semaine 25

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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03 mai 2017

Les dés roulent

Dimanche 16 avril

 La cérémonie urbi et orbi, est chaque année, lors du dimanche pascal, l’occasion pour tout pape de s’élever contre la folie meurtrière des Hommes et de dénoncer les exemples les plus tragiques en cours. Rien d’étonnant donc que François évoque la Syrie sur la place Saint-Pierre noire de monde ce midi. Qu’il condamne le traitement scandaleux subi par les chrétiens d’Orient, c’est bien le moins : il ne fait là que son devoir. Et pourtant, ce pape dérange les uns et fascine les autres. Ceux qu’il dérange sont surtout les membres de la curie et certaines personnalités influentes de son gouvernement. Ceux qu’il fascine appartiennent à l’humanité inquiète d’observer l’évolution du monde, en recherche de sens, et qui se reconnaît peu ou prou dans le message du Christ tel qu’on l’interprète aujourd’hui. L’avenir est un mystère. On ne sait trop comment François vivra le sien. Pour l’heure, revient en mémoire l’appréciation de Graham Greene à propos de Pie XII, dont la complaisance envers le régime nazi ne fait désormais plus aucun doute : « Je n’ai jamais rencontré un homme qui me donne davantage l’impression de supporter l’angoisse du monde. » Si l’auteur de La Puissance et la gloire avait connu François, il reverrait sûrement son jugement.

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 Malgré l’incarcération de milliers d’opposants, malgré la peur et la soumission déployées dans les campagnes, malgré une propagande pour le « oui » sans commune mesure avec celle que développaient tant bien que mal les partisans du « non », malgré une diaspora irresponsable ralliée à son autorité par intérêt, et malgré peut-être des manipulations dans l’organisation du scrutin (dénoncées dès la fermeture des bureaux de vote), Recep Erdogan ne remporte son référendum qu’avec 51 % d’assentiments. Le voici garanti par la Constitution de rester au pouvoir sans devoir se plier aux urnes jusqu’en 2029. La dérive autocratique paraît cependant bien friable. Après avoir savouré sa nouvelle stature, il va commencer à se rendre compte de la fragilité de son piédestal. Le pouvoir absolu se combat absolument.

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 François Hollande continue de manier les symboles et de soigner sa postérité en présidentialisant sa sortie. Le voici au Chemin des Dames, dans l’Aisne, où il y a cent ans jour pour jour s’était déroulée l’une des batailles les plus meurtrières de la Première Guerre mondiale (187.000 morts côté français dont de nombreux tirailleurs sénégalais et 163.000 côté allemand) ;  mais où, surtout, de nombreux mutilés furent passés par les armes de leurs propres camarades. Sur le lieu des tombes, le président fait entonner par un chœur La Chanson de Craonne des fusillés pour l’exemple.

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 Signe des temps. De Patrick Besson dans sa chronique du Point : « Quand j’ouvre un journal dans le métro ou à une terrasse de café, j’ai l’impression de faire une chose incongrue et même un peu déplacée comme marcher dans une église la braguette ouverte. » Il est possible de poursuivre la description comparative en se situant dans le métro ou à une terrasse de café sans un téléphone multifonction entre les mains…

Lundi 17 avril

 On passa Noël au balcon. En toute logique, Pâques se vit donc au tison. Fr 3 l’avait prévu : à 14 h 30, la chaîne diffuse Le Sauvage. Ne pas regarder la pluie battante par la fenêtre. Se concentrer sur la lucarne magique et admirer Montand le roucouleur jouer à cache-cache avec Deneuve la belle turbulente sur une île déserte gorgée de soleil. Jean-Paul Rappeneau réalisa ce bel et bon divertissement au Venezuela en 1975. Les images étaient bercées par la musique de Michel Legrand. De la charmante comédie française. Rappeneau continua sur sa lancée avec Tout feu tout flamme en 1982. Cette fois, la turbulente partenaire avec laquelle est aux prises Yves Montand est Isabelle Adjani. Et c’est un autre Michel, Berger, qui assura l’accompagnement musical.

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 Revoir M. et Mme Adelman trois mois après la première vision. Les scènes sont tellement nombreuses et variées, déconnectées souvent de la chronologie, que l’on y découvre, sans forcer la concentration du regard, de nouvelles répliques, des attitudes cocasses ou sentimentales. Et puis, cette audacieuse fiction est un vrai film littéraire. Compte tenu de la rareté du genre, cela mérite d’être souligné. Que les membres de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma  (« les professionnels de la profession » comme dit Jean-Luc Godard) n’oublient pas cette prouesse de Bedos et Tillier d’ici à la fin février 2018, lors de la remise des Césars.

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 Un néologisme qui fait son chemin, et vite : être ubérisé, c’est-à-dire être dévié d’un domaine ou un marché par l’intrusion d’initiatives privées progressant grâce à l’informatique. Les corporations s’inquiètent, les syndicats n’ont pas la parade, et les adeptes du libéralisme sont dépassés. Qu’on le veuille ou non, le système a cependant beaucoup d’avenir.

Mardi 18 avril

 La vie de Pierre Bergé commence un peu comme dans la célèbre chanson de Charles Aznavour. Á 17 ans, il quitte sa province bien décidé à empoigner la vie. On ne sait trop s’il « se voyait déjà » mais en tous cas, un signe du destin surgit tout de suite : il se baladait aux Champs-Élysées quand un homme lui tombe dessus d’une fenêtre. L’anecdote bizarre devient inouïe quand on apprend que le malheureux, victime de la pesanteur, n’est autre que Jacques Prévert ! Aznavour n’aurait jamais eu l’idée de glisser pareil incident-événement dans sa chanson. Bergé devient l’amant de Bernard Buffet. En séjour à Séguret, dans le Vaucluse, il écrit à Jean Giono qui les reçoit chez lui, à Manosque. Après une bonne conversation, ils veulent prendre congé. Giono les retient pour la nuit afin de leur offrir à déjeuner le lendemain. Ils y resteront un an. Même miracle de complicité spontanée avec Cocteau, et puis ce sera la rencontre avec Yves Saint-Laurent et la maison éponyme qu’il gèrera sans jamais avoir auparavant été intéressé par la haute couture. Pierre Bergé n’a peut-être pas été considéré à sa juste valeur, restant dans l’ombre des créateurs talentueux. Il rêvait d’être journaliste sans avoir poursuivi ses études. Il ne le fut point mais il acheta Le Monde… Sa richesse l’éloigna-t-elle aussi de la grande popularité ? Sa mère, institutrice, et son père, fonctionnaire aux impôts, étaient anarchistes. Non. Pierre Bergé, c’est un destin. Rarement le « c’était-écrit » n’aura trouvé sa justification que chez cet homme. Ce soir, sur le divan de Marc-Olivier Fogiel (FR 3), il s’est livré sans aucune réserve, de la manière la plus franche et la plus authentique. Il a 85 ans, rien à prouver, rien à cacher, et il entretient une myopathie qui le mine. Il ne veut pas écrire ses mémoires. S’il acceptait cependant de se livrer à un biographe, sa vie, scrupuleusement narrée, consisterait en un formidable roman.

Mercredi 19 avril

 Un soir, le dramaturge Michael Frayn regarda sa comédie The two of us de la salle et puis des coulisses. « Cette farce était plus drôle de l’intérieur que de l’extérieur », pensa-t-il. Ainsi lui vint l’idée d’écrire Silence en coulisses dont le directeur de Théâtre des Galeries à Bruxelles, David Michels eut la bonne intention de l’inscrire au programme de sa saison en demandant à Éric De Staercke de la mettre en scène. Cette tâche comporte au moins deux écueils : il s’agit tout d’abord de veiller à ce que la farce ne se transforme pas en plate pitrerie voire en pantalonnade, un principe à garder constamment à l’esprit lorsque l’on cultive le comique de situation. Ensuite, s’agissant de l’adaptation, l question habituelle s’impose : est-ce que le typical british nonsense peut être reproduit au départ de la langue française ? Pas sûr, quand on sait le nombre d’auteurs qui se sont cassé les dents. Un quatuor français peut être très drôle ; Yves Robert, par exemple, l’a prouvé. Un quatuor français qui voudrait traduire et reproduire le jeu des Marx Brothers ne ferait pas rire.

