semaine 42

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean Rebuffat
Les tables de l'ogre par Jean Rebuffat

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28 octobre 2016

Balade lyonnaise

Si Lyon évoque pour vous le paysage autoroutier de bord de fleuve qui suit les embouteillages du tunnel sous Fourvière, passez votre chemin. Si Lyon rime avec bouchon, ce n'est pas qu'à cause de la circulation automobile, mais grâce à ses tables de bistrot. En capitale des Gaules, on mange bien. Je fréquente les lieux assidûment depuis quelques années et j'entame bien volontiers ce nouveau blog par trois déjeuners lyonnais de ces derniers jours.

Commençons par la brasserie Georges, plus vieille que la gare de Perrache à côté de laquelle elle trône, puisque cette année, elle fête ses 180 ans. Une salle énorme (420 couverts) comme la choucroute qu'on y sert et que je me permets de vous recommander chaudement. Elle se décline sous plusieurs dénominations mais pas de mesquinerie: prenez l'impériale, à 22€70. Vous n'aurez plus faim, en principe, ou alors juste pour une petite portion de morbier superbement affiné (7€, de mémoire). Il y a bien d'autres plats, lyonnais ou autres; une tête de veau pas assez copieuse à mon goût dévorant, mais également des quenelles de brochet, une andouillette ou tant d'autres choses que vous y retournerez bien volontiers, craquant alors comme de vieux habitués pour les plats du jour à 16€70. Et question vin? C'est une brasserie, il y a de la bière, évidemment, et pas n'importe laquelle, une bière brassée sur place. Mais bon, si la bière va bien avec la choucroute, je préfère en général le vin et pour 11€, le pot lyonnais est parfait (un chenas qui me rappelle cette bonne vieille blague: quels sont les trois fleuves qui coulent à Lyon? Réponse: la Saône, le Rhône et le Beaujolais).

Nous allons rester dans les institutions en allant ensuite chez Abel, mais attention! pas le comptoir Abel, endroit hautement recommandable, le bistrot Abel qui s'est ouvert voici quelques mois et qui, dans un ravissant décor qui manque encore un peu de patine. C'est que là, il y a un peu plus de place(s) et que vos chances d'y déjeuner croissent d'autant. Sous la houlette du chef Fernando De Almeida (Lyon est une ville cosmopolite), vous y mangerez, à des prix qui ne s'affoleront jamais et qui ne vous feront pas dépasser de beaucoup la trentaine d'euros par convive, tout compris, des œufs en meurette, des quenelles de brochet, des cuisses de grenouille, d'excellents pâtés, etc., etc. Mention très bien pour le moëlleux au chocolat qui était le dessert du jour lors de mon passage: moi qui ne raffole pas des desserts et qui suis plutôt fromage, il était parfait et parfaitement chaud à cœur (la cuisine lyonnaise donne d'ailleurs souvent chaud au cœur).

Et nous terminerons en beauté avec le comptoir Brunet, une autre institution dont le patron, Gilles Maysonnave, qui fréquente toujours les lieux et qui était venu saluer les joyeux convives qui m'accompagnaient, a remis récemment l'affaire entre de bonnes mains. L'endroit est resté dans son jus et les plats, aussi. N'hésitez pas à choisir le tablier de sapeur, à condition d'aimer la tripaille, mais vous l'aimez, non? Sans ça, que feriez-vous à Lyon? Bon, alors essayez les béatilles, vous m'en direz des nouvelles. Ce que c'est? Crêtes, rognons, cœurs et gésiers de coq. Autre chose? L'andouillette? Comment, vous n'aimez pas ça non plus? Essayez la tête de veau (oh pardon), le saucisson chaud ou l'omble chevalier. Et ensuite, une cervelle de canut, ce fromage blanc appelé ainsi par dérision, les canuts étant les ouvriers tisseurs dont les grèves insurrectionnelles sont encore plus anciennes que la brasserie Georges. Chez Brunet, là aussi, pas de surprise pécuniaire, une petite quarante d'euros maximum et le tour est joué.

Il ne vous reste plus qu'à y aller. Excellent voyage, bon appétit et large soif!

L'Ogre

Les sites, avec tous les renseignements utiles, comme les horaires et les adresses: Brasserie Georges, Bistrot d'Abel, Comptoir Brunet.

PS. Bien des gens vont à Lyon (on ne se nourrit pas seulement de pain) pour le nouveau musée des Confluences. Mais le Musée des Beaux-Arts de la place des Terreaux est l'un des plus beaux de France question collections permanentes: ne le manquez pas. Promenez-vous aussi dans le quartier Renaissance ou grimpez jusqu'à Notre-Dame de Fourvière: la basilique est bling bling jusqu'à l'écœurement mais s'il fait beau... quelle vue magnifique sur Lyon!

PS 2 bruxellois qui n'a rien à voir. Le restaurant étoilé le Passage, à Uccle, dans le bout de l'avenue Carsoel, presque à Saint-Job, fête ses 22 ans. Déjà très bon marché pour un étoilé, ne v'la-t-y pas qu'il commet la folie douce de vous proposer son lunch, facturé d'ordinaire à 35€, à un incroyable 22€. Mais attention, n'y allez pas comme ça, c'est du 2 au 17 novembre et uniquement sur réservation avec la mention 22 ans.

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Gilles Maysonnave en son (ancien) comptoir Brunet. C'était dimanche dernier, lisez le menu. Photo © Jean Rebuffat

27 octobre 2016

Le « home staging » du Loft du 34, Da Cruz, octobre 2016.

La pièce dédiée à Da Cruz,  non seulement jouxte celle de Marko93,  mais communique avec cette dernière. Ces deux pièces donnant sur rue correspondent au salon et à la salle à manger d’un appartement traditionnel parisien. Elles constituent les pièces de réception. Leurs plans sont classiques : chacune est d’environ 20 m2 ;  elles disposent d’une cheminée (seules ces pièces étaient à l’origine chauffées). C’est dire que les contraintes que devaient prendre en compte Marko93 et Da Cruz étaient semblables. Il est intéressant d’examiner les points communs dans les interventions de ces deux artistes et les différences dans la manière dont ont été traités plastiquement les mêmes objectifs.

Les deux artistes ont peint l’ensemble des surfaces : celles des murs, du sol et du plafond, mais aussi les vitres des fenêtres. Tous deux ont organisé l’espace autour de la cheminée. Surmontée de la peinture d’un fauve pour Marko, comme un trumeau, Da Cruz a peint ce qu’on peut considérer comme son avatar : un masque aux allures précolombiennes.

Les différences l’emportent sur les points communs. La pièce dacruzienne est « décorée » d’un plus grand nombre de motifs : 3 masques (dont un masque africain), 2 totems, 1 mannequin jaune fluo, un canevas et divers objets sont accrochés aux murs ou posés sur la cheminée. De l’ensemble se dégage une impression de disharmonie. En effet, si  des masques renvoient à des images hiératiques héritées d’un imaginaire des anciennes civilisations méso et sud-américaine, d’autres font explicitement référence à l’Afrique. Les « totems » sont des ensembles composites de représentations dont certaines évoquent davantage les Indiens d’Amérique du nord. Le « mannequin » semble décontextualisé de l’ensemble des sujets et de leur traitement plastique.

L’accumulation des motifs et des objets augmentée du canevas et des bougies donnent à l’ensemble un aspect kitch qui, au demeurant, n’est pas sans charme. Beaucoup de sujets différents peints de couleurs vives, des clins d’œil aux formes populaires d’une culture du siècle dernier, la pièce ressemble à ces boites remplies de « trésors » que nous découvrions avec joie dans les armoires de nos grands-mères.

La pièce de Da Cruz a le charme du désordre, du disparate, de l’accumulation. Les vitres peintes comme autant de vitraux laissent filtrer une lumière colorée et sombre. La pièce dont toutes les surfaces sont peintes de motifs semblables est comme une grande boite. Et nous sommes à l‘intérieur, dans un imaginaire foisonnant de formes et de couleurs, immergés, partis avec Da Cruz vers des contrées disparues. 

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21 octobre 2016

Le « home staging » du Loft du 34, Marko93, octobre 2016, Paris.

La galerie « Le loft du 34 », sise rue du Dragon à Paris, a récemment exposé les œuvres de 6 artistes « incontournables » de la scène graffiti parisienne, Astro, Da Cruz, Katre, Marko Ventura, Shaka, Xare et une jeune artiste au talent prometteur, Maïté Sant. Ces 7 artistes présentaient deux œuvres  au rez de chaussée de la galerie et dans un appartement du 3ème étage, une réalisation collective exceptionnelle. Nos protagonistes se sont appropriés les espaces et, chacun à sa manière, transformé un appartement ancien, qui sera très prochainement rénové, en œuvre d’art. Faute de pouvoir tout dire et tout montrer, j’ai choisi de vous présenter deux pièces et une installation. Les pièces ont été peintes par Marko93 (Marko Ventura) et Da Cruz. Ce choix a été guidé par mon goût certes mais également par ma familiarité avec les travaux de ces deux artistes.

La pièce de Marko est une brillante illustration de toutes les facettes de son talent. Toutes les surfaces de la pièce ont servi de supports à son expression : les murs bien sûr, mais aussi le parquet et le plafond. Une cheminée,  au centre du mur le plus long,  organise l’espace, structuré aussi par deux fenêtres. Une représentation de guépard surplombe la cheminée ancienne. Nous retrouvons une nouvelle déclinaison de son thème des fauves. Les calligraphismes, les coulures, les projections donnent une grande force au sujet qui se détache sur un fond bleu « Klein ». Dans la semi-pénombre de cette pièce, les couleurs éclatent, éclaboussent, vibrent. Le dessin du fauve sans être accessoire, est le prétexte à une expression abstraite. Cette peinture dont les traces témoignent du mouvement de l’artiste est un spectacle en soi et non une énième représentation d’un guépard.

