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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart par Richard Tassart

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30 juillet 2018

S7TH VIXI, vaincre ses démons.

Prendre pour blaze, pour nom d’artiste, S7TH VIXI, avouons-le n’est pas banal. Au-delà de l’originalité, Aurélien Ramboz est trop cultivé pour avoir laissé le hasard jouer aux dés. S7TH se prononce comme le chiffre 7 mais son orthographe le distingue d’un autre street artist auquel j’ai déjà consacré un billet : SETH, comme le dieu égyptien du désert, de l’orage, des oasis, des étrangers et protecteur de la barque solaire.

Confondre sa personne avec le chiffre 7, chiffre sacré s’il en est, a une signification. L’homme qui « est » 7 est « le chercheur de vérité. Il a une idée claire et convaincante de lui-même en tant qu’être spirituel. En conséquence, son objectif est consacré aux enquêtes dans l’inconnu, et à trouver des réponses aux mystères de la vie. »

La seconde partie du blaze pose également question. On s’attendait à « vici », mais c’est bien de « vixi » qu’il s’agit. Tout bien considéré, je crois que ce « vixi » -là, n’a rien à voir avec le « Veni,vidi, vici » de César  et tout à voir avec le poème d’Hugo publié dans « Les contemplations ». La première strophe donne le sujet et le ton :

« J’ai bien assez vécu, puisque dans mes douleur

Je marche sans trouver de bras qui me secourent,

Puisque je ris à peine aux enfants qui m’entourent,

Puisque je ne suis plus réjoui par les fleurs ; »

Alors qu’un autre poème d’Hugo, « Demain, dès l’aube… » était un pèlerinage sur la tombe de sa fille Léopoldine, « Veni, vidi, vixi » traduit le désespoir profond du père qui, jamais ne se consolera de la noyade de sa fille préférée.

Vixi est la troisième personne au parfait du verbe vivre qu’on pourrait traduire par « J’ai vécu », dans le sens, ma vie est terminée. Une vie de joie et d’amour ; mon existence est une vallée de larmes. Pas gai certes mais je crains que ce soit ce sentiment qui anime S7TH et les images qu’il crée en sont une traduction.

Le parcours de S7TH commence par des études au lycée, par une école d’art en Belgique, par un boulot de peintre de décor de théâtre. Sa culture picturale s’est enrichie des apports de la littérature de science-fiction, d’un amour immodéré pour les films noirs de la Hammer, des super-héros de Marvel et de DC Comics. Un mix de références classiques, d’images de polars des années cinquante et de films de série B post apocalyptiques. Un univers plastique singulier dans lequel évoluent hommes et machines.

Lors de la rencontre avec l’artiste, j’ai d’abord été frappé par le soin qu’il apportait à sa réalisation. Il s’est montré très attentif à la matière du mur, au grain de son crépi, il apporte beaucoup de soin à ses fonds. Il les peint « savamment », ne laissant rien au hasard ; une complémentarité subtile entre les couleurs du sujet principal et le chromatisme du décor, des dégradés, des coulures, des superpositions de couches qui laissent apparaître, comme filtrée, la couleur des couches inférieures.

 La même attention est apportée aux personnages. Les formes sont cernées par de forts traits noirs et la recherche chromatique étonne par son raffinement. Des motifs géométriques réguliers sont peints au pochoir (en fait, un textile tissé comme une résille). Le trait est puissant. La palette surprend par sa complexité. Les noirs, les gris, les terre de Sienne, les ocres, les bruns forment une harmonie sombre et riche. Seul un signe de couleur vive, le plus souvent rouge, tranche en ajoutant au mystère de la représentation.Lors de ma rencontre avec S7TH dans son atelier, à Montreuil, j’ai été frappé par non pas la ressemblance entre les travaux dans la rue et ceux d’atelier, mais par leur similarité. Même sujet, même traitement plastique, même mélange des techniques.

 En fait, j’ai compris que S7TH n’est pas un street artist mais un artiste-peintre qui peint les murs comme des toiles.

Plus surprenant encore est l’extrême importance accordée par l’artiste au support. Ce que j’avais observé dans la rue se retrouve à l’atelier. Le choix du support est associé aux thématiques développées par S7TH VIXI. Les improbables créatures technologiques sont peintes sur des supports métalliques. Les portraits qui expriment la force brute, quasi animale (ou technologique, comme d’étranges cyborgs, sont peints sur du carton brut de « décoffrage »,  soulignant la brutalité d’un monde post apocalyptique. Pas de toiles tendues sur des châssis, mais des matériaux de récupération vestiges oubliés du monde d’avant. S7TH VIXI , historien du futur, donne naissance aux traces d’un univers né de la folie des Hommes ;  un univers dans lequel cyborgs, robots, machines ont réussi leur fusion avec le vivant, un univers dans lequel des hommes qui ont dépassé les limites de l’humanité survivent. Un nouveau monde de bruit et de fureur. Un monde à la Mad Max régit par la force. Une force brute qui, seule, peut assurer la survie.

Les influences de S7TH VIXI sont à trouver dans la bande dessinée (on pense à Druillet) et également dans la littérature (Cormac McCarthy, Stephen King, Robert Kirkman, Richard Mateson, Hugh Howey, Margaret Atwood etc.) Contrairement à ces écrivains, l’artiste plasticien n’a pas le projet d’imaginer de nouvelles sociétés, de nouvelles civilisations, régies par d’autres règles et confrontées à la survie, il en extrait des personnages.

Ce point mérite un détour. Les personnages de S7TH VIXI sont des hommes. Pas de femmes, d’enfants, d’animaux. Pas de décor de villes, d’infrastructures ruinées, d’incendies meurtriers. En fait, ce sont des portraits d’hommes, limités à leur visage.

Les visages d’hommes peints par S7TH depuis plusieurs années se ressemblent. Des hommes chauves, aux traits coupés à coups de serpe, à la posture hiératique. Ils nous regardent le plus souvent yeux dans les yeux et leurs regards traduisent la distance entre eux et nous. Ce sont des hommes en dehors de tout contexte social ou géographique. Dans leurs regards n’affleurent nul sentiment. Pas de sourire, de signes d’empathie, de joie, de souffrance. Des visages d’hommes déshumanisés.

Examinant les productions anciennes et les plus récentes de S7TH VIXI, je me suis interrogé sur l’identité de cet homme, décliné si souvent et si longtemps. N’est-il pas déshumanisé, au-delà de l’humaine condition, parce qu’il a été frappé d’un grand malheur. Comme Victor Hugo par la mort de sa fille. La déshumanisation, l’hiératisme, ne sont-ils pas des réponses au malheur ? Pour ne plus souffrir, excluons de notre vie tout sentiment. Un homme sans émotions, sans affects, ressemble à un androïde. Se transformer en machine, se métamorphoser, sont alors des nécessités pour continuer à exister quand vivre est devenu impossible.

Je ne suis pas le seul à penser que le sujet de l’artiste est d’abord lui-même. Non une banale représentation de son corps et de ses drames. Un jeu des apparences dans lequel l’artiste se cache, sans toujours savoir qu’il est présent et constamment présent dans son œuvre.

La peinture mais également tous les arts, et c’est peut-être leur fonction première, sont des subterfuges de l’imaginaire pour se présenter aux autres. « Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre » écrivait mon maître et très cher Michel Eyquem de Montaigne dans son « Avis aux lecteurs ». Le portrait d’un homme est (presque) le sujet unique de S7TH VIXI. Trop présent, trop récurrent, depuis trop de temps pour être le fruit d’un heureux hasard. De plus, en creux, il « manque » des choses dans le travail de l’artiste : des visages de femmes, d’enfants, de vieillards, de Blancs, de Noirs etc., des animaux, la nature, des constructions humaines etc. Sous la plume, façon de dire, de S7TH, le visage d’homme, s’impose de lui-même. Décliné à l’envi, ce visage masque quelque chose d’extrêmement douloureux, un quelque chose qui ressemble à la mort.

