semaine 33

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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02 avril 2017

"Une campagne de boules puantes"

Jeudi 23 mars

 Lors de la grande émission politique de France 2, Fillon joue son va-tout, accusant concurremment François Hollande d’entretenir un cabinet noir. En plein direct, l’Élysée s’indigne et dément. Le candidat déclare s’inspirer d‘un livre qui l’affirme, ouvrage à paraître incessamment sous la plume notamment de deux journalistes du Canard enchaîné. En plein direct, l’un des auteurs dément. Fillon, qui aime s’inspirer du général de Gaulle, aurait-il oublié que celui-ci se refusait à mener « une campagne de boules puantes » ?

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 Sur le fronton d’un des bâtiments du Kremlin, on trouve encore sculptée la devise de Catherine II : J’achève ce que je commence. Cette affirmation toute personnelle conviendrait bien aux deux autres grandes Catherine, Deneuve et Frot, enfin réunies dans Sage femme, le film de Martin Provost. Le duo fonctionne bien, même si on ne les sens pas complices. Mais bon, peu importe, elles font leur métier en vraies professionnelles et elles le font bien. Provost a trouvé un autre centre d’intérêt pour son film : les accouchements, ce qui procure quelques belles scènes dont on se demande pourquoi aucun cinéaste n’y avait encore pensé. Il n’y a pourtant pas de plus sublime façon de célébrer la vie. Olivier Gourmet se trouve souvent à l’affiche ces temps-ci. Toujours avec bonheur. Merci aux frères Dardenne.

Vendredi 24 mars

 Un Argentin donne une leçon aux 27 chefs d’État européens avant qu’à Rome, demain, ils ne commémorent le 60e anniversaire de leur Traité fondateur. « Entendez-vous ! » « Progressez ! » « Relevez les défis de l’avenir ! » Ne sont-ils pas gênés, ces puissants, d’entendre le pape les sermonner poliment ? Abomination de la désolation clame-t-on dans l’Église…

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 Il n’y aura jamais trop de films pour dénoncer la condition de la femme musulmane. Noces, celui de Stephan Streker, est donc utile. Ce drame de la vie ordinaire n’a pas dû coûter très cher à la réalisation. Il est pourtant annoncé en production quadripartite, belgo – luxembourgo – franco – pakistanaise. Pakistanaise ? Le Pakistan aurait donc financé cette charge contre sa tradition cultuelle ?...

Samedi 25 mars

 Si Donald Trump observait un peu la vieille Europe en méditant son histoire plutôt que de la mépriser (mais ce serait là demander l’impossible…), il saurait que l’on ne revient pas sur les acquis sociaux en un tournemain. Il a ainsi cru supprimer ce que l’on nomme l’Obamacare, une politique de santé publique à l’intention particulière des plus défavorisés, comme il l’avait annoncé en campagne dans les toutes premières mesures de son programme. Il renonce, par manque de majorité à la Chambre, pourtant composée surtout de députés républicains. Caramba ! Encore raté !, pense-t-on, tant le président des Etats-Unis aurait pu tellement inspirer Hergé…

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  Á l’occasion du 60e anniversaire du Traité de Rome, les 27 réunis à Rome adoptent une Déclaration pour une Union sûre, sécurisée, prospère, compétitive, durable, socialement responsable et ayant la volonté et la capacité de jouer un rôle de premier plan dans le monde. Ce texte paraissant de circonstance ne l’est point. Au contraire : il permettra de faire avancer l’Europe au rythme de chacun. Cette progression à plusieurs vitesses (à géométrie variable) était, depuis les attentats, le vote des Britanniques pour le Brexit, l’élection de Trump et les flux migratoires considérables, une mesure que François Hollande jugeait indispensable et dont il poursuivit inlassablement sa concrétisation, se donnant l’anniversaire présent comme balise d’aboutissement, avec bien entendu l’assentiment d’Angela Merkel. Á peine la cérémonie achevée, François Hollande se précipita sur le parvis ensoleillé du Capitole pour confier ses sentiments aux micros. On le sent heureux du résultat sans qu’en vérité, prudent, il ne laisse paraître le moindre rictus de satisfaction. Il disserte néanmoins sur le thème : « Nous serons plus forts ensemble… » en évoquant l’enjeu de l’élection présidentielle française.

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 De Rome, François Hollande s’est empressé de faire un saut à Mont-de-Marsan où, dans la bien-nommée Salle François-Mitterrand, devant trois mille personnes, il prononça un discours d’hommage à Henri Emmanuelli, défunt,  à côté de son cercueil. « Henri Emmanuelli pourfendait les pères-la-rigueur qui, on le sait aujourd’hui, ne sont pas toujours des parangons de la vertu. » Et pan ! Une petite allusion au passage à Fillon. Le défunt sourit dans son cercueil…

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 Il n’est pas si loin le temps où l’on instaura une éducation aux médias. Désormais, la post-vérité s’imposant, il faudra enseigner le principe de ne pas prendre toute information comme argent comptant. Ni content.

Dimanche 26 mars

 Hier, à l’occasion de l’anniversaire du Traité de Rome, des centaines de milliers de Britanniques ont manifesté devant le Parlement contre le Brexit. Mais il est probable que ce rassemblement spectaculaire ne serve à rien. Dans trois jours, les modalités du divorce vont débuter.

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 Des milliers de Russes ont aussi manifesté à Moscou contre la corruption. Plus de 700 d’entre eux – dont l’organisateur – ont été arrêtés. Il est vrai qu’ils s’étaient hasardés à tenter de pénétrer dans l’enceinte de Kremlin. Cette semaine, Marine Le Pen a eu l’honneur d’être reçue par Vladimir Poutine. Plutôt que de recevoir des conseils en plus de son soutien, c’est peut-être elle qui lui en a donnés, notamment sur la manière de réprimer une manifestation…

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 Au Journal de 20 heures de France 2, un petit exercice de documentation journalistique à propos de l’expression Vote utile. Dommage que l’une des pensées qu’affectionnait le sinologue Simon Leys ne fut point mentionnée. Elle est du philosophe taoïste Zhuang Zi (IIIe siècle avant J-C.) : « Tous les gens comprennent l’utilité de ce qui est utile, mais ils ne peuvent pas comprendre l’utilité de l’inutile. »

Lundi 27 mars

 Six grosses pointures du parti LR saisissent le procureur et sollicitent une enquête pour vérifier les allégations quant au rôle éventuel que François Hollande aurait joué pour décrédibiliser Fillon. Comme si Fillon ne parvenait pas à se décrédibiliser tout seul…  On a compris que la manœuvre est destinée à enfumer le débat. Pauvre droite ! Si, comme ce ne fut jamais le cas, elle était absente du second tour, ses déchirements spectaculaires offriraient un spectacle dantesque. Car dans ce registre-là aussi, elle est bien supérieure au Parti socialiste qui, pourtant, de Rennes à Reims, a déjà bien nourri les ragots des chaumières et les papotages de comptoirs !

