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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Richard Tassart
"Street/Art", le blog de Richard Tassart par Richard Tassart

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23 février 2018

Dourone, « Le beau est toujours bizarre », Baudelaire

Vous pensiez, cher lecteur, faire étalage de votre science en parlant d’un muraliste qui a acquis en quelques années une renommée internationale, qui peint des « murs » de centaines de mètres carrés avec un style reconnaissable entre tous : j’ai nommé Dourone. Vous prononciez son nom un peu comme (duRɔø). J’ai le regret de vous informer, croyez que j’en suis fort marri, que vous avez tout faux. Primo, Dourone n’est pas son nom mais son blaze ; il s’appelle Fabio Lopez Gonzalo et il est Espagnol. Pourquoi choisir comme nom d’artiste Dour ? Parce que du point de vue du lettrage, c’est très beau (un peu comme Hopare, a été séduit par les parallèles du H, du P, du R, alors que l’état civil le connaît sous le nom d’Alexandre Monteiro). Tertio, le blaze Dourone est la conjugaison de Dour et de « one ». DourOne est donc le premier à s’appeler Dour (un peu comme Jonone[1], prononcez John One qui d’abord écrivit son prénom en (presque) phonétique sur les murs de New York, puis se choisit le blaze Jon156-156 étant le numéro de son domicile-, puis JonOne, le plus souvent écrit Jonone. Last but not least, Dourone depuis 2012 est un couple d’artistes, un couple à la scène et à la ville. Dourone et Élodie Arshak, alias Elodieloll, sont rassemblés sous le pseudonyme de Dourone.

Bref, les présentations étant faites, parlons de la rencontre avec leurs œuvres. J’ai rencontré leurs œuvres à Paris à plusieurs reprises. D’abord deux superbes fresques peintes à l’initiative de l’association Quai 36, à la gare du Nord. Ensuite, une fresque rue Sainte-Marthe, dans le quartier de Belleville, et une fresque, rue des Récollets, près de la gare de l’Est.

Les 4 œuvres étaient d’inspiration, non pas semblable, mais voisine. Des portraits de femmes, mêlés à des symboles ésotériques, ouvrant sur des troués de ciels noirs constellés d’étoiles. Les couleurs étaient franches, fortes et contrastées : le rouge Vermillion, l’orange,  tranchant sur des formes cernées d’un puissant trait noir, sur un fond noir. Les larges aplats étaient combinés avec des formes géométriques, des pointillés, des segments parallèles, des lignes comme des lignes de fuite. Le graphisme n’était pas sans évoquer l’esthétique du pochoir. Les « pochoiristes », le plus souvent, partent non d’un croquis mais d’une photographie et grâce à un logiciel de traitement de l’image réduisent le nombre des nuances et des couleurs. Ainsi, des couleurs chromatiquement proches se fondent en une seule couleur et deviennent, imprimées, des aplats.

Couleurs et sujets s’éloignaient du naturalisme et s’affranchissaient de la représentation de la nature. Les visages étaient peints de « couleurs de guerre », sur le modèle des Indiens d’Amérique du Nord, les fronts portant le symbole de l’infini. Thème et décor portaient les marques de l’étrange. Les traits des portraits étaient parfois dissociés, laissant apparaitre un cosmos noir comme de l’encre. Au traitement des visages répondait le traitement des éléments de décor : l’espace noir, parsemé d’étoiles formant d’improbables constellations. Les portraits n’obéissaient pas aux règles physiques et anatomiques. Des portraits qui avaient les traits des femmes, mais des traits incomplets, avec des parties manquantes. Des « créatures » féminines plutôt, issues d’un « space opera ». Des images d’autres mondes, régis par d’autres lois. Un imaginaire non pas techniciste mais bien davantage onirique et fantastique.

Sketch[2] fait à la palette graphique, réduction du nombre des couleurs, intrication savante du thème et des éléments de décor, palette, perfection de la réalisation, Dourone, en rupture avec le courant mainstream, cassait les codes du street art, aussi bien du point de vue des sujets que du point de vue des techniques.

Les fresques de Dourone s’apparent à l’illustration. Elles ne racontent pas une histoire (voire un conte comme celles de Rétro), elles ne portent pas de message social et politique[3] (comme celles de Shepard Fairey ou les pochoirs de Banksy), elles sont belles et étranges ou belles parce qu’étranges.

La présence de symboles mérite un commentaire. Dourone utilise fréquemment le symbole (∞)[4]. C’est soit un signe mathématique, soit un huit couché, soit la représentation d’un serpent qui se mord la queue, soit un ruban de Moebius. Dourone l’emploie complémentairement avec une évocation du cosmos. Infini et cosmos sont dans son esprit quasi synonyme. La redondance voulue est complétée elle-même par d’autres « signes » : des croix, des tracés géométrisés dont on ignore la signification etc. Fréquemment, ces signes sont « dissimulés » dans la fresque. Leur « découverte » par celui qui voit ressemble à un parcours initiatique, mystique, où il s’agit de voir ce qui est caché.

Les signes perdent une partie de leur sens littéral ; la croix, par exemple, formée de deux segments d’égales longueurs se coupant à angle droit, n’est pas la croix des Chrétiens. Elle ressemble à un (+), symbole mathématique comme celui de l’infini mathématique. Selon les uns, l’infini est renforcé par le symbole de la somme. Pour d’autres, la croix renvoie à une signification numérologique. Pour d’autres, autres dont je suis, les significations « ouvertes » n’excluant pas les interprétations ésotériques appartiennent au dispositif graphique pour traduire une dimension onirique.

Le duo Dourone a renouvelé le muralisme. Ce que d’aucuns appellent leur style, que je définirais comme l’ensemble des traits définissant une identité plastique, a trouvé en occident un public enthousiaste qui apprécie à la fois les éléments de rupture par rapport aux autres grands noms du muralisme contemporain mais aussi la savante géométrie du dessin, l’explosion des couleurs, l’étrangeté des situations.


[1] Aka John Andrew Perello

[2] Esquisse, le mot anglais fait partie du vocabulaire « international » du street art.

[3] Même si Dourone se reconnaît dans les valeurs de « Liberté, Respect et Diversité »

[4] On retrouve le signe infini dans les anciennes traditions mystiques tibétaines et indiennes même s’il est souvent associé à l’expression de l’infini en mathématique. Le terme vient du latin infinitas qui signifie littéralement “sans frontière”, le signe infini tel que nous le connaissons aujourd’hui a été découvert en 1655 par le mathématicien John Wallis. Wallis a utilisé ce terme pour désigner un nombre qui ne termine jamais, qui est infini.

 

L’infini est aussi une représentation de l’amour éternel et de la force que l’on retrouve sur les croix celtes, alors que la forme infini est le symbole de l’amour spirituel. Enfin les Ouroborus, dans l’Egypte ancienne, le désignait comme un serpent qui se mord la queue et qui représente le lien entre le début et la fin, l’un ne peut exister sans l’autre, la création est un cercle sans fin.

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Fresque de la rue des Récollets.

Détail de la fresque de la gare du Nord, Paris.

Détail fresque de la gare du Nord.

Fresque récente marquant des évolutions dans le traitement du portrait et une palette différente.

