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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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26 octobre 2017

« L’amnésie est un moteur de la politique »

Lundi 16 octobre

 Emmanuel Macron ne comptait pas communiquer avec les Français par des prestations télévisées convenues, deux ou trois journalistes convoqués dans les bureaux et les salons de l’Élysée. Il pensait instaurer une nouvelle forme de communication avec le pays. Les échos de ses récents voyages en province, son vocabulaire parfois choquant, de mauvais sondages de popularité successifs l’ont poussé à renouer avec la tradition. Hier soir, il s’est entretenu à son bureau avec trois journalistes sur TF1 et LCI. Seul changement avec la tradition : derrière lui, un tableau tricolore arborant une ébauche de Marianne en son centre avec, en sa base, les mots « FRATERNITÉ » qui percent l’image durant tout l’entretien. Celui-ci aussi était convenu : le président a intelligemment justifié son action, là encore à l’image de ses prédécesseurs. Ce qui reste aussi en mémoire, après une nuit de sommeil méditatif ? Il a souvent répété « Je suis le président de la vérité » alors que l’on attendait « Je suis le président de tous ». Une fois de plus l’on pense à Charles de Gaulle à propos de Giscard d’Estaing : « Son problème, c’est le peuple. »

                                                           *

 Les élections dominicales ont dégagé, en Autriche, un résultat comparable à celui des récentes législatives allemandes : poussée des conservateurs conduits par Sebastian Kurz, 31 ans, stagnation des sociaux-démocrates, ascension de l’extrême droite qui serait due à un afflux considérable de réfugiés. On s’attend à une coalition de droite forte, une tendance assez courante dans l’Union européenne. Les élections régionales de Basse-Saxe ont cependant contrarié cette tendance. Là-bas, le SPD  sort vainqueur au détriment de la CDU de Merkel et de l’extrême droite qui réalise un petit score. Les changements ne sont pas aussi radicaux qu’on ne le croit dans les vieilles démocraties. Et les socles, tantôt solides et renforcés, tantôt fragiles et rognés, demeurent néanmoins les pivots d’une pensée politique plus consciente et réfléchie qu’on ne le croit.

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 Chirurgien-urologue, Laurent Alexandre s’est passionné pour le transhumanisme et la biotechnologie. Il est devenu spécialiste des nouvelles technologies et à ce titre, donne des conférences sur l’intelligence artificielle. Commentant son dernier livre (La Guerre des intelligences, éd. J-C. Lattès), il insiste sur le fait que l’intelligence artificielle ne doit pas métamorphoser les capacités humaines. Il faut permettre aux enfants d’avoir accès le plus tôt possible aux tablettes et autres écrans magiques, mais en même temps, il faut veiller à ce qu’ils lisent trois livres par semaine. Ce vœu, sans doute sincère mais pieu, ne doit cependant pas être pris à la légère. Au bout du compte, c’est la machine qui dominerait l’homme. Un vieux débat jamais tout à fait impossible à cerner.

Mardi 17 octobre

 Raqqa, l’importante ville considérée comme la capitale du califat voulu par Daech, est tombée. Daech n’est plus à Raqqa. L’affirmation tombe sur les télescripteurs du monde entier. En déduire qu’il n’y a plus de djihadistes pouvant nuire et tuer partout à tout moment serait présomptueux.

                                                           *

  François Hollande a choisi Séoul pour donner sa première conférence internationale. Il n’a pas suivi la prestation de Macron sur TF1 mais il a lu les dépêches et dialogué avec quelques amis. Tandis que le budget 2018 arrive en débat devant l’Assemblée, il se montre catégorique et sévère ? En plagiant une phrase célèbre de François Mitterrand, il constata : « Aujourd’hui, on peut s’enrichir en dormant, il suffit d’être propriétaire de bonnes valeurs mobilières ou propriétaire de bons terrains ou de bon locaux et il suffit de regarder le temps passer. » Et il poursuivit : « Quand il s’est agi pour la France, à un moment particulièrement difficile avec la crise des subprimes, des déficits qui s’étaient alourdis, de réduire les déficits, j’ai fait appel à la fiscalité. Mais quand il y a eu retour à la croissance, j’ai fait baisser les impôts des catégories moyennes, qui sont les plus importantes, et j’ai maintenu une fiscalité relativement élevée pour les grandes fortunes. (…) La mondialisation a incontestablement augmenté les inégalités à mesure que la croissance elle-même progressait. Nous avons donc une croissance qui est inégalitaire avec une concentration de la richesse sur un nombre limité de personnes. Il faut donc avoir une politique de redistribution par la fiscalité. »

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 Pour la quatrième fois, le Conseil de l’Europe, après enquête sur place et examens approfondis, condamne le gouvernement flamand de ne pas respecter la démocratie et le suffrage universel dans les communes de la périphérie bruxelloise où le ministre qui exerce la tutelle régionale sur les communes a le pouvoir de désigner le bourgmestre sans tenir compte des résultats électoraux. Et pour la quatrième fois, en dépit des prévisions du parti DéFi (anciennement Front des Francophones), le gouvernement flamand ne tiendra pas compte des résolutions du Conseil de l’Europe qui n’ont que délibération d’avis, sans pouvoir de sanction. Pis : ils s’en moqueront comme de leur première Brabançonne.

Mercredi 18 octobre

 Bernard Cazeneuve, dernier Premier ministre de François Hollande, est redevenu avocat. Il n’a que 54 ans mais il estime que la génération qui suit la sienne doit prendre le relais. Il a une haute idée de la politique et en particulier de la loyauté (son passé récent le prouve), une attitude que l’on considère souvent comme de la « naïveté incommensurable ». Il publie un livre, Chaque jour compte, 150 jours sur tension à Matignon (éd. Stock) ce qui lui permet de fréquenter les matinales des radios. « L’histoire rendra justice au bilan de François Hollande » dit-il. Et quand il regrette l’attitude de ceux qui, au pouvoir aujourd’hui, font semblant de découvrir l’héritage alors qu’ils y ont contribué, à commencer par Emmanuel Macron lui-même, il lâche : « L’amnésie est un moteur de la politique ». Dommage qu’il a choisi de quitter « le monde des tordus » pour recouvrer « le monde du droit » car ce type de personnage, honnête homme serviteur du bien public avant tout est et sera peut-être demain plus encore nécessaire à la res publica.

                                                           *

 Le poète mexicain Octavio Paz évoque les affres de l’argent (Entre la pierre et la fleur, éd. Gallimard, Pléiade, 2008, trad. De Jean-Claude Masson) :

« L’argent est une fastueuse géographie

(…)

Ses jardins sont aseptisés

Son printemps perpétuel est congelé

Ses fleurs sont des pierres précieuses

Sans odeur

Ses oiseaux volent en ascenseur

Ses saisons tournent au rythme de la montre

(…) »

« Ses oiseaux volent en ascenseur » : formidable image à replacer dans un débat contradictoire.

Jeudi 19 octobre

 Le gouvernement Rajoy se prépare à supprimer l’autonomie de la Catalogne, à évincer Carles Puigdemont de sa présidence, à dissoudre le parlement régional et à déclencher de nouvelles élections régionales dans six mois. D’ici là, l’examen quotidien de la situation en Espagne sera nécessaire. Pour les partis régionalistes de l’ensemble de l’Union européenne en particulier.

