal d’une femme de chambre, cet ardu roman d’Octave Mirbeau adapté à l’écran par Luis Buñuel et ensuite le merveilleux Jules et Jim de François Truffaut (1962). France 2 a préféré Viva Maria (Louis Malle, 1965) mais ce sera pour demain, et à 23 h 20. Autant dire que c’était par principe uniquement, afin de ne pas faire piètre figure. Les amateurs de séries policières verront donc bien Major crimes ce soir, audimat oblige. Cela dit, le service public de la télévision française serait bien embêté si demain, une grande figure du cinéma imitait l’éblouissante Jeanne Moreau…

                                                           *

 Los Angeles a passé un accord avec le Comité International Olympique (CIO) pour organiser les Jeux en 2028. En conséquence, Paris les organisera en 2024. Les Californiens ne voulaient pas que Trump soit encore président au moment de la manifestation sportive la plus suivie dans le monde. Et Macron ? Aura-t-il été réélu en 2022 pour inaugurer l’événement deux ans plus tard. Un pronostic, à pareille distance, ne serait pas crédible. Pas même convenable.

 

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Jeanne Moreau, présidente du Jury lors de la 54e édition du Festival de Saint-Sébastien (2006). Photo DR

01 août 2017

Jean-Charles de Castelbajac, street artist

Quand j’ai découvert, au début du mois de juin 2016, les peintures de Jean-Charles de Castelbajac, invité par l’association Art Azoï à peindre le mur Karcher, rue des Pyrénées à Paris, j’ai été, le mot est faible, surpris. Je connaissais, à vrai dire, vaguement, le créateur de mode, le costumier, le designer, l’auteur et le collectionneur. Je savais ne pas tout savoir du street art (ce qui demeure vrai aujourd’hui !), mais j’ose le confesser, j’ignorais tout de « Jean-Charles de Castelbajac-street artist ». Une belle occasion donc de faire plus ample connaissance.

Le mur long (plus de 40 mètres) et de faible hauteur (de 1 m sur un côté à plus de 2 mètres cinquante de l’autre ) représente de nombreux personnages : on reconnait des enfants, des garçons et des filles (ils sont d’ailleurs identifiés par leurs prénoms), des animaux, des maisons avec des toits à double-pente, comme continuent à en dessiner et à en peindre les enfants d’aujourd’hui (le plus souvent avec une cheminée sur le toit qui fume, une porte et des fenêtres, et des nuages, et le soleil rond et jaune avec des rayons dorés tout autour !) Le mur est une galerie de personnages qui existent certainement quelque part ailleurs que dans la tête de l’artiste et ces personnages évoluent dans un monde qui est celui de l’imaginaire enfantin.

Le style de De Castelbajac se caractérise par un fond blanc, des personnages dessinés d’un trait noir épais (un peu comme la « ligne claire » d’Hergé), et des aplats de couleurs très vives, le plus souvent des primaires, se superposant aux représentations premières. La galerie de portraits d’enfants est rythmée par ces aplats de couleurs. Le mur n’est pas un récit, conçu sur le modèle de la bande dessinée ; il ne raconte aucune histoire. Il nous montre des enfants et leurs images, peintes par un « enfant ». Bien sûr, l’artiste imite le dessin d’enfant et sa « naïveté » (voire sa maladresse !). Il fait semblant de ne pas bien dessiner, de ne pas bien peindre. Il est d’ailleurs significatif que des dessins d’enfants dessinés au feutre fin viennent apporter à certains endroits une touche d’ «authenticité », une vérité feinte, comme s’il était nécessaire pour De Castelbajac de donner des preuves de l’origine enfantine de son œuvre.

Nous sommes évidemment bien loin d’un dessin d’enfant véritable. La composition, le rythme de la frise, les « chevauchements » entre dessins « de fond » et aplats colorés sont bien trop « savants » pour être un vrai dessin d’enfants. En comparant cette œuvre aux autres créations de l’artiste, nous reconnaissons un style, une identité plastique. Le street art de De Castelbajac est du « De Castelbajac », sans aucun doute. Il est vrai que l’artiste, dans le passé, a souvent revendiqué une parenté avec le dessin d’enfant et que le choix des couleurs est aussi, quelque part, un emprunt aux peintures enfantines. Les jeunes enfants ne s’embarrassent pas de délicates nuances, de subtiles harmonies. Ils aiment les couleurs « fortes », celles qui, juste sorties du tube, éclaboussent de leur éclat : les rouges, les noirs, les jaunes, les verts, les bleus.

Difficile de prendre au sérieux les propos de De Castelbajac dans son entretien du 13 décembre 2014 donné à Télérama quand il définit le street art comme « un art de la résistance », et qu’il affirme sans sourire que « la rue est un parcours initiatique » et que son art a « une dimension ésotérique ». Je suis tout prêt à le suivre, mais pas peut-être pas jusque-là ! D’autant plus que ces interventions dans la Ville démontrent le contraire !

