semaine 33

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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04 décembre 2016

Mouchette

Elle a d’abord feint de ne pas avoir le temps de nourrir le chat des voisins ce week-end mais s’est vite rétractée parce que vieille, sans mari, sans enfant et sans poisson rouge, elle n’est pas crédible. La voisine lui a proposé de lui faire visiter son appartement avant de lui confier les clefs. Lui présenter son mari et les enfants. La vieille n’aurait pas arrangé son appartement comme l’avait fait sa voisine mais chacun fait ce qu’il veut. Elle n’aurait pas non plus épousé le mari de la voisine. Trop grand, trop mou, sans caractère. Les filles ne sont pas bien élevées. A peine si elles ont dit bonjour. Et puis, on lui présenta le chat, Mouchette, son bol, son bac, ses croquettes.

- Vous lui donnez des croquettes du supermarché ?

- Il les adore.

- D’accord, chacun fait ce qu’il veut.

Le samedi matin, elle s’est levée plus tôt parce qu’elle craignait de ne pas avoir le temps de faire tout ce qu’elle devait faire. Elle n’est pas restée non plus plusieurs heures devant la télévision comme d’habitude. Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. Elle doit nourrir le chat des voisins. Mouchette mange vers 18 heures Elle a juste le temps de passer à la boucherie. Evidemment, il y a du monde, une queue jusque dans la rue. L’heure tourne. Les gens sont si lents !

- Et pour Madame ce sera ?

- Un steack de 500 grammes. Moulu s’il vous plait.

17h35. Il n’est pas trop tard. Elle se dépêche de rentrer chez elle. Pour une fois qu’elle a quelque chose à faire. Zut ! La clef ne tourne pas dans la serrure. La voisine se serait trompée de clef ou c’est elle qui est incapable d’ouvrir une porte ? Inquiète, la vieille recommence une fois, deux fois. La troisième est la bonne. La porte s’ouvre. Faire attention que le chat ne sorte pas. Si les voisins sont satisfaits, ils auront encore recours à ses services. Le chat a faim. Il miaule comme un fou. Elle déballe le repas, retire les vieilles croquettes du bol et y dépose la viande fraîche.

- Bon appétit, Mouchette !

Quand les voisins rentrent de week-end le dimanche soir, ils découvrent la vieille dans le noir, assise sur une chaise de cuisine devant le bol du chat. Mouchette n’a pas touché à la viande.

04 décembre 2016

Les propos de Vincent Engel, un bobo qui s'assume

"Aujourd’hui, ce n’est pas le retour de la droite qui m’inquiète ; ce ne serait qu’une saine alternance politique, si la droite qui s’apprête à triompher (et qui l’a déjà fait en Amérique, peut-être dimanche en Autriche, certainement en France où la seule incertitude repose sur la proximité de cette droite par rapport aux extrêmes) n’était pas l’expression de l’égoïsme, de la peur, de l’intolérance, du repli identitaire, du recul sur des acquis majeurs pour les femmes, les « minorités » sexuelles ou encore la laïcité."

Voilà ce qu'il écrit dans une très belle chronique.http://www.lesoir.be/1382879/article/debats/chroniques/2016-12-03/bobos-bisounours-gauche-caviar-padamalgam-vous-saluent

03 décembre 2016

L’art de Zépha, french « writer ». « Rosa Parks fait le mur », décembre 2015, Paris.

J’ignore les raisons qui ont amené Vincent Abadie Hafez à prendre comme blaze « Zépha ». Je fais l’hypothèse que cela a à voir avec « zeph », le mot arabe qui signifie « le vent ». Donner le nom de « vent » à des œuvres condamnées à disparaître serait une jolie et poétique métaphore de son art. Choisir un mot arabe pour désigner une œuvre faite essentiellement de « calligraphes »  dont les formes sont directement issues de la calligraphie arabe est un hommage à la culture qui a donné naissance à cette remarquable écriture. Les bien-nommées « arabesques », le subtil jeu des pleins et des déliés, les signes déictiques, les accents,  sont mis au service d’un « langage » d’une évidente beauté formelle. Les formes de l’écriture dans le travail de Zépha ne portent plus le sens (le sème),  mais leur pouvoir d’expression n’en a pas pour autant disparu. Elles sont grâce, élégance, harmonie.

Dans un précédent billet consacré à l’intervention de Zépha dans le cadre de « Rosa Parks fait le mur », j’avais attiré votre attention sur les figures formant une gigantesque frise peinte par Zépha. Les « obliques » m’avaient fasciné par, à la fois les régularités (des lignes parallèles peintes en suivant le même degré d’inclinaison),  mais aussi et surtout par les ruptures. Ruptures des bandes obliques par des motifs courbes tracés d’une main vigoureuse, des points et des accents hérités de l’alphabet arabe, des lignes cassant « en surface » l’obliquité des segments de droite, des harmonies de couleurs déclinées sur une surface qui insensiblement débouchaient sur d’autres harmonies en opposition (couleurs froides/couleurs chaudes par exemple). L’ensemble de l’œuvre refusant tout systématisme et s’autorisant de volontaires dérogations.

Les « obliques » dans un savant continuum changeaient de formes et de couleurs et se diversifiaient. Ainsi, elles étaient, par endroit, complétées par des mots et de courtes locutions, écrites soit en français soit en anglais. Les mots calligraphiés ponctuaient la frise chargeant l’abstraction de significations. Elles étaient certes plus ou moins liées aux thèmes implicites du projet global. Mais leurs sens avaient à mon avis un  intérêt secondaire. Des « phylactères » porteurs de significations établissaient un lien entre la frise, pure abstraction, aux  objectifs du projet (célébrer la vie et l’œuvre de Rosa Parks). Leur écriture ornée (comme on dit « une grotte ornée ») s’ajoutait aux autres éléments décoratifs issus des cultures islamiques.

L’art de Zépha s’exprime à d’autres endroits d’autres manières. La richesse de l’œuvre est telle qu’elle me contraint à limiter mon propos à deux exemples. Le premier exemple est cette très belle succession de tracés calligraphiques d’une seule couleur sur des fonds monochromes. On reconnait  quelques formes caractéristiques : les « coins », comme autant d’accents, les lignes courbes tracées à la brosse d’un seul mouvement alternant pleins et déliés. Pourtant ces « caractères » ne sont pas les lettres de l’alphabet ; on ne retrouve pas le sens de l’écriture arabe (de droite à gauche), ni la notion de ligne (pas davantage de colonne). L’entrelacs des « caractères » blancs est une pure merveille qui fait la synthèse de la pureté (deux couleurs, une pour la forme, une pour le fond) et de l’accumulation des signes (les espaces sont remplis).

Formidable synthèse et résumé de ses talents, les grandes fresques de Zépha éblouissent par la splendeur de leurs couleurs et les références à la culture islamique. Splendeur des couleurs, les conjugaisons des ors et des noirs, des blancs et des gris, des bleus et des noirs profonds. Références nombreuses à l’architecture islamique, à la décoration des mosquées, à l’absence de représentations des formes du réel (représentation de personnages, d’animaux, de  végétaux, de minéraux). La nature est absente. Elle est au-delà des signes. Des signes que nous ne pouvons pas déchiffrer. Les cercles concentriques, le haut degré de symbolisation (ou de stylisation) évoquent un art sacré. Un art mystérieux, ésotérique, qui se refuse à toute tentative cartésienne de déchiffrement.

Zépha se qualifie lui-même de « writer ». Son expression esthétique est apparentée à l’écriture et forme un pont entre les « writers » américains du street art originaire et le muralisme d’aujourd’hui. Une « écriture » propre à chaque « writer ». Pas une langue, mais un choix formel d’une grande radicalité.

 

Image: 

Régularité des obliques, éléments de rupture, écriture calligraphiée de courtes phrases.

Variation (harmonie bleue, ruptures fortes par des déictiques, phrases calligraphiées)

Calligraphes sur fond monochrome.

Variation (fond, forme)

Variation(couleur du fond, ponctuation verte, rupture du monchromisme)

Grande fresque concentrique (environ 3mx4)

Déclinaison des calligraphes dans les espaces définis par les cercles.

