semaine 26

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont par André Fromont

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23 février 2017

Aspiré par des faits réels

&

Image: 

Aspiré par des faits réels

Le vide
Le silence
Une ébriété lunaire
Et au milieu

L’autre combattant
Petite tête dure
Tête brûlée
Fou d’artifice
Le monde a cessé pour lui
Ce jour de première neige

L’autre combattant
Des picotements sous la peau
Les yeux musclés
Blotti dans l’ombre
Avec la chance
Le monde continue pour lui
Ce jour de première neige

Et au milieu
Le vide
Le silence
Une ébriété lunaire

19 février 2017

L'ours en peluche

Ce soir-là, il avait eu envie de retrouver la maison de son enfance parce qu’il était en manque de tendresse. La tendresse est une drogue qui fait des ravages terribles et crée une immense dépendance. Il ressemble à un transistor allumé qui ne reçoit aucune info, aucun message, pas même une vieille chanson. Il a beau dirigé l’antenne dans tous les sens, vers tous les points cardinaux. Il ne capte rien. Pas de grésillement, pas de voix étrangère. Rien. Retrouver la rue de son enfance fut facile, elle est en lui. Aujourd’hui, la rue est minuscule mais rien n’a changé sauf lui, si grand, si vieux, si laid. Un monstre. Il est beaucoup plus grand que l’école qui se trouve à sa droite. Elle est vide à cette heure-ci. Et au-delà de l’école, il aperçoit la rue bordée d’arbres et plus loin le stade de football éclairé comme en plein jour où des joueurs en rouge et noir, autrefois des légendes, ressemblent à des souris qui se disputent un morceau de fromage. Les maisons de sa rue, il les reconnait toutes. En trois pas, bam ! Bam ! Bam, il arrive devant chez lui. Le bruit de ses pas a réveillé tout le monde. Il s’agenouille devant une fenêtre et jette un œil à l’intérieur. La mère est là, elle fait face comme toujours avec les deux enfants en pyjama derrière elle, terrorisés. Le gamin tient fermement une peluche dans ses bras, sa sœur, une poupée. Du doigt, il casse une fenêtre et introduit sa tête dans la maison. - Allez-vous- en ! crie la mère qui veut protéger ses petits. - Allez-vous-en ! Vous n’avez plus rien à faire ici ! - C’est moi, dit-il, d’une voix effrayante. La mère ne semble pas comprendre ce qu’il dit à cause des enfants qui hurlent. - C’est moi, dit-il encore. La mère recule avec ses gosses. A présent, il introduit la main droite dans la maison. Ses doigts aveugles avancent en tâtonnant. Au toucher, il reconnait la table, une chaise, le tissu du pyjama du gamin et enfin la douceur du nounours. Ses doigts s’emparent de la tête de la peluche. Le gamin et la mère tentent bien de résister mais c’est impossible. D’une chiquenaude, il les repousse vers la cuisine. La mère et l’enfant sont à terre. Blessé, le gamin se met à pleurer comme un gamin. Le géant tire la peluche vers lui malgré les supplications du garçon: "Non ! Pas mon nounours, laissez-le-moi ! Pitié ! Laissez-moi mon nounours  !" Mais il n’y a rien à faire. Le géant n’a aucune pitié quand il s’agit de tendresse. Elle est si rare. On la prend où on la trouve. Arracher la peluche des bras de l’enfant est si facile. Voilà ! Il a gagné. Il sort son bras de la maison et se relève, le nounours entre les doigts. Il remonte la rue de son pas de géant. Bam ! Bam ! Bam ! Il est rapide mais pas assez. Entre ses doigts, la peluche tombe déjà en poussière. Le corps, les bras et les jambes ont disparu en quelques secondes. Derrière lui, ce qui reste de la laine git sur le trottoir. Il ne subsiste rien de la tendresse de cette peluche sauf un morceau de la tête avec les deux yeux intenses et immobiles car seul le plastic résiste au temps en ce bas monde.

17 février 2017

Quatre fresques de Yosh, black is back.

L’œuvre de Yosh déroute. Elle est multiforme. Elle alterne les supports mais aussi les thèmes et les modes de représentation. Faute de trouver un fils conducteur entre les œuvres, je réduirai mon commentaire à 4 grandes fresques réalisées à un an d’intervalle sur le même mur, celui de la rue Henri Noguères dans le XIXème arrondissement de Paris.

La juxtaposition des fresques et, partant, leur comparaison est éclairante. Façon de dire car elles abordent le même champ sémantique : celui de la mort.

Vanités modernes.

Deux fresques qui par leur sujet et leur composition sont relativement semblables. Dans la première un crâne regarde le spectateur. En fait, à y regarder de plus près, ce n’est pas vraiment un crâne (la tête de mort possède des yeux, des paupières, des cils…et toutes ses dents). Ce n’est pas un visage pour autant : il ne reste du nez qu’une cavité, la mâchoire inférieure est articulée à la boite crânienne. C’est bien davantage l’imaginaire d’un visage en décomposition, encore vivant. Cette vision de cauchemar est située au centre d’une composition végétale ; des fleurs, des arbres, des feuilles. Un réseau de formes colorées en rose, seule couleur vive de la fresque, convergent vers le visage (à moins qu’elles en émanent). Elles ne ressemblent guère aux branches voisines ; on pense plutôt à des lianes ou des filaments qui interpénètrent la végétation exubérante. Des yeux coulent des larmes, ou des sécrétions qui se mêlent au chaos végétal.La seconde fresque est, non pas un crâne, mais une partie de crâne (manque la mâchoire inférieure). Les yeux sont des lueurs rougeâtres, lumière décroissante d’une vie qui s’éteint. Des orbites,  de fines branches poussent et rejoignent le décor végétal. De cette mort naissent de superbes fleurs.Les deux fresques ont des points communs. Tout d’abord des ressemblances quant à la forme. Les deux fresques sont détachées du mur par un cadre. Les fonds sont argentés, le dessin est noir, la couleur (rose, rouge) intervient très peu. Sur le fond, les fresques semblent s’inscrire dans la longue histoire des vanités.

Scènes d’horreur.

Les deux autres fresques sont des variations sur le même thème. Un beau et juvénile visage de femme, situé dans la partie haute et centrale, pleure. Il semble émerger (ou disparaître) dans un décor fait de végétation et de crânes aux yeux jaunes. Les yeux de la jeune femme sont étrangement de couleurs différentes : rouge et bleu. La quatrième fresque est un graff de Yosh. La calligraphie du blaze est encadrée par un personnage et une tête de mort. Le décor est là encore végétal,  mais il se mêle à l’organique voire au mécanique. La branche tenue par la main du personnage a un œil. Le «corps » du personnage est une fusion d’éléments techniques, comme la calotte, les tuyaux, et d’une nature vivante et menaçante.

Le gothique revisité.

Dans les quatre fresques l’artiste a écrit des mots : « sombre », « noir », « Yosh », « Milan ». Des mots plutôt cachés qu’écrits. Ecrits parfois à l’envers, intégrés au décor. Ces fresques, presqu’en noir et blanc, ressemblent à des illustrations voire à des gravures. L’artiste, il est vrai fort peu disert, confie son lien fort avec Gustave Doré. Il est vrai que deux fresques de Doré en particulier font écho au traitement de Yosh : la transfiguration du végétal et de l’organique, la décomposition du corps.