Le duo Dourone devant une fresque récente "Pensendo en un cambio".

Fresque récente illustrant des continuités et des évolutions dans le graphisme et la composition.

Deux superbes portraits de femmes s'inscrivant dans une continuité chromatique avec le bâtiment.

Détail de la fresque de la rue Sainte Marthe, Paris.

23 février 2018

L'interrogation écrite

Quelques millièmes de secondes après l’avoir touché, mes doigts ont reconnu le papier funeste et une terrible nausée s’est emparée de mon corps. J’en tremblais. Mes doigts avaient involontairement retrouvé l’interrogation écrite de mathématiques que j’avais dissimulée à mes parents et au monde entier pendant toute mon adolescence et qui refaisait surface là comme un poisson mort hautement toxique. L’interrogation était datée du13 octobre 1983.Vingt ans s’étaient écoulés depuis ce jour tragique mais j’avais l’impression que ma honte datait d’hier. Le professeur avait barré de rouge mes mauvaises réponses aux équations posées. Un 2 sur vingt sanctionnait mes erreurs de même qu’un terrible « Insuffisant ! » tracé d’une main furieuse. En analysant les équations, j’ai découvert qu’en vieillissant, j’avais enfin compris le sens du cours de mathématiques de mon vieux professeur et vingt ans plus tard, ces équations me semblaient accessibles et aisées à résoudre. Il restait à laver l’affront Avec impatience, j’ai attendu le 13 octobre pour me rendre au cours comme je l’avais fait vingt ans plus tôt. J’avais tant de fois vécu cette journée que j’ai retrouvé naturellement ma classe dans le même état que le jour de l’interrogation même si, vingt ans plus tard elle m’a semblé misérable et minuscule. Le professeur que je redoutais tant ressemblait à un teckel et mes compagnons de classe affichaient un duvet grotesque au-dessus de la lèvre supérieure en guise de moustache. Je me suis assis à la même place qu’il y a vingt ans, à quelques mètres de mon avatar plus jeune, un jeune mal à l’aise et mal logé sous ses épaules voûtées dont le visage était recouvert de boutons d’acné qui brûlaient de mille feux. Le professeur nous a annoncé qu’il allait procéder à une interrogation écrite sur la matière vue la semaine précédente. Les équations étaient exactement identiques à celles que je connaissais. Je les ai résolues en quelques secondes. Quand le professeur a repris les interrogations, j’étais le seul élève à avoir terminé. Derrière son bureau, en tête de classe, il a jeté un rapide coup d’œil aux feuillets. Plusieurs fois, il a barré les réponses d’élèves de traits rouge rageurs en déclarant que le travail était insuffisant. Sous le coup, les élèves humiliés ont tenté de disparaître de la surface de la terre mais sans succès. Le professeur s’est étonné du bon résultat de mon avatar. On entendit ensuite la sirène qui annonçait la fin des cours. Adolescent, j’avais l’habitude de rentrer à la maison en traversant la forêt située derrière l’école. J’ai repris le même chemin suivi par mon avatar. Nous marchions en silence à travers la forêt, notre forêt d’enfance. Je grimpais la colline à toute vitesse avec l’espoir d’oublier ce terrible jour d’école et ma répugnante adolescence. Après cent mètres de marche, les hurlements des loups se sont fait entendre

- Au secours ! Des loups ! a vagi derrière moi celui que j’avais été. J’ai accéléré le pas. J’ai vaguement entendu cris, des gémissements, des appels au secours, des grognements féroces et puis, plus rien. J’étais libéré. J’ai grimpé les derniers mètres avec la vitesse et l’aisance d’un serpent qui vient de muer.

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17 février 2018

Yoann est aveugle

&

Image: 

Yoann est aveugle
C’est arrivé, voilà
Il chante triste et il pleure joyeux
Il a l’abord clandestin
Il se trompe de jambe et de chaussettes
Fonce dans la galerie des femmes
Comme un vent de plaisir
Yoann a une seule voix
Et n’a aucune promesse
Yoann, l’aveugle
L’oiseau rare
Se fout du pouvoir en place
Et de l’impuissance en face
Il chante triste et il pleure joyeux
Le rideau se lève
Sur un lendemain imprévu
Yoann à la dérive
Fait attention à la marche
Il est brouillard et contours
Il est ce point qui explore
Un beau milieu
Privé de centre
Yoann croque la vie et laisse faire
Il chante triste et il pleure joyeux
Il est la flamme dans la mer

16 février 2018

Le pouvoir : une drogue, un élixir de jouvence…

Jeudi 1er février

 Gibraltar est fréquenté par des hommes d’affaires, des commerçants et des ouvriers. Les premiers sont liés au Royaume-Uni, les seconds sont espagnols. Lors du référendum, 96 % des Gibraltariens se sont prononcés pour le maintien dans l’Union européenne. Ceux qui n’ont que leurs bras pour vivre sont un peu plus inquiets que ceux qui ressortissent d’abord au pouvoir de l’argent (air vieux comme le marxisme). Il se pourrait qu’un statut particulier de liens avec l’UE soit envisagé pour la péninsule comme pour Monaco, Andorre, le Liechtenstein ou encore Saint-Marin, restes de petits territoires autonomes de la vieille Europe. Le traité des coffres-forts, un bon titre pour pareil statut.

                                                                       *

 Quand Jean-Jacques Rousseau allait rendre visite à Diderot enfermé au donjon du château de Vincennes, il rentrait à Paris à pied. Ce ne sont toutefois pas ces parcours-là qui lui inspirèrent les Rêveries d’un promeneur solitaire.

Vendredi 2 février

 L’exercice du pouvoir, c’est bien connu, est une drogue autant qu’un élixir de jouvence. Dès lors, l’appétit de pouvoir, surtout pour celui qui l’a exercé, semble tout bonnement impérissable. La démonstration est faite ces jours-ci par Silvio Berlusconi, 81 ans, que l’on croyait aux Invalides, et qui pourrait bien désigner le Premier ministre italien le mois prochain après des élections que son parti – qui passait aussi pour déclinant -  remporterait peut-être. Mais alors dira-t-on, pourquoi ne pas pousser le raisonnement plus loin et l’imaginer de nouveau en personne à la tête du gouvernement ? Mais parce qu’il est toujours, pour l’instant, sous le coup judiciaire de l’inéligibilité ! Surréaliste ? Non. Dantesque.  

                                                                       *

 Daniel Cohen souhaite que l’Europe trouve son « moment rooseveltien » en espérant voir naître un « New deal » grâce au duo Macron-Merkel. Il est un fait que si Merkel parvient à former un gouvernement avec un europhile comme Martin Schultz, compte tenu des mois sans élections qu’ils ont devant eux, le président de la République et la chancelière devraient en profiter pour marquer une étape décisive dans l’évolution de l’Union. Dans le cas contraire, ce serait offrir aux eurosceptiques des preuves irréfutables de ce qu’ils avancent. Mais pourquoi un « moment rooseveltien » ? Un « moment mitterrandien », un « moment kohlien », un « moment delorien » ne seraient-il pas heureux et féconds ? Si l’Europe commençait par être elle-même plutôt que de vouloir ressembler aux Etats-Unis d’Amérique, elle s’assurerait déjà d’une réelle capacité à progresser.