Jeudi 20 avril

 Attentat sur les Champs-Élysées : un islamiste arrête sa voiture à hauteur d’un car de police et tire. Un agent de 37 ans s’écroule, deux autres sont blessé. Dimanche, toutes les files d’attente devant les bureaux de vote constitueront autant de cibles pour les kamikazes d’Allah.

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 Grâce à son train de sénateur, il respectait le quart d’heure académique

Vendredi 21 avril

 Les grands absents de cette campagne présidentielle qui s’achève sont les artistes et les guides d’opinion. Qui soutient qui ? Personne. Le temps des élans culturels est (lui aussi) révolu. Les écrivains, les philosophes, les comédiens, les acteurs, les créateurs en tous genres ont compris la médiocrité du débat. Le rêve n’est pas oublié, il n’existe plus. Il est mort. Même les fidèles supporteurs sont restés chez eux. Le temps des pétitions a vécu depuis des lustres. Celui des premiers rangs bien garnis lors des meetings aussi. Denis Tillinac, qui militait autrefois en faveur de son ami Chirac, se contente aujourd’hui de constater que la France des profondeurs est à droite. Certes. Mais qu’en conclut-il ? Va-t-il voter pour Fillon ? Sûrement pas pour Le Pen…

Samedi 22 avril

 L’expression « Veillée d’armes à Paris » est sans doute inopportune. Depuis minuit, plus aucune parole de campagne ne peut être prononcée. Plus aucun média ne peut diffuser des résultats de sondages. Mais grâce à Internet, on consulte les sites étrangers. Ils donnent tous la même tendance : 1. Macron – 2. Le Pen – 3. Fillon – 4. Mélenchon. Des consultations réalisées après l’attentat des Champs-Élysées… Quant au candidat du parti socialiste, Benoît Hamon, il continue à dégringoler. S’il passait sous la barre des 5 %, le trésorier du parti en ferait une maladie puisqu’en ce cas-là, les frais de campagne ne seraient pas remboursés…Et le PS s’en relèverait d’autant plus difficilement… Une seule question reste donc en suspens : les sondages vont-ils être aussi incertains qu’ils ne le furent au cours des grandes consultations de l’an dernier ?

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 Les grands pays fondateurs de l’Europe en sont tous à formuler un espoir simple : que le vainqueur de l’élection ne soit pas un de ceux qui remettent le statut de l’Union européenne en question. Il se dit que chez Merkel, on verrait d’un bon œil l’arrivée de Macron. Renzi, quant à lui, est plus net. Il souhaite Macron en France et Schultz en Allemagne à l’automne, pour en finir avec les politiques d’austérité. Seul Poutine exprime sa préférence pour Marine Le Pen. Est-ce par lien idéologique ou pour perturber l’accomplissement démocratique et rendre ainsi la France plus faible ? Un peu des deux mon colonel…

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 Michèle et Barack Obama reprennent du service. Une fondation est créée pour former des nouveaux cadres du parti démocrate. Beaucoup trop tôt, évidemment, pour apprécier son travail et son efficacité mais l’initiative vaut la peine d’être saluée.

Dimanche 23 avril

 Cette fois-ci, les sondages avaient vu juste. Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle est conforme aux annonces. Macron a gagné. Macron a gagné ! Réjouissons-nous ! C’est l’image du jour. Le lauréat et les médias se comportent comme si l’on était au second tour : arrivée tardive devant les caméras, montée sur scène avec madame, baiser chaleureux devant la foule des supporteurs, discours d’intention sur les actes à venir, départ en caravane sous escorte vers le restaurant  La Rotonde à Montparnasse où l’attendent quelques vedettes comme la gaulliste Line Renaud, le royaliste Stéphane Bern, le socialiste Pierre Arditi…

 Il y a peut-être une autre manière de décrire le verdict. Non, Macron n’a pas gagné. Il est arrivé en tête du premier tour avec moins d’un quart des suffrages et deux points d’avance sur Le Pen, son adversaire du second tour, qui engrange encore deux millions de voix de plus que son père sur leur nom. S’il est vraisemblable qu’il gagnera dans quinze jours, tout reste possible, y compris l’improbable. L’Histoire regorge de rebondissements inattendus. L’improbable peut naître d’une bêtise (une grosse gaffe lors du face-à-face) ou d’un fait tragique (un attentat). Le probable est aussi à considérer. Parmi les électeurs, il y en aura qui se reporteront sur Le Pen, et plus qu’on ne le croit ; il y en aura qui s’abstiendront parce que « le choix entre la peste et le choléra » ne les motive pas ; il y en aura qui s’abstiendront par lassitude ou paresse, considérant que de toutes façons, les jeux sont faits…

 Ce qui est certain, en tout cas, c’est qu’une nouvelle campagne commence et que les idées d’extrême droite seront diffusées en temps égal avec celles de Macron. Tout bénéfice pour l’avenir du FN.

 Viennent alors les deux grandes familles vaincues. Pour le PS, depuis que Hamon a émergé de la primaire, on savait que la qualification au second tour serait compromise. Il n’en était pas ainsi de la droite classique. Elle avait un boulevard devant elle et Fillon avait été brillant lors des débats de sélection. Il s’est obstiné à rester dans la course malgré d’inadmissibles exactions et autres tripotages médiocres qui le conduisirent à une mise en examen, comme son épouse d’ailleurs. Mais on avait le sentiment qu’il pouvait néanmoins se qualifier. Ici encore le recours à l’Histoire est fécond : l’électeur tolère plus facilement une malversation à la droite qu’à la gauche (Jacques Médecin, Maurice Papon, Charles Pasqua, Le Pen père, Silvio Berlusconi, etc.) D’ailleurs, un électeur sur cinq a quand même voté pour Fillon… D’autre part, tout au long de ses meetings, François Fillon rassemblait des milliers de personnes enthousiastes qui lui donnaient l’impression d’avoir recouvré l’élan d’une victoire prévue de longue date. Les images impressionnaient les observateurs. On sut plus tard que les militants ultra-catholiques de Sens Commun les mettaient en scène…

 Les deux grandes familles sont vaincues mais elles ne sont pas mortes. Les congrès de recomposition à l’automne ne manqueront pas de sel et de ferveur oratoire. Tant mieux pour la démocratie vivante. Avant cela, elles vont s’efforcer de serrer les rangs afin de réussir de bons scores aux élections législatives.

Que l’on n’oublie cependant pas qu’entre la passation de pouvoirs et le premier tour des élections législatives, Emmanuel Macron aura formé un gouvernement de transition, consécutivement à la démission que Bernard Cazeneuve présentera le lundi 8 mai à François Hollande.

 Non, les jeux ne sont pas faits. Les dés roulent.

Lundi 24 avril

 François Hollande annonce qu’il votera Emmanuel Macron et fait appel au barrage à l’extrême droite. Macron twitte un remerciement de pure forme. Rien d’étonnant dans le geste du premier comme dans celui du second.

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 La droite gagne les élections législatives et détient la majorité absolue. Macron est contraint à la cohabitation. Il est obligé de nommer Nicolas Sarkozy qui devient Premier ministre et se consacre à miner la vie du jeune président. Qu’on ne dise pas que ce schéma n’a pas germé, ne fût-ce qu’un instant, dans la tête de l’ancien président, lequel ne s’est du reste pas exprimé hier soir… C’est diabolique ? Oui, bien sûr. Mais Sarkozy ne l’est-il pas ?

Mardi 25 avril

 Se comporter en citoyen responsable, c’est, aujourd’hui, se méfier de la dictature de l’instant entretenue par les médias. Ainsi, on aurait tort d’imaginer un résultat de second tour en élaborant une arithmétique découlant des prises de position respectives de dimanche soir. Un jour et demi plus tard, tout est déjà beaucoup plus flou. Chez les électeurs de Fillon, malgré la position nette du candidat, une tranche d’électeurs s’orientera vers Le Pen et une autre, très importante, semble choisir l’abstention. Celles et ceux qui voteront Macron sont  très minoritaires. Chez les électeurs de Mélenchon, c’est le contraire : une petite tranche votera Macron, une grosse majorité s’abstiendra tandis que très peu voteront Le Pen. Honte à leur candidat (« en plein rapport mythique » disait Julien Dray) de s’être défaussé alors qu’en 2002, il n’avait pas hésité à lancer un appel en faveur du vote Chirac. Les socialistes voteront Macron mais chez tous les petits candidats, ce sera le contraire : l’extrême gauche rejettera Macron, suppôt du capitalisme tandis que les autres se retrouveront chez Le Pen pour des raisons anti-européennes. On ne sait pas comment voteront les clients de La Rotonde où Philippe de Villiers, proche de Le Pen par les idées, a aussi ses habitudes et où, soit dit en passant, il lui arrive de dialoguer avec Emmanuel Macron.