Les murs sont peints de calligraphes disposés en colonnes, comme ceux de l’écriture chinoise. Les formes qui ont beaucoup emprunté à la calligraphie arabe,  dans un premier mouvement du travail plastique de Marko, progressivement s’en éloignent, intégrant les formes d’autres alphabets, réels ou imaginaires. Les formes ne sont pas copiées des abécédaires ; elles témoignent des sources mais s’en affranchissent. Là-aussi, la trace, le trait, sont des témoins du mouvement et de l’acte créateur. Marko ne fait pas de croquis préparatoires avant de peindre ses calligraphes : il s’isole du monde en écoutant de la musique et semble animé par une « transe ». Le terme est excessif certes,  mais comment traduire par des mots cet élan qui le pousse à peindre non en fonction d’un projet initial précis mais en fonction de ce qu’il vient de faire et une projection approximative de l’œuvre finale. Cette spontanéité, cette création « vivante », a à voir avec la musique. Comme elle, elle privilégie l’instant, l’invention, la variation sur un thème. Comment ne pas penser au « live painting ». Ces « performances » pendant lesquelles un peintre, en musique, dans une durée limitée, en public, peint. L’œuvre finale n’est pas le « spectacle » attendu. Ce que le public vient voir,  c’est la naissance d’une œuvre, le plus souvent ex-nihilo. Alors que l’acte de peindre pendant des siècles a été considéré comme un artisanat s’effectuant dans le secret de l’atelier, aujourd’hui dans une fusion entre musique hip-hop et peinture, le public assiste à la gestation de l’œuvre, comme un défi, une gageure, une compétition.

L’œuvre finale est un témoignage de ce qui a eu lieu. Elle appartient déjà au passé. Peut-être est-ce là un élément qui explique le désintérêt relatif des street artists pour leurs œuvres. Le passé est mort, l’important c’est demain.

 

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17 octobre 2016

Il ne nous manquer plus que celle-là !!!

J'ai retrouvé Jos à l'adresse qu'il m'avait indiqué « dans un caberdouche où l'on ne se torche pas avec de l'argent » …. c'est son humour qu'il partage avec son lui-même….dit-il !!!

Devant sa kriek, je le trouve en joie et même en train de rire grassement….

Moi : « Salut Jos, je vois que çà va mieux pour toi aujourd'hui ! »

Jos : «  Ben oui Menneke ! Je suis en forme….en prenant mon déjeuner avec ma jatte de café, j'ai entendu un économis' ?

Moi : « tu veux parler d'un économiste ? »

Jos : « Ben oui, ceusse qui éstudie dans beaucoup d'écolages avec des noms à rallonge qui me font brubeler et que même, que je me dis, que çà doit pas être facile, pour eusse, de marquer tout çà sur une petit' carte de visit'….

Mais oui, tu sais les peïs qui disent plein de farfoulles sur les bulles...mais non…. pas comme celui tout blanc avec sa calotte… non des bulles qu'on sait pas et qui se font avec un stut...là….. Ah oui... le marché...qui disent !! et mêm' que celui-là, il a une main invisible… .tu te rend compte….une main invisibl' et qui s'agite….qui s'agit'….et çà est pour çà qu'il y a des bulles !!!!!

Tu vois qu'il faut pas être biesse pour savoir tout çà….et que mêm' ils disent que parfois la bulle…..y'a le risq',que badarf, çà pét' mais qu'on sait pas quand…. »

Moi : « Ah, je vois, tu me parles là de la crise de 2008 ? »

Jos : «  Ben oui, Le bulles même qu'on les voit pas et mêm' que çà n'existe pas pour de vrai... et bien çà est formidable...hein...çà pét'….Et quand elles pét', et bien, moi je peux te dire que je sais que c'est nous qu'on est dans la berdouille après !!!

Et alors les économis' zon disparu, sont parti on'sait pas où, sauf ces peuteux qui viennent nous arranger avec leurs carabistouilles….. que c'est pour notre bien !!!….que çà est pour nous sauver !!!!….comme si nous, biesse, on savait pas qui se sauvent la dedans !!!!….tu connais çà quand même ?

Moi : « Oui, oui, je vois de quoi tu veux parler... »

Jos : Hé bien, il y en avait un économis' qui barboté dans le poste ce matin. Il venait pour tous ces pauvr' peïs qui vont perdre leur travail, dans le bulldozer et à la bank là où y'a la bête sauvage qui te fait de l'oeil pour te croquer a pouef….

D'abord,il a suquelé qu'il avait babelé au début de l'année « qu'il pouvait y avoir des turbulences possibles au niveau bancaire ». Tu as déjà entendu çà toi, « des turbulences possibles…. », çà est pas chic çà !!!

Alors, moi aussi, je m'dit que quand je m'énerf' sur Marijke, je vais lui dire que je vais fair' des turbulences possibl'...comme çà elle saura vit' les dégâts que çà risq' de causée sur le monde….!!!

Moi : « Et de quoi parlait-il cet économiste ? »

Jos : « Ben, au lieu de répondre le pourquoi que tous ces pauvres peïs qu'ils ont perdu leur travail...l'arsouille…. il a dit qu'au lieu de zieuté sur ceusse qui perde l'emploi il fallait mettre ses œils sur ceuse qui créé de la vacature !!!

Et après, Il a bleffé « qu'il y avait plein de personnes qui créent des emplois dans leur appartement, dans leur atelier et dans leur garage »….et qu'on peut pas le savoir et les compter parc'qu'y-a pas de statistic sur eux….Tu vois, qui ne nous manquait plus que çà, une idée comme çà tout' belle, tout' nouvelle sortie de sa petit' têt' !!!…..Alors, tu vois qu'il en faut de la connaissance pour dire des choses pareïl...hein !!!

Moi : « Il a dit çà...c'est pas vrai ? »

Jos : « Si si, et çà m'a espatrouillé…. ouille, ouille, ouille….j'ai pensé en mon moi-même que j'allais faire une bisbrouille…..ben oui,….j'allais roté sur mon voisin pour les coups de marteau et le bruit de sa perceuse qui fait tout' la journée et j'allais faire une brette avec l'autre voisin, qui laisse sa lumière tout' la nuit dans son garag' que çà allume tout' la rue…....

Ocheirme ! tu te rend compte fieu, j'allais déranger que c'est des travailleurs dans l'ombre et sans statistic'…. comme il a berdellé le dikkenek….Tu vois, maintenant, je dois fermer ma claquette …..hein….

Et dire que ces poechinels de la rue de la loi n'ont pas encore compris çà et qui faut fair' féliciter ces travailleurs parce que mêm' avec tout' cet' ombre qu'ils ont sur eusse, à ce qu'il paraît….de ce qu'il a babelé le flave…. çà doit être eusse, quand même, qui ensoleïl' le revenu national !!!!

Moi : « Mais enfin Jos !!! »

Jos : « Et tu veux savoir….hé bien moi aussi je suis un travailleur ombragé parce que je fais mon petit ménage dans tout' ma maison, que je fais toujours ma petit' vaisselle et mes petit' lessives, pour aider Marijke fatiguée de toutes ses heur' de femme à journée. Alors je me dis que les autres la-haut, ils devraient me fair', à moi aussi, un honneur national…. surtout sur ma petit' retraite, non peut-être ! »

Moi : « Alors maintenant, tu te mets à écouter les dires des économistes ? »

Jos : « Mais non menneke…. Je zwanze !!! Avec des architeks pareils qui se regard' le boutroule et qui essaye de nous barboter, en nous prenant pour des clettes, çà me fait de la rigolade pour mon avant-midi !!!!!….Alleï vid' ta kriek sur mon compte!!!!

Mais Fieu, faut dire, quand même, que cela est trist' pour tous ces pauv' gens qui vont, eusse zossi bientôt, se retrouver dans de l'ombre …..hein !!!.

 

14 octobre 2016

« Il existe des burkas dans de nombreux esprits occidentaux »

Samedi 1er octobre

 Á Jérusalem, une réunion triangulaire avait été prévue entre Barack Obama, Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou après les obsèques de Shimon Pérès. Elle a été annulée. Comme des milliers de citoyens palestiniens, parfois des enfants, Pérès est mort pour rien.

                                                                       *

 La Deutsche Bank semble connaître de graves difficultés au point que l’ombre de Lehman Brothers 2008 plane sur Berlin. Pour l’heure, Angela Merkel reste intraitable, affirmant que « pas un euro d’argent public » sera dépensé pour venir en aide à cet établissement qui d’une part, connaît des échecs de spéculation, et qui, de l’autre, enregistre de plus en plus de créances douteuses. L’Europe n’avait vraiment pas besoin de cette fièvre soudaine pour être malade…

                                                                       *

 Dans Marianne, Jean-François Kahn débat en compagnie d’Emmanuel Macron. Il est sûrement intéressé par ce trentenaire qui veut, comme on dit, faire bouger les lignes. Cet ancien collaborateur de François Hollande que le président avait placé à la tête de l’économie française commence d’emblée par s’affirmer « de gauche » mais il ne cesse ensuite de confier sa volonté de réaliser le « ni gauche – ni droite »… J.-F.K. attire son attention, avec exemples à l’appui, sur le fait que le milieu qui pourrait en découler n’est pas la solution. L’apôtre du « centrisme révolutionnaire » donne, sans le vouloir, une leçon d’analyse politique à son jeune interlocuteur que la presse parisienne et les sondages voient comme candidat à l’élection présidentielle, ce qui est en vérité plus qu’incertain. Émerge aussi un questionnement inquiétant : plus les questions de Kahn sont précises, plus les réponses de Macron sont évasives. Si celui-ci veut vraiment s’engager en politique, il devrait prévoir quelques autres séquences d’entretien avec Jean-François Kahn, sans enregistrement et, bien entendu, sans projet de publication.

                                                                       *

 Autrefois, pour connaître l’état d’esprit des électeurs de droite, il importait de lire dans Le Figaro le Courrier des lecteurs orchestré par Max Clos. (C’est peut-être là qu’il faut dénicher l’amorce de la percée du Front national…) Depuis que le Clos s’est ouvert aux anges (12 ans déjà !...) c’est l’enquête quotidienne du journal qui vaut la peine, et pas seulement par ses réponses. Les questions posées aux lecteurs sont parfois un tantinet excitantes. Ainsi, hier, leur quotidien favori leur demandait : « Pensez-vous que les impôts ont augmenté depuis 2012 ? ». Ce qui est étonnant, ce n’est pas que 92 % des personnes ont répondu « oui », c’est plutôt que 8 % ont répondu « non » ! (42.000 votants). Même remarque pour la question d’aujourd’hui : « Êtes-vous inquiet pour la dette extérieure de la France ? » 89 % de « oui », 11 % de « non » (sur les 15.000 premiers votants)

                                                                       *

 On sait que le capitalisme possède des ressources infinies pour réaliser des profits dans le plus grand mépris de la morale. Un nouveau palier vient d’être franchi à Los Angeles où les cendres de l’écrivain Truman Capote ont été mises aux enchères. Elles furent achetées par un quidam pour la modique somme de 43.750 dollars. Dans la même séance, les vêtements que Capote portait le jour de sa mort furent acquis pour 6400 dollars. Dommage qu’il s’était fait incinérer ! La vente de son cadavre par appartements aurait créé un événement plus croustillant !