Foin des spéculations psychologisantes qui alourdissent le commentaire des œuvres sans les expliquer, je garde en mémoire le beau talent de dessinateur d’Aurélien Ramboz, son souci d’associer support et représentation, l’authenticité de sa démarche.
Demeure une interrogation. D’où vient cette fascination pour les super-héros sans âme ? Pour les robots humanoïdes ? Pour les cyborgs ? Les androïdes ? Sommes-nous attirés, comme les papillons par la lumière, par un futur sans sensibilité, sans émotion ? En supprimant l’âme, la conscience, supprimerons-nous la douleur ? Au risque d’être un homme-machine ?

Image: 

S7TH VIXI devant sa fresque peinte lors de Black lines 2, rue d'Aubervilliers à Paris, juillet 2018.

Un personnage marqué du chiffre 7.

Homme/machine

Robot humanoïde, beau et terrifiant.

Travail d'atelier.

Travail d'atelier.

Travail d'atelier.

Travail d'atelier.

Travail d'atelier.

Travail d'atelier.

Oeuvre ancienne.

Oeuvre ancienne.

Mots-clés

22 juillet 2018

Enigme/Rébus

&

Image: 

On vous appellera

A-t-il entendu

Ce soir-là lentement tombé

L'idée de la défaite

L'angoisse, la vie, plus rien

Sans porte de sortie

Armand est une maison en flammes

Cloué au sol

Dans les senteurs de la terre

 

Quelqu'un a du feu ?

A-t-il entendu

Extrême immersion

Dans un hasard troublé

Rien à craindre /Tout à craindre

L'essentiel abonde de riens

 

Écoute une minute

A-t-il entendu

Seul sans le silence

Sans longueur d'avance

Armand libre, court

Dans la direction opposée

Ce soir-là lentement tombé

 

Imaginez Armand sourd

21 juillet 2018

Trump qui roule…

Lundi 9 juillet

 La confusion est totale au Brésil. Un juge défait ce qu’un autre juge a fait : Lula reste en prison, ce qui provoque un élan de mobilisation populaire qui, en fait, n’avait jamais complètement cessé depuis son incarcération d’avril. Une Justice imprécise et bancale, c’est le facteur le plus déterminant pour déclencher une insurrection

                                                           *

Macron devant le Congrès comme il s’y était engagé, pour expliquer sa politique et ses projets. Beaucoup de mots et d’emphase. Il veut imiter la pratique étatsunienne en livrant l’équivalent d’un « discours sur l’état de l’Union ». Mais l’exposé n’est pas soumis à débats. Les parlementaires sont juste priés d’écouter. Et la Constitution n’a pas prévu que le Congrès soit une institution qui contrôle. Aucun vote n’est donc envisagé pour approuver ou contredire les propos présidentiels. Aucune mission n’est attribuée à une instance issue de l’Assemblée afin de contrôler, jusqu’à juillet prochain, la tenue des engagements livrés à l’auditoire. Bref, c’est du vent, un exercice d’éloquence, du spectacle. On est à Versailles, le faste transforme la solennité en magnificence.

Mardi 10 juillet

 France – Belgique en demi-finale du Mondial. Les plus hautes autorités des deux pays (de Macron au roi Philippe en passant par quelques Excellences…) sont, fébriles, en tribune d’honneur. Dans les moindres villages des deux pays, les drapeaux pendent aux fenêtres et les citoyens les plus passionnés se sont bariolé le visage aux teints tricolores. Le match est palpitant. Les plus belles individualités sont dans le camp belge mais la meilleure harmonie collective est chez les Bleus qui l’emportent 1-0. Dans les rues et les places publiques françaises, l’euphorie se transforme en délire tandis que de l’autre côté, c’est la tristesse qui provoque le désarroi, la dépression, l’abattement. Ce n’est qu’un jeu certes, mais le plus pratiqué dans le monde, et c’est aussi la compétition sportive la plus suivie dans le monde. Si beaucoup de psys ont eu l’occasion d’analyser le comportement frénétique du supporteur, on reste toujours ébahi par la pauvreté de ses propos (« on a gagné », ben oui, on le sait… « on est les plus forts », sans doute puisque vous avez gagné… « on va en finaaaale ! » … oui, en effet, telle est la règle…) Et bien entendu les « yeah » et les « wouh ! » à satiété, ainsi que les concerts de klaxons et les bousculades pour passer, un quart de seconde, devant quelques millions de téléspectateurs. Vedette d’un instant, comme l’avait prédit Andy Warhol. « Maman ! Tu m’as vu à la télévision ? » Seules les couleurs changent. Sinon, rien ne ressemble plus à un supporteur d’une équipe qu’un supporteur d’une autre équipe. Bah ! S’il s’agit d’un défouloir nécessaire pour éviter des conflits, que le panem et circenses bien desservi par l’outil audiovisuel continue de s’accomplir.

                                                           *

Une anecdote de plus concernant le général de Gaulle. En commentant la réédition de plusieurs titres de Joseph Kessel pour le mensuel de Cérésa Service Littéraire, Bernard Morlino écrit : « En janvier 1943, Joseph Kessel (1898 – 1979) osa dire à de Gaulle : ‘ Mon général, comment croyez-vous que tout cela va se terminer ? La réponse fusa : ‘ Mon cher, c’est fini, c’est gagné. Il n’y a plus que quelques formalités à remplir ‘ ». « Quelques formalités »… En janvier 1943 ! Un acteur visionnaire est toujours animé d’une obsession nourrie par un subtil mélange de folie, de conviction inébranlable et d’une déraisonnable analyse des faits qui le poussent à poursuivre son but en négligeant les difficultés.

Mercredi 11 juillet

 Si Theresa May le pouvait, elle raierait le Brexit de sa gestion gouvernementale. Mais elle ne le peut pas. Le peuple s’est prononcé. Réaliste, elle choisit de bâtir un Brexit mou en prévoyant des contrats et des traités de partenariat que l’Union européenne accueille favorablement. Du coup, les membres de son gouvernement partisans d’un Brexit rigide démissionnent. Le plus illustre d’entre eux, Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, claque aussi la porte. Cette grande gueule n’en restera pas là. Ce serait étonnant qu’il s’en aille cultiver son jardin.

                                                           *

 Tous les tatoués ne sont pas footballeurs et tous les footballeurs ne sont pas tatoués. Il y en a cependant beaucoup plus dans cette corporation-là que dans d’autres. Les arbitres, par exemple, ne sont pas tatoués. Se demander pourquoi relève donc du bon sens.

Jeudi 12 juillet

 Pour Trump, une journée sans tancer quelqu’un doit être une journée perdue. Puisqu’il est à Bruxelles pour une réunion de l’OTAN, sa bile se déverse sur les Européens qui devraient davantage cotiser à la vie de l’Institution en augmentant leur contribution et donc la part de leur budget consacrée à la Défense. Il n’a pas tort. Tous les pays membres de l’OTAN s’abritent sous le parapluie américain sans respecter leur engagement financier. Mais c’était en somme une situation convenue. En contrepartie, l’économie étatsunienne y trouvait son compte. L’Europe est-elle capable d’assumer elle-même sa propre défense ? C’est, avec le phénomène des migrations, le défi qui l’attend dans les prochaines années. Car pousser un peu plus le raisonnement de Trump, c’est se demander si l’OTAN, créée le 4 avril 1949 pour faire face à l’Union soviétique et ses satellites, a encore sa raison d’être. En supposant que l’Union s’en donne la capacité, la nouvelle configuration ne serait pas encore aussi simple à imaginer. Á la réunion du Directoire à Bruxelles figure par exemple Recep Erdogan puisque la Turquie est membre de l’OTAN. Imaginons des États-Unis qui abandonnent leur rôle protecteur de l’Europe et une Europe qui se constitue en force militaire unie, que devient la Turquie ? On peut être persuadés que Recep Erdogan a sa petite idée. Il se verrait bien chef d’une union militaire islamique.

Vendredi 13 juillet

 Deux statistiques côte à côte :

  1. Des milliers de chiens qui erraient dans les rues auraient été abattus pour assurer le bon accueil des supporteurs sur les lieux russes de la Coupe de Monde.
  2. Plus de 500 migrants ont péri le mois dernier en Méditerranée. Cela porte à plus de 5000 le nombre de noyés au cours du premier semestre.