Mercredi 26 avril

 Il y a des commentateurs qui ont encore besoin de baser leur démonstration sur le principe d’affirmation : « c’est la faute à Mitterrand ». Tant mieux !  C’est la meilleure preuve que l’homme a vraiment acquis sa dimension historique. Le jour où plus personne ne considèrera que « c’est la faute à Voltaire », le monde ira (encore) un peu plus mal.

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 Au soir du premier tour, un sondage à la sortie des urnes pour le verdict final donnait 62 % à Macron et 38 % à Le Pen. Mardi, un autre annonçait 60-40. Aujourd’hui, un troisième publie 59-41. Il reste 11 jours… Le Front national n’est pas encore majoritaire dans les urnes mais il l’est déjà dans les esprits.

Jeudi 27 avril

 Il y a deux manières de considérer l’entrée de l’Arabie Saoudite dans la Commission de l’ONU pour la condition de la Femme. Ou bien il s’agit d’une faute monumentale accomplie par 45 États négligents (ou pire : corrompus) ; ou bien il s’agit d’une tactique visant à coincer ce pays aux mœurs médiévales où le statut de la femme est assujetti et même tyrannisé, où la charia est en vigueur, où la domination masculine est quasiment sans limites. Attendre et voir avant de s’indigner.

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 Theresa May : « Toute l’Europe est contre nous ! » Of course médém la Prime minister ! Vous vous attendiez à ce que l’on organise un pot de départ avec cadeaux, petites fours et majorettes ?

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 Il y a encore des endroits, sur la planète, où l’on ignore que la France connaît une campagne électorale. En Somalie par exemple, où l’on estime à 5 millions le nombre de gens susceptibles d’être victimes de la famine dans les prochaines semaines.

Vendredi 28 avril

 Le voilà le premier indice très significatif démontrant que la Turquie est désormais entrée dans un régime de pouvoir absolu : la machine Erdogan a bloqué l’accès à Internet ; il n’est plus possible de consulter Wikipédia au pays du sultan. Le plus grand péril qui guette un dictateur, c’est l’accès aux savoirs.

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 Un dilemme de plus pèse sur la conscience du citoyen français : mercredi prochain, il devra choisir entre le débat Le Pen – Macron et la demi-finale de Coupe d’Europe qui opposera la Juventus de Turin et l’AS Monaco. Le choix cornélien est insoutenable.

Samedi 29 avril

 « Un gaulliste ne peut se compromettre avec le FN, il en va de son honneur. » Ainsi s’exprimait Nicolas Dupont-Aignan pendant la campagne, il y a moins d’un mois. Il vient de se rallier à Marine Le Pen pour un marchandage bien négocié. Il sera en effet Premier ministre en cas de victoire de la candidate d’extrême droite. Sans doute a-t-il aussi discuté gros sous puisqu’il avait frôlé la barre des 5% qui lui auraient permis de récupérer ses frais de campagne. Bref, le voici pleinement marqué par la tache de la prostitution. Les blâmes pleuvent. François Bayrou, dont le chef de Debout la France fut le directeur de cabinet à l’Éducation nationale, évoque « une immense honte ». Les habitants de Yerres (Essonne), la ville dont il est maire, sont scandalisés ou consternés. C’est par ce type de comportement que l’on éloigne l’intérêt du citoyen pour la chose publique.

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 100e jour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Á cette occasion, il déclare : « Je ne pensais pas que c’était si difficile ». Les commentateurs soulignent son humilité. Ce n’est pourtant pas la leçon principale de cet aveu. Celle-ci est d’abord : il arrive même à Trump de penser.

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 Tandis que des sondages confirment que l’écart se resserre encore entre Le Pen et Macron, la post-vérité commence à meubler les conversations au Café du Commerce grâce aux fausses informations. Le Monde les repère et dément. Dernière en date : Macron va supprimer les allocations familiales. Ça doit intéresser beaucoup d’électeurs et d’électrices… Le Monde titre en rouge : C’est complètement faux ! Mais signale que l’information a déjà circulé « des milliers de fois » sur les réseaux sociaux. Que peut peser en suffrages un démenti du Monde à côté de milliers de messages sur les réseaux sociaux ?

Dimanche 30 avril

 Dotée de petits airs faussement nunuches, Danielle Darrieux rayonnait de séduction féminine dès son plus jeune âge. C’est pour cela sans doute qu’elle fut tôt remarquée par les gens de cinéma qui lui confièrent des rôles dès l’adolescence. En 1941, Henri Decoin lui offrit le tremplin de la gloire avec le film Premier rendez-vous malheureusement produit par la société Continental financée par Josef Goebbels. La chanson éponyme qu’elle interprétait langoureusement la conduisit sur de nombreuses scènes durant l’Occupation dont celles de Berlin lors du fameux voyage des « étoiles françaises » en mars 1942. Elle rompit son contrat avec la Continental quelques mois plus tard ce qui la contraignit à la résidence surveillée, sans connaître d’ennuis à la Libération. On garde de sa brillante carrière une interprétation magistrale de Madame de Rénal dans les bras de Gérard Philipe en Julien Sorel. L’adaptation du roman de Stendhal Le Rouge et le Noir était due à Claude Autant-Lara. C’était en 1954. 36 ans plus tard, le cinéaste déclarait son appartenance au Front national. Elle n’y était évidemment pour rien mais une fois de plus, le destin l’emmenait frôler les terres visqueuses du nationalisme pour salir indirectement sa brillante carrière. Danielle Darrieux aura 100 ans demain. On lui souhaite de vivre encore au moins sept jours afin d’exprimer un vote anti-Le Pen et d’exorciser ainsi, une bonne fois pour toutes, ces voisinages dérangeants de sa biographie.

 

 

 

Image: 

Danielle Darrieux dans L'Affaire Cicéron (1951). Voir Wikipédia.

01 mai 2017

Le vol des oiseaux

Au vol des oiseaux personne ne résiste...

Image: 

Personne ne résiste
Au vol des oiseaux

Le vol des oiseaux
Est
Une sortie de l’ordinaire
Une lézarde
Une bonne réponse
Une bonne question
Une espèce de tourbillon
Un mauvais tour
Un bon tour
Un effacement des traces

Le vol des oiseaux
Est
Aussi simple que possible

Au vol des oiseaux
Personne ne résiste

27 avril 2017

Le 22 septembre 2016, à Bruxelles, le street art licencieux a frappé

Certains jours restent gravés dans nos mémoires : le 14 juillet 1789, le 11 novembre 1918, le 8 mai 1945, le 11 septembre 2001 et le 22 septembre 2016. Le 22 septembre 2016, comme le titrait sobrement un quotidien belge : «La capitale belge est envahie par  des sexes géants ». L’émotion fut en rapport direct avec la taille des organes génitaux représentés : immense. La presse écrite et audiovisuelle belge bientôt relayée par les médias mondiaux relayèrent les informations et publièrent les photographies des « œuvres ». « L’affaire » était d’importance, il est vrai. A la barrière Saint-Gilles, une fresque de plus de 5 mètres de haut sur 2 de large représentait un « grand sexe masculin au repos » (la hauteur du mur n’a certainement pas permis à l’artiste de le représenter en activité). Place Stéphanie, ce fut une « scène de masturbation féminine ». Rue des Poissonniers, « une scène de pénétration ». Fort heureusement, les édiles et les responsables politiques prirent l’affaire en mains : le collège des bourgmestres et échevins de Saint-Gilles ont décidé de procéder de nettoyer du pénis. Par contre, le collège de la ville décida de conserver la pénétration. Au parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles, Vincent Henderick, chef de groupe cdH et membre de l’opposition juge le pénis « déplacé ». Il déclara qu’il n’avait « pas sa place à la Barrière de Saint-Gilles » au micro de la RTBF. L’adjoint à la Culture et à la propreté publique, Carlo Luyckx a pris contact avec le propriétaire du mur mais « aucune position n’a encore été arrêtée au sein du collège ». Il fallut plusieurs jours de débat au collège de Saint Gilles pour décider que le pénis devait disparaître. Mal lui en pris, la municipalité de Bruxelles et le gouvernement s’y opposèrent, arguant que le phallus, même mou, était une œuvre d’art et qu’à ce titre, elle devait être respectée. Une pétition qui a recueilli près de 2700 signataires réclama « la sauvegarde du pénis ». C’est que le pénis n’est pas un graffiti, c’est une fresque. Or, si on peut effacer un graffiti, on ne peut effacer une fresque.