                                                                       *

 « L’art et la vérité peuvent partager le même lit sans que ça les empêche d’être incompatibles. »

            (Truman Capote. Les Chiens aboient, 1973)

Dimanche 2 octobre

 La compétition entre Clinton et Trump provoque, en Europe, des réflexions sur la démocratie, ses vertus et ses failles. Jacques Julliard, pas toujours à l’aise dans les raccourcis, vient de trouver une formule qui mérite développement et qui pourrait, en tout cas, se vérifier d’ici l’élection du 8 novembre : « Clinton, c’est la démocratie sans le peuple. Trump, c’est le peuple sans la démocratie. » Avant le 8 novembre, certes… Mais si l’équation se vérifiait aussi pendant l’exercice du mandat de l’une ou de l’autre, ce serait tout le fonctionnement d’un État basé sur les trois piliers du pouvoir qui pourrait être remis en question. Après tout, la démocratie reposant sur le suffrage universel est, au regard de l’Histoire, une organisation de la société très récente.

                                                                       *

 Si, comme il fallait s’y attendre, le 50e anniversaire de la mort d’André Breton (28 septembre) fut dans l’ensemble oublié, celui de la parution du Petit Livre rouge de Mao ne l’est point, en particulier pour Libération qui lui consacre sa une et ses 5 premières pages, profitant de donner la parole à Qiu Xialong, auteur d’un polar à base historique, Il était une fois l’inspecteur Chen (éd. Lina Levi) dont l’analyse sombre paraît s’identifier aux tendances occidentales récentes : « Je suis de plus en plus pessimiste sur l’évolution de la Chine. Des intellectuels ont cru que le changement économique entraînerait un changement politique. Il n’en a rien été, les gens sont juste devenus plus cyniques, obsédés par l’argent. »

                                                                       *

 « La politique est une guerre sans effusion de sang, et la guerre est un politique avec effusion de sang. »

            (Mao Zedong. Discours. De la guerre prolongée, mai 1938)

 

 « Rabattons notre suffisance, critiquons sans relâche nos propres défauts, comme chaque jour nous lavons notre figure pour rester propres, et balayons pour enlever la poussière.

            (Mao Zedong. Discours. Organisez-vous !, 29 novembre 1943)

                                                                       *

Coup dur pour Irina Bokova, l’excellente directrice générale de l’UNESCO : une autre Bulgare, Kristalina Georgieva, vice-présidente de la Commission européenne, se porte candidate au poste de secrétaire général de l’ONU. Ça sent le règlement de comptes à plein nez. L’argument de Georgieva ? Il est temps qu’une femme dirige l’ONU. Difficile d’être plus cynique… Á moins que la stupidité…

                                                                       *

 Grâce à Pierre Bergé qui l’avait rachetée, la maison d’Émile Zola rouvre à Médan (Yvelines) après travaux de restauration. L’occasion pour François Hollande, dans son discours inaugural, de vanter les vertus de la République en évoquant les valeurs de justice et de droiture pour lesquelles Zola s’était battu au péril de sa vie. Un musée Dreyfus sera installé à Médan, lieu de mémoire littéraire et, inévitablement, politique.

                                                                       *

 « Surtout, tenez-moi au courant pour la maison de Zola !... »

(Derniers mots que Pierre Bergé aura entendus de François Mitterrand, à Latche, le lundi 1er janvier 1996)

Lundi 3 octobre

 Hier, à l’initiative du Premier ministre Viktor Orbán, un référendum était organisé en Hongrie. La question soumise au peuple était : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non hongrois en Hongrie, sans l’approbation du Parlement hongrois ? » En septembre 2015, l’Union européenne avait concocté un plan de répartition des réfugiés. Ce plan attribuait 1400 migrants à la Hongrie. Le « non » l’emporta mais le résultat fut invalidé, la participation au scrutin ayant été trop faible. Reflet d’un racisme qui s’exprime plus aisément dans les sondages que dans les urnes et dont le ferment est une forme de lâcheté bien connue. On pense à Music Box, l’excellent film de Costa-Gavras.

                                                                       *

 Le portrait que FR3 consacre à Alain Juppé est d’autant plus réussi qu’il a été réalisé par Franz-Olivier Giesbert. Si tous les principaux candidats à l’élection présidentielle sont croqués par ce diable de journaliste ô combien talentueux, on peut s’attendre à quelques bons moments de convaincante actualité politique. Rien à voir avec les soubresauts et les tentatives balourdes et inconvenantes de déstabilisation qu’offre le spectacle de l’émission de Ruquier le samedi soir.

 

 Par une conversation spontanée avec des journalistes dans l’avion qui le ramène à Rome, le pape dénonce à tort l’inscription de la théorie du genre dans les manuels scolaires français. La ministre de l’Éducation met respectueusement les choses au point dès la matinale de France Inter, constatant à regret qu’un conseiller intégriste ait pu convaincre le pape d’une information mensongère. Tous les organes de presse vérifient la fausseté du propos, preuves à l’appui. Même le journal catholique La Croix est embêté. N’empêche. Il est permis de se demander comment une personnalité comme le chef de l’Église catholique peut se fourvoyer dans une affirmation erronée autour d’un sujet délicat.

                                                                       *

 « L’Homme est-il une erreur de Dieu ou Dieu une erreur de l’Homme ? »

(Friedrich Nietzsche. Humain trop humain, Œuvres complètes, I, éd. Robert Laffont, 1993)

                                                                       *

Chaque fois que L’Obs paraît deux ou trois semaines de suite sans un éditorial de Jean Daniel, on est inquiet, vu le grand âge de son fondateur. Le Monde d’aujourd’hui nous rassure. Une autre tâche l’absorbait : l’encart publicitaire de la troisième page annonce un livre, Mitterrand l’insaisissable (éd. du Seuil). Il eut manqué une référence à la bibliographie de Jean Daniel s’il n’avait pas, lui aussi, publié « son » Mitterrand. Plusieurs de ses amis avaient déjà pensé à une anthologie de tout ce que Daniel a pu écrire sur l’homme du 10 mai 1981 tout au long de cinq décennies de « compagnonnage fait d’amitié mais aussi de silences », comme l’indique si justement le pavé promotionnel. Mais le livre existe et c’est mieux ainsi. La table de chevet, impatiente, est prête à l’accueillir.

Mardi 4 octobre

 Il a beau se livrer à des explications aux méandres douteux, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán vient de subir un sérieux revers avec son référendum inutile. Ah ! Si les socialistes et les libéraux de son pays se trouvaient assez de points communs pour faire alliance, le camp des conservateurs serait écarté du pouvoir et la Hongrie pourrait se construire une nouvelle modernité ! … Ce constat est du reste valable pour l’ensemble de l’Union européenne, mais heureusement, à de degrés divers.

                                                                       *

 Il est réconfortant de voir ces milliers de femmes polonaises descendre dans la rue pour combattre la loi anti-avortement que le gouvernement très conservateur, soutenu par l’Église catholique, veut instaurer. La religion islamique n’est pas la seule à ravaler le statut de la femme ; ne l’oublions pas ! Il existe des burkas dans de nombreux esprits occidentaux…

                                                                       *

« Les femmes du monde arabe savent bien que leur combat pour l’émancipation implique à la fois la fin du pouvoir patriarcal, dont la plupart des hommes se font les complices, et l’éradication d’une religion qui en justifie la prépondérance. »

            (Raoul Vaneigem. De l’inhumanité de la religion, éd. Denoël, 2000)

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 Après un passage à vide bien compréhensible consécutif à la tragédie de janvier 2015, Charlie-Hebdo a recouvré un rythme de croisière à la hauteur de sa réputation, ce qui devrait lui permettre de réaliser des pages mémorables, à présent que l’on entre doucement mais sûrement dans la compétition en vue de l’élection présidentielle du printemps prochain. Et tant pis pour celles et ceux qui espéraient sa disparition. Les dessins prennent plus de place encore qu’autrefois ; personne ne s’en plaindra, puisque Bernard Maris fut emporté dans la rafale des djihadistes. La semaine a été fertile pour les crayons vinaigrés. L’allusion à « nos ancêtres les Gaulois » de Nicolas Sarkozy et l’inquiétante hospitalisation de Jacques Chirac furent deux sujets de prédilection. Le journal en a profité pour reproduire toutes les « unes » qui furent consacrées à Bernadette et à Jacques Chirac. Il y en eut bien davantage que celles qui se moquaient de Mahomet, et pas des tendres…

Mercredi 5 octobre

 En février 2015, lors de la 87e cérémonie des Oscars, tout le monde s’attendait à ce que Timbuktu, l’émouvant drame d’Abderrahamane Sissako, reçoive le prix du Meilleur film étranger. Le trophée revint à un autre drame, Ida, de Pawel Pawlikowcki. Cette jeune fille élevée dans un couvent qui apprend qu’elle est juive et que ses parents ont été assassinés par des paysans nourris d’un antisémitisme actif de l’Église polonaise, cet enfant de Marie subissant le choc de la vie ordinaire est pathétique à plus d’un titre et le film qui narre son histoire et qu’Arte diffusait hier soir est en effet un chef-d’œuvre. Il dégage une austérité raffinée, conduite à l’extrême, que des plans étranges et même glauques, superbes dans leur tristesse populacière, sont encore accentués grâce au noir et blanc. Lors de son couronnement, le film fut contesté de toutes parts dans son pays, autant par la droite que par la gauche, par l’Église forcément, mais aussi par les gestionnaires des décombres du Parti communiste. C’est la preuve que l’œuvre est réussie. Quand une fiction dérange au point que les critiques la considèrent comme un documentaire historique, c’est qu’elle détient le mystère merveilleux qui démontre qu’une seule vérité est fausse et que seules plusieurs vérités sont les témoins de la marche du monde.

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 Une autre actualité de femmes polonaises. Grâce à leurs nombreuses et denses manifestations, elles ont fait reculer le parlement ultraconservateur qui a retiré sa loi révisant celle sur l’avortement. La femme est l’avenir de l’Homme, et pas seulement chez les musulmans du Moyen-Orient,  chez les catholiques d’Europe aussi.

