semaine 21

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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02 février 2018

Le plus inquiétant est ce qu’on ne dit pas…

Vendredi 26 janvier

 Le sultan Erdogan semble marri que la guerre en Syrie touche à sa fin. Alors il a décidé d’envoyer la mitraille sur les Kurdes par-dessus ses frontières, ceux-là mêmes qui ont très largement contribué à éradiquer Daesh. Quand ils étaient à l’œuvre pour éliminer les positions djihadistes, les Kurdes étaient complimentés par la « communauté internationale ». Á présent que celle-ci est devenue muette, les Américains tentent de sauver les apparences en délivrant un message à Erdogan : allez-y mollo quand même… On sait que l’impudence constitue un des piliers de la diplomatie mais on est cependant toujours étonné de son usage.

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 Féminisation des mots. Qu’est-ce qu’on fait avec l’expression Tous les hommes sont mortels ?

Samedi 27 janvier

 Tous les films de Steven Spielberg sont tirés au cordeau. Pentagon papers ne manque pas à ce principe. L’histoire du journal Washington Post révélant des documents confidentiels ultrasecrets à propos de la guerre du Vietnam est construite selon une narration haletante et remarquablement précise, sans qu’une minute ne soit inutile ou fortuite. Le duo formé par Meryl Streep, propriétaire de l’entreprise, et Tom Hanks, qui en dirige la rédaction, sous-tend très bien le rythme de l’événement qui va éclore et provoquer une ode à la liberté de la presse. On savait l’aventure du Washington Post dans l’affaire du Watergate ; on connaissait moins celle-ci. Le public américain était peut-être pour une grande part dans le même cas. C’est donc une raison supplémentaire pour saluer l’excellent travail civique de Spielberg.

Dimanche 28 janvier

 Une manifestation anti-Poutine à Moscou. Le principal opposant Alexei Navalny est arrêté, emprisonné. Il sera interdit de se présenter contre le président sortant à l’élection du 18 mars. Celle-ci ne présente plus qu’un seul intérêt : la participation. Combien de citoyens russes se rendront aux urnes, sachant par avance que le résultat du scrutin est connu ?

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 Le psychanalyste Michel Schneider à l’occasion de la première année de présidence Trump : « Le plus inquiétant n’est pas ce qu’il dit mais ce qu’il ne dit pas. »

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 Ils réalisent des films à succès depuis un demi-siècle et ils ne s’étaient jamais parlé ! Le Journal du Dimanche (JDD) a eu la bonne idée d’organiser un dialogue entre Woody Allen et Claude Lelouch. On retiendra une question liminaire à laquelle répond Lelouch : « Je voudrais tourner une conversation entre Dieu et vous à New York autour d’un pastrami. » Allen accueille la proposition : « J’adore l’idée ! Mais il faut qu’on fasse vite : les années passent et cette conversation, je risque bientôt de l’avoir pour de vrai… » Ce projet ne ressortit pas à la boutade. Car tout à la fin de l’échange, Woody Allen y revient. Ce sont ses derniers mots : « Quand est-ce qu’on la tourne cette scène du pastrami ? » Il faudrait donc s’attendre à l’arrivée prochaine d’un formidable moment de cinéma.

Lundi 29 janvier

 Plus Theresa May trouve que « le Brexit est inévitable », plus les partisans d’un maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne sont nombreux et manifestent. Même dans le parti de la Première ministre. Il y en a même qui citent Oscar Wilde : « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais ». Ce parlementaire conservateur aurait peut-être voté la mise sous écrou du poète. Le voilà du reste très audacieux de le citer car on pourrait lui opposer d’autres paroles du même homme annihilant son effet. Celle-ci par exemple, définition de la démocratie : « Oppression du peuple par le peuple et pour le peuple. »

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 … Et ces chiffres, ces instruments de mesure de l’économie censés mesurer désormais la bonne tenue d’un pays, ces chiffres de plus en plus favorables sur 2017, résultats d’un quinquennat bien géré par François Hollande et qui profitent à son successeur…  Ces chiffres, comme il est à la fois triste et plaisant de les voir éclore…