Le débat fit rage : « l’affaire du pénis de Bruxelles pose la question du street art et de son encadrement ». Le collège Saint Gilles sensible à la dimension de l’affaire décida de « réserver un pan de mur à un ou plusieurs street artists en accord avec les propriétaires et les riverains ». Nombreux furent les intellectuels qui s’interrogèrent pour savoir «  si l’œuvre a le droit de cité » et « si celui-ci est lié à la valeur artistique de l’œuvre ». Le débat  était d’une telle complexité que les experts furent convoqués pour approfondir « la problématique ».

« Les réactions suscitées par la fresque géante de Saint-Gilles s’expliquent de la sorte selon Ralph Dekoninck, professeur d’histoire de l’art à l’UCL. : « Ce qui est d’habitude exposé dans l’espace confiné qu’est le musée se retrouve tout d’un coup dans l’espace public, affirme-t-il. Avec un contraste énorme puisqu’y est exposé ce qu’il y a de plus intime, le sexe. » Cette « confrontation » est intéressante selon le spécialiste pour les effets qu’elle suscite : « Les gens sur la place publique sont amenés à se poser des questions. Certains sont choqués ; d’autres, non. Comment le politique doit-il se positionner ? Doit-il accepter ou pas ? Selon quels critères ? Est-ce de la pornographie ? Est-ce de l’art ? Plein de registres se mélangent. Et à ce titre, ce genre d’expérience est très intéressant car il invite au débat sur les registres éthique, politique et esthétique. »

Les œuvres n’ont, à ce jour, pas été revendiquées. L’affaire est donc pendante.

Les analyses des journalistes, les émissions de télévision, les interviews des universitaires, des édiles et des représentants du peuple n’auront pas été vaines. Elles permirent, il était temps,  pour la Belgique, d’y voir clair concernant le street art. Plusieurs leçons peuvent, en effet, être tirées. La première,  c’est la différence entre un graffiti et une fresque. Tout est question de taille. Prenons un exemple : vous peignez un petit pénis (au repos, ou pas, cela n’a pas d’incidence sur le statut de l’œuvre), c’est un grafitto (singulier de « graffiti »). Vous peignez (même si l’œuvre est collective, cela n’infère pas sur la nature de sa représentation) un pénis énorme, c’est une fresque. Comme l’objectif des street artists est la patrimonialisation des œuvres, l’artiste, on l’aura compris, a intérêt à peindre un énorme phallus (qu’il soit discret ou très visible, donnant sur une grand ’place ou une sortie d’école, cela ne permet pas de trancher). Deuxième leçon : si vous êtes un street artist ayant le projet de peindre d’énormes sexes ou de scènes « intimes », il suffit de demander l’accord du propriétaire du mur et du voisinage. Si tout le monde est d’accord, il n’y a pas d’obstacle règlementaire à peindre ce que l’on voit sur des sites Internet spécialisés. Cela aurait à coup sûr, des conséquences tout à fait positives pour la localisation. Nous pourrions alors entendre une vieille dame vous indiquer votre chemin en disant : «  Vous tournez à droite juste après le phallus en érection. La poste est juste à côté de la « Double Péné ». Les constructeurs d’automobiles toujours à l’affut de nouveautés pourraient proposer en option une version GPS.  Le temps passant, les échevins pourraient donner aux rues le nom d’une fresque coquine (ne comptez pas sur moi, pour vous donner des exemples !). La troisième leçon concerne les hommes (et les femmes) politiques : par rapport, à un énorme pénis, « ils doivent se positionner ». Le contraire risquerait d’avoir des conséquences douloureuses.

De deux choses l’une : soit c’est un canular (certes de mauvais goût), soit c’est une « expérience ».

Dans le premier, je  vois bien son auteur écouter les journaux télévisés, découper les articles de journaux, compiler les prises de position, les analyses des experts, les décisions prises par les édiles, les discussions des parlementaires, les discussions des passants qui passent sous les fresques sans les voir, de ceux qui avec de gros téléobjectifs veulent conserver des traces de ces œuvres éphémères.

Dans le deuxième cas, nous pourrions résumer le projet de cette manière : nous introduisons dans le paysage urbain des fresques pornographiques, visibles de tous, situées dans un endroit difficilement accessible, sur un mur appartenant à des propriétaires privés dont l’avis n’aura pas été recueilli, que se passe-t-il ?

Les deux ne sont pas incompatibles. Un canular peut être un remarquable révélateur d’une société, de ses valeurs, de ses limites.

 Finalement, le 22 septembre 2016 aura été une date importante dans l’Histoire des mentalités.

Image: 
26 avril 2017

La vérité ?

&

Image: 

La vérité ?
Surgie de nulle part
Une illusion ?
Restée hors champ
Deux inconnues à cette adresse

Une illusion ?
Surgie de nulle part
La vérité ?
Restée hors champ
Deux inconnues à cette adresse

Fromont, 2011

21 avril 2017

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis...»

Mardi 11 avril

 Réunis à Lucques, en Toscane, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont, par la voix de Jean-Marc Ayrault, déclaré « qu’aucun avenir n’est possible en Syrie avec Bachar al-Assad. » La portée de cette résolution finale est d’autant plus importante que plusieurs pays arabes (notamment les émirats du Golfe, la Jordanie, l’Arabie Saoudite) avaient été associés la réunion ainsi que la Turquie. Quelque chose de sérieux semble enfin se faire jour qui pourrait décider la Russie à lâcher le tyran et à faire cesser le carnage. Mais comment écarter Bachar sans qu’il ne se retrouve au tribunal pénal international de La Haye ? Et qui à la direction du pays pour le remplacer ?  Les chancelleries ont quand même bien l’une ou l’autre idée sur la question…

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 Donald Trump se dit « prêt à résoudre le problème nord-coréen sans la Chine ». Mais quel est « le problème nord-coréen » pour Trump ?

Mercredi 12 avril

 Au début de la décennie quatre-vingt, Jean-Marie Le Pen éructait et vociférait en usant d’un vocabulaire bas, vulgaire, tapageur pour répandre des assertions racistes. Il ne représentait quasiment que lui-même et quelques nostalgiques de l’Algérie française. Des anciens soixante-huitards passionnés de littérature qui avaient été impressionnés par La Disparition, le roman de Georges Perec (1969) dépourvu de la lettre  e  tout au long de ses 300 pages, s’étaient résolus à écrire un conte à offrir au vieux fasciste dont la totalité des substantifs seraient issus de la langue arabe. Ils pensaient leur défi impossible à réaliser jusqu’à ce qu’ils découvrirent que la langue française fourmillait de références. Car il n’y a pas que lupanar, bakchich, lascar ou bazar, termes employés souvent par les écrivains orientalistes, pour nous emmener au pays des mille et une nuits. En présentant dans La Libre Belgique l’ouvrage de Jean Pruvost, lexicologue, membre du CNRS, professeur à l’université de Cergy-Pontoise (Nos ancêtres les Arabes. Ce que notre langue leur doit, éd. J-C. Lattès), Éric de Bellefroid souligne que dans son Dictionnaire universel (1694), Antoine Furetière avait déjà cité beaucoup de mots d’origine arabe. Aujourd’hui, les souches ne se comptent plus et le journaliste se plaît à énumérer « jupe, gilet, algarade, algorithme, aubergine, caban, sorbet, café, sirop, gabardine, azur, camaïeu, carmin, chamarré, zénith, nadir, magasin, momie, maroquin, avarie, avanie, mesquin, cafard, rubis, carat »… Ce ne sont là que quelques exemples. Comme quoi, pour celles et ceux qui en douteraient le monde est depuis longtemps multiculturel.

Jeudi 13 avril

 Au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour la huitième fois, la Russie utilise son veto contre une résolution condamnant l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al-Assad. « Où sont les preuves ? » dit Poutine. Les Etats-Unis en apportent mais ils ont perdu toute crédibilité depuis la question irakienne. La Grande-Bretagne en apporte aussi. Est-elle plus crédible aux yeux des Russes ? Qu’attend l’ONU pour envoyer une mission d’enquête que personne n’osera contester ?