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 L’Assemblée nationale a voté la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF). Néanmoins, Emmanuel Macron se demande pourquoi on le surnomme «président des riches ». Comme disait le beau-frère, lorsqu’il incarnait Raymond Bettoun : « Va savoir !... »

Vendredi 20 octobre

 Theresa May semble de plus en plus embourbée dans le Brexit.. Ceux qui, au Royaume-Uni, ont voulu foutre le bordel (ainsi que le dirait Macron) jubilent, comme l’extrême droite, ou contiennent une ire de plus  en plus affirmée, comme Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères. Pendant ce temps-là, des centristes britanniques déclarent haut et fort que le Brexit n’aura pas lieu. Parce qu’il est trop compliqué à mettre en place d’une part, et parce que le peuple britannique dans sa majorité n’en veut plus d’autre part. Quoi ? L’organisation d’un nouveau référendum serait-elle en préparation ?

                                                           *

 Depuis qu’une langue s’est déliée, le puissant producteur hollywoodien Harvey Weinstein continue chaque jour de dégringoler de son piédestal. Paris-Match lui consacre sa couverture. L’instant saisi est fabuleusement révélateur. Au sein d’une manifestation publique, le prédateur se prépare à saluer Marion Cotillard. Il la prend par la taille et approche son visage du sien. Ses yeux pétillent sous des paupières qui se ferment, les joues du carnivore doivent saliver de l’intérieur. Quant à la comédienne, elle est coite, sur ses gardes, et s’attend à devenir une proie. Tout est dit. Pas besoin de choisir des mots ; le choc de la photo est tout à fait flagrant.

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 Petit paysan, film d’Hubert Chanel. Il n’est pas inutile que les gens des villes soient de temps en temps troublés en découvrant les angoisses et le mal de vivre des gens des champs.

Samedi 21 octobre

 Andrej Babis a gagné les élections en Tchéquie. On l’appelle « le Trump tchèque ». Pas la peine de donner d’autre description partisane ou idéologique. Il devrait gouverner avec l’extrême droite qui a réussi une percée avec plus de 10%. Comme en Autriche, tous ces eurosceptiques se retrouveront dans un an et demi pour participer à la campagne pour le renouvellement du Parlement européen. Gare à la bascule !

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 Le Dictionnaire historique des homosexuel(le)s célèbres que vient de publier Michel Larivière (éd. La Musardine) deviendra un succès de librairie si tous les adeptes du voyeurisme en ont connaissance. Il faut dire que l’ouvrage recèle quelques informations surprenantes. Ainsi, l’on y apprend que Robert Baden-Powell (1857 – 1941) aimait les petits garçons ; c’est pour cela qu’il aurait créé le mouvement scout. Encore une cathédrale qui s’effondre.

Dimanche 22 octobre

 La Lombardie et la Vénétie vont aussi s’exprimer par référendum. Il ne s’agit pas de réclamer l’indépendance. Elles n’en sont qu’à l’étape précédente, exigeant « plus d’autonomie ».  Les slogans ont toutefois déjà un coup d’avance : Le Nord d’abord !, Contre Rome la voleuse ! Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Europe observe les poussées régionalistes. Le risque de se craqueler ne devrait donc pas la prendre au dépourvu.

                                                           *

Dans son billet du Journal du Dimanche (JDD), Anne Sinclair critique la prestation télévisée de Macron lundi dernier. Ce qu’il l’a « déplu » : « Les coups de patte, par trois fois adressés à son ‘prédécesseur’, qui s’appelle François Hollande, et dont il a été quatre ans le conseiller choyé puis le ministre chouchou. Et l’élégance, bordel ! » On reparlera de ce comportement outrancier du chef de l’État. Il ferait bien de prendre garde et de ne pas croire que les Français se plaisent à dénigrer François Hollande, à présent qu’il n’est plus aux affaires. Leur conception du héros et celle du martyr sont plus complexes que ne le suppose la raison.

                                                           *

 On célèbre le trentième anniversaire de la disparition de Lino Ventura, victime d’une crise cardiaque dans sa maison de Saint-Cloud le jour où son ami Brassens, mort six ans plus tôt, aurait fêté ses 67 ans. Pensait-il de manière émotive à ce délicieux ami, le poète si partageux, son cadet d’une bonne année? Aujourd’hui qu’Odette, l’épouse de Lino, est aussi décédée, Jean Dujardin vit dans leur maison de Saint-Cloud qu’il a rachetée. Ce lieu ne pouvait mieux entrer dans la légende. 

 

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Le prédateur et sa proie.

25 octobre 2017

«Quoi, ma gueule! Qu’est-ce qu’elle a, ma gueule?», Grégos, sculpteur

Un artiste qui colle avec un pistolet plus de 1000 masques représentant son visage, non seulement à Paris, mais dans plus de 18 villes étrangères, ça interroge ? Un sculpteur dont on peut se payer la « gueule » pour 50 € pour les grandes, 20€ pour les moyennes, 10€ pour les petites, c’est pas banal !

C’est pourtant l’histoire de Grégos et d’un projet artistique d’intervention dans l’espace urbain. Un projet dont il convient de raconter la genèse mais également le naufrage.

Passons sur les années d’apprentissage à Gonesse et à Villiers-le-Bel dans la banlieue parisienne ; le tag d’abord pour arriver à la sculpture (je vous la fais courte !). Rentré des Etats-Unis, en 2006, Grégos a l’idée de faire un moulage de son visage, tirant la langue. Un autoportrait, réalisé avec de l’alginate, poudre comestible à base d’algues dont se servent les dentistes pour les empreintes dentaires. Grégory, c’est son prénom, utilise ensuite du plâtre polyester afin que le visage prenne vie en durcissant. Le moule en silicone permettra alors la production de séries. Nuitamment, armé d’un pistolet (à colle), sur son scooter, vers les deux plombes du mat, Grégos roule dans Paris endormi et colle à hauteur d’homme, ses masques. Il en collera beaucoup dans son quartier, Montmartre, mais le hasard des parcours fait partie du jeu.

Au hasard des collages correspond le hasard des découvertes. C’est ludique, c’est comme un jeu de piste ou plutôt comme le blaze du tagueur qui marque son passage, disant au chaland : «Moi et les mecs de mon crew, on est passés là. » Sauf qu’entre les crews la « concurrence » est vive ! C’est à celui qui marque le plus de lieux, celui qui bombe son blaze dans les endroits interdits et inaccessibles.

Les masques blancs des premières années vont se complexifier. D’abord, de nouveaux moulages traduiront des émotions différentes. Actuellement, cinq expressions sont en magasin : la moquerie (la langue tirée d’origine), le sourire, le baiser, la tristesse, le souffle. Dans le même temps, les « visages » de Grégos intéressent…Au point d’être volés ! Seule parade, les coller, à environ deux mètres du sol, pour limiter les vols et les dégradations, pour permettre une observation presque en vis-à-vis.

Diversité (toute relative) des émotions, recherche sur le graphisme et la couleur des masques. Les masques blancs parce qu’en plâtre, vont être peints. Peints par Grégos et aussi objets de belles collaborations ; avec des artistes étrangers (Argyros Nouvaki, Grèce, Henrik Jensen, Danemark, Johan Storm, Belgique, Annette Cartozian, Etats-Unis) et des Français (Monkey, Sylvia Sabes, Nowart, No Rules Corp, Artof Popoff).