 Bah ! Quand la balle sera au centre et que l’arbitre sifflera le début de la partie, ces chiffres morbides seront oubliés…

                                                           *

 Trump use tellement de fausses informations qu’il les applique à lui-même. En visite au Royaume-Uni, hier il sermonne Theresa May en se mêlant de politique intérieure, tandis qu’aujourd’hui, il la complimente. Les Londoniens n’aiment pas. Ils étaient 250.000 à défiler en ayant pour la plupart choisi l’humour (« la politesse du désespoir » selon Chris Marker) pour contester la présence de cet hurluberlu en leurs murs. Mais ce cyclothymique est le président des États-Unis d’Amérique, l’homme le plus puissant du monde, et ça, c’est plus désespérant que rigolo.

                                                           *

 Tocqueville (1805 – 1859) : « Les démocraties n’affrontent les problèmes du dehors que pour des raisons du dedans. » Judicieux constat que les libéraux européens qui gouvernent feraient bien de méditer, à l’heure de la mondialisation.

Samedi 14 juillet

 Non, François Hollande ne dédicacera pas son livre aujourd’hui ; il respectera la Fête nationale. Non, François Hollande ne fera pas le tour des plages ; il respectera les évasions balnéaires de ses concitoyens. Mais il reprendra son périple en septembre. Pour l’heure, il a visité 54 librairies, son livre atteint un tirage de 140.000 exemplaires ; il envisage d’y ajouter deux chapitres pour le passage en livre de poche ; on estime qu’il a dû dialoguer avec environ 17.000 personnes. Même Le Canard enchaîné en est baba. C’est dire qu’il se passe quelque chose… Vraiment.

                                                           *

 Le porte-drapeau de la CSU et de surcroît ministre de l’Intérieur Hans Seehofer n’a pas fini, dirait-on, d’empoisonner la vie d’Angela Merkel. On pensait son éructation anti-migrants apaisée ; voici qu’il se fait photographier en position de fraternité active, mains nouées, avec deux personnalités d’extrême droite aux affaires : le président autrichien et l’ineffable collègue italien Salvini. Celui-ci continue de fermer l’accès des ports de son pays aux embarcations de réfugiés. Il doit avoir déjà quelques centaines de noyés sur la conscience mais cela ne l’ébranle pas. Pire : il doit y puiser satisfaction et confirmation de bonne tenue pour sa ligne politique.

Dimanche 15 juillet

 Le mois de la Coupe du monde de Football s’achève. Hier, l’équipe belge (Diables rouges) a conquis la médaille de bronze en battant l’Angleterre (2-0). Bien qu’atterrissant à 2 heures cette nuit en provenance de Saint-Pétersbourg et sortant par une porte dérobée dans l’aéroport de Zaventem, elle fut accueillie par des supporteurs qui tenaient à toucher les joueurs comme on vénère un saint. Après avoir été reçus au palais royal, sur un bus à impériale comme celui que prenaient, fiancés, le grand-père et la grand-mère de Jacques Brel, les héros sont attendus à 15 heures sur le balcon de l’Hôtel de ville de Bruxelles. Dès 11 heures, ce somptueux cœur de la capitale européenne est noir de monde. Le parcours vers l’Hôtel de ville annonce une mobilisation inouïe de supporteurs sous une chaleur accablante. Á 15 heures, ceux-ci sont récompensés : leurs idoles apparaissent au balcon. On chante, on crier, on communie.  Deux heures plus tard, à Moscou, la France remporte le trophée en battant de coriaces Croates (4-2). Et des scènes de liesse identiques se déroulent aux Champs-Élysées qui se remplissent vite par l’afflux de dizaines de milliers de personnes qui avaient suivi le match sur grand écran au Champ-de-Mars. Les images de Zagreb sont pareilles : bien que vaincus, les joueurs de retour au pays seront célébrés par leurs compatriotes demain. L’heure est donc de nouveau à la question : qu’est-ce qui motive tous ces gens à se déchaîner derrière le drapeau de leur patrie à l’occasion d’un tournoi de football ? Et son corollaire : cette sorte d’union sacrée perdurera-t-elle dans l’évolution des sociétés concernées ou l’engouement était-il feu de paille, suscité seulement par la compétition sportive ? Des réponses existent déjà aux deux questions. Elles méritent cependant d’être encore remises en débats. Il y a vingt ans, la France black - blanc – beur avait redonné corps à l’image républicaine. Cela n’empêcha point l’extrême droite de progresser encore. L’observation de la Belgique vaudra aussi l’analyse. Ce petit pays hétéroclite, fondé contre nature, continûment au bord du séparatisme, vient de vivre en harmonie grâce aux exploits de son équipe nationale en Russie. Discrètement, lorsque les commentateurs décomposent le phénomène, il leur arrive de compter la proportion de joueurs flamands et de joueurs francophones. Le sélectionneur, lui, est espagnol. Cet après-midi, du balcon de l’Hôtel de ville, Roberto Martinez s’est adressé au peuple belge en anglais. Mercredi dernier, à l’occasion de la fête de la Communauté flamande le président du parlement éponyme et idoine a évoqué la victoire des Éperons d’or, lorsque le peuple de Flandre a bouté le roi de France hors de ses terres. C’était en 1302. Le football n’avait pas encore été inventé.

                                                           *

 Les oreilles de Bachar-al Assad vont tinter demain, depuis Helsinki, où Poutine et Trump vont se rencontrer. Il s’agira notamment de redessiner la Syrie en trouvant le scenario qui satisferait tous les pays de la région (Arabie saoudite, Iran, Israël, Turquie, etc.) Bref, un casse-tête diplomatique auquel le président américain ne paraît pas prêt. On se souvient qu’au début du premier septennat de Mitterrand, tandis que la guerre faisait rage dans l’ex-Yougoslavie, Ronald Reagan ne connaissait pas les protagonistes, étant dès lors incapable de les situer sur la carte. Trump pourrait bien illustrer pareil syndrome. On imagine mal également voir Bachar-le-sanguinaire continuer à diriger le pays. Sur ce plan-là, on sait le problème simple : si l’on garantit à Poutine son emprise sur la Syrie, on pourra discuter. Dans le cas contraire, ce sera le blocage et le non possumus total. Le maître de la Russie, impassible, va négocier avec son quatrième président des Etats-Unis. Il était en effet déjà l’interlocuteur de Bill Clinton avant de connaître George W. Bush et Barack Obama. C’est loin encore du palmarès d’Elisabeth II d’Angleterre, mais pour l’avenir du monde, c’est beaucoup plus significatif.

 

Image: 
Melania Trump, Vladimir Poutine et Donald Trump posent avec la balle offerte par le président russe à son homologue américain, le 16 juillet 2018 à Helsinki (Finlande). Photo ©| SPUTNIK / REUTERS
17 juillet 2018

Esther et Natalie

Les cieux noircis de Gaza ont sans doute fait le bonheur des photographes de presse. Ils pourraient aussi illustrer à quel point l’horizon paraît bouché pour les Palestiniens en ce 70e anniversaire de la Nakba et de la création de l’Etat d’Israël. Une commémoration célébrée par un transfert, ne fut-ce que symbolique, de l’ambassade étasunienne de Tel-Aviv à Jérusalem. Et endeuillée par les quelque 140 morts de Gazaouis abattus par les snipers de l’armée israélienne lors des marches dites du « Droit au Retour ».

Le Monde des Livres du 6 juillet consacre deux pages à la naissance de l’Etat d’Israël, dont une entière à l’essai de Danny Trom, chercheur au CNRS : Persévérance du fait juif. Une théorie politique de la survie (EHESS/Gallimard/Seuil).

L’interview de l’auteur (par David Zerbib) qui accompagne la recension suscite diverses réflexions, notamment au sujet de l’attachement des Juifs diasporiques à l’Etat d’Israël. Une question trop peu posée, à mon sens, chez les militants de la cause palestinienne. En effet, cet attachement n’est-il pas trop souvent considéré avec un certain fatalisme ? Comme une donnée que l’on jugera certes regrettable au vu des torts faits aux Palestiniens, mais peu susceptible d’évoluer…

L’Etat-gardien

Or, Trom s’interroge sur ce lien « trop peu théorisé ». Sur cette « angoisse » qui, à chaque moment où l’Etat s’est vu – ou a été perçu comme menacé, a saisi nombre de Juifs, y compris parmi les plus aptes à se rendre compte des rapports de forces réels en jeu dans le conflit israélo-palestinien. Certes, l’on admettra avec le chercheur que cette angoisse découle d’une « expérience politique de la précarité » héritée de l’Histoire – contemporaine ou plus ancienne. Une angoisse toutefois, constate Trom, que « le rétablissement de la République et des Etats-nations après la guerre n’a pas suffi à apaiser ». Gageons que, pour ce qui est des Juifs de France, elle s’apaisera d’autant moins tant que cette République montrera son impuissance à juguler une résurgence d’actes graves d’antisémitisme.