Doit-on pour autant porter un jugement péjoratif sur son travail dans la rue ? Somme toute, d’autres peintres, et non des moindres, ont revendiqué une parenté avec le dessin d’enfant (je pense à Picasso, à Kandinsky, à Dubuffet, à Michaux, à Matisse etc.). Il est vrai que De Castelbajac a rencontré, dans les années 80, Jean-Michel Basquiat et Keith Haring et que son intérêt pour le street art vient de là et donc de loin ! Ses très nombreuses « improvisations contrapuntiques » à la craie sur les murs de Paris, sur les vitres, bref sur tous les supports à sa libre disposition, faites dans l’instant de quelques traits, sont de poétiques parenthèses dans l’environnement urbain et des clins d’œil marquant son passage, comme un blaze, ainsi que des sourires donnés sans contrepartie aux passants. Un acte « gratuit », un dessin-cadeau, un clin d’œil comme un sourire. C’est beau et c’est fragile ! Quelques gouttes de pluie et les traits s’estompent et s’effacent, pour toujours. De Castelbajac fait des « petits dessins » comme les écrivains écrivent des notes en marge ; il commente les choses vues avec une distance qui concourent à créer un espace poétique.

Son intérêt pour le street art date de plus de 30 ans, une constante attention aux images de l’enfance, un style qui ne cède pas aux courants dominants, un style qui traverse et irrigue toutes ses créations, De Castelbajac détonne, surprend, enchante, amuse, dans la rue et ailleurs.

C’est un touche-à-tout certes, mais comme le furent d’autres personnalités singulières. On pense bien sûr, à Jean Cocteau pour la pureté de la ligne. Nous y retrouvons une certaine grâce, une légèreté disons-le, un bonheur de créer qui tranche avec les philosophes bougons, les contempteurs du malheur qui s’y vautrent et s’y complaisent.

Alors, foin des prédicateurs d’apocalypse et des tristes figures, ne boudons pas notre plaisir, partageons la joie d’être au monde, heureux comme le sont les enfants.

1. Les photographies sont de l'auteur.

 

 

Image: 

La forme noire, quasi humanoïde, est comme l'écorché d'un immeuble : des "habitants" sont dessinés au feutre fin.

Une variation fantaisiste d'un portrait ; les yeux sont des visages.

Un foisonnement des visages d'enfants. Deux postures sont privilègiées : de face et de profil.

Une forme animale rouge, en aplat, recouvre partiellement des "dessins" d'enfants, des vrais et des réinventés.

Un portrait en buste, mêlant trait et lettrage poétique en cursive.

Une "figure" de l'ange.

Une frise qui évite la narration et la répétition des motifs.

31 juillet 2017

Tout recommence aujourd'hui

.

Image: 

Mort
Abandonné
Gonflé par l'eau
Attiré par le feu
Déplacé par le vent
Aspiré par la terre
Enraciné
Silencieux
Prêt pour la vie
Pour un lent décollage
Vers la lumière
Qui en parle ? Tous en parlent
Un doigt sur les lèvres

Trois silhouettes tranquilles assistent à ce rituel secret
Les pieds dans la boue
Ils regardent l'orage qui passe
Le ciel en feu
Crache ses glaces
Le premier grêlon tue le premier perce-neige
L'arbre résiste
Pétards
Pétards
L'obscurité efface les silhouettes
Trois points de suspension
Le silence à nouveau
Retour du ciel bleu

Des morts
Abandonnés
Gonflés par l'eau
Attirés par le feu
Déplacés par le vent
Aspirés par la terre
Enracinés
Silencieux
Prêts pour la vie
Pour un lent décollage
Vers la lumière
Qui en parle ?
Tous en parlent
Un doigt sur les lèvres

Tout recommence aujourd'hui

26 juillet 2017

« Il faut que tout change pour que rien ne change »

Dimanche 16 juillet

 Agnès Varda (88 ans) et son ami JR visitent quelques petits villages de France, depuis les corons du nord jusqu’aux ruelles fleuries du Vaucluse. Leur véhicule est un camion transformé en atelier-laboratoire de photographie que JR utilise à merveille pour mettre en scène les gens qu’ils rencontrent. Épatés, ceux-ci livrent leurs témoignages et leurs émotions, transformant ce documentaire en une charmante aventure humaine. Visages Villages a été primé à Cannes dans sa catégorie. On ne peut que saluer la décision du jury. Et le remercier : sans elle, ce film n’aurait pas été projeté dans le circuit des salles commerciales.

Lundi 17 juillet

 Il a suffi que deux sénateurs républicains refusent de voter contre la réforme de la Santé (Obamacare) pour que Trump soit contraint d’abandonner l’une des mesures emblématiques exposées durant sa campagne. Il lui reste la possibilité d’en appeler au congrès mais celui-ci ne votera jamais la suppression d’une assurance-maladie  dont pourront bénéficier une vingtaine de millions de citoyens. Que toutes les droites se le tiennent pour dit : les conquêtes sociales, même aux États-Unis sont considérées comme des acquis inaliénables. Malheur à celui qui les remet en question.