Mardi 30 janvier

 Donc Patrick Roegiers a obtenu la nationalité française en septembre dernier. Cela faisait 34 ans qu’il vivait sur le territoire français mais la plupart de ses livres concernaient la Belgique. Il fallut attendre la quatrième de couverture de son dernier ouvrage (Le Roi, Donald Duck et les vacances du dessinateur, éd. Grasset) pour l’apprendre. Ce n’est pas dans les habitudes du véhément écrivain de taire un événement touchant à sa hautaine personne. Alors quoi ? En est-il honteux ? Est-ce un calcul tactique pour faire parler de lui simultanément à la promotion de son livre ? On pouvait penser qu’en publiant L’Autre Simenon en 2015, il avait épuisé son fond de commerce lié à son pays natal – car il en a écrits des livres et des textes sur la Belgique et les Belges… - Eh bien non ! L’imagination qu’il puise dans l’histoire des Ménapiens, des Nerviens, de leurs voisins et de leurs descendants n’est pas tarie. Celle de la Maison des Saxe-Cobourg Gotha non plus d’ailleurs. Accordons-lui donc, en oubliant un peu son infatuation, le bénéfice du geste : le 12 septembre 2015, sur le plateau de Ruquier, il dépeignait avec beaucoup d’amertume la présence du parti nationaliste flamand (NV-A) au gouvernement de son pays. Considérons, sous réserve de précisions, que cette amertume devint l’élément déclencheur d’une démarche qu’il avait plus d’une fois sans doute envisagée.

Mercredi 31 janvier

 Tariq Ramadan est en garde à vue, soupçonné d’agressions sexuelles. « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. » (Jean de La Fontaine. Les Animaux malades de la peste, 1678). Le fabuliste ne faisait jamais mention du Coran mais des imams obsédés par l’idée de rattacher le monde à l’islam prétendent qu’il s’en inspirait. La Fontaine a, en revanche, toujours eu l’honnêteté de reconnaître l’enseignement d’Esope, fabuliste et néanmoins esclave d’origine phrygienne. Aucun imam n’a encore à ce jour prétendu que le prophète avait inventé le bonnet phrygien.

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 Depuis l’installation des colonnes Buren à côté des fontaines de Pol Bury dans les Jardins du Palais Royal en 1986, Paris connut quelques farouches querelles esthétiques à propos d’œuvres d’art prenant place dans le cadre urbain. La  dernière fut celle qui aboutit à la destruction de Tree, l’œuvre de Paul Mac Carthy, qu’il avait érigé sur la place Vendôme. Le microcosme germanopratin et ses ramifications lutéciennes s’étaient aussi émus du sort réservé à l’œuvre d’Anish Kapoor, Le Vagin de la reine trônant dans le parc de Versailles. Voici que Jef Koons offre à la Ville une sculpture impressionnante (10 mètres de haut sans le socle, 8 mètres de large), aux couleurs vives,  intitulée Bouquet de tulipes, en hommage aux victimes des attentats de 2015. Il n’en faut pas plus pour que des pétitions circulent et que les débats s’engagent, parfois de manière passionnée. Aux dernières nouvelles, il semble que l’on puisse trouver un modus vivendi. Ce qui ferait surtout problème serait en effet le lieu d’implantation, à savoir l’esplanade du Palais de Tokyo, un choix assez logique compte tenu des activités de l’établissement, mais qui briserait la perspective du Trocadéro. Quoiqu’il en soit, il importe de ne jamais oublier le moyen de ramener les protagonistes à un peu de sagesse : il suffit de leur proposer la lecture de la lettre ouverte que des célébrités de l’art et de la littérature comme Garnier, Gounod, Huysmans, Leconte de Lisle, Maupassant ou Zola rédigèrent à l’intention du commissaire de l’exposition universelle de 1878 Adolphe Alphand afin de s’opposer à l’élévation de la tour de Gustave Eiffel. Un exemple parfait d’allergie désopilante.