L’imaginaire d’un jeune street artist prend certes sa source dans l’œuvre gravée d’un illustre illustrateur de la seconde moitié du XIXème siècle mais sa déclinaison est fascinante : la mort rend liquide le corps (les larmes, la putréfaction des chairs), mort qui  donne naissance aux formes les plus abouties de la beauté (les fleurs, les feuilles). Jeu de mots (cachés), jeu des contrastes (vie/mort, noir/blanc, rose/noir, rouge/bleu). Yosh peint de superbes illustrations d’une mort dont il ne reste que l’horreur. Ultime pied de nez à la Camarde.

Image: 

Fresque (environ 2,5x4 m), 2016

Fresque contemporaine de la première.

Fresque, 2017.

Graff/fresque, 2017.

"Noir" écrit à l'envers dans l'entrelacs de la végétation.

"Sombre", écrit horizontalement, mêlé au décor.

"Yosh", blaze de l'artiste, écrit/dissimulé dans le décor végétal en plus de la signature de l'oeuvre.

"Milan", dissimulé "derrière" des éléments de décor.

Gravure de Gustave Doré (Les contes drolatiques)

Gravure de G.Doré(illustration de L'enfer de Dante).

17 février 2017

Lumière

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Image: 
15 février 2017

Légal donc normal. Normal donc moral

Samedi 11 février

 On connaissait le lit vertical, une histoire à dormir debout qui amusait les conversations de fin de banquets. La forêt verticale est un concept beaucoup plus sérieux. On doit cette idée à l’architecte italien Stefano Boeri. Le principe consiste à bâtir des immeubles recouverts d’arbres et de verdure. En 2014, il reçut le prestigieux prix international en design architectural International Highrise Award pour « le plus et le plus innovant gratte-ciel du monde », deux tours situées à Milan, hautes de 80 et 112 mètres, dont les façades étaient recouvertes de végétations équivalant à un hectare de forêt. Voici donc une réalisation écologique de belle et grande envergure. La Chine, pays le plus pollueur du monde, s’est montrée intéressée par les inventions de Boeri. La ville de Nanjing (Nankin – 8 millions d’habitants) lui a commandé la construction de 2 tours, de 200 et de 108 mètres. Boeri les habillera de 600 arbres, 500 arbustes de 23 espèces différentes. D’autres villes chinoises devraient également emboîter le pas. Ce serait dommage qu’une pareille initiative révolutionnaire venant d’Italie soit ignorée en Europe. Qu’en pense Anne Hidalgo, qui se passionne pour le Grand Paris ?

                                                           *

  M. & Mme Adelman, le premier film de Nicolas Bedos, ne sortira en salles que le 8 mars. Mais comme il fut choisi pour ouvrir la soirée de la 33e édition du Festival du Film d’Amour à Mons, on a déjà pu découvrir la pertinence des scènes à la fois drôles et tragiques, simples ou extravagantes, reflets d’une vie d’écrivains amoureux de la littérature et de la philosophie, dynamiques, aux comportements explosifs jusque dans l’acte sexuel. Des scènes qui se succèdent à un rythme effréné, conférant à l’histoire des va-et-vient délicieux et des spleens cocasses. Le couple Nicolas Bedos et Doria Tillier joue à anticiper leur propre avenir jusqu’à leur fin de vie. Ceux qui trouveront ce film ordinaire auront tort : Doria et Nicolas viennent d’inventer une nouvelle forme de romantisme.

Dimanche 5 février

 Rugby, Tournoi des VI Nations. La France renoue enfin avec la victoire. Elle gagne contre l’Écosse par 22 à 16. Dans les tribunes du Stade de France, François Hollande est radieux…

                                                           *

 Pourquoi des centaines de baleines sont-elles allées s’échouer sur la plage de Farewell Spit en Nouvelle-Zélande ? L’homme a inventé les ordinateurs, il se prépare à débarquer sur Mars, mais il ne sait toujours pas pourquoi des baleines se suicident en groupe épisodiquement. Il croit savoir qu’elles communiquent sans savoir ce qu’elles se disent. La planète est devenue un village mais les champs à découvrir sont encore multiples.

Lundi 13 février

 Le représentant du peuple qui, grâce à des mandats connexes, empoche mensuellement des salaires mirobolants, a la conscience tranquille tant que son enrichissement n’est pas illégal. Il fait donc fi complètement de l’aspect moral. Peut lui chaut que ce ne soit pas moral pourvu que ce soit légal. Légal donc normal. Normal donc moral. Comme il est facile de manipuler la logique pour justifier ses propres turpitudes…

                                                           *

 Tandis que depuis une décade au moins, les annonces commerciales exploitent à fond l’arrivée de la Saint-Valentin, Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l’Académie de Langue et de Littérature de Belgique, a tout au long de la semaine dernière proposé de nouveau sa pièce savoureuse, Le vaudeville et le veau des champs, ou Le magnolia, une charmante histoire de dédoublement de la personnalité en amour, qui démontre avec finesse et perspicacité que si la double vie a ses charmes dans ses mystères, elle est parfois stressante et fatigante. Que tous les Valentin et toutes les Valentine se le disent. La dernière représentation eut lieu hier soir. La salle, une fois de plus, était comble et elle a bien ri, parfois sous cape pour certains spectateurs. C’était aussi l’occasion de saluer le cher Leonil Mc Cornick, directeur-fondateur de ce merveilleux Théâtre de la Valette perdu à Ittre au milieu de la campagne, le Bussang du Brabant wallon, et que l’on aime toujours retrouver souriant.

Mardi 14 février

 C’est paraît-il quasiment désormais une certitude : les Russes sont parvenus à s’immiscer dans la campagne étatsunienne en faveur de Donald Trump. La phobie s’empare désormais de la France. Le Kremlin a ses préférences : Fillon, Mélenchon, Le Pen ont ses faveurs. Un candidat est rejeté : Emmanuel Macron. Il n’en faut pas plus pour que l’équipe du jeune fougueux panique à l’idée que ses soupçons d’ingérence russe dans la campagne électorale se confirment et croissent en efficacité. Ce qui est sûr, c’est que l’agence Spoutnik installée à Bruxelles suit une ligne éditoriale visant à déstabiliser l’Union européenne.

Mercredi 15 février

 S’il n’y avait que les politiques pour sombrer dans les excès causés par les avidités financières !… Simplement, eux, devraient être plus inflexibles que quiconque. La fin (momentanée ?) des idéologies et la misère des religions par leur radicalisation rendent les sociétés démocratiques poreuses. Elles se laissent pénétrer par les vices de l’argent jusqu’à la nausée de l’incivisme normal. Retour à Giono et à sa Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)  : « Dans les temps modernes, l’humble sagesse est la pensée la plus révolutionnaire du monde. »

                                                           *

 Puisque selon son habitude, Le Canard enchaîné annonce quelques belles et bonnes scories déroutantes vis-à-vis de personnalités politiques, la tendance, au nom de la transparence, est de lui demander de révéler ses sources. Autant l’inviter au suicide. Alors, le palmipède qui pratique le même journalisme depuis plus de cent ans, donne aujourd’hui une leçon simple et toujours aussi juste, par-delà les décennies et surtout quel que soit la technique utilisée : « Une information n’est pas convenable ou dégoûtante ; elle est vraie ou fausse. »