02 décembre 2016

DU CÔTE DES AMIS DANOIS (première partie)

En fait, le Seeland est une île du Danemark dans la Baltique, entre la Suède et la Fionie, baignée par le Sund, où se trouve Copenhague, groupant près de la moitié de la population de l’île. L’été, les génisses paissent dans les plaines, les moulins à vent tournent leurs larges ailes et de bois profonds surgissent des vélos insouciants.

En hiver, le vent glacé de l’Oresund souffle en rafales jusqu’à engourdir les os et obliger le visiteur à chercher la chaleur dans l’intimité douillette des habitations. Moment idéal pour devenir « ami » des danois et démentir le cliché trop facile d’un pays « amas de boue, de craie et d’eau », même si H.C Andersen estimait son peuple «bien adapté à ces îles marécageuses, vertes de moisissure».

Pendant cette saison, pas de baignade ni de siestes dans les hamacs. Il reste les promenades en forêt, les balades à vélo et surtout les visites aux amis.

Au pays de Kierkegaard, on a trop le sens du fragile, du précaire, de ce qui s'effondre, pour ne pas savourer les petits plaisirs du quotidien et Copenhague n'est qu'à 1h30 d'avion de Paris.

Marianne est bien au rendez-vous, pour parcourir ensemble la route côtière de la Seeland du Nord, de Helsingor à Copenhague, joliment nommée Route Margrethe en souvenir de cette grande souveraine du Moyen-Âge, qui institua la présence d’une auberge tous les 30 km pour assurer le gîte du voyageur.

Les bus réguliers ont remplacé les loueurs de chevaux et les maîtres de poste, pour relier les différentes étapes

Rêves de lumières

D’où vient dans la peinture danoise du XIXè siècle, cette inclinaison à une langueur diffuse ? Cette soif de luminosité et de simplicité est bien présente chez les impressionnistes qui avaient formé une communauté à Grez-sur-Loing, vers 1880, avant de capter à Skagen, petit port au nord du Danemark, « l’heure bleue », cet instant du crépuscule où la mer du Nord et la mer Baltique se rejoignent dans une même couleur lavande

Ce puissant état d’âme, nimbé d’angoisse, on le retrouve dans deux lieux complémentaires Louisiana et la Glypthothèque.

Louisiana est un lieu unique, en bord de mer, au nord de Copenhague, face aux rivages de la Scanie suédoise, pour rappeler que le Danemark s’est assuré depuis son âge d’or entre 1830 et 1850 une suprématie dans les arts plastiques. Maintenant, Il accueille bien volontiers les créations étrangères dans un décor où règne l’harmonie et en hiver, la neige immaculée donne un relief saisissant aux 60 sculptures, installées dans un grand parc d’arbres aux essences rares.

Dans le bâtiment aux vastes murs et aux planchers bruts, les œuvres du pop art et du néo expressionnisme sont là pour revigorer le regard. Ici on comprend pourquoi un surréaliste ajoute du rouge vif aux chevelures des femmes pour les rendre plus belles, comme pourrait le faire un Rubens. On peut prendre du temps aussi pour capter les iris aux couleurs tendres d’un Hockney ou les fleurs peintes comme des sexes de femme de Georgia O’Keeffe. Les portraits de proches, de familiers de Kossov résument bien l’esprit d’un espace muséal comme Louisiana : la proximité avec les œuvres, jusqu’à sentir la respiration de leurs créateurs. Ici, l’accueil est affable. Des petites bougies ont été installées à côté des toiles pour créer une ambiance intime.

Cette simplicité, proche du dépouillement, on la retrouve à la Glyptothèque de Copenhague, où le visiteur peut s’arrêter ou bouger à sa guise pour retrouver les lumières du sud. Même si Kierkegaard nous dit que l’apprentissage de l’angoisse est le suprême savoir, la peinture des impressionnistes est d’une aide indispensable pour égayer notre triste condition

Une partie de l’âme danoise se trouve en effet dans ce remarquable témoignage de l’architecture moderne scandinave. Carl Jacobsen, brasseur de son métier, rêvait d’accrocher aux cimaises de son musée les déjeuners sur l’herbe de Bonnard, les citronniers en fleurs de Monet et la peinture dépouillée de Van Gogh dans son paysage à Saint-Remy.

Dans le jardin d’hiver recouvert d’une grande verrière, le bruit d’une eau qui coule, quelques sculptures inoffensives, entourées de poissons rouges, des arbres exotiques inclinent le visiteur à chasser un instant cette douce et vague tristesse que les danois appellent Veemod, entouré de groupes de scolaires étonnement attentifs et disciplinés.

Fraternité de femmes à Virum

On peut facilement s’égarer à Virum, petite localité située dans une banlieue plutôt cossue du nord de Copenhague. Qu’importe !. Impossible de localiser la maison de Marianne. En remontant les rues, à un moment donné, la mémoire se bloque et les points de repère s’effacent. Pourtant tout est bien place, mais il manque un élément du puzzle. Finalement, les maisons même si elles se ressemblent s’ouvrent facilement et leurs occupants indiquent bien volontiers le chemin correct pour arriver enfin à destination.

Comme la Babette du fameux roman de Karen Blixen, Marianne Stürup a préparé un dîner, selon le grand art de la cuisine danoise. Ancienne professeur dans une école professionnelle, elle a composé un repas où les saveurs sucrées des plats s’allient à une touche d’acidité. Heureuse harmonie qui dissipe toute mélancolie et crée chez les convives un état de bonheur simple.

Marianne n’a pas oublié les années de jeune fille au pair pour apprendre le français, cette langue dit-elle, «m’a permis de décider, par moi-même, certains choix de ma vie». Et maintenant, la disciple de Simone de Beauvoir elle est devenue une véritable artiste du goût culinaire, capable d’enchanter les anges.

Proches de la maison de Marianne, des chemins de terre rejoignent le lac de Virum, où les promeneurs retrouvent la compagnie des poules d’eau et des canards facilement apprivoisés. Au loin, le soleil couchant illumine un manoir élégant, d’apparence isolé, où le monde chante, danse. Au bout d’un sentier poudré de blanc, de grands arbres dénudés laissent entrevoir un véritable pavillon de chasse du XVIIe siècle. Plusieurs familles y vivent et partagent ensemble une expérience de vie communautaire. Ainsi, les charges de location peuvent être équitablement partagées entre les co-locataires, qui tiennent à garder un esprit ouvert et tolérant. D’ailleurs, la cooptation entre eux est la règle.

Gunhild une amie de Marianne, accueille sans façon ses hôtes, autour d’une grande table ronde, dans une des pièces communes. La salle à manger a noble allure, avec ses carreaux rustiques et ses grandes fenêtres à croisillons laissant entrevoir une futaie sombre de bouleaux. Une lumière paisible se reflète dans cette pièce rustique et les bougies allumées pour la circonstance créent une douce quiétude.

Le thé ou le café ont un goût particulier et la préparation d’une collation répond quand même à un rituel précis. Ce sont les petits détails qui créent l’harmonie du moment. Et Gunhild parle brièvement de sa recherche d’un nouveau job pour avouer quand même que « toute seule, elle ne pourrait pas profiter d’un tel cadre ».

Cette complicité de femmes entre elle et Marianne autour d’un bouquet de myosotis rappelle quelque chose de beau. Ingmar Bergman parle de fraternité, d’un sentiment absolument neuf- ou peut-être extrêmement ancien qui lie les femmes entre elles, qu’importe leur âge et qui n’a pas d’équivalent parmi les hommes. La femme scandinave, fantasme de l’homme latin, avec sa compassion, son rôle de consolatrice, admirablement dépeint dans les films du grand cinéaste suédois.

On sent chez Marianne ou Gunhild une force qui peut intimider ceux qui croisent leurs yeux clairs. Froideur ? Assurément non. L’exubérance chez les danois est plutôt un sentiment intime. Et Marianne, en bonne native de Fionie, l’île proche de Seeland rappelle que « la nuit est à nous, les femmes, ne vous en mêlez pas ».