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01 février 2018

AFFRES DE L’ACTEUR, ( pourtant a pa peur)

Et voilà !!! …les 3 coups sont passés, le rideau se lève dans un grand souffle : ça va commencer ! On est tous là, prèts et fébriles, pourtant on ne transpire pas, le maquillage n’a pas coulé, pas encore, …c’est le  contraire, on grelotte, on tremble, on a le trac !  Cette chose innommable nous assaille et on se répéte dans la tête inlassablement la 1ère réplique à dire après être entré sur scène au début de la pièce, celle que nous avons déjà jouée plus de 100 fois…la première réplique, c’est notre pierre d’acchoppement, notre bête noire, parce que c’est d’elle que va dépendre la suite ! Si on rate la 1ère réplique, on va rater tout le reste, ça va être une salade sans nom, un cafouillage monstre, on va bafouiller, on va avoir des trous et placer honteusement le ou la partenaire dans une situation difficile car il (ou elle), ne peut et ne pourra pas dire sa réplique qui est liée à la précédente, puisqu’elle n’a pas été dite !…panique du comédien!

Quand on est sur le plateau, qu’on est en train de jouer la comédie, on ne réfléchit pas trop sur ce qui va suivre. Les répétitions servent à cela, à établir des points de repère, à produire des automatismes, à refaire toujours les mêmes gestes, à faire les mêmes intonations, à refaire le même jeu d’acteurs, ce qui fait qu’on devient crédible vis-à-vis du public… Si on est sincère, le public croit ce qu’il entend, comprend ce qu’il voit, et donc, croit en nous…Mais quand on a un trou, une perte momentanée de mémoire, on perd cette crédibilité, on revient sur terre, on redevient une personne comme n’importe qui, avec sa petite existence…alors, à ce moment là, croyez-moi, on voudrait être ailleurs, on voudrait sortir, ficher le camp,  quitter cette fichue scène de ce fichu théâtre !...

Mais en fait, c’est l’inverse qu’il faut faire : il faut se réintroduire à l’intérieur de soi !

Alors qu’on a pénétré sur scène par le coté jardin, au 1er plan,  sur cet espace qu’on nomme les planches et qui constitue le plateau d’une scène de théâtre, on doit absolument reprendre ses esprits, retrouver les mots de la parole perdue, trouver une solution à la milliseconde ! Mais hélas, c’est souvent le ou la partenaire qui « enchaine » comme on dit, et qui passe outre notre défection ! Ne croyez pas que ça n’arrive que chez les amateurs, non, c’est le sort de tous les artistes professionnels de la scène théâtrale !!!.....

Et puis voilà que c’est fini, ou presque : on est à l’entracte ! alors pour l’instant c’est fini, …sauf que maintenant, certain théâtre ne font plus d’entracte parce que la pièce ne stipule pas d’entracte…ou que la production estime que la pièce est tellement nulle, qu’ils n’osent pas programmer un entr’acte de peur que les ¾ de la salle ne s’éclipsent pour ne plus revenir !!!  Mais ça, nous les comédiens et comédiennes, on ne le sait pas : on est payé pour jouer jusqu’au bout, alors on reste jusqu’au bout, tant qu’il y a encore un spectateur dans la salle !!! 

Ainsi, à l’entracte, on rentre dans la loge, on boit un coup à la bouteille d’eau, certains boivent un coup de pinard, on souffle un peu, on rigole, on se refait le maquillage qui en a prit un coup, on se regarde dans le miroir et on se demande pourquoi on est là à faire le pitre, à déballer des kms de textes parfois insipides, ou sublimes selon le cas ! On attend la sonnerie de la reprise pour nous avertir que le bar est fermé et que « ça » va recommencer…..