                                                           *

 Il ne faut pas visiter l’exposition 21, rue La Boétie qui se tient encore jusqu’au 19 février au Musée de la Boverie à Liège dans l’attente de découvrir des œuvres majeures de Georges Braque, Marie Laurencin, Fernand Léger, Henri Matisse et Pablo Picasso, les cinq peintres principaux que Paul Rosenberg a promus. Cette remarquable exposition est avant tout consacrée à la vie du grand-père d’Anne Sinclair que l’avènement du nazisme et la Seconde Guerre mondiale ont rendue chaotique, ballotée d’un côté à l’autre de l’Atlantique. Quelques anecdotes émaillent aussi, presque sous-jacentes, l’épopée tragique : le passage des peintres de la galerie de Kahnweiler à celle de Léonce, le frère, pour terminer chez Paul, plus représentatif ; le choix de Picasso d’habiter un temps dans l’immeuble voisin du 21, rue La Boétie ; les pérégrinations des tableaux volés par les nazis dont certains n’ont toujours pas été retrouvés ; la découverte d’Alexandre, le fils de Paul, engagé dans la 2e Division blindée de Leclerc, reconnaissant des tableaux appartenant à son père au cours de la libération de Paris ; le portrait d’Anne Sinclair à quatre ans par Marie Laurencin, etc. Le cadre de La Boverie - auquel on accède désormais par une engageante passerelle au-dessus de la Meuse en venant de la superbe gare des Guillemins rénovée par l’architecte espagnol Santiago Calatarava Valls - est tout à fait accueillant pour enclore le musée, lui aussi rénové. Il importera aux autorités de veiller à ce que ce haut-lieu soit digne de ce que l’on attend de lui : quelques attentions de confort muséal comme la formation du personnel de la cafétéria ou l’entretien des toilettes pourraient nuire stupidement à la qualité des manifestations.

 

 

 

10 février 2017

"Quand on n’est pas cru, on est cuit"

Mercredi 1er février

 On se préparait à constater que la journée se terminerait sans nouvelle préoccupante, voire révoltante, en provenance de Trump. C’eut été la première fois depuis son investiture. Et puis l’on apprend qu’il a décidé de couper les ponts avec CNN. Bof, tant que cela se passe entre eux… Ah ! Mais voilà que le nouveau secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, prie Trump de retirer son décret migratoire. Il pourrait bien se faire congédier comme un malotru et, partant, provoquer l’insulte à l’endroit de la noble institution qu’il dirige.

                                                           *

Depuis que les frondeurs du groupe socialiste contrarient le travail du gouvernement, depuis que François Hollande a renoncé à concourir pour un second mandat, et, a fortiori, depuis que Benoît Hamon a remporté la primaire de la gauche, le pronostic d’un second tour entre Marine Le Pen et François Fillon prenait consistance. Et voici que le candidat de la droite se débat dans des affaires de rémunérations douteuses pour sa femme et pour ses enfants. Se lancer dans des prévisions serait, pour l’heure, s’éloigner de l’analyse sérieuse. Rappelons donc simplement que les candidatures ne seront entérinées officiellement que le 17 mars. Mais osons quand même considérer que les détracteurs de Fillon ne le lâcheront pas, et qu’il devra tôt ou tard se retirer de la compétition, même s’il a encore répété aujourd’hui haut et fort qu’il « irait jusqu’au bout ! » Le candidat de la droite n’a cependant pas précisé de quel bout il parlait…

Jeudi 2 février

Cet ancien patron d’Olivetti, voyant débarquer dans sa chambre le curé muni des burettes et s’écriant : « Comment ? Je vais mourir ? Mas je suis l’homme le plus riche d’Europe !... » Le sentiment d’impunité imprègne tous ceux qui sont grisés par le pouvoir. Il est plus pénible à comprendre lorsqu’il atteint des élus de la classe politique. Et quand ceux-ci oublient que ce qui n’est pas illégal est pour autant moral, leur comportement civique devient écœurant.

Vendredi 3 février

 Il faudra bien un jour finir par accepter d’appeler le téléphone « portable » plutôt que « portatif », qui est pourtant le terme correct (au début des années soixante, on allait dans les bois et dans les prés avec les filles, écouter Salut les copains, l’émission de Daniel Filipacchi sur Europe n°1, équipés de la petite inventions miraculeuse : la radio portative…) Aujourd’hui, le téléphone et les dérivés provoque la frénésie de la solitude. En mai ’68, on lisait sur les murs de Paris : L’ennui fleurit. Désormais, il n’y a plus de place pour l’ennui dans la vie quotidienne.

Samedi 4 février

 Hervé Mariton, député de la Drôme, maire de Crest (LR) a dû interrompre les activités de son mouvement le mois dernier en raison d’un problème cardiaque. Titre de son mouvement : Droit au cœur.

Dimanche 5 février

 Comme s’ils s’étaient donné le mot, les candidats qui sont déjà en campagne ont tous tenu meeting à Lyon. On ne peut en retenir que peu de choses : Macron rassemble des foules mais reste toujours très imprécis sur son programme ; Marine Le Pen n’a strictement pas innové, débitant les sujets de son fond de commerce et fournissant du même coup des images vieillottes, au point que l’on pourrait confondre les dates de diffusion, d’un quinquennat jusqu’à un autre. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a ouvert une toute nouvelle voie, mais au plan technique surtout : grâce à l’hologramme, il était en chair et en os sur la scène lyonnaise (12.000 personnes) et en image virtuelle à Aubervilliers (6000 personnes), raflant ainsi l’acte de modernité à Emmanuel Macron, et envoyant la diffusion sur grand écran au magasin des anciens accessoires. Si la méthode se banalise, on pourra souligner qu’il fut le pionnier. En attendant, ce gaillard est celui qui mobilise le mieux à gauche, même sans dédoublement…

Lundi 6 février

 La trumpisation de le Russie a commencé. Premier symptôme : le fabricant de Kalachnikov a été privatisé. L’État, qui possédait 51 % des parts, n’en détient plus désormais que 25 %.

                                                          *

 Quelqu’un a-t-il entendu parler de Bachar al-Assad ? Le tyran syrien devrait remercier Pénélope Fillon. Grâce à elle, il est presque en train de tomber dans l’oubli.

                                                           *

 Et justement, parlons-en de Pénélope Fillon… Son mari tient une conférence de presse pour tenter d’éteindre l’incendie de l’emploi fictif. Il présente ses excuses aux Français et termine son propos sur un élan, avec l’espoir de tourner la page (ou de la déchirer…) : « Une nouvelle campagne commence !... » Demain soir, Le Canard enchaîné n’aura plus qu’à remplacer une lettre en imprimant « compagne » plutôt que « campagne »…

Mardi 7  février

 Jean-François Kahn, en grande forme stylistique sur l’affaire Fillon : « Il n’est pas cru. Et quand on n’est pas cru, on est cuit. »

                                                           *

   On connaît la réflexion de Claudel : « La tolérance, il y a des maisons pour cela. » Eh bien dans les pays arabes, il y a aussi des ministères pour cela ! Les Émirats arabes unis possèdent un ministre de la Tolérance, c’est même une ministre. Elle s’appelle Shaikha Lubna Khalid Al Qasimi. Elle est féministe à sa manière (pas hardcore, entendons excessive, dit-elle), revendiquant que grâce à son travail, les femmes de son pays peuvent désormais conduire une automobile ; elle est considérée comme une des femmes  les plus puissantes de tous les pays arabes. Bref, elle est ministre de la Tolérance. « Voltaire, réveille-toi ! Ils sont devenus …  Ils sont devenus quoi au juste ?... »

Mercredi 8 février

 Martin Schultz, 61 ans, est un fin politique. S’il a délaissé son cher Parlement européen pour retourner dans son pays en prévision des élections législatives, c’est qu’il a pesé très minutieusement les avantages et les inconvénients d’un pareil virage. Battre Merkel en septembre paraît relever d’un pari impensable. Si déjà il parvenait à augmenter le score de son parti, la crise de la social-démocratie européenne serait tout à coup stoppée. Au-delà de son duel avec la chancelière, on suivra donc le parcours du SPD dans l’attente d’idées neuves susceptibles d’essaimer hors d’Allemagne.