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 « L’extermination légale des êtres humains qui ont été conçus mais ne sont pas encore nés est toujours en cours. Et cette fois, nous parlons d’une extermination qui a été autorisée par rien moins que des Parlements démocratiquement élus où l’on entend normalement des appels au progrès de la société et de l’humanité. »

(Le pape Jean-Paul II, comparant l’avortement à l’Holocauste, in Mémoire et identité, éd. Flammarion, 2005)

Jeudi 6 octobre

 Alep disparaît petit à petit de la carte, sous les bombardements incessants. Des milliers de réfugiés continuent de mourir dans la Méditerranée. On sait déjà que ces deux dossiers seront prioritaires sur la table du nouveau secrétaire général de l’ONU, dès qu’il prendra ses fonctions le 1er janvier prochain car d’ici là, peu de chances subsistent d’un quelconque accord de cessez-le-feu respecté, suivi, entériné plutôt qu’enterré. António Guterres vient de passer dix années à la tête du Haut Conseil des Nations-Unies pour les Réfugiés. C’est un autre patron de l’ONU, Kofi Annan, qui l’avait désigné à ce poste. Il est donc idéalement placé pour traiter de la question syrienne et de ses drames humains. Cela ne veut pas dire qu’il va tout régler là-bas, bien entendu.

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 « C’est un rassembleur, un excellent connaisseur des dossiers diplomatiques et du système onusien. Un vrai ami de la France et un francophone. »

(François Delattre, représentant français à l’ONU, à propos d’António Guterres, in Le Monde, 6 octobre 2016)

Vendredi 7 octobre

 La Syrie, encore. Quoi qu’il arrive, il est désormais certain que Bachar al-Assad ne pourra plus gouverner ce pays. On dit que Poutine en est désormais convaincu et qu’il cherche la solution pour l’écarter sans perdre la face. Eh oui ! Parce qu’il sent bien que les horreurs commises là-bas commencent à lui être totalement imputées… Bachar n’est plus rien donc il n’est plus le tueur. Le massacreur, c’est Poutine !

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 Le président colombien Juan Manuel Santos est le lauréat du prix Nobel de la Paix cette année. Il a réussi à trouver des accords réputés impossibles avec les FARC, mettant fin à des querelles armées entre l’extrême gauche et l’extrême droite qui empoisonnaient son pays. Grâce au président Santos, le peuple colombien peut se construire un avenir. Pour autant, il ne faudrait pas oublier le rôle primordial de Raul Castro dans le processus.

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 Les élus du parti d’extrême droite britannique (UKIP) auraient bien fait de perdre le référendum sur le Brexit. Depuis leur victoire, ils ne cessent de se chamailler. Deux d’entre eux en sont venus aux mains dans les couloirs du Parlement européen à Bruxelles ; il y en a un dans le coma. Avec ces gens-là, on atteint très vite le degré zéro de la politique. Il n’y a qu’à voir et à écouter Marine Le Pen pour comprendre. Mais comprendre quoi ? La loi, c’est le suffrage universel…

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 On n’entend pas assez souvent de voix comme celle de Raphaël Glucksmann, le fils de feu André, pour secouer les idées, combattre les marchands de malheur et clamer que la France est un beau, grand et puissant pays de création. Glucksmann déplore « le grand silence des intellectuels progressistes », regrette qu’une « grande partie de la gauche ait renoncé à dresser une vision collective », souligne que de tous temps, il y eut en France des voix réactionnaires. Glucksmann, c’est l’anti-Zemmour. Comme lui, il sait se servir de l’Histoire pour développer sa pensée. Ainsi, il relève que le premier geste que Bonaparte pose après son coup d’État réussi du 2 décembre 1851, c’est de supprimer le cours d’histoire de Michelet. De tous temps, les dictateurs été soucieux de maintenir leur peuple dans l’ignorance, de maîtriser l’information et l’éducation. Prenons le contrepied de cette infâme attitude. Raphaël Glucksmann développe cette façon de voir dans un livre, Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes (Allary éditions)

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 « La plus grande et la plus émouvante histoire serait l’histoire des hommes sans histoire, des hommes sans papiers, mais elle est impossible à écrire. »

            (Jean Guéhenno. Changer la vie, mon enfance et ma jeunesse, éd. Grasset, 1961)

Samedi 8 octobre

 La Deutsche Bank, première banque allemande, en sérieuses difficultés, pourrait être sauvée par le Qatar. Celui-ci, possédant déjà 10 % du capital, envisage de monter à 25 %. Au lieu de se méfier des quelques immigrés arabes et/ou musulmans qu’ils croisent dans les rues, les citoyens européens feraient mieux de s’intéresser à ce qui se trame à l’échelle des centres nerveux qui les gouvernent et s’engager, de leur petit espace vital, à leur opposer une contrepartie. Á s’engager ! Le premier devoir d’un citoyen, ce n’est pas de se plaindre stérilement, c’est de s’engager.

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 « Le rassemblement des citoyens dans des organisations, mouvements, associations, syndicats est une condition nécessaire au fonctionnement de toute société civilisée et bien structurée. »

            (Vaclav Havel. Méditations d’été, éd. de l’Aube, 1992)

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 Élections législatives au Maroc. Les islamistes, sortants, battent encore les libéraux. « Pas grave » dit l’Occident, le Roi Mohammed VI veille. C’est lui qui gouverne, la Constitution le lui permet. Certes, mais jusques à quand ?

Dimanche 9 octobre

 Quand l’ouragan Matthew s’est abattu sur Haïti, on a évoqué la possibilité de 200 morts. Au fil des jours, le chiffre a augmenté, comme toujours lorsque l’on est amené à commenter une catastrophe naturelle. Hier, c’était 900. Ce matin, la presse dit que «le millier sera sans doute atteint ». Rien de plus courant. Mais observons la carte. Une fois encore, la géographie guide l’examen de l’actualité, la géographie balise l’Histoire. Haïti se partage, avec Saint-Domingue, l’une des quatre plus grandes îles Antilles dans la Mer des Caraïbes. La frontière est une ligne droite, bien verticale, témoin d’un partage arrangé, comme pour certains pays occupant le Sahara… Sauf que là-bas, il n’y a pas de désert, seulement une différence sensible de statut social au point que le beau et bon tourisme fait vivre la riche Saint-Domingue. Le résultat est net : quand un ouragan ravage l’île, on ne parle jamais que d’Haïti, comme si la tornade ne prenait son envol qu’après la frontière en question. Il faut vraiment bien chercher, fouiller les nombreux articles de presse qui se sont fait jours durant la semaine écoulée pour dénicher la simple appellation Saint-Domingue. Quant aux images d’Haïti dévastée, elles parlent d’elles-mêmes : si Haïti est la plus touchée, c’est parce qu’elle est – et de très loin – la plus pauvre. Éole aussi se moque de l’égalité parmi les Hommes.

                                                                       *

 La France a déposé sur la table du Conseil de Sécurité de l’ONU la résolution qu’elle avait annoncée afin que cessent les bombardements sur Alep. Ce texte fut conçu et défendu par son ministre des Affaires étrangères en personne, Jean-Marc Ayrault, après deux visites rapides à Moscou et à Washington. La Russie a usé de son droit de veto pour rejeter cette résolution. Poutine n’entend que le rapport avec la principale puissance, à savoir les Etats-Unis d’Amérique, et il est déjà dans le suivant, le rapport qui sera établi avec le nouveau maître de la Maison-Blanche. Celui-ci ou celle-ci, élu dans un mois,  ne prendra ses fonctions que le 1er janvier. D’ici là, les Aleppins sont priés de se tapir.

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 Trop, c’est trop. Et trop, c’est Trump. Le candidat républicain vient de perdre le soutien de plusieurs hautes personnalités de son parti à la suite de propos misogynes en grande partie basés sur la sexualité. Sa défense consiste à jouer le peuple contre les élites. Là, on est dans un phénomène courant, propre aux années de basse conjoncture, dont d’autres époques nous ont déjà montré les conséquences. Ici, en Europe. Á suivre…

                                                                       *

 Sarkozy ne s’avoue pas vaincu par Juppé, malgré les sondages qui lui sont défavorables dans la primaire de la droite et du centre. Il réunit 6000 personnes enthousiastes au Zénith avec une invitée-vedette qui fait grosse impression en débitant son éloge : Ingrid Betancourt, six ans prisonnière des FARC dans le maquis colombien qui, enchaînée à un arbre, entendit à la radio de ses ravisseurs la voix de Sarkozy. Elle constata immédiatement que ses geôliers étaient impressionnés. Á partir de ce moment-là, les révolutionnaires marxistes ne se comporteront plus de la même manière avec elle. La salle croit en la légende de type conte de fée. Elle est émue. Prêt à tout, aujourd’hui, Sarkozy aura convoqué Walt Disney.

                                                                       *

Bombardé hier soir par Yann Moix et sa pipelette à l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Éric Woerth, secrétaire général du parti Les Républicains, député-maire de Chantilly, ami personnel de Nicolas Sarkozy, pose la bonne question, celle qu’il faudra tout particulièrement avoir à l’esprit en suivant les interviouves, les entretiens et les débats qui préparent la campagne pour l’élection présidentielle : « Est-ce que le talent d’un journaliste se mesure à son agressivité ? » Enfin ! Voilà bien résumés les défauts hélas ! fondamentaux de cette émission conçue et regardée pour que l’invité politique soit blessé, irrité, furibond. Et s’il quitte le fauteuil exaspéré, c’est que la prestation des pseudo-journalistes fut réussie. « Est-ce que le talent d’un journaliste se mesure à son agressivité ? » Tout est dit. Évidemment, l’autre question surgit, adressée à tous les politiques qui acceptent l’invitation : « Que diable alliez-vous faire dans cette galère ? » Et s’ouvre alors l’analyse du pouvoir de l’instrument télévisuel sur l’entretien de la popularité. Mais cela, c’est une autre histoire…

                                                                       *

 « La télévision n’est pas le reflet de ceux qui la font mais de ceux qui la regardent. »

            (Françoise Giroud, in Le Nouvel Observateur, 6 décembre 2001)

 

 « Aujourd’hui, il vaut mieux présenter la météo à la télévision qu’être sociétaire de la Comédie-Française. »

            (Michel Galabru, in Le Figaro-Magazine, 3 décembre 2011)

Lundi 10 octobre

 Lors du deuxième débat télévisé entre Clinton et Trump, la démocrate a condamné les déclarations machistes à caractère sexuel de son adversaire. Celui-ci a répliqué en évoquant les frasques sexuelles de Bill. La presse américaine dans son ensemble considère que ce fut le débat politique le plus sordide de toute l’histoire présidentielle des Etats-Unis.