                                                                       *

 Décidément, le tableau L’Origine du monde de Gustave Courbet n’a pas fini de nourrir sa propre légende. Un enseignant français en avait installé une photographie sur son compte Facebook ; il fut éjecté de la noble communauté des internautes. La pudibonderie et le puritanisme étatsuniens avaient encore frappé. L’instituteur accusé de pornographie assigna l’entreprise de réseaux informatiques. Le tribunal de grande instance de Paris vient d’entendre les deux parties. Il rendra son verdict le 15 mars. Il faut s’attendre à ce que cette affaire suscite la publication d’un ou deux livres de plus à propos d’une œuvre qui a déjà, comme on disait jadis, fait couler beaucoup d’encre.

Samedi 3 février

 Emmanuel Macron a beau enterrer le principe de la Françafrique, les images et les paroles qui informent le pays sur son voyage au Sénégal en rappellent d’autres, un peu plus anciennes. Que l’on remplace le président par Jacques Chirac et rien ne sera contrarié dans la relation de l’événement.

                                                                       *

 Brasillach, Céline, Maurras, Rebatet… Et demain la traduction française de Mein Kampf… Qu’est-ce que c’est que ce débat sur l’autorisation éventuelle de republier les écrits antisémites des années trente ? D’abord, rappelons qu’interdire, c’est enfler l’envie de voir. Bien peu de gens se seraient intéressés aux Versets sataniques de Salman Rushdie si le livre n’avait pas fait l’objet d’une fatwa. Ensuite, ne pas publier, c’est considérer le peuple comme incapable de prendre le recul par rapport à une décennie qui, certes, nous transmet souvent des relents, mais qui appartient quand même à des générations passées. Et puis enfin, ajoutons que la question elle-même est oiseuse et vaine. Avant l’arrivée de l’informatique, on parvenait déjà aisément à diffuser des livres sous le manteau (l’expression est née de cette clandestinité); désormais, grâce à Internet, tout se voit, tout se dit, tout se sait et tout se commente, au point que la question philosophique sur la transparence et la vérité guidant le monde redevient prégnante. Car le mieux, on le sait, est parfois l’ennemi du bien.

Dimanche 4 février

 Patrick Roegiers au journal Le Soir : « J’ai écrit mon dernier livre sur la Belgique. » On sentait bien qu’il était occupé à vider son fond de commerce. Maintenant qu’il est français, il se découvrira un plus large domaine monarchique à exploiter. Dix-huit Louis, ça fait quelques euros…

                                                                       *

 De même que la France maintient des pavés dans certaines routes du Nord afin de conserver l’attrait de la course cycliste Paris-Roubaix, de même faut-il souhaiter que dans son fulgurant essor économique, la région flamande ne supprime point tous ses labours. Depuis de nombreuses années, ce sont ses enfants qui sont couronnés aux championnats du monde de cyclo-cross, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

                                                                       *

 Les colporteurs de mauvaises nouvelles prétendent que Wonder Wheel pourrait être le dernier film de Woody Allen. Pourquoi ? Il a 82 ans et serait malade ? Que nenni ! Il est (lui aussi) soupçonné de harcèlement et les studios de Hollywood pourraient lui être interdits… Et alors ? Woody aime tellement l’Europe – et la France en particulier – qu’il trouverait toujours bien une possibilité de réaliser un film… D’autres cassandres en herbe anticipent déjà et trouvent que Wonder Wheel n’est pas un grand Woody Allen. Certes, mais ce film qui décrit un drame familial dans un parc d’attractions est cependant un bon Woody Allen, bien dans son style et dans ses peintures sociales. La prestation de Kate Winslet dans la scène finale est magistrale.

Lundi 5 février

 Quand l’âge produit la sagesse, l’on devient aisément pyrrhonien. Parfois, l’époque encourage la mutation. Ainsi en va-t-il de ce début de 21e siècle.

                                                                       *

 L’heure est aux dénonciations pour harcèlements et viols. Parfois, on découvre aussi un enfant illégitime. Ainsi cette femme, flamande de 40 ans, qui aurait été le fruit d’un amour éphémère de Claude François. Une nuit, une seule. Les courses de spermatozoïdes n’empruntent pas toujours les voies du Seigneur.

Mardi 6 février

 Jean-François Kahn consacre sa tribune bimensuelle du Soir de Bruxelles à un parallèle entre certains faits divers tragiques et l’analyse de Diderot dans ses méditations sur Le paradoxe du comédien. Il achève sa réflexion sur des rappels cocasses : « Finalement, Albert Dieudonné qui joua longtemps Napoléon finit par se prendre pour Napoléon. L’acteur qui incarna Tarzan finit sa vie en s’accrochant à des rideaux comme à des lianes tout en poussant son fameux cri. Et l’interprète de Dracula dormait, la nuit, dans son cercueil. » Comme il serait amusant d’imaginer la poursuite de la liste : le interprètes de Maigret fréquentant des commissariats de police un peu sordides et poussiéreux, les interprètes des gendarmes tropéziens continuant d’errer en uniforme parmi les estivants, … et Spencer Tracy en Jekyll le jour et Hyde la nuit…

Mercredi 7 février

 Conclu entre Angela Merkel (pour la CDU-CSU) et Martin Schultz (pour le SPD), l’accord de gouvernement comporte 117 pages. Il s’ouvre sur un premier chapitre intitulé L’Europe. C’est dire l’option dynamique et volontariste que l’Allemagne veut adopter. Macron attend la formation de la coalition. Le printemps européen risque d’être fécond.

                                                                       *

 Une tempête de neige s’est abattue hier sur Paris. Aujourd’hui des skieurs s’emparent de la Butte Montmartre. Et voici de nouvelles images insolites d’une ville en perpétuelle activité imaginative. Ville de poésie permanente. Ville unique. Ville de joies et d’émois.

Jeudi 8 février

 La tendance paraissait irréversible. Elle l’était. 2015 marqua le tournant. Désormais, dans l’Union européenne, il y a plus de gens qui meurent que de gens qui naissent. C’est une donnée fondamentale pour aborder le débat général sur l’immigration.

                                                                       *

 Il fait un froid glacial à Pyeongchang et cependant, on ne parle que de réchauffement. Réchauffement des relations s’entend…Car cette ville qui accueille les Jeux Olympiques d’hiver provoque un rapprochement significatif entre les deux Corées afin de permettre aux athlètes du Nord et à celles et ceux qui les accompagnent de pouvoir participer aux compétitions. Embrassades et cotillons symbolisent l’événement. Mais que se passera-t-il le 26 février, lendemain de la cérémonie de clôture ? Ou bien on assistera à des exils volontaires accompagnés de sollicitations quant à l’accueil d’une patrie d’adoption ainsi qu’on le vécut jadis lorsque des sportifs ou des artistes soviétiques venaient se produire en Occident. En ce cas, la tension entre les deux pays reprendra de plus belle. Ou bien le réchauffement des relations s’accentuera au point de les normaliser voire de les harmoniser. Il conviendra en ce cas de saluer cette évolution et de convaincre Donald Trump de ses bienfaits. François Mauriac précisait, au temps de la guerre froide : « J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux ». Par bonheur, il y a fort à parier que le président des Etats-Unis ne connaisse pas l’écrivain catholique ami de Charles de Gaulle.