                                                           *

 Le Parlement écossais et celui d’Irlande du Nord ont très majoritairement voté contre la loi qui déclenchera le Brexit. Mais ce scrutin n’était que symbolique. La Cour suprême a bien spécifié que seul le Parlement de Westminster était appelé à se prononcer. N’empêche, le Royaume-Uni pourrait demain prendre l’aspect d’un royaume désuni…

                                                           *

 Bernard Pivot rend compte du Journal (1953 – 1986) rassemblant les critiques de Matthieu Galley (éd. R. Laffont, coll. « Bouquins ») qui sera demain en librairie. Il en extrait quelques réflexions d’auteurs comme celle-ci, de Maurice Druon apprenant l’élection de Marguerite Yourcenar à l’Académie : « D’ici peu, vous aurez quarante bonnes femmes qui tricoteront pendant les séances du dictionnaire. »

Jeudi 9 février

 On n’avait jamais vu autant de parlementaires britanniques exprimer leur sympathie pour l’Union européenne ! (Et « sympathie », chez un english serious, cela vaut son poids de cornichons ! …) Ils ont cependant voté très majoritairement l’autorisation pour Theresa Mai de déclencher le Brexit au motif qu’ils ne pouvaient pas renier la voix du peuple. Of course… Quelques défections savaient cependant être justifiées : celui dont la circonscription avait été favorable au maintien par exemple… Á présent, Sariq Khan, le maire de Londres, entame une tournée des capitales européennes pour préciser que l’on est toujours le bienvenu à Londres afin de faire du business. Good idea, but is it possible ? Not too expensive about « paperasses » ?

Vendredi 10 février

 Pour peu que l’on s’intéresse aux prestations télévisées de Marine Le Pen, que l’on observe ses attitudes lors de débats, on perçoit bien les moments où elle est dans le mensonge. afin de sortir d’une contradiction. Ce matin, commentant son passage d’hier soir lors de la grande émission politique de France 2, la presse relève ses affirmations « erronées ou exagérées » (Le Monde). Certes. Mais le mal est fait, la post-vérité a fait son œuvre, et la dame de l’affront est parvenue, une fois encore à séduire la tranche de la population qui ne demandait qu’à l’être.

 

 Le 10 février 1967 (il mourrait six mois plus tard…) René Magritte écrit dans L’art de la ressemblance (Écrits complets, réunis et annotés par André Blavier,  éd. Flammarion, 1979): « L’inspiration donne au peintre ce qu’il faut peindre : par exemple, la pensée dont les termes sont une pipe et l’inscription ‘ceci n’est pas une pipe’. » Le tableau qu’il évoque a été peint en 1929. Ce qu’il disait de cette œuvre il y a cinquante ans fait encore débat de nos jours.

 

09 février 2017

Une expérience parfaite

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09 février 2017

Histoire de Stéphen, peintre forain.

In memoriam,

Dans la série,"Il n'y a pas que le street art dans la vie", j'ai envie de vous raconter une histoire triste et vraie.

 Elle commence comme souvent par la promenade matutinale de mon molosse, Darling, caniche toy de son état, 3 kg 400,  toute mouillée. Enlevons 150 g pour le harnais orné de cristaux Swarovski et la laisse rose et vous aurez une idée du cerbère. Vu l'insécurité croissante dans mon quartier, je ne sors jamais sans mon caniche. On n’est jamais trop prudent ! Bref, nous sommes au mois de juin à Paris. Curieusement, il fait chaud et l'air est respirable. Flanqué de mon chien, je pénètre dans le parc de La Villette et commence l'ascension par la face nord-ouest. Arrivé au niveau des manèges, je vois une dame en short qui, avec des pochoirs, dessine des lignes sur le stand de "La pêche aux canards". Qui dit pochoir dit "street art" et me voilà tout émoustillé par la situation. Voulant montrer à cette dame l'étendue de ma culture streetartienne , je lui demande tout de go si elle s'apprête à faire un pochoir de style Art Nouveau sur la cabane brute de décoffrage, laissée en blanc. Elle me dit que ce qu'elle tient à la main n'est pas un pochoir mais un gabarit pour dessiner une ornementation vaguement inspirée des stations de métro d'Hector Guimard. Je suis contraint de reconnaître les limites de ma culture et, généreux dans l'échec, j'engage une conversation roulant sur l'art forain. Pendant plus de deux semaines, chaque promenade de chien a été interrompue par un moment de dialogue. Elle m'apprend qu'elle s'appelle Stéphen (à aucun moment il n'a été nécessaire d'employer son patronyme, aussi j'ignore encore aujourd'hui son nom). Elle résume pour moi sa vie. Etudiante aux Beaux-Arts de Paris, un copain lui propose de décorer un manège. Elle a alors 22 ans.  Depuis 40 ans, elle décore toutes sortes de manège. Avec son camion-atelier-mobil-home, elle va où sont les manèges, c'est-à-dire, un peu partout en France et en Belgique. Nous parlons de Courtois. Courtois, pour ceux qui m'ignoreraient encore,  est celui qui a décoré presque tous les gros manèges avec une technique particulière, l'aérographe. Elle me dit que l'entreprise était florissante, il y a une vingtaine d'années. Elle employait 7 personnes, 5 ouvriers, le père Courtois et le fils. Les forains ont été décimés par les réglementations tatillonnes, les taxes et la déclaration à l'URSSAF des employés. Quand je dis "décimée", divisée par 10, je suis loin du compte. Il faudrait  plutôt dire que le monde forain n'existe que comme butte-témoin d'une culture qui disparaît. Et avec les forains, disparaissent les manèges et les arts forains. En 2015, l'entreprise Courtois n'a plus qu'un seul salarié, le fils qui se verse un salaire. Stéphen est la dernière peintre décoratrice de manèges. Il faut dire que son travail est atypique : elle peint avec des brosses et des pinceaux avec de la peinture acrylique. Son procédé depuis 40 ans n'a pas changé : une couche d’apprêt, une couche d'acrylique et trois couches de vernis à parquet. Elle est payée (mal) au mètre carré (80 euros). Elle ne se plaint pas : elle a toujours travaillé et a trouvé chez les gens du voyage "des gens merveilleux". Elle vit seule dans un pavillon de banlieue qu'elle habite entre deux chantiers. Dans le métier, tout le monde connait Stéphen comme le loup blanc. Par relation, Stéphen a été sollicitée par David pour décorer La pêche aux canards et Le palais de la gourmandise. David est un Manouche sédentarisé qui comme tous les  Manouches est très attaché aux traditions. Pour se faire plaisir, refusant de céder aux sirènes du profit (des entreprises piquent des dessins sur Internet et les impriment sur un film plastique autocollant, c'est moche mais c'est pas cher), il a décidé de faire faire la décoration par Stéphen. C'est sa fierté à lui, son luxe et le symbole de sa réussite sociale. Un beau manège, ça vous pose un homme ! Les bandeaux vite faits, mal faits, ils comptent les faire refaire par Stéphen en septembre, après la saison. Stéphen lui a fait un beau projet : comme il y a des touristes, il faut des vues de Paris bateaux et une représentation de la marchandise (pour les canards, ce sera des cygnes, c'est quand même plus chic,  et pour la gourmandise, il faut des glaces, des crêpes, des gaufres, des churros...) Ces contraintes intégrées, elle a fait un petit croquis en couleurs et à la main. Dans ce milieu-là, on travaille à la confiance. Elles pompent ses modèles dans des livres pour enfants. Elle ajoute des décors Guimard, bien parisiens,  et c'est parti pour un mois de travail.