On quitte à regret cette demeure étrange et la balade s’achève par une visite chez le créateur d’un ensemble musical unique en son genre. Knud Wissum a consacré sa vie de musicien à préserver de l’oubli un vieux fonds de chants et de danses du Groenland. Peut-être, avait-il besoin, en prenant sa retraite de retrouver dans sa maison un décor de neige et de nuit au goût d’étoile fraîche pour écouter ces mélodies, inspirées des vieux mythes eskimos.

Tôt dans la matinée, Marianne propose de visiter l’école publique de Virum, où elle a enseigné les cours de cuisine. «Je vous donne les recettes, vous préparez les repas », suggère Marianne à un groupe d’adolescents de 15/16 ans. Beaucoup d’applications pratiques dans cet établissement, étendues aux soins dentaires et même à un étonnant atelier de couture où l’on retrouve des garçons pas du tout dépaysés.

« Il faut donner du temps aux enfants. Temps de jouer, de rêvasser, de s’épanouir. Le temps de vivre son enfance avant de devenir adulte » tient à préciser le jeune professeur de français, une autre Marianne.

La vision des petits français, le cartable lourdement chargé à la rentrée des classes ferait frémir tout parent danois. C’est vrai qu’ici, l’écolier peut se sentir gâté, bénéficiant d’un mobilier confortable,de plantes vertes, d’un terrain de jeux, d’équipements de sport, d’une salle de théâtre, d’une piscine, d’ateliers de photographie, de sculpture…
54% des jeunes danois choisissent la filière des écoles professionnelles. Et un danois sur trois ira aux cours du soir, car ce peuple dîne tôt et consacre de longues soirées aux activités culturelles

Avant de quitter Virum, rencontre avec Elizabeth Siemen. Bien sûr elle est blonde, grande, les yeux clairs et un sourire franc. Mais cette femme avenante de 47 ans, habillée en cuir tendance est surtout « le curé » de la paroisse. Elle revient d’un long séminaire dans une ville du Schleswig Holstein, où des théologiens comme elle ont conversé sur Shakespeare et René Girard

L’église au Danemark ouvre un horizon nouveau face aux églises en France glaciales et peu remplies. Avec Elizabeth, dans la chambre verte fraîchement repeinte du presbytère on cesse de parler de morale privée pour s’occuper de questions sociales et de s’impliquer davantage.

Les enquêtes au sein de l’église danoise indiquent que 85% des fidèles ne voient pas d’objection à la perspective de femmes évêques. Quiconque lit l’histoire de l’église ne peut pas ne pas être impressionné par l’apostolat des femmes chrétiennes tout au long des siècles.

Pourquoi l’Histoire s’arrêterait-elle ?

Thierry Quintrie Lamothe
Auteur / reportages

 

Image: 

Ecole publique de Virum

Glyptothèque à Copenhague

Louisiana (Musée d'Art Contemporain)

La dernière tout en bas : Marianne et son amie Gunhild

28 novembre 2016

La révolution permanente de Moustaki

Georges Moustaki - Sans la nommer

https://youtu.be/fgKEXKwpx0g

 
Je voudrais sans la nommer
Vous parler d'elle
Comme d'une bien aimée,
D'une infidèle,
Une fille bien vivante
Qui se réveille
À des lendemains qui chantent
Sous le soleil.
 
C'est elle que l'on matraque,
Que l'on poursuit, que l'on traque,
C'est elle qui se soulève,
Qui souffre et se met en grève.
C'est elle qu'on emprisonne,
Qu'on trahit, qu'on abandonne,
Qui nous donne envie de vivre,
Qui donne envie de la suivre
Jusqu'au bout, jusqu'au bout.
 
Je voudrais sans la nommer
Lui rendre hommage :
Jolie fleur du mois de mai
Ou fruit sauvage,
Une plante bien plantée
Sur ses deux jambes
Et qui traîne en liberté
Où bon lui semble.
 
Je voudrais sans la nommer
Vous parler d'elle :
Bien-aimée ou mal-aimée,
Elle est fidèle ;
Et si vous voulez
Que je vous la présente,
On l'appelle Révolution permanente
28 novembre 2016

La démocratie selon Revel

"La démocratie n'est pas absence d'inconvénients, elle n'est que le plus petit d'entre eux; elle n'est pas la perfection, elle n'est que la plus accessible perfectibilité. Et surtout, il faut rappeler (...) que la démocratie n'est pas totalitaire - pour user d'un nécessaire truisme - en ce sens qu'elle n'est pas un système du tout ou rien. Elle est le système du quelque chose ou même du tout petit peu, ce peu qui est toujours mieux que rien." (In Le regain démocratique) 

Image: 
25 novembre 2016

Violant, alias João Mauricio, Apocalypse 16.3, Portugal.

Le mur que j’ai titré Apocalypse 16.3 présente avec « La Chute d’Adam » des similitudes. D’abord, la dimension (c’est toute une face d’un bâtiment de deux étages qui a été peinte),  le lieu (les bâtiments qui jouxtent le bâtiment peint par l’artiste semblent être d’anciens locaux artisanaux ou industriels abandonnés), le titre (Violant a explicitement nommé la fresque que j’ai présentée dans le post précédent « La Chute d’Adam », orientant ainsi les lectures). Ici,  João Mauricio a peint à droite et en bas AP 16.3, renvoyant le spectateur connaissant la Bible au livre de l’Apocalypse et à un passage précis du Livre. Sa fresque est présentée comme une illustration du texte sacré, le thème quoique différent renvoie à la Bible.

Dans un premier temps, essayons à grands traits de décrire l’œuvre. Sa composition est régie par des formes géométriques simples. Un grand triangle équilatéral constitue le centre et le cœur thématique de la fresque. Nous y retrouvons les traits qui la caractérisent : les poissons morts flottant sur le côté ou sur le dos dans une eau rouge. Dans les deux angles supérieurs, dans deux triangles rectangles,  flottent des poissons semblables et les ombres d’arbres dénudés. La perspective est rendue par deux moyens graphiques : les poissons du premier plan sont plus gros et ceux du second plan plus nombreux et beaucoup plus petits ;  le reflet des arbres suit le même principe (les reflets des plus proches sont plus grands, les plus éloignés plus petits). Le reflet du ciel, blanc, renforce la profondeur (le blanc est plus intense au second plan) ;  il s’estompe progressivement se colorant de rouge. Ce reflet blafard du ciel est compris dans un triangle équilatéral plus petit que le grand triangle central dont une «pointe » serait en bas. Le bas de l’œuvre est formé par deux triangles rectangles représentant les formes géométriques tracées par le sol craquelé d’une eau peu profonde (cette profondeur est marquée par le premier poisson à partir du bas dont on voit en partie le corps sous la surface de l’eau). Somme toute, la scène, des poissons morts flottent à la surface de l’eau d’une rivière, nous est devenue banale par la photographie. Par contre, la couleur rouge interroge celui qui regarde l’œuvre.

Trouver la signification de la fresque parait, à première analyse, simple : il suffit de lire le passage de la Bible dont le mur peint est l’illustration. « Le deuxième ange versa son verre dans la mer et le contenu devint du sang, comme l’est celui des morts et mourut tout ce qui vivait dans la mer » (traduction de l’espagnol par l’auteur). Certes, le mystère de l’eau qui devient du sang associé à la mort des poissons trouve une traduction dans la fresque. Manquent des items déterminants : l’ange, le verre (la coupe), la mer. Dans une interview,  Violant propose une autre piste : «  Ceci est un travail qui est basé sur un souvenir d'enfance: il y avait une rivière qui traverse mon vieux village. Cela coulait le long d'une zone industrielle, ce qui a fait que l'eau était constamment polluée. La rivière était donc colorée dans des couleurs différentes; en bleu, en violet et en  rouge. Les animaux qui vivaient là autrefois étaient morts. »

Le souvenir d’enfance de João Mauricio apporte d’autres éléments qui s’ajoutent aux premiers : une petite rivière (et non la mer), bordée d’arbres, une eau polluée de couleur rouge.Le rapprochement de ces deux références, l’une biblique, l’autre de l’ordre du souvenir d’enfance, nous amène à une lecture quelque peu mystique : le verset de l’Apocalypse est une prophétie qui s’est réalisée de nos jours et nous en sommes les témoins (comme Violant posant de dos devant sa fresque et la regardant).