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 Au Figaro, Julien Dray les met tous d’accord : « Nous avons eu le président le plus vertueux » constate-t-il. Pas faux. Et d’ajouter, tout sourire : « S’il y avait un cabinet noir à l’Élysée, Hollande aurait été candidat. » Pas faux non plus.

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 Alexandre Vialatte aimait évoquer le dicton qui prétend que le temps perdu se rattrape toujours et il se demandait ce qu’il advenait du temps qui n’était pas perdu…

Mardi 28 mars

 Franz-Olivier Giesbert, sans doute l’observateur le plus expérimenté de la politique française avec Alain Duhamel, prévient : « Personne ne peut prétendre aujourd’hui que Fillon est éliminé ». Il a hélas ! raison. Une ou deux visites dans les enquêtes du Figaro parmi ses lecteurs le démontrent à dessein. FOG précise aussi que l’on regrettera François Hollande, « et vite si c’est Fillon ou Le Pen ». Bien vu également.

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 Moonlight. Il n’y a pas d’unité de temps dans ce film de Barry Jenkins. Il faut deviner. L’exercice est d’autant plus essentiel à la compréhension que l’on suit les personnages principaux sur plusieurs décennies. Ces ruptures, plus que des raccourcis, sont éloquentes, tout comme les silences lourds qui rendent l’histoire accablante et rogue. Il est des vies qui se perdent en chemin. Il est aussi des vies qui semblent perdues d’avance.

Mercredi 29 mars

 Éric Fottorino a eu l’excellente idée de confier une rubrique de sa gazette hebdomadaire  Le 1  à Louis Chevallier qui, en rapport avec le sujet traité, propose un poème souvent peu connu, en lui attribuant un commentaire de son cru. Cette semaine, remarquablement illustré par le photographe Christian Carez, le journal se pose la question : La Gauche peut-elle espérer ? Chevallier propose un poème d’Ernesto Cardenal, prêtre, poète marxiste devenu ministre de la Culture du gouvernement sandiniste, suspendu publiquement en 1983 par Jean-Paul II. Son commentaire commence ainsi : « Au catholique François Fillon, on aimerait rappeler la parole de Christ : ‘ Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent.’ Sans être certain que les révélations récentes bouleverseront les chrétiens. Quand reprendront-ils en masse les chemins de la gauche ? »

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 « Agir selon sa pensée est la chose la plus difficile au monde » professait Goethe. Combien de gens ne devraient-ils pas méditer cette affirmation. Tous ces Belges, par exemple, de plus en plus nombreux à se doter d’une résidence secondaire dans la belle République voisine, et qui s’épanchent si aisément à en dire du mal, de la France et plus encore des Français…

Jeudi 30 mars

 Les pronostics vont bon train à Washington. Trump va-t-il réussir à signer un décret qui sera en application plutôt que d’être rejeté soit par la Justice, soit à l’initiative du Parlement ?

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 Sans Vladimir Poutine, Bachar al-Assad n’est plus rien. Mais sans le président iranien Hassan Rohani, il n’est plus rien non plus. Il faut donc que Poutine et Rohani se parlent et qu’ils s’entendent pour savoir ce qu’ils comptent faire de Bachar. Pour l’heure, pas de problème, ils le soutiennent. Comme la corde soutient le pendu.

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 Comme lors de chaque consultation électorale, l’Europe est le bouc émissaire du monde rural. On attend toujours qu’un candidat ait le courage d’expliquer aux agriculteurs français que sans l’Europe, leur situation serait pire encore !

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 Un clin d’œil à Henri Bartholomeeusen : en ces temps de Brexit, il n’est pas conseillé de filer à l’anglaise.

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 Un autre à Jean-François Kahn : non seulement Victor Hugo savait dire « merde », mais il savait en plus la louer. « … Ami ! Il est, dit-on, un art en toute chose  /  Aussi bien à chier qu’à cultiver les roses… »

Vendredi 31 mars

 Les origines du canular que l’on adresse à la famille ou aux amis sous l’expression « Poisson d’avril » sont multiples, nébuleuses et variées. Mais toutes les tentatives d’explications remontent au Moyen Âge et même à l’Antiquité. Voici la tradition plusieurs fois séculaire mise à mal cette année. En effet, conscients de l’importance que prennent les fausses informations qui alimentent la post-vérité, les journaux norvégiens et suédois ont signalé à leurs lecteurs qu’ils renonceraient demain à publier des sujets dans la tradition de « poisson d’avril ».

 Autrement dit, si nous n’y prenons garde, nous vivrons toute l’année dans le « Poisson d’avril »
 Voilà une lucidité qui marque un vrai virage dans l’art d’informer. Il y a fort à parier que cette initiative scandinave sera bientôt appliquée partout tant les fake news semblent se propager sans limites. (Oui, les fake news, car une fois de plus, l’anglicisme est occupé à supplanter l’expression française « fausses informations »  - pourtant très claire et très explicite -, y compris dans certains pays francophones …)

 

02 avril 2017

La tête du lapin

Tante Jeanne rendait visite à la grand-mère une fois par an environ. Elle n’était la tante de personne mais c’était son nom. Elle était une amie de la grand-mère à l’époque où celle-ci habitait Anvers. Ensemble, elles parlaient le patois anversois mais revenaient au français devant les enfants. Il lui manquait une jambe à Tante Jeanne, perdue on ne sait où ni comment et il manquait un père aux enfants. Dans la famille, tout le monde sait où, pourquoi et comment le père a disparu sauf sa progéniture. Quand les enfants demandent, on ne leur répond pas. A Molenbeek, on aime les secrets. Tante Jeanne arrivait en taxi et montait les quelques marches du hall d’entrée appuyée sur ses deux cannes. Avec sa crinière grise et son grand corps, elle ressemblait à un cheval à trois pattes. Sa joue est froide, son regard bienveillant. Le jour où Tante Jeanne vient lui rendre visite, la grand-mère cuisine du lapin car son amie aime en sucer les os de la tête. Les enfants qui cherchent à comprendre les règles des adultes en concluent qu’avec une jambe en moins, il faut toujours sucer la tête du lapin. Les enfants mangent leur repas en silence. Sur l’assiette de Tante Jeanne, en face d’eux, de l’autre côté de la table, la tête du lapin n’a plus d’yeux mais les regarde. A la fin du repas, ils peuvent jouer. Enfin ! Pendant que Tante Jeanne termine sa tête de lapin, le jeu des enfants consiste à ramper sous la table pour tenter de découvrir le secret de la jambe qui manque : A la place de la jambe, y’a quoi ? Un grand trou noir ? Une jambe de bébé ? Un morceau de chair ? Une explication ? Quoi ? Vive et intelligente, Tante Jeanne n’est pas dupe du jeu des enfants mais ne réagit pas. Elle ne semble pas choquée d’être transformée en attraction douteuse. Peut-être que si elle le pouvait, elle ferait pareil : Ramper sous la table à la recherche de sa jambe perdue, ce qu’il en reste. A quoi çà ressemble, le manque ? Sous la table, à cause de la nappe tendue qui déborde largement et de la longue jupe de Tante Jeanne, les enfants sont plongés dans le noir total et ne voient rien. Ni l’absence de jambe, ni leur père disparu et pas de réponse aux questions qu’ils se posent. Rien d’autre que les ténèbres Aucun secret n’apparait jamais sous la table. Il faut chercher encore.