Vendredi 9 février

 Tandis que les femmes britanniques commémorent le centième anniversaire de leur droit de vote, aboutissement du long combat des suffragettes (1918, vote des femmes âgées d’au moins 30 ans ; 1928, à partir de 21 ans ; pour les autres pays d’Europe occidentale, ce sera seulement après la Seconde Guerre mondiale…) Tandis que l’on se prépare à évoquer le 70e anniversaire de la parution du Deuxième sexe, le livre-phare de Simone de Beauvoir, la vague d’émois et de protestations consécutive aux méfaits des prédateurs (Strauss-Kahn, Weinstein…) suscite partout des débats multiples et variés. Il est trop tôt pour les cerner, pour les évaluer, pour, a fortiori,  en appréhender les conséquences, mais une chose est sûre : la révolution féministe est entrée dans une nouvelle phase.

Samedi 10 février

 Tôt ou tard, il était écrit qu’Israël ne pourrait pas rester au balcon devant le drame syrien. Voilà que Netanyahou se voit dans l’obligation d’intervenir militairement par la voie de sa force aérienne afin de stopper une implantation militaire iranienne avec l’assentiment de Damas. Le coup de chaud n’est peut-être qu’un début. Si des puissants voisins choisissent le territoire syrien pour s’expliquer à coup de bombinettes, l’escalade qui pourrait en résulter deviendrait beaucoup plus inquiétante que celle potentiellement nourrie autrefois par la guerre civile.

                                                                       *

 Berlusconi, dont le retour sur la scène politique italienne s’apparente à celui du colonel Chabert, dopé par son succès dans les sondages, commence à soliloquer comme à ses plus belles heures. Il est en train de se demander haut et fort si Trump est plus riche que lui et prend bien entendu le peuple italien à témoin. Triste époque où les pauvres votent pour les (très) riches.

Dimanche 11 février

 Emmanuel Maurel, député européen socialiste, est un des quatre prétendants au poste de Premier secrétaire du PS. Il estime que le prochain congrès sera « non pas un congrès de refondation mais un congrès de survie ». Il doit avoir bien pesé ses mots en connaisseur, lui qui faisait partie des frondeurs, c’es-à-dire des apprentis-fossoyeurs.

                                                                       *

 Il n’y a pas qu’à Hollywood que l’on déplore des agressions sexuelles. On en dénombre aussi beaucoup au pèlerinage de La Mecque. Les victimes se révoltent-elles là-bas ? Il est vrai que leurs plaintes seraient vaines : les hommes ne font que suivre l’exemple du prophète.

Lundi 12 février

 Dans un entretien au quotidien Israël Hayom proche de Netanyahou, Donald Trump déclare qu’il n’est « pas certain qu’Israël veut faire la pais avec les Palestiniens ». Quand le président des Etats-Unis redécouvre l’Amérique…

                                                                       *

 D’un côté Laetitia, de l’autre Laura et David. La famille Hallyday commence à se déchirer autour du testament du rockeur. Les détenteurs de journaux à sensation et de magazines à ragots peuvent se frotter les mains : ça va durer.

Mardi 13 février

 Kim Jong-un, président de Corée du Nord, trouve que la Corée du Sud est « très impressionnante par ses caractéristiques ». Cet homme est très impressionnant par ses avis contrastés autant que par ses sautes d’humeurs.

                                                                       *

 D’un côté la Russie et l’Iran. De l’autre les États-Unis et Israël. On est encore dans un round d’observation mais les (vraies) hostilités pourraient bien commencer. Le ring est la Syrie. Tout un programme déjà bien élaboré…

                                                                       *

 En Belgique, ce sont désormais les associations culturelles qui sont visitées par la police afin d’en dénicher des réfugiés ou des migrants. Un nouveau symbole rappelant des heures tristes…

Mercredi 14 février

 « Je suis un étranger et vous m’avez accueilli »… Ainsi se serait exprimé Jésus le Nazaréen selon Matthieu. Ainsi aurait pu s’exprimer le père du pape actuel, venant du Piémont à Buenos-Aires. On a des photos du second, on n’a rien du premier. Il n’existe pas d’image de Jésus de son vivant. Ce ne serait pas prudent de tirer des conclusions de cet état de fait mais on peut au moins considérer que cela est étrange. Parce que des images de Jésus, il en est aujourd’hui des centaines de millions. Cependant, elles datent toutes d’après sa mort. Ce sont donc des portraits imaginaires, basés sur aucune description. Étrange, disions-nous.

                                                                       *

 En France, à 8,9 % Le taux de chômage est le plus bas depuis 2009. Chacun s’accorde encore à souligner que ce sont les effets du quinquennat Hollande qui se font sentir. Mais à quoi bon ? Cette remarque commence à ne plus valoir que pour les historiens. Le citoyen-électeur n’est plus dans cette appréciation-là.

 

 L’administration belge a découvert enfin la solution d’éviter des nuisances sonores aux communes du nord de Bruxelles provoquées par les avions décollant de Zaventem. Il suffirait de lever l’interdiction de survoler le palais royal. Comment se fait-il que l’on y pense seulement maintenant ? Parce que le respect de la monarchie s’effrite un peu plus chaque jour…

                                                                       *

 Fêtards oui, pétards, non ! C’est le slogan qui dominera en Chine tout au long de ces quatre prochains jours. Le Nouvel an est proche et pour éviter d’accentuer la pollution, le gouvernement a interdit l’usage d’objets à feu. Il n’empêche que selon la tradition, les citadins vont retrouver leur famille dans les campagnes. Un milliard et demi de personnes sur les routes pour célébrer la fin de l’année du coq et entrer dans l’année du chien. La caravane passe…

Jeudi 15 février

 Le président sud-africain Jacob Zuma finit par démissionner après des mois de désaccords avec son parti et des soupçons de corruption organisée. Un jour prochain, on lira sur les murs du Cap : « Mandela réveille-toi, ils sont devenus fous ! » Air connu.

                                                                       *

 Á la fin du siècle dernier, les démocraties occidentales européennes ont procédé à la suppression du service militaire comme par enchantement, sans débat de fond, sans réflexion connexe. L’effondrement du bloc communiste suffisait à laisser le champ libre à l’armée de métier, sans plus. Absentes au moment de la décision, les analyses survinrent ensuite. Si le maniement des armes pouvait être laissé de côté, l’idée de servir sa patrie en lui offrant quelques mois de sa jeunesse devint plus pertinente. Aujourd’hui, comme il l’avait annoncé dans son programme, Emmanuel Macron envisage d’instaurer un service obligatoire dès 2019. Une commission est constituée afin d’en élaborer les modalités. Ses conclusions pourraient s’avérer utiles aux autres membres de l’Union européenne.

                                                                       *

 Des réformes dans l’Éducation ? Toutes affaires cessantes, rattraper le Temps. Les techniques évoluent plus vite que les idées. D’où, misère de l’idéologie. L’initiation aux médias est ringardisée par l’apparition des fausses informations (fake news). D’où, misère de la citoyenneté. Les réseaux sociaux – qui ne sont jamais qu’un Café du Commerce hypertrophié… - influencent les appréciations et les réflexions. D’où, misère du comportement civique. Les boussoles s’affolent. Trêve dans les rêves.