                                                                       *

 Éternité, film de Tran Anh Hung inspiré du roman d’Alice Ferney L’Élégance des veuves (Actes-Sud, 2016). Trois femmes (Audrey Tautou, Bérénice Béjo et Mélanie Laurent) confrontées à la rigueur conservatrice des règles bourgeoises. Douceurs et tremblements. Naissances, douleurs, mariages. Et la mort qui rôde. Toujours. Comme il est agréable de concevoir une vie, des générations dépourvues de tout problème matériel, qui ne se soucient en rien de la marche du monde, et qui goûtent aux charmes de Dame Nature ! Tout serait parfait s’il n’y avait la faux, qui vient troubler la sérénité du bonheur accompli grâce au règne de la lenteur. Même les images, si splendides, finissent par lasser.

                                                                       *

 « Dans la langue de la bourgeoisie, la grandeur des mots est en raison directe avec la petitesse des sentiments. »

            (Edmond et Jules de Goncourt. Idées et sensations, 1877)

Mardi 11 octobre

 D’après Le Figaro, la primaire de la droite « se durcit ». N’est-ce qu’un début ? Il reste en tout cas 40 jours de campagne pour le premier tour, et une semaine d’affrontement bilatéral… Devinette : quel verbe faudra-t-il utiliser lors de la prochaine étape si l’escalade s’amplifie ?

                                                                       *

 « La parole douce rompt la colère, la parole dure excite la fureur. »

            (De la Bible. Le Livre des proverbes)

                                                                       *

 Le 100e titre de la magnifique collection Dictionnaire amoureux dirigée par Jean-Claude Simoën aux éditions Plon est consacré à Tintin. Réalisé par Albert Algoud, il donne naissance à de très nombreux articles de presse, d’autant qu’une exposition est consacrée à Hergé au Grand Palais. Indépendamment des remarques habituelles (le sexisme, la complaisance avec l’occupant nazi, l’antisémitisme, le racisme que l’auteur considère comme « indéniables »…), l’on s’aperçoit que le nom du personnage légendaire commence à engendrer bien des substantifs : tintinophilie, tintinophobie, tintinolâtrie, tintinologie, etc. Chez de Gaulle, qui considérait Tintin comme son seul adversaire, il y a gaullisme et gaulliste, un peu gaullien aussi. Pour Tintin, on observera, en s’amusant, comment les comités Larousse et Robert auront tranché, sachant que d’autres néologismes pourraient encore apparaître au départ de ce prénom si facile à compléter sémantiquement.

Mercredi 12 octobre

 Donald Trump est tellement imprévisible, gaffeur et infréquentable qu’il provoque une crise de nerfs au sein du grand parti républicain. Les Étatsuniens ont encore devant eux près d’un mois de campagne. Le clown commence vraiment à ne plus faire rire personne. Vraiment.

                                                                       *

 Deux statistiques captées au vol.

1. France. Un agriculteur sur trois gagne moins de 300 euros par mois. En 2014, c’était un sur   

cinq. Il sera de plus en plus difficile de leur faire comprendre que la Politique agricole commune européenne (PAC) est un bien et même un atout.

2. Iran. 60 % des Iraniens sont âgés de moins de 30 ans et parmi eux, une majorité de femmes                         

lorgnant vers les atours de l’Occident. Du côté des réussites universitaires, les femmes sont deux fois plus diplômées que les hommes.

                                                                       *

 « Dans la sphère religieuse, la femme est le sexe fort. »

            (Paul Evdokimov. La Femme et le salut du monde, éd. Desclée De Brouwer, 1991)

 

 

                                                                     

12 octobre 2016

"Heroes", the Ernesto Novo's masterpiece.

« Heroes »

(3m x 2m, techniques mixtes sur toile)

A tribute to Ernesto Novo’s heroes.

L’histoire professionnelle et personnelle d’Ernesto Novo est jalonnée de personnalités qui ont marqué sa peinture. Novo a fait le portrait de 39 d’entre elles. 39 ! direz-vous, c’est beaucoup. Regardez derrière leurs portraits, elles sont encore plus nombreuses. Elles sont légion. Ernesto Novo sait qu’il est un héritier et il sait de qui. Il confesse qu’il n’est pas parti de rien et dans cette toile aux grandes dimensions, il paie sa dette, il donne un coup de chapeau. Bref, son tableau est un hommage.

 Avant lui,  depuis des siècles, un peu partout dans le monde, des artistes ont peint, sculpté, photographié. Les critiques d’art ont classé ces fortes et originales personnalités en « mouvements artistiques », le surréalisme, l’expressionnisme, la peinture abstraite, le pop art etc. Certes,  les artistes ont souvent  des points communs,  mais c’est ce qui les distingue des autres, ce qui a fait d’eux des figures marquantes de l’histoire des Arts, c’est précisément leur différence. Novo marque symboliquement sa filiation mais « à sa manière », et cette manière est unique et originale.

Des portraits signés Novo.

Ernesto Novo a fait des portraits mais des portraits qui ne ressemblent à aucun autre portrait. Ils  ne ressemblent guère aux photos de classe jaunies que nous avons tous en mémoire : les enfants habillés de la même blouse, en rangs d’oignon. Ses portraits sont un tableau où les couleurs chaudes alternent subtilement avec les couleurs froides. Des portraits,  car nous reconnaissons les artistes. Des traits ont été conservés mais d’autres ont été ajoutés, comme rêvés.  Basquiat n’avait pas le corps de ce beau bleu Klein, Frida Kahlo n’avait pas sur la tête et sur son corsage autant de roses, Toulouse-Lautrec (à ma connaissance !) n’a jamais porté d’armure, Pollock ne portait pas de vêtement décorés de dripping, quant à Bacon ! Nous y sommes, les portraits d’Ernesto Novo conjuguent le réalisme et l’ellipse, la référence et l’invention. Des portraits comme autant de labyrinthes. Aux spectateurs de trouver patiemment les indices. Des cailloux blancs semés sur la toile et qui du portrait renvoient à l’œuvre (et réciproquement). Un genre de jeu de pistes, beau et ludique,  pour les amateurs.  « Heroes » n’est pas une galerie de portraits. La toile de Novo est héritière d’une foisonnante culture plastique, des nombreux mouvements qui l’ont précédée,  mais elle est, elle, radicalement différente et…inclassable !

 

Liste des personnages représentés.

De gauche à droite :

Paul Klee (1879-1940), Jeff Koons (1955), David Hockney (1937), Lucian Freud (1922, 2011), Louise Bourgeois (1911, 2010), Egon Schiele (1890, 1918), Salvador Dali (1904, 1989), Gustave Klimt (1862, 1918), Kandinski (1866, 1944), Basquiat (1960, 1988), K.Haring (1958, 1990), Nicolas de Staël (1914, 1955), Frida Kahlo (1907, 1954), Niki de Saint-Phalle (1930, 2002), Paul Gauguin (1848, 1903), Edvard Munch (1863, 1944, Mark Rothko (1903, 1970), Jackson Pollock (1912, 1956), Toulouse-Lautrec (1864, 1901), Rembrandt (1606, 1669), Escher (1898, 1972), Renoir (1841, 1919), Paul Cézanne (1839, 1906), Warhol (1928, 1987), Magritte (1898, 1967), JR (le photographe) (1983), J.Beuys (1921, 1986), Gerhard Richter (1932), Claude Monet (1840, 1926), Francis Bacon (1909, 1992), Van Gogh (1853, 1890), Matisse (1869, 1954), Jasper Johns (1930), Georges Braque (1882, 1963), Pablo Picasso (1881, 1973), Edgar Degas (1834, 1917), Alberto Giacometti (1901, 1966), Piet Mondrian (1872, 1944), Aie Weiwei (1957), Ernest Pignon-Ernest (1942).

Image: 
07 octobre 2016

Ernesto Novo, le peintre citoyen.

 

Tout récit biographique est une tentative d’explication d’une œuvre. Il est vrai que la peinture d’Ernesto Novo, sa peinture dans la rue, son travail en galerie, posent des questions, interpellent le spectateur. D’où tient-il cette formidable capacité à saisir la ressemblance ? Comment expliquer sa manière de peindre, sa forte identité plastique ? Cette palette qui exalte les couleurs ? Le choix de ses thèmes récurrents, les fréquentes références à l’art africain ? La « spontanéité » de sa peinture, sa rapidité d’exécution qui lui permettent de donner des « performances » ?

Le premier élément d’explication réside, me semble-t-il, dans sa jeunesse. Il a grandi à Nice, dans un quartier populaire, à la périphérie. Sa mère est vietnamienne, son père français, 10 frères et sœurs, tous sont chassés par l’avancée des Viêt-Congs. Un milieu modeste. La vie d’un enfant des cités : les copains sont blacks, blancs, beurs, Gitans sédentarisés. Ernesto Novo est « tombé » dans l’interculturalité comme Obélix dans la potion magique. Sans le savoir. Est-ce de là que lui vient le goût des voyages qu’il fera plus tard ? L’Europe, les Etats-Unis, Dakar, Istanbul, Brazzaville, Rio de Janeiro, Tokyo, Ho Chi Minh Ville à la recherche de ses racines, Rabat, Budapest. C’est du Brésil, lors d’un séjour de perfectionnement de capoeira,  qu’il rapportera son nom d’artiste. Le voyageur n’est pas un touriste ;  ce qui l’intéresse,  c’est la rencontre. Celle des gens, des sociétés, des cultures. Des voyages sans le sou, alors l’étudiant en Arts Décoratifs, fauché, pour aller plus loin encore, dessine à la craie sur les trottoirs. Il y reproduit des fresques célèbres, connues de tous. Pour récompenser de quelques pièces l’artiste, encore faut-il que le tableau soit fameux et le dessin virtuose ! D’autres souvenirs hantent sa peinture. Ils deviennent des sujets, des thèmes récurrents. Sa palette lentement s’est construite grâce aux couleurs vues, aux teintes rêvées. Elle est aussi un héritage.

Si ses yeux se souviennent, la musique continue de rythmer sa vie. Son travail en est indissociable. Il travaille en musique et les musiciens sont fréquemment les sujets de ses œuvres. Sa musique est celle de sa génération ; celle qu’il partageait avec ses copains ; celle qui pulse et qui groove, qui donne envie de danser. La musique, la danse, le plaisir de faire la fête entre copains sont autant de fils qui le relient à son passé.

Musique, danse et pratique des arts martiaux ; les trois sont indissociables. Il a pratiqué la capoeira parce que c’est un combat dansé, à l’origine pratiqué par les descendants d’esclaves du Brésil. Un combat accompagné par la musique. Le taekwondo également parce que c’est une forme de combat venue d’une autre culture et d’un autre temps. Un combat certes, mais aussi une discipline, beaucoup de travail et un code d’honneur. Les choix d’Ernesto Novo témoignent de son intérêt pour les sociétés différentes des sociétés occidentales mais aussi de sa passion de la danse, de la musique et des beaux gestes.