30 mars 2017

Rétro et le rétrograffitism, mur Karcher, mars 2017.

J’ai rencontré l’artiste, Rétro, à deux reprises, à deux jours d’intervalle, alors qu’il peignait le « petit » mur du square Karcher (c’est Rétro qui qualifie ainsi ce mur de 40 mètres de long, ayant la particularité d’avoir 1 mètre de hauteur d’un côté et plus de 2,5 mètres à l’autre bout !). Le terme « rencontre » est sans doute exagéré. Après m’être poliment présenté, Rétro m’a expliqué que les discussions avec les dames Michu du quartier, le retardaient dans son travail qui avait pris du retard et que seules les visites de ses amis ne le dérangeaient pas car il continuait de peindre. Bien que mes capacités de compréhension aient été beaucoup réduites par l’âge, je compris qu’il m’accordait deux minutes et 3 questions. Des réponses partielles, je gardais deux informations : la première est que la fresque illustrait un conte, la princesse-grenouille; la seconde que le « concept » était le « rétrograffitism ». Le chat était maigre mais je devais m’en contenter. Brève « rencontre » qui me renvoyait à mes chères études.

Je confesse mon ignorance, j’ignorais tout de ce conte, pourtant fameux. Pour combler cette lacune, je lus le conte et retrouvai tous les personnages de la fresque : le roi, ses trois fils, l’arc et les flèches, la grenouille qui se transforme en fée, la sorcière, le coffre dans lequel est enfermée la mort du magicien, le lapin, l’aigle, les poissons. Bref, tous les « actants » et comme disent les pédants, la situation initiale, l’élément perturbateur, la quête, les adjuvants, les opposants, la fin heureuse et morale. Les différents acteurs du conte sont représentés dans un ordre qui est, dans notre langue, le sens de la lecture, c’est-à-dire de gauche à droite. Les scènes sont liées par le dessin et ne sont pas dans des cases comme les bandes-dessinées. La fresque est une illustration d’un conte populaire.

Elle est comprise comme telle à un certain nombre de conditions : la première est de préalablement connaître le conte, la seconde est de regarder la fresque de gauche à droite. Peinte sur un mur longeant un trottoir, si la première condition est satisfaite, la lecture des images se fait dans un sens (du sud vers le nord). Si vous empruntez le trottoir dans l’autre sens, vous commencez par la fin. Certes,  vous perdez l'ordre de la séquence mais les illustrations en elles-mêmes sont superbes. Ecartons la possibilité d’embrasser d’un seul regard la fresque ; sa longueur et la présence de deux files de voitures garées le long des trottoirs l’excluent.

La fresque peinte à la brosse (seuls les yeux des personnages sont colorés avec une bombe) a été exécutée avec beaucoup de soin : des croquis préparatoires ont été faits par l’artiste, les grandes masses indiquées à la craie sur le mur ainsi qu’une esquisse des sujets. L’ensemble des couleurs renvoient à la palette de Rétro. Le bleu pétrole trouvé par Rétro un peu par hasard est associé au grenat profond, en complémentaire. La succession des plans est  traduite par des nuances de couleurs. Le trait, noir, est dynamique, vivant. Il s’écarte de la fonction de la « ligne claire » : il ne détoure pas seulement les sujets et les motifs, il est utilisé par rendre les ombres et le relief. La belle fresque de la Princesse-grenouille me fait penser à la tapisserie de Bayeux : des scènes brodées racontent une épopée guerrière ; la conquête de l’Angleterre par Guillaume. Fresque et tapisserie sont des récits qui se lisent dans un sens, comme un grand livre. La fresque est de ce point de vue atypique dans le street art. Le plus souvent, les « murs », les fresques, ont les caractères de la peinture de chevalet : ils figent une scène, un portrait, une expression abstraite. Rétro, héritier du graphisme et de l’illustration,  propose une entrée originale ; la fresque est une succession ordonnée des illustrations d’un récit. Les images sont à la fois des repères dans la linéarité du récit et des œuvres en soi (cf. : les portraits des trois frères, du roi, de la princesse etc.)

Venons-en à une étude des formes. Elles surprennent : la ville avec ses bulbes qui renvoient à l’architecture traditionnelle russe, mais aussi la richesse décorative des vêtements de la Princesse-grenouille pour ne prendre que ces deux exemples. C’est maintenant qu’il convient de revenir sur le « concept ». Le rétrograffitism est le pendant (ou le contraire) du rétrofuturisme. Pour nos lecteurs qui, comme moi, ont oublié ( sic) le sens de cette expression, donnons-en la définition : « Le rétrofuturisme est une tendance dans les arts  montrant l'influence des représentations de l'avenir produites jusque dans les années 1970 et 1980. Caractérisé par un mélange de l'imagerie « rétro » avec des styles technologiques futuristes, le rétrofuturisme explore les thèmes de la tension entre passé et futur, et les effets aliénants de l'autonomisation et de la technologie. Il se manifeste notamment dans le monde de la mode, de l'architecture, de la littérature et du cinéma. » Prenons un exemple, il est passionnant et instructif de voir comment dans les années cinquante les Américains imaginaient l’an 2000. A l’inverse, on peut en 2017, imaginer comment vivaient les Américains des années cinquante. Sachant que notre réflexion, nos images, nos représentations du monde,  ne peuvent qu’être au présent, nos imaginaires du futur comme du passé sont « colorées » par notre présent.  Rétro (qui tient son nom de son projet artistique), artiste de street art, du graffiti, décline dans la rue (mais à l’envers !) le rétrofuturisme.

Rétro est un artiste qui porte un projet intéressant à plus d’un titre : il nous donne à voir de belles images, il nous montre son imaginaire du passé. De plus, il synthétise ses talents en proposant des fresques qui sont autant d’illustrations de récits. Il réinjecte de la temporalité dans une œuvre dont il faut noter la maîtrise dans l’exécution, la créativité, la beauté formelle.