Stéphen et moi, nous avons sympathisé et décidé que je photographierai à la rentrée les étapes d'un gros chantier. Pendant que j'y suis, je prends des clichés de l'artiste devant son œuvre. Sachant qu'à mon retour, elle aura terminé, je m'engage à lui faire parvenir mes photos.

Ainsi, fut fait. Je rentre donc un dimanche de septembre et le lundi matin, je promène Cerbère. David est à son poste, au bar, juste en face. J'ai fait des beaux tirages en A4 ; je suis fier de mon travail et un peu intimidé de le montrer. David me salue et me dis : "Vous êtes, au courant, Stéphen, elle est morte." Ben non, j'étais pas au courant. Il m'apprend alors les circonstances de sa mort. Dans son pavillon, seule, une amie du voisinage est venue la voir au mois d'août et l'a trouvé morte. Le médecin a dit qu'elle avait eu une rupture d'anévrisme. Personne pour l'aider...

Stéphen était la dernière à pratiquer cet art.

Alors, badauds, mes frères et soeurs, quand vous passerez en promenant vos canidés féroces devant "La pêche aux canards" et "Le palais de la gourmandise" dans le parc de La Villette à Paris ayez une pensée pour Stéphen, artiste-peintre. Les deux stands sont les derniers de leur espèce et témoignent d'un art et d'une époque. Ainsi va la vie...et la mort.

Image: 

Stéphen pose le pinceau à la main devant la fresque des cygnes.

Aux canards qu'elle jugeait trop "ordinaires", elle a préféré les majestueux cygnes blancs.

La confiserie est décorée de scènes "parisiennes", pour attirer les touristes nombreux à traverser le parc de La Villette.Ici, le pont Alexandre III et le Grand Palais.

Notre-Dame de Paris, le symbole de la Ville-Lumière.

Le Moulin-Rouge, une figure du Paris de la Belle Epoque.

Il fallut un mois pour décorer "La pêche aux canards" et "Le palais de la gourmandise".

Détail d'un panneau de la pêche aux canards.

Les modèles copiés sur les illustrations des livres destinés aux enfants sont adaptés et leur chromatisme mis en harmonie avec les autres éléments du décor.

Détail de la pêche aux canards. Poule d'eau et fleur de nénuphar.

05 février 2017

Deux amis

Ils se connaissent depuis toujours mais leur parcours n’est pas parallèle. Le premier a aimé 1,43 femme et fait 2,4 enfants. Plus dans la norme, on ne peut pas. Le second, un géant sans enfant, affirme avoir aimé plus de cent mille femmes mais le chiffre est sujet à caution car sa mémoire est défaillante. Le premier mène une existence tellement précise qu’un grain de sable peut tout détruire, le second vit mille vies mais jamais la sienne. Le premier marche dans les clous quand le second plane dans les airs. Le géant braille trop fort, rêve éveillé, bouscule les étoiles, fait trembler la ville en marchant et inquiète les passants. Le géant est toujours à la marge, un peu voyou, un peu voleur quand il dérobe des boîtes de sardines aux multinationales alors que l’autre vit toujours sous la loi de ses parents et depuis leur mort sous celle des braves et honnêtes gens. Jamais volé, jamais pris, c’est tout comme.

L’asile, c’est là qu’on enferme ceux qui pourraient donner des idées aux autres. Un jour, on y enferme le second pour délire et trouble de l’ordre public. Le délire, on ne peut pas. Le premier homme décide de visiter le second. Ils sont amis quand même. Il trouve le géant assis sur un banc entre une femme terrorisée et un homme dont l’esprit a déserté son corps. Sans esprit, le corps ne se tient pas comme il faut. Déjà le front est trop grand, la bouche a disparu et les yeux ne sont plus à leur place. A sa gauche, la femme jette des regards paniqués autour d’elle en murmurant : « Ils sont là, ils m’ont retrouvée, ils me touchent. ». Le visiteur propose à son ami de sortir de  l’établissement.
- On ne peut pas. Tu sais bien que c’est interdit, répond le géant.
- On s’en fiche, on tente le coup, réplique l’autre à qui l’amitié donne des ailes, tu n’es ici que depuis 18 heures, personne ne te connait. Tu te lèves, tu marches vers la sortie comme si de rien n’était et moi, je te suis. Le géant se lève et se dirige vers la sortie. Tout se passe comme prévu. Dans la rue, le géant prend son ami dans ses bras et lui dit : « Tu m’as sauvé la vie ! » alors qu’évidemment, c’est tout le contraire.

01 février 2017

« Attachez vos ceintures et gardez-les fermées ! »

Lundi 16 janvier

 Le rassemblement à Paris de 75 États pour en décréter deux, Israël et la Palestine, ne connaîtra pas le même succès que la COP 21. Á peine les travaux avaient-ils débuté que Netanyahou considérait cette rencontre comme « futile ». Elle sera en effet inutile. En fait, François Hollande avait programmé cette conférence en misant sur la victoire d’Hillary Clinton. Plutôt que de se soumettre à des injonctions à Paris, le Premier ministre israélien préfère attendre l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche. Celui-ci dépasse même les espérances de Netanyahou qui risque, étrange retournement des choses, de le freiner dans ses ardeurs. Le futur président des États-Unis a en effet déclaré qu’il envisage de transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi de manière implicite que la ville sacrée est la capitale de l’État hébreu. Comme casus belli dans la région, il est difficile de trouver mieux.

                                                           *

 Deuxième débat de la primaire de la gauche retransmis à 18 heures hier sur BFM-TV et I-Télé. François Hollande était au Théâtre des Bouffes-Parisiens pour la dernière du seul-en-scène de Michel Drucker. Ben oui, il avait été invité par l’éternel animateur-présentateur de la télé. Toute la presse relève le fait : François Hollande n’était pas, fébrile, devant son petit écran pour observer ses camarades…  Des émissions, on peut les enregistrer pour les visionner plus tard non ? On peut aussi ne pas les regarder si on n’en a pas envie…

Mardi 17 janvier

 On la croyait dissipée, hésitante, voire perturbée par la situation bancale dans laquelle se trouvait le Royaume-Uni depuis le résultat du référendum. Elle travaillait. Elle n’a pas déçu en prononçant son grand discours d’intentions tel qu’elle l’avait annoncé, en date et heure, tel qu’on l’attendait. Le Brexit sera complet, le divorce total. Le UK n’aura pas un pied dedans, un pied dehors. Il ne fera plus partie du marché unique. La Première ministre britannique Theresa May a énoncé des mesures « claires et nettes » sur l’attitude que son gouvernement adoptera dans les négociations du Brexit. Le leader de l’extrême droite Nigel Farage n’aurait pas osé prononcer pareil plan de discussion pendant la campagne du référendum. En aurait-il seulement été capable, en dehors de ses fausses promesses et de ses constats erronés en forme de slogans ? Mais on reconnaît bien là le comportement des Anglais : clairs et nets. Pas de faux-semblant, pas de demi-mesure. Toute l’Histoire de la Grande-Bretagne le prouve. Á l’Union européenne d’être à la hauteur de ce comportement et des revendications qu’il renferme, sans tergiverser. Ça la changera. Cela dit, si la détermination de Theresa May est impressionnante, elle n’est pas sans risque. La livre sterling va surement connaître une sérieuse baisse et les représentants des régions qui souhaitent rester dans l’Union européenne, comme l’Écosse plus particulièrement, mais aussi l’Irlande du Nord, ne vont pas aller s’agenouiller devant le 10 Downing street.  Mais ça, c’est leur affaire…