La scène est d’une grande violence visuelle : des dizaines de poissons morts flottent dans de l’eau colorée de leur sang. Le spectacle de la mort des êtres et des animaux et celui du sang agressent la sensibilité du spectateur. J’ai interrogé Violant voilà plusieurs mois pour savoir quel était son rapport à la violence des images. Sa réponse éclaire l’interprétation de sa fresque :

« Je ne crois pas que l'art doit être violent. Mais je veux dire avec force que les fresques contemporaines et le street art ne devraient pas se voir poser des limites  par l'opinion publique ou les idées communes concernant l’esthétique. Mon travail émerge de la prise de conscience que le monde est plein d’erreurs qui ne doivent être ni oubliés ni pardonnés. Je crois que les gens devraient voir ce qui est mauvais pour eux  plutôt que de jeter sur ces errements un voile pour les cacher aux regards. Je pense que cette démarche qui consiste à montrer ce qui ne va pas peut être confondu avec de la violence, ou peut-être cela  est-il nécessaire pour réveiller les consciences. » (Traduction de l’anglais par l’auteur).

« Réveiller les consciences » est certainement une autre façon de dire,  prendre une place dans le débat public, exprimer une opinion pour faire en sorte que les Hommes changent. La fresque de l’Apocalypse est une œuvre dont l’objectif est de provoquer une catharsis, une « prise de conscience », pour agir. Dire que cette œuvre est écologique serait, à mon sens en réduire la portée. L’Apocalypse selon Violant est déjà là. L’artiste nous invite à nous engager dans l’action pour que les prophéties ne se réalisent pas. 

 

 

 

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25 novembre 2016

João Mauricio, alias Violant, muraliste, « La chute d’Adam », Ferrão Ferro, Setúbal, Portugal.

Mc Luhan, théoricien des médias, prophétisait le développement du « village global ».Certes le monde n’est pas encore un village mais l’Internet,  dès aujourd’hui,  facilite la communication : communication des informations, des idées, des images. Les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Tumblr nous font connaître via des groupes spécialisés des œuvres de street artists du monde entier. C’est par hasard, en « surfant » sur le Net, que j’ai découvert le travail de João Mauricio, alias Violant.

J’aimerais vous faire découvrir, en guise d’introduction à son œuvre, deux de ses fresques. La première qui sera l’objet de mon billet a été titrée par l’artiste « La chute d’Adam ».

 Ce n’est pas, à ma connaissance, une œuvre de commande. Violant, le plus souvent, sollicite l’autorisation du propriétaire des murs qu’il peint. Il peint des « murs aveugles », des pignons, des « murs en déshérence », des ruines, des locaux industriels abandonnés. Les lieux semblent choisis en fonction des murs et non en fonction des spectateurs potentiels des œuvres. Certains endroits sont en pleine campagne, d’autres dans des zones industrielles en friche. Assez bizarrement, les murs de Violant ne sont pas destinés à être vus par un public d’aficionados. Jamais dans un spot réputé, bien rarement dans un village ou une ville. Ce qui reste de ses œuvres sont les photographies et les vidéos montrant le « making-of ». Ce trait distingue Violant des autres artistes de street art. Notons que l’expression « mural art » serait plus appropriée par évoquer son travail. L’expression anglo-saxonne convient mieux que sa traduction en français, « muralisme », qui renvoie à une forme décorative qui n’est pas dérivée du street art. Le « mural art » a plus de différences que de ressemblances avec l’art traditionnel de la fresque et des murs peints.  

La première observation quand on regarde cette fresque est sa dimension. Toute une face d’un bâtiment a été peinte. En prenant comme étalon de mesure la taille de Violant présent à droite de l’œuvre, l’œuvre mesure environ 16 mètres sur 7, soit approximativement une surface de 115 m2. João ne dispose pas de moyens techniques pour peindre en hauteur (échafaudages, ou d’ « élévateurs verticaux multidirectionnels »). Il fixe des pinceaux et des rouleaux au bout de longues perches et peint de cette manière, seul. Alors cela prend du temps. Souvent plusieurs jours.

La seconde observation est la cohérence chromatique. Si les ocres, les verts et les bleus dominent la palette, les teintes vives ont été, du moins en partie, atténuées. A part l’exception de la couronne qui associe des jaunes lumineux et du blanc, des marron et du noir, les autres couleurs sont moins « chaudes ». Je pense au rouge de la pomme qui vu son importance thématique aurait pu être clinquant, aux fleurs rose et bleues, au vert du serpent.

En fait, bien que la plupart des couleurs soient « pondérées » (un photographe parlerait de « température de couleur »), le fond bleu et vert représentant des champignons, des troncs d’arbres et le ciel s’oppose au premier plan où dominent les couleurs plus claires et plus chaudes. C’est cette différence de tons qui donne à la fresque sa profondeur et renforce sa perspective.

Le traitement du mythe de la chute d’Adam est intéressant parce qu’ambigu. Certes,  nous retrouvons les éléments tirés des Ecritures, le personnage d’Adam, le serpent, la pomme. L’iconographie associe, autant que j’ai pu en juger, Eve, puisque que le couple « fondateur » est un homme et une femme. Nous voyons une statue antique brisée, un pouvoir symbolisé par une couronne de roi, roulant sur le sol. D’autres détails associent l’image d’un Adam renversé à la Méduse de la mythologie. Thésée décapite la Méduse, sa tête repose sur un tapis de fleurs, ses cheveux sont des serpents, des serpents pétrifiés comme le visage et la main. Par ailleurs, la Bible dit qu’Adam et Eve ont été chassés du paradis terrestre. Je crois me souvenir que le terme « chute » n’est pas utilisé. La fresque montre une chute et l’endroit composé d’arbres sombres, de champignons, de végétaux évoque bien davantage un sous-bois humide que le Paradis. Chassé par Dieu du Paradis, Adam n’est pas « brisé » ;  son corps est d’« une pièce ». Il est condamné à errer  dans « cette vallée de larmes » et à se racheter. Mauricio disloque le visage d’Adam ; son nez est cassé, son oreille également, son menton a disparu, par une ouverture du crâne pénètre le serpent,  symbole de Satan. L’artiste a centré la scène sur la « décapitation » mais les yeux et la main gardent la trace de l’humanité de la statue.

Dans cette scène, un personnage est hors-champ : il s’agit du personnage qui est regardé par Adam avec effroi. Ce détail est singulier. En effet, les statues antiques, grecques et romaines, souvent n’avaient pas d’yeux. Les paupières étaient sculptées mais elles s’ouvraient sur des globes « morts ». Parfois, l’iris était représenté, voire souligné par une inclusion,  mais le « regard » ne traduisait pas la terreur de la manière utilisée ici par Violant (les yeux sont « exorbités », plissement des rides du front, forme de la bouche etc.) Quel est le personnage absent ? Est-ce celui qui a provoqué la chute ? Dieu ?

Les sujets d’autres murs peints par Violant évoquent la mythologie (je pense à la fresque représentant Cerbère, le chien à trois têtes qui garde les enfers), les références bibliques sont plus souterraines. Mauricio s’empare d’un thème classique de la peinture religieuse et le mythe chrétien s’ajoute à la mythologie la plus archaïque pour nous donner à voir sa vision de la condition humaine. Elle est profondément pessimiste et son univers mental semble dominé par la terreur.

Image: 
23 novembre 2016

Des Objectifs du Millénaire à ceux du Développement Durable

Il y a 15 ans à l’aube du XXIème siècle, un sommet mondial des chefs d’États s’engageait pour les Objectifs de Développement pour le Millénaire (O.D.M). Tous reconnaissaient que le fossé entre les pays riches et les pays pauvres, loin de s’être rétréci, s’était aggravé notamment parce que les promesses d’aide au développement n’avaient pas été tenues.