Eh, m’sieu Rétro, vous qui avez si peu de temps pour m’écouter, j’voudrais vous dire une chose…vous êtes un artiste et je vous tire mon chapeau et, pourtant, ça caille !

 

Texte du conte:

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=2&ved=0ahUKEwjpn4Ho-4DTAhWEPRoKHZSGCF4QFgglMAE&url=http%3A%2F%2Fww2.ac-poitiers.fr%2Fia17-pedagogie%2FIMG%

 

Image: 

La "figure"du roi. Introduction de l'arc et des 3 flèches (le défi)

La sorcière (figure traditionnellement négative, dans le conte actant bénéfique qui s'oppose au magicien, symbole du Mal)

Le coffre, but de la quête (une quête rendue illusoire par la fuite du lapin)

La "figure" de la sorcière".

La Princesse-grenouille.La splendeur de ses bijoux et de ses vêtements(une confluence d'influences)

La "figure" de la Princesse-grenouille.Une certaine idée de la beauté absolue.

Les 3 frères/ les 3 flèches.

Le village qui a des pattes de poules.

L'ourse,les oursons, la louve du récit (adjuvants)

La poursuite par l'aigle du lapin ( résolution d'un obstacle)

L'envol du canard (opposant)

La fuite du canard qui contrarie la réussite de la quête.

Les poissons (adjuvants)

La grenouille présentée sur un plateau à la cour du roi (traduction fidèle du conte)

27 mars 2017

Nuée sur Delphes

Nuée sur Delphes.
Image: 

Nuée sur Delphes.

L'averse nous surprend sur la voie sacrée.
Violente et attendue.
Pétros l'avait prophétisée hier en crachant son noyau d'olive. On l'avait payé d'un ouzo et d'un éclat de rire.
Chaque marche brille, usée, glissante. Nos pieds sont de la braise et de nos cerveaux fouettés fusent des questions d'enfants. "Ne verrai-je jamais sur le marbre du trésor les mots gravés par mon oncle ?"
"Quel esprit souffle de ces sculptures criardes qui roulent des muscles mâles ?"
"Que pèse la dévotion de ces messagers des rois qui règlent les dieux comme le charron ses roues ?"
Et voilà ma joue qui heurte la pierre.
Ma chute déséquilibre mon compagnon.
"Ces marches sont de glace", crie-t-il.
Les colonnes inversées sont des index qui pointent les éclairs. Le bruit de l'eau qui dévale les rigoles nous réjouit.
La beauté du lieu déserté nous dit sa vérité : "C'est moi qui suis beau, pas ce qu'on a construit sur moi, pas ceux qui proclament régner sur moi ! Laissez couler la pluie de vos cheveux, respirez calmement les herbes qui boivent, écoutez les nuages qui crèvent, tenez-vous la main. Riez de vous, riez de tout, riez-vous de toute divination, quoique..."
Tout lieu sacré s'ébroue après l'averse et se met à sécher comme un essuie de bain.
(Delphes, 1 juin 2006)

23 mars 2017

Itvan.k.et Lask, le street art acteur des luttes.

Les « marches républicaines » des 10 et 11 janvier 2015, après l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, ont été une réponse symbolique aux terroristes. Elles illustrèrent l’unité de la nation. La population massivement manifesta non pas seulement son soutien aux forces de l’ordre mais sa reconnaissance. Renaud, le chanteur anar, confessa qu’à cette occasion « il embrassa un flic ». Cette proximité ne fut qu’une parenthèse qui dura quelques mois et s’étiola. La répression des mêmes forces de l’ordre lors des manifestations de « Nuit debout » ferma, semble-t-il, durablement cette parenthèse. Les smartphones jouèrent dans cette période de grande agitation un rôle inédit : les vidéos réalisées par des lycéens ou des manifestants mises en ligne immédiatement sur Youtube apportèrent des preuves des violences policières  alors que dans le même temps les syndicats de policiers soutenaient leurs « collègues ». D’autres « bavures policières » exacerbèrent les tensions déjà vives entre les Jeunes et la police : Amine Bentoussi tué d’une balle dans le dos par un policier, Lamine Dieng mort dans un fourgon au cours d’une intervention policière, la mort de Babacar tué de 26 balles lors d’un contrôle de police, Zyed, Bouna, Adama et Théo.

 La version des policiers[1] impliqués dans l’interpellation de Théo provoqua la colère des Jeunes : ce fut la goutte qui fit déborder le vase qui débordait depuis de nombreuses années, les Jeunes[2] considérant que la Justice  « couvrait » la police.

Le 19 mars,  une manifestation organisée par des douzaines de familles de victimes de violences policières, par l’association «  Urgence notre police assassine », La Ligue des Droits de l’Homme, les Indigènes de la République, le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples, des syndicats, des partis de gauche, a réuni à Paris entre 7000 et 7500 personnes d’après les chiffres de la Préfecture de Police.

C’est dans ce contexte social et politique que j’ai découvert sur le mur de la rue H. Noguères dans le 19ème arrondissement de Paris, la fresque d’Itvan.K., le lendemain de la manifestation.

 Elle est surprenante d’abord par sa surface : elle est longue de plus d’une quinzaine de mètres et haute de plus de 3 mètres. Surprenante aussi pour son « absence de couleurs ». Plus précisément, les personnages et le décor ont été peints en noir se détachant sur un fond blanc et argenté.

Sa composition est quasi symétrique : un portrait d’un jeune garçon Noir montrant deux doigts enflammés partage la scène en deux parties. De part et d’autre du visage, des scènes de violences…pas seulement policières. On voit des jeunes gens sans visage, portant des foulards pour ne pas être identifiés, jeter des cocktails Molotov sur une voiture de police[3], des forces de l’ordre frapper de leurs matraques de jeunes garçons à terre, des images de charges de police.

 Les protagonistes sont identifiés par quelques traits : les jeunes « insoumis » par des foulards et des casques (de moto certainement), les C.R.S. (à moins que cela soit d’autres membres des forces de l’ordre, mais cela n’a pas une grande importance pour le commentaire de la fresque) par des casques, des boucliers, des matraques. Aux jeunes aux visages masqués correspondent les policiers en armes. Au nombre des policiers, à leur équipement, à leurs armes correspondent des jeunes garçons n’ayant que des « armes » de fortune, battus alors qu’ils sont à terre sans protection. Tout cela dans un décor urbain apocalyptique d’immeubles ruinés.

Sans nul doute, cette fresque est un appel à l’insurrection. Le jeune garçon, figure centrale et symbolique, avec ses deux doigts, forme le signe de la victoire. Une victoire par le feu. Les jeunes « insoumis » sont présentés soit comme les héros d’une nouvelle guérilla urbaine (courage, détermination, virilité etc.) soit comme des victimes. Les Forces du Mal sont celles de l’ordre ; elles se battent dans un combat inégal. C’est le côté obscur de la Force ; l’individu n’existe pas, seuls des groupes indifférenciés existent. Les soldats de la Force sont légion : le nombre seul fait leur force.

