semaine 26

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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21 avril 2017

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis...»

Mardi 11 avril

 Réunis à Lucques, en Toscane, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont, par la voix de Jean-Marc Ayrault, déclaré « qu’aucun avenir n’est possible en Syrie avec Bachar al-Assad. » La portée de cette résolution finale est d’autant plus importante que plusieurs pays arabes (notamment les émirats du Golfe, la Jordanie, l’Arabie Saoudite) avaient été associés la réunion ainsi que la Turquie. Quelque chose de sérieux semble enfin se faire jour qui pourrait décider la Russie à lâcher le tyran et à faire cesser le carnage. Mais comment écarter Bachar sans qu’il ne se retrouve au tribunal pénal international de La Haye ? Et qui à la direction du pays pour le remplacer ?  Les chancelleries ont quand même bien l’une ou l’autre idée sur la question…

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 Donald Trump se dit « prêt à résoudre le problème nord-coréen sans la Chine ». Mais quel est « le problème nord-coréen » pour Trump ?

Mercredi 12 avril

 Au début de la décennie quatre-vingt, Jean-Marie Le Pen éructait et vociférait en usant d’un vocabulaire bas, vulgaire, tapageur pour répandre des assertions racistes. Il ne représentait quasiment que lui-même et quelques nostalgiques de l’Algérie française. Des anciens soixante-huitards passionnés de littérature qui avaient été impressionnés par La Disparition, le roman de Georges Perec (1969) dépourvu de la lettre  e  tout au long de ses 300 pages, s’étaient résolus à écrire un conte à offrir au vieux fasciste dont la totalité des substantifs seraient issus de la langue arabe. Ils pensaient leur défi impossible à réaliser jusqu’à ce qu’ils découvrirent que la langue française fourmillait de références. Car il n’y a pas que lupanar, bakchich, lascar ou bazar, termes employés souvent par les écrivains orientalistes, pour nous emmener au pays des mille et une nuits. En présentant dans La Libre Belgique l’ouvrage de Jean Pruvost, lexicologue, membre du CNRS, professeur à l’université de Cergy-Pontoise (Nos ancêtres les Arabes. Ce que notre langue leur doit, éd. J-C. Lattès), Éric de Bellefroid souligne que dans son Dictionnaire universel (1694), Antoine Furetière avait déjà cité beaucoup de mots d’origine arabe. Aujourd’hui, les souches ne se comptent plus et le journaliste se plaît à énumérer « jupe, gilet, algarade, algorithme, aubergine, caban, sorbet, café, sirop, gabardine, azur, camaïeu, carmin, chamarré, zénith, nadir, magasin, momie, maroquin, avarie, avanie, mesquin, cafard, rubis, carat »… Ce ne sont là que quelques exemples. Comme quoi, pour celles et ceux qui en douteraient le monde est depuis longtemps multiculturel.

Jeudi 13 avril

 Au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour la huitième fois, la Russie utilise son veto contre une résolution condamnant l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al-Assad. « Où sont les preuves ? » dit Poutine. Les Etats-Unis en apportent mais ils ont perdu toute crédibilité depuis la question irakienne. La Grande-Bretagne en apporte aussi. Est-elle plus crédible aux yeux des Russes ? Qu’attend l’ONU pour envoyer une mission d’enquête que personne n’osera contester ?

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 Dans la campagne présidentielle française, il y a beaucoup d’orateurs mais il n’y a qu’un seul tribun : Jean-Luc Mélenchon. Et c’est pour cela qu’il bouscule tout sur son passage, c’est pour cela qu’il grimpe dans les sondages, c’est pour cela qu’il rassemble des dizaines de milliers de personnes, comme hier soir encore à Lille. Marine Le Pen avait donné l’impression d’être la championne des tribunes. Elle n’entretient pas la même faconde que son père. On pourrait même penser qu’elle s’essouffle. Mélenchon, lui, ne donne pas le sentiment de perdre haleine. Mais au-delà de l’émotion d’un soir que Benoît Hamon n’a pas pu créer, le peuple connaît-il bien le programme de l’ancien trotskyste passé entretemps au PS ?

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 Pour railler le général Louis-Jules Trochu qui l’avait nargué pendant le siège de Paris en 1871, Victor Hugo le ridiculisa en lui attribuant l’appellation «Trochu : participe passé du verbe tropchoir » (in L’Année terrible). Une journée sans allusion ou évocation de Victor Hugo est une journée à l’esprit pauvre.

Vendredi 14 avril

 Trump expérimente « la mère de toutes les bombes », appelée aussi « la méga-bombe » (c’est-à-dire la bombe la plus puissante juste avant la nucléaire) en Afghanistan. 90 djihadistes auraient été tués. Á la question : « à qui le tour ? », il faudrait probablement répondre : la Corée du Nord. Là-bas, il n’y a pas de djihadistes, juste des communistes radicaux, fous , mais jusqu’à ce jour inoffensifs. Si Trump commence à vouloir éliminer tous les radicaux un peu fous, il est loin d’avoir achevé sa tâche civilisatrice. Elle se terminera lorsqu’il découvrira sa propre effigie dans le miroir de son programme.