Tente ans plus tôt, les Etats développés s’étaient engagés à consacrer 1% de leur  Produit National Brut (P.N.B) pour combler l’écart et combattre l’extrême pauvreté. Ceux qui remplirent cet engagement sont l’exception (La Hollande, la Norvège.).

Alertée par les dégradations que constituent les ravages des maladies, la misère criante d’une part croissante des populations du Sud et du statut de la femme, la récession sociale dans un grand nombre de pays victimes de régime fort peu démocratique et la dégradation des biens communs de l’humanité et de l’environnement, l’Organisation des Nations Unies (O.N.U.)  se lança dans un remarquable défi. Durant la dernière décennie du XXème siècle, l’O.N.U réunit avec succès 6 sommets en charge d’identifier les grands  obstacles planétaires au développement. Citons ces sommets,

  • Rio 1992 : l’environnement ;
  • Vienne 1993 : les droits de l’Homme ;
  • Le Caire 19993 : la population ;
  • Pékin 1995 les femmes ;
  • Copenhague 1995 : l économique et le social ;
  • Istanbul 1996 : l’habitat

Les conclusions des sommets conduiront  les experts de l’ONU à faire deux propositions.  

 La première consistait à fixer 8 objectifs pour le Millénium :

1) Réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim.

2) Assurer l’éducation primaire pour tous, en particulier les filles.

3) Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.

4) Réduire la mortalité infantile.

5) Améliorer la santé maternelle.

6) Combattre le VIH/Sida et le paludisme.

7) Assurer à tous un environnement durable et l’accès à l’eau potable.

8) Etablir un partenariat mondial pour le développement

La seconde proposition visait à définir la hauteur des engagements financiers  à mobiliser, soit 60 milliards de dollars annuellement et les délais à fixer pour la réalisation de ces objectifs (15 ans). Les chefs d’États unanimes se sont alors engagés sur ce programme, promettant qu’au plus tard en 2015 ils auraient atteint l’objectif consistant à consacrer O, 7% de leur Produit National net à l’aide au développement.

En septembre 2015, les chefs d’États  se sont donc réunis  en Assemblée à New York aux Nations Unies. Mais comment évaluer sérieusement les progrès ou manquements de la communauté internationale alors qu’entretemps trois grands évènements (des statistiques défaillantes, la crise financière, les BRICS) se sont produits et qu’un autre risque de se produire : le TTIP (accord transatlantique de commerce et d’investissement, actuellement négocié entre les Etats-Unis et l’Union Européenne).

Je ne reviendrai pas sur la crise alimentaire (2007- 2008) ni sur la crise climatique dont les effets désastreux furent remarquablement documentés par le G IEC dès 2007 car cela me conduirait à de voir aborder les conséquences de ces crises sur les mouvements migratoires autres échecs des ODM.

Le premier évènement pose question. Les statistiques qui servent à évaluer la situation prêtent à de sérieuses critiques. C’est  ainsi que l’on sait aujourd’hui que dans de nombreux pays, en particulier les plus pauvres, 1 enfant sur 3 n’est pas enregistré à l’état civil. De même, il y a régulièrement surestimation et sous-estimation de certaines statistiques qui ont pour effet de faire entrer ou sortir des centaines de millions d’individus de l’extrême pauvreté.

Exemple: en 1990, on dépassait largement le seuil de 1 milliard deux cent millions de victimes de l’extrême pauvreté  et de la faim dans les statistiques de l’O.N.U. Entretemps, l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (F.A.O) a modifié son mode de calcul des populations victimes de la faim, particulièrement en Inde, au Bangladesh et au Nigéria. Conclusions, les victimes seraient moins de 800.000.000 ces dernières années !

Le deuxième évènement témoigne du cynisme des pays riches qui connurent la méga crise financière des années 2008/2009. En moins de six mois, les Européens et Étatsuniens ont été en mesure de mobiliser plus de 4.000 milliards de dollars pour secourir les banques au bord du gouffre. Les mêmes qui s’étaient engagés en 2000 à consacrer 60 milliards annuellement aux objectifs du Millénaire soit sur 15 ans : 900 milliards de dollars. Non seulement ce montant n’a pas été réuni, pire, la plupart  des pays riches ont réduit leur aide,  en particulier leur aide aux Pays les Moins Avancés (P.M.A). Ne nous étonnons donc pas que les objectifs soient loin d’être atteints.

Le troisième, l’émergence des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) et les succès rencontrés par plusieurs Etats du sud qui ont amélioré objectivement leurs performances sociales et vu s’améliorer leurs indices de développement humain.

Les performances les plus remarquables sont réalisées par les pays d’Asie Centrale qui ont objectivement réussi à sortir plus d’un demi-milliard d’habitants de l’extrême pauvreté. De même, les institutions spécialisées reconnaissent que les États qui ont renforcé leur maîtrise sur la gestion  et les services publics ont atteint de meilleurs résultats  en termes de réalisations des ODM, notamment en Amérique du Sud.

A l’inverse, sur le continent africain des années 2000, continent très privilégié par l’Aide Publique au Développement (A.P.D), la moitié de la population vit toujours sous le seuil de la pauvreté.

Une autre contre performance, les objectifs 2 et 3. S’il est vrai que ces dernières années un plus grand nombre de petites filles ont été inscrites dans les écoles primaires des pays du sud, dans les faits, elles dépassent rarement le seuil de la 3ème année primaire, moment où elles retournent dans leur famille, voire sont réservées pour le mariage !

L’échec le plus cuisant est l’objectif 7 : » Les émissions de gaz à effet de serre » ont explosé de plus de 50% en 15 ans. Le nombre de gens sur terre vivant dans des bidonvilles et des sans-logis a, lui aussi, explosé. Si la Chine a connu un taux de croissance  impressionnant, c’est en utilisant des moyens contraires au développement durable. La population de Pékin est asphyxiée. Une pomme française sera exposée à 9 pesticides différents avant d’arriver sur la table du consommateur. Les agriculteurs eux-mêmes s’inquiètent de l’usage excessif des produits phytosanitaires et des conséquences pour leur santé (cancers et maladie de Parkinson e.a.) tant pour eux-mêmes que pour leurs voisins et les consommateurs.

Que va-t-il se passer ?

Il est une fois de plus démontré que l’Aide au développement est comme le dénonçait déjà il y’a 50 ans René Dumont ’’un emplâtre sur une jambe de bois’’. Les pays du Nord  eux-mêmes ont semble-t-il ouvertement abandonné toute ambition en ramenant leur aide au niveau où elle s’élevait en 1990 soit une moyenne de 0,33% du P.N.B. En outre, la plupart d’entre eux, comme l’Union Européenne (U.E), favorise de plus en plus les interventions humanitaires et l’urgence plutôt que l’aide à moyen et long terme.

Pour trouver une sortie honorable, les grandes agences internationales ont alors abandonné la logique de l’A.P.D pour favoriser une logique mondialiste formulée en 17 objectifs visant cette fois le développement durable. Ces objectifs ont été eux-mêmes déclinés en 167 propositions. On peut dès à présent se poser la question : comment les pays les plus pauvres pourront s’approprier un tel projet ?

Du passé faisons table rase

Les éminents experts ont donc décidé que le modèle mis en place il y a 15 ans ne fonctionne pas : aggravation des inégalités et usage excessif des éléments essentiels à la survie de notre planète et du vivant. Et donc, pour changer de cap au cours des 15 prochaines années, ces  experts proposèrent deux axes de négociations : Le premier concerne le développement durable, le second traite du financement du développement. Ils présentèrent ensemble un agenda d’Objectifs communs pour le Développement Durable (O.D.D.) au cours du sommet de l’ONU à New York du 25 au 27 septembre 2015.