                                                           *

 On lui espérait un grand destin européen. L’Europe, tout le monde en convient, a besoin de retrouver de grandes figures à la dimension de celles de ses pères fondateurs. Elle en manque cruellement. Guy Verhofstadt aurai pu être le grand format dont l’Union a tellement besoin pour recouvrer un visage d’espérance, conduire le destin d’un demi-milliard de citoyens. Verhofstadt a préféré lui aussi entrer dans la petite cuisine du Parlement européen et négocier, au nom du groupe des libéraux, de petits arrangements avec la Parti populaire (PPE) : je retire ma candidature au perchoir et tu me donnes une présidence de commission en plus… Il a provoqué l’éclatement de la grande coalition en s’alliant aux conservateurs et en rejetant les sociaux-démocrates sur les accotements. Soit. Le Parlement sera donc un peu plus à droite

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 Qui peut se représenter ce que vaut un milliard d’euros, qui pourrait identifier, matérialiser cette somme mirobolante ? Peu de citoyens sans doute. Mais quand on évoque des milliards d’euros dans des comparaisons objectives, se dégage alors une échelle de valeurs suffisamment nette pour qu’une opinion puisse se forger, base d’une option politique. Exemples : 1) 8 milliardaires possèdent à eux seuls la richesse de 50% de la population mondiale. Soit 8 hommes d’un côté ; 3,5 milliards de l’autre. 2) Les membres du gouvernement de Trump totaliseront à eux seuls 1/3 de la richesse du pays qu’ils dirigeront. 3) En 2010, sous Sarkozy, la dette de la France s’élevait à 148,8 milliards d’euros. Elle n’a cessé de diminuer sous Hollande. Elle était, pour 2015, de 72,3 milliards d’euros. Seule l’Allemagne fait mieux. C’est le résultat du travail minutieux et discret de Michel Sapin, ministre de l’Économie et des Finances, et de Christian Eckert, ministre du Budget (on connaît le nom de son prédécesseur, Jérôme Cahuzac, mais le sien, pourtant bien plus important pour la gestion de l’État, reste ignoré…)

Mercredi 18 janvier

 Le Parlement européen a donc désigné à sa tête Antonio Tajani, le copain de Silvio Berlusconi. Désormais, le PPE détient les trois postes-clés de l’Union européenne : la présidence du Conseil, celle de la Commission et celle du Parlement. Le premier des trois, Donald Tusk, devra laisser son mandat en mai. Reste à espérer que ce mandat fut promis à Verhofstadt pour qu’il abandonne sa course à la présidence du Parlement. C’est la seule excuse qu’on pourrait lui trouver.

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 Tandis que des cérémonies et des concerts se préparent pour évoquer le 220e anniversaire de Franz Schubert (1797 – 1828), il est bon de rappeler que ce merveilleux compositeur ne vécut que 31 ans emporté par une fièvre typhoïde qu’une syphilis ne faisait qu’aggraver. On décrit souvent à raison le génie adolescent par le talent de Rimbaud (1854 – 1891) ou de Mozart (1756 – 1791) et bizarrement, Schubert est toujours délaissé dans cette catégorie-là. Peut-être est-ce tellement il a composé de symphonies, sonates ou autres lieders qu’il légua en quelques années l’œuvre de toute une vie…

 Jeudi 19 janvier

 Verhofstadt président du Conseil européen ? Et pourquoi pas François Hollande ?

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 Demain, Donald Trump entrera à la Maison Blanche. Jusqu’à la dernière minute, des manifestations marquant la désapprobation auront eu lieu à Washington et à New York. Celle de ce soir, très massive, était conduite par des vedettes de la télévision et du cinéma : Alec Baldwin, Cher, Michael Moore et aussi Robert de Niro. Il en faudra davantage pour décourager le turbulent milliardaire.

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 Dernier débat pour la primaire de la gauche. Deux constats : comme pour la droite, les échanges furent un peu plus vifs mais cordiaux. Par ailleurs, ils s’inscrivent bien tous dans une perspective dans les valeurs de la gauche : l’égalité, les mêmes chances pour tous, ne laisser personne sur le bord du chemin, etc. Et une évidence : bien malin qui pourrait pronostiquer le résultat de dimanche. Valls et Montebourg disposent du programme le mieux charpenté, mais sera-ce cette qualité que les votants mettront en exergue dans leur choix ? Peillon est celui qui parle le mieux du socialisme, mais les militants qui ont quitté la famille, déçus, sont-ils prêts à y revenir si vite ? Ont-ils seulement suivi les débats ? François de Rugy adopte une attitude présidentielle devant les problèmes et les périls ; sérénité, sagesse, fermeté. Mais les socialistes sont-ils prêts à s’effacer pour se donner à un écologiste ?

Vendredi 20 janvier

 Voici donc le jour de l’investiture de Donald Trump. Roosevelt aura été promu grâce à la radio, Kennedy grâce à la télévision, et Trump grâce à Twitter. Soit. Ce n’est pas pour autant rassurant. D’ailleurs, rien n’est rassurant chez cet homme-là : le retrait de l’OTAN, la remise en question de la COP 21, celle de l’accord avec l’Iran sur l’énergie nucléaire, le mépris pour l’Union européenne, cela constitue déjà une fameuse masse de craintes pour la paix dans le monde, sans compter son inexpérience politique et celle de ses principaux ministres devant les soubresauts de l’Histoire, inconnus à ce jour. Quand un dirigeant est imprévisible, il n’affronte jamais bien l’imprévu.

                                                           *

 Très mauvaise nouvelle pour Emmanuel Macron : Alain Minc, le roi des louseurs, annonce qu’il votera pour lui.

Samedi 21 janvier

 Trump président est le même homme que Trump candidat. Que tous ceux qui croyaient que les habits le la charge suprême le changeraient se le tiennent pour dit. Son discours d’investiture ressemblait comme deux gouttes d’eau, tant sur le plan de l’intonation que sur celui du contenu et même de la gestuelle, à une prestation de meeting. Quant à son credo, le voici également confirmé, poing levé : « L’Amérique d’abord ». La plus grande puissance du monde joue le repli, base du protectionnisme. George W. Bush avait déjà suivi ce principe jusqu’à ce que deux avions viennent percuter les tours de Manhattan, démontrant – c’était une première - que les Etats-Unis pouvaient être attaqués sur leur propre territoire…

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 Macron, Macron… Durant cette période d’observation et de mise en jambes, ce virtuose du poil à gratter embête autant un camp que l’autre. Fillon à une concurrente sérieuse en son extrême, Marine Le Pen. Le vainqueur de la primaire en a aussi un sur son extrême, Jean-Luc Mélenchon. Et puis il y a les petits prétendants : Henri Guaino et Michèle Alliot-Marie d’un côté, Macron de l’autre. C’est comme cela que l’on commente aujourd’hui. Comme si Macron ne prenait des voix qu’aux socialistes et aux écologistes. La véritable ligne de départ, ce sera le 15 mars, lorsque l’on connaîtra le nom des qualifiés grâce aux parrainages.