Il y a eu, poursuit Trom, un « affaiblissement de la confiance des juifs dans l’Etat ». Déjà au XIXe siècle, l’on se rappelle l’effarement de Theodor Herzl découvrant l’Affaire Dreyfus : « si même la France, berceau des Droits de l’Homme… ». Sans parler, bien sûr, de Vichy et de sa collaboration au judéocide C’est aussi une bien « cruelle ironie du sort », rappelle Arno Mayer[1], qui a voulu que leur extermination par les nazis ait suivi un « âge d’or » des Juifs d’Europe : « si l’on tient  compte de l’intégration des Juifs et de l’amélioration radicale de leur situation en Russie soviétique et dans l’Allemagne de Weimar, écrit Mayer, on peut dire que les trente premières années du XXe siècle furent pour les Juifs d’Europe un âge d’or : jamais ils n’avaient connu si peu d’oppression, tant de portes ouvertes ».

C’est au vu de cette « expérience de précarité » qu’Israël devrait - si pas « essentiellement », comme l’écrit Trom - continuer à être aussi perçu « dans sa fonction protectrice ». Et cela même si, à l’évidence, les autorités israéliennes, mais aussi les nôtres, entretiennent une mémoire particulière de la Shoah, comme l’a magistralement démontré le professeur Enzo Traverso[2].

D.Trom qui, nous dit Le Monde, « s’efforce de bâtir une sociologie de l’expérience politique », veut faire remonter au «Livre d’Esther » [3] et aux commentaires rabbiniques qui l’ont accompagné, une tradition politique chez les Juifs de la Diaspora : la recherche d’une « protection auprès des pouvoirs politiques en échange d’une allégeance ». Les exemples abondent. Celui des Juifs proche-orientaux qui, persécutés par Byzance, feront au VIIIe siècle bon accueil aux conquérants arabo-musulmans. Celui des Juifs ibériques qui, persécutés par le royaume wisigoth d’Espagne, ouvriront les portes de leurs villes aux conquérants arabo-berbères musulmans et, en leur assurant une garnison, permettront à ces derniers d’aller plus avant dans la conquête de la Péninsule. L’on pense aussi à la situation des juifs marocains jusqu’à la mort du roi Mohamed V et même encore après la guerre de juin 1967[4].

Esther, nous conte son Livre - texte maintes fois remanié, dont la véracité historique est déniée et dont tant l’auteur que la date de rédaction sont contestés - avait pu convaincre le roi Assuerus[5], dont elle était une favorite, à renoncer au projet d’exterminer les juifs de son empire que lui avait soufflé son 1er ministre. En lieu et place, Assuerus fit exécuter le « mauvais conseiller » et ordonna la protection des juifs qui instaurèrent en mémoire de ce « miracle » la fête de Pourim

l’auteur de Persévérance… voit dans le Livre d’Esther « un traité de survie » pour les Juifs, « un substitut, nous dit-il, du traité politique dont les juifs avaient besoin pour s’orienter dans le monde de l’exil ». Dieu ne pouvant, à l’évidence, assurer à lui seul cette fonction de protection des « exilés », ces derniers se virent contraints de rechercher celle-ci auprès d’un « pouvoir intermédiaire » : l’Etat en place… La question, dès lors, juge Trom, sera la suivante : que faire quand le « roi » lui-même devient « mauvais conseiller », lorsque l’Etat, de « gardien », devient criminel ?

« Esther, reviens ! » ?

Aux deux interprétations « classiques » du sionisme – des sionismes ? – D.Trom entend donc ajouter – et rappeler - celle de cette quête de protection. Face à leurs défaillances à assurer la sécurité de « leurs » Juifs, les fondateurs du sionisme auraient cherché à remplacer les Etats « hôtes » par un « Etat-gardien » dirigé par des Juifs cette fois. L’on sait que l’ouvrage majeur de Herzl - mal traduit par L’Etat juif - appelait à un « Etat des juifs » (Judenstaat), c. à d. « pour les Juifs ». Chez le principal fondateur du sionisme politique, l’interprétation « nationalitaire » - selon laquelle le projet sioniste s’inscrivait dans le droit fil du mouvement des nationalités européens - apparaissait moins flagrante que chez ses émules : à droite (Jabotinski et ses « révisionnistes ») comme « à gauche » (Ben Gourion et le sionisme « pratique », nationaliste et socialisant). Ainsi, l’idée de ressusciter l’hébreu comme langue nationale n’effleurait pas Herzl. Libéral bon teint et, à ce titre, également imprégné de bonne conscience « civilisatrice » occidentale, celui-ci partageait encore moins la vision « messianique » et religieuse du sionisme : le « Retour après 2000 ans d’absence ». Max Nordau, compagnon de Herzl, n’hésitait pas à clamer qu’en dehors de la nécessité de trouver un refuge pour les Juifs, la Palestine n’avait pour lui qu'un « intérêt d’archéologue »…

A l’origine donc, estime Trom, le mouvement sioniste ne visait pas tant à créer un Etat-Nation qu’un « Etat- gardien », « en incorporant le modèle de protection extérieure », c. à d. celui de l’Etat « hôte » non-juif. Ce qui impliquait, ajoute-t-il, « un rapport d’indifférence relative au territoire ». Cette méfiance à l’égard « des élans idéologiques qui structurent le modèle de l’Etat-nation » (Zerbib), on la retrouve notamment chez Martin Buber – « j’ignore tout d’un Etat juif avec canons, drapeaux et médailles ! »[6] - et ses amis du Brit Shalom et de l’Ihoud. Elle sera, il est vrai, vite noyée sous les « élans » nationalistes et messianiques

Le souci de D.Trom, écrit Le Monde, est de « puiser dans la tradition le moyen de repenser en profondeur des préoccupations contemporaines brûlantes ». A la question que lui pose D. Zerbib - « quel profit les Israéliens pourraient tirer d’un retour à cette ancienne solution juive du gardien », Trom répond que le modèle de l’Etat-gardien « offre un contrepoids aux impasses de l’Etat-nation », qu’il permet – « en tant que tradition légitime dans l’histoire du peuple juif » - de « sortir de la sacralité de ta terre », ce qui permettrait « d’ouvrir des marges de négociation nouvelles ».

« Dérive fascisante »

L’« âge d’or » auquel fait référence Mayer avait, il est bon de le rappeler, favorisé au sein des communautés juives européennes un internationalisme communiste auquel on doit parmi les plus belles figures d’acteurs et de penseurs révolutionnaires.

Aujourd’hui, n’est-ce pas la « protection » dont bénéficie le judaïsme étasunien qui explique qu’une part croissante de la jeunesse juive liberal marque ses distances avec la politique menée par « Bibi » Netanyahu et la droite israélienne ? Que ce soit envers les Palestiniens ou envers les progressistes israéliens, ces derniers faisant l’objet d’attaques croissantes qui font parler Dominique Vidal de « dérive fascisante » [7] ?