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 Il est bien que François Hollande ait choisi Franz-Olivier Giesbert pour se livrer à un entretien-bilan un mois avant de quitter son palais. FOG est le meilleur journaliste de sa génération et c’est un homme libre, qui n’hésite pas à poser des questions dérangeantes et même provocantes. Il en abuse parfois tant il en raffole. Du reste, ce long dialogue est parsemé d’intermèdes où Giesbert, entre deux questions, décrit l’ambiance et le climat, croque les rictus de son personnage et propose dès lors un dossier qui se lit comme l’extrait d’un roman. Car Giesbert est aussi, espèce devenue rare, un journaliste littéraire. Ce n’est peut-être pas la dernière interviouve que le président donnera d’ici la fin de son mandat mais celle-ci constituera vraiment un jalon dans l’histoire du quinquennat. Le Point l’a bien compris qui lui consacre sa couverture en titrant carrément : L’entretien testament. FOG l’a bien senti aussi qui ouvre l’ensemble des pages sur une citation de Hollande : « Je suis insensible à la flagornerie et à la courtisanerie comme je le suis aux critiques et aux attaques. » Cela valait mieux pour lui sinon, durant les cinq années qui viennent de s’écouler, il aurait plus d’une fois frôlé l’infarctus ou la tentative de suicide…

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 Au Musée des Beaux-arts de Mons (BAM), l’exposition Au pied de la lettre ne connaît pas un grand succès. Elle présente pourtant des œuvres intéressantes, notamment par leur date d’acquisition qui met l’accent sur les débuts voire l’antériorité d’un apport plus représentatif : on découvre ainsi d’anciens Alechinsky de l’immédiat après-guerre, un superbe Jean-Pierre Maury, constructiviste pas assez connu, un superbe collage de Jiri Kolar, Ben avant qu’il ne soit Ben (Les pierres tombent, 1986) et de magistrales compositions de Christian Dotremont. En abordant la première salle, on est confronté à cette affirmation de Louis Calaferte : « Les lettres sont elles-mêmes tout à fait inoffensives tant que quelqu’un ne se mêle pas d’en faire des mots. » Une belle citation à poser en exergue dans tous les dictionnaires.

Samedi 15 avril

 « Coucou me revoilou ! Coucou, c’est Mahmoud ! » Eh oui ! Ali Kamenei, le Guide suprême, le déconseillait fortement, mais Ahmadinejad n’en tint pas compte : il a déposé sa candidature à l’élection présidentielle iranienne qui aura lieu le 19 mai. Son programme consiste à « élaborer des réponses musclées à l’Amérique de Trump ». Avant d’estimer les risques de conflit entre les États-Unis et l’Iran, il s’agira d’abord d’examiner jusqu’où on peut s’opposer à l’avis du Guide suprême.

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 Retour sur l’entretien Giesbert-Hollande publié dans Le Point de cette semaine. On attribue souvent à Voltaire la citation : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ; quant à mes ennemis, je m’en charge… ». Il semble toutefois qu’elle fut prononcée par plusieurs personnalités avant lui. Les références remontent même à Antigonos II, roi de Macédoine, mort en 221 avant J-C. Preuve que les trahisons font partie du domaine de l’amitié comme la neige appartient à l’hiver. En tout cas, l’expression aura trouvé une fois de plus sa pertinence dans le quinquennat qui s’achève avec toutefois une différence considérable : pour François Hollande, la trahison s’est épanchée tout au long de son mandat. En général, c’est plutôt dans le cadre de la compétition qu’elle apparaissait : Chirac-Chaban, Mitterrand-Marchais, Balladur-Chirac, Sarkozy-Villepin… Une fois le duel achevé, le vainqueur pouvait gouverner. Avec Hollande, ceux que l’on appela « les frondeurs » lui  savonnèrent la planche d’un bout à l’autre et le comble, c’est qu’ils continuent ! Le congrès de refondation du PS, à l’automne, sera particulièrement houleux…

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 Marcel Gauchet au journal Le Soir : « Macron, c’est ce qui peut arriver de moins pire à la France. » Cette affirmation annonce une question qui arrivera tôt ou tard : « Que nous est-il  arrivé en 2017 ? » Autant donc se la poser tout de suite, dès le second tour accompli, et quel qu’en soit le résultat.

     

 Garth Davis a été marqué par le roman autobiographique de Saroo Brierley, Je voulais retrouver ma mère (City éditions, 2014). Il l’a porté à l’écran. C’est une belle histoire qui se termine par des rires affectueux et beaucoup d’émotion, une aventure servie par de bons et beaux acteurs. Mais en toile de fond, cette épopée noire finissant rose ne doit pas occulter deux constats : en Inde, chaque année, 80.000 enfants sont perdus. Par ailleurs, le mécanisme de l’adoption demeure fragile, même quand tout s’accomplit positivement de l’enfance à l’âge de raison, et jusqu’à l’âge adulte.

 

 

 

 

 

 

 

                                                         

21 avril 2017

Street art et publicité, Da Cruz et la campagne Tank de Diesel.

 

Le street art et la publicité sont faits pour s’entendre. Excluons de notre démonstration les artistes de street art reconnus, menant de front travail « dans la rue » et galerie, dont les œuvres ornent aujourd’hui les murs des musées d’Art moderne et les cimaises des grands collectionneurs. Le street art est à la mode ; une nouvelle génération de collectionneurs et des institutions culturelles acquièrent les œuvres pour des sommes  considérables. Le distinguo est souvent difficile à faire entre les authentiques amoureux d’art urbain et les spéculateurs, certains collectionneurs joignant la recherche du profit au plaisir de posséder dans son salon de belles œuvres. Si des artistes vivent de leur vente d’œuvres, ils sont légion ceux qui à leurs ventes en galerie ajoutent les produits dérivés, des performances rémunérées, des live painting,  et la publicité etc. En fait, les agences sont à l’affut des jeunes artistes émergents originaux et créatifs qui, en prise directe avec la jeunesse de leur pays,  proposent des sujets, des formes, des couleurs, des matériaux inédits, « dans l’air du temps ». C’est pour des raisons de cet ordre que la marque italienne de vêtements Diesel a sollicité Da Cruz pour lancer sa nouvelle collection, Tank. Le récit de cette nouvelle campagne éclaire les relations entre l’art urbain (du moins, certains de ses artistes) et le monde de la publicité.