Mardi 18 juillet

 Des milliers d’affidés dans les rues… Des milliers d’opposants dans les prisons… Discours enflammés, menaces permanentes. Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. Comme on le prétendait du temps de Pinochet, il n’y a pas une feuille qui tremble sur un arbre de son pays sans qu’il ne le sache. Et pourtant, tout cela est fragile, friable… Un jour Recep Erdogan va s’effondrer absolument, avec son pouvoir absolu.

                                                           *

 En janvier 1815, Louis XVIII fit exhumer le corps de Marie-Antoinette. Chateaubriand, dans ses "Mémoires" : « Au milieu des ossements, je reconnus la tête de la Reine, par le sourire que cette tête m’avait adressé à Versailles. » Les grands hommes aussi savent dire des bêtises.

Mercredi 19 juillet

 Parmi les faits inédits sous la Ve République, on notera donc la démission du chef d’état-major des Armées Pierre de Villiers. Faute. Le mot revient dans tous les commentaires à propos d’Emmanuel Macron qui avait déclaré devant les responsables de la Défense nationale, lors de la traditionnelle réception du 13 juillet au ministère, rue de Brienne : « Je suis votre chef… » « Faute juvénile » diront même d’autres hauts gradés qui n’hésitent pas à s’exprimer sur antennes tandis qu’un député socialiste estime qu’il serait bon de rappeler au président « qu’il n’est pas Louis XV ». 850 millions d’euros seront amputés au prochain budget des armées. Le chef d’état-major n’était pas d’accord avec ce coup de hache. Ce sentiment aurait dû accoucher d’une discussion entre son ministre de tutelle (éventuellement le Premier ministre) et lui-même. Le président n’avait pas à s’en mêler d’emblée, même s’il est constitutionnellement le chef des Armées, comme il aime à le rappeler publiquement. Sa réaction sanguine surprend ou dérange. On rapporte que dans les rangs du groupe des députés En marche !, il y aurait aussi de la grogne. Ce n’est qu’une péripétie gonflée par une atmosphère orageuse. Macron veut montrer qu’il se démarque de la méthode Hollande, lequel recherchait le compromis à tout prix. Soit. Les Français ont sans doute besoin d’un président autoritaire, sûrement pas d’un président qui pratique l’autoritarisme.

                                                           *

 Le Conseil supérieur de l’Audiovisuel autorise TF 1 à interrompre ses JT pour diffuser des messages publicitaires. Un jour viendra où il sera possible de capter des messages concernant la marche du monde à travers des émissions consacrées à des annonces publicitaires.

Jeudi 20 juillet

 La semaine dernière, Trump était à peine chez lui, retour de Paris,  que Macron s’était empressé de confier au "Journal du Dimanche" l’essentiel de leurs conversations. Ce que j’ai dit à Donald Trump, c’est un titre qui dope les ventes et qui muscle son homme. Mais voilà : Donald Trump vient d’accomplir un exercice équivalent avec le "New York Times" et apparemment, son témoignage est souvent très différent. On aura tendance à considérer que Macron parlait vrai et que Trump débloque un peu. « Macron adore me tenir la main » devient la phrase emblématique de ces confidences. Oui, Trump déraille, sans aucun doute. Mais précisément, le président des États-Unis a plus d’une fois déjà démontré le caractère improbable voire farfelu de ses attitudes et déclarations. Il n’y a pas de raison pour qu’il soit plus crédible avec Macron qu’avec d’autres. Angela Merkel l’a, quant à elle, perçu depuis longtemps ses élucubrations…

Vendredi 21 juillet

 Ces dizaines (centaines ?) de rassemblements populaires où la gaieté sent bon la joie de vivre, qui éclot grâce à un festival, un concert, ou tout simplement un cadre bucolique propice à la détente quand les beaux jours fleurissent, que d’occasions pour les meurtriers djihadistes d’accomplir un carnage ! On se réjouit que la dynamique de la vie surpasse les craintes du malheur mais chaque fois que des images reflètent des moments de réjouissances, on ne peut retenir une sourde inquiétude qui ramènerait le drame dans l’éblouissement de l’été.