La grande nouveauté consiste à définir qu’il ne s’agit pas seulement de prendre en considération les pays en voie de développement (ceux du sud) mais tous les pays car aucun à ce jour ne s’est développé de façon durable. L’aide serait là pour corriger les grandes inégalités dont sont victimes les plus pauvres et curieusement pour leur permettre d’entrer dans l’économie de marché. En clair, cela signifie : sans remettre en question les politiques économiques et commerciales qui ont pourtant démontré à suffisance leur incapacité à permettre à ces populations de sortir de la pauvreté.

Autre contradiction : l’ONU, censée réunir les Etats et promouvoir les droits humains individuels et collectifs, a tendance à souscrire aujourd’hui à une vision de partenariat multiple qui fait la part belle aux bailleurs de fonds privés. Que je sache, ce sont bien eux principalement qui aujourd’hui comme hier ont contribué au pillage, à l‘épuisement des ressources et à l’accroissement des inégalités. Ils n’ont pas témoigné de grandes vertus ni en matière de développement équitable, ni de développement soutenable, et pourtant, c’est eux que l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki Moon appelait  à la rescousse en vue de la troisième conférence sur le financement du développement qui s’est tenue à Addis-Abeba en juillet 2015.

Aujourd’hui, faute d’une règlementation internationale cohérente, des sommes d’argent colossales circulent dans le monde sans la moindre contribution au trésor public des Etats.  Les propositions visant à adopter la taxe Tobin- Spam permettant de mieux contrôler ces flux ont été rangées aux oubliettes.  Les experts et les gouvernements du nord restent  particulièrement silencieux sur cet aspect essentiel des déséquilibres de l’économie mondiale, dû à la spéculation et aux flux financiers trop souvent illicites.

 Autre point noir,  la surconsommation, les inégalités en termes d’empreinte écologique, des modes de production et de consommation absolument non soutenables qui surexploitent les ressources naturelles, dégradent les écosystèmes et réchauffent la planète devraient  être découragés par des mesures dissuasives, les pays qui développent des modes de consommation et de production durable devraient eux être encouragés. Cela vous paraitra normal mais nécessite un accord international pour concevoir des indicateurs nouveaux ainsi que des sanctions et des mesures d’incitation. Elles tardent à venir !

Avant d’encourager le secteur privé, les multinationales et les bailleurs de fonds privés à s’ériger en acteur du développement durable, il est indispensable de définir plus précisément les indicateurs qui permettront de mesurer la qualité de leurs contributions. Quels sont les agents en charge d’effectuer ces mesures et quelles sont les sanctions en cas de non-respect des normes du développement durable, particulièrement dans les pays les plus désorganisés, où l’espace politique et public est faible ? De même, dans ce contexte, quel sera le rôle de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), en vue de promouvoir des règles universelles pour un travail décent ? De quels moyens disposeront les Etats pour assurer la protection des droits sociaux, des biens publics et de leurs ressources lorsqu’ils seront confrontés à des superpuissances économiques comme c’est déjà le cas aujourd’hui ?

Si l’ONU reste le lieu des négociations multilatérales, elle se voit marginalisée au profit du Fond Monétaire International (FMI), de la Banque Mondial (BM) et de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) lorsqu’il s’agit de la mise en œuvre de ces accords. Pour ces organisations, la protection des droits humains, le développement durable, sont rarement au cœur de leurs préoccupations.

Faisant part d’un certain cynisme, on trouve même dans leurs publications les éléments permettant de prouver qu’en additionnant tous les flux financiers  allant vers le pays en développement, y compris l’Aide Publique au Développement  (APD), les pays pauvres  perdent en moyenne deux dollars pour chaque dollar gagné dans leurs relations avec le reste du monde.

En fait, il est urgent de rétablir une priorité du politique dans la gouvernance mondiale car comme le clame Noam Chomsky, le monde piloté par les riches va à sa perte car les puissants manipulent toujours  plus l’économie globale à leur avantage, s’attribuant sans scrupule les ressources qui auraient dû servir au bien-être commun de tous les humains.

Faute de cohérence des politiques, le risque est immense aujourd’hui de voir disparaitre de l’agenda international ce qui fut présenté au lendemain des décolonisations comme un devoir moral : l’aide au développement en tant qu’acte de solidarité, d’humanisme, fondé sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Rappelons-nous combien l’Amérique du Sud, l’Asie et l’Afrique plus particulièrement ces deux derniers siècles ont contribué à notre développement et à notre bien-être.

Aujourd’hui, l’Afrique est le continent où les peuples sont les plus démunis et privés de leurs abondantes ressources. Nombre d’entre eux tentent à haut risque de traverser la Méditerranée pour trouver chez nous quelques revenus.

Faute de revoir nos attitudes, nos modes de production et de consommation et de rebâtir une coopération sur de nouvelles bases éthiques, le jour viendra où ils nous demanderont des comptes : la justice et non plus l’aumône.

Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’avenir ?

Absolument pas et donc surtout pas de replis frileux sur des tentatives de vie alternatives entre quelques uns cherchant à se protéger du cataclysme du capitalisme sauvage. La double démarche à entreprendre est celle des résistances contre l’ultralibéralisme et  celle des innovations vers un nouveau modèle de « vivre ensemble » qui s’expérimentent au jour le jour. Ce partage est indispensable pour élaborer collectivement les nouvelles propositions et faire les choix pour notre vie commune et son avenir. C’est une nouvelle manière de faire de la politique, du local au global. Les Forums Sociaux Mondiaux sont à cet égard des lieux privilégiés de partage et d’échange.

Les nouvelles technologies offrent d’autres perspectives que l’abrutissement commercial ou le contrôle des citoyens. Elles nous permettent de réfléchir, de débattre et de travailler en réseau sur des bases communes acceptées, celles des droits de l’homme, celle du respect des grandes conventions en matière de droit humanitaire, celles du non recours à la force et bien sur celles de la protection de la nature notre patrimoine commun.

Des initiatives sont aujourd’hui engagées, deux exemples, la Bolivie et le Bhoutan. La Bolivie où l’indien Evo Morales et une majorité de la population s’oppose aux multinationales prédatrices et réorganisent la société avec pour objectif un bien être social mieux partagé. Le Bhoutan vit et proposera à la communauté internationale un nouvel indicateur  de progrès social : l’ « indice du bonheur national brut » des gens. Le gouvernement a décidé la sauvegarde des sols et de 60 % des forêts du pays. Ce pays, l’un des plus pauvres,  réussit à scolariser 95 % de ses enfants et à doubler l’espérance de vie de la population en deux générations, en résistant et refusant les normes de croissance imposées par le F.M.I. et la B.M.

Dans le monde entier, Via Campesina devient une référence pour les paysans qui partagent la même ambition de combattre la spoliation de leur terre et de l’eau et veulent produire pour nourrir décemment leurs familles et leurs communautés sans importations et sans usage d’engrais et de pesticides imposés par les multinationales.

Via Campesina se bat pour la désindustrialisation de l’agriculture afin qu’elle puisse remplir sa vocation à nourrir les populations via les marchés locaux et des chaînes plus courtes permettant aux petits paysan de commercialiser leurs produits et de pratiquer l’agro écologie permettant de mieux contrôler les cycles biologiques naturels. Les professeurs Olivier De Schutter et son prédécesseur Jean Ziegler, qui ont été rapporteurs spéciaux des Nations Unies pour le droit à l’alimentation ont remarquablement expliqué comment nous devons révolutionner nos pratiques agroalimentaires en vue de nourrir sainement et écologiquement 9 milliards d’humains à l’aube de l’an 2050.

Des coopératives, celles imaginées il y a déjà plus de deux siècles par le mouvement ouvrier et qui ont été promues au XXe siècle pour sortir du colonialisme par de nombreux collectifs dans le tiers monde particulièrement en Amérique latine, refont surface aux Etats-Unis, au Canada et en Europe. Dans les multiples secteurs de l’activité humaine, elles permettent aux gens de revenir à l’esprit du « co-opérateur » coresponsable de leurs initiatives économiques, sociales ou culturelles en respectant l’autre mais aussi son environnement.  Il ne s’agit pas de nostalgie mais d’alternatives crédibles indispensables au mode de production et de commercialisation dominant dont le seul indicateur est le profit.