Où est la bel époque où le souffleur attentif dans sa fosse, nous lançait le texte lorsque la mémoire défaillait, que le trou nous plantait bien profond, en long et en large ! Fini tout ça, il n’y a plus de souffleur maintenant, sauf dans certaines troupes amateurs…il se tient assis au premier rang avec sa lampe de poche et sans vergogne, dit la réplique presque à voix haute si le malheureux ou la malheureuse qui joue pour la 1ère fois de sa vie, ne sait plus ce qu’il ou elle doit dire ! Mais chez les pros : plus de souffleur !... tout comme il n’y a plus de rampe d’éclairage à l’extrème avant-scène, (qui n’a existé que par rapport à l’époque où la scène était illuminée par de multiples bougies plantées dans de non-moins multiples chandeliers à l’avant scène)… Maintenant on a des « projos » ! Des « spots », des lentilles « Fresnel », des « poursuites », des « casseroles » et des « douches » !!! On sait le texte « au rasoir » et on « remonte » au fond de la scène, tandis qu’on entre et sort par cour ou jardin et qu’on fait parfois une fausse sortie…Et puis on fait des temps dans le texte, et parfois on a un « tunnel » à réciter, c’est dire une réplique bien trop longue de laquelle on n’en sort jamais indemme…..

Ben oui, les fou-rires, les trous, les erreurs de textes, les bafouillages, les entrées en retard, les musiques qui n’arrivent pas, tous ces ratages sur un plateau de théâtre, tout ce qui arrive aux meilleurs, aux plus grands comme aux plus humbles, aux sans grades et aux sans noms comme les porteurs de torches…! Heureusement, il y a la récompense finale, les saluts, les applaudissements, à moins que ça ne soient les sifflets, les huées et les tomates pourries !!!!! Mais ça, ça n’arrive jamais ! (ou très très très rarement)… il faut vraiment qu’on soit à chier, qu’on soit je m’en foutiste et nul de chez nul !.....Mais c’est ça le théâtre, c’est toute cette longue progression où l’on met les choses en place, où l’on essaie quelque chose comme faire un pas en avant avant de lancer sa réplique… ou bien faut-il lancer sa réplique puis faire un pas en avant ? Non !... pas en avant vers l’autre : en avant vers « l’avant », un peu sur le coté, en cherchant l’éclairage qui, lui devrait arriver pile au moment où l’on bouge le pied…Le pied ? Quel pied ? Je ne vois rien d’ici, dit la régie-lumière ! Alors quel repère te faut-il ? C’est simple : Louis doit compter 1-2 puis bouger…Bon, Ok d’accord, on essaie ! Vas-y Loulou, c’est à toi ! Un-Deux !... Mais non, c’est trop vite… zut bordel de merde, ça ne marche pas ! Faut trouver autre chose, faire autre chose, faire, faire, faire toujours faire…mais quoi …?

Et puis le temps passe sans qu’on s’en rende compte et tout doucement, on entre dans la grande confrérie des anciens combattants : … Ah dis donc, René, tu te souviens en  87, pendant la grande réplique de Raoul au 2ième acte, l’orage qui a éclaté juste au-dessus du théâtre, on ne s’entendait plus…ouais-ouais, …et la fois où tous les plombs ont sautés en même temps ! Quelle panique ! Tous les spectateurs ont allumé leur briquet ! Titchu, quelle ambiance ! … et on a continué à jouer !!!... jusqu’à l’entracte !!!…Moi je me souviens de Roland, en 78, qui avait raté son train et qu’on a du remplacer juste pour le début où il intervenait…c’est même l’habilleuse qui a du prendre la place de l’autre fille puisque en rempaçant Roland par José on devait mettre Louise à la place de Marcelle qui ne pouvait être à deux endroits différents, évidemment !...Oh lalala, quelle époque…Hé oui, on était jeune, on était beau, on sentait bon le sable chaud…c’était le bon temps !

Alors maintenant qu’on est vieux, que la voix tremblote un peu, qu’elle s’éraille, qu’on est vite à bout de souffle, qu’on a des trous un peu trop souvent, alors qu’on a travaillé le texte pendant des heures et qu’on a mal partout, qu’on ne bondit plus comme un cabri, qu’on n’entend plus très bien la réplique de l’autre, on se dit qu’on va laisser la place aux jeunes ! Oui, aux jeunes !... à ces p’tits cons qui connaissent tout, qui savent mieux que personne ce qu’il faut faire, qui n’apprennent jamais leur texte, qui arrivent en retard, qui récitent au lieu d’interpréter, qui ne font jamais deux fois la même chose, qui ne font pas ce que le metteur en scène a dit de faire, qui polémiquent sur la psychologie du personnage, bref qui font chier le monde entier dans l’espoir sans doute qu’un metteur en scène brésilien ou un réalisateur tchèque les remarqueraient lorsqu’ils diront avec componction : Madame est servie !

