semaine 42

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

Tous les billets

17 juillet 2016

Calepins – Juillet 2016 – I

Vendredi 1er juillet

Coup de théâtre à Vienne : la Cour institutionnelle invalide le résultat de l’élection présidentielle. L’extrême droite jubile. Les Autrichiens revoteront à l’automne. Il est souhaitable que les votes par correspondance soient au moins aussi nombreux, réalisés selon les règles légales puisque c’est par là qu’est venu le résultat final et c’est par là que la tendance fut inversée. Cela dit, si l’Autriche – qui n’a pas fait, comme l’Allemagne, son devoir de mémoire – se donne finalement, comme autrefois, à l’extrême droite, on peut s’attendre là aussi à une volonté de quitter l’Union européenne. 

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L’Économie du couple, de Joachim Lafosse. Un huis-clos décrivant la vie ordinaire d’un couple qui se désunit ; une chronique devant intéresser beaucoup de monde puisque d’après les statistiques, 40 % des mariages avec enfants échouent. Dans ce navet, les petites jumelles sont aussi bonnes comédiennes que les trois professionnels : Bérénice Bejo, Cédric Kahn et Marthe Keller. Aucun intérêt. 

 

Samedi 2 juillet

Les cartes géographiques à caractère historique permettent de constater que même en dehors de périodes de guerre, rien n’est jamais figé, les frontières bougent, varient, transforment les régions et les peuples. Une observation des cartes indiquant l’évolution économique des continents reflète des changements encore plus fréquents. Ainsi, de décennies en décennies, l’impact de la Chine en Afrique est fulgurant. Seuls les Etats-Unis semblent le concurrencer. Un autre constat s’impose : la Chine y est également très présente militairement… Quant aux nations européennes, anciens colonisateurs, sans être inexistants, ils sont néanmoins dépassés par ces géants. 

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Extrait du rapport de l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’Énergie (ADERNE) : « Un déploiement massif des énergies vertes en France aurait un impact positif sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages. » Il y a quelques décennies, on prétendait la même chose au départ de la politique culturelle. Et l’avenir le justifia, notamment grâce à l’impulsion du couple Mitterrand - Lang.

« Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. » (Paul Éluard)

 

Dimanche 3 juillet

Mais que se passe-t-il donc en Angleterre ? Les chamailleries agitent tous les partis et les vainqueurs du référendum baissent pavillon. Chez les Tories, Boris Johnson a retiré sa candidature à la présidence et donc au poste de Premier ministre et chez les europhobes d’extrême droite, Nigel Farane-le menteur abandonne la direction de sa formation politique. Bref, les rats quittent le navire. Et comme l’équipe de football a été vaincue par la petite Islande à l’Euro, la tempête gronde au pays de Shakespeare. Mais le reste de l’Europe pourrait bien recevoir des éclaboussures. 

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Méditer Fernando Pessoa et sa théorie de « la fin Créatrice-de-Civilisation de toute œuvre artistique ». 

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Sur le Plateau d’Albion, à Saint Christol, le 2e REG (2e Régiment étranger de Génie) de la légion étrangère a remplacé le stock de missiles nucléaires. C’est du moins ce que l’on dit…Quant à la légion, si elle se nomme toujours ainsi, elle n’est plus étrangère comme au bon vieux temps de colonies, et les hommes, toujours cependant vêtus de képis blancs, ne sentent plus le sable chaud. 

 

Lundi 4 juillet

Henry de Lesquen est un raciste affirmé et un négationniste assumé. Il s’est fait virer de la radio qu’il dirigeait, à cause de ses propos vraiment trop excessifs. Nom de l’organe : Radio-Courtoisie. 

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Parmi les révélations éditoriales que l’on doit à José Corti, le Journal intime au Portugal et en Espagne, 1787 – 1788 de William Beckford (homme politique anglais, critique d’art, écrivain) est un régal ; un témoignage très original pour connaître cette période pour le moins mouvementée de l’Histoire, où l’art de courtiser restait néanmoins les occupations essentielles des diplomaties. Tels ces extraits : « Samedi 1er septembre 1787. Melle Cotter, un des crapauds d’honneur de la consulesse, Mme Gildemeester, s’est enhardie à venir dîner chez moi aujourd’hui, malgré les sarcasmes de sa patronne qui déclare que mes civilités la gâteront (…) Samedi 26 janvier 1788. Chez Cogolludo. Mme de Listenois m’a parlé sans détour et m’a laissé clairement entendre que son affection pour moi ne connaît plus de bornes. » Dieu que la vie est chargée, compliquée, comme elle taraude l’esprit ! Il faut toutefois sauvegarder l’esprit ! Á preuve, le lendemain : « Dimanche 27 janvier 1788. C’est devenu chez moi une habitude invétérée que d’aller à la messe. »

 

Mardi 5 juillet

Après avoir fait construire la plus grande résidence présidentielle du monde, négligeant ainsi celle de Mustapha Kemal Atatürk, après avoir fait construire la plus grande mosquée du monde, Recep Erdogan se prépare à construire un aéroport qu’il baptisera : Aéroport Erdogan. La folie des grandeurs prend un tour tragique en Turquie. Car à force de caresser les superlatifs, il inventera bientôt le plus grand pouvoir absolu du monde. Qui sait ? Il parviendra peut-être à détrôner la Corée du Nord dans ce délire-là…

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Rêver d’une chouette aveugle.

 

Mercredi 6 juillet

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika bouge encore. Après un an d’absence en public, il a participé hier aux commémorations du 59e anniversaire de l’indépendance de son pays. Mais l’atmosphère fin de règne semble cette fois se confirmer. Des remous en témoignent, surtout dans l’armée. Premiers symptômes, première conséquence : le musèlement de la presse, pourtant déjà bien contrôlée. 

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Nicolas Hulot ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Cela laissera plus d’espace à Cécile Duflot qui aurait de toutes façons – elle ne s’en est jamais cachée-tenté sa chance. Hulot la soutiendra-t-il pour autant ? Rien n’est moins sûr. Et s’il se plaçait au côté de François Hollande ? Après tout le succès de la COP 21 leur est œuvre commune…

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Ô Ventoux si envoûtant !... Ventoux ventouse !

 

Jeudi 7 juillet

Dans son Dictionnaire amoureux de la Provence (Plon, 2005), Peter Mayle consacre une rubrique à l’OM qui débute ainsi : « Certaines personnes imaginent, de façon erronée, que l’OM – l’Olympique de Marseille – n’est rien de plus qu’une équipe de football. Elles se trompent : en fait, il s’agit d’une religion, une religion mineure, mais qui prospère. Son temple est le Vélodrome, où quarante mille adeptes se réunissent, durant la saison, pour voir le grand prêtre de l’OM (le capitaine) mener ses acolytes au bon combat contre les forces du Mal (l’équipe adverse) (…) » Ce soir les adeptes avaient pour mission de soutenir et d’encourager l’équipe de France afin qu’elle vienne à bout de l’équipe d’Allemagne, championne du monde. Á coups de Marseillaise entonnée à l’unisson tout au long du match, les adeptes connurent l’extase : la France vainquit l’Allemagne (2–0) et se hissa en finale du championnat d’Europe. Rendez-vous dimanche pour la dernière rencontre du tournoi, à Paris, au stade de France cette fois, et contre le Portugal, pour que l’extase puisse s’achever en jouissance effrénée. 