Constatons aussi que B. Netanyahu lui-même juge désormais plus rentable de s’associer de plus en plus étroitement aux milieux religieux israéliens les plus conservateurs et, aux Etats-Unis, avec le « sionisme chrétien ». Un Netanyahu qui, d’autre part, « flirte », sans honte, avec une droite dure européenne qui, de Viktor Orban à l’extrême-droite néonazie ukrainienne, ne cache même plus son antisémitisme[8]. Les relations troubles nouées entre les instances gouvernementales israéliennes avec des régimes (hier, l’Argentine des généraux) ou des groupes ne cachant pas leur antisémitisme aurait depuis longtemps dû semer le doute dans l’opinion, juive et non-juive, sur l’ambiguïté de la mémoire de la Shoah qu’entretiennent les autorités israéliennes…

Posons la question : comment peut-on encore considérer l’Etat d’Israël comme un « Etat gardien » pour les Juifs du monde ? Qui s’avère aujourd’hui le « mauvais conseiller » en matière de sécurité pour les Juifs ? Il y a peu, d’aucuns pointaient du doigt l’échec du projet sioniste à assurer une sécurité pour les Juifs et constataient que les seuls Juifs qui, dans le monde, pouvaient craindre pour leur vie étaient les Juifs israéliens. Et, aujourd’hui, comment ne pas voir que c’est en grande partie la brutalité et l’intransigeance israéliennes qui donnent aux prêcheurs d’une haine raciste et imbécile les prétextes qu’ils recherchent pour encourager des égarés à s’en prendre aux Juifs partout où ils se trouvent ?

Revenons-en donc à la question de D. Trom, déjà citée :
que faire quand le « roi » lui-même devient « mauvais conseiller », lorsque l’Etat protecteur – en l’occurrence Israël, de « gardien », devient criminel ?

En refusant, en avril dernier, d’aller recevoir en Israël le Genesis Prize (que d’aucuns qualifient de « Prix Nobel israélien »), l’actrice israélo-américaine Nathalie Portman a jeté un pavé dans la mare. Déclarant que les « événements récents extrêmement éprouvants » de Gaza l’empêchaient d’assister « la conscience libre » à la cérémonie et refusant de « donner l’impression d’approuver Benyamin Netanyahu » qui devait y assister, l’actrice ajoutait : « comme de nombreux juifs dans le monde, je peux être critique des dirigeants israéliens sans vouloir boycotter l’ensemble de la nation. Mais les mauvais traitements infligés à ceux qui souffrent d’atrocités aujourd’hui ne correspondent pas à mes valeurs juives ». Ce faisant, Nathalie Portman avait déclenché en Israël, nous dit Médiapart, (27.4.18), « une tempête de haine et de désaveu ».

Tout récemment aussi, Omar Barghouti, co-fondateur de la campagne BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), estimait pour sa part que son initiative rencontrait « un soutien croissant des jeunes juifs […] en faveur de BDS, ce qui représente une forme de solidarité avec les combat des Palestiniens pour la justice et l’égalité. Les jeunes juifs américains en particulier, qui sont très à gauche sur la plupart des questions, ne parviennent plus à réconcilier leurs valeurs juives progressistes avec celles promues aujourd’hui par Israël et le sionisme »[9].

 Cieux noirs

Dans l’éditorial du dernier numéro (n° 76) de Palestine, le bulletin  trimestriel de l’Association belgo-palestinienne/Wallonie-Bruxelles[10], Pierre Galand qualifie – avec une intonation quelque peu papale et gaullienne, il est vrai – Benyamin Netanyahu de personnage « arrogant et sûr de lui ». Le 1er ministre apparaît en effet comme emblématique de l’hubrys – cet orgueil démesuré qui, aux yeux des anciens Grecs, appelait fatalement à la punition des dieux – qui a gagné de plus en plus les dirigeants et une bonne part de la société israélienne depuis la victoire de juin 1967. Une hubrys que le transfert de l’ambassade étasunienne à Jérusalem ne peut que conforter. Et qui explique à mon sens en partie les morts de Gaza : ces « vaincus » se permettraient-ils de « gâcher la fête » ?

Cette hubrys, cette « arrogance » semblent au demeurant partagés par l’administration Trump. Le « plan » - même le terme semble inadéquat[11] – concocté par Jared Kushner, Jason Greenblatt, et David Friedman[12], apparaît non seulement comme un condensé de l’incompétence, de l’arrogance et du mercantilisme des locataires actuels de la Maison blanche, mais comme une injure éhontée faite aux Palestiniens et à l’ensemble de l’opinion arabo-musulmane. Pire, de par ses auteurs, « diasporiques » et leur implication directe à tous trois dans la colonisation des territoires, il peut être perçu au premier degré comme un véritable « complot juif »…

Si l’on constate, de plus, que ces projets américains ne semblent guère susciter d’opposition chez les « frères arabes » et bénéficient même de l’approbation discrète des puissances régionales que sont l’Arabie saoudite et les Emirats ; si l’on observe les relations basées sur une realpolitik bien comprise de part et d’autre qu’Israël entretient avec la Russie de Poutine[13], et si l’on constate, enfin, que l’Union européenne ne fait guère mine de vouloir se distancier de l’alignement de D. Trump sur les positions les plus intransigeantes d’Israël, force est de constater que les Palestiniens apparaissent aujourd’hui, une fois encore, comme « un peuple de trop ».

Dans son interview, David Zerbib s’interrogeait sur l’impact possible sur les Israéliens de « la solution du Gardien » que le Rouleau d’Esther inspire à D.Trom. Ce n’est toutefois, à mon avis, pas du côté de ces derniers, du moins dans leur majorité, qu’il faut espérer une sortie des « impasses de l’Etat-nation » israélien. Matraqués quotidiennement par une propagande obsidionale, « en première ligne » et confortés par des indicateurs économiques plus que positifs , les Israéliens, nous rappelait récemment Charles Enderlin[14], n’accordent « aucune importance » aux événements de Gaza et approuveraient à 71% les tirs des snipers

Ne reste-t-il à espérer que seule une démarche surgissant des milieux juifs diasporiques, et particulièrement étasuniens, pourrait, à terme, convaincre une majorité d’Israéliens qu’il existe un « contrepoids » aux « impasses » nationalistes et messianiques dans lesquelles s’est enfoncé le projet sioniste ? On peut rêver… L’on doit aussi s’interroger sur les moyens dont nous disposons pour y contribuer.

Paul DELMOTTE

Professeur de Politique internationale retraité de l’IHECS

13 juillet 2018


[1] La “solution finale” dans l’Histoire, La Découverte/Poche, 1990

[2] Le passé, mode d’emploi. Histoire, mémoire, politique, La Fabrique, 2005

[3] Ou Rouleau d’Esther, partie de la Bible hébraïque

[5] Le nom d’Assuerus est traditionnellement attribué à Xerxès Ier, dit Le Grand (519-465 av. JC), souverain de la dynastie perse des Achéménides, parfois à son successeur Artaxerxès (465-424 av. JC). L’on se souviendra que le roi néo-babylonien Nabuchodonosor II (605-562 av. JC) avait, après avoir détruit le 1er Temple en 586 av. JC, emmené en exil à Babylone les élites du royaume de Juda. Les Perses de Cyrus II Le Grand (559-530 av. JC) mirent fin à l’empire néo-babylonien en 539 av. Ce souverain aurait autorisé les juifs exilés en Mésopotamie à rentrer à Juda et à y édifier le 2d Temple…

[6] Lire Martin Buber, Une terre et deux peuples, textes réunis par Paul Mendes-Flohr, Lieu Commun, 1985

[8] La campagne menée par le gouvernement hongrois contre le milliardaire George Soros a pris des accents nettement antisémites. Le 9 juillet dernier, Ha’aretz a fait état d’armes israéliennes « tombées entre les mains »  de la milice ukrainienne Azov, néonazie et ouvertement antisémite. Lire aussi http://revuepolitique.be/israel-et-lextreme-droite-europeenne-les-dessou...