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 Dans la campagne présidentielle française, il y a beaucoup d’orateurs mais il n’y a qu’un seul tribun : Jean-Luc Mélenchon. Et c’est pour cela qu’il bouscule tout sur son passage, c’est pour cela qu’il grimpe dans les sondages, c’est pour cela qu’il rassemble des dizaines de milliers de personnes, comme hier soir encore à Lille. Marine Le Pen avait donné l’impression d’être la championne des tribunes. Elle n’entretient pas la même faconde que son père. On pourrait même penser qu’elle s’essouffle. Mélenchon, lui, ne donne pas le sentiment de perdre haleine. Mais au-delà de l’émotion d’un soir que Benoît Hamon n’a pas pu créer, le peuple connaît-il bien le programme de l’ancien trotskyste passé entretemps au PS ?

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 Pour railler le général Louis-Jules Trochu qui l’avait nargué pendant le siège de Paris en 1871, Victor Hugo le ridiculisa en lui attribuant l’appellation «Trochu : participe passé du verbe tropchoir » (in L’Année terrible). Une journée sans allusion ou évocation de Victor Hugo est une journée à l’esprit pauvre.

Vendredi 14 avril

 Trump expérimente « la mère de toutes les bombes », appelée aussi « la méga-bombe » (c’est-à-dire la bombe la plus puissante juste avant la nucléaire) en Afghanistan. 90 djihadistes auraient été tués. Á la question : « à qui le tour ? », il faudrait probablement répondre : la Corée du Nord. Là-bas, il n’y a pas de djihadistes, juste des communistes radicaux, fous , mais jusqu’à ce jour inoffensifs. Si Trump commence à vouloir éliminer tous les radicaux un peu fous, il est loin d’avoir achevé sa tâche civilisatrice. Elle se terminera lorsqu’il découvrira sa propre effigie dans le miroir de son programme.

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 Il est bien que François Hollande ait choisi Franz-Olivier Giesbert pour se livrer à un entretien-bilan un mois avant de quitter son palais. FOG est le meilleur journaliste de sa génération et c’est un homme libre, qui n’hésite pas à poser des questions dérangeantes et même provocantes. Il en abuse parfois tant il en raffole. Du reste, ce long dialogue est parsemé d’intermèdes où Giesbert, entre deux questions, décrit l’ambiance et le climat, croque les rictus de son personnage et propose dès lors un dossier qui se lit comme l’extrait d’un roman. Car Giesbert est aussi, espèce devenue rare, un journaliste littéraire. Ce n’est peut-être pas la dernière interviouve que le président donnera d’ici la fin de son mandat mais celle-ci constituera vraiment un jalon dans l’histoire du quinquennat. Le Point l’a bien compris qui lui consacre sa couverture en titrant carrément : L’entretien testament. FOG l’a bien senti aussi qui ouvre l’ensemble des pages sur une citation de Hollande : « Je suis insensible à la flagornerie et à la courtisanerie comme je le suis aux critiques et aux attaques. » Cela valait mieux pour lui sinon, durant les cinq années qui viennent de s’écouler, il aurait plus d’une fois frôlé l’infarctus ou la tentative de suicide…

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 Au Musée des Beaux-arts de Mons (BAM), l’exposition Au pied de la lettre ne connaît pas un grand succès. Elle présente pourtant des œuvres intéressantes, notamment par leur date d’acquisition qui met l’accent sur les débuts voire l’antériorité d’un apport plus représentatif : on découvre ainsi d’anciens Alechinsky de l’immédiat après-guerre, un superbe Jean-Pierre Maury, constructiviste pas assez connu, un superbe collage de Jiri Kolar, Ben avant qu’il ne soit Ben (Les pierres tombent, 1986) et de magistrales compositions de Christian Dotremont. En abordant la première salle, on est confronté à cette affirmation de Louis Calaferte : « Les lettres sont elles-mêmes tout à fait inoffensives tant que quelqu’un ne se mêle pas d’en faire des mots. » Une belle citation à poser en exergue dans tous les dictionnaires.

Samedi 15 avril

 « Coucou me revoilou ! Coucou, c’est Mahmoud ! » Eh oui ! Ali Kamenei, le Guide suprême, le déconseillait fortement, mais Ahmadinejad n’en tint pas compte : il a déposé sa candidature à l’élection présidentielle iranienne qui aura lieu le 19 mai. Son programme consiste à « élaborer des réponses musclées à l’Amérique de Trump ». Avant d’estimer les risques de conflit entre les États-Unis et l’Iran, il s’agira d’abord d’examiner jusqu’où on peut s’opposer à l’avis du Guide suprême.

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 Retour sur l’entretien Giesbert-Hollande publié dans Le Point de cette semaine. On attribue souvent à Voltaire la citation : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ; quant à mes ennemis, je m’en charge… ». Il semble toutefois qu’elle fut prononcée par plusieurs personnalités avant lui. Les références remontent même à Antigonos II, roi de Macédoine, mort en 221 avant J-C. Preuve que les trahisons font partie du domaine de l’amitié comme la neige appartient à l’hiver. En tout cas, l’expression aura trouvé une fois de plus sa pertinence dans le quinquennat qui s’achève avec toutefois une différence considérable : pour François Hollande, la trahison s’est épanchée tout au long de son mandat. En général, c’est plutôt dans le cadre de la compétition qu’elle apparaissait : Chirac-Chaban, Mitterrand-Marchais, Balladur-Chirac, Sarkozy-Villepin… Une fois le duel achevé, le vainqueur pouvait gouverner. Avec Hollande, ceux que l’on appela « les frondeurs » lui  savonnèrent la planche d’un bout à l’autre et le comble, c’est qu’ils continuent ! Le congrès de refondation du PS, à l’automne, sera particulièrement houleux…

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 Marcel Gauchet au journal Le Soir : « Macron, c’est ce qui peut arriver de moins pire à la France. » Cette affirmation annonce une question qui arrivera tôt ou tard : « Que nous est-il  arrivé en 2017 ? » Autant donc se la poser tout de suite, dès le second tour accompli, et quel qu’en soit le résultat.

     

 Garth Davis a été marqué par le roman autobiographique de Saroo Brierley, Je voulais retrouver ma mère (City éditions, 2014). Il l’a porté à l’écran. C’est une belle histoire qui se termine par des rires affectueux et beaucoup d’émotion, une aventure servie par de bons et beaux acteurs. Mais en toile de fond, cette épopée noire finissant rose ne doit pas occulter deux constats : en Inde, chaque année, 80.000 enfants sont perdus. Par ailleurs, le mécanisme de l’adoption demeure fragile, même quand tout s’accomplit positivement de l’enfance à l’âge de raison, et jusqu’à l’âge adulte.

 

 

 

 

 

 

 

                                                         

21 avril 2017

Street art et publicité, Da Cruz et la campagne Tank de Diesel.

 

Le street art et la publicité sont faits pour s’entendre. Excluons de notre démonstration les artistes de street art reconnus, menant de front travail « dans la rue » et galerie, dont les œuvres ornent aujourd’hui les murs des musées d’Art moderne et les cimaises des grands collectionneurs. Le street art est à la mode ; une nouvelle génération de collectionneurs et des institutions culturelles acquièrent les œuvres pour des sommes  considérables. Le distinguo est souvent difficile à faire entre les authentiques amoureux d’art urbain et les spéculateurs, certains collectionneurs joignant la recherche du profit au plaisir de posséder dans son salon de belles œuvres. Si des artistes vivent de leur vente d’œuvres, ils sont légion ceux qui à leurs ventes en galerie ajoutent les produits dérivés, des performances rémunérées, des live painting,  et la publicité etc. En fait, les agences sont à l’affut des jeunes artistes émergents originaux et créatifs qui, en prise directe avec la jeunesse de leur pays,  proposent des sujets, des formes, des couleurs, des matériaux inédits, « dans l’air du temps ». C’est pour des raisons de cet ordre que la marque italienne de vêtements Diesel a sollicité Da Cruz pour lancer sa nouvelle collection, Tank. Le récit de cette nouvelle campagne éclaire les relations entre l’art urbain (du moins, certains de ses artistes) et le monde de la publicité.