La marque Diesel s’est déjà illustrée dans la publicité pour de bonnes et de mauvaises raisons. Dès 1991, la campagne intitulée « Comment mener une vie équilibrée », conseille de fumer, d’apprendre le maniement des armes et d’augmenter le nombre des rapports sexuels. Elle crée une vive polémique, atteignant son objectif : faire parler de la marque. Elle réitère ses provocations en 1995, « Comment devenir un vrai homme », en montrant deux marins s’embrassant sur la bouche dans un port en fête. Dans la même veine, elle reprend des publicités des années cinquante promettant une vie meilleure grâce à la consommation (For Successful Living). En 2000, profitant de l’actualité de la télé-réalité, elle met en scène une pop star fictive faisant la une de journaux à scandale. L’année suivante, elle présente l’Afrique comme une grande puissance et les Etats-Unis comme un pays en voie de développement. La campagne suivante montre des centenaires qui ont réussi à atteindre cet âge canonique en se privant de sexe, en buvant leur urine et dormant 24 heures sur 24 pour ne pas ressentir les affres de la vieillesse. Comme on ne change pas une recette qui gagne, les campagnes de publicités ont continué dans cette veine (campagne de 2006 représentation d’anges dans des poses suggestives, le rock and roll au paradis, le monde après le réchauffement climatique).

Pour lancer sa prochaine collection baptisée Tank, l’agence a fait appel à des street artists. Da Cruz a proposé un projet qui a été accepté. Le choix du lieu de l’événement qui va lancer la campagne est d’une grande importance. Il s’agit d’un mur ayant pignon sur une placette, jouxtant le quai de Valmy à Paris. Les berges du canal Saint-Martin, les jours (et surtout les nuits !) de beau temps, sont « envahies » par de jeunes adultes pour boire des verres (soyons plus précis, des centaines de canettes !) et faire des pique-nique. Par ailleurs, depuis une vingtaine d’années, les berges à hauteur du mythique Hôtel du Nord, sont un des spots les plus connus du street art à Paris.

La création de la fresque devait être un événement parisien. Pendant une semaine, la fresque a été réalisée (collage sur le mur d’un support papier, mise en peinture). Elle est restée exposée huit jours. Pas un jour de plus. Pendant les deux semaines (réalisation, exposition), l’accès direct à la fresque a été protégé par des vigiles (jour et nuit). Le neuvième jour, elle a été décollée du mur.

Les habitués des lieux ont relayé l’information et diffusé des images de la fresque via les réseaux sociaux. Les amateurs de street art, très rapidement, ont photographié la fresque dans tous ses états et mis en ligne les clichés. C’est ainsi qu’on crée le « buzz » !

Regardons la fresque attentivement. La marque est indiquée sous le nom de l’artiste. Les caractères sont petits, comparés à la surface totale de l’œuvre. Un slogan est peint dans une partie centrale aisément lisible : « Make love not walls ». Chacun comprend que c’est une reprise de « Make love not war », antienne des hippies aux cheveux longs et aux chemises bariolées. La formulation est ironique : the walls devant être compris comme « ne peignez pas de murals, de fresques sur les murs ». Ainsi, sont rassemblés un symbole guerrier (tank) et l’amour (symbolisé par des centaines de cœurs). Comment concilier les deux ? Da Cruz apporte une solution : deux tanks qui se font face, en bas de la fresque, tirent des cœurs qui montent vers un cœur-visage qui redistribue sous une forme rayonnante des cœurs-secondaires qui eux-mêmes diffusent des cœurs, des étoiles et des cercles de couleurs.

La composition est relativement complexe : deux tanks à la base, entourés de six totems, de six cœurs-visages se détachent d’un fond rayonnant avec un point haut, là on tout converge et d’où tout descend.

Le cœur-visage qui occupe la partie centrale représente la fusion de deux visages, ceux des êtres qui s’aiment. Cette image des êtres réunis dans une complète fusion est une icône classique de l’amour. Sa stylisation évite de « sexuer » la fresque : les deux amants pouvant être soit de même sexe soit de sexes différents.

La fresque est une illustration du slogan. La référence à la période hippie est explicite par le nombre des couleurs, très vives, aux contrastes forts (les rapports couleurs primaires/ couleurs complémentaires se comptent par dizaines) et l’utilisation traditionnelle de la figure du cœur pour représenter l’amour.

Les tanks ne sont pas peints comme des armes meurtrières, des cœurs les décorent, ils tirent des cœurs. Une manière de désamorcer ce que la représentation d’une nouvelle gamme de vêtements par des armes de guerre aurait eu de choquant, dans un moment historique marqué par des images de conflits armés au Moyen-Orient, en Afrique et les menaces de guerre mondiale. De plus, la jeunesse de notre pays victime du terrorisme islamique aurait, sans doute, repoussé des références explicites à la violence guerrière.

Disons tout de go que ce n’est pas parce qu’une fresque est publicitaire que ce n’est pas une œuvre. Nous retrouvons les figures propres à l’univers de Da Cruz : les totems aux masques précolombiens, les anthropologisations de certaines représentations traditionnelles (ici les cœurs), la palette encore plus vive que dans ses œuvres récentes, la géométrisation de sa composition, le guillochage des aplats. Bref, son esthétique est convoquée et s’exprime pleinement. Quant au « message », c’est de la pub ! Il n’est pas dans mon champ de compétences d’en faire ni la louange, ni la critique !

 

Image: 

La fresque haute comme un immeuble d'habitation de six étages, donnant sur les quais du canal Saint-Martin.

Le slogan,ironique pour les "happy few".

Blaze de l'artiste et nom de la marque, mise volontairement en second plan.

Un des deux tanks (élément central puisqu'il donne son nom à la campagne, "secondarisé" également.

Il convient de faire "oublier" qu'il s'agit d'une publicité et d'entretenir une relative ambiguïté.

Fusion des êtres dans un seul cœur, "so romantic".

Détail de la partie basse de la fresque.

"Totems", figures récurrentes dans le travail de Da Cruz.