La forme de la fresque, bien davantage dessinée que peinte, correspond au message : il faut mettre le feu, au sens littéral, provoquer le chaos pour renverser un ordre injuste. La violence légitime le recours à la violence.

L’Art dans cette œuvre est réduit au trait, au noir et blanc. Seules les flammes des doigts sont colorées. Nous reconnaissons sans grande difficulté un discours politique qui est celui des Anarchistes ou des Autonomes, voire des black blocks. Plus profondément, la fresque de Itvan.k. témoigne du fossé qui s’élargit en France entre la police et certaines populations de jeunes gens. La police et la justice, jugée complice, sont délégitimées. Pour certains, le Pacte républicain ne tient plus.

Le street art n’est pas seulement le reflet d’une société, de ses interrogations, de ses difficultés, de ses drames. Il se pose également comme un acteur des luttes.


[1] Les policiers impliqués dans l’intervention soutiennent la thèse que c’est par accident qu’une matraque télescopique pénétra dans l’anus du jeune Théo, le blessant et justifiant une hospitalisation.

[2] L’expression «les Jeunes » renvoie très majoritairement aux jeunes des quartiers populaires et plus précisément, aux jeunes gens de ces quartiers issus de l’immigration.

[3] Le jet de cocktails Molotov par une quinzaine d’individus à l’intérieur d’une voiture occupée par des policiers près de la cité de La Grande Borne à Viry- Chatillon, le 8 octobre 2016, provoqua l’indignation et déclencha de puissants mouvements de revendication des policiers.

 

Image: 

La figure centrale invitant à "mettre le feu".

Une scène de "guerre civile".

La guérilla contre les Forces de l'ordre.

Les charges de la police illustrant le déséquilibre entre les "belligérants".

Un policier frappe de sa matraque un manifestant à terre.

Les "ennemis", violents, agressifs, puissamment "armés".

Des manifestants mettent le feu à une voiture de police.

Affiche faisant référence à "l'affaire Théo", à un mois et demi des élections présidentielles en France.

23 mars 2017

H comme honnête et Hollande

Jeudi 16 mars

 Il n’est pas sûr que celui qui succédera au président de la République déploiera un aussi remarquable talent que le sien pour se livrer à une séance de remise de décorations. On attend autre chose d’un président ? Certes. Mais dans les compliments que François Hollande distille, aussi bien à une savante qu’à un informaticien, à un syndicaliste qu’à un historien, tous réunis au cours de la même séance, on y trouve toujours les traces d’un engagement authentique et de quelques allusions bien placées à l’endroit de celles et ceux qui le narguent ou le combattent. Un art consommé de la part d’une belle personne, honnête et digne.

                                                           *

 Une urgence pour la campagne présidentielle française : qu’elle sorte des communs.

Vendredi 17 mars

 Ce Donald Trump qui reçoit Angela Merkel dans le bureau ovale et qui se refuse à lui serrer la main devant les caméras et les appareils photographiques crépitant : quel rustre !

                                                           *

 Pour Montesquieu, le despotisme s’appuie sur la crainte, la monarchie sur l’honneur et la démocratie sur la vertu. Et pour l’heure, nous vivons une fameuse crise de la vertu !

Samedi 18 mars

 Martin Schulz est vraiment occupé à réveiller la social-démocratie allemande. Son parti, le SPD, vient de le désigner à la présidence avec une formidable unanimité. Le résultat est inédit. Avant la présidence de l’État ? Ce n’est franchement pas impossible. Mais pas avec 100 % des voix quand même…

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 Jean-Luc Mélenchon rassemble plus de 100.000 personnes sur la Place de la République au nom de La France insoumise. Dopé par le succès populaire, il égrène les grandes heures de la République en les commentant. Son talent oratoire déploie une grandiloquence spectaculaire en une faconde intarissable. Après avoir rappelé l’anniversaire de la Commune de Paris face à la statue de Marianne, il dénonce « la monarchie présidentielle» et en appelle à la construction d’une VIe République. C’est exaltant et c’est médiatiquement impressionnant. Mais ce n’est pas un pareil exercice qui lui donnera plus d’électeurs pour figurer au second tour. Désormais, l’audiovisuel est maître du jeu. C’est au grand débat de lundi soir que Mélenchon doit briller.

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 « Le huitième jour, Dieu créa Paul Claudel. Il avait envie de se foutre du monde. » (Charles Dantzig. Dictionnaire égoïste de la littérature française, éd. Grasset, 2005)

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 La France du rugby a battu le Pays de Galles à Paris et figure sur le podium du Tournoi des Nations, de justesse à la troisième place. Du coup, les commentaires deviennent dithyrambiques et les superlatifs pleuvent. Ce que les commentateurs un brin chauvins oublient de préciser, c’est que l’arbitre a prolongé le match de vingt minutes (du jamais vu… !) et que les Bleus ont renversé le score en toute fin, l’emportant 20 – 18 après avoir été menés durant toute la partie. Ah ! Ce côté franchouillard, comme il est regrettable de le constater parfois fanatiquement cocardier !...

Dimanche 19 mars

 Décidément, les sociaux-démocrates allemands s’activent. Erdogan ayant répété que Merkel adoptait « des pratiques nazies », Sigmar Gabriel, le ministre des Affaires étrangères, lui a sèchement répondu : « Nous sommes tolérants, pas des imbéciles ! » Convenons que la préparation des futures élections législatives n’est en rien le prétexte de cette flèche. La réaction de Gabriel prouve qu’il a le sens de l’État et qu’il respecte la chancelière.

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 Le rassemblement si enthousiaste que François Hollande réussit au Bourget en janvier 2012, Hamon le réalisa dans un pareil élan à Bercy. Mais pour lui non plus ce déploiement spectaculaire ne modifiera pas les données de la compétition. Ce sera, dans sa vie, un émouvant souvenir.