De sa passion d’enfant  pour le dessin, il en fera un métier. Un métier qu’il apprend comme un artisan ; l’Ecole des Arts Décoratifs de Nice et de Strasbourg (il obtient son diplôme en 1990). Il devient alors dessinateur de presse sur ordinateur. Un curieux métier qui, aujourd’hui, a presque disparu. Pour des agences, il dessine les personnages de l’actualité sociale et politique. Ce ne sont pas des caricatures. Au contraire, il s’agit d’être le plus ressemblant possible. Le lecteur doit reconnaître d’un rapide coup d’œil, Mitterrand, ou Chirac, Poutine ou Obama. Pendant 17 ans, ses dessins seront publiés par la presse internationale pour illustrer des articles. Une passion précoce pour le dessin, un apprentissage méthodique des Arts Décoratifs, presque deux décennies à saisir la ressemblance.  Après cette longue parenthèse d’utilisation du numérique, Ernesto Novo est revenu à une pratique traditionnelle de la peinture, utilisant l’acrylique, la brosse et des supports aussi variés que le papier, la toile ou les murs.

Sa longue expérience de dessinateur explique qu’Ernesto Novo soit un portraitiste, remarquable dans sa capacité à saisir la ressemblance et à la saisir rapidement. Le don n’explique rien, il y a surtout un apprentissage et une longue, une très longue pratique.

Un portrait pour Ernesto Novo est donc ressemblant mais il ne se borne pas à reproduire des traits, à les « copier » en quelque sorte. Sa peinture véhicule un sens, une signification. Ses portraits portent un message. Je me bornerai à un exemple : regardons son portrait de Mme De Gaulle-Anthonioz, son port de tête et surtout son regard. Nous y voyons une douceur infinie, une profonde empathie, celle qui la fera participer à la fondation d’ATD Quart-Monde et une force peu commune, celle qui l’aidera à survivre à sa déportation à Ravensbrück.

La peinture d’Ernesto Novo a une forte identité. On reconnait ses portraits à son graphisme et à sa palette. Son travail est d’abord un travail d’atelier. Il remplit, comme ses illustres prédécesseurs, des carnets de croquis. Il convoque également les outils modernes de la création d’images : la tablette graphique, l’ordinateur, de complexes logiciels de traitement d’images. C’est la partie souterraine, la partie immergée de son métier de peintre. Si la gestation est lente, l’exécution surprend par sa vitesse. Le travail d’atelier reste le socle de la diversité de sa production : l’illustration, la peinture de chevalet, le muralisme. En fait, à y bien regarder, si les supports changent de nature et de dimensions (la toile tendue, le mur etc.), la touche est la même. Novo est un artiste-peintre, comme on le disait encore au début du XXème siècle. C’est une jolie expression qu’il revendique. A raison.

Ses primes années, ses rencontres, ses expériences expliquent-elles son engagement citoyen ? Il est vrai qu’il est, comme de nombreux artistes, sollicité pour défendre de « bonnes causes ». Il a apporté son soutien à de nombreuses manifestations, en donner une liste exhaustive serait, dans le cadre de cette brève biographie, alourdir le propos. Citons toutefois, son action en faveur d’Haïti lors du tremblement de terre, son soutien actif en faveur de l’association ELA parrainée par Z. Zidane, son engagement auprès du fonds de dotation Sibylle Sibierski, son soutien aux otages français en Irak. Ses choix, on le voit, ne sont pas des choix partisans. Il est libre, libre de soutenir les causes qu’il estime, en son âme et conscience, « bonnes », selon son système de valeurs.

Sans être à proprement parler un militant, Ernesto Novo est sensible à ce qu’il nomme « le travail de mémoire ». Ne pas oublier ceux qu’on a aimés, qu’on a admirés. Ceux à qui nous devons quelque chose d’important dans notre vie : une musique, une voix, notre liberté. Il commémorera l’anniversaire de la mort d’Edith Piaf, celle de Serge Gainsbourg, celle de James Brown, celle de Prince, entre autres. C’est ce devoir de mémoire qui explique son action en faveur des tirailleurs sénégalais et ses superbes portraits de quatre grandes figures de la Résistance, Germaine Tillion,  Mme De Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay. Résistants héroïques, dont les cendres ont été transférées au Panthéon en 2015. C’est ce même devoir de mémoire qui le conduit dans les collèges et les lycées pour témoigner et transmettre.

 Le talent de portraitiste et de coloriste d’Ernest Novo a été vite reconnu. Il est  sollicité par de grandes marques, dont  certaines sont prestigieuses. Il met son talent au service d’institutions prestigieuses nationales et internationales mais aussi d’associations ayant des projets plus locaux. Récemment, trois de nos  plus grandes institutions nationales l’ont invité à prendre part à de nombreuses manifestations culturelles, dont certaines ont eu un rayonnement international (Expositions organisées par le Ministère de la Culture et de la Communication, musée de l’Immigration, les Archives nationales,  pour ne donner que ces exemples). La reconnaissance de son talent est patente comme en témoignent les nombreux posts de blogs, les vidéos et les articles de presse qui lui sont consacrés.

Ernesto Novo a hérité des valeurs de son milieu, il a su engranger et faire fructifier sa découverte des cultures, développer et maîtriser des techniques mixtes qui, aujourd’hui, en font un artiste émergeant de la scène de la peinture contemporaine.

 

Image: 

"heroes", toile actuellement exposée à la galerie Art Bref à Paris.

Détail de la fresque peinte "dans la rue" lors de l'inauguration de la gare RER Rosa Parks. Paris, décembre 2015.

Rosa Parks lors de sa rencontre avec Martin Luther King. Fresque "Rosa Parks fait le mur".

Fresque peinte à Belleville pour honorer l'entrée au Panthéon de Germaine Tillion et de Mme Anthonioz-De Gaulle.

06 octobre 2016

En l'air

Bon, dans un premier temps, il s’est pendu au plafond du salon et c’était bien. Il en parlait depuis longtemps de son suicide mais il l’avait toujours reporté. Pas le temps, jamais le bon moment. Il commençait à désespérer. Ce n’est qu’après, quand ses pieds ont cessé de dessiner des ronds dans l’air qu’il s’est senti ridicule. Depuis, son corps pend dans le salon, à la verticale, bien droit, parallèle au lustre dans la salle à manger, bien droit lui aussi sauf que le lustre apporte de la lumière alors que lui, non. A peine pendu, il a cherché à retrouver les raisons de son geste dès fois qu’on lui poserait la question. Son cerveau fonctionne probablement moins bien depuis qu’il n’est plus irrigué car il n’a pas retrouvé les raisons de son suicide. Un peu comme quand ils s’engueulent, sa femme et lui. Il lui lance des insultes à la tête, mais il ne sait plus ce qui a déclenché sa colère. Pareil pour sa pendaison. Sa seule certitude, c’est qu’il fallait en finir, là, tout de suite. Le suicide est la grande affaire de sa vie, sa bouée de sauvetage et la promesse d’une sortie de secours le jour où plus rien ne sera possible. Ce matin-là, prendre la porte paraissait être la seule solution. Il a cherché et mis très vite la main sur une corde dans le garage. La confection du nœud coulant lui a pris un temps fou. Le nœud ne coulissait pas. Il avait beau amorcer la boucle, la corde restait dénouée. C’est tout lui, çà. De belles idées mais aucun pragmatisme. On aurait dit qu’elle ne voulait pas qu’il meure, cette corde. Heureusement, il s’est souvenu qu’un de ses fils gardait dans sa chambre un manuel de scoutisme sur les différentes espèces de nœuds. Ses fils sont scouts, une activité très saine pour leur âge, pense le père. Pour fabriquer le nœud, il lui a suffi d’imiter le dessin étape par étape. A la fin de l’opération, il a remis le bouquin à sa place parce qu’il craignait que son fils se sente responsable. Ensuite, il a attaché l’extrémité de la corde à un crochet vissé au plafond du salon et qui, dans les vieilles maisons, était anciennement réservé aux lampes à gaz. L’idée du crochet, il l’avait depuis l’achat de la maison. Il s’est toujours dit : « ce crochet sera utile le jour où je me pendrai ». La corde en place, il a évité les lettres d’adieu. Il avait bien trop peur d’être un peu moins sûr de vouloir mourir en expliquant à chacun des membres de la famille pourquoi il avait mis fin à mes jours. Il est monté sur le tabouret et n’a pas hésité trop longtemps de peur de changer d’avis. Pour tout dire, il craignait aussi que leur voisin ne remarque son manège. Ce voisin a l’habitude de débarquer chez eux sans prévenir. Il n’avait pas trop envie d’être dans l’obligation de lui expliquer ce qu’il trafiquait au plafond. Il a horreur des situations embarrassantes. Il a positionné le bout de ses pieds à l’extrémité du tabouret un peu comme quand il était gosse et qu’il apprenait à plonger à la piscine. Il a avalé une grosse goulée d’air, réflexe plutôt absurde avant de mourir, et puis, il a sauté. Très vite quelque chose en lui a désiré ardemment remonter à la surface de la vie, mais il était trop tard. L’oxygène et le sang n’ont plus trouvé le passage entre son cerveau et son corps. Il ressenti un désagréable mal de crâne et une terrible douleur au niveau des cervicales. Son corps a bien tenté quelques contorsions ridicules, sa bouche a émis des borborygmes impuissants, ses pieds ont commencé une danse ridicule et puis, très vite, plus rien. C’était fini. Son cadavre a dessiné longtemps des cercles dans le vide, des grands d’abord et puis, imperceptiblement, de plus en petits. Il ne pensait plus à rien et c’était doux. Au bout d’une corde, il n’y a pas grand-chose à faire. Il s’est demandé si c’était ça, la mort. Comme la vie : Attendre, les pieds dans le vide. Au bout de quelques heures, il a entendu une clef tourner dans la serrure. C’était sa femme qui rentrait après avoir fait les courses au supermarché et cherché les gosses à l’école. Elle a enlevé son manteau et a commencé à débarrasser la table du petit-déjeuner en pestant à voix haute parce que son mari ne l’avait pas fait. C’est vrai qu’il aurait pu y penser. Une erreur regrettable. Il aurait tellement voulu avoir débarrassé cette table histoire de partir sur une bonne impression mais bon. Il a d’abord pensé que sa femme ne l’avait pas vu mais quand elle est passée devant lui avec une manne remplie de linge, il a compris qu’elle avait décidé de ne pas rentrer dans son jeu. - Pas trop dure, ta journée ? elle a demandé. Du plafond du salon, il n’a pu répondre à cette attaque injustifiée vu que la corde lui serrait la gorge et l’empêchait de parler correctement. Elle n’a plus rien ajouté et s’est attaquée au repas du soir. Du salon, il entendait le bruit des casseroles et des couverts. Ce tintamarre lui était destiné. Elle était à bout de nerfs. Les enfants se sont installés dans le salon. C’était l’heure des dessins animés. Son cadet a eu un regard pour corps de son père qui pendait. - Maman, Papa s’est encore pendu ! - Je sais, mon chéri, que veux-tu ? Monsieur est fragile. Il a vu de la pitié dans le regard de son fils et ça lui a fait mal. De la cuisine, sa femme a encore ajouté quelque chose du genre : « Monsieur n’a probablement que ça à faire ! Se pendre ! ». Son aîné est monté dans sa chambre faire ses devoirs sans que sa mère le lui demande et il a pensé non sans fierté que, finalement, son éducation portait ses fruits. Le cadet a allumé la télé pour visionner les dessins animés. Quand il était en vie, le père aimait beaucoup regarder les dessins animés avec ses enfants mais malheureusement, ce jour-là, son corps tournait le dos à la télé et il a tout raté. Le fils s’est emparé de la télécommande. Zut ! Les jambes de son père masquaient complètement l’écran. Celui-ci n’a même pas eu le temps de s’excuser car, en trois mouvements très précis, le gamin a modifié l’emplacement du meuble télé heureusement équipé de roulettes et s’est rassis dans le canapé. - A table ! a crié la mère au bout d’un long moment. Le cadet s’est levé comme une bombe et l’aîné est sorti de sa chambre. - Lavez-vous d’abord les mains, a ordonné leur mère. Ils ont commencé à manger. Du plafond, il entendait des bribes de conversation et des cliquetis de couverts. - Allez ! Descends de là et viens manger avec nous, a dit sa femme sur un ton qui se voulait apaisant. Il n’a pas bougé du plafond. Ce soir-là, il manquait d’appétit. Tout le monde est monté dormir juste après le repas car le lendemain, il fallait se lever tôt. Il est resté à sa place dans le noir. Son inutilité était criante. Peut-être qu’en ajoutant quelques ampoules, se dit-il. Ici, là et là. Un lustre dans le salon, sa femme en rêvait depuis si longtemps.