La marque Diesel s’est déjà illustrée dans la publicité pour de bonnes et de mauvaises raisons. Dès 1991, la campagne intitulée « Comment mener une vie équilibrée », conseille de fumer, d’apprendre le maniement des armes et d’augmenter le nombre des rapports sexuels. Elle crée une vive polémique, atteignant son objectif : faire parler de la marque. Elle réitère ses provocations en 1995, « Comment devenir un vrai homme », en montrant deux marins s’embrassant sur la bouche dans un port en fête. Dans la même veine, elle reprend des publicités des années cinquante promettant une vie meilleure grâce à la consommation (For Successful Living). En 2000, profitant de l’actualité de la télé-réalité, elle met en scène une pop star fictive faisant la une de journaux à scandale. L’année suivante, elle présente l’Afrique comme une grande puissance et les Etats-Unis comme un pays en voie de développement. La campagne suivante montre des centenaires qui ont réussi à atteindre cet âge canonique en se privant de sexe, en buvant leur urine et dormant 24 heures sur 24 pour ne pas ressentir les affres de la vieillesse. Comme on ne change pas une recette qui gagne, les campagnes de publicités ont continué dans cette veine (campagne de 2006 représentation d’anges dans des poses suggestives, le rock and roll au paradis, le monde après le réchauffement climatique).

Pour lancer sa prochaine collection baptisée Tank, l’agence a fait appel à des street artists. Da Cruz a proposé un projet qui a été accepté. Le choix du lieu de l’événement qui va lancer la campagne est d’une grande importance. Il s’agit d’un mur ayant pignon sur une placette, jouxtant le quai de Valmy à Paris. Les berges du canal Saint-Martin, les jours (et surtout les nuits !) de beau temps, sont « envahies » par de jeunes adultes pour boire des verres (soyons plus précis, des centaines de canettes !) et faire des pique-nique. Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, les berges à hauteur du mythique Hôtel du Nord, sont un des spots les plus connus du street art à Paris.

La création de la fresque devait être un événement parisien. Pendant une semaine, la fresque a été réalisée (collage sur le mur d’un support papier, mise en peinture). Elle est restée exposée huit jours. Pas un jour de plus. Pendant les deux semaines (réalisation, exposition), l’accès direct à la fresque a été protégé par des vigiles (jour et nuit). Le neuvième jour, elle a été décollée du mur.

Les habitués des lieux ont relayé l’information et diffusé des images de la fresque via les réseaux sociaux. Les amateurs de street art, très rapidement, ont photographié la fresque dans tous ses états et mis en ligne les clichés. C’est ainsi qu’on crée le « buzz » !

Regardons la fresque attentivement. La marque est indiquée sous le nom de l’artiste. Les caractères sont petits, comparés à la surface totale de l’œuvre. Un slogan est peint dans une partie centrale aisément lisible : « Make love not walls ». Chacun comprend que c’est une reprise de « Make love not war », antienne des hippies aux cheveux longs et aux chemises bariolées. La formulation est ironique : the walls devant être compris comme « ne peignez pas de murals, de fresques sur les murs ». Ainsi, sont rassemblés un symbole guerrier (tank) et l’amour (symbolisé par des centaines de cœurs). Comment concilier les deux ? Da Cruz apporte une solution : deux tanks qui se font face, en bas de la fresque, tirent des cœurs qui montent vers un cœur-visage qui redistribue sous une forme rayonnante des cœurs-secondaires qui eux-mêmes diffusent des cœurs, des étoiles et des cercles de couleurs.

La composition est relativement complexe : deux tanks à la base, entourés de six totems, de six cœurs-visages se détachent d’un fond rayonnant avec un point haut, là on tout converge et d’où tout descend.

Le cœur-visage qui occupe la partie centrale représente la fusion de deux visages, ceux des êtres qui s’aiment. Cette image des êtres réunis dans une complète fusion est une icône classique de l’amour. Sa stylisation évite de « sexuer » la fresque : les deux amants pouvant être soit de même sexe soit de sexes différents.

La fresque est une illustration du slogan. La référence à la période hippie est explicite par le nombre des couleurs, très vives, aux contrastes forts (les rapports couleurs primaires/ couleurs complémentaires se comptent par dizaines) et l’utilisation traditionnelle de la figure du cœur pour représenter l’amour.

Les tanks ne sont pas peints comme des armes meurtrières, des cœurs les décorent, ils tirent des cœurs. Une manière de désamorcer ce que la représentation d’une nouvelle gamme de vêtements par des armes de guerre aurait eu de choquant, dans un moment historique marqué par des images de conflits armés au Moyen-Orient, en Afrique et les menaces de guerre mondiale. De plus, la jeunesse de notre pays victime du terrorisme islamique aurait, sans doute, repoussé des références explicites à la violence guerrière.

Disons tout de go que ce n’est pas parce qu’une fresque est publicitaire que ce n’est pas une œuvre. Nous retrouvons les figures propres à l’univers de Da Cruz : les totems aux masques précolombiens, les anthropologisations de certaines représentations traditionnelles (ici les cœurs), la palette encore plus vive que dans ses œuvres récentes, la géométrisation de sa composition, le guillochage des aplats. Bref, son esthétique est convoquée et s’exprime pleinement. Quant au « message », c’est de la pub ! Il n’est pas dans mon champ de compétences d’en faire ni la louange, ni la critique !

 

Image: 

La fresque haute comme un immeuble d'habitation de six étages, donnant sur les quais du canal Saint-Martin.

Le slogan,ironique pour les "happy few".

Blaze de l'artiste et nom de la marque, mise volontairement en second plan.

Un des deux tanks (élément central puisqu'il donne son nom à la campagne, "secondarisé" également.

Il convient de faire "oublier" qu'il s'agit d'une publicité et d'entretenir une relative ambiguïté.

Fusion des êtres dans un seul cœur, "so romantic".

Détail de la partie basse de la fresque.

"Totems", figures récurrentes dans le travail de Da Cruz.

18 avril 2017

Tout est vrai

°

Image: 

Le vide en moi
L’océan à nouveau
Un parfum de curry
Je dévore des yeux
La route poussiéreuse
Silence
Les anonymes et les illustres
Font naufrage
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Saute le couvercle
De la bonne aventure
Odeurs de poudres
Et de soupe au lait
Le ménage est fait
Je bois le pousse-café
Au bord de l’océan profond
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Le soir à la télé
Les ignorants et les savants
Empileront les sous-entendus
Seconde après seconde
Off the record
Ici bas
Bas c’est bas
Et
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Le sel
Les vagues
Le bleu
L’écume
Le pousse-café
L’océan
Tout est vrai

12 avril 2017

« Une campagne (présidentielle) plus drôle et plus citoyenne », Jaeraymie et Combo, avril 2017.

Dans de précédents billets j’ai évoqué la remarquable campagne anti-Trump organisée et mise en œuvre par un street artist américain, Shepard Fairey. Les journalistes politiques étatsuniens considèrent que sur un mandat de 4 ans, les deux dernières années sont consacrées à la campagne suivante. La France n’est pas en reste ; la campagne dure, dure, avec ses scandales, ses révélations, ses primaires, ses débats, ses polémiques. Elle est scandée par les informations publiées par « Le canard enchaîné » le mercredi, les démissions des ministres, les ralliements attendus, ceux qu’on n’attendait pas… Chacun, à moins de deux semaines du premier tour,  comprend que rien ne sera plus comme avant ; « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». Le Parti Socialiste explose, les Républicains, d’après les sondages, ne seraient pas au second tour, le Front National est aux portes du pouvoir, le candidat de la France insoumise pourrait créer la surprise et être au second tour.

C’est dans ce contexte d’une extrême tension que deux street artists, Combo et Jaeraymie collent sur les panneaux électoraux de drôles d’affiches (ou des affiches drôles). Des affiches électorales : « Votez, Juste Le Blanc », « La France festive avec Marion Cotillon » par exemple. Les candidats sont Pinocchio, Schtroumpf Grognon, Duckenson , Peggy la Cochonne, la petite Sirène.