18 avril 2017

Tout est vrai

°

Image: 

Le vide en moi
L’océan à nouveau
Un parfum de curry
Je dévore des yeux
La route poussiéreuse
Silence
Les anonymes et les illustres
Font naufrage
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Saute le couvercle
De la bonne aventure
Odeurs de poudres
Et de soupe au lait
Le ménage est fait
Je bois le pousse-café
Au bord de l’océan profond
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Le soir à la télé
Les ignorants et les savants
Empileront les sous-entendus
Seconde après seconde
Off the record
Ici bas
Bas c’est bas
Et
Tout est vrai
Invraisemblable
Invraisemblable et vrai
Le sel
Les vagues
Le bleu
L’écume
Le pousse-café
L’océan
Tout est vrai

12 avril 2017

« Une campagne (présidentielle) plus drôle et plus citoyenne », Jaeraymie et Combo, avril 2017.

Dans de précédents billets j’ai évoqué la remarquable campagne anti-Trump organisée et mise en œuvre par un street artist américain, Shepard Fairey. Les journalistes politiques étatsuniens considèrent que sur un mandat de 4 ans, les deux dernières années sont consacrées à la campagne suivante. La France n’est pas en reste ; la campagne dure, dure, avec ses scandales, ses révélations, ses primaires, ses débats, ses polémiques. Elle est scandée par les informations publiées par « Le canard enchaîné » le mercredi, les démissions des ministres, les ralliements attendus, ceux qu’on n’attendait pas… Chacun, à moins de deux semaines du premier tour,  comprend que rien ne sera plus comme avant ; « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». Le Parti Socialiste explose, les Républicains, d’après les sondages, ne seraient pas au second tour, le Front National est aux portes du pouvoir, le candidat de la France insoumise pourrait créer la surprise et être au second tour.

C’est dans ce contexte d’une extrême tension que deux street artists, Combo et Jaeraymie collent sur les panneaux électoraux de drôles d’affiches (ou des affiches drôles). Des affiches électorales : « Votez, Juste Le Blanc », « La France festive avec Marion Cotillon » par exemple. Les candidats sont Pinocchio, Schtroumpf Grognon, Duckenson , Peggy la Cochonne, la petite Sirène.

Des affiches qui reprennent les codes graphiques des candidats (ou d’anciens candidats dont les affiches sont restées fameuses comme La France tranquille de Mitterrand avec fond rural et clocher d’église signée Séguéla). Les noms des candidats de cette campagne pour rire sont des clins d’œil aux électeurs avertis : Pinocchio dont Jiminy Cricket n’a jamais été assistant parlementaire (François Fillon), la Petite Sirène « en nage » (Emmanuel Macron), Schtroumpf Grognon (Benoît Hamon), Peggy avec sa perruque blonde associée au logo de Marine Le Pen. A campagne atypique, conception originale. Combo « a demandé aux internautes de donner des idées de personnages et de slogan, et de voter pour les meilleurs. J’ai repris les idées qui avaient le plus de vote et j’en ai fait des affiches ».

A la galerie des candidats, Jaeraymie a ajouté Francis Huster  parce qu’il «  a joué Juste Le Blanc dans Le dîner de cons » et John Goodman, a good man, le candidat des gens gentils.

Une campagne alternative pour nos deux artistes pour faire rire et faire (enfin !) réfléchir en réaction à la vraie campagne parce qu’avec les « nombreux retournements, on ne parle pas du fond, on n’évoque pas les vrais sujets ». Réaction également à la langue de bois des débats, à l’omniprésence des experts de tous poils.

Une manière de donner la parole « aux vrais gens », d’utiliser le rire pour faire mieux comprendre, illustrer le ridicule d’une situation.

C’est maintenant un fait acquis, les street artists ont acquis une légitimité à parler politique. Combo a compris depuis le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo le pouvoir du rire ; on se remet d’une condamnation pour emploi fictif après une pénitence dans un pays éloigné et froid. On ne survit pas au ridicule.

Je ne sais pas vous, mais moi, je crois qu’il va y avoir des morts.

Image: 

Combo après avoir collé des affiches invitant à la coexistence des 3 grands religions monothéistes a été agressé par des militants d'extrême-droite.Une intervention radicale du street art français dans le champ politique.

Cendrillon (une référence supplémentaire aux"affaires" de F.Fillon.)

Des personnages de Disney et de la bande-dessinée, archétypiques, pour prendre de la distance par rapport aux "vrais"candidats.

Goodman pour représenter les gans gentils.

Le comédien Francis Huster pour illustrer le vote blanc.

Marion Cotillard sur fond de campagne riante en référence à l'affiche de Jacques Séguéla.

La Petite Sirène et les autres candidats.

11 avril 2017

A propos de la déradicalisation

Aujourd’hui, de nombreuses initiatives sont prises pour « déradicaliser » en particulier en direction des jeunes. S’est-on interrogé sur la stigmatisation que peuvent revêtir nombre de  ces initiatives largement subventionnées par les pouvoirs publics car c’est vers les quartiers où vivent majoritairement des jeunes issus de l’immigration que se portent les « déradicalisateurs ». Ce n’est pas dans les beaux quartiers de l’avenue Louise ou d’Uccle que se portent leurs efforts.

 Et pourtant, ne devrions-nous pas nous interroger de manière aussi urgente, sur les autres formes de radicalisme et la nécessité de procéder à des déradicalisations s’agissant de la xénophobie, du racisme et des différentes formes d’antisémitisme qui minent nos sociétés et certaines propositions ou pratiques politiques. De même, la foi aveugle de certains qui prônent l’ultralibéralisme économique ne nécessite-t-elle pas une sérieuse déradicalisation afin de permettre une plus juste distribution de la richesse et de permettre ainsi aux peuples victimes de l’injustice criante de la pauvreté de vivre décemment chez eux.

11 avril 2017

"La gauche est toujours une morale"

Samedi 1er avril

 Après un tour d’horizon des différents canulars révélés par les médias, on comprend la position des journaux norvégiens et suédois qui ont décidé de ne plus diffuser une information sous la forme d’un « poisson d’avril » : plus rien, désormais, n’est perçu comme invraisemblable. Deux repères pour méditer toutefois cette constatation : en 1962, la télévision française avait bâti un reportage de poisson-d’avril en inventant que la circulation automobile serait limitée à Paris, en faveur d’un développement de la mobilité par la bicyclette. Tollé chez les habitants de la capitale. En 1967, cette même ORTF avait annoncé qu’il serait interdit de fumer dans les lieux publics. Autre tollé spectaculaire à l’antenne sur le thème de la privation de liberté.