Insensiblement, le temps passant, le projet change de nature. Trouver dans la Ville, sur les murs, des visages, à notre hauteur, dans un curieux face à face, est troublant. Voir un autre visage, c’est comme voir un autre. Un autre dont la précision de la fabrication intrigue. Un autre qui exprime une émotion à laquelle nous réagissons. Les émotions, nous le savons, ne passent pas par le filtre des « fonctions cognitives », comme disent les chercheurs en neurosciences. Nos neurones-miroirs répondent au spectacle codé de l’émotion (quelle que soit notre culture, notre visage reflète nos émotions par des traits distincts), par l’empathie (nous partageons l’émotion que nous voyons). Ce partage est constitutif de notre nature (quoique certains animaux aient également des attitudes et des postures traduisant l’empathie !) Bref, lire une émotion sur un visage, fut-il de plâtre, provoque une réaction empathique qui peut être, dès qu’elle accède à la conscience, masquée (masquée par un rire, par un sourire, par des paroles spontanées etc.) En fait, ces réponses sont des réactions en abime (je vois un visage exprimant la tristesse par exemple, les traits de mon visage miment la même émotion, pour éviter le ridicule de la situation, je cache mon empathie pour un masque par une dérision de moi-même.) Le trouble est le pare-feu de l’émotion partagée.

Par ailleurs, consciemment ou non, nous sommes tentés d’établir une relation entre le visage de plâtre et l’environnement dans lequel il est collé. Ce visage qui tire la langue, collé dans le Passage des Abbesses, de qui se moque-t-il ? Des bobos qui ont transformé ce quartier il y a encore peu populaire, en un lieu où il faut être ? Dès le départ, compte tenu du hasard des collages, il était vain de chercher une quelconque relation entre le visage de Grégos et l’endroit où il était collé.

Le masque brut de décoffrage, en plâtre, sans aucune décoration, est devenu « une œuvre d’art ». En portant, des messages de Grégos dans un premier temps, ils sont devenus des supports superfétatoires de mots qui se suffisent à eux-mêmes. La collaboration avec d’autres artistes a porté essentiellement sur la « déco » du masque. Aux visages aux émotions figées qui interpellaient les badauds, authentique trouvaille, se sont substituées des « objets d’art ». C’est pas mal, mais c’est autre chose.

Il en est de même avec les récentes évolutions du masque de Grégos. L’artiste a ajouté d’autres éléments (des mains par exemple). Le masque comme un Lego est devenu un élément de composition de fresques. Quand on mélange le tout, ça donne une peinture sur une plaque de bois, des masques peints qui représentent autre chose qu’eux-mêmes.

Le projet d’intervention plastique en s’enrichissant (formes, couleurs, élément basique de compositions etc.) s’est étiolé pour finalement disparaître. Je sais que le mieux est l’ennemi du bien, l’évolution de ce projet en est une illustration.

Je tire de cette histoire, triste, deux enseignements. Le premier porte sur la valeur des œuvres. Soyons clair, un masque en plâtre d’un monsieur que je ne connais pas, n’a pas (ou peu !) de valeur. Ni le matériau, ni le process de fabrication (d’une évidente simplicité) n’apportent de valeur au masque. C’est le projet original qui avait une valeur. Toute la difficulté pour l’artiste est de convertir l’intérêt d’un projet artistique en valeur commerciale (Eh oui, il faut bien vivre ! Acheter les matériaux etc.) Il en est tout autrement du masque funéraire ! Les moulages des visages des défunts célèbres étaient chose courante au XIXème siècle. Mais, ce qui fait leur valeur, ce n’est ni le plâtre, ni l’unicité de l’objet, mais la conservation des traits du cadavre (même si les sculpteurs qui réalisaient ces moulages avaient tendance à en rajouter, rajouter dans le pathos pour certains, dans l’embellissement pour d’autres). Dès le milieu du XIXème siècle, la conservation sera assurée soit par les moyens traditionnels (peinture, sculpture), soit par une nouvelle technique : la photographie.

Les masques funéraires ont disparu de notre culture, chassés comme tous les attributs de la mort et du deuil. Cachez cette camarde que je ne saurais voir ! Le masque de Grégos qui est une expression figée d’une émotion évoque par trop la mort pour avoir une chance de…survivre !

Image: 

"La moquerie". Le masque qui a rendu Grégos célèbre en 2006.

Le masque est coloré et des "impacts" de balles sont représentés.

Un exemple de la déclinaison du masque par le graphisme et la couleur.

Composition réalisée pour la Journée des Femmes.Paris, 2016.

Le visage de la femme est composée d'une multitude de visages.

Grande fresque fabriquée avec différents masques.

Un panneau exposé dans un des halls de la gare du Nord à Paris en 2016.

Le "smiley" est composé de masques.

23 octobre 2017

Là où la terre s'arrête

&

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Une promenade sur les hauteurs
Le torrent est en crue
L’odeur de l’herbe est dans le vent
Un orchestre joue
Mes secrets
Mes confidences
Hors de portée
Oiseau rare ou…
Ver de terre
Zone ouverte ou…
Surface des choses
L’air est frais
Sur les hauteurs
Lumineux
Une vie très simple
Pierre de désert
Sens unique(s) ou…
Paradoxe(s)
Poursuites aveugles d’une hasardeuse
Images simultanées
À la surface
Faut que je bouge
En zone ouverte
L’eau est claire
Sur les hauteurs

22 octobre 2017

Vivez freinetiquement (et vos enfants aussi...)!

Aménagez votre maison et ses usages, ses habitudes en pédagogie Freinet

Chaque matin, avant que vos enfants ne prennent le chemin de l'école, instituez un court moment de rencontre et d'échanges entre eux et vous. Appelez-le par exemple «Quoi de 9 aujourd'hui?». C'est le moment de parler de vos rêves respectifs de la nuit qui vient de s'écouler et de vos projets pour la journée. Prenez note de tout ce qui s'y dit dans un cahier qui deviendra la mémoire de ces moments uniques. Un guide pratique est à votre disposition (29 €).

Chaque soir, soit avant le souper, soit après (mais c'est plus difficile), c'est le moment du bilan de la journée pour tous les membres de la famille. Chacun.e raconte les petits et grands évènements de sa journée. Un autre guide pratique répondant à toutes les questions inévitables qui se poseront à vous lors de la mise en pratique de cette activité est disponible pour la modique somme de 58,50 €.

Une fois par semaine, le samedi ou le week-end, instituez le Conseil de maison. Celui-ci durera un peu plus longtemps que les moments privilégiés évoqués ci-dessus. Il permettra d'une part à chaque membre de la famille (en donnant cependant priorité aux enfants) de s'exprimer à propos de la qualité des relations dans la fratrie et avec les parents, de chercher des solutions quant aux conflits ouverts ou latents et d'autre part, d'élaborer le programme de la semaine suivante (visites et activités prévues, évènements extraordinaires à organiser, anniversaires, fêtes, etc.). Le Kit n° 1 (60 € seulement) que nous avons préparé pour vous contient divers accessoires qui vous aideront dans la mise en place de cette activité: un bâton de parole (que l'on donne à celui ou celle qui veut parler) en merisier de premier choix issus de l'agriculture biologique et durable, un livret où chaque page est pré-imprimée avec le plan des séances de conseil et souvent une pensée de Célestin Freinet prêtant à commentaires, etc.Dans un appentis, une chambre inoccupée, installer l'équivalent d'un petit service de presse: ordinateur, imprimante et si possible imprimerie scolaire (casses de caractères en plomb, presse à volet ou à rouleau). Les enfants pourront s'y exprimer par écrit, retrouver l'essentiel en utilisant du matériel artisanal. Cela leur paraîtra vintage mais les intéressera certainement.