Ben oui, mon passé de comédien/acteur est revenu en masse…

Maintenant, j’ai ma p’tite laine, mon écharpe, ma casquette pure laine, mes gants fourrés, mes pastilles pour la gorge, l’inhalateur contre les crises d’asthme, le Gsm en cas ou, ma carte d’identité, et celle de la mutuelle et le permis de conduire ma vie comme bon me semble…

Mais, a pa peur…

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Rôle de Léopold Bloom dans un spectacle intitulé LEOPOLD extrait d'Ulysse de Joyce

28 janvier 2018

Faire pipi assis

On connait le féminisme, mais on connait moins le masculinisme.

Les masculinistes sévissent maintenant sur la toile. 

Dans le film « La domination masculine », interrogés par le réalisateur, ils stigmatisent les hommes alliés des femmes et qui « font pipi assis ».

La honte ! C’est donc un signe de virilité dérangée pour ces machos.

Vers mes trente-cinq ans, je me suis surpris assis sur le pot pour uriner.

C’était bien agréable, ma foi... Depuis, c’est devenu une habitude.

Quelle jouissance ! Imaginez, la main n’est plus obligée de guider l’engin récalcitrant, responsable souvent de taches douteuses sur la lunette.

Imaginez une sensation de liberté totale, comme doivent en éprouver nos compagnes.
 Je suis persuadé que si l’homme avait dès le début décidé d’assurer cette fonction comme la femme (ou si Ève y avait initié Adam), beaucoup de problèmes auraient été résolus dans nos relations...

Certes, s’il avait décidé aussi de passer l’aspirateur, de langer les bébés, de faire la vaisselle, de la laisser voter, de ne pas la voiler (et j'en passe), bien des choses auraient encore évolué.

Non seulement l’homme ne peut pas faire pipi assis pour les masculinistes, car il renie ainsi une virilité durement acquise et maintenue, mais il ne peut pas pleurer. Déjà, on l’en déshabitue, petit garçon. Ne pleure pas comme ta sœur.

Alors, il crâne toute sa vie, il serre les dents, ses mâchoires se contractent. C’est pour cela que le créateur, dans sa bonté divine, l’a pourvu, dès son adolescence, d’une barbe camouflante (mais que certains s’obstinent pourtant à raser tous les matins).

Je l’avoue, moi aussi je pleure. Non, pas à tout bout de champ (bien qu’il y aurait matière rien qu’en ouvrant son journal, sa radio ou sa télévision). Mais de temps à autre. Certes, rarement en public. Mais par exemple sur un lit d’hôpital, en 2005, devant mes visiteurs, après un accident vasculaire cérébral. J’avais une excuse toute prête, évidemment.

La prochaine fois ? Je ne sais. Mais sans complexe, en tout cas... 


 

27 janvier 2018

Rêve ou cauchemar européen ?

Mardi 16 janvier

 Mohammed Ben Salman (MBS pour les intimes), prince héritier, homme fort d’Arabie saoudite, continue de casser les monopoles des grandes familles engoncées dans la corruption et de révolutionner l’économie de son pays, reposant jusqu’à présent uniquement sur les hydrocarbures. Il emprisonne l’écrémage de l’aristocratie de son pays. Á 32 ans, il se prépare à un règne novateur mais absolu. S’il réussit, les grands équilibres entre pays arabes, chiites et sunnites vacilleront. S’il échoue, on ne donnera pas cher de sa peau.

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 Macron à Calais pour expliquer sa politique migratoire. Courageux mais superfétatoire. Les migrants veulent aller en Grande-Bretagne et ils choisissent le chemin le plus court. La vraie solution, c’est d’affréter un boat people décent et sûr et d’aller les déposer sur les plages britanniques quand le Royaume-Uni aura officiellement quitté l’Union européenne et que la frontière sera de nouveau, comme jadis, de l’autre côté de la Manche.