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 Présidentielle française. Attention aux mirages ! Il y a toujours 50 % des électeurs qui savent qu’ils iront voter mais qui ne savent pas encore pour qui. Arithmétiquement, cela peut modifier tous les sondages et chambouler tous les pronostics.

                                                           *

 Chaque semaine, Courrier international propose une revue de la presse étrangère observant la campagne française. On se retrouve souvent dans le tragi-comique. Ainsi, l’annonce de Valls signalant qu’il va voter pour Macron, vue par le  Süddeutsche Zeitung de Munich : « Ce câlin de plus semble écraser Macron. »

Dimanche 2 avril

 Le gouvernement espagnol ne s’opposera pas à la demande de l’Écosse si celle-ci, ayant acquis son indépendance, sollicitait son adhésion à l’Europe. On en conclut donc que Madrid ne craint pas l’effet-domino et ne sent pas la Catalogne embrayer vers la quête de l’autonomie. Il est vrai que l’indépendance écossaise ne résulterait pas d’une hypertrophie de revendications régionales mais, au contraire, d’un besoin de rejeter le divorce du Royaume-Uni d’avec l’Union européenne. L’Histoire n’est jamais écrite à l’avance.

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 Le Journal du Dimanche consacre ses trois premières pages à Jean-Luc Mélenchon, le seul intellectuel de tous les candidats, et cite Jean d’Ormesson : « Mélenchon recèle une poésie épique. Il est très cultivé et extraordinairement éloquent. Il est le seul candidat lettré de cette élection. Si vous discutez de Pascal, de Bossuet, ou d’Hugo avec lui, vous ne vous ennuyez jamais. » Diantre ! Jean d’O. serait-il devenu gaga ou virerait-il de bord au soir de sa vie ? Nenni. Il ajoute : « Mais je ne peux pas voter pour lui ; je ne partage aucune de ses opinons. » Ouf ! Au Figaro, on préparait déjà les mouchoirs…

                                                            *

 Le JDD consacre aussi une page à Cédric Lewandowski, « omnipotent bras-droit de Jean-Yves Le Drian », ministre de la Défense, « le seul directeur de cabinet à avoir traversé le quinquennat ». Si le portrait que dresse François Clemenceau n’est pas exagéré, il n’y a pas de doute possible : en cas de victoire de Macron, cet homme occupera encore l’Hôtel de Brienne mais cette fois, en succédant à son patron.

Lundi 3 avril

 François Fillon a vraiment un problème avec l’argent. Le voilà qu’il confie aux journalistes de BFM-TV qu’ « il ne parvient pas à mettre de l’argent de côté » !

Aussitôt, Libération ironise sur son site en précisant qu’il touche en ce moment 23.000 euros par mois (tout à fait correctement, bien entendu). Cet homme, au demeurant compétent, qui défend un programme intelligemment charpenté, cultive l’art de se tirer des balles dans le pied. On murmure que Sarkozy est déjà en embuscade, et que c’est même lui qui l’aurait encouragé à poursuivre son chemin de candidat. Cette droite hautaine est diabolique.

Mardi 4 avril

 John Major, ancien Premier ministre britannique, estime que les eurosceptiques soutiennent Theresa May dans ses négociations de sortie de l’Union européenne mais qu’ils finiront par l’abandonner. C’est fort possible et même probable, une attitude caractéristique des élus d’extrême droite : du courage et de l’allant pour foutre le bordel, de la lâcheté pour en assumer les conséquences.

                                                           *

 Et François Fillon continue, lors de chaque meeting quotidien, de rassembler des milliers d’enthousiasmes. Cahuzac sur scène il ne tiendrait pas 30 secondes avant que les tomates ne l’atteignent. Il ne faut pas se plaindre que l’on tolère plus de malhonnêtetés aux gens de droite qu’aux gens de gauche. C’est la preuve, quoi qu’on en dise, et malgré les brebis galeuses, que la gauche est toujours une morale.

Mercredi 5 avril

 L’ONU est en émoi. Son Conseil de Sécurité, très tendu, vacille sous la position de la Russie qui refuse de condamner Bachar al-Assad pour l’utilisation d’armes chimiques tuant une centaine de civils dans des douleurs atroces. Ce salaud a éliminé environ 300.000 personnes appartenant à son peuple et tout à coup, on voudrait l’exécuter. Certes, en termes statistiques, le chiffre est banal, mais la manière est pour le moins répréhensible. La représentante des Etats-Unis est virulente et menace d’intervenir, de faire elle-même la loi. Qu’elle n’oublie pas que dans cette même enceinte, il n’y a pas si longtemps, le porte-parole de George W. Bush essayait de faire croire à ses collègues que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive. Il ne les utilisait point, mais il les avait… En réalité, il ne les utilisait point parce qu’il n’en avait pas… Bachar, lui, il en a et donc il les utilise, avec la bénédiction de l’Iran et de la Russie.

                                                           *

 De la pure politique-spectacle. Tout le monde est d’accord pour admettre que le débat des 11 candidats suivi par plus de six millions de téléspectateurs sur BFM-TV n’a rien apporté de transcendant. Comme ceux des primaires, les débats de ce type, sous le prétexte d’une action démocratique, faussent les échanges et diluent les objectifs de chacun. Ça suffit ! Il n’appartient pas à la télévision d’élire le président de la République. Le face-à-face des deux qualifiés pour le second tour ne doit pas être précédé d’autres joutes, déviant les enjeux.