Tous les mois, ils pourront diffuser dans le quartier un petit journal aux allures professionnelles. Le Kit n° 2 un peu plus cher (120 € ou 265 € avec le matériel d'imprimerie) vous permettra de démarrer sans trop de soucis.

Dans un autre coin inoccupé de votre vaste demeure, placez un ou deux chevalets et tout le matériel nécessaire à l'exercice de la peinture: pinceaux, papiers de qualité de divers formats, pots de peinture, chiffons, etc. où vos enfants pourront rivaliser avec nos plus grands artistes contemporains. Notre kit spécial préparé spécialement pour cette activité est également dans notre catalogue (prix sur demande).

Instaurez le pipi libre pour vos enfants. Permettez-leur d'accéder aux toilettes de la maison quand le besoin s'en fait sentir et débarrassez-vous de de cette funeste habitude qui consiste à crier à tout vent lorsque le WC est occupé: «Et alors, t'as bientôt fini?». À cet effet, nous vous proposons un petit masque spécial qui vous rendra muet.te durant ces moments difficiles (en promotion actuellement à 18 €). La liberté se jauge même dans les petites choses.

 

Cette campagne d'information vers les parents a été imaginée pour que la pédagogie Freinet ne soit pas en reste face à la pédagogie Montessori.

Au salon de l'éducation de Charleroi, qui vient de se terminer, en effet, plusieurs tables étaient envahies par des livres proposant:

- «150 activités Montessori à la maison pour les 0-6 ans» (trier des objets par taille, transvaser des graines d'un bol à un autre, faire un bouquet, visser et dévisser des bouchons de bouteille, ranger des cartes, etc.)

- «Donner confiance à son enfant grâce à la méthode Montessori»

- «Montessori à la maison» 0-3 ans

- «Montessori à la maison - 80 jeux pédagogiques à réaliser soi-même»

- «Montessori à la maison – Apprendre à faire seul, 30 activités ludiques»

- «Cinq façons d'appliquer la pédagogie Montessori à la maison avec son enfant»

«Vivre la pensée Montessori à la maison
et la surenchère:

- « La pédagogie Montessori à la maison » - 200 activités

etc.

 

 

19 octobre 2017

La mort en noir et blanc. Entretien avec Itvan K

Je ne crois pas au destin, à la prédestination, je sais que le futur n’est pas écrit. Par contre, je crois au hasard. A condition de se mettre d’accord sur sa définition.

Bref, un jour, il y a de cela plusieurs mois, quelques jours après l’affaire Théo, je passe faire un tour rue Noguères, un des spots du street art dans le 19ème arrondissement de Paris, près de Jaurès. Sur le mur formant un des côtés de cette rue piétonne, se côtoient le pire et le meilleur. Des nombreux graffs ; je n’ai rien à en dire ; j’ignore les codes du graffiti. Et, une grande fresque dont le sujet, la composition, le traitement m’intéressent. J’écris un billet pour partager mon intérêt. [1] Quelques mois, plus tard, par hasard, rue Ordener, sur le mur de la SNCF, qui est un spot du 18ème arrondissement, je vois une fresque des mêmes street artists, Itvan K. et Lask, abordant un autre sujet tout aussi politique que le premier, avec une esthétique très voisine de la fresque de la rue Noguères. Une figure centrale peinte par Lask entourée de signes rouges et un décor dessiné en noir sur fond blanc. Intéressé par la composition savante et l’opposition entre la couleur et le décor noir et blanc, tout de go, j’y consacrai également un post.[2]Ayant laissé du temps au temps, après une très nécessaire décantation, je compris qu’outre l’audace d’aborder des sujets sociaux et politiques « brûlants », c’était l’originalité du dessin du décor qui avait le plus suscité mon attention.

En fait, à bien y regarder, dans les deux fresques, le rapport sujet/décor est, par rapport aux codes de la peinture académique, reconsidéré. Souvenons-nous des tableaux des grands maîtres italiens de la Renaissance ou du Flamand Rubens. Si l’atelier de Rubens a produit des milliers de tableaux, le maître n’a pas tout peint avec ses petites mains. Ils ont été produits par son atelier : Rubens a recruté de bons peintres flamands et chacun faisait ce qu’il faisait de mieux (les motifs végétaux et les fleurs, les fraises et les dentelles, les étoffes etc.). Le maître peignait les visages (et encore, pas tous !). Quant aux paysages qui commencent à apparaitre dans la peinture hollandaise du XVIème siècle, ils étaient le plus souvent sous-traités à des ateliers « spécialisés ». C’est dire assez que les éléments de décor avaient pour fonction essentielle de mettre « en majesté » le sujet principal.

Dans les fresques d’Itvan K. et Lask, il en est tout autrement. Décor et sujet sont porteurs de la signification. Le décor n’est pas là pour décorer ! Et cette découverte, au demeurant bien modeste, est un fil sur lequel j’ai tiré pour savoir d’où venait mon intérêt (je suis de ceux qui pensent que notre intérêt pour une œuvre relève d’une alchimie intime, un mystère qui ne se laisse pas percer au premier regard). Le fil m’a mené dans l’atelier d’Itvan K. qui a eu la gentillesse de me recevoir.

Sur deux murs de son atelier, une longue fresque qui constitue pour moi, une défense et illustration de son talent bien particulier. Avant d’aborder le commentaire de sa fresque, précisons qu’Itvan comme Cerbère a trois têtes : une tête pour les fresques dans la rue, le plus souvent en collaboration ; une autre pour le dessin aux pastels et encres qui conjugue la géométrie des sujets, leur étrangeté et la couleur ; une troisième pour la lithogravure où son dessin à l’encre de Chine est d’une rare qualité et d’une singulière beauté.

Revenons à la fresque qui, provisoirement, est peinte sur les murs mêmes de son atelier. Elle a des traits remarquables (au sens où on parle en géométrie de qualités remarquables). Au premier chef, sa composition. Elle s’organise autour d’une diagonale qui traverse le coin formé par deux murs. Elle réunit deux espaces blancs par des formes noires. La fresque n’est ni prisonnière de la géométrie des murs de l’atelier ni de l’axe fort qui la structure. Avec élégance, le dessin échappe aux contraintes euclidiennes sans rompre l’unité. Il s’écarte du dessin d’architecte ou des contraintes recherchées du Bauhaus et de ses resucées. C’est bien davantage une impro sur une ligne mélodique d’un jazzman que la boite à rythme impersonnelle d’un rappeur.

Une composition belle comme la dentelle de Calais que faisait ma grand-mère. Une rupture avec le dessin des géomètres, un esprit de finesse. Les immeubles dessinés, les éléments d’architecture ne connaissent pas l’angle droit, la perpendicularité, le compas ou l’équerre. Le dessin est précis mais n’obéit pas aux normes de la représentation traditionnelle. Le trait reste vivant ; il témoigne de la trace laissée par la main de l’artiste.

Si la fresque donne la part belle au trait, il s’oppose aux grisés des nuées. Les nuages de poussière soulevés par l’effondrement des habitations, à moins que ça soit des flammes qui consomment les ruines. Nuages/flammes/nuées sont traduites par des formes dont les limites se confondent avec le blanc du mur. Leurs formes indécises, imprécises, contrastent avec la vigueur du trait noir. Le trait précis et fin, sa définition, sa netteté s’oppose dans le même temps aux surfaces noires peintes avec dynamisme. Des couples se forment : trait/surface, trait noir/ dilution du trait-grisés.