Des affiches qui reprennent les codes graphiques des candidats (ou d’anciens candidats dont les affiches sont restées fameuses comme La France tranquille de Mitterrand avec fond rural et clocher d’église signée Séguéla). Les noms des candidats de cette campagne pour rire sont des clins d’œil aux électeurs avertis : Pinocchio dont Jiminy Cricket n’a jamais été assistant parlementaire (François Fillon), la Petite Sirène « en nage » (Emmanuel Macron), Schtroumpf Grognon (Benoît Hamon), Peggy avec sa perruque blonde associée au logo de Marine Le Pen. A campagne atypique, conception originale. Combo « a demandé aux internautes de donner des idées de personnages et de slogan, et de voter pour les meilleurs. J’ai repris les idées qui avaient le plus de vote et j’en ai fait des affiches ».

A la galerie des candidats, Jaeraymie a ajouté Francis Huster  parce qu’il «  a joué Juste Le Blanc dans Le dîner de cons » et John Goodman, a good man, le candidat des gens gentils.

Une campagne alternative pour nos deux artistes pour faire rire et faire (enfin !) réfléchir en réaction à la vraie campagne parce qu’avec les « nombreux retournements, on ne parle pas du fond, on n’évoque pas les vrais sujets ». Réaction également à la langue de bois des débats, à l’omniprésence des experts de tous poils.

Une manière de donner la parole « aux vrais gens », d’utiliser le rire pour faire mieux comprendre, illustrer le ridicule d’une situation.

C’est maintenant un fait acquis, les street artists ont acquis une légitimité à parler politique. Combo a compris depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo le pouvoir du rire ; on se remet d’une condamnation pour emploi fictif après une pénitence dans un pays éloigné et froid. On ne survit pas au ridicule.

Je ne sais pas vous, mais moi, je crois qu’il va y avoir des morts.

Image: 

Combo après avoir collé des affiches invitant à la coexistence des 3 grands religions monothéistes a été agressé par des militants d'extrême-droite.Une intervention radicale du street art français dans le champ politique.

Cendrillon (une référence supplémentaire aux"affaires" de F.Fillon.)

Des personnages de Disney et de la bande-dessinée, archétypiques, pour prendre de la distance par rapport aux "vrais"candidats.

Goodman pour représenter les gans gentils.

Le comédien Francis Huster pour illustrer le vote blanc.

Marion Cotillard sur fond de campagne riante en référence à l'affiche de Jacques Séguéla.

La Petite Sirène et les autres candidats.

11 avril 2017

A propos de la déradicalisation

Aujourd’hui, de nombreuses initiatives sont prises pour « déradicaliser » en particulier en direction des jeunes. S’est-on interrogé sur la stigmatisation que peuvent revêtir nombre de  ces initiatives largement subventionnées par les pouvoirs publics car c’est vers les quartiers où vivent majoritairement des jeunes issus de l’immigration que se portent les « déradicalisateurs ». Ce n’est pas dans les beaux quartiers de l’avenue Louise ou d’Uccle que se portent leurs efforts.

 Et pourtant, ne devrions-nous pas nous interroger de manière aussi urgente, sur les autres formes de radicalisme et la nécessité de procéder à des déradicalisations s’agissant de la xénophobie, du racisme et des différentes formes d’antisémitisme qui minent nos sociétés et certaines propositions ou pratiques politiques. De même, la foi aveugle de certains qui prônent l’ultralibéralisme économique ne nécessite-t-elle pas une sérieuse déradicalisation afin de permettre une plus juste distribution de la richesse et de permettre ainsi aux peuples victimes de l’injustice criante de la pauvreté de vivre décemment chez eux.

11 avril 2017

"La gauche est toujours une morale"

Samedi 1er avril

 Après un tour d’horizon des différents canulars révélés par les médias, on comprend la position des journaux norvégiens et suédois qui ont décidé de ne plus diffuser une information sous la forme d’un « poisson d’avril » : plus rien, désormais, n’est perçu comme invraisemblable. Deux repères pour méditer toutefois cette constatation : en 1962, la télévision française avait bâti un reportage de poisson-d’avril en inventant que la circulation automobile serait limitée à Paris, en faveur d’un développement de la mobilité par la bicyclette. Tollé chez les habitants de la capitale. En 1967, cette même ORTF avait annoncé qu’il serait interdit de fumer dans les lieux publics. Autre tollé spectaculaire à l’antenne sur le thème de la privation de liberté.

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 Présidentielle française. Attention aux mirages ! Il y a toujours 50 % des électeurs qui savent qu’ils iront voter mais qui ne savent pas encore pour qui. Arithmétiquement, cela peut modifier tous les sondages et chambouler tous les pronostics.

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 Chaque semaine, Courrier international propose une revue de la presse étrangère observant la campagne française. On se retrouve souvent dans le tragi-comique. Ainsi, l’annonce de Valls signalant qu’il va voter pour Macron, vue par le  Süddeutsche Zeitung de Munich : « Ce câlin de plus semble écraser Macron. »

Dimanche 2 avril

 Le gouvernement espagnol ne s’opposera pas à la demande de l’Écosse si celle-ci, ayant acquis son indépendance, sollicitait son adhésion à l’Europe. On en conclut donc que Madrid ne craint pas l’effet-domino et ne sent pas la Catalogne embrayer vers la quête de l’autonomie. Il est vrai que l’indépendance écossaise ne résulterait pas d’une hypertrophie de revendications régionales mais, au contraire, d’un besoin de rejeter le divorce du Royaume-Uni d’avec l’Union européenne. L’Histoire n’est jamais écrite à l’avance.

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 Le Journal du Dimanche consacre ses trois premières pages à Jean-Luc Mélenchon, le seul intellectuel de tous les candidats, et cite Jean d’Ormesson : « Mélenchon recèle une poésie épique. Il est très cultivé et extraordinairement éloquent. Il est le seul candidat lettré de cette élection. Si vous discutez de Pascal, de Bossuet, ou d’Hugo avec lui, vous ne vous ennuyez jamais. » Diantre ! Jean d’O. serait-il devenu gaga ou virerait-il de bord au soir de sa vie ? Nenni. Il ajoute : « Mais je ne peux pas voter pour lui ; je ne partage aucune de ses opinons. » Ouf ! Au Figaro, on préparait déjà les mouchoirs…

                                                            *

 Le JDD consacre aussi une page à Cédric Lewandowski, « omnipotent bras-droit de Jean-Yves Le Drian », ministre de la Défense, « le seul directeur de cabinet à avoir traversé le quinquennat ». Si le portrait que dresse François Clemenceau n’est pas exagéré, il n’y a pas de doute possible : en cas de victoire de Macron, cet homme occupera encore l’Hôtel de Brienne mais cette fois, en succédant à son patron.

Lundi 3 avril

 François Fillon a vraiment un problème avec l’argent. Le voilà qu’il confie aux journalistes de BFM-TV qu’ « il ne parvient pas à mettre de l’argent de côté » !

Aussitôt, Libération ironise sur son site en précisant qu’il touche en ce moment 23.000 euros par mois (tout à fait correctement, bien entendu). Cet homme, au demeurant compétent, qui défend un programme intelligemment charpenté, cultive l’art de se tirer des balles dans le pied. On murmure que Sarkozy est déjà en embuscade, et que c’est même lui qui l’aurait encouragé à poursuivre son chemin de candidat. Cette droite hautaine est diabolique.

Mardi 4 avril

 John Major, ancien Premier ministre britannique, estime que les eurosceptiques soutiennent Theresa May dans ses négociations de sortie de l’Union européenne mais qu’ils finiront par l’abandonner. C’est fort possible et même probable, une attitude caractéristique des élus d’extrême droite : du courage et de l’allant pour foutre le bordel, de la lâcheté pour en assumer les conséquences.

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 Et François Fillon continue, lors de chaque meeting quotidien, de rassembler des milliers d’enthousiasmes. Cahuzac sur scène il ne tiendrait pas 30 secondes avant que les tomates ne l’atteignent. Il ne faut pas se plaindre que l’on tolère plus de malhonnêtetés aux gens de droite qu’aux gens de gauche. C’est la preuve, quoi qu’on en dise, et malgré les brebis galeuses, que la gauche est toujours une morale.