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 En prélude à la campagne présidentielle française, le jeune philosophe Raphaël Glucksmann avait publié un livre émouvant sur le roman français (Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes, Allary éd., 2016) Il donne à présent des conférences sur Le récit européen, sorte d’exercice préparatoire à la rédaction d’un ouvrage plus ou moins identique à paraître à l’automne, en prélude à la campagne pour les élections européennes. Un élan utile, sans aucun doute, mais plus périlleux à bâtir que le précédent. Et puis, plutôt que « le récit », les peuples des 27 ont vraiment besoin du rêve. Le rêve européen, même s’il est d’abord porteur de paix, reste perfectible. Il n’engendre pas le cauchemar, il crée des insomnies.

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 Jean-François Revel est un peu à la mode ces temps-ci. On le considère comme un rebelle, ce n’était en fait que grognon spirituel. On réédite ses essais; il s’est pourtant souvent trompé dans ses analyses qui débouchaient sur des prédictions. On cite certains de ses aphorismes en préceptes ou en principes. C’est parfois un peu construit. Mais bah ! Il ne fut pas le seul à pérorer ou à se tromper. Il y a quand même parfois matière à réflexion dans ses mots d’esprit. Ainsi, lorsqu’il affirme que « la France est le pays le plus révolutionnaire des conservateurs », on se dit que le président actuel correspond assez bien à cette description.

Mercredi 17 janvier

 Le dossier de construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes était pourri. Le réaliser ? L’abandonner ? L’exemple-type d’un cas où le politique doit choisir entre deux mauvaises solutions. Macron a décidé de ne pas construire l’aéroport, ainsi que le souhaitait son ministre d’État Nicolas Hulot. Le problème, c’est que le 6 avril 2017, sur France 2, en pleine campagne électorale, qui plus est face à Bruno Retailleau, président du Conseil régional des Pays de Loire, il avait déclaré qu’il respecterait le résultat du référendum par lequel, à 55 %, les électeurs s’étaient prononcés pour la construction. Le renoncement était sans doute le prix à payer pour que Nicolas Hulot fasse partie de son premier gouvernement. Les commentaires vont aller bon train. Une seule chose est à retenir : Emmanuel Macron n’est pas exceptionnel. Il vient de démontrer qu’il est un homme politique comme les autres : il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit… Le plus souvent possible mais pas toujours.

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 La plus grande réussite de Macron depuis son élection : à présent, tout le monde use de l’expression « en même temps » au sein d’une explication. L’emploi excessif de « voilà » reste à souligner.

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 « Le panislamisme est en sommeil – et pourtant nous devons compter avec la possibilité que le dormeur se réveille si jamais le prolétariat cosmopolite d’un monde occidentalisé se révolte contre la domination occidentale… » Cette prévision a été écrite en 1947, il y a 70 ans, par l’historien anglais Arnold J. Toynbee. En cette période calée entre la Libération et la constitution de l’ONU, cet avertissement n’avait pas dû être très entendu.

Jeudi 18 janvier

 Commentant la crise de civilisation, Glucksmann cite le poète Hölderlin : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve. »  Debray citait autrefois Toynbee, comme en écho : « Quel est l’effet de chocs soudains ? Notre formule proposée : plus le défi est grand, plus puissant est le stimulant. »

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 Robert Solé, dans Le 1 du 10 janvier : « Si vous comprenez quelque chose au Moyen-Orient, c’est qu’on vous l’a mal expliqué. »

Vendredi 19 janvier

 Après avoir conclu un nouvel accord à Londres avec Theresa May à propos de la politique d’immigration, Macron reçoit Merkel à l’Élysée afin de montrer son souhait de la voir amorcer un quatrième mandat. Il aurait même insisté auprès des sociaux-démocrates allemands pour les inciter à conclure un accord de gouvernement. Le congrès du SPD se prononcera dimanche. Si une nouvelle grande coalition peut voir le jour en Allemagne, le couple-moteur de l’Union européenne aura un boulevard devant lui pour préparer une relance à soumettre aux électeurs des 27 d’ici un peu plus d’un an. Quelques atouts majeurs, et plus d’excuses.