                                                                       *

 Le réchauffement climatique et quelques maladies devraient provoquer la disparition des hêtres wallons dans cent ans. Le « h »  a, ici, toute son importance.

                                                                       *

 Et Tariq Ramadan est toujours incarcéré. 13e jour. Mais que fait Allah ?

 

Image: 

Silvio Berlusconi en 2010. Le retour? Photo © Alessio85. commons.wikimedia

16 février 2018

David Kennedy, peintre dans l’âme.

 

Comme il est difficile de parler des œuvres de David Kennedy ! D’abord poser des mots, fussent-ils beaux, sur de la peinture, peut paraitre superfétatoire, superflu, incongru, illégitime. Et puis, quoi dire ? Doit-on comme le font les critiques depuis que la critique d’art existe ranger l’œuvre dans un mouvement, cerner les sources, dire les influences. Bref, faire de l’Histoire de l’Art. Pourquoi à toute force ranger ? L’historien des Sciences, l’épistémologue, sait que le classement est une des conditions de la recherche scientifique. Mais les choses de l’Art obéissent-elles aux mêmes lois ? Je n’oublie pas que les mouvements artistiques ont été nommés a posteriori, de drôle de manière, et que les artistes créant leurs œuvres se soucient comme d’une guigne de l’éventuel mouvement dans lequel sera classée leur œuvre. Pensons au Sturm und Drang, à l’impressionnisme, à Dada, aux Fauves etc.

Ce besoin de créer des catégories, de rassembler des œuvres ayant des points communs, semble ignorer que ce qui définit une œuvre ce ne sont pas ses ressemblances avec d’autres œuvres mais les différences ;  c’est le refus de considérer qu’une œuvre ne résulte pas d’une savante alchimie d’influences mêlées, mais quelle est sui generis, qu’elle est unique. Tout se passe comme si son caractère profondément original était une aporie rédhibitoire. La tentation est grande d’inscrire une œuvre dans un continuum chronologique et logique. L’œuvre s’explique alors par  les œuvres qui l’ont précédée. Elle résulte d’une fusion d’influences et, soit prolonge une logique interne, soit est en rupture avec elle. S’il est vrai qu’à partir de rien, rien ne naît. Il est également vrai qu’il est illusoire de réduire une œuvre à ses influences.

 

Comprendre les ressorts de la création en train de se faire est ma manière d’éclairer les œuvres. Y apporter, au sens propre, de la lumière, non sur l’analyse de tous les ressorts de la création, mais sur quelques-uns, est l’entrée que j’ai choisie pour rendre compte de l’œuvre qui se fait.

 

Aussi, il est inutile de donner à lire des informations qui ne servent pas à la compréhension de la création. Inutiles donc, les longs développements biographiques. Seules m’intéressent la relation à la peinture de l’artiste. David Kennedy s’est construit, seul, une culture plastique en fréquentant les musées.  Entre lui et les œuvres, la transmission a été directe, fondée sur la sensation et l’émotion. Il n’a pas reçu sa culture en héritage ; elle résulte de la satisfaction profonde de ses besoins.

 

David Kennedy s’est créé un monde. Un monde qui est un reflet de sa vie.  Un monde qui a à voir avec le nôtre mais qui n’en est pas la reproduction mais une traduction. Entre le réel et l’œuvre peinte, tout est transmuté : les formes qui n’obéissent pas à la géométrie, les situations à la logique cartésienne, les couleurs aux traités de peinture. Les rapports de dimensions, les règles de la perspective sont réinventés et varient en fonction des toiles. Leur caractère immuable est nié. Par exemple, dans ses portraits en pied, tout apprenti artiste apprend par cœur les proportions du corps humain[1]. Le dessin de Kennedy n’obéit pas à l’anthropométrie mais à l’esthétique. Une esthétique singulière qu’il a inventée et qui n’est pas régit pas la constance. L’artiste refuse les règles, toutes les règles, y compris l’obligation de la constance. L’invention et la reproduction d’une esthétique nouvelle ne l’intéresse pas : il peint sans contrainte d’aucune sorte. En un mot, il est libre.

Dans son monde tout devient possible : il peut se représenter sur un même plan plusieurs fois, s’il « récupère » un tableau de la Renaissance hollandaise ce n’est pas pour le copier mais, éventuellement,  pour faire le portrait d’un ami, un portrait dans lequel la ressemblance est recherchée. Les sujets sont le plus souvent « détourés », pas de décor, juste une couleur de fond, mais c’est loin d’être systématique. La liberté de l’artiste s’accommode mal de la logique, de la reproduction des contraintes formelles. Il est guidé par son désir.

 

Ce qui frappe dans son œuvre peinte, ses dessins et ses gravures, c’est une liberté consubstantielle de l’artiste. Un « drôle » d’artiste qui, aidé par un mécène, refuse de vendre ses toiles, qui les garde car leur présence lui est nécessaire pour vivre. Un artiste qui refuse le commerce de sa création, l’exposition, la galerie, le contact avec les collectionneurs. Je ne désespère pas de le convaincre de partager un peu de sa chair et de son sang.

Le deuxième trait fort de son œuvre dont j’ai pu voir l’intégralité est la prégnance des sujets « religieux » et mythologiques. Il ne reproduit pas des images mais s’approprie la situation pour exprimer ses émotions et ses peurs. Ainsi, il avoue que ses sources d’inspiration sont Titien, Rembrandt et Van Dyck. Il dit les traiter «  à sa manière ». Une autre manière de définir l’appropriation.

David Kennedy peint comme il respire, naturellement, et son œuvre lui est nécessaire.

 Je crois comprendre les liens fusionnels qu’il entretient avec ses œuvres ; on ne vend pas son journal intime, ses cauchemars, ses désirs. Son « travail » est bien davantage ce qui le travaille.  Pas de limite entre l’homme et l’artiste. Il est tout entier dans son œuvre. Il pourrait, à son tour, dire qu’il est la matière de son œuvre : une œuvre qui s’édifie et qu’il paie au prix fort.[2]


[1] Par exemple, le rapport entre la tête et le corps est compris entre 1/7ème et 1/8ème.

Image: 

L'enlèvement d'Europe.

Orphée et Eurydice.

Diane et Actéon.

L'écorchement de Marsyas par Apollon.

Autoportrait de l'artiste.

Expiation du péché d'orgueil.

Don de tunique à un mendiant.

Saint François parlant aux oiseaux.

Chutes d'après Hokusai.

Paysage avec colline et arbres.

Pont.

13 février 2018

Oxfam, une ONG respectable

J’ai rejoint Oxfam en Belgique en 1967. A l’époque l’Inde sortait d’une famine meurtrière, c’était la guerre en Indochine, en Afrique australe sévissaient les guerres coloniales portugaises, l’apartheid régnait en Afrique du Sud, les Palestiniens étaient laissés pour compte.

Oxfam, créé à Oxford en 1942, portait assistance aux victimes de la 2ème guerre mondiale, notamment en Grèce et se portait au secours des réfugiés dans le monde.