Jeudi 6 avril

Donald Trump a donné l’ordre de détruire la base aérienne de Bachar al-Assad d’où sont partis les avions qui ont largué des bombes chimiques, tuant une centaine de personnes civiles dont de nombreux enfants de manière atroce. Amorce d’une guerre étendue aux grandes puissances ou simple coup de semonce ? C’est la question que le monde se pose, mais c’est d’abord la question que le Congrès américain se pose, disposé dans sa majorité à l’extrême prudence après l’échec irakien et les incertitudes qui planent sur le comportement du président.

                                                           *

 On attendait Emmanuel Macron à la grande émission politique de France 2. Serait-il moins vague ? Tiendrait-il la distance ? Il accomplit une prestation remarquable, pleine d’assurance, de précision, de confiance et, on peut même le souligner, de courage. Pour autant, rien n’est gagné. Il le sait.

Vendredi 7 avril

 Le 21 août 2013, Bachar al-Assad avait déjà utilisé des armes chimiques afin d’éliminer des centaines d’habitants de la banlieue de Damas. Ce triste épisode de la guerre civile syrienne restera dans l’Histoire sous l’appellation "Massacre de la Ghouta". En ce temps-là, François Hollande avait pris l’initiative de l’empêcher de nuire davantage. David Cameron et Barack Obama, qui l’avaient suivi, se rétractèrent et le président français avait du même coup dû abandonner la riposte qu’il avait envisagée. On en connaîtra peut-être un jour la raison des volte-face britannique et américaine. Des milliers de vie auraient pu être épargnées tandis que le tyran aurait été mis hors d’état de nuire. Muselé par le prix Nobel de la Paix qui lui fut décerné au début de son premier mandat, Obama ne prit pas ses responsabilités, ne voulant pas apparaître comme ses prédécesseurs, le gendarme du monde. Trois ans et demi ont passé. Le gendarme du monde est, craint-on, désormais un Docteur Folamour ; la Russie, l’Iran et la Turquie ont occupé le terrain aux côtés du sanguinaire syrien, et le monde est plus instable. On ne se souviendra bientôt plus que François Hollande fut le plus prompt à interrompre le carnage et à éviter une éventuelle escalade, un embrasement toujours possible. Notons par exemple qu’à peine connue l’opération de bombardement déclenchée par Trump, Israël publia un communiqué pour s’en réjouir…

Samedi 8 avril

 Les parlementaires démocrates américains soutiennent la réaction de Trump. Sans doute regrettent-ils encore la reculade d’Obama en 2013. Par contre, beaucoup de parlementaires républicains n’approuvent pas leur président. Sans doute se souviennent-ils que l’un des principes fondamentaux de sa démarche de candidat se résumait dans l’expression « America first ! » Sans doute craignent-ils aussi la finalité du geste… Dans son très instructif livre L’Aveuglement. Une autre histoire de notre monde (éd. Taillandier, 2015), Marc Ferro relève : « Le 16 janvier 2012, aux primaires du parti républicain, en Caroline du Sud, un des candidats, Ron Paul, déclara ‘qu’il ne fallait pas que les Américains fassent aux autres ce qu’ils ne voudraient pas qu’on leur fasse à eux : les bombarder et se demander  pourquoi ils sont fâchés contre nous…’ Il se fit copieusement huer et fut pratiquement éliminé de la convention républicaine. »

Dimanche 9 avril

 Pour célébrer le 40e anniversaire de la mort de Jacques Prévert, Europe 1 lui rend hommage et diffuse En sortant de l’école interprété par les Frères Jacques. L’émission se terminera inévitablement par Yves Montand qui chante Les Feuilles mortes. Ce dimanche de printemps est annoncé estival. Difficile de savourer mieux le petit déjeuner.

                                                           *

 Le risque d’enivrement causé par son raid aérien sur la Syrie est bien réel. Trump a ordonné qu’un porte-avion faisant route vers les mers australes soit dévié vers la péninsule coréenne afin d’intimider l’apprenti sorcier de la Corée du Nord qui n’attend que cela. On peut, afin de se tranquilliser, opter pour une autre explication : Trump aurait mené son attaque en Syrie pour permettre à Poutine de se débarrasser de Bachar devenu vraiment trop encombrant. L’Iran semble du reste inviter le tyran à s’effacer. Comme les loups, les diables ne se mangent pas entre eux.

                                                           *

 L’ETA rend les armes. L’organisation terroriste basque semble abandonner la revendication armée. Elle indique à la police française huit caches d’armes dans les Pyrénées atlantiques. L’Espagne embraye et l’invite à se dissoudre. C’est mal connaître le sentiment régional qui nourrit la fierté d’appartenance là-bas. Bayonne fait la fête pour célébrer le retour à une vie apaisée, mais la foule ne renie pas pour autant ses origines.

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 Hier, on se rendait aux grands meetings pour prendre connaissance du message de l’orateur-vedette (Lamartine sur les marches de l’Hôtel de Ville de Paris, Jaurès au Pré-Saint-Gervais…) Aujourd’hui, le but est d’être présent, de montrer son soutien aux médias. C’est l’image qui fera le succès. Évidemment, si l’orateur peut lâcher une phrase, une expression qui fait mouche, il entrera dans l’Histoire avec la foule de ses supporteurs enthousiastes. Il y avait 70.000 personnes sur le Vieux port de Marseille pour encourager Jean-Luc Mélenchon ; il y en avait un peu plus de 20.000 à la Porte de Versailles pour applaudir François Fillon. Le talent d’orateur du premier le conduisit à la métaphore déjà utilisée par Jaurès à propos de la braise sous la cendre et que Dominique Strauss-Kahn avait du reste choisie pour bâtir le titre d’un de ses livres. Quant à Fillon, sa phrase qui restera dans l’Histoire fut : « Je ne vous demande pas de m’aimer mais de me soutenir ». On ne sait trop s’il s’agit là d’une supplique de désespoir ou l’expression d’une ultime volonté de rebondir coûte que coûte.