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 L’IFOP sollicite encore des citoyens pour jauger l’appréciation qu’ils portent à l’action de François Hollande. Et comme il fallait s’y attendre, sa cote de popularité remonte. Mais ce qu’il faut surtout retenir, ce sont les commentaires qui apparaissent à l’unisson : « Lui au moins aura été honnête ! » Ben oui, puisqu’on vous le disait…

Lundi 20 mars

 Lorsque Béatrix Beck écrivit Léon Morin prêtre, le roman qui lui valut le Goncourt en 1952, il y avait six ans que le Seconde Guerre mondiale était achevée. Les esprits étaient encore habités par l’occupation allemande qui avait divisé le peuple en suiveurs et en résistants. Et quand Jean-Pierre Melville décida de l’adapter à l’écran, en 1961, les mémoires étaient toujours baignées d’images tristes, horribles et pour certains culpabilisantes. Quant aux souvenirs qu’elles entretenaient, ils étaient transmis à la veillée, de première main à celles et ceux qui étaient nés pendant ou après le conflit. L’histoire de la communiste athée cachant des juifs qui tombe amoureuse d’un curé tandis que son mari est prisonnier marquait son époque. Et puis, le projet de Melville était servi par le jeune Jean-Paul Belmondo et la belle Emmanuelle Riva. Les cinéphiles se souviennent que les Mauriac s‘étaient épanchés à tour de rôle. Claude d’abord, dans Le Figaro du 30 septembre : « Film probe, émouvant, beau comme le roman qu’il reproduit fidèlement. Nous sommes étonnés d’être émus, troublés, de sentir passer le surnaturel. » François ensuite, le patriarche, dans Le Figaro littéraire du 18 novembre : « La grâce s’invite donc me disais-je. Qu’un bon acteur puisse devenir n’importe quelle créature, entrer dans toutes les peaux, je le savais. Mais ici, il fallut devenir ce saint qui ne sait pas qu’il est un saint et qu’il fut en même temps ce garçon aimé d’une jeune femme et qui sait qu’il est aimé. »

 Nicolas Boukhrief propose une nouvelle adaptation cinématographique sous le titre La Confession. Plus d’un demi-siècle plus tard, les esprits ont perdu les repères du climat social glauque, et si le beau Romain Duris ressemble à un saint tandis que Marine Vath joue en pleine authenticité, le film est fade.

Mardi 21 mars

 TF1 avait réuni hier soir cinq des onze candidats à l’élection présidentielle (les mieux cotés aux sondages bien entendu, ce qui met en lumière une discrimination guidée par les exigences de l’audience…) Après que la nuit porta conseil, l’on s’accorde pour considérer que Mélenchon fut le meilleur débatteur. La formation à la IVe Internationale porte encore ses fruits. Macron pouvait paraître parfois vague mais il obtient quand même un bel accessit. Fillon est un peu éteint et Hamon ne déploie aucun charisme pouvant servir ses arguments. Quant à Marine Le Pen, approximative, adepte du n’importe-quoi et vulgaire, forcément vulgaire, on se demande comment elle pourrait être qualifiée pour le second tour. Á un mois du scrutin, 34 % des Français se déclarent encore indécis. La télévision a influencé les primaires, peut-être produira-t-elle le futur président. Ce serait dans la logique du monde médiatisé à outrance.

Mercredi 22 mars

 Où sont encore les zones de sécurité. Tandis que la Belgique commémore le premier anniversaire des attentats sanglants de Bruxelles, un policier est poignardé à Londres en face du Parlement. Quelques minutes plus tard, des coups de feu éclatent sur le pont de Westminster. Plusieurs blessés sont à déplorer dont des lycéens français. Le moins que l’on puisse dire est que cela ne se déroulait pas dans les quartiers mal famés de la capitale britannique.

20 mars 2017

Le Printemps pousse

Le printemps trompe l'hiver Les petites pousses poussent Poussent d'inaudibles cris
Image: 
16 mars 2017

Des Pays-Bas à Hollande: ouf!

Mercredi 8 mars

 Bertrand Delanoë annonce qu’il soutiendra Macron dès le premier tour car il trouve que le programme de Hamon est « dangereux ». C’est la première grosse pointure socialiste qui s’exprime aussi clairement. Il y en aura d’autres. Á terme, c’est l’éclatement du PS. Bravo les frondeurs ! Et merci Montebourg !

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 Á l’occasion  de la Journée internationale de la Femme, les revendications qui s’expriment en Belgique et en France touchent au nom des rues et autres artères urbaines. Pas assez de noms féminins … Et pourtant, dans toutes les communes, on trouve sûrement des : rue de l’église, rue de la Résistance, rue de la Libération, rue de la Loi, etc. Oui mais il s’agit plutôt de noms propres féminins ! Ah ! Patience, patience… Il faut que le Temps fasse son œuvre. On n’attribue un nom célèbre à une artère que lorsque le personnage est décédé. Victor Hugo, qui habitait dans son avenue, est l’exception. Donc, il n’est pas encore concevable de baptiser des rues du nom de Jacqueline Galant, Christine Boutin, Nadine Morano ou Frigide Barjot… En revanche, Christine de Pisan, Ninon de Lenclos, Joséphine Baker, Marguerite Duras, Barbara, Edmonde Charles-Roux et tant d’autres pourraient effectivement devenir de bons témoins de mémoire.

Jeudi 9 mars

 Il y a aussi de la corruption en Corée du Sud. La présidente de la République a dû démissionner tandis que la célèbre firme Samsung se trouve dans la tourmente. La rue n’est pas en reste, les heurts entre adversaires et partisans de la cheffe de l’État ne se comptent plus. Il y a peut-être aussi de la corruption en Corée du Nord mais on n’en sait rien : la dynastie des Kim-Jong-Machin est spécialiste dans l’utilisation des verrous.

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 Ce qui s’est passé à Bruxelles est pour l’Europe aussi cocasse qu’une histoire belge. Tous les membres de l’Union étaient partisans de reconduire Donald Tusk à la tête du Conseil européen pour un deuxième et dernier mandat. Tous…sauf la Pologne, le pays de Tusk. La Première ministre ultraconservatrice a ferraillé seule pendant de longues heures afin de faire échouer son compatriote. Si Jean-Paul II avait toujours été de ce monde, elle n’aurait sans doute pas hésité à faire appel à lui en une ultime ruade. Un conservateur, ça conserve, mais pas toujours opportunément. Et puis, ça ne craint pas le ridicule. Trop borné pour cela.

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 Long entretien de Christophe Alix dans Libération avec Philippe Waechter, directeur de recherche économique chez Natixis Asset Management, société mondiale d’expertises et de gestion possédant un siège à Paris. Pour ce spécialiste, le bilan de François Hollande « n’est pas si mauvais que ça… » Entre autres analyses, il relève que « la démographie française rend plus difficile la lutte contre le chômage ». On n’évoque pas souvent l’importance de la démographie française, le fait par exemple qu’elle est notamment beaucoup plus élevée que l’allemande. Ce peut être une difficulté mais à terme, c’est un atout considérable.

Vendredi 10 mars

 Le président égyptien Hosni Moubarak avait ordonné que la police tirât sur les manifestants lors des émeutes de février 2011. Il est âgé de 88 ans. On vient de le remettre en liberté. Il n’est pas gracié en raison de son grand âge. Il est innocenté. De toutes façons, le peuple égyptien s’en fiche. Il sait que son printemps est devenu automne et il se prépare à un long hiver.