 

Vendredi 8 juillet

Réunis à Varsovie, les membres de l’OTAN décident d’installer quelques milliers de soldats en Pologne et dans les Pays Baltes pour faire face à des appétits russes. Le déploiement est le plus important depuis la guerre froide des années cinquante. Fallait-il narguer Poutine à ce point, lui qui est si nécessaire dans la destruction de Daesh ? C’est bien là-bas, en Syrie et en Irak, que le monde est pour le moment le plus susceptible d’exploser ! Le Brexit britannique plane aussi sur la réunion. Il s’agit de démontrer que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’altère en rien son investissement dans le Traité de l’Atlantique Nord. On veut contrarier l’ours russe, le menacer, le sermonner préventivement ; peut-être est-il en train d’en rire. 

 

Samedi 9 juillet

Après avoir dirigé l’Europe pendant dix ans, de 2004 à 2014, en tant que président de la Commission, José Manuel Barroso devient conseiller du groupe ultra-capitaliste Goldman Sachs. Une pluie de critiques, de multiples témoignages d’indignation s’abattent sur sa personne. Même si l’intéressé opérait une reculade, son image vénale sera ternie à jamais. Et celle de l’Europe en est de nouveau frelatée.

 

Dimanche 10 juillet

Dans un Stade de France plein comme un œuf et bariolé de tricolore, la France laisse échapper le titre de championne d’Europe qui s’offrait à elle devant un Portugal que l’on disait n’être plus que l’ombre de lui-même et qui, de surcroît, perdait son meneur de jeu Cristiano Ronaldo, sur blessure dès la 25e minute (0 – 1). Il n’ya plus qu’à ranger les drapeaux, méditer sur le danger des certitudes, et retrouver un peu moins d’arrogance au profit d’une indispensable modestie. 

11 juillet 2016

Le Cercle des Panseurs libres

Mais non, l'Ogre n'avait pas succombé à quelque indigestion ! Son credo, si le mot convient, c'est celui d'une cuisine attentive à des valeurs qui nous sont chères : le respect de la planète passe aussi par les aliments ; la culture, par la table et le libre examen, par la dégustation. Le plaisir et la fraternité étant parallèles, ne croyez pas qu'il s'agisse de vous embarquer dans l'une ou l'autre croisade désolante et sectaire. Je ne suis pas devenu végétarien. Voilà pourquoi désormais c'est dans ce Cercle des Panseurs libres (ah, on me dit qu'il y a une faute d'orthographe?) que paraîtront mes billets.

Ayant un peu fait le tour de l'essentiel, passons à présent à l'accessoire et voyons ce qui se fait ailleurs que dans ma propre cuisine, où, selon l'humeur du moment, je n'hésiterai pas à revenir si j'ai des conseils à vous proposer. Mais examinons produits, marchés, restaurants et coutumes ou tendances d'un œil neuf... Désormais, dès la rentrée, et à une cadence certes variable mais néanmoins soutenue, vous trouverez donc sous ma plume une rubrique un peu différente, plus courte, axée sur un seul point, qui peut aller de la critique d'un restaurant à l'examen de points controversés comme faut-il boire de la bière avec la pizza ou mettre du fromage dans le gratin dauphinois ?

Par ailleurs, les négociations sont en cours (il nous reste quelques bouteilles à vider), je ne désespère pas d'inviter un mien ami pansu et goûtu à vous soumettre ses excellentes recettes (même si, pour en revenir à la bière et à la pizza, je ne partage pas toujours ses coups de cœur) ici-même.

D'ici là, bel été, bonnes vacances, bon appétit et large soif.

Image: 

<p>Photo &copy; L&#39;Ogre</p>

09 juillet 2016

Politique de clowns, politique nationaliste, politique du mensonge, politique décriée…

Mais où sont les grands hommes et femmes politiques ?

Jeudi 16 juin

Le gouvernement turc cède aux menaces d’un groupe d’ultras-nationalistes et annule la Marche des Fiertés (Gay pride) qui devait défiler demain à Istanbul. Il sera difficile d’admettre que Recep Erdogan, autocrate affirmé, puisse se laisser influencer par un quarteron d’excités. On serait plutôt enclin à considérer que le sultan n’apprécie guère ce cortège multicolore. 

Réflexion de Julien Gracq à Régis Debray : « La politique n’est plus une activité sérieuse pour l’esprit. »

 

Vendredi 17 juin

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, annonce qu’il proposera demain au Bureau national de son parti l’organisation d’une élection primaire pour choisir le candidat de « La Belle Alliance » (PS, PRG, Écologistes) à l’élection présidentielle. C’est une superbe parade mise au point avec l’accord de François Hollande, une initiative qui coupe le sifflet à bien des frondes et des ambitions retenues. On salue aussi l’habileté de François Hollande. Il n’est pas interdit de lui reconnaître aussi un certain panache. 

Témoignage d’un journaliste belge ayant suivi les rassemblements du parti républicain aux Etats-Unis (RTBF radio, 18 h 50) Lors d’un somptueux dîner dont le but est de financer la campagne de Donald Trump, on met une arme sophistiquée aux enchères. Les journalistes présents questionnent le président de séance à ce propos. Celui-ci leur répond : « L’arme, ce n’est pas le danger ; le danger, c’est Hillary Clinton. » Il y a un commentaire à bâtir sur cette anecdote, c’est No comment.

 

Samedi 18 juin

Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, rend visite au Premier ministre grec Alexis Tsipras. Il se fait photographier en sa compagnie vêtu d’un gilet de sauvetage orange. Le symbole est très fort. Nicola Hulot aurait-il, la semaine dernière, inventé une nouvelle attitude manifestant réprobation pour les uns, solidarité avec les autres ? 

 

Dimanche 19 juin

Que pour la première fois, une femme devienne maire de Rome, c’est désormais dans l’ordre normal des choses. Paris en a une aussi… Que cette femme n’appartienne pas à l’une des  grandes familles politiques de son pays, c’est moins fréquent mais pas inédit. Ada Colau, cette militante sociale de 42 ans, dirige Barcelone depuis mai 2015. En revanche, qu’elle soit présentée par l’équipe d’un clown, ça, c’est unique. Virgina Raggi, avocate de 37 ans, membre du parti 5 étoiles de Beppe Grillo, réussit cette performance et pas de justesse s’il vous plaît, avec 65 % des voix ! Au moment où les médias annoncent le résultat, France 2 diffuse Coluche, le film d’Antoine de Caunes qui retrace, à l’occasion du 30e anniversaire de sa mort, la périlleuse période où il avait tenté de concourir à l’élection présidentielle. L’interprétation remarquable de François-Xavier Demaison  lui valut d’ailleurs un César. Un clown chasse l’autre trois décennies plus tard face au suffrage universel. 