Lundi 10 avril

 Un à deux milliers d’hommes au service de Daech, installés dans un campement retiré au sein du désert du Sinaï, parviennent à déstabiliser l’Égypte pourtant fameusement équipée en forces armées. Deux églises coptes ont été l’objet d’attentats en plein office. Mais aujourd’hui, Daech a même réussi à toucher Israël avec une roquette. Le président al-Sissi décrète l’état d’urgence. Ce sont des symptômes comme ceux-là qui augurent d’une possibilité d’embrasement.

                                                           *

En cette période de campagne présidentielle, les livres abondent sur le sujet, les acteurs et le lieu qu’ils ambitionnent d’occuper. Bernard Pivot commente L’Élysée, Histoire, Secrets, Mystères, de Patrice Duhamel et Jacques Santamaria (éd. Plon) : « C’est Historia, avec ses Conseils des ministres, ses cohabitations, ses menaces terroristes, ses remaniements, ses visiteurs du soir. Mais c’est aussi Paris Match avec ses arbres de Noël, sa salle des fêtes, ses garden-parties, ses premières dames, ses robes de haute couture, ses photos officielles, ses fastueuses réceptions, ses bourdes… ‘ Désignant le Prince de Galles, fils du roi, qui règnera à partir de 1910 sous le nom de George V, Marie-Louise Loubet demande avec candeur à Édouard VII : « Et ce grand garçon, qu’est-ce que vous allez en faire plus tard ?’ »                                               

Image: 

Capture d'écran du site ina.fr

10 avril 2017

Dragon

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Image: 

Je hume la perle
Arrachée au sauvage
Pouf je me dédouble
Soleil et lune
Tel mon cheval si beau
Je vais fou de mon Doudou
Et de sa douce queue
Sucrée/salée

08 avril 2017

L'homme d'à côté

Sa vie de compromis débuta dès sa naissance. Il se sentait si bien dans le ventre de sa mère qu’il avait décidé d’y rester toujours. Hélas, une vilaine césarienne le débusqua de son cocon tout chaud. Après ce séisme, il comprit qu’il n’était pas le plus fort et accepta tout ce qu’on lui voulait. Sourire, dormir, manger et faire de gros rototos. On le félicita. Plus tard, il aurait aimé qu’on lui lise des histoires de loups, la nuit, dans les forêts sombres mais ses parents craignaient que les loups l’empêchent de dormir. Alors, on lui raconta tous les soirs des histoires de moutons, tellement ennuyeuses qu’il s’endormait tout de suite. Les parents ont toujours raison. A l’école, pour se faire des copains, il accepta de jouer au football alors qu’il aurait préféré chanter des chansons d’amour avec les filles. Les études qu’il désirait entreprendre le mèneraient au chômage, c’est certain. Il en choisit d’autres qui ne l’intéressaient pas avec lesquelles il décrocha immédiatement un travail ennuyeux. Au bureau, il accepta les dossiers les plus délicats, commencer tôt et finir tard de peur de perdre son travail. Il se maria avec une femme qui n’acceptait de faire l’amour que le premier jour du mois. Malgré sa frustration, il passa toute sa vie avec elle parce qu’il craignait que la solitude couche avec lui tous les jours de la semaine. Ses patrons l’envoyèrent à la retraite sans lui demander son avis et il vieillit sans s’en rendre compte. On pourrait penser que cette histoire est triste mais elle ne l’est pas parce que ce n’est pas lui qui mourut le 21 septembre 2041 à quatre-vingt et un an. Ce n’est pas lui non plus qu’on enterra par une froide matinée d’automne. D’autant qu’il avait demandé à être incinéré.

Image: 

Il n'est pas mort le 21 septembre 2041. Photo © Jean Rebuffat

06 avril 2017

…Et Donald Trump devint l’homme le plus haï de la Terre !

 

La campagne présidentielle américaine avait commencé pour le fils de milliardaire, milliardaire lui-même,  comme une campagne de pub. En battant les estrades, quitte à être électoralement battu, son nom qui est sa marque serait connue dans tous les Etats d’Amérique et du monde. Finançant sa campagne sur ses deniers, en dehors des partis traditionnels, les énormités, les mensonges, les « promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent », firent glousser d’aise les états-majors des Républicains et des Démocrates. Après tout, autant rire des délires d’un bateleur qui n’avait aucune chance de s’installer dans le bureau ovale ! Les Républicains rirent moins au fil du temps quand ils comprirent que seul Donald Trump pourrait faire gagner leur camp. Ils le choisirent, non sans amertume, comme leur champion. Sanders était pour Hillary Clinton le seul obstacle à son élection. Les Démocrates, à la rupture,  préférèrent la continuité. Jusqu’au jour du vote personne ne crut qu’un xénophobe voulant chasser 13 millions de travailleurs étrangers, un milliardaire voulant démanteler l’omabacare, un sexiste, un homophobe, un zozo qui disait que le réchauffement climatique était un bobard …bref, un homme qui disait n’importe quoi ait une chance de l’emporter.

Le résultat de l’élection fut pondéré par beaucoup au nom du réalisme en politique. On pensa que la prise du pouvoir justifie tous les excès de langage mais que l’exercice du pouvoir « normaliserait » le discours et les actes. Moins de 3 mois après l’investiture, ceux qui n’avaient rien vu venir, se trompèrent de nouveau. Donald Trump signe des décrets à tour de bras pour faire ce qu’il a dit. Last but not least, Sa conseillère inventa les « faits alternatifs » et la post-vérité, des chercheurs cachent leurs études de peur que l’exécutif ne les détruise…et Trump continue de mentir (fausse information de l’attentat en Suède perpétré par des djihadistes, Hillary Clinton organisatrice d’un réseau pédophile dans une pizzéria etc.)

En quelques mois, le Président de la plus grande puissance économique du monde, championne du « monde libre », est devenu l’homme le plus détesté de la Terre. Plus personne ne rit. La peur, la colère, la haine ont remplacé le sourire amusé. La résistance s’organise, aux Etats-Unis et ailleurs. Les artistes sont en première ligne et les street artists également.