Samedi 22 juillet

 Pour exprimer sa recherche d’une pensée de la nation, Ernest Renan avait publié des textes écrits entre 1869 et 1871 sous le titre La Réforme intellectuelle et morale de la France. Un siècle et demi plus tard, ce projet n’est pas drapé dans l’archaïsme, bien au contraire… Le guépard règne en maître sur la jungle du pouvoir et la phrase que Lampedusa rendit célèbre dans le roman éponyme n’a pas pris une ride : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». (Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Le Guépard, éd. du Seuil, 1959)

Dimanche 23 juillet

 Lorsque l’on évoque le dosage entre personnalités progressistes et conservatrices dans la composition du premier gouvernement du quinquennat Macron, l’exemple de Bercy vient automatiquement. L’Économie et les Finances sont effectivement gérées par la droite, bien campée sur ces portefeuilles-là. Plus capitale toutefois est la désignation de Jean-Michel Blanquer à l’Éducation nationale. On n’est pas ici dans les chiffres mais dans les valeurs, et jusqu’à présent, l’homme n’a pas encore dégagé une fibre républicaine très affirmée. Dans ce département-là, il faut bouger, constamment réformer, être en mouvement. Blanquer consacrera une grande partie de son été à la rentrée scolaire. C’est alors que l’on sera en mesure d’apprécier ses choix et ses pistes d’action. Il vient de dévoiler quelques traits de sa pensée au Journal du Dimanche et des affirmations laissent un peu en attente de concrétisation. Que veut dire le ministre de l’Éducation lorsqu’il affirme : « Le vrai ennemi, c’est l’égalitarisme » ? Que prépare-t-il quand il souligne : « Je ne vois pas pourquoi n ne pourrait pas s’inspirer du privé » ?  Certes, qu’il veuille diriger son ministère très exactement à l’inverse de Najat Vallaud-Belkacem qui l’avait précédé - en laissant du reste un bilan tout à fait acceptable par les syndicats d’enseignants comme par les étudiants - , on le sait déjà depuis deux mois. Mais encore ? S’il souhaite laisser trace, comme tout son itinéraire en témoigne, ce juriste proche de Baroin se distinguera dans quelques semaines. Pour l’heure, un sentiment au moins peut déjà être bien décrypté, c’est son affirmation : « Je perçois Brigitte Macron comme la prof ‘ idéale »

Lundi 24 juillet

 C’était il y a cinquante ans. Du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, le général de Gaulle s’écriait : « Vive le Québec libre ! » devant une foule en délire. Un demi-centenaire que la France semble ignorer, aussi bien du côté de ses palais dorés que de ses chaînes de télévision. Quelques rares historiens soucieux de défendre la langue française évoquent la sortie du Général, comme le sociologue et enseignant québécois Mathieu Bock-Côté qui signe une tribune dans "Le Figaro", ou Christophe Tardieu qui publie "La dette de Louis XV" (éd. du Cerf), titre rappelant l’abandon du Canada français aux Anglais par les rois de France.

                                                           *

 "Cumhuriyet" est le nom du plus ancien journal turc. Plusieurs membres de sa rédaction sont aujourd’hui en prison. Quant à son rédacteur en chef, il est en exil an Allemagne. Un procès s’ouvre à Istanbul, le quotidien étant accusé de collusion avec les terroristes (cocasse quand on sait que l’an dernier, il avait publié un reportage prouvant que l’État fournissait des armes aux islamistes par le biais de ses services secrets…) Ce matin, une manifestation pour la liberté d’expression rassemblait quelques centaines de courageux devant le Palais de Justice où un tribunal doit juger 17 journalistes appartenant à "Cumhuriyet". Les intellectuels se mobilisent. Trop, c’est trop. Voilà pourquoi l’autoritarisme de Recep Erdogan s’affaissera un jour.

                                                           *

 Mai 1940. Les troupes allemandes avancent à une vitesse effrénée. La Belgique est envahie, le nord de la France résiste tant bien que mal. C’est la déroute, qui enfante la débâcle. L’armée britannique doit se replier sur son île. Des soldats français tentent de s’infiltrer dans les files d’attente pour traverser la Manche et fuir l’envahisseur impitoyable. Le cinéma nous avait déjà reflété cette ambiance d’angoisse tragique avec Week-end à Zuydcoote (1964, Henri Verneuil, adapté du roman éponyme de Robert Merle). Avec Dunkerque, Christopher Nolan, nous replonge dans l’ambiance, soucieux de retenir le spectateur en haleine en permanence. Seules lueurs positives : on perçoit déjà la volonté  du peuple britannique de résister à tout prix et celle, énergique, tenace et inexorable, de vaincre qui habite Winston Churchill.

Mardi 25 juillet

 La cote de l’euro file en hausse et largue le dollar tandis que le FMI réévalue le taux de croissance de la zone euro. Mais il nous faut quand même enterrer Claude Rich et avoir besoin du vieux Gilles Jacob, président d’honneur du Festival de Cannes, pour lancer une pétition afin que le service public rende hommage à ce merveilleux comédien et acteur.