                                                           *

 La 32e année que Damien Chazelle, natif de Providence, petite ville du comté de Rhode island, a célébrée avant-hier pourrait bien marquer une étape décisive dans sa biographie. Son film La La Land a raflé sept trophées lors de la cérémonie des Golden Globes après avoir été primé à la Mostra de Venise et il serait très coté parmi les favoris des futurs Oscars. Ce n’est pas une comédie musicale, c’est un film musical ; le jeune réalisateur insiste sur cette nuance. Du reste, il y a réalisé beaucoup de scènes parlées plutôt que chantées. En outre, le happy end gnangnan nous est épargné. Si le premier rôle masculin est remarquablement interprété par Ryan Gosling, c’est surtout Emma Stone qui perce l’écran. Á 28 ans, elle possède déjà une filmographie impressionnante mais ce sont les deux films récents de Woody Allen (Magic in the Moonlight, 2014 et Irrational man, 2015) qui l’ont révélée. Elle sera une grande actrice parce qu’elle a déjà prouvé qu’elle savait tout faire. En l’occurrence, à l’instar de Jean Dujardin dans The Artist, elle danse admirablement. Si l’histoire se déroule à Los Angeles, montrant de très beaux coins de cette ville miraculeuse, c’est à Paris que la consécration artistique est trouvée. La magie de la Ville Lumière fonctionne toujours, même si ce petit cocorico peut être un tantinet amendé : d’une part Damien Chazelle tient son nom français de Bernard, son père, et d’autre part, soyons de bon compte : si les Étatsuniens ambitionnent d’authentifier leur gloire à Paris, les artistes français espèrent confirmer la leur à New York ou à Hollywood…

Dimanche 22 janvier

 Dans la série Trump restera Trump, ce conseil de François Bujon de l’Estang, qui fut ambassadeur de France à Washington de 1995 à 2002 : « Attachez vos ceintures et gardez-les fermées ! »

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 Une pauvre primaire de la gauche en participation, et une sélection sans grand élan pour le deuxième tour. Qui choisir entre Benoît Hamon et Manuel Valls ? François Hollande bien sûr…

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 Grâce aux progrès techniques découlant de l’informatique, la photographie est devenue pratique ordinaire qui confère encore à l’image une banalité accentuée par le nombre. Les albums contenant les clichés choisis après poses et pressage de bouton parcimonieux, c’est fini. Désormais, comme le cliché ne coûte plus rien, chacun possède des milliers d’images dans son patrimoine iconographique. Reste l’art.

Lundi  23 janvier

 Au Chili, visitant une centrale solaire ou dialoguant avec la présidente socialiste Michelle Bachelet, François Hollande s’aère loin des cafouillages du parti socialiste dans le calcul des résultats de l’élection primaire. Manuel Valls a très bien résumé l’enjeu : au deuxième tour, les votants auront « le choix entre la défaite assurée et la victoire possible. » Très juste. Seul Manuel Valls pourrait avoir une petite chance de gagner l’élection. Mais pour quoi faire ? se demandent les militants de gauche… Là est la véritable question, très récurrente dans l’histoire du socialisme. Car il ne faut pas négliger les propositions de Benoît Hamon qui paraissent irréalistes. Elles ne le sont point ; elles sont utopiques, c’est-à-dire qu’elles se réaliseront un jour encore lointain, comme tant de conquêtes sociales. Prenons le revenu universel. L’idée n’est pas neuve, elle a depuis longtemps déjà mûri dans des cercles de pensée progressiste, notamment à l’Université catholique de Louvain, autour du professeur Philippe Van Parijs, promoteur du « revenu de base », très influencé par les thèses de John Rawls, le philosophe libéral américain hanté par « la perfection démocratique ». Cette idée deviendra un jour réalité mais ce n’est pas Benoît Hamon qui la portera au pouvoir. Pas de charisme, pas assez d’expérience. L’homme a juste réussi sur un point : il a démontré que les idées de gauche ne sont pas mortes, car contrairement à ce qu’a déclaré un jour Manuel Valls, la gauche ne peut pas mourir. Tant qu’un système produira des exclus, des laissés-pour-compte, des victimes du profit pour le profit, des exploités, bref, tant qu’il y aura des inégalités, il y aura toujours des partageux qui lutteront pour les éliminer ou, à tout le moins, les réduire.

                                                           *

 Roman Polanski avait été pressenti afin de présider la 42e cérémonie des Césars. Aussitôt, les médias sociaux et certaines associations féministes se sont déchaînés. La mode est au bashing, on ne s’étonnera pas de la volée de bois vert. Simplement, on rappellera que l’abus sexuel sur mineure qui pèse encore sur sa conscience (et qui lui vaut toujours une menace de passer devant les tribunaux américains) eut lieu aux Etats-Unis il y a 40 ans, que Polanski purgea 47 jours de prison et que la « victime » a plusieurs fois souhaité que cette affaire soit tue et classée, pour ne pas notamment nuire à la sérénité de sa famille. « Meurtri », Roman Polanski vient de renoncer à présider la cérémonie des Césars. C’est une triste décision qui renforce l‘irresponsabilité des « honnêtes gens » (comme disait Brassens) se plaisant à jouir tous les jours devant leur écran pour dire du mal des personnalités en vue et qui, bien entendu, eux, n’ont rien à se reprocher.

Mardi 24 janvier

 Bastonnage, rossée, raclée, défoulement, dénigrement… Autant de mots qui vous permettent d’éviter l’anglicisme bashing. Cela dit, mieux vaudrait que cesse un peu cette mode qui est si prisée par les amateurs d’audience et les obsédés de l’ego.

                                                           *

 (Pensée subtile en méditant celle de Michaux : « Même si c’est vrai, c’est faux ») : C’est à partir du moment où il a commencé à envoyer des télégrammes que Marcel Proust a été ruiné.

Mercredi 25 janvier

 On s’attendait à pire sur la forme, à cause du fond. Le débat entre Benoît Hamon et Manuel Valls pour le deuxième tour de la primaire de la gauche a été correct. Mais il a bien démontré qu’il y avait deux gauches (qu’il y a toujours en fait, comme déjà du temps de Jules Guesde et de Jean Jaurès). « Irréconciliables » disent les commentateurs. « Riches de leur diversité » ajoutent les historiens du socialisme. Et le téléspectateur, que dit-il le téléspectateur ? Car c’est lui qui décidera ! Depuis que la télévision s’est imposée dans la vie des foyers, on avait coutume de souligner que le citoyen était désormais le téléspectateur. Á présent que les primaires se sont imposées dans le paysage audiovisuel, l’électeur est aussi devenu le téléspectateur. La télévision vient de franchir un pas de plus dans le pouvoir qu’elle détient sur la marche de la société. Car c’est une évidence : on n’imagine pas qu’une campagne pour l’élection présidentielle puisse avoir lieu désormais sans primaire organisée par les chaînes de l’audiovisuel. Mieux : il ne sera bientôt plus possible d’exister en tant que candidat sans passer, comme Macron, Mélenchon et d’autres, par les débats des primaires.