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 Exercice de style au départ d’un aveu de La Rochefoucauld : « J’ai de l’esprit, mais un esprit que la mélancolie gâte… » Mélenchon : « J’ai de l’esprit, mais un esprit que la fatuité gâte… » Delon : « J’ai de l’esprit, mais un esprit que le dédain gâte… » Etc. Trump. Non, pas Trump…

Samedi 20 janvier

 Après avoir connu le succès au Festival d’Avignon et ensuite au Théâtre du Petit Montparnasse à Paris en occupant la scène du 6 septembre au 6 janvier, Pascal Racan, incarnant Charles de Gaulle, et Michel de Warzée dans le rôle de Winston Churchill se produisent à la Comédie Volter de Bruxelles. Aussi vrais que nature, ils interprètent Meilleurs alliés, une pièce écrite par Hervé Bentégeat et mise en scène par Jean-Claude Idée, un dialogue en forme de confrontation se déroulant durant les journées historiques du débarquement de Normandie, les 4, 5 et 6 juin 1944. C’est époustouflant d’authenticité, émouvant de réalité, grinçant de ferveur, réjouissant de finesse. La réservation est déjà complète jusqu’à la mi-février. La Fondation Charles de Gaulle est enthousiaste au point de la faire monter en Chine. On ne voit pas très bien quand le jeu s’arrêtera. Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour que cela s’arrête.

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 « Sapiens est un pirate de l’évolution » Cette affirmation devrait être soumise à la fois au pape François et aux professeurs étatsuniens qui enseignent le créationnisme. Elle est du débonnaire Yves Coppens, paléoanthropologue de 83 ans, qui sait de quoi il parle, et qui la donne en commentaire dans la présentation de son livre Origines de l’homme, origines d’un homme (éd. Odile Jacob).

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 Brigitte Bardot au Monde : « Sans les animaux, je me serais suicidée. » C’est bien la preuve que la vie est bête…

Dimanche 21 janvier

 Le congrès des sociaux-démocrates allemands approuve la constitution d’une grande coalition sous la direction d’Angela Merkel. C’est un moment très décisif pour l’Europe, qu’Emmanuel Macron attendait. Á présent, ce sont les Européens qui attendent le couple franco-allemand. Sans tarder. Avec l’élection de Trump et le Brexit, l’époque est vraiment propice à des avancées. Au boulot !

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 Si l’on sait que des dossiers sont préparés dans les rédactions pour être prêts, le moment venu, à commémorer la disparition d’une célébrité (les biographies commentées des nonagénaires Charles Aznavour, Jean Daniel, Edgar Morin… n’attendent plus que leur signal…), on doit une pensée à l’éditorialiste contraint, lui, de réagir sur l’instant de l’annonce. Ce fut le cas le mois dernier à propos de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday et dès le début de l’année avec France Gall. Ce l’est aujourd’hui avec le décès de Paul Bocuse. « Réagir à chaud » est une expression malheureuse pour rendre hommage en quelques lignes à un grand cuisinier. Certains chroniqueurs n’ont pourtant pas hésité à l’employer. Maladresse due à la précipitation. Dans le numéro 28 de Médium (juillet-septembre 2011), Jean-Marcel Bouguereau avait signé un excellent article intitulé Le goût est un tout qu’il avait tenu à terminer par une parole de Jean-Claude Carrière. Aujourd’hui, celle-ci résonne bien comme un salut à monsieur Paul : « Outre le plaisir, évidemment, qui est indéfinissable, le goût est pour moi une sorte d’aide-mémoire. J’aime distinguer et identifier les goûts, un après l’autre, et tout ce qu’ils apportent avec eux. Chaque goût est un signe de reconnaissance, un signe de piste. Ils forment ainsi un long chemin, et ils sont la preuve que je suis vivant. La mort n’a pas de goût. »