Noir du trait/ gris des projections de la bombe aérosol, précision/ imprécision, il faudrait dire un mot du blanc. J’ai jusqu’à maintenant beaucoup parlé des traces, de leurs formes et de leurs nuances, il faudrait parler du blanc. Le blanc semble absent ; le peintre n’utilise pas de couleur blanche. Pourtant, on conviendra qu’il s’agit d’une œuvre en noir et blanc. Le blanc, c’est le blanc du mur, utilisé comme une « réserve ». Il crée les gris, il colore des surfaces, il renforce le contraste avec le noir du trait. La proximité des surfaces blanches et du fond blanc crée une imprécision de la délimitation des formes.

L’émotion est toujours première, la raison raisonnante toujours seconde. Pourquoi suis-je ému par les scènes peintes par Itvan ? Je crois l’avoir compris après avoir vu récemment des photographies des villes martyres de Syrie. Que voit-on ? Des bâtiments que nous reconnaissons et que nous pouvons nommer : le minaret d’une mosquée, un immeuble ruiné mais debout et un amas indistinct de gravats. Les Hommes sont invisibles, ou presque, dans cette démesure du paysage. A la précision des ruines s’oppose l’indistinction des gravats. La couleur est partie ; ruines et gravats ont la même couleur. Dans la peinture d’Itvan K., la destruction est monochrome et au précis s’oppose l’imprécis ; au solide, la nuée.

La mort et ses œuvres n’ont pas les chatoyantes couleurs de la vie ; ses couleurs sont fortes, intenses, comme le noir et blanc.

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Une longue fresque structurée par une diagonale traversant l'angle droit formé par les deux murs de l'atelier.

Une opposition de précis et de l'indistinct.

Un noir profond, un tracé puissant et dynamique.

L'extrême précision du dessin référée aux grandes dimensions de la fresque.

Des ruptures traits à peine esquissés/ noir profond.

L'illusion du réalisme.

18 octobre 2017

Observer depuis les cimes

Mercredi 11 octobre

 La température retombe en Espagne : on parle d’une réforme constitutionnelle mise à l’étude. Sans doute avec le désir de prendre le gouvernement catalan à contrepied. Quant aux agences de presse, elles montrent le désarroi des militants indépendantistes en publiant deux photos côte à côte : rassemblés sur les places dans le but de faire la fête, ils entendent Puigdemont proclamer l’indépendance. C’est une explosion de joie. Quelques minutes plus tard, la même prise de vue. Puigdemont suspend la déclaration d’indépendance : les mines sont déconfites.

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 Il y aurait plus dingue que Kim-Jong-un, c’est sa sœur, Kim Yo-jong. Elle n’a pas 30 ans et elle serait son égérie, son âme damnée, son inspiratrice, son impresario, son habilleuse, son scribe, sa conseillère permanente bref, elle est lui. Une famille explosive.

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 Boris Cyrulnik, 80 ans, est un psy délicieux, un homme avenant, qui aime répéter : « Plus je vieillis, plus le monde me paraît jeune». C’est une manière intelligente d’avoir confiance en l’avenir.

Jeudi 12 octobre

 Tandis que l’Union européenne s’efforce de temporiser, de rester cohérente vis-à-vis de l’Iran depuis que Trump a remis en cause le délicat et fragile accord sur le nucléaire, l’inconstant étatsunien ouvre déjà un autre front : il déclare se retirer de l’UNESCO sous prétexte que cette institution onusienne est « anti-israélienne ». Ce rustre conduit le monde à sa perte. Fortifié par cette décision absurde, le Premier ministre Netanyahou embraye : Israël annonce dans la foulée qu’elle fait de même. Ce borné conduit son pays à sa perte.

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 Confidence de Ken Weinstein, directeur du Hudson Institute, think tank proche des Républicains, à Anne Sinclair : « Les Américains qu’on n’écoutait plus ont au moins l’impression [avec Trump] d’être entendus et pour eux, c’est le plus important ! » Cette réflexion consolide  le constat maintes fois vérifié partout dans le monde, dégageant une différence civique entre la ville et les campagnes, les citoyens jugés délaissés et les élites, ceux qui savent et ceux qui privilégient le bon sens  plutôt que l’analyse. L’expression du suffrage universel révèle cette différence au grand jour par des résultats surprenants et inattendus. L’instrument audiovisuel, pouvant créer le village planétaire, a, soumis aux forces de l’argent,  manqué sa mission d’éducation permanente.

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 Le 24 octobre, Gilbert Bécaud aurait eu 90 ans. Voilà déjà 16 ans qu’il a quitté ce monde. Il existe encore des clubs « Amis de Gilbert Bécaud » très dynamiques. Ceux-ci se préparent à célébrer cet anniversaire. On ne serait pas étonné de revoir Monsieur 100.000 volts en vedette d’émissions de variétés de premier plan à la télévision. Le style qu’il développa avec une ardeur dont les pianos se souviennent n’est pas hors du temps, ni des mémoires. Et maintenant par exemple, restera parmi les plus belles chansons françaises, celles qui traversent le Temps et les modes.

Vendredi 13 octobre

 Ils étaient treize à table et le treizième était le traître. Depuis la Cène, le 13 est maudit. D’après le calendrier hébraïque, La Cène s’est tenue la veille d’un vendredi 13. C’est donc devenu un jour de malchance. Beaucoup d’institutions en tinrent compte. Leur superstition les conduisit à la prudence : pas de siège n°13 dans les avions, pas de 13e étage dans certains immeubles, un numéro de rue 11 bis ensuite le 15, etc. Et puis, on ne sait trop pourquoi, ce signe de malchance devint aussi jour de chance. C’est le vendredi 13 que les sociétés de jeux et loteries en tous genres font les meilleures affaires.  Peut-être est-il sain de mépriser le vendredi 13 au même titre, du reste, que toutes les superstitions. Car comme le disait Léonard de Vinci : « Dès que la Chance entre quelque part, l’Envie fait le siège et engage le combat. » Il arrive aussi que l’Envie nargue la Chance et qu’elle donne naissance à des situations les plus invraisemblables. L’Envie, ce peut être l’éveil des rêves les plus fous  Comme celui-ci par exemple : François Hollande redeviendra un jour président de la République.

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 19 h 45 Arte ouvre son Journal par deux titres : 1. Trump remet en cause l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. 2. Audrey Azoulay est élue directrice générale de l’UNESCO. 20 heures. Laurent Delahousse annonce les titres qu’il va développer au JT de France 2. Il y en a six, depuis les mises en cause du producteur américain Harvey Weinstein pour harcèlement sexuel jusqu’aux funérailles de Jean Rochefort. Pas un mot sur l’UNESCO. Cet oubli est d’autant plus dommageable que d’une part le dernier concurrent opposé à la lauréate était Qatari et que de nombreux pays arabes l’ont boycotté, prétendant que le Qatar finançait Daesh ; que d’autre part, Audrey Azoulay, dernière ministre de la Culture de François Hollande, est européenne, comme Irina Bokova, qui la précédait, et qu’il lui faudra d’autant plus démontrer son universalité plutôt que le repli, surtout après l’attitude de Trump entraînant Netanyahou dans son sillage brumeux.