Avec un minimum de bon sens, chacun peut aujourd’hui comprendre que la croissance économique,  celle qu’appellent de ses vœux les gouvernements européens  n’a plu de sens. Elle enrichit une minorité, n’est pas redistributive ni créatrice d’emplois décents. Elle est énergivore, destructrice des biens collectifs de l’humanité : l’air, l’eau, les forêts, les sols et sous-sols. Il nous faut donc combattre ces prédateurs de l’humanité, comme les paysans combattirent l’ancien régime des seigneurs de la terre et les latifundiaires.  Aujourd’hui, l’ancien régime ce sont Nestlé, Monsanto, Coca-Cola, la Lyonnaise des Eaux mais aussi les banques comme Barclays, J.P. Morgan Chase ou Goldman Sachs et leurs commanditaires des hedge funds. Ils sont les ennemis de l’humanité. Les tribunaux, ceux de la justice des hommes, les condamneront bientôt pour crimes contre l’humanité pour l’ensemble de leurs manquements à l’encontre des droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux des peuples de la planète.

Au nom des droits humains dans leurs nouvelles acceptations pour la sauvegarde des générations du futur il nous appartient de délégitimer ceux qui ont accaparé la richesse, notre bien commun. Il faut donc ouvrir d’urgence le chantier qui permettra la déconstruction de ce modèle de mondialisation qui spolie trop d’humain et leur environnement depuis 40 ans.

Déconstruction ne veut pas dire nécessairement démolir ou détruire. Notre civilisation a été faite d’apports successifs de générations qui ont puisé dans leurs ressources, leurs mémoires, leurs savoir-faire, leurs ressentis les éléments donnant sens à leur existence. C’est ainsi que progresse l’humanité. Il s’agit d’un nouveau contrat social qui permettra de reconstruire un monde plus juste associant des citoyens libres et solidaires.

Serons-nous en mesure d’adapter nos actes et nos projets à une telle conception du progrès de l’humanité ?

Personne n’accepterait la destruction de la cathédrale de Chartres ou du Parthénon sous prétexte que l’on y trouve du pétrole dans son sous-sol. Pourquoi alors acceptons-nous aujourd’hui que l’on détruise les forêts équatoriales et amazoniennes pour le profit de quelques multinationales ?

 

23 novembre 2016

Les peuples reprennent le pouvoir de voter

Mercredi 16 novembre

 Comment interpréter certaines informations ? Non pas celles que distillent les journaux dits « à sensation » et dont il faut s’attendre à de l’esbroufe, mais celles des quotidiens réputés les plus sérieux et, partant, qui sont citées en références. Hier, Le Figaro titrait à la une : "L’élection de Trump déconcerte les marchés financiers" ; tandis que le développement, dans les pages saumon, était présenté : "Pourquoi Donald Trump séduit les marchés".  Comment le lecteur évalue-t-il le lien ? Dans quelle préparation mentale est-il pour aborder, à l’intérieur du journal, l’article annoncé dès qu’il tient celui-ci en mains ? L’encre a déjà tellement coulé depuis l’élection de Trump que cette étrange pirouette n’a pas beaucoup d’importance. La confusion des genres, la manipulation par les titres, sont actuellement davantage pratiquées à propos de l’élection présidentielle qui se prépare en France. Voilà déjà quelques mois que l’on sent Le Figaro en campagne. Ses titres spécieux et ambigus ne cessent de viser François Hollande. Le mensonge n’est jamais très éloigné de l’artifice. Dans quelques jours, le candidat de la droite et du centre sera connu. Il sera opportun, alors, de poursuivre l’analyse.

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 En voyant Emmanuel Macron annoncer enfin sa candidature à l’élection présidentielle, on pense au Général de Gaulle qui disait de Giscard d’Estaing : « Son problème, c’est le peuple». Mais il est vrai que Giscard parvint à conquérir la charge suprême. Donc de deux choses l’une : ou bien Macron réussit son pari et on sera vraiment au bout d’un cycle dans la pratique de la démocratie politique ; ou bien il n’est qu’une étincelle qui n’aura embrasé que le microcosme. Reste une troisième hypothèse, la moins commentée, que seul un homme comme Alain Juppé semble ne pas exclure : Emmanuel Macron est le poisson-pilote de François Hollande.

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 Droite / Gauche : « Le cas le plus intéressant est celui des Verts. Sont-ils de droite ou de gauche ? Si l’on tient compte des critères adoptés habituellement pour justifier cette distinction, il semble qu’ils puissent être considérés parfois de droite et parfois de gauche, ou alors ni de droite ni de gauche. Pour utiliser un mot qui est devenu un lieu commun du langage politique, quitte à lui donner un sens malicieusement péjoratif, les Verts pourraient être qualifiés de mouvement ‘transversal’, au sens qu’ils traversent les camps ennemis en effectuant indifféremment des aller et retour de l’un à l’autre, montrant ainsi dans les faits qu’il existe une troisième manière de mettre la dyade en crise : au lieu de se maintenir au milieu (le centre) ou d’aller au-delà (« la synthèse »), il est possible de se mouvoir ‘à travers’ elle. C’est une façon de faire qui aboutit à une atténuation ou à une évacuation de la dyade, plutôt qu’à un refus ou un dépassement. » (Norberto Bobbio)

Jeudi 17 novembre

 Barack Obama, encore président des États-Unis pour un peu plus de deux mois, s’est lancé dans sa tournée d’adieux en Europe. Au programme : la Grèce et Berlin. Le globe trotter répète à l’envi que l’Union européenne n’a rien à craindre de son successeur, que les relations entre l’Europe et les États-Unis seront toujours amicales, etc. Qu’en sait-il au juste ? Et pourquoi se transforme-t-il en porte-parole d’un président qu’il ne voulait pas ? Parce que le vassal reste important pour le suzerain ; et même si le nouveau suzerain n’arbore pas le blason de son prédécesseur, le vassal doit rester vassal.

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 Lorsque la droite et le centre décidèrent d’organiser une primaire pour désigner le candidat qui les représenterait à l’élection présidentielle, on s’attendait à ce que les prétendants s’étripent. Si les déclarations dans les médias et surtout les envolées aux tribunes surchauffées laissaient parfois échapper quelques flèches venimeuses, lors des débats télévisés, les échanges restaient tellement courtois que l’exercice devenait morne, d’autant plus morne que bien peu de différences peuvent être perçues entre les programmes et les engagements de chacun. Ce fut particulièrement le cas ce soir sur France 2 pour l’ultime confrontation du premier tour ; et quand, saisissant les vingt dernières minutes plus souples, sans questions spécifiques et interlocuteur désigné, David Pujadas tenta de faire éclore telle ou telle opposition entre l’un ou l’autre, il fut collectivement accusé de vouloir susciter de la politique-spectacle. En fait, ce sont surtout les journalistes qui fournirent une prestation discutable. En particulier Jean-Pierre Elkabbach, 79 ans, qui ferait mieux de prendre sa retraite : il est en train de jouer la présidentielle de trop. Cela dit, s’il fallait quand même souligner une prestation, ce serait de nouveau celle de François Fillon qui émergerait. Se faufilera-t-il entre Sarkozy et Juppé ? C’est pratiquement la seule question qui reste en suspens jusqu’à dimanche soir.

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 Droite / Gauche : « Le laxisme est-il de droite ou de gauche ? Le rigorisme est-il de droite ou de gauche ?