Jeudi 26 janvier

 Il est des soirées où l’on a envie de se flinguer après avoir regardé le journal télévisé. Alors, il importe de retourner sur le site de l’hebdomadaire Courrier international qui, le 30 décembre, proposait, en une vidéo d’un peu plus de 2 minutes, un tour d’horizon de nouvelles positives survenues en 2016. Et de citer le quotidien d’information britannique The Guardian : « Les médias ont aussi la responsabilité d’écrire ce qui arrive de positif dans le monde, notamment pour que cela invite le lecteur à agir. »

                                                           *

 Lorsqu’il publia son récit autobiographique en 1973, Joseph Joffo obtint un très grand succès de librairie et son livre fut traduit en plusieurs langues. C’est terrible à dire mais 44 ans plus tard le film que réalise Christian Duguay adapté du roman (Un sac de billes) donne presque l’impression de raconter une histoire certes étonnante, mais bien peu émouvante et en tous cas pas traumatisante. Ce n’est pas dû aux acteurs, très biens dans leur rôle, que ce soit Elsa Zylberstein qui joue la mère, Patrick Bruel qui interprète le père, et surtout le petit Dorian Le Clech dans le rôle de Joseph et Batyste Fleurial dans celui de Maurice, son frère… Non, c’est plutôt l’époque. La Shoah est entrée dans l’Histoire, elle devient lointaine, elle doit en rester une balise essentielle pour témoigner de la folie humaine mais dans les cœurs et dans les consciences, d’autres guerres, d’autres horreurs et d’autres périls sont apparus qui inquiètent et font frémir le citoyen.

Vendredi 27 janvier

 Personne ne connaît le nom de Nesta Carter mais tout le monde sait qui est Usain Bolt, le Lucky Luke des stades, celui qui court plus vite que son ombre…

Toute la presse souligne que Bolt a perdu sa neuvième médaille d’or olympique pour une question de dopage, disqualifié aux Jeux de Pékin en 2008… Réaction logique du lecteur : comment ? Tout va mal, pas moyen de trouver une nouvelle positive, et voilà que le Dieu du sprint, celui qui dans son allure de gazelle malgré son quintal nous donne un peu de joie, pendant à peine les dix secondes mais dix secondes de légende comme dix secondes d’orgasme, voilà que ce diable de la piste en cendrées, ce charmant guépard nous aurait aussi bluffé ? Il faut approfondir la lecture du commentaire pour comprendre que Nesta Carter était l’un des quatre athlètes jamaïcains qui avaient remporté le 4 x 100 mètres à Pékin, qu’il vient d’être convaincu de dopage, qu’en l’occurrence il était disqualifié , disqualifiant aussi du même coup tout le quatuor, dont le champion Usain Bolt…

                                                           *

 Pour faire le pendant des Oscars, la France créa les Césars ; et pour imiter la fête du cinéma dans ses territoires de création artistique, la Belgique inventa les Magrittes, du nom de ce génie qui révéla les caprices de l’image. Cette année, Jean-Pierre et Luc Dardenne ont été nommés aux Césars pour leur film La Fille inconnue tandis qu’ils ne furent même pas retenus (« nominés », dit-on pour montrer que l’on s’y connaît, un faux anglicisme tiré de nominated, comme on dit à Hollywood). La morale de l’histoire est facile à dégager : Nul n’est prophète en son pays… Certes, mais n’y aurait-il pas un vent de jalousie, une brise de règlement de comptes derrière cette sélection ? Cela dit, avant de prendre connaissance des palmarès, notons que les frères Dardenne seront aussi en compétition par le biais de leur maison de production Les Films du fleuve avec deux films qui auront marqué l’année2016 : Baccalauréat, de Christian Mungiu, et Moi, Daniel Blake, de Ken Loach.

Samedi 28 janvier

 Trump est un homme honnête ; ce qu’il a dit qu’il ferait au cours de sa campagne, il le fait. Ainsi, il n’arrête pas de signer décret après décret et d’en arborer les textes au-dessus de sa griffe à la presse. Peu importe les conséquences. Une interdiction d’entrée sur le territoire pour les réfugiés et ressortissants de sept pays musulmans, tous soupçonnés d’être des terroristes. Il y en a qui peuplent les aéroports, devant rejoindre une fille aux études ou bien une réunion dans leur entreprise ?… Eh bien qu’ils fassent demi-tour… !

Dimanche 29 janvier

 Arnaud Montebourg, le porte-parole grande gueule des frondeurs socialistes, beau garçon intelligent, un rien baroudeur élégant, n’a même pas franchi le premier tour de la primaire. Manuel Valls, Premier ministre sortant, patine et Benoît Hamon, la surprise de la compétition, ne dégage aucun charisme, aucune carrure pour représenter la France. Voici que François Fillon, vainqueur incontestable et incontesté de la sélection à droite, ayant brillamment éliminé Nicolas Sarkozy et Alain Juppé (entre autres), François Fillon le gendre parfait se débat dans des affaires d’argent. Il regimbe mais les médias, jamais en retard d’une prévision négative, anticipent déjà son retrait. Si François Hollande avait choisi la stratégie du pourrissement, les faits dépasseraient ses espérances. Resterait juste une étape à son retour sur la scène : le ticket avec Macron. C’est quasiment improbable. Mais il y a tant de choses improbables depuis quelques mois en politique…

Lundi 30 janvier

 En une semaine à la Maison-Blanche, Donald Trump a déjà réussi à se mettre le monde entier sur le dos. Non ! Au fait, pas le monde entier ! Le monde entier, sauf  Poutine…

                                                           *

 La participation au second tour de la primaire de la gauche fut plus importante que la semaine dernière. Plus de deux millions d’électeurs se sont mobilisés. Comme il fallait s’y attendre, Benoît Hamon remporta largement le duel contre Manuel Valls. Les récents scrutins, depuis le référendum britannique de juin, ont été si imprévisibles que l’on se gardera de prédire l’itinéraire de cette candidature socialiste. Mais il est quand même à craindre que le parti se divise, Hamon ne présentant pas un programme ù le possible pourrait éclore. Et du même coup, Emmanuel Macron apparaît plus crédible. Mais Macron sans Hollande son mentor, son pygmalion, cela reste un compétiteur bancal. 

Mardi 31 janvier

S’il y a un grand pays au monde qui s’est construit par l’émigration, ce sont bien les Etats-Unis d’Amérique. Parmi les décrets que Donald Trump a signés au cours de sa première semaine de présidence, celui qui concerne l’anti-immigration (comme on commence à le nommer) passe mal. Des manifestations de réprobation naissent dans toutes les grandes villes. Le président Obama n’aura même pas laissé une décade à sa réserve diplomatique. Il s’est exprimé sobrement mais fermement. Les chefs d’État et de gouvernement du monde entier s’offusquent, Angela Merkel donne même une leçon à Trump par médias interposés. Philippe, le roi des Belges (le Roi des Belges !) exprime son rejet en un discours approprié… Pour les caricaturistes, c’est du pain béni. Trump est un sujet en or. Leurs crayons ne suivent plus leur pensée, ils la dépassent. Oui, mais leurs dessins ne font plus rire, ils font grincher.

                                                           *

 Martin Schultz a quitté son poste de président du Parlement européen tant désiré, tant envié, si confortable, pour conduire son parti aux élections législatives de septembre face à une Angela Merkel briguant un quatrième mandat en étant au sommet de son art. Si le SPD ne parvient pas à réaliser un score honorable, après ce qui s’est passé dans l’Union européenne ces derniers temps et singulièrement en France ces jours-ci, on pourra reconnaître que la social-démocratie européenne est à bout de souffle.

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