Samedi 14 octobre

 Dans l’avion qui l’emmène à Séoul pour une première conférence en tant qu’ancien président de la République française, François Hollande aura eu l’occasion de prendre connaissance des commentaires à propos de la désignation d’Audrey Azoulay à l’UNESCO. Aucun ne manque de souligner que c’est François Hollande en personne qui a suscité cette candidature, avant la fin de son mandat.

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 « Les oubliés de Macron ». Une expression qui fait son chemin…

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 D’une certaine manière, on pourrait considérer qu’avec Happy end, Michael Haneke a réalisé une suite à son chef-d’œuvre, Amour. Jean-Louis Trintignant est là ; sa fille aussi en la personne d’Isabelle Huppert, et le climat de désespérance où la mort rôde toujours un peu domine les comportements et les relations. Par ailleurs, la lenteur narrative et les espaces vides entre deux faits de l’histoire laissent le spectateur en besoins de compréhension qui tantôt le pèsent, tantôt le guident vers une part de vérité, une obligation de réflexion sur la vie et ses scories. Le cadre où s’accomplit l’interactivité des circonstances prend autant d’importance que les sujets. C’est époustouflant dans l’indéfinissable. Il faudra inventer un adjectif dérivé de Haneke pour qualifier ce type de narration cinématographique.

Dimanche 15 octobre

 Héritier des Léon Bloy et Léon Daudet, Éric Zemmour excelle dans le propos réactionnaire et dans la provocation. Son livre Mélancolie française (éd. Fayard / Denoël, 2010) présentait un chapitre intitulé Le Belge. Jamais un écrivain français ne s’était montré aussi érudit sur l’histoire de la Belgique. En la décortiquant, il aboutissait à l’inévitable destin : la Belgique va éclater. Zemmour vient de réitérer sa prédiction sur Paris Première au cours d’un débat touchant à la Catalogne. Et justement, peut-être devrait-il revoir son appréciation. Le grand soir indépendantiste n’a pas eu lieu à Barcelone. Pour l’heure, on ignore comment les choses vont évoluer mais survient dans les analyses la question de l’impasse européenne. Tout État souhaitant adhérer à l’Union doit être accepté par l’unanimité des membres. On le savait mais cette règle semblait jusqu’ici presque occultée par les enthousiasmes. En clair, si la Catalogne indépendante voulait devenir membre de l’Union européenne, elle devrait en établir la demande et obtenir l’assentiment de tous les États qui la composent… dont l’Espagne. Cette clause impérative sème le doute et la panique chez les acteurs économiques. Ceux-ci envisagent leur déménagement vers Madrid. S’agissant de la Belgique, le même raisonnement peut s’appliquer à la Flandre. Du reste, il y a chez les nationalistes de la NV-A des tendances à délaisser leurs revendications communautaires, d’autant plus que la situation actuelle leur convient très bien : le Premier ministre, Charles Michel est leur faire-valoir. Il a le titre mais le pouvoir est au Nord (son parti, le MR, occupe 20 sièges sur 150 à la chambre ; les trois autres partis de sa majorité sont flamands). Le véritable chef du gouvernement, c’est le maire d’Anvers, Bart De Wever. Sans être indépendante, la Flandre pompe les moyens de sa prospérité à la manne fédérale. Le beurre et l’argent du beurre. Une situation tellement confortable que des voix flamandes – et non des moindres - s’expriment déjà maintenant, à plus de 20 mois des élections, pour souhaiter la reconduction de la coalition vers un gouvernement Michel 2. La séparation de la Belgique prévue par Zemmour n’est sans doute pas pour demain. D’autant que demain, les Diables rouges gagneront peut-être la Coupe du monde de football, auquel cas le drapeau tricolore ébranlerait tout le royaume au point de l’émouvoir et d’en attendrir ses composantes. Un phénomène identique au black-blanc-beur de 1998 en France.

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 Le botaniste Francis Hallé, 79 ans, professeur émérite à l’université de Montpellier aime tellement la forêt équatoriale qu’il fait découvrir le mot Canopée au plus grand nombre. La canopée, c’est l’étage supérieur de la forêt, directement influencé par les rayons du soleil. On a tous un havre en tête. Le havre de Hallé, c’est la canopée, l’endroit idéal pour admirer la forêt. S’y balader, c’est bien, mais c’est comme si on découvrait Paris en se promenant dans le local à poubelles d’un immeuble dit-il. Mieux vaut se retrouver sur le toit… Bien entendu, si le professeur Hallé continue de fréquenter les canopées du monde, c’est pour en tirer des constats vitaux en faveur de l’évolution de l’humanité. Le voici en route pour la Birmanie, un pays où, d’après lui, les forêts proposent les plus intéressantes canopées. Ces jours-ci, quand on découvrait la Birmanie dans les actualités, c’était pour apprendre que l’ONU avait qualifié d’ « épuration ethnique » le sort qui y était réservé aux Rohingyas, ce peuple martyrisé dont bizarrement, la conseillère spéciale de l’État Aung San Suu Kyi conteste et même nie le drame qu’il subit. Des professeurs de l’Université catholique de Louvain se sont rendus en Birmanie. Ils ont enquêté, discuté aussi avec la lauréate du prix Nobel de la Paix (c’était en 1991… Depuis, l’eau a coulé sous les ponts de l’Irrawaddy) et ils ont fait rapport au Conseil rectoral. Conclusion : il n’y a plus de chaire Aung San Suu Kyi à l’UCL. Voilà ce que c’est d’honorer des personnalités vivantes dans les symboles de l’alma mater. L’École nationale d’Administration (ENA) est plus prudente, qui donne à ses promotions des noms de hautes figures marquantes mais lointaines, comme Voltaire ou Clemenceau…Et même comme cela, il arrive que l’on prenne des risques !... Car la recherche historique bouscule souvent les certitudes. Demandez-le, par exemple, à Alain Badiou, jadis défenseur des Khmers rouges…

 

 

Image: 

Observer la cime des arbres de la forêt primaire à l’aide d’une plateforme légère de 300 ou 600 m2. Ce « radeau » sert à la fois de laboratoire et de lieu de vie pour les scientifiques. https://fr.ulule.com/radeaudescimes/

15 octobre 2017

Dis-moi Céline

C’est la folie ! L’auditoire Paul-Émile Janson de l’ULB était en effervescence avec la venue le jeudi 28 septembre de Céline Alvarez. C’était complet et des dizaines d’amateurs se pressaient pour obtenir des places auprès des heureux possesseurs de billets qui ne compteraient pas les employer pour cause de rhume ou d’oreillons.

Il suffit de regarder cette vidéo pour se rendre compte de la vacuité de son discours. À aucun moment, il n’est fait allusion aux aspects sociétaux et politiques de l’acte éducatif. Il m’est difficile de croire, comme elle l’affirme, parait-il, qu’elle pose un acte politique... et qu’elle est gênée parce qu’on l’associe tout le temps à la pédagogie Montessori. Aucune situation n’est proposée pour résoudre les conflits, etc.
 Cette proposition attire pourtant les foules, justement parce qu’elle ne propose que des changements cosmétiques, toujours contrôlables par l’adulte, à la mode Montessori. De plus, l’ensemble est validé par les neurosciences. Alors on peut être tranquilles, il n’y a rien à craindre.

L’enfant apprendra à savonner une planche à lessiver du 19e siècle, avec entrain et avec la seule motivation d’apprendre à lessiver. C’est plus simple que de lessiver quelques textiles sales mais dont on a véritablement besoin. L’élève boutonnera des boutons qui ne servent pas à fermer sa veste ou son anorak mais bien un "jeu éducatif" présentant les pans d’une veste. Il remplira des cruches d’eau qu’il versera dans un baquet pour apprendre à verser de l’eau sans renverser et surtout pas parce qu’il a besoin d’eau pour une activité qu’il a choisie.