Mercredi 5 avril

 L’ONU est en émoi. Son Conseil de Sécurité, très tendu, vacille sous la position de la Russie qui refuse de condamner Bachar al-Assad pour l’utilisation d’armes chimiques tuant une centaine de civils dans des douleurs atroces. Ce salaud a éliminé environ 300.000 personnes appartenant à son peuple et tout à coup, on voudrait l’exécuter. Certes, en termes statistiques, le chiffre est banal, mais la manière est pour le moins répréhensible. La représentante des Etats-Unis est virulente et menace d’intervenir, de faire elle-même la loi. Qu’elle n’oublie pas que dans cette même enceinte, il n’y a pas si longtemps, le porte-parole de George W. Bush essayait de faire croire à ses collègues que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Il ne les utilisait point, mais il les avait… En réalité, il ne les utilisait point parce qu’il n’en avait pas… Bachar, lui, il en a et donc il les utilise, avec la bénédiction de l’Iran et de la Russie.

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 De la pure politique-spectacle. Tout le monde est d’accord pour admettre que le débat des 11 candidats suivi par plus de six millions de téléspectateurs sur BFM-TV n’a rien apporté de transcendant. Comme ceux des primaires, les débats de ce type, sous le prétexte d’une action démocratique, faussent les échanges et diluent les objectifs de chacun. Ça suffit ! Il n’appartient pas à la télévision d’élire le président de la République. Le face-à-face des deux qualifiés pour le second tour ne doit pas être précédé d’autres joutes, déviant les enjeux.

Jeudi 6 avril

Donald Trump a donné l’ordre de détruire la base aérienne de Bachar al-Assad d’où sont partis les avions qui ont largué des bombes chimiques, tuant une centaine de personnes civiles dont de nombreux enfants de manière atroce. Amorce d’une guerre étendue aux grandes puissances ou simple coup de semonce ? C’est la question que le monde se pose, mais c’est d’abord la question que le Congrès américain se pose, disposé dans sa majorité à l’extrême prudence après l’échec irakien et les incertitudes qui planent sur le comportement du président.

                                                           *

 On attendait Emmanuel Macron à la grande émission politique de France 2. Serait-il moins vague ? Tiendrait-il la distance ? Il accomplit une prestation remarquable, pleine d’assurance, de précision, de confiance et, on peut même le souligner, de courage. Pour autant, rien n’est gagné. Il le sait.

Vendredi 7 avril

 Le 21 août 2013, Bachar al-Assad avait déjà utilisé des armes chimiques afin d’éliminer des centaines d’habitants de la banlieue de Damas. Ce triste épisode de la guerre civile syrienne restera dans l’Histoire sous l’appellation "Massacre de la Ghouta". En ce temps-là, François Hollande avait pris l’initiative de l’empêcher de nuire davantage. David Cameron et Barack Obama, qui l’avaient suivi, se rétractèrent et le président français avait du même coup dû abandonner la riposte qu’il avait envisagée. On en connaîtra peut-être un jour la raison des volte-face britannique et américaine. Des milliers de vie auraient pu être épargnées tandis que le tyran aurait été mis hors d’état de nuire. Muselé par le prix Nobel de la Paix qui lui fut décerné au début de son premier mandat, Obama ne prit pas ses responsabilités, ne voulant pas apparaître comme ses prédécesseurs, le gendarme du monde. Trois ans et demi ont passé. Le gendarme du monde est, craint-on, désormais un Docteur Folamour ; la Russie, l’Iran et la Turquie ont occupé le terrain aux côtés du sanguinaire syrien, et le monde est plus instable. On ne se souviendra bientôt plus que François Hollande fut le plus prompt à interrompre le carnage et à éviter une éventuelle escalade, un embrasement toujours possible. Notons par exemple qu’à peine connue l’opération de bombardement déclenchée par Trump, Israël publia un communiqué pour s’en réjouir…

Samedi 8 avril

 Les parlementaires démocrates américains soutiennent la réaction de Trump. Sans doute regrettent-ils encore la reculade d’Obama en 2013. Par contre, beaucoup de parlementaires républicains n’approuvent pas leur président. Sans doute se souviennent-ils que l’un des principes fondamentaux de sa démarche de candidat se résumait dans l’expression « America first ! » Sans doute craignent-ils aussi la finalité du geste… Dans son très instructif livre L’Aveuglement. Une autre histoire de notre monde (éd. Taillandier, 2015), Marc Ferro relève : « Le 16 janvier 2012, aux primaires du parti républicain, en Caroline du Sud, un des candidats, Ron Paul, déclara ‘qu’il ne fallait pas que les Américains fassent aux autres ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse à eux : les bombarder et se demander  pourquoi ils sont fâchés contre nous…’ Il se fit copieusement huer et fut pratiquement éliminé de la convention républicaine. »

Dimanche 9 avril

 Pour célébrer le 40e anniversaire de la mort de Jacques Prévert, Europe 1 lui rend hommage et diffuse En sortant de l’école interprété par les Frères Jacques. L’émission se terminera inévitablement par Yves Montand qui chante Les Feuilles mortes. Ce dimanche de printemps est annoncé estival. Difficile de savourer mieux le petit déjeuner.

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 Le risque d’enivrement causé par son raid aérien sur la Syrie est bien réel. Trump a ordonné qu’un porte-avion faisant route vers les mers australes soit dévié vers la péninsule coréenne afin d’intimider l’apprenti sorcier de la Corée du Nord qui n’attend que cela. On peut, afin de se tranquilliser, opter pour une autre explication : Trump aurait mené son attaque en Syrie pour permettre à Poutine de se débarrasser de Bachar devenu vraiment trop encombrant. L’Iran semble du reste inviter le tyran à s’effacer. Comme les loups, les diables ne se mangent pas entre eux.

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 L’ETA rend les armes. L’organisation terroriste basque semble abandonner la revendication armée. Elle indique à la police française huit caches d’armes dans les Pyrénées atlantiques. L’Espagne embraye et l’invite à se dissoudre. C’est mal connaître le sentiment régional qui nourrit la fierté d’appartenance là-bas. Bayonne fait la fête pour célébrer le retour à une vie apaisée, mais la foule ne renie pas pour autant ses origines.

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 Hier, on se rendait aux grands meetings pour prendre connaissance du message de l’orateur-vedette (Lamartine sur les marches de l’Hôtel de Ville de Paris, Jaurès au Pré-Saint-Gervais…) Aujourd’hui, le but est d’être présent, de montrer son soutien aux médias. C’est l’image qui fera le succès. Évidemment, si l’orateur peut lâcher une phrase, une expression qui fait mouche, il entrera dans l’Histoire avec la foule de ses supporteurs enthousiastes. Il y avait 70.000 personnes sur le Vieux port de Marseille pour encourager Jean-Luc Mélenchon ; il y en avait un peu plus de 20.000 à la Porte de Versailles pour applaudir François Fillon. Le talent d’orateur du premier le conduisit à la métaphore déjà utilisée par Jaurès à propos de la braise sous la cendre et que Dominique Strauss-Kahn avait du reste choisie pour bâtir le titre d’un de ses livres. Quant à Fillon, sa phrase qui restera dans l’Histoire fut : « Je ne vous demande pas de m’aimer mais de me soutenir ». On ne sait trop s’il s’agit là d’une supplique de désespoir ou l’expression d’une ultime volonté de rebondir coûte que coûte.

Lundi 10 avril

 Un à deux milliers d’hommes au service de Daech, installés dans un campement retiré au sein du désert du Sinaï, parviennent à déstabiliser l’Égypte pourtant fameusement équipée en forces armées. Deux églises coptes ont été l’objet d’attentats en plein office. Mais aujourd’hui, Daech a même réussi à toucher Israël avec une roquette. Le président al-Sissi décrète l’état d’urgence. Ce sont des symptômes comme ceux-là qui augurent d’une possibilité d’embrasement.

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En cette période de campagne présidentielle, les livres abondent sur le sujet, les acteurs et le lieu qu’ils ambitionnent d’occuper. Bernard Pivot commente L’Élysée, Histoire, Secrets, Mystères, de Patrice Duhamel et Jacques Santamaria (éd. Plon) : « C’est Historia, avec ses Conseils des ministres, ses cohabitations, ses menaces terroristes, ses remaniements, ses visiteurs du soir. Mais c’est aussi Paris Match avec ses arbres de Noël, sa salle des fêtes, ses garden-parties, ses premières dames, ses robes de haute couture, ses photos officielles, ses fastueuses réceptions, ses bourdes… ‘ Désignant le Prince de Galles, fils du roi, qui règnera à partir de 1910 sous le nom de George V, Marie-Louise Loubet demande avec candeur à Édouard VII : « Et ce grand garçon, qu’est-ce que vous allez en faire plus tard ?’ »                                               

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Capture d'écran du site ina.fr

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