Durant près de 30 ans, j’ai participé au travail remarquable de cette ONG, toujours à l’avant-garde des mobilisations pour un monde plus juste à l’égard des plus démunis : un monde générateur du commerce équitable,  un monde de paix en plaidant pour le désarmement en faveur du développement. Car la solidarité est un moyen essentiel pour l’émancipation des peuples, pour leurs droits à disposer d’eux-mêmes et l’accès à leurs ressources naturelles.

Cet Oxfam-là, j’en suis fier. C’est ce même Oxfam qui, aujourd’hui, ose critiquer et dénoncer ceux qui s’approprient indument les richesses qui devraient assurer à tous les êtres humains le minimum vital et la dignité. Oxfam fait ce travail au nom de tous ceux et celles avec lesquels l’ONG coopère de par le monde.

Que certains, engagés par Oxfam pour secourir les victimes du tremblement de terre en Haïti en 2011 aient eu des comportements pour le moins critiquables dans le cadre de leur mission, c’est regrettable et inacceptable.

Oxfam est une organisation humanitaire entreprise par des gens le plus souvent bénévoles et cela mérite un grand respect même si, comme ce fut le cas en Haïti, certains de ses employés, par leur comportement indigne, ont manqué aux règles de leur mission. Et cela, c’est inacceptable d’autant que le rapport du plus fort au plus faible comporte plus d’obligation de respect de la dignité humaine.

Ils ont entaché la respectabilité de l’ONG, soit, mais cela ne peut diminuer l’immense mérite d’une association qui, en 78 ans, a travaillé pour améliorer le sort des populations les plus démunies de notre planète.

Certes, s’il appartient aux bailleurs de fonds de contrôler le bon usage de leur contribution, menacer de retirer à Oxfam les fonds publics de soutien à la lutte contre le sous-développement et à l’aide d’urgence, c’est se tromper lourdement de cible.  Car Oxfam, j’en témoigne, est une organisation éminemment respectable.

- Pierre Galand, secrétaire-général d'Oxfam-Belgique de 1967 à 1996.

Image: 

Pierre Galand devant la boutique Oxfam d’Oxford, en 2014. Photo © Gabrielle Lefèvre

12 février 2018

pour faire les courses

Comme presque tous les jours, ça commence le matin, au petit lever.

Les rideaux fermés ne laissent passer qu’une lumière parcimonieuse qui n’éclaire rien du tout. Oui d’accord, ce n’est plus la noirceur de la nuit, tempérée parfois par la clarté de la lune et des étoiles, non tout ça a disparu. Il y a une pénombre glaciale qui n’incite guère à rejeter les couvertures et à ouvrir les rideaux.

On distingue  les objets habituels légèrement floutés, et presque sans coloration ; tout ça reste indistinct, et même en chaussant les lunettes, lesquelles devraient préciser les contours, on est dans l’ouate, un oreiller sur la bouche, et si on voulait crier, ça serait inaudible, alors on ne crie pas…

Une espèce de malaise plane, inaudible lui aussi, qui pourrait être submergé par le boucan d’enfer des camions de la voirie que laisse passer la fenêtre entr’ouverte. Le malaise, qui se bloque aux triples vitrages, épaissit l’air ambiant. Après, l’érection matinale, a-t-on  eu une prise de conscience ce matin, de ce malaise d’être mal à l’aise, de cette sensation qui s’insinue dans les articulations, passe dans les membres et débouche souvent dans les intestins ?  C’est alors aussi que ça peut remonter,  et que ça revient dans la bouche. Alors on a le goût de quelque chose que l’estomac n’a pas aimé. Ca doit venir de la veille au soir, ou même avant, au petit « quatre heure », quand la tartine au fromage blanc séché ou à la vieille marmelade d’orange du Lidl, n’offrait aux papilles qu’un arrière goùt de moisi. 

Le chauffage dans un sursaut, vient à peine de se mettre en marche. Cet abruti obéit aux ordres thermostatiens d’une ponctualité imbécile alors qu’il fait un froid de canard partout dans la maison.

Le malaise vire à l’inquiétude. Y a-t-il encore assez de carburant dans la cuve ? Les manettes des radiateurs sont-elles sur trois ? A combien est le mazout de chauffage? Et la fenêtre de la chambre du dessus est-elle fermées correctement ?

L’ignorance des réponses renforce l’inquiétude qui passe au niveau 4. Monseigneur Lainternet du Péssé fait sa mijaurée et traine avant de se mettre à fonctionner presque normalement. Mais là aussi les réponses se dissolvent, flottent à la surface d’une soupe d’infos qui ne sent pas la bonne nouvelle. Elle ressemble de plus en plus à une bouillie qui s’épaissit à force d’évaporation. Les précisions s’altèrent, les angles s’arrondissent, les nouvelles s’amollissent, et pour avoir du publiable, on réchauffe une ènième fois. Certes, on peut crocheter dans le tas et parfois, retirer une perle…mais en général, il s’avère que ce n’est qu’un vieux noyau de cerise.

A propos, la plante verte aux larges feuilles grasses, celle qu’on n’arrose presque jamais, a accumulé la poussière sans le vouloir et aimerait bien se secouer le « parenchyme palissadique » pour effectuer une photosynthèse politiquement correcte au moins une fois sur l’année…elle aimerait tant conserver ce teint de cadavre luisant utilisé abondamment dans les films d’horreur.

Bon, faut y aller. Le moteur démarre au ¼ de tour et prend son temps pour atteindre sa température  ad hoc.

Le damar est direct sur la peau, le pull au col roulé viens par dessus, celui aux grosses mailles mi-laines/mi-synthétique couvre le tout, vient ensuite l’écharpe « pura lana », qui tient lieu de filtre aux inquiétants malaises qui cherchent à nous apitoyer en miaulant… la suite, c’est la veste rembourrée, dont la glissière se ferme aux revendications des sans papiers, elle s’enfile sans réfléchir aux bonnes intentions glapissantes qu’on ne prend jamais pour faire les courses au carrefour.

A pa peur, ma vieille, on y va.

 

Image: 
11 février 2018

Première écoute

&

Image: 

Première écoute
Un air à boire
Jusqu'à se perdre
Premier toucher
Un nœud du bois
Comme un sourire
Première vision
La lumière revient et rend l'ombre
Invisible
Première odeur
Un reste de pluie sur les orties
En souvenir du ciel
Première dégustation
Des mauvaises herbes
En grosse soupe
Premières pensées
Surprises
Du fond des sens

09 février 2018

Que disent les murs peints de Singapour ?

Les hasards de la vie ont voulu qu’actuellement ma vie se partage entre Paris, un village de Cerdagne en Catalogne à quelques encablures de l’Espagne et Singapour. Un partage du temps qui facilite les comparaisons. Dans ces 3 lieux différents des murs ont été peints par des artistes. L’occasion était belle de rechercher les significations des murs peints du 13ème arrondissement de Paris et des murs peints de Singapour que je viens de découvrir.