[10] Numéro remarquable pour le dossier, riche d’informations et très pédagogique, qu’il consacre à Gaza

[12] Respectivement gendre de D. Trump, ex-conseiller juridique du business des Trump et envoyé spécial du président américain pour le Moyen-Orient et ex-spécialiste des faillites de la famille présidentielle, aujourd’hui ambassadeur des États-Unis en Israël

[13] Cf. mon article Un nouveau Moyen-Orient, in Palestine, n° 65, juillet-août-septembre 2015

[14] Intervention à la Grande Table de France-Culture, le 17 mai

Image: 

Natalie Portman: contre Netanyahu au nom des "valeurs juives". Photo © Daniel Zuchnik/WireImage

16 juillet 2018

Pandore

&

Image: 

Jos goûte l'air frais de la nuit

Avant d'ouvrir l'œil

L'esprit occupé

Les sens en éveil

Face au tableau idéal

D'une scène familière

Sombre

Reflet de son absence

Il détourne le regard

In extremis

L'espace frissonne

Remué par des pensées énervées

Qui paradent et chahutent

Pandore

Sous la table

Est invisible

Le souffle coupé

Jos lève la nappe

Lance ses lignes

Avec vigueur

Silence soudain

Se déroule une longue liste

Des bonnes plumes

Des places au doute

Des airs connus

Des premières réactions

Des enfances perdues

Des messages cachés

Des mauvaises passes

Des tribunes libres

Des services rendus les bras croisés

Un coup de foudre

Les pensées s'apaisent

Consumées comme tant de rêves

Jos capte une dernière facétie

Une émotion nue

Indifférent aux caprices de Pandore

Il est ravi

Il respire l'air frais du matin

Ouvre l'œil

L'esprit et le corps libres

10 juillet 2018

Sur le chemin du retour

&

Image: 

Une rue silencieuse

Sur le chemin du retour

Mortimer, l'air impassible

Croise l'obscurité des regards

Du commun des mortels

Inconsolables

Un instant crucial

Une chance pareille

Un détail

Les yeux implorants de Joëlle

Bel obus non explosé

Mèche rebelle

Rire dansant

Elle lance la machine du goût de vivre

Éblouissement

Autour du bassin rond

Inéluctable vie nouvelle

Vite Joëlle et Mortimer se donnent le coup d'épaule

Du sourire éternel

Invisible perte de vue

Vidange des lacs noirs

Mortimer retrouve la voix perdue

Dès la case départ

Joëlle aux nerfs d'acier

De tête brûlée

Change le climat

D'un clic

Inéluctable vie nouvelle

Elle est patience

Beauté

Combat à vie

Joëlle dans les bras de Mortimer

Invisible perte de vue

Sur le chemin du retour

10 juillet 2018

Surmonter « la tragédie des différences »

Dimanche 1er juillet

 Décidément, la démocratie-chrétienne munichoise n’a pas retenu les leçons de l’Histoire. Angela Merkel n’en a pas fini avec son ministre de l’Intérieur, plus fermé que jamais sur le problème des migrants, et insatisfait de l’accord obtenu eu sein des 28, qui use du chantage de la démission afin de lui faire adopter une position plus sévère. « Gardez-moi de mes amis… » La déstabilisation de la chancelière la fragilise. On ne la sent pas aussi solide sur ses bases qu’au cours des autres moments périlleux qu’elle traversa durant ses mandats précédents. Derrière l’odeur de poudre pointe celle du sapin. Fin de règne ?  

                                                           *

 « …sans distinction de race » dit la Constitution française en son article premier. Une multitude d’amendements ont été déposés dans le but de retirer cette expression sous prétexte qu’il n’y a qu’une seule race humaine. On le savait depuis Darwin ; et puis les progrès de la biologie ont démontré qu’à 99,9 %, tous les êtres humains de la planète étaient pareils. Mais le Constituant doit-il se baser sur la biologie pour énoncer ses principes ? L’on sait bien ce que signifie cette formule humaniste dans l’esprit du citoyen : que vous soyez jaune, blanc ou noir, vous êtes chez vous et vous avez les mêmes droits et devoirs que quiconque en cette République. C’est tout simplement fondamental. Le supplément Idées du Monde relate la réflexion sans prendre position, en donnant les points de vue opposés. Cette révision de la Constitution, c’est comme l’héritage de Johnny Hallyday : le cirque ne fait que commencer

                                                           *

 Á Bruxelles, on inaugure une Place Lumumba et une statue du Premier ministre qui prononça le discours historique de l’indépendance devant le Roi Baudouin Ier impassible mais outré, le 30 juin 1960. La communauté congolaise de la capitale belge célèbre l’événement dans l’allégresse et les petits-fils  de l’homme d’État renversé, torturé, avant d’être assassiné se réjouissent de la reconnaissance. Il en va souvent ainsi des martyrs. Mobutu n’aura jamais sa statue à Bruxelles mais c’est lui, le sanguinaire, qui aura marqué le premier demi-siècle du Congo indépendant puisqu’après avoir éliminé Lumumba, il le dirigea jusqu’à sa chute pour cause de maladie en 1997. Parmi les citations de Léopold II que l’historien Georges-Henri Dumont rassembla et commenta (éd. L’Amitié par le livre, 1948), on trouve celle-ci : « C’est dans leurs chefs que les noirs doivent voir la vivante démonstration de ce principe supérieur que l’exercice de l’autorité ne se confond nullement avec la cruauté ; la seconde ruine la première. »

Lundi 2 juillet

 L’arrivée de la gauche au pouvoir, au Mexique, est déjà en soi un événement historique. Depuis près d’un siècle, on finissait par considérer que la droite gouvernait de manière évidente et naturelle. S’il en était ainsi, c’est que la mafia des producteurs de drogue tenait les rênes du pays. En annonçant sa volonté de briser le système de corruption dans son discours de victoire, Alvarés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO) prend un risque énorme. Qu’il évoque des « changements profonds » dans la politique sociale de son pays, c’est bien le moins pour un président socialiste ; qu’il signale que le Mexique sera gouverné de manière démocratique « sans dictature », c’est aussi une réflexion qui tient de l’évidence mais qui, en Amérique latine, a son poids d’authenticité ; qu’il échange des amabilités avec Trump en espérant des collaborations positives, c’est de circonstance en attendant les inévitables accrocs, mais qu’il s’attaque tout de go aux solides réseaux de la drogue, c’est une attitude courageuse qui l’honore et qui, espérons-le, ne le mettra pas en danger physiquement. « Nous allons réussir la transformation du pays sans violence ! » a-t-il aussi clamé. La campagne électorale causa la mort de plus de 140 militants, dont 23 prêtres, l’Église catholique, comme souvent dans ces pays-là, ayant pris fait et cause pour les combats du socialisme.

Mardi 3 juillet

 Petite pensée d’Albert Camus à méditer pour monsieur Hans Seehofer, ministre de l’Intérieur d’Angela Merkel : « La fin justifie les moyens. Mais qu’est-ce qui justifie la fin ? »

                                                           *

 Entré dans sa troisième décennie, le Festival de la Correspondance de Grignan élargit son champ d’activités. Désireux de placer cette discipline à sa juste place dans le registre littéraire, en appui des lectures qui se déroulent au château sous entrée payante, les organisateurs proposent un programme de conférences gratuites au bord de l’enceinte où de nombreux bouquinistes étalent des ouvrages en rapport avec les sujets traités. Un thème les réunit. Cette année, la littérature belge de langue française est à l’honneur, ce qui donne l’occasion à un public nombreux, d’entendre une magistrale leçon inaugurale de Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie de Bruxelles ;  et qui montre, par le détail du programme, à quel point le domaine de l’écriture est riche dans ce royaume qui ne se prend pas au sérieux. Afin de nourrir davantage encore ce rendez-vous situé en prélude au Festival d’Avignon proche de quelques coudées, le maire, Bruno Durieux - ancien ministre-délégué à la Santé dans les gouvernements Rocard et Bérégovoy de François Mitterrand -, d’obédience politique centriste, polytechnicien et néanmoins aussi sculpteur, possède  encore de nombreuses pistes d’intérêt et de croissance. Ainsi, pourquoi n’ouvrirait-il pas ses espaces à la philatélie ?  Car pour que la lettre, si élégante, savoureuse, attachante soit-elle, parvienne à son (ou sa) destinataire, il importe d’affranchir l’enveloppe dans laquelle son auteur la glisse. Et en France, aborder l’histoire de la Poste, c’est encore, souvent, ouvrir les portes enivrantes de la littérature, aussi bien à la terrasse d’un bistrot parisien avec Alphonse Allais que dans les airs avec Mermoz, Saint-Ex et tant d’autres pionniers…

Mercredi 4 juillet

 Il n’est plus question de parler de « crise » s’agissant des migrations. Le phénomène de mutation est désormais reconnu comme un mouvement qui s’impose dans la marche du monde et qui, si les chiffres reflètent un ralentissement depuis quelques mois, pourrait s’amplifier considérablement d’un moment à un autre, déclenché par un événement inattendu comme une guerre, une épidémie, une catastrophe naturelle ou un accident climatique. Par-delà les tribunes et les dossiers commentés, des premiers livres apparaissent. Celui de Stephen Smith (La Ruée vers l’Europe, éd. Grasset) -  professeur d’études africaines à l’université de Duke, qui fut au début du siècle le correspondant de Libération et puis du Monde - annonce clairement la mutation : « La migration de masse n’a pas encore eu lieu » précise-t-il. L’Eldorado européen devra considérer prioritairement cette nouvelle donne. La question lui est désormais vitale. Son défi est aussi philosophique : il s’agit de surmonter « la tragédie des différences », une expression qui traduit bien les oppositions à cet égard. On la doit à Jean Daniel, toujours aussi pointu et pertinent dans l’analyse des faits et les leçons qu’il convient d’en tirer.  