Samedi 11 mars

 Le torchon brûle entre Erdogan et les Pays-Bas qui avaient interdit l’organisation d’un meeting en sa faveur où son ministre des Affaires étrangères devait prendre la parole. Les insultes fusent de la part du sultan. Tous les pays de l’Union européenne sont confrontés au problème : interdire ou pas ces rassemblements ? L’Allemagne refuse de donner l’autorisation. La Hollande, où des élections toutes proches devraient donner plus d’échos à l’extrême droite, en fait de même. Un meeting aura lieu à Metz demain. Le préfet de la Moselle argumente en avançant la loi républicaine. On ne peut pas lui donner tort, même si là aussi, ceux qui s’activent dans la campagne électorale trouveront du grain à moudre. La vraie faille, c’est qu’une politique commune et solidaire n’a pas été conclue entre les membres de l’UE.

Dimanche 12 mars

 Benoît Hamon fait campagne aux Antilles, terres traditionnellement situées à  gauche. Le peuple ne le connaît pas. Son nom ne lui dit rien. En Guadeloupe comme en Martinique, les salles sont à moitié vides. Alors Hamon change de tactique : il défend la politique du quinquennat de François Hollande. Il se fait applaudir. Dans le rôle de l’arroseur arrosé, c’est lui qui ouvre le robinet.

Lundi 13 mars

 Á côté de la Brasserie Lipp, aux numéros 147 et 149 du boulevard Saint-Germain, il y avait autre fois le Drugstore Publicis, boutiques et cinémas créées par Marcel Bleustein-Blanchet, le père d’Élisabeth Badinter. On venait y acheter tout et n’importe quoi, des babioles de circonstances, et visionner des films politiques et littéraires qui n’étaient projetés nulle part ailleurs. Malgré un impressionnant comité de quartier présidé par Juliette Gréco, la vague des boutiques de luxe déferla sur le carrefour mythique. Armani s’installa sur le coin de la rue de Rennes et du célèbre boulevard. Le 14 septembre 1974, un terroriste avait lancé une grenade dans le drugstore, causant la mort de deux personnes, en blessant une trentaine d’autres. De son vrai nom Illich Ramirez Sanchez, il se faisait appeler Carlos et il avait déjà, à seulement 25 ans, semé la terreur sur plusieurs aéroports du monde. Deux fois condamnés à perpétuité, Carlos comparaît aujourd’hui, 43 ans plus tard, pour l’attentat du drugstore. C’est évidemment absurde. Celles et ceux qui vont le juger sont ou bien retraités, ou bien décédés. Il en va de même pour les témoignages qui seront donc, au mieux, de seconde main. Le seul intérêt du procès résidera dans la défense du terroriste. Celle-ci sera idéologique, sur des bases qui n’avaient aucun rapport avec la religion, contrairement aux temps présents. Il est bon de retourner un peu au passé récent pour méditer les soubresauts du présent. Cela se passait sous Giscard. Sous Mitterrand et sous Chirac, le prénom Carlos évoquait surtout un gros chanteur rigolo, fils de Françoise Dolto, aux chemises tropicales. Il mourut à 64 ans, en 2008. Lui aussi commence à être oublié…

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 Jusqu’à ce jour, les documentaires de Jean-Michel Djian étaient consacrés à des personnalités disparues (Defferre, de Gaulle, Mitterrand, Rimbaud…) et duraient un peu moins d’une heure. Le film qu’il présente ce soir sur FR3 est autre. Il dure 1 h 30 et il est consacré à François Hollande. Qui plus est, il avait été conçu et déjà tourné en partie avant le 1er décembre, date du renoncement du président à se représenter. C’est une superbe réalisation qui démontre la solitude du pouvoir propre à la Ve République, la solitude du pouvoir bien connue au sein du palais présidentiel (la prison dorée...), mais surtout la solitude de cet homme si chaleureux et qui nous rend pourtant si tristes. Manque juste un mot qui n’a pas une seule fois été prononcé durant l’intégralité de la projection : honnêteté. François Hollande est un homme honnête et par les temps que la France vit, c’est encore plus important de le souligner.

Mardi 14 mars

 François Fillon est triplement mis en examen. En sortant de chez le juge, il part discourir devant les chasseurs (des électeurs très conservateurs qui lui sont acquis coûte que coûte) et il se livre à quelques jeux de mots allusifs au départ du vocabulaire propre à son auditoire, en lien direct avec ce qu’il vient de subir. Cet humour grinçant ne le grandit pas et à 40 jours du premier tour, rabaisse encore l’image de la République dont les revues de presse internationales soulignent le caractère catastrophique.

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 Entendu au bistrot à vins Le Griffonnier (8, rue des Saussaies, Paris 8e) : les Parisiens possèdent moins de chiens. Un fonctionnaire de la mairie de Paris vient de le sous-entendre de manière étonnante dans une note sur la question. Il imagine qu’en 2014 et 2015, « les chiens pissaient moins qu’auparavant ». Il paraît que le rédacteur est un taiseux, tout à fait sérieux, le style rond-de-cuir, pas plaisantin pour un sou.

Mercredi 15 mars

 Ce que l’on sait déjà des élections législatives aux Pays-Bas : le parti libéral du jeune Premier ministre Rutte perd quelques sièges mais demeure la principale formation au parlement ; l’extrême droite ne réussit pas la percée attendue et espérée ; les sociaux-démocrates s’effondrent. Conclusion : les meubles ont une fois de plus été sauvés mais toujours de plus en plus difficilement. L’Europe prononce un ouf mais jusques à quand ? Tout cela continue à nourrir les craintes qui alimentent des inquiétudes. Au tour de la France de sentir le vent du boulet.

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 Il faut assister à une remise de décorations de François Hollande pour apprécier (admirer ?) un homme apaisé, détendu, intelligent (soulagé ?), très adroit dans l’art de complimenter successivement des personnalités de philosophie et de tendances politiques différentes, ayant excellé dans des domaines parfois très éloignés les uns des autres. Chaque commentaire lui offre toujours un élément qui l’autorise à quelque allusion subtile à propos des temps présents. Et quand on quitte le Palais de l’Élysée heureux d’avoir assisté à une heure d’éloquence et de longues minutes de dialogue singulier autant que plaisant, on se dit que dans la clique de tous ceux et celles qui ambitionnent de lui succéder, aucun n’est capable de réaliser aussi bien pareil exercice. C’est encore ici que l’on perçoit une inspiration mitterrandienne.

15 mars 2017

Migrer au XXIème siècle.

La question migratoire  constitue à l’heure actuelle l’enjeu essentiel qui fera pencher le fléau de la balance entre démocratie ou barbarie.