Les murs peints de Paris ont un territoire de prédilection : le 13ème arrondissement. J’ai consacré un billet[1] à ce très remarquable projet, initié par le maire de l’arrondissement Jérôme Coumet et le directeur de la galerie Itinerrance[2]. En bref, 25 street-artists, de 12 nationalités ont jusqu’à aujourd’hui peint 32 fresques murales. Les artistes invités sont des « pointures » dans le monde du street art, des artistes ayant de fortes identités plastiques qui donnent à voir des œuvres remarquables, non seulement par la démesure des réalisations mais aussi par leur variété et leur qualité.[3]

Les murs du 13ème, des manifestes artistiques.

Les œuvres ont changé, et continuent à le faire, le paysage urbain de cet arrondissement de Paris. Situé à la périphérie du Paris muséal des arrondissements centraux, il a connu une transformation de son habitat. A l’habitat datant du milieu du 19ème siècle et du début du 20ème est venu s’ajouter, parfois remplacer, des immeubles de grande hauteur. Certes, ce ne sont pas les tours des grandes villes d’Asie de plus de quarante étages, la hauteur des constructions étant depuis « l’affaire » de la tour Montparnasse réglementée[4]. Ces « tours » présentent des murs de presque 40 mètres de haut sur plus de 25 de large, sans ouverture, le plus souvent recouverts d’un d’un crépi. Les « barres » d’immeubles, dont de nombreux appartiennent à des sociétés d’habitats sociaux, étaient fort laides, il faut bien en convenir.

L’idée a alors germé dans la tête du maire, grand amateur de street art, et le directeur d’une galerie de street art, d’inviter des artistes à peindre ces murs. Chacun y trouve son compte : les artistes qui ne sont que défrayés, une vitrine exceptionnelle pour promouvoir leur talent ; le maire, un élément central de transformation du paysage urbain qui fait de son arrondissement le plus grand musée à ciel ouvert de street art du monde. Des circuits de visite sont organisés par la municipalité et le 13ème qui manquait d’atouts pour attirer des touristes.

Ce rappel historique est nécessaire pour comprendre ce que les murs nous disent. Ils nous montrent des œuvres « remarquables » de leurs créateurs. En ce sens qu’ils sont des manifestes du talent particulier des artistes. Les sujets des œuvres n’ont aucun rapport avec leur environnement. Elles sont « hors sol », dirais-je. Elles ne racontent pas l’histoire du territoire, pas davantage les activités de ses habitants, pas plus qu’ils n’évoquent les problématiques sociales des gens.

Pourtant le 13ème arrondissement est un lieu particulier, c’est le Chinatown de Paris. C’est l’endroit où est concentrée la majorité des populations issues d’Asie et en particulier de Chine. Les murs ne témoignent pas de la spécificité de l’arrondissement.

Bien sûr, on pourrait trouver des liens entre certaines fresques et le territoire. C’est vrai pour celles dont la lecture reste « ouverte ». Mais quand on s’ingénie à découvrir précisément ce qui a inspiré les artistes, on comprend vite que ces liens n’existent pas.

Les murs de Singapour, des dazibaos de propagande.

J’avais dans un billet précédent dit mon désespoir d’amateur de street art visitant Singapour. A Singapour, pas une seule fresque « vandale », pas un tag, pas un graff, pas un sticker. Une exposition au ArtScience museum inaugurée en janvier 2018, ouverte jusqu’en juin, témoigne du souci des édiles responsables de la culture d’ouvrir l’horizon plastique de leur concitoyens.

 

En cherchant bien, j’ai trouvé deux murs peints dignes d’intérêt (sur un total de 3 !). Ces murs sont des commandes de la Ville-Etat. Ils ont été réalisés non par des street artists, car il faut le répéter ça n’existe pas à Singapour, mais par des peintres de chevalet ou par des peintres spécialisés dans la décoration. Les murs sont situés dans deux quartiers : Chinatown et Little India (dans les autres quartiers, il n’y a aucun mur peint).

Ces deux quartiers sont les quartiers les plus fréquentés par les touristes. Les fresques dont le commanditaire est l’Etat s’adressent aux habitants des deux quartiers mais aussi, et surtout aux touristes venus du monde entier (quoique majoritairement venus d’Asie du sud-est et d’Australie).

Fresques et statues de Chinatown, une histoire sélective.

Les fresques de Chinatown forment avec un ensemble de statues en bronze un ensemble cohérent. Elles évoquent les activités « ordinaires » de la communauté chinoise dans la première moitié du 19ème siècle. Sont ainsi valorisées les « travaux et les jours » des gens simples ; du coolie, de l’écrivain public, des repas, du thé…Tous les personnages sont des Chinois, caractérisés par leurs vêtements, et leur coiffure. Ils sont représentés « en situation », et même en action. C’est un récit qui nous est conté. Un récit qui valorise la communauté chinoise, en mettant l’accent sur les « gens du peuple ». Sont gommées les autres catégories de la communauté chinoise, en tout premier lieu les marchands (très nombreux, riches, puissants etc.), les artisans, les lettrés, les banquiers etc. Aucune représentation des colonisateurs anglais. Pourtant l’urbanisme même de ce quartier porte la marque de Sir Stamford Raffles qui, membre de la Compagnie Britannique des Indes Orientales, représente le Royaume-Uni, la puissance coloniale. Singapour lui doit beaucoup et Chinatown est une invention de Raffles. Il fonde Singapour le 6 février 1819, il établit « un schéma d’urbanisme ». La géographie porte sa marque : les rues, les shop-houses, les arcades et les passages couverts pour protéger du soleil et de la pluie aujourd’hui encore sont des témoins de son administration de ce qui était alors un comptoir.

Alors que le mot « coolie » (celui qui ne possède rien, exceptée sa force de travail) est devenu péjoratif, voire insultant. Le fait que l’Etat mette autant l’accent sur le « petit peuple » de Singapour nous interroge. Certes, peintures et sculptures ancrent la communauté chinoise dans le passé de Singapour. Il y a là une légitimation historique de la communauté chinoise qui représente environ 80% de la population actuelle de Singapour. Mais cet élément d’explication reste insuffisant.

Les fresques de Little India, le pendant de Chinatown.

Alors que Chinatown n’est plus le quartier d’habitation privilégié des Singapouriens originaires de Chine et qu’il rassemble un ensemble hétéroclite de restaurants proposant des cuisines de toute l’Asie, de commerces alimentaires dédiés à la diversité des cuisines chinoises, de commerces aussi divers et variés de vêtements, d’apothicaires, de temples indous, de bijouteries répondant aux goûts des clientèles asiatiques, Little India est le grand marché, non seulement des Singapouriens d’origine indienne, mais aussi des travailleurs immigrés venus du Sri Lanka et du Bangladesh qui constituent une main d’œuvre sous-qualifiée employée principalement dans la construction, les travaux publics, les travaux d’entretien des condominiums et des HDB ( les immeubles sociaux de Singapour). Ces populations, quoique différentes, partagent des pans entiers de leurs cultures et trouvent dans ce quartier tout pour satisfaire l’ensemble de leurs besoins. De ce point de vue, Little India qui possède également plusieurs temples indouistes et bouddhistes est plus homogène.