« Le nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que le sentiment européen parce qu’il est toujours plus aisé de reconnaître ce qui vous appartient que de comprendre votre voisin avec respect et désintérêt. » Cette réflexion de Stefan Zweig, Élisabeth Guigou l’utilise dans le JDD pour clamer qu’il st impératif de refonder le projet européen. L’action politique est une pédagogie, Guigou l’a souvent démontré tout au long de sa carrière. Partant, la construction de l’Europe l’est aussi, ô combien ! Alors que la semaine va s’ouvrir dans l’attente du référendum britannique sur le Brexit, des opinions se manifestent déjà sur l’avenir de l’Union européenne. Il faut parier sur le fait que si David Cameron a joué à se faire peur pour des raisons électorales, il a rendu un grand service à l’Europe en ce sens qu’il libérera certaines initiatives de renforcement comme la création d’une zone euro renforcée par une union économique et sociale par exemple. Il faut parier sur le fait que quel que soit le résultat du référendum, celui-ci, par sa clarification des faits et des comportements aura été un bien pour l’Union européenne. 

Á l’Euro de football, le résultat de France - Suisse (0-0) arrange tout le monde. La France termine première de son groupe et la Suisse est qualifiée. Le spectacle a cependant failli prendre un tour burlesque tant la pelouse du stade Pierre – Mauroy de Lille avait été détrempée à la suite des multiples pluies abondantes que le Nord avait connues ces dernières semaines. On utilisa les moyens les plus sophistiqués pour la rendre quand même praticable lorsque l’on s’aperçut que la télévision dévoilerait sa misère. Que pensez-vous qu’il advint ? On la peignit en vert.

 

Lundi 20 juin

L’angoisse et la crainte habitent de nombreux hommes d’affaires et beaucoup de politiciens. Elle ne fera que s’amplifier d’ici jeudi soir, lorsque l’on connaîtra le résultat du référendum britannique. Les citoyens européens ne semblent pas très contrariés par l’enjeu, préoccupés plutôt par les mesures de sécurité liées aux menaces d’attentats, les caprices lourds de la météo et les matches de l’Euro 2016. Justement, ce soir, l’Angleterre et le Pays de Galles, tous deux appartenant à la même poule, jouaient leur qualification pour les huitièmes de finale. Ils se qualifièrent tous les deux mais le Pays de Galles beaucoup plus brillamment que l’Angleterre. Comme les nerfs sont à fleur de peau, les superstitieux parmi les pro-européens y décèlent un mauvais présage.

Le Musée des Arts premiers du Quai Branly s’appellera désormais le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac. Cette décision survient en point d’orgue de l’inauguration d’une grande exposition d’hommage à son créateur pour les 10 ans de l’établissement très fréquenté en toutes saisons. Ainsi, après de Gaulle qui était un musée vivant à lui seul, Georges Pompidou créa le Centre Beaubourg, Giscard d’Estaing le Musée d’Orsay et François Mitterrand le Grand Louvre, la Très grande Bibliothèque de France ainsi qu’une trentaine de lieux voués à l’art et à la culture comme l’Opéra Bastille ou la Grande Arche de la Défense. Seul Nicolas Sarkozy ne s’inscrit point dans ces traces-là ; et il est à craindre que François Hollande ne s’y retrouve guère non plus… Á moins qu’il soit réélu en 2017…

Que l’on apprécie ou non la manière dont Frédéric Beigbeder choisit de dépeindre la décadence de notre monde en démontrant que la Russie d’aujourd’hui sombre dans le stupre et la bassesse financière tandis que l’Occident exploite la beauté féminine d’une façon outrageante et outrancière, soit. On doit cependant accepter un constat que l’on devra vérifier dès qu’il nous proposera un prochain film : avec L’Idéal, il a tout simplement inventé une nouvelle manière de pratiquer l’art cinématographique.

 

Mardi 21 juin

Il était 0 heure 34 lorsque l’été survint. Il fallait vraiment faire confiance aux scientifiques pour le croire parce que ce sont bien les seuls à saluer le solstice. Ni la température, ni le ciel ne le laissent percevoir. 

David Cameron, surmené, implore son peuple : « Pour vos enfants, vos petits-enfants, votez pour rester dans l’Union européenne. Mais Bon Dieu, tu n’avais qu’à pas hein vieux ! … Ce langage-là, il fallait le tenir avant de décréter l’organisation d’un référendum !

Frédéric Mion, le directeur de Sciences-Po, est heureux d’annoncer l’acquisition de l’Hôtel de l’Artillerie, place Saint-Thomas d’Aquin (7e arr.) pour créer le campus parisien de son établissement. Cette haute école, qui a vu passer tous les présidents de la Ve République, démontre ainsi plus nettement son importance dans les affaires publiques. Et quand on s’interroge auprès de Frédéric Mion sur la création d’une section du FN au sein de son école, il n’hésite pas à pointer du doigt les médias, ce qui est pourtant très mal vu en général. Outre le fait que l’on pourrait se demander pourquoi,  une école comme sciences-po ne reflèterait pas l’image que les urnes projettent de la société ; il précise que la section rassemble une dizaine d’élèves sur 13.000 et quelle ne doit donc son effet médiatique… qu’aux médias eux-mêmes… Une position courageuse à méditer.

Les Chinois aiment tellement faire référence aux animaux qu’ils en baptisent les années ainsi que l’horoscope. Ils utilisent aussi les bébêtes dans les sentences et les proverbes. L’ancien président Deng Xiaoping, excellait dans l’exercice. C’était un peu leur Jean de La Fontaine. On devrait publier ses pensées humaines à base de faune comme jadis on diffusa celles de Mao. On y décèlerait quelques principes de gouvernement reflétant son magistère. Celui-ci par exemple : « Il faut égorger le poulet pour effrayer le singe. »

 

Mercredi 22 juin

Rétroviseur pertinent (suite et sûrement pas fin) « Dans tout homme sommeille un prophète et quand il s’éveille, il y a un peu plus de mal dans le monde.» (Cioran. Précis de décomposition, 1949).

 

Jeudi 23 juin

Sous le parrainage de Raul Castro, les FARC et le gouvernement colombien cessent leurs combats et trouvent une entente pour gouverner la Colombie. Le plus vieux conflit d’Amérique latine prend fin. Á La Havane, le rebelle Timochenko et le président Santos échangent une poignée de mains. Á Bogota, la photo symbolique laisse pantois. Le commerce de la drogue va en prendre un coup, surtout si le calumet de la paix et les cigares cubains couvrent désormais les envies des protagonistes. 

De nos jours, pour se faire entendre, il faut surtout être vu.  Le groupe des Démocrates au Sénat étatsunien pratique un sitting au pied de la tribune du Congrès pendant 24 heures en arborant des pancartes contre la vente libre des armes. La scène est pour le moins insolite. La sensibilisation est totalement réussie. Pas sûr toutefois que les lobbys sont impressionnés. 