Personnellement, je ne suis pas pour les "stars", que ce soit en politique ou en pédagogie ou en cuisine ou en n’importe quoi. Ça empoisonne le discours. Je remarque que les gens se laissent plus facilement berner par des personnages de couverture de magazine (cela a été le cas avec Macron, cela est le cas avec Alvarez). Vous allez peut-être penser que je suis jaloux et que jamais personne ne me suivra dans mes idées grâce à mon style de coiffure, mes beaux yeux ou ma nouvelle chemise à fleurs et vous avez raison. Il en vaut mieux ainsi. Mais voilà une institutrice qui a travaillé trois ans dans des conditions idéales, avec des subventions et des soutiens exceptionnels qui lui ont été bizarrement accordés par le pouvoir en place puis qui écrit un livre à succès et fait des conférences partout. Tiens, fait-elle encore classe ? Et nous qui avons de solides expériences en pédagogie, on nous entend à peine dans le concert cacophonique qui s'installe dès qu'on parle d'éducation.

Encore jaloux ? Non, je constate seulement. Ce que je condamne, ce ne sont pas les gens qui travaillent et qui coopèrent avec leurs pairs puis qui en parlent, mais un système qui permet à des personnes sans expérience véritable de séduire des enseignants qui sont au quotidien en difficulté dans leurs classes et qui par conséquent se laissent attirer trop facilement par des personnages comme Céline Alvarez. Elle n’est pas la seule. La recette est toujours la même : trouver une idée un peu originale, la copier s’il le faut dans une pédagogie existante, une idée qui ne trouble pas trop le système et qui est même soutenue par lui, travailler quelques petites années, écrire un livre, ouvrir un blogue, y poster des vidéos paradisiaques, quelques conférences et le tour est joué. Les enseignants, férus de l’internet et des réseaux sociaux, affluent par centaines écouter la bonne parole.

Cerise sur le gâteau : le Salon de l'éducation de Charleroi (18-22 octobre 2017) a invité C. Alvarez et notre ministre de l'Éducation à papoter ensemble. Ça promet...
 

 

15 octobre 2017

Lune de mai

&

Image: 

Lune de mai

Christian dort en tremblant
Sur le sable chaud
Hanté par le souvenir
D'une lune de mai
En 1955
Sur la route Latérale
A Marchienne-au-Pont
L'astre énorme collait
Au pare-brise arrière de la Chevrolet
Menaçant
Un peu à l'écart et partout autour
Les feux follets des industries
Et leurs reflets vibrants
Sur les eaux sombres du canal
Christian portait ses habits du dimanche
Sur la banquette de la Chevrolet
Il ne dormait jamais quand
De retour du café enfumé de la tante Renée
Place de la Digue à Charleroi
Venait le soir intense et coloré
Le long du canal
A Marchienne-au-Pont
Christian rêve éveillé
Assis sur le versant clair de la lune énorme
Il regarde les lumières folles
D'il y a 60 ans
Sur la route latérale
À Marchienne-au-pont
Et la fumée des cigarettes
Emprisonnée dans le café de sa tante
Place de la Digue
A Charleroi

Fromont, 2016

14 octobre 2017

Le portrait

Le peintre n’était pas un ami mais l’ami d’un ami d’un ami. C’est bien simple, on ne s’était jamais rencontrés. Elsa et moi, nous avions été invités au vernissage de l’exposition parce que le galeriste désirait ratisser large. Le vernissage avait lieu un vendredi soir dans une grosse galerie du centre de la ville mais nous n’avions pas pu nous y rendre. La faute à la baby sitter qui venait de se faire larguer par son mec et qui n’avait pas le cœur à garder nos enfants ce soir-là. Elle avait téléphoné pour prévenir qu’elle faisait faux bond et pourquoi.

- Je comprends, Anabelle, je comprends, courage, dans quelques jours vous n’y penserez plus, avait répété Elsa au téléphone. Bref, on avait fait une croix sur le vernissage. Pas grave, après tout ce peintre n’était qu’un ami d’un ami d’un ami et la télé proposait un bon film.

Le mardi de la semaine suivante, je suis passé devant la galerie où exposait le peintre ami d’un ami d’un ami. J’avais du temps, je suis entré. Des portraits étaient exposés, dans un style figuratif très énergique. De violents coups de pinceaux avaient été donné à la toile dans les tons fauves. Sous les coups, elle avait sorti ce qu’elle possédait de mieux, la toile : De la vie. La technique était précise, les couleurs hallucinantes. Les tableaux n’étaient pas réalistes mais, à partir des portraits de quelques hommes et beaucoup de femmes, on pouvait deviner la personnalité de chacun, on pénétrait au plus profond des modèles, dans leur intimité. Ce n’était l’image d’un être qui était exposé mais son souffle. J’étais impressionné et un peu flatté de faire partie des vagues connaissances de cet artiste. Après tout, il était quand même l’ami d’un ami d’un ami. La galerie proposait une trentaine de toiles du peintre.

Voyant que j’étais intéressé, une employée de la galerie m’a proposé le catalogue avec le prix des toiles. C’était cher mais je n’étais pas loin de craquer pour le portrait très sensuel d’une femme. J’envisageais déjà d’en faire cadeau à Elsa et j’imaginais l’accrocher dans notre chambre. Elsa serait ravie, j’en étais sûr. Avant de porter mon choix sur un portrait, j’ai poursuivi ma visite afin de ne rien rater. Au bout de la galerie, il me restait une salle à visiter. Dans cette salle, on n’avait accroché qu’un seul portrait mais il m’a estomaqué. C’était Elsa sans doute possible. Elle se présentait trois quart face dans des vêtements que je lui connaissais. Sur l’épaule nue, apparaissait la bretelle d’un soutien-gorge noir comme si elle venait de se rhabiller à la hâte. Le peintre avait remarquablement saisi son long cou fragile que j’aimais tant. Le cou d’Elsa s’exposait à présent à tous les regards, tous les baisers

Comment Elsa avait pu poser pour ce peintre qu’elle n’avait jamais rencontré ?

La jalousie s’est allumée en moi comme un réacteur prêt à décoller. Quand avait-elle posé ? Qu’est-ce qui s’était passé ? Pourquoi ne m’avoir rien dit ? Entretenaient-ils une liaison ? La bouche du peintre sur le cou de ma femme, je la voyais, je la ressentais jusqu’au plus profond de mon être. Je voyais ses mains sur le corps de ma femme, les traces de peinture sur sa peau blanche. Dans ma tête, ils s’accouplaient sans honte sur le sol de l’atelier, devant la toile vierge. Quand se voyaient-ils ? Probablement pendant les week-ends où elle participe à des stages de méditation d’où elle revient rayonnante. Déjà quatre week-ends qu’ils s’aiment dans mon dos Il fallait absolument que je parle à ce peintre. Même ses mensonges pourraient apaiser ma douleur.

L’employée de la galerie a exhibé un grand sourire alors que je m’approchais d’elle.

- Vous avez fait votre choix ?

J’ai tenté de lui répondre le plus calmement possible.

- Avant d’acheter une œuvre, j’aimerais rencontrer l’artiste.