                                                           *

 Au chapitre « Quelle époque ? », quand, par la grâce du calme de l’été, on remplace le point d’exclamation par le point d’interrogation, cette réflexion de Régis Debray : « Nos cassandreries ne datent pas d’hier. Montaigne doutait que l’amour des belles-lettres puisse survivre aux guerres de religion ; Voltaire, au règne de Louis XIV ; Joubert, à la tourmente révolutionnaire ; les  frères Goncourt, au vélocipède. Et nous au petit écran… Vais-je continuer, en vieux hibou, la rhapsodie des lamentos ? Quelle époque, me direz-vous, n’a pas aimé proclamer la mort de l’art et de la pensée, de Dieu ou de l’Homme, des paysages, de la bonne cuisine, du cinéma et des lapins de garenne ? Je vous entends. Et j’insiste. Je continue, oui. La fin des haricots, cette fois, c’est du sérieux. Même si, quand on a quitté la cour des grands, les désastres eux-mêmes se font tout petits. » ("Par amour de l’art", éd. Gallimard, 1998)

 

 

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26 juillet 2017

La vie dicte sa loi

La vie n’obéit jamais ni au doigt ni à l’œil, elle dicte sa loi. Rien ne se passe jamais comme il le veut. Quand il aime une femme, elle ne l’aime pas et quand elle l’aime enfin, il ne l’aime plus. Ses amis les plus chers ne prennent jamais de ses nouvelles et les gens qu’il ne veut pas voir sonnent à sa porte. Même problème avec l’argent qui coule à flot quand il n’en a pas besoin et qui se fait attendre quand il faut payer les factures. Sans parler de l’injuste répartition des richesses du monde qui menace les riches d’obésité et de maladies cardio-vasculaires alors que les autres meurent de faim. Puisque la vie n’en fait qu’à sa tête, il décide d’en créer une sur papier. Écrire un monde qui tournerait rond, enfin. Une vie où le bonheur serait réparti de manière égalitaire. Il veut fonder un monde meilleur. Hélas, alors qu’il vient de créer un extraordinaire superhéros qu’il a habillé d’un costume magnifique, doté de super pouvoirs inédits à ce jour et qu’il est en train de dresser une liste de missions à accomplir par son héros pour sauver le monde page 3,celui-ci se sauve de la page 1 pour acheter une paire de charentaises, un paquet de chips en promo (1 paquet acheté, le second à moitié prix ) pour s’installer confortablement devant une série débile qui parle d’amour tous les jours à heure fixe. Quand, devant ce désastre, l’auteur revient en page 1 pour signifier à son personnage de se bouger le cul afin de sauver le monde, il obtient invariablement la même réponse : « Attend un peu, putain, l’épisode n’est pas terminé ! »

Devant cet échec, l’auteur abandonne l’idée du Superhéros qui sauverait le monde. Ce personnage n’est décidément plus en phase avec notre époque, se dit-il. Et puis, plus on lui donne des super pouvoirs, plus le personnage est difficile à maîtriser. Le personnage est plus puissant que l’auteur. Il entame donc l’histoire d’un couple d’européens d’une cinquantaine d’années qui s’ennuie dans leur grande maison vide parce que leurs grands enfants sont partis. Ils n’ont plus vraiment d’objectifs ni d’envie. Un matin qu’ils s’emmerdent profondément, la femme propose d’accueillir une famille de réfugiés dans leur grande maison désertée pour redonner du sens à leur vie. Le mari trouve l’idée formidable. Enfin, ils auront quelque chose à raconter à leurs amis lors des prochains barbecues. Ils prennent contact avec des associations et un beau jour, une famille irakienne, un homme une femme, quatre enfants, s’installent chez eux. Le premier chapitre terminé, l’auteur est satisfait. Il est en train de créer un monde meilleur et ses personnages lui obéissent. Impatiente, sa femme commence à lire les premiers pages mais, très vite, elle s’arrête.

- C’est illisible, dit-elle.

- Comment çà, illisible ?

- Regarde !

C’est alors qu’il se rend compte que, si les personnages tiennent bien leur rôle, les lettres n’en font qu’à leur tête. Dans ce monde nouveau, c’est la guerre des lettres. Des consonnes ont envahi ses écrits et chassé des voyelles. Celle-ci se sont vengées en attaquant des mots sans défense ce qui donne des phrases telles que celle-ci : kjgkc mmyin lltyoui utmubµO.

Ou encore : tconiycjdtkucboin vyvoçbuni kyf iyo k lùpi hfgort.

Si l‘auteur en herbe est incapable de mettre de l’ordre dans sa vie, il n’est pas non plus capable de maîtriser son écriture. Pourtant, il ne se décourage pas.

Ce n’est pas parce que ses personnages et ses mots en font qu’à leur tête qu’il doit abandonner l’écriture. Il suffira de recopier des textes classiques dont les mots et les personnages sont figés depuis des siècles. Homère ! Voilà un auteur qui avait de l’autorité sur ses vers et sur ses héros. Notre auteur commence à recopier l’Odyssée mot par mot sans oublier les espaces, les virgules et les points.

Malheureusement, même dans cette version soigneusement recopiée, très vite, tout part  en couille. Ulysse ne rentre jamais à Ithaque et Pénélope, cette salope, abandonne sa tapisserie pour se donner à tous ses prétendants.