 

Vendredi 24 juin

Un coup de tonnerre s’abat sur l’Union européenne : les Britanniques se sont prononcés par référendum pour la sortie de l’Union à 52 % Des hectolitres d’encre vont être utiles pour imprimer les innombrables commentaires que le Brexit provoquera et les multiples analyses qui en découleront. La situation étant inédite, il est prudent de ne pas s métamorphoser en prédicateur. Quelles sont les seules certitudes qui se dégagent pour l’heure ? D’abord les auteurs-acteurs de ce changement radical. Ils l’ont voulu, ils l’ont eu. La Grande-Bretagne va connaître une crise économique et financière considérable. Mais si l’on surmonte pareille situation, celle qui découle d’une crise institutionnelle est beaucoup plus difficile à dominer. Il est à craindre que l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles, régions pro-européennes, désirent se détacher du Royaume-Uni. Ensuite les partenaires délaissés. Il est urgent que l’Europe se reconstruise (« se réinventer » cf. François Hollande)  en approfondissant son identité. Il faut doter  la zone euro d’un parlement, d’un budget, d’une autonomie qui permette aux citoyens d’y percevoir une réelle gouvernance. Les six pays fondateurs doivent se concerter afin de réagir concrètement et positivement à cette immense et tragique équation « un sursaut », François Hollande encore). Et il faut faire vite, très vite. Le temps est compté. En 2017, le moteur franco-allemand pourrait changer de têtes. François Hollande et Angela Merkel retourneront devant leurs électeurs. Deux ans plus tard, il s’agira de renouveler le parlement européen et la Commission.  Á quelque chose malheur est bon prétend le proverbe. Voici une occasion idéale de le vérifier. 

« La lucidité aveugle du désir. » (Raymond Jean, Europe, novembre-décembre 1968)

 

Samedi 25 juin

Faudrait-il que les présents Calepins se transforment pour un temps (assez long peut-être…) en Journal du Brexit ? Non bien sûr. Certes, les initiatives politiques nombreuses qui se prennent toutes les heures – en particulier de la part du couple franco-allemand – sont à bon gré tellement déterminées, multiples et dynamiques qu’elles donneront naissance à des livres pendant plusieurs mois. Mais il est des faits, tantôt loufoques, tantôt inattendus, tantôt insupportables qu’il est bon de mentionner. Celui-ci par exemple :

Hier soir au Journal de 20 heures de France 2, devant l’ambassadeur du Royaume-Uni en France et Laurent Delahousse, Daniel Cohn-Bendit s’est une fois de plus indigné de l’image fausse que les opposants à l’Europe se permettent de donner. Cette fois-ci, il disposait d’une tromperie flagrante. Le parti d’extrême droite dirigé par Nigel Farage a fait campagne pour le « out » en prétendant que le Royaume-Uni versait chaque semaine plus de 350 millions de livres sterling (soit 434 millions d’euros). Il s’engageait, en cas de victoire du Brexit, à verser cet argent à la sécurité sociale. Ce n’était pas une petite promesse en l’air, c’était son principal argument de campagne, celui qui figurait en gros caractères blancs sur le bus rouge sillonnant le pays. Deux heures à peine après que le résultat fut connu, sur un plateau de télévision, une journaliste lui demanda s’il confirmait cet engagement. Il répondit par la négative. Elle lui rétorqua que 17 millions de personnes avaient voté pour lui en connaissance de cause. Embarrassé, il reconnut que c’était « une erreur de la part du camp des ‘non’ ». Une erreur ? Disons plutôt un mensonge éhonté ! Aujourd’hui, à midi, la vidéo de ce dialogue inouï avait déjà été visionnée par plus de 1,6 million de personnes grâce à Internet. On apprenait aussi qu’un million de signatures avait déjà été recueilli pour l’organisation d’un nouveau référendum. L’Écosse demande à l’Union de rester dans l’Union, des responsables de haut niveau envisagent l’adhésion de la zone londonienne ( ?!) Bref, la pagaille règne outre-Manche…

 

Dimanche 26 juin

La Belgique et la France sont désormais confrontées à une nouvelle vague de réfugiés. Ceux-ci sont plutôt des réfugiés confortables, non dépourvus de tout et qui n’ont donc pas besoin d’une aide de l’État. En effet, de plus en plus de Britanniques souhaitent s’installer dans ces deux pays et d’emblée, sollicitent leur naturalisation. Leur motivation est de deux types : on distingue d’abord de véritables candidats à l’émigration, citoyens écœurés par la situation politique de leur pays. Peut-être que pour la plupart d’entre eux, implantés depuis toujours sur leur sol natal, la raison effacera la réaction émotionnelle au fil des jours. L’autre catégorie est plus déterminée. Elle concerne des personnes qui gagnent leur vie grâce à l’Union européenne : entrepreneurs anglais dont le commerce avec les pays membres constitue la part la plus importante de leurs affaires ; fonctionnaires dans des institutions européennes. Plus de deux mille d’entre eux, résidant à Bruxelles, se sont déjà rendus dans des administrations communales pour introduire leur demande. To be or not to be, ici ou ailleurs…  Le dilemme shakespearien se dissout dans un conflit cornélien. 

Un pari sur l’avenir : Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, succédera en fin d’année à Ban Ki-moon.

… Mais déjà, l’Union européenne se doit d’être attentive à un autre scrutin, celui des élections législatives espagnoles, suscitées par l’impossibilité d’obtenir un compromis entre les forces qui s’étaient dégagées il y a six mois…

 

Lundi 27 juin

Si la démocratie est malade, ce n’est pas le référendum qui va la guérir. Alors que des millions de pétitionnaires britanniques réclament une nouvelle consultation populaire, les opposants à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes rejettent le résultat qui donne le « oui » largement vainqueur. « L’autorité de l’État » comme dit Valls (comprenons : les forces de police) va devoir s’exercer là aussi. La campagne, ça les changera des artères parisiennes… Jusqu’à ce que lassitude et fatigue s’en mêlent. 

Une génération de stars ferme un chapitre de l’histoire du football. Á l’Euro qui se déroule en France, la Suède fut éliminée dès le premier tour. Zlatan Ibrahimovic a déclaré qu’il mettait fin à sa carrière dans l’équipe nationale. En finale du tournoi équivalent qui se déroule aux États-Unis (la Copa America), pour la deuxième fois consécutive, le Chili a battu l’Argentine  manquant d’ardeur tandis que Lionel Messi, qui a raté un penalty, annonça aussi son retrait. Si le Portugal, qui s’est qualifié de justesse face à la Croatie, achevait bientôt son parcours dans l’Euro, Cristiano Ronaldo pourrait en faire de même. Sur le terrain des exploits, on attend de nouveaux noms. Pour l’heure, on peut déjà pointer celui du Belge Eden Hazard. 

Avec Cherchez Hortense, Pascal Bonitzer nous avait entraînés dans une narration compliquée, parfois oppressante, qui soudain, sur la fin, s’éclaircissait totalement, par un contrepied très judicieusement élaboré. Avec Tout de suite maintenant, la narration reste inutilement compliquée, ce qui rend le film suspendu dans un vide décevant. Il faut donc goûter surtout le jeu des acteurs : Agathe Bonitzer bien dans son rôle, tout comme Isabelle Huppert. Jean-Pierre Bacri, Vincent Lacoste et Lambert Wilson sont aussi excellents. Quelques scènes sont réussies grâce à tous ces talents. Ainsi, les face-à-face entre Huppert et Bacri, meilleurs moments du film. 

 

Mardi 28 juin

Peut-être inspiré par l’attitude de David Cameron, Daniel Ortega, qui vise une réélection à la tête du Nicaragua, n’hésite pas à ébaucher des paris fous. Alors que l’on vient d’inaugurer l’élargissement du canal de Panama, permettant ainsi à des navires de très grands tonnages de rejoindre les eaux de l’Atlantique et de Pacifique il envisage de creuser un autre canal afin de faire concurrence à l’existant et d’enrichir ainsi son pays. Ce dessein ne pouvant être pris au sérieux que par quelques citoyens candides et naïfs ainsi que par les affidés de l’homme au pouvoir, Ortega avance une carte astucieuse : il dispose de l’engagement d’un magnat chinois. Ferdinand de Lesseps possède donc un disciple. C’est fabuleux. Une conclusion s’impose : il y a des magnats en Chine. 