Une grande fresque située dans une rue adjacente à l’artère principale raconte une autre histoire. L’histoire des « petits métiers » des Indiens : le marchand de lait, le perroquet qui tire au sort des papiers pour prédire l’avenir, le marchand qui tresse des guirlandes de fleurs pour célébrer les cultes, l’épicier qui vend un peu de tout dans un étonnant fouillis, le lavage du linge. Ces images appartiennent au passé également. Le linge est lavé comme en occident ; les supermarchés ont remplacé les échoppes, les diseurs de bonne aventure n’ont plus de perroquets et officient dans de luxueux cabinets, seuls les vendeurs de colliers de fleurs continuent de fabriquer des colliers de fleurs et de vendre les vendre au poids.

Comme à Chinatown, les activités de la communauté indienne qui est la plus importante après la communauté chinoise sont des activités du quotidien, traditionnelles.

L’inscription dans l’histoire de Singapour de la communauté indienne est, comme pour la communauté chinoise, une forme de légitimation.

La légitimation des deux groupes nationaux les plus importants de Singapour, hypothèse qui est possible, a des limites. Tout d’abord, elles ne sont nullement contestées et par ailleurs il conviendrait de légitimer les Malais, groupe original de Singapour.

 

Sans totalement exclure le recours aux sources du peuplement pour donner un fondement aux rôles que jouent actuellement ces deux groupes dans le fonctionnement de l’Etat, je penche plutôt pour une autre explication.

Singapour a 53 ans et ses habitants ont un des niveaux de vie les plus élevés du monde. L’expression selon laquelle Singapour est la Suisse de l’Asie du Sud-Est est vraie dans une très large mesure. Le pays est riche et sa puissance se fonde en grande partie sur la finance. Les Singapouriens sont conscients de leur aisance matérielle. Donner à voir ce qu’était le Singapour d’avant la colonisation anglaise revient à auto-justifier le régime. Les dirigeants ont besoin de montrer par des images simples les bienfaits de leur gouvernance. Les oppositions politiques sont, en effet, muselées. Comme la presse. Le contrôle de la population est visible et choque les visiteurs (les caméras de surveillance sont partout présentes –y compris dans les ascenseurs !-les délits sont punis par des bastonnades et les crimes par la pendaison). Aucun observateur sérieux n’oserait dire que Singapour est une démocratie !

Les fresques murales, les très nombreuses statues représentant le Singapour du passé, le discours de l’ensemble des médias, participent d’un même projet, non de légitimation des groupes nationaux constituant la population de l’état, mais de légitimation du régime en place.

Les murs peints du 13ème arrondissement de Paris tiennent des discours fort différents : un discours sur l’Art pour le premier, un discours de propagande pour le second. Somme toute, rien de bien neuf sous le soleil : sous les images de l’Art se diffuse un sous-texte. A nous de bien écouter ces murs qui nous parlent.


[2] Le projet de la galerie Itinerrance :

« Depuis quelques années, la Galerie Itinerrance s’affiche à l’extérieur. Elle propose à tous curieux et amateurs de street art, de découvrir le 13ème arrondissement de Paris à travers tout un parcours de fresques réalisées par des artistes d’envergure internationale. Cette ballade ludique, en collaboration avec la mairie du 13ème arrondissement, a pour objectif de réaliser un véritable musée à ciel ouvert et d’initier le public aux pratiques artistiques actuelles. Par la métamorphose de ce quartier à l’aide des différentes interventions, elle apporte non seulement un rayonnement international et une dimension culturelle au 13ème, mais elle offre surtout un support et un lieu d’expression à tous ces artistes globetrotters. »

[3] Liste des murs du 13ème arrondissement.

Alapinta (Chili) / 50 rue Jeanne d’Arc 75013 Paris

Bom.K (France) / 124 boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

BTOY (Espagne) / 3 rue Esquirol 75013 Paris

Conor Harrington (Irlande) / 85 boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

C215 (France) / 141 boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

D*Face (Royaume-Uni) / 10 Place Pinel 75013 Paris

David de la Mano (Espagne) / 3 rue Jenner 75013 Paris

Ethos (Brésil) / Stade Carpentier / 81 boulevard Masséna 75013 Paris

Faile (USA) / 110 rue Jeanne d’Arc 75013 Paris

Inti (Chili) / 13 rue Lahire 75013 Paris

Inti (Chili) / 129 avenue d’Italie 75013 Paris

Inti (Chili) / 80 boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

Invader (France) / Hôpital Universitaire Pitié-Salpêtrière / boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

Invader (France) / 122 Boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

Jana & Js (Allemagne, France) / 110 rue Jeanne d’Arc 75013 Paris

M-City (Pologne) / 122 boulevard de l’Hôpital 75013 Paris

Maye (France) / 131 boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

OBEY (États-Unis) / 93 rue Jeanne d’Arc 75013 Paris

OBEY (États-Unis) / 60 rue Jeanne d’Arc 75013 Paris

OBEY (États-Unis) / 186 rue Nationale 75013 Paris

Pantónio (Portugal) / Croisement boulevard Vincent Auriol et rue Jenner 75013 Paris

Pantónio (Portugal) / Avenue de Choisy / Place de Vénétie 75013 Paris

Roa / Ascenseur / Rue Marguerite Duras 75013 Paris

Sainer (Pologne) / 13 avenue de la Porte d’Italie 75013 Paris

Seth (France) / 110 rue Jeanne d’Arc 75013 Paris

Stew (France) / Place de la Vénétie 75013 Paris

Tristan Eaton (USA) / 47-83 Boulevard de l’Hôpital 75013 Paris (visible du boulevard Vincent Auriol)

Vhils (Portugal) / 173 rue du Château des Rentiers 75013 Paris

 

LISTE DES MURS DÉTRUITS OU EFFACÉS

 

C215 (France) / Ecole cité Dorée / 90 boulevard Vincent Auriol 75013 Paris

Dabro (Tunisie) / Place Farhat Hached 75013 Paris

eL Seed (Tunisie) / Tour Paris 13 / 5 rue Fulton 75013 Paris

Rero (France) / 81 rue du Chevaleret 75013 Paris

 

[4] La hauteur maximale est en général de 25 mètres dans les arrondissements centraux et de 31 mètres dans les arrondissements périphériques, avec un maximum de 37 mètres dans certains quartiers. Des dépassements de gabarit ne peuvent être autorisés que par dérogation.

Image: 

Mur peint et ensemble de statues en bronze situés à Chinatown.

La figure du "coolie", portefaix situé au bas de la hiérarchie sociale au 19ème siècle.

Un peintre représente la figure traditionnelle de l'écrivain public. L'écriture et la langue, en mandarin, est une décision de l'Etat qui a interdit les autres langues chinoises.

Immense fresque récente située à Little India.

Les métiers traditionnels des Singapouriens d'origine indienne sont représentés.

L'entretien du linge.

Une figure des "petits métiers" des Indiens d'avant la décolonisation.

Des rôles et des gestes inscrits dans la mémoire de la communauté indienne.

La livraison des draps. Une autre figure du passé.

03 février 2018

L'art de l'oubli

&

Image: 

Au-delà des bulles

Nous nous sommes assis
Nous avons versé
Lentement
L’eau pétillante
Dans nos verres
Les glaçons cliquent
Nos regards flottent
Au delà des bulles
Où est l’art de l’oubli

12/05/2007

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