Le sourire de l’employée a disparu immédiatement : « Ah mais c’est impossible, cher monsieur, Alexis ne vient jamais dans la galerie et je ne peux pas dévoiler son adresse. J’ai répondu par une pirouette, une matière où je ne crains personne : « A l’inverse des vendeurs de voiture, un peintre ne reste jamais à côté de son œuvre pour la vendre ».

- C’est exactement çà, a répondu l’employée en retrouvant le sourire.

J’ai quitté la galerie en emportant le feu de ma jalousie. A la maison, Elsa m’a accueilli comme d’habitude. Je n’ai pas déclenché les hostilités tout de suite. Mes yeux ont cherché des traces de peintures sur son cou, ses bras et jusque sous les ongles de ses mains mais rien. Il y a probablement une douche dans cet atelier, me suis-je dit.

Vers 22h, j’ai dit à Elsa : « J’ignorais que tu connaissais Alexis, le peintre. »

- Je ne le connais pas.

- Tu mens, Elsa ! Un portrait de toi est exposé dans la galerie.

- Un portrait de moi ! C’est impossible !

Elle mentait avec tant d’aplomb, tant de brio et de naturel que j’ai automatiquement mis en doute tout ce qu’elle m’avait affirmé depuis les dix années que nous connaissions. Tout ce que nous avions vécu était souillé, à présent.

- Tu mens, Elsa et si tu mens, c’est que tu as quelque chose à cacher, tu couches avec ce peintre ! Tu me trompes, Elsa !

Des larmes lui sont venues aux yeux immédiatement.

- Je ne te savais pas si bonne menteuse, Elsa ! Quelle actrice ! Quelle manipulatrice ! Depuis combien de temps, çà dure, cette histoire ?

Ses larmes ont coulé de plus belle.

- Mais je te jure, je ne connais pas cet homme !

Je lui ai sorti mon sourire le plus ironique et le plus cruel : « Bien sûr, il a peint ton portrait à distance, en se connectant mentalement avec toi. Tu me trompes depuis combien de temps ? Depuis toujours ?

C’est à ce moment qu’elle s’est mise à pleurer avec plus de violence et qu’elle a ajouté une touche plus tragique à son jeu.

- Tu es dégueulasse ! Tu ne me fais pas confiance ! Je ne t’ai jamais trompé ! Je ne connais pas cet homme ! Tu salis tout !

Son visage était rougi par les larmes mais je gardais mon petit sourire en coin, celui qui fait mal.

Voyant qu’elle ne réussirait pas à me convaincre, que j’avais tout découvert et que les preuves l’accablaient, elle décida de battre en retraite vers la chambre.

Bien sûr, je ne l’ai pas rejointe. Un cocu garde sa dignité. Par contre, j’ai allumé l’ordinateur et je me suis mis à la recherche d’informations sur Alexis, le peintre. Google a affiché quelques tableaux et une photographie de l'artiste : un petit homme d’une quarantaine d’années râblé, musclé, presque chauve, un visage carré, des lèvres épaisses. Quelque chose d’animal émanait de lui, tout mon contraire, et je comprenais même les raisons pour lesquelles, Elsa s’était jetée dans ses bras.

Après mon petit voyage sur l’ordinateur, je me suis endormi sur le canapé du salon mais en voyant la gueule d’Elsa au matin, j’ai compris qu’elle avait pleuré toute la nuit. Evidemment, elle n’a rien a avoué et moi, je me suis drapé dans mon silence comme un sénateur qui vient de comprendre qu’est arrivée la fin de l’empire romain.

Je n’ai pas regardé Elsa, je ne lui ai pas parlé, j’ai nié son existence. Elle pleurait dans son coin et je suis resté dans le mien. Je suis parti au bureau à l’heure habituelle. Je savais qu’Elsa n’avouerait jamais rien mais il me restait une chance de la confondre : coincer le peintre. Me présenter comme amateur d’art, éventuel acheteur d’un certain tableau représentant une femme, le laisser parler du portrait d’Elsa, lui faire avouer sa relation avec elle. Ce type, ne m’ayant jamais vu, ne pouvait pas savoir que j’étais le cocu.

J’ai passé toute la matinée à préparer mon plan. A l’heure du déjeuner, je suis passé à la galerie. A l’entrée de la galerie, l’employée m’a reconnu et m’a souri.

- Alexis est là ? j’ai demandé.

- Il est passé ce matin mais il est déjà reparti.

- Bon, je vais jeter un coup d’œil aux tableaux, j’ai répondu, un poil déçu.

J’ai feint de regarder les portraits qui, évidemment, ne m’intéressaient plus. J’ai senti une petite douleur au cœur en atteignant la dernière salle de la galerie,  où se trouve le portrait d’Elsa, la preuve de sa trahison. Le tableau avait disparu. A sa place, était accroché une autre oeuvre, le portrait d’un con splendide et sûr de lui. J’ai immédiatement détourné le regard. Cette tête-là, je devais déjà la supporter tous les matins dans le miroir.

12 octobre 2017

Du Kanal à l'égout

Après Bozar, bootik, kiosk, Cinématek, voici que notre paysage bruxellois s'enrichit d'une nouvelle enseigne grossièrement hybride mélangeant le français et le flamand.

Le futur Musée d'Art contemporain va en effet s'appeler « Kanal ». Appel a été fait partiellement à l'orthographe néerlandaise tout en n'écorchant cependant pas la prononciation à la française. Ou s'agit-il d'un mot-valise à partir de kanaal-canal ? L'avenir ne nous le dira pas mais peut-être que nos hommes politiques après avoir annoncé récemment la grande nouvelle à Berlin aux « Brussels days » s'en expliqueront bientôt lors d'une conférence de presse dans ce qui est encore le garage Citroën (qui sera vide à partir du 9 novembre) et qui va engloutir 125 millions d'euros (sans compter la TVA ni les rémunérations des architectes) pour se transformer en musée Kanal.

« Musée d'art contemporain» était donc trop long ? Mazette, trois mots, c'est la fin du monde ! Surtout qu'il aurait fallu les traduire en flamand et... en anglais, j'allais oublier.

Pourtant « musée d'art contemporain » ça dit bien ce que ça veut dire tandis que Kanal, ça n'évoque que Kanaal ou Canal. Ah non, pour les touristes polonais de passage, ça signifie « égout »…

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à vouloir rebaptiser les institutions, les services de noms aussi barbares ? La Stib s'en est donné à cœur joie avec ses bootiks et kiosks dans le métro, le Palais des beaux-arts a imposé Bozar, la Cinémathèque est devenue la Cinematek. À cette dernière occasion, je m'en étonnai auprès de la conservatrice de l'époque qui prit la peine de me répondre en utilisant l'argument classique : trouver des termes qui satisfassent les différentes communautés linguistiques à Bruxelles, c'est un fameux défi (à moins que ce ne soit un challenge difficile). Certes, mais est-ce suffisant pour créer ces néologismes que l'on dirait tout droit extraits des courriels (pardon des mails) de nos adolescent.e.s ?

Pourquoi ne pas donner la responsabilité et le choix des nouveaux noms de baptême à une commission qui statuerait à propos de la validité des propositions ? La Commission royale de toponymie a bien le droit de donner son avis sur les noms de rues et d'espaces publics. Pourquoi ne pas associer la population à ces choix ?

Je me prépare à voir bientôt le Botanique rebaptisé Botanik, me rendre à ma Bibliotek à moins que je ne préfère le Cirk (royal).

Mais aurais-je encore assez de frik ?

 

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