J’ai déjà évoqué dans un billet la campagne menée par Shepard Fairey. Un coup d’œil sur les autres initiatives est riche d’enseignements. Donald Trump est, dans de nombreux pays, peint en clown. Le clown est partout l’auguste et jamais le clown blanc. C’est le personnage grotesque de l’idiot, du naïf, du simplet, du benêt. Il est traditionnellement opposé au clown blanc qui est son exact contraire. Dans l’imaginaire américain, un auguste intelligent est redoutable, comme le Joker, l’adversaire de Batman, rusé et machiavélique. Grimé en auguste, il incarne le Mal.

De nombreuses fresques sont en fait des caricatures. Les traits marquants sont exagérés à l’excès : le but est de faire rire, comme les clowns. Ces représentations sont « classiques ». Rire des Puissants n’est guère récent et les deux procédés trouvent leur origine dans l’Antiquité.

Les artistes convoquent pour se moquer de  Trump l’iconographie des bandes-dessinées ; le personnage démoniaque du Joker de DC Comics mais aussi celui de Captain America, super héros de Marvel, qui grâce à des superpouvoirs défend, seul, l’Amérique.

Reprenant les codes graphiques de la célèbre affiche d’Obama réalisée par  Shepard Fairey, Trump est représenté comme l’anti-Obama, celui qui appuiera sur le bouton pour déclencher la 3ème guerre mondiale. Cette peur est alimentée par son rapprochement avec Taïwan et sa relation avec la Corée du Nord. Le spectre de la guerre nucléaire hante encore les imaginaires et les renversements d’alliances du Président américain le réactivent.

Utilisant le même procédé (l’inversion des codes de l’affiche d’Obama), une fresque fustige la manie de Trump d’utiliser Twitter. Le graphisme dépasse le jeu de mot en comparant explicitement Trump à Hitler. Cette comparaison a été très utilisée d’abord de façon allusive (des croix ressemblant à des svastikas par exemple) et ensuite de manière plus brutale ; Trump affublé d’une petite moustache est associé à des symboles nazis. Le glissement d’Hitler au Diable est récurrent. Hitler est depuis 1933, pour beaucoup, en quelque sorte, une déclinaison historicisée  du Diable. Il incarne les Forces du Mal. Son image est universellement connue et la référence est immédiatement saisie. Plus classiquement, les cornes symbolisent Belzébuth, figure chrétienne du Démon.

 

En résumé, les street artists dans les pays dans lesquels existe la liberté d’expression ont utilisé trois procédés sans se concerter : la moquerie, faire peur, comparer aux figures symboliques du mal absolu.

 Les street artists ne sont pas des artistes « hors sol » : ils sont informés comme les autres citoyens par les mêmes médias et réagissent par le même discours. Un « discours iconographique » qui cristallisera certes des « clichés » de Trump mais qui, politiquement, aura peu d’impact sur l’opinion. Donald Trump n’a que mépris pour l’opinion, du moins pour ceux qui ne pensent pas comme lui. Il exècre ceux qui contribuent à sa formation, la presse et plus globalement, les médias. La vérité comme l ‘eau sur les plumes du canard (duck in English, comme Donald) glisse sur ses partisans sans entamer leurs convictions. Les idées simplistes ont le vent en poupe. Ce même vent qui souffle sur les démocraties occidentales.

 L’Art a ses limites ; il n’est pas inutile d’en cerner quelques-unes : la démagogie et le populisme en sont deux…de taille !

 

 

 

 

 

Image: 

Fresque (Barcelone)

Fresque (Shoreditch)

Jisbar (à la manière d'Andy Warhol)

Ramstecko (Mexico)

Collectif Bushwick (Miami)

Nek ( Captain America)

Utilisation des codes de la bande-dessinée américaine (DC Comics, Marvel...)

Les couleurs de l'affiche de Shepard Fairey, parallélisme de la composition, de la cervelle malade s'élève le champignon caractéristique de la bombe atomique.

Karen Fiorito (Phoenix). Les symboles du Président fusionnent le signe du dollar et évoquent (par l'opposition de couleurs -noir et rouge) les bannières qui encadraient Hitler lors des cérémonies nazies.

Une quasi fusion entre les traits de Trump et ceux d'Hitler.

Pegasus (Royaume-Uni)

03 avril 2017

Le pays du sourire

&

Image: 

On chante le pays du sourire
Sur un quai de la Mystic River
Un bébé nu est trouvé enfoui
Dans une poubelle de la douane
Il hurle donc il vit
Tout sourire, le public assis
Sur ses chaises électriques
Costumés en chinois d’un siècle révolu
Des hommes défilent en sifflant
Ils agitent leurs soies safran
Les femmes suivent
Elles trottent à petits bonds
Battent en cadence des gongs criards
Sourire aux pays des sourires
Chinatown se marre
Des hommes grenouilles sortent du fleuve
Des voitures découpées au chalumeau
Des joyaux taillés surgissent de l’eau sombre
Une poupée gonflée au sein crevé
Au volant du squelette d’une Chevrolet
Sourire en coin des évangélistes du coin
Tous publics coincés
Le pays du sourire fait un tabac
Dans la patrie
Des avocats qui ne fument plus
Des cercueils couverts d’étoiles
Du soda épicé de larmes des familles
On applaudit si fort le pays du sourire
Sur la berge de la Mystic River
Que ça réchauffe la soupe populaire

Mexicouille ok
Claro ok
Clara ok
Cara ok
Ok

Les clochards allongés sur du carton
Boivent l’alcool fourré dans des sacs en papier
Ils sont enjambés par des japonais
Montés sur échasses
Ils rapent d’une voix claire
Le bonheur d’une aube lumineuse
Les tambourins des geishas
Imitent la douceur de la rosée
Tout sourire le maire de la ville
Applaudit violemment pour couvrir
Les sonneries électroniques
De ses gardes du corps
Un couple s’embrasse avec violence
Et s’éloigne enlacé
Comme le cow-boy du film, son flingue et son cheval
Le mot fin est
Une ombre à la recherche d’une vie

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