25 juillet 2017

La Rouille, la peinture comme exorcisme.

 

La Rouille est un peintre. Un peintre un peu particulier certes qui ne peint que des visages ( les personnages "en pied" sont rares, parfois, un hibou, oiseau de mauvais augure) et dont le support, mur ou toile, ne change guère la facture. Les visages de La Rouille semblent être inachevés. Pourtant, il confie dans une interview son souci de l’achèvement d’une œuvre. Leur exécution varie entre 20 minutes et 5 heures, dit-il. L’œuvre est achevée et exécutée avec grand soin. Il dit s’inspirer de sa vie, de son histoire pour peindre et reconnait la fonction cathartique de sa peinture. Lui qui n’a pas de formation académique dans le domaine des arts peint parce qu’il n’a pas d’autre choix que de peindre. Il peint de manière quasi obsessionnelle des visages.

Ces visages émergent du support ; ils en sortent. Pas complétement. Ils sortent avec peine du support pour accéder à la représentation. Tous expriment la douleur. Ils sont torturés, déformés par elle. Le nombre des couleurs est restreint ; les harmonies sont sombres. La palette refuse l’éclat des couleurs vives, les forts contrastes. D’un monde dominé par des nuées obscures s’extirpent des formes qui ressemblent à des visages. Comme des succubes, des ectoplasmes, condamnés à errer dans le monde des vivants. La sortie du néant est un passage. De l’impossibilité d’être, des limbes, des ténèbres, de la mort, des êtres accèdent à l’existence.

Le spectateur pourrait y voir des références aux cultes anciens dans lesquels les morts avant d’accéder à un lieu de repos doivent traverser des lieux et des épreuves. De la traversée du Styx, au Léthé, au purgatoire des Chrétiens. Les âmes qui quittent les corps doivent être comme purifiées avant d’accéder à l’éternité. La Rouille peint avec une force et une constance qui surprend le chemin inverse. Non pas celui de l’être vers la félicité mais la remontée des lieux maudits, des tourments, des souffrances innommables vers la société des Hommes. Comme ces esprits qui invoqués par les vivants viennent sous différents aspects peupler nos cauchemars.

La peinture de La Rouille n’est ni religieuse, ni spiritualiste. Elle traduit sans concession les affres d’un homme confronté à la création. Ce serait une injure de penser qu’elle illustre des récits mythologiques et religieux. Ses images ne sont pas des fantaisies baroques comme on en trouve pléthore dans l’histoire de la peinture. La Rouille ne se complait pas dans des figures du malheur. Le refus de la couleur, le refus du décor, ne sont pas des choix esthétiques. Il faut prendre au pied de la lettre, simplement, les visages suppliciés qu’il peint : ce sont des « figures » de la souffrance. Une souffrance intérieure qui a besoin d’extériorité pour être soulagée.

Il y a des peintres du bonheur et des peintres de la souffrance. La Rouille est un peintre de la douleur. Une douleur moins intense quand elle trouve un exutoire, une douleur lancinante, qui soulagée, revient et qu’il faut de nouveau calmer. C’est ce chemin du calvaire que raconte l’œuvre de La Rouille. Un récit d’une étrange beauté formelle. Goethe a écrit « Les Souffrances du jeune Werther » et à sa lecture des lecteurs se sont tués, désespérés. La réitération des images cruelles de l’artiste n’est pas un artifice, un style comme disent les ignorants, mais le témoignage sensible d’un autre nous-même.

 

« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ». Recueillement. Charles Baudelaire.

 

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Des visages, toujours différents, douloureux, accèdent à la représentation.

Un visage, un portrait singulier qui interroge la fonction moderne du portrait.

Visage mystérieux dans un lieu abandonné.

24 juillet 2017

Le fleuve

&

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Angelo joue la victime
Angela le console
Le fleuve est sur ses rives
Le bruit du fond de l'eau
Et le bruit du fond de l'air
Ne sont qu'ombres
Plus sombres que la nuit noire
Que lave la pluie incessante
Et les types trempés, perdus
Au centre du fleuve
Voyagent à l'aveugle
Sur les caprices du courant
Les yeux au ciel disparu
Ils entendent la plainte d'une seule feuille
Là, dans le verger immergé
Ils entendent
Les eaux battantes
Le vent égaré
Le ciel qui cogne les vagues
Le bruit du fond de l'eau
Et le bruit du fond de l'air
Ne sont qu'ombres
Plus sombres que la nuit noire
Angela pleure
Angelo s'est noyé

2017

22 juillet 2017

Vos gueules, les politiques!

Vous lirez rarement ici des articles sur la politique. C’est que, vous voyez, la politique – ou plutôt «les» politiques – prennent trop de place. Trop de place dans le débat public, trop de place dans les journaux, trop de place dans cette immense caisse de résonance que sont les médias sociaux.