 

Mercredi 29 juin

Á peine David Cameron avait-il quitté, le cœur gros, le Conseil européen qui se tenait à Bruxelles, que la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon fréquentait les arcanes principaux afin de préciser officiellement que sa région souhaitait rester dans l’Union européenne. Avec sa manie d’embrasser tout le monde, Jean-Claude Juncker donne l’impression d’une complicité déjà mûre. Les choses ne seront pas si simples. Ce président de la Commission est un vieux renard essoufflé. Il n’a pourtant pas encore 62 ans.

Long entretien de François Hollande dans Les Échos. L’on prend désormais conscience qu’il se pose en futur candidat. Non seulement il défend son bilan, mais pour la première fois, il critique le programme des candidats à la primaire de la droite. Une joute encore cachée commence avec Nicolas Sarkozy. Si Juppé veut encore avoir ses chances, il est temps qu’il pose un acte fort.

L’aéroport de Zaventem, touché par un attentat islamiste le 22 mars, n’est pas encore complètement en bon ordre de marche. Des files d’attente considérables garnissent les guichets et des services comme la bagagerie laissent souvent à désirer. L’aéroport Atatürk d’Istanbul, qui a connu les mêmes horreurs hier, fonctionne de nouveau normalement. Allez savoir…

Les cigognes, porteuses de bébés, reviennent en Alsace. La France, qui possédait déjà le plus fort taux de natalité d’Europe, va encore développer sa démographie. 

 

Jeudi 30 juin

Demain, François Hollande retrouvera déjà le Premier ministre britannique, accompagné de la famille royale. Ce sera dans la Somme, pour commémorer la bataille considérée comme « le Verdun des Anglais » (1er juillet - 18 novembre 1916).  Ils y perdirent des centaines de milliers d’hommes. Les Allemands et les Français connurent aussi de nombreuses pertes. La commémoration du centenaire ne concernera pas l’ensemble de l’Union européenne. Cela vaut mieux pour le Premier ministre belge car si son pays opposa une valeureuse résistance, en particulier en région liégeoise, il est aussi le seul à avoir connu une collaboration dans cette guerre-là, ainsi que le souligne Luc Beyer de Ryke dans son remarquable étude-enquête Ils avaient leurs raisons. 14 – 18 & 40 -  45 ; La collaboration en Flandre (édition Mols).

07 juillet 2016

Du mercredi 08 au mercredi 15 juin

La planète vit au rythme foot, attentats, manifestations et violences. Chronique sombre émaillée de propos de Victor Hugo et d’une réflexion bienvenue sur « construire des ponts plutôt que des murs ». 

Mercredi 8 juin 

Tous les trains ne circulent pas et les poubelles, dans les rues, ne sont plus ramassées. Ainsi vit actuellement la Belgique. Mais ainsi vit aussi la France, à deux jours de l’ouverture de l’Euro, la fête du football. Tandis que les stades, les terrasses équipées de la télévision et les places publiques où se dressent de grands écrans seront des lieux d’attentats idéaux, les militants syndicalistes veulent profiter de l’événement pour accroître leurs revendications. Salir l’État qui accueille des supporteurs du monde entier venus pour se distraire et s’amuser, cela relève de l’incivisme. 

C’était le 16 mai 1916. Le Britannique Mark Sykes pour le Royaume-Uni et le Français François-Georges Picot parvenaient à un accord sur le partage de leur influence dans le Proche-Orient. Ces textes eurent donc cent ans le mois dernier mais ce fut là un centenaire que chacun évita de commémorer. Pourtant, s’intéresser à ces accords permet de mieux comprendre les racines des conflits d’aujourd’hui en Syrie, en Irak et aujourd’hui de cerner le comportement de la Turquie d’alors. Au lendemain d’un attentat palestinien qui causa la mort de quatre Israéliens (tandis que les médias sont moins diserts à propos des sévices existant dans l’autre sens…), relevons que les querelles entre les chiites et les sunnites sont beaucoup plus meurtrières.  Car lorsque l’on se toise au nom du Gott mit uns, on sombre vite dans le torrent sanguinaire. « Quand on pense que les chrétiens, porteurs d’une religion d’amour, ont pu déporter, liquider, torturer, massacrer pendant des siècles au nom même de cette religion, on peut se demander ce qu’il en serait advenu si, au lieu de la secte du Christ, celle des pharisiens, pour qui tout ce qui est goy est impur, avait triomphé. » (Edgar Morin. Journal, lundi 24 – jeudi 27 avril 1995)

Louis XVI connut la déchéance avant d’être décapité. Benoît XVI connaît la déchéance après s’être écarté de son magistère. Quant à l’année deux mille XVI, elle ne se porte pas très bien non plus. 

 

Jeudi 9 juin

Une émission de radio ou de télévision, un discours, un article de presse, un livre bien entendu… Il ne se passe pas un jour sans que, 131 ans après sa mort, une référence ne soit énoncée à propos de Victor Hugo. Aujourd’hui, c’est Franz-Olivier Giesbert, toujours mordant, direct, qui le cite dans son éditorial du Point : « Quant à moi, en voyant les consciences qui se dégradent, l’argent qui règne, la corruption qui s’étend, les positions les plus hautes envahies par les passions les plus basses, en voyant les misères du temps présent, je songe aux grandes choses du temps passé, et je suis, par moments, tenté de dire à la Chambre, à la presse, à la France entière : tenez, parlons un peu de l’Empereur, cela nous fera du bien. » Et Giesbert (qui ne cite hélas ! pas sa source ni la date de cette réflexion…) d’ajouter : « On dira aujourd’hui : ‘Tenez, parlons un peu de Charles de Gaulle, cela nous fera du bien !’ »

Et tandis que l’on médite encore sur cette citation, Le Figaro nous apprend que François Hollande visitera lundi La Boisserie, à Colombey-les-Deux-Églises, répondant ainsi à l’invitation de la famille du Général ; il en profitera pour aller se recueillir sur sa tombe comme il se doit et arpenter le Mémorial; vendredi, il découvrira l’exposition De Gaulle à Trianon et samedi, dans la tradition du 18-juin, on le retrouvera au Mont Valérien. Le sauveur de la France aurait sûrement trouvé une formule croquignolette pour décrire l’emploi du temps respectueux du président.

"Ne soyons plus anglais ni français ni allemands. Soyons européens. Ne soyons plus européens, soyons hommes. - Soyons l'humanité.

Il nous reste à abdiquer un dernier égoïsme : la patrie."
Victor Hugo - 1802-1885 - Choses vues - 1846

 

Vendredi 10 juin

Victor Hugo, encore. L’aspect décousu, débordant, excentrique, formidablement populaire de ses funérailles fut superbement relaté par Jean-François Kahn d’une manière époustouflante dans son maître-livre Victor Hugo, un Révolutionnaire (éd. Fayard, 2001). La préparation de ces obsèques grandioses  fut aussi très bien rapportée par Judith Perrignon dans son roman Victor Hugo vient de mourir (éd. L’Iconoclaste). Sans doute celles de Mohamed Ali furent-elles aussi impressionnante et gigantesques. La comparaison pourrait tenir, sauf peut-être sur un point : est-ce que les prostituées de Louisville se donnèrent gracieusement en hommage au champion rebelle comme le firent celles de Paris le 1er juin 1885 ?