Jeudi 5 juillet

 Á l’automne prochain, les éditions Gallimard publieront des lettres d’amour passionnées de Dominique Rolin (1913 – 2012) à Philippe Sollers (1936). Celui-ci l’a souhaité mais sans que les siennes, parues séparément, ne viennent construire le croisement classique formant une correspondance. Environ 5000 lettres couvrant un demi-siècle témoignent de cette liaison restée clandestine. Elles ne seront pas toutes publiées. Jean-Luc Outers, qui réalise le travail, décrit sa manière d’avoir opéré la sélection, choisissant de les réunir plutôt comme pour bâtir une histoire. Sur le plan littéraire, on découvrira sûrement des pages admirables. Mais il ne faudra donc point parler de correspondance.

Vendredi 6 juillet

 Et François Hollande, à propos, comment va-t-il ? Parfaitement bien, merci. Il continue, souriant pleines dents, à parcourir la France de librairie en librairie. Cette semaine, il a dédicacé son livre dans le Vaucluse, avec notamment une halte très chaleureuse autour d’un public nombreux et averti en Avignon, tandis que la ville bruissait dans les ultimes préparatifs du Festival. Cet après-midi, il fera étape à Marseille, en commençant par la salle de rédaction du journal La Provence pour un entretien qui occupera sûrement la une et quelques pages de l’édition de fin de semaine… Il distille un peu partout sa bonne humeur et transmet ses analyses en fraternisant avec le peuple français. Les Leçons du pouvoir n’ont pas fini de lui donner la joie des contacts simples et chaleureux.

                                                           *

 L’envoyé spécial de TF1 sur les places publiques belges est catégorique : « Ce soir, dans ce pays, il y a 11 millions de fous ! ». La liesse que l’image renvoie est en effet d’une frénésie de maboulisme. La Belgique vient de battre le Brésil en un match d’une intensité extraordinaire. Elle rencontrera la France en demi-finale mardi prochain. Un autre délire est attendu.

Samedi 7 juillet

 Depuis Antoine Blondin, on sait que le reportage sportif dans le cadre d’une compétition intense peut devenir un morceau de bravoure littéraire. Les deux matches qui se sont déroulés hier, et qui ont permis à la France (2-0 contre l’Uruguay) et à la Belgique (2-1 contre le Brésil) de se donner rendez-vous en demi-finale offrent l’occasion aux plumes les plus talentueuses de s’épancher. Pour l’heure, on verse surtout dans les superlatifs, les étonnements et les comparaisons ; mais il est permis d’espérer voir poindre le temps des métaphores. En radio, on cherchera les successeurs d’Armand Bachelier (RTBF) sur le Tour de France, et d’Eugène Saccomano (Europe 1) pour la Coupe du Monde. Car si, mardi soir, il s’agira de saluer une ardente demi-finale entre la France et la Belgique, les sources historiques d’allusions chevaleresques ne manqueront pas. Hier soir, Iouri Djorkaeff, le conseiller de TF1 au commentaire du match Brésil – Belgique, ne cessait de se dire « émerveillé » par les Diables rouges. Il finit par lâcher, un temps : « On a l’impression que le Brésil joue en rouge. » Plus beau compliment était impossible à trouver. Et si les Bleus redevenaient champion du monde, rien de plus facile à chercher comme titre. On peut parier d’ores et déjà que beaucoup de journaux l’emprunteraient à Alexandre Dumas : "Vingt ans après".

Dimanche 8 juillet

 Pedro Sánchez, le Premier ministre socialiste espagnol, travaille beaucoup et communique peu. Il a raison : c’est la meilleure manière de contribuer à l’apaisement de son pays. Le voici désormais qu’il s’attaque au problème catalan. C’est plus qu’un test. Ce dossier sera pour lui déterminant quant à la suite de sa carrière au plus haut niveau. En attendant, l’Espagne continue à mettre au point une politique humanitaire au sujet de l’immigration, une attitude qui tranche complètement avec celle de l’Italie et dont on appréciera les effets lorsqu’il s’agira d’évaluer (et de comparer) la situation de l’Emploi dans chacun des deux pays

                                                           *

 En fin d’après-midi, les télescripteurs crépitent depuis le Brésil. L’équipe de football est rentrée au pays tête basse mais il ne s’agit pas de rédemption sportive. Une cour d’appel ordonne la libération immédiate de l’ancien président Lula da Silva. On se doutait un peu qu’il ne resterait pas en prison. On ignore encore toutefois si le tribunal électoral acceptera qu’il puisse briguer un troisième mandat présidentiel. Il est bon de comparer les deux informations. Des millions de gens, au Brésil, espèrent une vie quotidienne meilleure grâce à cet homme. Le foute procure l’émotion, la fierté d’un peuple, des sentiments puissants mais éphémères. Ne jamais oublier qu’au bout du compte, ce n’est qu’un jeu.

                                                           * 

 Il y a des moments où la bégueulerie et le puritanisme étatsuniens sont vraiment écœurants. Après avoir exclu Roman Polanski, l’Académie des Oscars propose à son épouse, Emmanuelle Seigner, d’en faire partie. Piquante lettre ouverte de l’intéressée dans le Journal du Dimanche (JDD) « (…) Cette Académie pense probablement que je suis une actrice suffisamment arriviste, sans caractère, pour oublier qu’elle est mariée depuis vingt-neuf ans avec l’un des plus grands metteurs en scène. Je l’aime, c’est mon époux, le père de mes enfants. On le rejette comme un paria et d’invisibles académiciens pensent que je pourrais ‘monter les marches de la gloire’ dans son dos ? Insupportable hypocrisie ! (…) »

                                                           *

 Monseigneur Benoist de Sinety fut, en tant que curé de Saint-Germain-des-Prés, le secrétaire du cardinal Lustiger et ensuite celui du cardinal Vingt-Trois. Aujourd’hui vicaire général, il est l’un des cinq adjoints de l’archevêque de Paris. Il vient de faire paraître un petit livre en forme de pamphlet (Il faut que des voix s’élèvent, éd. Flammarion) par lequel il dénonce notamment l’attitude des tartuffes de tous bords et de tous pays - dont le sien - dans le drame des migrations. Il n’hésite pas à comparer des bateaux comme L’Aquarius à l’Exodus. Ce prêtre que l’on dit bon vivant célébra les obsèques de Johnny Hallyday. A-t-il été piqué par le besoin de vedettariat ou est-il le nouvel Abbé Pierre ? On le saura très tôt.

Lundi 9 juillet

 « On la trouvait plutôt jolie Lily

Elle arrivait des Somalis Lily

Dans un bateau plein d’immigrés

Qui venaient tous de leur plein gré

Vider les poubelles à Paris

Elle croyait qu’on était égaux Lily

Au pays de Voltaire et d’Hugo Lily

(…) »

 Si des chaînes radiophoniques désirent aujourd’hui souhaiter un heureux 84e anniversaire à Pierre Perret, elles seraient bien inspirées en diffusant Lily, une chanson qu’il écrivit en 1977, et qui dégage de nos jours une déconcertante pertinence.

     

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« Elle croyait qu’on était égaux Lily », chantait Pierre Perret en 1977. Photo © DR

07 juillet 2018

Adieu Simone, bonjour Zizou

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05 juillet 2018

Banksy à Paris : ça fait du bien de rire !