Ce n’est pas une question réservée à l’un ou l’autre pays en particulier, elle s’adresse à toute l’Europe et par delà.

La réponse que nous lui apporterons déterminera notre capacité à rester des humanistes dans l’esprit des Lumières et des valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. C’est un engagement qui concerne notre vision de l’universel et le devenir de l’humanité tout entière.

Une mobilisation sans précédent est indispensable et elle à un prix, celui d’un certain inconfort. La transhumance résulte des guerres et de la misère. Il s’agit donc d’un choix de survie pour des masses humaines privées de développement, de bien-être et/ou victimes de l’absence de paix.

Paix et développement, les deux grandes missions des Nations Unies au lendemain de la 2ème guerre mondiale.

S’attaquer aux flux migratoires pour tenter de le contenir ne sert à rien si nous ne mettons pas en place de réelles politiques de paix et de développement durable.

La DUDH de 1948, en 30 articles, a tenté d’en définir les règles élémentaires. Elle reste un programme d’une actualité brûlante.

 

 

 

15 mars 2017

The East Side Gallery, le Mur de Berlin et le graffiti.

Les Hommes et les Femmes de ma génération, celle d’après-guerre, ont connu de grandes peurs et d’éphémères  espoirs. Avant la fin de la seconde guerre mondiale, la conférence de Téhéran portait en germe la Guerre Froide. L’allié d’hier, l’URSS, devint l’irréductible ennemi qu’il fallait combattre à l’intérieur et à l’extérieur. Il s’en est fallu de peu pour que la troisième guerre mondiale n’éclate. La crise de Cuba, l’installation de SS 20 et des Pershing  et d’autres épisodes de cette terrible période faillirent précipiter le monde dans l’abîme.

L’occupation des pays de l’Est et de la partie orientale de l’Allemagne vaincue partagea l’Europe en deux blocs rivaux : les Démocraties occidentales à l’Ouest protégées par le Grand Frère américain, les Démocraties Populaires (c’est ainsi qu’elles se nommaient elles-mêmes) sous la férule soviétique. La capitale du Reich, Berlin,  conquise par les Soviétiques fut partagée en 4 secteurs d’occupation ; à l’est par les Soviétiques, à l’ouest par les Français, les  Britanniques et les Américains. Berlin, totalement enclavée par la zone d’occupation soviétique, était punie.

La formation de la République Démocratique d’Allemagne (RDA), en écho, provoqua la création de la République Fédérale d’Allemagne(RFA). Berlin fut alors, de facto, divisée en deux parties : l’est fit partie de la RDA et les trois secteurs d’occupation réunifiés, firent partie de la RFA.  L’ancienne capitale du 3ème Reich  fut ainsi divisée en deux Etats que tout opposait. A l’économie socialiste de la RDA s’opposait l’économie libérale de la RFA. Cette partition, insupportable pour les familles divisées, provoqua une crise internationale . Des Allemands de la partie est de Berlin se réfugièrent dans la partie ouest. Pour endiguer l’hémorragie, la RDA construisit le Mur de Berlin.

En fait, le Mur de Berlin n’était pas un mur. Le tristement célèbre « mur de protection antifasciste »[1], est érigé à Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961. C’est un dispositif militaire comportant deux murs de 3,6 m de haut avec un chemin de ronde, 302 miradors et dispositifs d'alarme, 14 000 gardes, 600 chiens.

Quand le passage entre Berlin Est et Berlin Ouest a été autorisé,  le Mur qui cristallisa l’antagonisme entre les deux Blocs devint le symbole de la fin de la Guerre Froide et l’annonce d’une ère nouvelle dans les relations internationales. La joie, l’enthousiasme, l’espérance, dépassèrent les frontières allemandes. Des milliers de mains s’attaquèrent au Mur, avec des marteaux, des masses, des burins pour détruire le « Mur de la honte ». Des street artists peignirent des fresques des deux côtés du mur. Des artistes et des milliers d’autres anonymes vinrent du monde entier pour laisser une trace sur le mur tant abhorré. Les fresques couvraient des kilomètres et certaines devinrent des icônes. Les sujets n’avaient pas le mérite de l’originalité ; on y a peint des colombes bien sûr, on mélangea les couleurs des drapeaux de la RDA et de la RFA, on fusionna les étoiles de la bannière américaine avec l’Etoile Rouge. Là n’était pas le propos. Les fresques attestent de l’immense espoir de paix d’un monde qui avait connu en quelques décennies deux guerres et qui avait une peur bleue d’une troisième, perçue par les  contemporains comme la certitude de la fin du monde.

Pour le 25ème anniversaire de la chute du Mur, dans le quartier de Friedrichshain a été créée l’Est Side Gallery. Il s'agit de la plus longue section du mur encore debout (environ 1,3 km). Elle est constituée de 118 peintures d'artistes de 21 pays, du côté est du mur de Berlin. Elle est certainement la plus grande galerie permanente en plein air dans le monde.

Deux points de cette petite histoire de la grande Histoire retiennent mon attention.

Le premier a été la folle envie de centaines de personnes, des artistes de renom mais pas que, de peindre le Mur de la honte. Comme si les  symboles de la paix devaient recouvrir, au sens littéral, l’horreur de la partition d’une Allemagne humiliée par les armées d’occupation. Immense espoir également de la réconciliation entre l’Est et l’Ouest. Formidable espérance d’un monde sans guerre. Ce temps semble aujourd’hui bien lointain et seules ces fresques renvoient les images rêvées par toute une jeunesse qui avait le sentiment qu’elle était partie prenante dans la marche de l’Histoire.

Le second point concerne l’incroyable rôle qu’a joué à cette occasion le street art. Aujourd’hui, l’Allemagne réunifiée, a créé cette « galerie » et met en œuvre un programme de rénovation des fresques victimes du vandalisme. Ce n’est pas un monument aux morts (il y eu pourtant des centaines d’Allemands de l’Est qui furent abattus en essayant de franchir le Mur) ; c’est un témoignage, parfois maladroit et naïf, d’un tournant de l’Histoire.


[1] Nom de l’ouvrage donné par la RDA.

 

Image: 

Fresque-icône illustrant l'"ouverture" du Mur.

Deux colombes portent la symbolique porte de Brandebourg.

"Union" de l'Etoile Rouge, des étoiles du drapeau américains et couleurs de l'Allemagne Fédérale.

Le baiser entre Brejnev( secrétaire général du parti communiste de l'URSS) et Honecker( président de la RDA).

Une fresque "ex-voto".

Le franchissement du Mur de la honte.

Des traces de mains pour témoigner de sa présence, pour construire un monde nouveau.

Rêves de paix et de fraternité.

La division de Berlin.

Le mur en piètre état de la "gallery"

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