Mêlant tragédie, ironie et bon sens populaire, Yvan Attal a voulu réaliser un film qui nous permettrait d’en finir avec l’antisémitisme. Hélas ! C’est un navet. L’initiative était pourtant louable. Serait-ce parce que l’antisémitisme est non pas ancré mais plutôt enraciné dans nos mœurs ?   

Facéties auditives. Entendre « au bas mot » et comprendre « Obama ». Entendre « secrétaire » et comprendre « sectaire ».

Début de l’Euro sur le sol de France. De justesse, celle-ci bat la Roumanie (2-1) au Stade de France à Paris. Tout va bien. Les autochtones voient déjà leurs champions en finale. Tout s’est bien déroulé pendant le concert géant au Champ-de-Mars, durant la cérémonie d’ouverture ainsi qu’au cours du match. Ce qui doit être la fête du football durera un mois. D’ici-là, pour en savoir plus sur le monde, aller directement à la page 4 du journal habituel. Les trois premières seront consacrées à la compétition. Il est vrai que l’on peut de plus en plus souvent évoquer la vie du monde à partir des rencontres sans se limiter à leur déroulement. Et puis, l’importance du fait à informer varie : il y a 40 ans, la pollution d’une rivière était traitée dans la page des faits divers…

 

Samedi 11 juin

On y est désormais habitué : le foute, c’est la guerre. Et dès qu’il s’agit d’un grand tournoi, les batailles s’accumulent. Une particularité est désormais apparue en ce début d’Euro en France : à présent, il n’est même plus question de se rendre au stade pour se bagarrer ; la castagne se déroule dans la ville d’accueil. En l’occurrence, c’est à Marseille que les hostilités ont été les plus violentes : un mort sur le Vieux port et quelques dizaines de supporteurs à l’hôpital. Ce sont les hooligans qui se sont déchaînés. Comme toujours, ces Britanniques… Certes, mais on a pu constater que la Russie avait désormais elle aussi ses hooligans. Á noter que jusqu’à présent, on n’a pas encore repéré un seul malfaiteur syrien, ni même d’ailleurs un seul musulman. Nous sommes en plein Ramadan. La rupture du jeûne a donc lieu pendant le dernier match de la journée.

Une exposition le prouve : l’armée française fut victorieuse à Waterloo. C’était à Mont-Saint-Jean (commune aujourd’hui fusionnée avec Waterloo) les 6 et 7 juillet 1794. L’armée Sambre-et-Meuse du général Jourdan repoussait les forces européennes coalisées qui voulaient mater la Révolution française et marcher sur Paris. Non seulement l’armée française fut victorieuse, mais elle en profita pour, elle, marcher sur Bruxelles et conquérir toute la Belgique. Cette exposition, il faut le préciser, se tient au Musée Wellington. Cette Belgique est vraiment déroutante. 

Prise d’otage et panique dans les abords de Wall street. Malgré la présence de Julia Roberts et de George Clooney, le deuxième film réalisé par Jodie Foster, Money monster, est un nanar. Mais il dégage une caractéristique intéressante : il décrit par défaut ce que serait un monde où seul l’argent aurait une importance supérieure à toutes les autres règles et conditions d’une vie en société. On n’en est peut-être pas si éloigné. 

 

Dimanche 12 juin

Les meurtriers djihadistes provoquent un bain de sang dans une boîte très fréquentée d’Orlando : plus de 50 morts, des dizaines de blessés. Comme lors des attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis se découvrent vulnérables de l’intérieur. La fin du mandat d’Obama le place devant un dilemme : faut-il encore augmenter la sécurité dans les rues ou faut-il plutôt doubler la fréquence des frappes aériennes sur l’État islamique, lequel n’a pas tardé à revendiquer les actes d’horreur ? Une alternative qui ne doit pas réjouir le prix Nobel de la Paix mais qui ne peut cependant pas être délaissée, ses deux branches pouvant même être accomplies de conserve. 

Une famille de bourgeois dégénérés originaire de Tourcoing vient passer des vacances dans sa maison de la Côte d’Opale. Ils y sont seuls. On est encore loin des congés payés, disons la Belle époque, qui ne l’était pas pour tout le monde, en particulier pour la famille qui vit tant bien que mal dans une sorte de taudis à quelques hectomètres, sorte de prolétaires de la mer. Bruno Dumont a réalisé avec Ma Loute un film onirique où l’esthétique prend le pas sur le réel, dont on retrouvera sans doute une évocation des décors et de la photographie à la cérémonie des Césars. Fabrice Luchini est fabuleux, Juliette Binoche est tout à fait exceptionnelle, et Valeria Bruni Tadeschi tient bien la distance. Un chef-d’œuvre de la désopilance.

Construire des ponts plutôt que des murs. Cette expression – signe des temps… - revient régulièrement dans les discours, de quelque tendance philosophique que ce soit. On a entendu un Grand Maître d’obédience maçonnique la prononcer; le pape lui-même, dans son discours de réception du prix Charlemagne, l’utilisa aussi. Et bizarrement, contrairement à d’autres citations où ceux qui la prononcent ne manquent pas de faire référence à leur auteur, cette image forte est énoncée comme si elle sortait du chapeau de l’orateur. Rendons donc à César ce qui lui appartient et précisons que la métaphore est vieille comme le monde puisqu’elle fut affirmée par Lao Tseu, reprise longtemps après par Isaac Newton. C’est dire qu’au VIe siècle avant Jésus-Christ, la question était déjà à l’ordre du jour, confirmée au XVIIe siècle. Il faut donc en conclure que la pertinence de cette image traverse tous les temps. Ce n’est pas une raison pour considérer que notre époque verse dans la pléthore des séparations.

 

Lundi 13 juin

Le massacre d’Orlando revêtait un caractère homophobe. Les scènes d’horreur reflètent les mêmes peurs, les mêmes effrois qu’à Paris et à Zaventem. L’image les rendra bientôt banales puisqu’il faudra désormais vivre avec cette frayeur-là. Comme le dit Pascal Bruckner : « Nous sommes entrés dans la routine de l’abominable ». Deux sujets découlent de ce triste événement qui meubleront (et peut-être modifieront l’enjeu) la campagne pour la présidence : la réglementation du port d’armes et la question des meurtres gratuits. Le premier a déjà été abordé par Hillary Clinton, le second a permis à Donald Trump de réitérer sa volonté d’interdire aux musulmans l’arrivée sur le sol étatsunien. Dans l’émotion créée par le carnage, cette résolution recueille une forte adhésion des citoyens. Oui mais l’assassin était né sur le sol étatsunien, il était citoyen américain ! Et que fait-on alors ? On chasse les musulmans du pays ? Cet élément-là de l’analyse n’est jamais abordé par les partisans d’une immigration très limitée, voire interdite. Ne compliquons pas l’émoi, source de voix. 

Ira ? Ira pas ? 