Tout étant relatif, vous opposerez, malins : par rapport à quoi ? Eh bien, par rapport à leur importance, leur influence réelle sur la société.

Cette réflexion m’est venue lors d’un reportage sur le Congo. Le sujet en était les manœuvres capitalistiques de quelques entreprises et businessmen pour s’emparer des meilleures mines de cuivre du Katanga et des plus riches gisements diamantifères du Kasaï. Au prix de quelques libertés avec l’embargo sur les ventes d’armes dans la région des Grands Lacs et d’une corruption (très) active de l’entourage du président conformément à ce qui se pratique dans la région depuis l’indépendance (voir la version courte du papier ci-dessous).

On se fout du monde

Depuis, lorsque je lis des articles sur la situation politique au Congo, je suis surpris de n’y trouver que très rarement des références à l’influence économique. Or, c’est ce qui régit ce pays aux plantureuses ressources géologiques, la politique au sens occidental du terme n’étant rien d’autre qu’un rideau de fumée pour masquer des turpitudes indicibles.

Dans notre beau pays, le principe reste si les moyens changent. Il y a longtemps que le monde politique a abdiqué la souveraineté consentie par le peuple face à la toute-puissance de l’économie. Les élus ont perdu la main – et leur dignité – la première fois qu’ils ont cédé au chantage à l’emploi. Depuis, bien peu d’actions parlementaires et gouvernementales ne se décident sans l’aval des fédérations patronales, quand il ne s’agit pas d’accords conclus sous le manteau. N’est-ce pas, M. Chodiev ? Et ce n’est qu’un exemple.

Dans ce contexte circacien, la « crise » politicienne de cet été illustre de façon particulièrement aiguë cette surévaluation du rôle des élus du processus démocratique. Cette façon de décider de jeter aux orties, par un caprice de gosse gâté (ou frustré ?), le travail de plus d’une demi législature accompli par un gouvernement issu du suffrage universel est un pied de nez à la démocratie et au peuple souverain. Pour arriver à quoi ? À un nouveau gouvernement (peut-être) qui n’aura que 21 mois (dont 3 de vacances) pour tenter de constituer et de mettre en œuvre une politique différente. Impossible, évidemment. On se fout du monde. Et ce, à un moment où la confiance du peuple vis-à-vis des politiques est au plus bas. Délirant. Je ne me risque pas à frôler le point Godwin en évoquant les conséquences funestes d’un discrédit encore plus profond…

« Ils iront jusqu’au bout »

Et pourtant, cela donne du grain à moudre aux gazettes. Un feuilleton, certes de mauvais goût, livré gratuitement et qui permet de noircir du papier et de tirer du temps d’antenne, d’ouvrir des tribunes aux commentateurs et aux pythonisses de tout poil. Au détriment des nouvelles du monde autrement plus déprimantes mais sûrement plus utiles. Si au moins ça pouvait nous épargner les papiers sur les statistiques de la météo de l’été et ceux sur le remplissage des hôtels à la côte, mais vous verrez qu’à ceux-là on n’échappera pas non plus.

Pour conclure, sans rallier les rangs des ceux qui crient « tous pourris » aux politiques ou qui critiquent les médias et les journalistes (qui n’en peuvent mais), j’appelle les élus du peuple et ceux qui leur servent la soupe à quelque modération, au respect du citoyen et de l’électeur, sans même parler d’humilité ou de vision à long terme. Mais je suis pessimiste : le mal est fait, on ne voit pas l’ombre d’une amorce d’autocritique chez ces gens et il faut craindre que, comme le dit si bien François Ruffin, « ils iront jusqu’au bout ». Encore bravo, et merci.

 

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Franchement, vous leur confieriez vos enfants?

20 juillet 2017

Jana, JS, et un appareil photo.

Mois de mai 2017, quai de la Marne, à Paris, à quelques encablures de chez-moi, Jana et JS ont été invités par le Festiwall 2017 et, sur un haut mur bordant le canal de l’Ourcq, peignent avec des pochoirs une grande fresque, haute de plus de 20 mètres et large d’une quinzaine de mètres. Cette fresque m’a immédiatement émue et je me suis interrogé sur les raisons de ces émotions mêlées, bien avant d’être en mesure d’analyser cette œuvre, par bien des côtés remarquable.

Le pochoir représente une scène dont les esprits chagrins pourraient penser qu’elle est « ben ordinaire ». Un homme, jeune, grand, barbu, tient une jeune et belle femme par les épaules, et de la main droite lui cache les yeux. La femme porte dans ses bras un chat. Les trois personnages, l’homme, la femme, le chat, n’ont rien de remarquable. C’est une scène du quotidien, une scène intime ; une scène d’amour. Un couple d’amoureux donc : un tendre jeu, un jeu taquin entre un jeune amant et celle qu’il aime qui se garde bien d’échapper à sa douce étreinte. Le chat est un chat également « ben ordinaire », de la race fort commune des chats de gouttière. Bref, une scène d’une désarmante banalité. Drôle de sujet pour une fresque d’une telle surface !