 De fait, il existe une gauche rigoriste et une droite laxiste et vice versa ; mais les deux dichotomies ne se superposent pas. Par rapport à ce croisement, le problème le plus embarrassant est celui de l’avortement. En général, le refus de l’avortement fait partie de programmes politiques de droite. La gauche est le plus souvent favorable à l’avortement. On m’a fait remarquer que cette attitude semble contraire à l’une des définitions les plus connues de la gauche, selon laquelle être de gauche signifie se placer du côté des plus faibles. Dans la relation entre la mère et l’enfant qui va naître, qui est le plus faible ? N’est-ce pas le second ? On fera valoir qu’il est sans doute le plus faible par rapport à la mère, mais que la femme est plus faible que l’homme qui l’a contrainte, au moins dans la grande majorité des cas, à rester enceinte. Ce n’est pas un hasard si les tendances favorables à l’avortement ont pris une énorme importance avec le développement des revendications des mouvements féministes, qui ont eux-mêmes été encouragés par les partis de gauche. » (Norberto Bobbio)

Vendredi 18 novembre

 Á peine désigné par Donald Trump, le nouveau patron du FBI remet déjà en cause l’accord sur le nucléaire iranien. Pendant ce temps, un riche propriétaire terrien d’Iran achète 350 vaches normandes à la France. On avait bien dit que l’élection de Trump serait une aubaine pour l’économie européenne…

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 Droite / Gauche : « La cause principale de la mise en question de la dyade classique est, sur les plans historique et politique, d’un tout autre ordre. Les deux termes d’une dyade se soutiennent l’un l’autre : là où il n’y a pas de droite, il n’y a plus de gauche, et vice versa. Autrement dit, il existe une droite pour autant qu’il existe une gauche, et il existe une gauche, pour autant qu’il existe une droite. En conséquence, il n’est pas nécessaire, pour retirer sa pertinence à la distinction, d’en démontrer, comme on l’a fait jusqu’ici, l’inopportunité (il est inutile de continuer à diviser l’univers politique sur la base d’idéologies opposées dès lors qu’elles ont disparu), l’incomplétude (il est insuffisant de diviser le champ politique en deux pôles une fois que l’on a constaté qu’il en existe un troisième – peu importe qu’il soit intermédiaire ou supérieur), l’anachronisme (des programmes, des problèmes, des mouvements, qui n’existaient pas quand la dyade est née et a joué utilement son rôle, ont fait leur entrée sur la scène politique) ; il suffit de révoquer l’un des deux termes en ne lui reconnaissant plus aucun droit à l’existence : si tout est de gauche, il n’y a plus de droite et, réciproquement, si tout est de droite, il n’y a plus de gauche. » (Norberto Bobbio)

Samedi 19 novembre

 L’ONU se déclare « horrifiée » par ce qui se passe à Alep. Mais c’est une antienne ancienne ça !...

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 Demain, le Journal du Dimanche publiera une liste d’une soixantaine de personnalités réclamant le « stop au Hollande bashing » parmi lesquelles Catherine Deneuve, Sylvie Testud, Gérard Darmon  Benjamin Biolay, Denis Podalydès, etc. La première phrase de leur prise de position est évidente : « Dès le départ, François Hollande a fait face à un incroyable procès en illégitimité. » C’est tout à fait vrai ; tellement vrai que l’on peut regretter qu’il fallut si longtemps aux signataires pour le souligner. Mais il vaut mieux tard que jamais et leur position est d’autant plus courageuse que les sondages continuent à laisser le président au fond des pourcentages. Deux phrases plus loin, le constat devient net : « Il perdure encore aujourd’hui malgré la stature d’homme d’État que François Hollande a parfaitement incarnée, tant dans les crises internationales que lors des épouvantables tragédies que notre pays a traversées. » Et comme cela est vrai, tellement vrai aussi ! Mais comme le disent, le prétendent, le clament Alain Duhamel et Franz-Olivier Giesbert - qui ne sont pas les moindres des observateurs politiques - : Hollande n’est pas cuit.

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 Droite / Gauche : « Dans le couple antithétique droite-gauche, si l’on s’en tient au langage politique, la force respective des deux termes n’est pas une donnée constitutive, mais dépend des époques et des circonstances – contrairement au langage biologique, et par extension religieux et éthique, où l’élément positif est ‘droite’. » (Norberto Bobbio)

Dimanche 20 novembre

 La première chanson que John Lennon enregistra en solo après la dislocation du groupe des Beatles fut Give Peace a chance, une rengaine souvent reprise encore aujourd’hui dans certains rassemblements pacifistes. Elle fut enregistrée le 1er juin 1969 à Montréal. Aujourd’hui, Barack Obama s’en va de par le monde en répétant « Let Trump a chance ». C’est désormais clair : il ne veut pas apparaître dans l’Histoire comme celui qui prépara le déclin des Etats-Unis voire celui qui provoqua l’amorce de la troisième guerre mondiale. On avait déjà été très étonné de le constater très mobilisable pour soutenir Hillary Clinton en campagne. Qu’une déclaration, la présence dans un meeting de grande envergure surviennent, c’était dans l’ordre logique des choses ; mais qu’il se démène comme s’il faisait campagne pour lui-même, que sa femme Michèle embraye dans les derniers jours, cela laissait poindre un sentiment d’inquiétude, une crainte que l’on ne voulait pas entrevoir.

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 Le résultat du premier tour de la primaire de la droite révèle un grand gagnant, François Fillon, qui distancie tous ses adversaires, et un grand perdant, Nicolas Sarkozy dont la carrière politique devrait s’interrompre ce soir, même si ce type de prévision est toujours très inapproprié dans l’observation du  monde  politique. Ils étaient sept ; à côté des quatre perdants restants, il y en a encore beaucoup d’autres, ce sont les sondeurs. Et c’est un métier à risques qui commence à être déprécié. Le référendum sur le Brexit, l’élection présidentielle américaine et à présent la primaire de la droite. Trois échecs cuisants dans trois pays différents. Ce n’est donc pas la carence d’un institut de sondage mais bien une reprise en mains par le peuple de son pouvoir de voter qui est à souligner.

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 Droite / Gauche : « Quand la situation est telle que l’une des deux parties devient si prédominante qu’elle laisse à l’autre un espace trop petit pour qu’il puisse être encore tenu pour digne d’intérêt sur le plan politique, la négation de la dyade devient u expédient naturel destiné à occulter sa propre faiblesse. » (Norberto Bobbio)

Lundi 21 novembre

 C’est reparti comme en ’14 !... Sur toutes les antennes, les sondeurs expliquent le résultat d’hier ; certains d’entre eux réussissant même à démontrer, en quelques méandres verbaux, que finalement, ils avaient bien senti et anticipé le résultat mais qu’il était trop tard pour le révéler. D’autres avancent déjà les prévisions pour le résultat du second tour, comme s’ils restaient les gourous de la statistique électorale, indemnes, irrécusables, irréfragables. Deux paramètres demeurent pourtant essentiels quant à l’issue de la compétition : 1. Les programmes des deux candidats et leur confrontation en face à face dans le débat télévisé de jeudi (quand même…) Si Fillion a réussi un score si ample, c’est parce qu’il se montra le meilleur, le plus crédible dans les deux derniers débats télévisé. Celui qui vient devrait donc avoir toute son importance.  2. Les électeurs. Si 15 % d’entre eux sont allés dépenser 2 euros avec le seul but d’écarter Sarkozy, ceux-là ont donc voté Fillion mais leur but étant atteint, ils s’abstiendront d’aller encore dépenser 2 euros et faire la file dimanche prochain. L’arithmétique des intentions et de la mobilisation sera donc déterminante.

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 Droite / Gauche : « Il ne s’est pas écoulé beaucoup de temps depuis l’époque où il arrivait que l’on s’entende demander : ‘Mais… la droite existe-t-elle encore ?’ Après la chute des régimes communistes, on sent pointer tout aussi insidieusement la question inverse : ‘Mais… la gauche existe-t-elle encore ?’ » (Norberto Bobbio)

Mardi 22 novembre

 Du côté de François Fillon, des anciens du FN qui se rallient pour faire barrage à Marine Le Pen qu’ils n’apprécient guère. Du côté d’Alain Juppé, trois sourires de femmes : celui d’Isabelle Juppé, celui de Nathalie Kosciusko-Morizet,  et celui de Valérie Pécresse. Devinez où souffle la modernité…

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 Droite / Gauche : « Naturellement, soutenir qu’il y a beaucoup de gauches revient à confirmer la thèse traditionnelle selon laquelle il doit exister un critère pour distinguer la gauche de la droite. » (Norberto Bobbio)

 

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