Comme en 2011, Nicolas Hulot se tâte. Sera-t-il candidat ? Quelle que soit sa décision, il participera sûrement à la campagne présidentielle. Et à sa manière, comme ces jours-ci où l’on trouve sa photo, prenant la pose, vêtu d’un gilet de sauvetage orange afin de continuer à sensibiliser l’opinion quant à la situation toujours aussi tragique des émigrés syriens que les peuples ne perçoivent plus depuis que l’Union européenne a payé le sultan Erdogan pour qu’il les maintienne dans ses camps. Un gilet de sauvetage, c’est plus visible qu’une épinglette mais c’est plus encombrant et plus cher ! Dommage : ce serait intéressant d’organiser une manifestation de soutien dans pareille tenue…

Marouan Fellaini est une des vedettes de l’équipe belge de football. Musulman, il déclare que cette année, il ne pratiquera pas le Ramadan compte tenu de la compétition. En voilà un qui devra s’expliquer avec son imam au retour à Bruxelles. Á moins que… Á moins que la Belgique ne remporte le trophée grâce à des buts de Marouan Fellaini. Un musulman qui fait gagner l’équipe nationale belge, quelle formidable publicité pour les adeptes de cette religion-là ! Allah n’est pas le diable, Allah est un diable, un Diable rouge !...

 

Mardi 14 juin

Est-il encore possible d’organiser une manifestation sans qu’une bande de voyous n’en profite pour casser ? Les vitres d’un hôpital pour enfant (Necker), deux douzaines de flics à l’infirmerie… Autrefois, les syndicats s’occupaient eux-mêmes du service d’ordre. Et bien en général…

Les hooligans russes remettent le couvert. Á Lille cette fois, au risque de faire disqualifier leur équipe. Ce ne sera plus la retraite de Russie mais plutôt son retrait.

 

Mercredi 15 juin

Á huit jours du référendum britannique sur le Brexit, une députée travailliste pro-européenne vient d’être sauvagement agressée. Ses jours seraient en danger. Un geste qui démontre combien cette consultation avive les tensions au pays du fair-play.

Á l’instar de ceux qui, à la fin du 19e siècle, couraient derrière les trams armés de fourches, il serait tout aussi stupide aujourd’hui de lutter contre Internet. Mais réfléchir à son influence paraît nécessaire à l’honnête. Ainsi des réseaux sociaux. L’invention de cette expression est  au moins maladroite et dégradante pour l’adjectif qu’elle contient. Elle s’est cependant imposée, inutile de vouloir lui substituer un autre terme. Il est notamment permis de se demander comment le peuple des années quarante aurait réagi s’il avait été en possession de pareil instrument. Les dénonciations gratuites auraient sûrement fleuri, d’autant plus qu’il est possible de s’exprimer sous pseudonyme. La Justice expéditive aurait aussi connu de beaux jours, tant les réactions à chaud s’y répandent. La démonstration est fournie ces jours-ci par la compétition de football. Qu’une équipe manque un match réputé à sa mesure et l’entraîneur se voit voué aux gémonies. Que la même équipe remporte trois jours plus tard la rencontre programmée dans sa poule, et l’homme retrouve une place sur l’Olympe. Oui mais s’il a été exécuté entretemps, sa réhabilitation n’est que post mortem… Exagération ? Marc Wilmots, l’entraîneur de l’équipe belge, subit depuis des années les foudres du journal flamand Het Laatste Nieuws, simplement parce qu’il est wallon. Un membre de l’équipe rédactionnelle vient de le menacer on ne peut plus clairement : « Je vais te tuer ». Si un journaliste s’exprime ainsi, la porte de l’infamie et du passage à l’acte est ouverte pour les réseaux sociaux. « Ce n’est plus du journalisme » a déclaré Marc Wilmots à propos de cette menace. Il est gentil Marc Wilmots…

07 juillet 2016

Le transhumanisme, une fatalité ?

Accepterions-nous comme une fatalité un transhumanisme du pire, s’il ne se réduit qu’à du business, qu’à un objet de pub, c'est-à-dire aux affaires et au marché?
Dans ce cas oui, ce sera la dictature du pire si nous renonçons. 

Je me bats précisément pour qu’il n’en soit pas ainsi. Je rejette dans l’abject ceux qui réduisent les objets connectés, quels qu’il soient à l’état de gadgets pour milliardaires, convoités par intoxication de publicité, ceux qui n’y voient qu’une production industrielle du vendable soutenue par des investissements spéculatifs. Si ce n’est que du business alors, il n’a plus droit de se parer du mot humanisme augmenté du préfixe trans ou post. 

Le docteur Jérôme Cahuzac, ex ministre français des Finances, n’est puni que comme fraudeur fiscal. Mais l’éthique de la médecine méliorative est passée complètement à côté de la question. Sa fortune fraudée, certes, énorme,  et dont, semble-t-il, il sera dépossédé, il la doit à une manière particulièrement habile d’implants capillaires réservés à un discret réseau de milliardaires venant de divers pays du monde.

Ce qui serait l’humain augmenté ou mélioré (de la médecine et de la biologie méliorative) ne serait-il que le produit de gadgets vendus en rayons de supermarchés ou vendus à la commande sur Amazone. On voit cependant, déjà aujourd’hui, les perversions de l’utilisation d’une médecine et chirurgie  selon les intentions de fortunes de ceux qui les pratiquent. Quelles sont les limites éthiques et philosophiques entre une chirurgie plastique, reconstructive, méliorative ou de remodelages inutiles selon les modes et les moyens financiers, utilisant des techniques de pointe d’implantations ou de générations de tissus ? Une bonne conscience consiste à affirmer que l’on commence par les plus riches parce que cela coûte cher et qu’il faut expérimenter et, dès qu’advient une commercialisation suffisante, les coûts deviennent accessibles à un plus grand nombre mais, seulement dans les pays riches.

C’est bien contre ce qui suit qui je me révolte et que je voudrais mettre en garde. Ce sont les perversions de l’interprétation du transhumanisme dans ses possibilités de marchandisation. C’est là bien sûr, que la majorité n’y voit que le pire et n’est pas en mesure de poser une réflexion philosophique saine. Ne se poser la question qu’en matière de bien ou de mal, de meilleur ou de pire n’est qu’un raccourci sommaire qui court-circuite et se passe précisément de réflexion philosophique. En ai-je besoin si je ne suis qu’un vendeur de bagnoles, même les plus connectées, ou de casseroles connectées,  si je ne flaire que le profit financier que je peux en tirer.

Notre société dominante, marchande et consumériste, pour ceux qui la font tourner, n’a rien à voir avec une quelconque forme d’Humanisme mais, peut se gargariser de mots à la mode que l’on met sur le marché parce qu’on ne peut y voir précisément, qu’une perspective de marché. Si l’humanisme est absent, il est bien sûr que le transhumanisme ne l’est pas moins,  surtout quand on pervertit sa signification par défaut de culture et de connaissances (scientifiques) sur la matière. C’est bien contre cet extrême danger que les philosophes informés, lucides et clairvoyants nous mettent en garde. A-t-on le droit de réduire le transhumanisme à de l’utilitarisme ?