L’œuvre en soi, dans un premier temps désarçonne. Pour saisir sa profonde originalité, il convient de faire appel à quelques éléments biographiques.

Jana et JS sont un couple, un couple d’artistes, un couple d’amoureux. Jana est autrichienne et JS (Jean Sébastien) français. Une belle rencontre à Madrid en 2004. Jana devient une professionnelle de la photographie. JS découvre le street art et la technique du pochoir. Après une rencontre et la séparation qui suivit, Jana rejoint JS à Paris en 2006. Commence alors la mise en œuvre d’un projet artistique original : les deux artistes partent de photographies qu’ils prennent et découpent des pochoirs. Des sujets deviennent récurrents : des immeubles d’habitation genre HLM, l’architecture de la ville et des photographies a priori plus intimes, photos de Jana, photos de JS, photos des deux.

Les sujets (et les pochoirs) se mêlent créant de grandes fresques (Jana et JS et des immeubles comme décors comme dans leur magnifique réalisation sur le Quai 36, gare du Nord à Paris).

La photographie qui était dans un premier temps un matériau pour alimenter leur création devient un subtil jeu de miroirs. Le mur du 13ème arrondissement qu’ils peignirent en fournit un exemple illustratif. Le pochoir haut comme un immeuble représente JS en train de photographier. On fait l’hypothèse que la photo qui a servi à la fabrication du pochoir a été prise par Jana. En fait, le pochoir est la photo de Jana. JS photographie celui qui regarde la fresque. Un photographe, photographié, qui nous photographie. Un personnage mais trois acteurs et deux appareils photo, sinon trois en incluant les badauds qui photographient la gigantesque fresque.

Dans la fresque du quai de la Marne, JS a le visage caché par le corps de Jana. Les yeux de Jana sont masqués par JS. Question : qui prend alors la photographie ? Le spectateur doit alors imaginer le dispositif : l’appareil photo est posé sur un pied et « le photographe » (mais qui est le photographe ?) prend un cliché avec le retardateur de l’appareil. Si l’imagination de celui qui regarde peut réinventer le dispositif, un mystère demeure : pourquoi JS cache-t-il les yeux de sa chère et tendre ? Pourquoi se cache-t-il derrière elle pour masquer son visage ? Un singulier portrait de couple avec chat, intime. Une scène banale, somme toute. Pourtant la signification échappe : pourquoi les amants ont-ils les yeux masqués ? Pourquoi les deux artistes placent-ils, à la place de l’objectif, les yeux des spectateurs ? A la fois, les artistes se montrent et se masquent, dans un jeu de cache-cache dont les spectateurs sont également les acteurs (ou les complices).

Les mises en scène du couple semblent donner à voir leur intimité. Une intimité toute relative : l’objectif de l’appareil photo prend la place des yeux des spectateurs-voyeurs ; les acteurs à la fois se représentent (s’exposent comme disent les photographes) et cachent leurs visages, se révèlent (comme disent les photographes) et se dissimulent. Trois acteurs (sans compter le chat !) dans cette comédie de l’intime et de l’art : un homme, une femme et un spectateur-objectif dont ils se jouent.

Les artistes tirent les fils d’une curieuse comédie à trois personnages. Ce n’est pas une exhibition de leur vie privée mais bien davantage une réflexion sur l’Art. L’Art qui montre et qui cache. Des pochoirs, des images qui interrogent sur la représentation : celle de la photographie, celle de la peinture. Des images, belles d’abord, et qui interrogent le spectateur sur leurs pouvoirs et leurs limites. Les images de Jana et JS ne racontent pas l’histoire de leur couple ; ce ne sont pas des images illustratives d’une chronique familiale, des photos de famille en quelque sorte, des « selfies ». Elles questionnent sur l’image photographique : le pochoir est le cliché et les spectateurs du pochoir, l’objectif de l’appareil. Les fresques de Jana et JS montrent et cachent, révèlent quelques images de l’intimité de leur relation amoureuse, font des spectateurs des acteurs de ce couple à trois : Jana, JS, le spectateur.

J’ai toujours pensé qu’une œuvre accédait au statut d’œuvre d’art quand elle interrogeait sur l’Art. Les pochoiristes Jana et JS utilisent des pochoirs pour créer des images certes, mais leur originalité réside dans l’interrogation que leurs œuvres suscitent.

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Une fresque de plus de 300 m2 représentant Jana, JS et leur chat.

JS cache son visage derrière celui de Jana et cache les yeux de sa compagne photographe de formation.

Le visage traduit un sentiment de confiance et de bonheur partagé.

Les personnages sont sereins, même le chat, compagnon du couple, traduit par sa posture la confiance et le plaisir d'un moment d'amour et de partage.

Une oeuvre signée par un couple, acteur et sujet de leur art.

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