04 octobre 2016

SPLAcccccchhhhh !!!

J'ai l'habitude de rencontrer un vieil ami bruxellois dans son café préféré, un café « chaud » bien connu du parvis de Saint-Gilles.

Ce matin là, à 9 heures, je le trouve la tête baissée appuyée sur sa main droite avec, déjà, devant lui quatre verres de pintche (comme il dit) vides….

Moi : « Et bien Jos, çà n'a pas l'air d'aller ce matin !!! »

Jos : « Bardaf mon fieu, je suis dans les patates, y m'ont fait un sal' coup….we sitten in de misère, in de berdouille! »

Moi : « Qu'est-ce qui se passe ?? »

Jos : «  Potferdek ces bietes du Château Van meenen, ils ont perdu leur tartine !!! »

Moi : « Comment çà »

Jos : « Ben oui, tu sais pour le tiche au « repos » comme ils disent !!!, Ben ils vont l'effacer !!!! »

Moi : « oui, j'ai entendu çà, et alors ??? »

Jos : « Et alors…. Et alors !!!  Ils ont du faire çà rouf, rouf, car Y'en a pas un qui aurait dit quand ils ont babelé sur l'affaire,

Allëi.. allëi…. Allëi….astablééf…. faut pas broubelé comme çà, on va pas faire des foufernailles pour çà !!! On a déjà le petit tiche du ketje avec son pissous et on vient du monde de partout pour le voir et même pour le photographier….et maintenant, c'est tof, on viendra dans notre commune pour voir sa petite floche qui a grandi et on verra comme elle est belle et bien réussi et bien jolie….

Mais non, là haut, ces des péteux !!! ces plein de flaves mou, de kluuts, de mafs, de Gonzaques et d'hypocrits'….voilà ! Des snuls je te dis….des snuls et des dzoum, dzoum !!!! qui n'ont pas de comprenure pour les choses de la vie, naturelles et belles….

Et l'autre là ! du parti des crapauds déguisés en humain qui fait des bisbrouilles, et qui raconte des carabistouilles, en disant qu'on doit pas le laisser à cause qu'on va plus savoir où s'arrêter et qu'on va plus savoir faire la différence entre un torchon de ces biestes de droite et un mignon petit dessin d'un jolie tiche au repos. Tiens, l'aurait mieux fait de fermer sa clapette celui-là !…...

Alors, ils ont assez joué avec mes pieds, je reste plus ici !!

Moi : « Et qu'est ce que tu vas faire alors ?? »

Jos : « Alors, je vais tirer mon plan et aller habiter à Bruxelles, dans un flat et même un kotche s'il le faut, juste en face du dessin qeu y sont gardé….

Et je vais tous les matins me mettre à ma fenêtre, et je vais regarder ce beau dessin du tiche dans la mijole….Cela me rappellera ma jeunesse et mes chipotages quand je fréquenté avec ma mëi « La Georgette »….

Et pourtant, çà avé bien commencé pour les 800 ans de Saint-gilles, ç'avé été une bien spittante  et gentille petite zineque parade pour la porteuse d'eau….et puis voilà, ces poechinels là qui gâchent tout….qué misère mé qué misère !!!!

Mais avant de partir, sur toutes leurs belles affiches qui sont mises pour leur fête, quand j'en vois une, hé bien, tu sais, sur le rond fait avec le huit, je vais mettre au milieu un joli trait à l'horizontal' comme un doigt, et puis sur le premier zéro, je fais dessiner un petit trait vers le haut et sur l'autre zéro, je mettrais un petit trait vers le bas…..Comme cela Saint-Gilles sera vraiment la première et la seule vrai commune pornagrafiq' et érotiq, non peut-être !!!! ».

03 octobre 2016

La politique, c'est aussi de la pédagogie

Vendredi 23 septembre

 Marisol Touraine, ministre la Santé, déclare : « Nous avons sauvé la sécurité sociale ! » Celle-ci présentait un déficit de 17 milliards à la fin du quinquennat de Sarkozy ; il ne sera plus que de 400 millions à la fin de l’année ; en équilibre sans doute à la fin du quinquennat de François Hollande. Bravo ! Mais pourquoi ne pas le clamer davantage ? Pourquoi ne pas l’avoir souligné dès l’arrivée à la présidence en 2012 ? Assumer l’héritage, ce n’est pas pour autant le masquer… Déjà, avant l’arrivée de Jospin à Matignon, au début du siècle, le « trou de la sécu » faisait peur. On le voit bien partout en Europe : les gouvernements de droite finiront par détricoter la sécurité sociale si la croissance ne revient pas suffisamment pour l’assurer. Les pensions de retraite, les allocations de chômage, les soins de santé… Combien de personnes ne les croient pas immuables, acquises une fois pour toutes, comme l’hiver succède à l’automne ? Comparer le prix d’un médicament avec et sans l’intervention de la sécurité sociale est un test révélateur. La politique, ce n’est pas que de la com’, c’est aussi, et surtout, de la pédagogie.

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  Depuis une dizaine de jours, le philosophe Charles Pépin fréquente les plateaux du paysage audiovisuel afin de présenter son livre Les Vertus de l’échec. On peut saluer le travail promotionnel de son éditeur (Allary) qui, pourtant, ne joue pas dans la cour des grands. De micro en micro, Pépin répète son credo : l’échec peut être nécessaire. Et en guise d’exemples, il reprend toujours les mêmes évocations fournies par l’Histoire (De Gaulle, Churchill …) en terminant par Gainsbourg : si le Serge n’avait pas raté sa carrière de peintre, il n’aurait pas été ce génial auteur de chansons… Et il ajoute qu’il n’aurait pas connu Bardot et Birkin… Tout cela est-il bien sérieux ? C’est tellement facile de lui opposer le contraire : si Gainsbourg avait été un grand peintre… Et vient alors le terrible contrepied : Hitler aussi aurait voulu être un artiste de renom, mais il avait échoué à l’examen d’entrée de l’Académie des Beaux-arts de Vienne… Bref, on attendra le deuxième livre avant de passer un peu de temps avec ce Pépin.

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 L’agréable conversation du déjeuner s’était concoctée autour d’une question lancinante que Pierre Dumayet avait autrefois traitée (Autobiographie d’un lecteur, éd. Fayard, 2000) : Est-il possible que l’on tombe amoureux d’une héroïne de fiction ? Il méditait les échanges en rentrant chez lui lorsqu’il s’aperçut soudain qu’il ne retrouvait pas le prénom de Madame de Rénal. Le supplice cérébral l’empêcha de s’abandonner à la sieste.

                                                                       *

 « Toute la valeur de mon livre, s’il en a une, sera d’avoir su marcher droit sur un cheveu, suspendu entre le double abîme du lyrisme et du vulgaire. »

 (Gustave Flaubert. Lettre à Louise Colet à propos de Madame Bovary, 20 mars 1852)

Samedi 24 septembre

 Jeremy Corbyn est largement réélu à la tête du parti travailliste britannique. Le vieux Labour s’enfonce dans l’archaïsme. Seul un Brexit interne pourra l’en dégager.

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 C’est signé ! Le message provient d’Inde. Il porte sur un contrat qui devrait susciter la création de 40 à 50.000 emplois pour la France. Énorme ! C’est formidable. Malheureusement, c’est l’industrie de guerre qui fera diminuer le chômage. Il s’agit d’une commande de 36 avions Rafale. Jusqu’à ce jour, cet avion était réputé invendable. Aucun des prédécesseurs de François Hollande n’était parvenu à en vendre un seul au point que la raillerie était doucement apparue… Pour une fois, Hollande ne la provoque pas, il la fait taire.

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 « L’esprit supérieur qui, loin de railler, sait endurer la raillerie, se montrer indulgent aux imbéciles, ne pas s’irriter, ne jamais se venger, mais garder le calme fier d’une âme impassible. »

 (Nicolas Gogol. Les Âmes mortes, 1842).

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 Les tribulations d’une jeune et belle avocate talentueuse qui fréquente autant une voyante qu’un psychiatre, les états d’âme de mecs un peu bêtes, un peu salauds, très inconstants et veules… Il n’y a qu’une seule bonne raison d’aller voir Victoria, c’est de suivre la carrière de Virginie Efira qui promet d’être ascendante. Pour le reste, on attendra le prochain film de Justine Triet avec prudence et méfiance. Le temps perdu dans une salle noire culpabilise parfois le cinéphile, qui s’interroge sur son flair.