Le monde va mal, comme d’habitude (un lecteur attentif et sympa pourrait-il me dire quand notre monde allait bien !) Le grand mystère qui agite toutes les rédactions est de savoir si les pochoirs trouvés par quelques badauds curieux sont de Banksy, mais où sont donc les pochoirs ? Qui se cache derrière le nom de Banksy ? Que signifie les pochoirs de l’artiste anglais ? Est-ce vraiment Banksy qui les a faits ? etc.

Voilà un florilège de quelques titres de presse/

« Banksy à Paris, les adresses des œuvres ! »

« Banksy revendique des œuvres réalisées à Paris. »

« Que faire des pochoirs de Banksy à Paris ? »

« Banksy prend Paris pour cible et comme terrain de jeu.

Depuis le 20 juin, des pochoirs apparus dans la capitale semblent être l’œuvre du street artiste britannique. »

« La délirante traque des pochoirs de Banksy à Paris

Depuis mercredi 20 juin, une véritable frénésie a envahi la capitale française : Banksy est chez nous ! En tout sept pochoirs dont l’auteur serait l’un des anonymes les plus recherchés de la planète ont surgi… En l’espace de quelques heures deux œuvres ont déjà été vandalisées. Quadrillons la ville à la recherche de ce qu’il reste du street artist de Bristol. »

Je me permets de rappeler aux lecteurs, heureusement peu nombreux, qui ne liraient pas régulièrement mes chroniques, qu’un pochoir est constitué le plus souvent de plusieurs « slices » (une par couleur) et qu’après avoir découpé dans un carton un peu fort le sujet en évidant les parties à peindre, il suffit d’un geste de haut en bas sur la buse d’une bombe aérosol pour projeter un « spray » qui colore le support en « épargnant » les parties pleines.

De la susdite description de la technique du pochoir découle la savante conclusion que quiconque peut, muni des « layers » d’un pochoir, appuyer sur la buse. Ajoutons que la création des « layers » est facilitée par les logiciels de traitement de l’image qui réduisent le nombre des couleurs formant des aplats et qu’il suffit d’un peu d’adresse et de temps pour découper des slices simples (comme des rats par exemple). La conclusion de ces prolégomènes conduit à penser que nombreux sont les artistes qui pourraient faire des pochoirs « à la Banksy » et que rien ne garantit que ce soit Banksy qui ait appuyé sur la buse.

Ce serait drôle si nous apprenions que l’auteur des « œuvres » était un très jeune artiste émergent ayant monté un canular pour faire parler de lui !

Les pochoirs ne sont pas signés et le seraient-ils que cela ne changerait rien. D’abord Banksy ne signe jamais ses œuvres. Si une œuvre était signée, à coup sûr, ce serait un faux. Mais que signifie un « faux » quand l’artiste utilise une technique qui permet la reproduction des œuvres ? C’est même pour cela qu’on l’a inventée !

Et si, soyons fous, Banksy demandait aux petites mains qui travaillent dans son atelier de faire un pochoir et si (et seulement si) ces petites mains bombaient des pochoirs un peu partout ? Seraient-ils tous des Banksy ?

Et si, soyons iconoclaste, Banksy n’était pas le nom de l’artiste mais qu’on découvre que c’est le nom d’un collectif d’artistes ou le nom d’un atelier dont les patrons Mr Smith et Wesson faisaient « exécuter » par des artisans payés à la tâche en Chine des layers dont la simplicité est directement proportionnelle à la qualification d’une main d’œuvre sous-qualifiée ? Un peu comme Koons, vous voyez ? Dans ce cas de figure, les Banksy auraient-ils la cote ?

Pourquoi faut-il toujours parler gros sous alors qu’on parle Art ? Pour une raison qui n’a pas échappé à Banksy, c’est que ces cadeaux offerts aux Parisiens ne sont pas vraiment gratuits. Le très sérieux et très à droite Figaro dans un récent article s’en fait l’écho : « Une collection d'œuvres de l'énigmatique roi du graffiti, Banksy, va être mise en vente le mois prochain à Los Angeles et pourrait rapporter plus de 500.000 dollars, a affirmé mercredi 30 mars la maison de vente Julien's.

 

Parmi plusieurs œuvres reproduisent sur papier des peintures murales réalisées dans la rue, avec notamment Happy Choppers, une image réalisée en 2002 d'hélicoptères militaires enrobés d'un nœud rose taguée au pochoir sur un mur d'un marché de Londres, et qui selon les organisateurs pourrait s'adjuger à 150.000 dollars. »

Je reconnais à Banksy (si un homme de ce nom, ou d’un autre, existe !) un certain talent à poser une problématique grave avec un simple dessin. Dans le genre, je préfère Plantu. question d'opinion. Mais il n’en demeure pas moins vrai que l’artiste est intégré dans un marché de l’art et que ses œuvres « politiques » lui rapportent, aussi, beaucoup d’argent. C’est du dernier chic d’avoir dans son salon de la rue de la Pompe, entre un Picasso de la période bleue et un Rothko, une œuvre non signée (c’est une garantie a dit le galériste !) de Banksy représentant des migrants s’échouant sur les côtes d’Angleterre, avec en guise de décor, les blanches falaises de Douvres.

Pour ne rien vous cacher le « mystère » Banksy et les sommes folles atteintes par les enchères, esquissent sur mon visage innocent comme l’amorce d’un sourire.

Là où je suis mort de rire, c’est de voir mes compatriotes pianoter sur leur clavier d’ordinateur pour connaître la localisation des « œuvres ». Que cherchent-ils ? Faire une photo. Oui, la photo qu’on voit partout, à la télé, dans tous les magazines, le couple de rats, Napoléon empêtré dans sa cape etc. La photo sera leur photo. Genre ménagère apportant à la fin du repas un clafoutis aux cerises et l’accompagnant d’un « C’est moi qui l’ai fait ». Revenons à nos œuvres banksiennes, les happy few qui les auront trouvées, montrant sur l’écran de leur smartphone, un cliché de médiocre qualité, ajouteront sur le ton de la confidence : « J’ai toute la série des Banksy à Paris, C’est dingue, non ? »

 

A vrai dire, j’ai vu encore plus dingue. Des gens, comme vous et moi avec un putain de matos, boitier 24x36, téléobjectif de 1300mn F/8-16, partir en voyage dans un pays (très) lointain (genre Nouvelle-Zélande, Chine etc.) pour photographier exactement la même chose que le cliché qui illustre la rubrique « tourisme » du Guide du Routard. Les photos sont prises du même endroit, l’angle est le même, la lumière…tout pareil ! J’ai même vu en vacances des touristes qui regardaient des cartes postales sur un tourniquet devant la devanture d’un libraire et se proposaient d’aller sur les lieux pour prendre la photo. Même syndrome du « C’est moi qui l’ai fait !

Vous parlerai-je des bons moments que j’ai passés sur l’esplanade du Trocadéro à regarder les touristes qui se photographient (ou plutôt qui se selfisent) devant la Tour Eiffel, histoire de prouver aux autres, ceux qui n’ont pas les moyens de voyager aussi loin, qu’ils étaient là et que cette photo en est l’indiscutable preuve !

Des histoires comme ça, j’en ai cent, j’en ai mille ! Et vous-aussi, surement. C’est drôle et réconfortant de penser qu’il y a plus bête que soit. A moins d’avoir un sourire en coin et se régaler de la quête des Banksy, moderne quête du Graal, des moutons de Panurge du tourisme de masse, des Hommes tels qu’ils sont.

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Pochoir peint devant un centre d'accueil des migrants à Paris.

Pochoir "attribué" à Banksy.

Le rat de Banksy fait florès.

Après l'humiliation de Waterloo, la perfide Albion, se moque de notre Napoléon national.

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05 juillet 2018

Entre foudre et paratonnerre

&

Image: 

Une vile fantôme

Un ciel peint

D'avant l'orage

Frontières disparues

Temps difficiles

Léa a les jetons

Elle craque

Regrette la vie passée

Les arbres, un verger

Une vue imprenable

Sur les choses familières

Et les couleurs

Rien ne pressait

 

En un rien de temps

Les temps difficiles

Sens inverse

Eaux sombres

Masses mouvantes

Léa tourne de l'œil

Entre la foudre et le paratonnerre

Coupée du monde

Électrifiée

Elle marche

Dans sa ville fantôme

Silencieuse

Agitée

De peurs primitives

Pages

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