Les esprits chagrins qui n’y connaissent rien ou peu ou qui n’éprouvent pas d’intérêt pour la nécessité de la connaissance dans la matière, ne se sentant pas les moyens de se payer les bienfaits du transhumanisme comme les publicités commerciales nous les proposent, n’y voient qu’une terreur dont les avantages ne seront réservés qu’à quelques milliardaires et seulement dans les pays riches. Quant aux milliardaires des pays pauvres qui ne bénéficient pas des infrastructures dans leur pays, ils ne pourront rien faire d’autre que de s’expatrier dans les pays riches et d’abandonner les leurs à leur misère. 

Si par malheur ce n’était que cet aspect-là qui devait triompher, nous serions alors en effet, devant une catastrophe humanitaire qui accentuerait les inégalités jusqu’au désastre. Il n’y aurait que quelques milliardaires des pays riches, dépourvus d’empathie et du sens de la justice et de l’équité sociales, contre tout le reste de l’humanité, qui bénéficieraient d’être des humains augmentés par la médecine méliorative (et non simplement soignante), de forces physique et intellectuelle et d’espérance de vie, mais non de sagesse et de beauté. Une horreur économique qui dépasserait de loin celle qu’avait prévue Viviane Forester ! Alors oui, c’est le pire si nous abdiquons et que nous nous soumettons à la dictature des marchands. 

Dans ce cas, les problèmes de la croissance démographique se résoudront d’eux-mêmes puisque les plus riches qui auront droit à l’immortalité ou presque, pourront se contenter d’attendre que meurent tout simplement, ceux qui ont pour maladie de devenir vieux et mortels. Luc Ferry nous rappelle, reprenant lui-même les mots de Laurent Alexandre que « … la biologie doit être extrêmement prudente et ne jamais oublier qu’elle a été instrumentalisée pour mette en œuvre les pires folies raciales » - La Révolution transhumaniste – page 189 – Plon – Sans doute que Spinoza suivant Descartes et complétant sa pensée (Il le dit lui-même s’en référant à Descartes),  fut le premier vrai matérialiste. Bien sûr que le transhumanisme est plus singulièrement matérialiste encore que Spinoza puisque le transhumanisme ne s’appuie que sur le développement des sciences. Mais rappelons-nous tout de même ces mots de Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». N’allons pas trop loin pour trouver quelque part la formule : « Scientia vincere tenebras »

Je prône donc la définition d’un comportement citoyen et responsable qui se donne les moyens de contrôler et de juguler la marchandisation du transhumanisme. Nous n’aurons jamais que la démocratie que nous nous construisons … Et peut-être celle que nous méritons. L’opinion publique accepte passivement, comme une fatalité, d’être soumise au diktat du marché, c'est-à-dire au pire. Peut-être faudrait-il un nouveau 1789 !

Un autre aspect  à propos duquel  les philosophes et les scientifiques préoccupés de la question scientifique nous interpellent, c’est sur l’extrême complexité de la question du transhumanisme qui exige d’avoir les connaissances et la culture qui permettent une réflexion éclairée. Luc Ferry et d’autres philosophes, attirent l’attention sur l’insuffisance de connaissances de la majorité.

EN CONCLUSION

Le transhumanisme transgresse toutes les religions qui pensent  que Dieu est le créateur de toutes choses. Or, le transhumanisme nous confère les moyens gigantesques de transformer la nature et d’en dominer les forces, jusque et y compris le pouvoir, avec tous les dangers que cela comporte, de nous transformer nous-mêmes. Le rêve prométhéen transgressé pour le meilleur, mais à condition qu’on le veuille ainsi et de chasser les marchands du temple !

Enfin, pour les vieux qui aiment encore la vie et disposent des moyens de bénéficier déjà des bienfaits du transhumanisme, j’oserais à peine citer encore une fois Luc Ferry, né en 1951 et moi… en 1938 : «Ayant atteint moi-même un âge canonique, je découvre il est vrai avec une certaine surprise si je me réfère à ce que je croyais 50 ans plus tôt, que je continue d’aimer la vie, que je n’ai aucune envie de la quitter et que 10 ans de plus, même vieux m’arrangeraient bien (et que dire de moi-même, alors !). Est-ce par pur égoïsme si du « place aux jeunes »  ne m’enthousiasme qu’à moitié ? Et si les riches voulaient un jour se payer eux-mêmes leur longévité, faudrait-il le leur interdire au nom de l’égalitarisme ? Faudra-t-il supprimer les soins de vieillards, mais à partir de quel âge ? Passé soixante, quatre vingt ou quatre vingt dix ans, un comité d’éthique étant-là pour décider du seuil à partir duquel on laissera mourir nos vieux ? … » - La révolution transhumaniste – page103 – Plon - Puisque c’est Luc Ferry qui le dit !

Hé oui, pour écrire ce qui précède, faut-il déjà être dans la bonne catégorie parce que pour la plupart d’entre nous, ici, dans les pays riches, beaucoup sont tombés dans la marmite de potion magique du transhumanisme. A commencer par moi, déjà un peu transhumanisé,  remis d’une crise cardiaque d’il y a 20 ans. Dans un pays pauvres, jamais vous n’auriez pu lire ce qui précède, écrit par moi.

Longue vie humaniste et  transhumanisée à tous

07 juillet 2016

La Belgique en guerre

Ci-dessous la lettre que la Belgique a envoyé au Conseil de sécurité le 7 juin dernier pour justifier officiellement son entrée en guerre en Syrie, et ce avant même qu'ait lieu un débat parlementaire à ce sujet.

En substance, la Belgique reprend l'argumentation utilisée récemment par la France et par l'Allemagne. On lit notamment dans la lettre que "ces mesures sont dirigées contre le soi-disant 'Etat islamique d'Irak et du Levant', et non contre la République syrienne". On n'attaquerait donc pas la Syrie, ce qui explique qu'on pourrait se passer de son consentement.

Cet argument belge apparaît quelque peu surréaliste, si l'on sait qu'il s'agit malgré tout de bombarder le territoire syrien, de détruire des bâtiments publics et des infrastructures (notamment pétrolières) syriens, et accessoirement de tuer et de blesser des citoyens syriens. Il ne faut pas être un grand spécialiste de droit international pour comprendre que, en pareil cas, on use de la force contre un État. Ainsi, "tout État a le devoir de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force pour violer les frontières internationales existantes d’un autre État ou comme moyen de règlement des différends internationaux" (AG, résolution 2625 (XXV)). Le simple franchissement de la frontière d'un État sans son autorisation est donc interdit.

De même, l'agression est définie comme "l’emploi de la force armée contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État…", l'exemple le plus classique étant "le bombardement, par les forces armées d’un État, du territoire d’un autre État" (AG, résolution 3314).

Il est donc factuellement absurde et juridiquement indéfendable de bombarder un État tout en prétendant ne pas utiliser la force contre lui. Cela ne signifie pas qu'aucun argument juridique ne pourrait justifier certaines opérations militaires belges. Le consentement des autorités de Damas serait à cet égard suffisant, et on sait que ces autorités sont prêtes à l'accorder. Mais, au nom d'une "situation exceptionnelle" (une expression que l'on avait déjà utilisé pour légitimer la violation de la Charte lors de la guerre contre la Yougoslavie en 1999), la Belgique (comme ses alliés, sur lesquels elle s'aligne d'ailleurs purement et simplement) préfère s'en passer et soutenir une conception élargie et extrêmement dangereuse de la légitime défense qui risque bien d'être invoquée ensuite dans d'autres situations et par d'autres États encore.

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