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 En tondant sa pelouse, il se fabriquait un almanach Vermot. Que dit le contremaître-bûcheron norvégien à ses équipiers ? « Allons les gars, aux bouleaux ! » Que dit le contremaître bûcheron français à ses équipiers ? « Aux arbres, citoyens ! »

Dimanche 25 septembre

 Dans la Cour des Invalides où, comme chaque année, une manifestation leur st consacrée, François Hollande reconnaît « la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon des harkis » dès 1962. Et qu’on ne dise pas que cette déclaration est un revirement de circonstance inclus dans son plan tactique en vue d’une réélection. Primo, cette reconnaissance faisait partie de ses engagements de campagne ; secundo, les harkis votent traditionnellement à droite, en masse, et même à l’extrême droite. Cela dit, Le Figaro ayant choisi l’événement pour libeller sa question quotidienne dans le cadre de l’enquête auprès de ses lecteurs, affiche un résultat quasiment inédit puisque 65 % des réponses sont favorables au président de la République.

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 « De Gaulle a abandonné les harkis : c’est son crime – et le nôtre. »

 (Jean Daniel. Á qui de Gaulle a-t-il menti ?, in Le Nouvel Observateur, 17 septembre 2009)

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 Le Confessioni, film de Roberto Andò, est une fable satirique sur les banquiers et les économistes. Les ministres des Finances du G8 se réunissent sous la présidence du Directeur du Fonds monétaire international dans un grand hôtel italien (le film a été tourné dans le Grand Hôtel de Fiuggi, ville du Latium). Un moine y a été invité. Discrètement et individuellement, il leur donnera non pas une leçon de vie mais une leçon de la vie. « Je ne crois pas à l’utilité du Mal »… Daniel Auteuil parfait dans le rôle du directeur du FMI ; de même Toni Servillo dans le rôle du moine. La photographie est magnifique, les gros plans très expressifs.

Lundi 26 septembre

 Alep. On est fatigué de qualifier cette ville en ruines après les nouveaux bombardements meurtriers qu’elle subit. Les Russes, très présents sur le terrain, ne semblent toujours pas décidés à lâcher Bachar, oh que non ! Loin de là !« Et qui dit mort dit aussi le monde mystérieux auquel on accède par elle. Après tant de réflexions et d’expériences parfois condamnables, j’ignore encore ce qui se passe derrière cette tenture noire. Mais la nuit syrienne représente ma part consciente d’immortalité. »     

 (Marguerite Yourcenar. Mémoires d’Hadrien, éd. Gallimard, 1982)

                                                                       *

 En Pologne, l’interruption volontaire de grossesse est redevenue totalement interdite. En Pologne, pays membre de l’Union européenne…

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 De tous les présidents de la Ve République, seuls Charles de Gaulle et François Mitterrand s’étaient rendu à Calais durant leur mandat. François Hollande y est aujourd’hui, mais pas pour les mêmes raisons que ses prédécesseurs. Il promet le démantèlement complet du camp sauvage de candidats au voyage vers le Royaume-Uni et dans le même temps, il lance un appel aux Britanniques afin que ceux-ci prennent leur part du problème. Détermination et sévérité, fermeté, responsabilité. Que reproche-t-on à ce président pour qu’il soit si impopulaire ?

                                                                       *

 Le 22 décembre 1967 Georges Pompidou démontre que l’on peut traverser Paris en 13 minutes  au volant de sa voiture grâce aux voies express du bord de Seine que le président de Gaulle inaugure en autocar. Aujourd’hui, le Conseil de Paris vote la piétonnisation des berges de Seine. « Piétonnisation » : un néologisme qui aurait fâché Georges Pompidou…

Mardi 27 septembre 

 Le premier des trois débats télévisés entre Hillary Clinton et Donald Trump a tourné à l’avantage de la première, mais il fut tendu et confus tant les protagonistes se sont souvent interrompus. Les médias étatsuniens devraient souligner les aspects approximatifs des arguments du républicain. Wait and see.

                                                                       *

 Encore de nouveaux ennemis découverts par des biologistes et chercheurs  étatsuniens : les chats ! C’est une espèce très invasive. Seuls les rats font mieux dans la disparition de petites espèces animales. Au palmarès de la morbidité, le renard est nettement largué par Minou. Chaque année, des milliards d’oiseaux sont bouffés par les chats. Philippe Geluck a bien fait d’éliminer le sien.

                                                                       *

 « Il suffit de croiser son regard avec celui d’un chat pour mesurer la profondeur des énigmes que chaque paillette de ses yeux pose aux braves humains que nous sommes. »

 (Jacques Laurent. Histoire secrète du chat, éd. Casterman, 1993)

Mercredi 28 septembre

 Sur sa tombe, l’épitaphe qu’il s’était choisie : « Je cherche l’or du temps ». Il y a cinquante ans mourait André Breton. Á l’heure où les anniversaires historiques sont souvent prétextes à manifestations ou évocations commémoratives, on aurait pu s’attendre à davantage de commentaires dans la presse écrite ou dans les programmes du domaine audiovisuel. Le surréalisme reste aujourd’hui le mouvement littéraire et artistique le plus pertinent du siècle passé, ayant révolutionné les modes de pensée autant que l’éthique, la manière d’être. Même au plan des reportages anecdotiques, il était possible de rendre hommage au pape du surréalisme : le petit village de Saint-Circq Lapopie, bourg médiéval construit dans un escarpement rocheux sur la rive gauche du Lot, où il avait sa maison, qu’il quitta en urgence pour être hospitalisé à l’hôpital Lariboisière à Paris et y décéder dès le lendemain. Ses funérailles à la fois dignes et spectaculaires, s’orchestrèrent en un cortège funèbre impressionnant jusqu’au cimetière des Batignolles où la dignité du recueillement était parfois interrompue par des cris d’orfraies théâtrales. On ne sait trop si le défunt aurait apprécié…

                                                                       *

« Il y a à la base de toute réflexion profonde un sentiment si parfait de notre dénuement que l’optimisme ne saurait y présider… Je me crois sensible autant qu’il se peut à un rayon de soleil mais cela n’empêche pas de constater que mon pouvoir est insignifiant… Je rends justice à l’art en mon for intérieur mais je me défie des causes en apparence les plus nobles. »

(André Breton. Lettre à Jacques Doucet, 1er février 1929).

Jeudi 29 septembre

 Huit établissements français figurent parmi les 100 universités les plus innovantes au monde élaboré par l’agence Reuters. La France est - de loin – le pays européen le plus et le mieux représenté dans ce classement.

                                                                       *

 La décision du Conseil de Paris de transformer les berges de la Seine en piétonnier a quelque peu occulté le reste des points à délibérer. Ainsi, sur proposition des écologistes, un espace devra être créé pour la pratique du naturisme, sans doute dans le Bois de Boulogne. C’est  une bonne nouvelle pour les prostituées qui bénéficieront d’un gain de temps non négligeable, lequel pourra ainsi augmenter leur rendement.

                                                                       *

 « Naturiste : corps sage sans corsage. »

(Alain Finkielkraut. Petit fictionnaire illustré, les mots qui manquent au dico, éd. du Seuil, 1981)

                                                                  

Vendredi 30 novembre

  C’est peu dire que Jean-Michel Djian a plus d’une corde à son arc. Journaliste, écrivain, chroniqueur, ancien rédacteur en chef du Monde de l’Éducation, professeur d’université, politologue averti, il est passé maître dans le film documentaire. En octobre, FR 3 diffusera son dernier-né, La Solitude de l’Élysée, qu’il présentait en avant-première dans une salle voisine de la Bibliothèque François Mitterrand. Plus long que les précédents, ce film est remarquablement construit et révèle une maturité parfaitement affirmée chez con auteur. De surcroît, les textes, bien ciselés, sont dits sur le ton juste par Denis Podalydès. Un excellent compagnonnage. Aucun des sept présidents de la Ve République n’échappe au scalpel de Djian : De Gaulle submergé par la houle de mai’68, qui se rend chez Massu à Baden-Baden sans prévenir personne, pas même son Premier ministre Georges Pompidou, lequel, en tant que président, supportera seul le poids de la maladie qui l’emportera et qui l’esquintait en « un mal de gueux » ; la contraste de Giscard, seul au 20 heures devant son poste de télévision pour apprendre son élection, celle de Mitterrand à Solutré, seul devant la foule, scène théâtrale admirablement décrite par Érik Orsenna ; la solitude de Chirac, décidant de ne pas emboîter le pas à George Bush afin d’aller bombarder l’Irak (la plus belle décision de sa vie politique), la solitude de Sarkozy quand il perd ses nerfs et qu’il invective grossièrement les citoyens, un président indigne de sa fonction ; et enfin, la solitude de François Hollande… dans sa propre solitude, celle qui est peut-être, comme elle le fut déjà, son meilleur allié pour réussir (« Je ne suis jamais seul avec ma solitude » chantaient Moustaki et Reggiani…)

                                                                       *

 Pendant qu’ils suivent le cortège funèbre de Shimon Pérès, le dernier grand apôtre de la paix au Moyen-Orient, Barack Obame et François Hollande ne peuvent oublier que leurs avions viennent de déclencher l’offensive de reconquête en allant pilonner Mossoul afin de la délivrer totalement du joug de Daesh. Ce sont les paradoxes de l’ambiguïté diplomatique. Pérès et Obama sont prix Nobel de la Paix, Hollande pas… ou pas encore ?

                                                                       *

 « Seul un peuple fort peut faire la paix avec ses ennemis. »

            (Yitzhak Rabin, in Le Monde 7 novembre 1995)

                                                                       *

 Depuis qu’il est interdit de fumer dans les lieux publics, celles et ceux qui s’adonnent à ce vice le pratiquent en plein air ce qui, parfois, engendre l’accumulation de mégots dans les rigoles ou sur les trottoirs. Un jeune entrepreneur de Brest a décidé de les récupérer afin de les recycler. Les services des régies municipales bretonnes sont sollicités. Certaines communes répondent favorablement à tel point qu’aujourd’hui, ce jeune entrepreneur dynamique a déjà créé huit emplois. Le recyclage permet de fabriquer des objets en tous genres à usage quotidien. Le type d’objet le plus fabriqué, celui qui se vend le plus, c’est le cendrier…                                                                                                                                                                                                                                                                               

 

 

                                                                     

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