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 Médium est une revue qui n’est vraiment pas assez connue. Est-ce parce qu’elle est dirigée par Régis Debray ? Transmettre pour innover est son slogan, son principe d’action, de rédaction. Bulletin de médiologie, elle fourmille de repères susceptibles d’accompagner des commentaires de l’actualité. Ainsi, le Premier ministre Édouard Philippe vient d’annoncer que la France renonçait à organiser l’exposition universelle de 2025. Extrait du Pense-bête de Régis Debray publié dans le numéro 26 de janvier-février-mars 2011 : « L’exposition universelle de Shanghai, où 191 pays se présentent sous leurs meilleurs atouts, aura été la plus chère depuis la création de l’événement, il y a cent cinquante ans. Il faut se serrer la ceinture, nous dit-on en France. L’État est au bord de la faillite. Plus de bourses pour les étudiants étrangers, divisons par trois les frais de représentation, prenez le métro messieurs. Mais 50 millions d’euros investis dans un pavillon français (dont 10 millions seulement du secteur privé, qui renâcle au bassinet), dont chacun devine qu’il ne restera rien dans un an. Après l’exposition de Séville, écœuré par le gâchis d’argent et de temps, j’avais fait un rapport aux autorités françaises visant à les convaincre de ne plus mettre les petits plats dans les grands pour des pouët-pouët sans lendemain ni profit. » Qui sait ? Peut-être que ce rapport a été délogé de sa poussière pour être porté à la connaissance du Premier ministre…

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 Les Heures sombres, film de Joe Wright, retrace les journées de mai 1940 au cours desquelles Winston Churchill fut désigné Premier ministre contre l’avis de son parti et au regret du roi George VI en parvenant à imposer une volonté farouche de continuer le combat contre la toute puissante Allemagne dont les armées déferlaient sur l’Europe comme par enchantement. Le roi revoit son jugement après avoir médité les conséquences de sa fuite éventuelle au Canada ; Chamberlain et Halifax, qui veulent négocier une paix avec Hitler deviennent minoritaires dans leur parti, et celui qui n’avait à promettre que du sang, des larmes et de la sueur est soutenu par le parlement comme par tout un peuple. On connaît la suite de l’histoire. Gary Oldman est physiquement transformé pour accomplir un travail admirable en Churchill, et Kristin Scott Thomas est parfaite dans le rôle de Clemmie, l’épouse, Clementine Churchill, qui laissera elle aussi son nom dans l’épopée au point d’avoir inspiré des biographes comme Philippe Alexandre et Beatrix de l’Aulnoit (Clementine Churchill, La Femme du lion, éd. Taillandier, 2015).

Lundi 22 janvier

 Dans moins d’un an, les débats qui émailleront la campagne pour les élections européennes devraient, cette fois-ci, faire apparaître (ou renaître) nettement le clivage gauche-droite que certains acteurs et commentateurs voudraient considérer comme obsolètes. La démocratie ne pourra qu’en sortir renforcée. Déjà des sujets prégnants affleurent qui génèrent des appréciations opposées, témoignages de valeurs et d’opinions contrastées. Deux exemples :

1. L’économie va mieux, la croissance pointe à l’horizon, annonçant une réduction des taux de chômage. Or, les statistiques démontrent que le nombre d’emplois à pourvoir égale environ 40 % du nombre de chômeurs. La droite commente : normal, les chômeurs se complaisent dans leur état ; il faut les contraindre à travailler en les menaçant de perdre leurs indemnités. La gauche dit : personne n’est chômeur à plaisir, c’est une question de qualification, augmentons les formations professionnelles. 

2. La politique d’immigration. Il y a fort à parier que c’est un nouveau paradigme. Le cas de l’Allemagne est exemplaire. Le pays accueillit plus d’un million de réfugiés en moins d’un an. Le taux de chômage est au plus bas. Les entreprises embauchent des réfugiés. La droite dit : soyons lucides et raisonnables ; pour l’heure, 1 réfugié sur 7 a trouvé un emploi. La gauche dit : 1 sur 7 en si peu de temps, c’est déjà énorme ; la mutation est une opération de longue haleine… Ce n’est qu’un début.

Mardi 23 janvier

 Emmanuel Macron est attendu demain à Davos. Brigitte prépare les valises comme autrefois Liliane faisait celles de Georges Marchais. En ce qui concerne l’itinéraire pour gagner le gotha du capitalisme, pas de problème : il connaît le chemin.

Mercredi 24 janvier

 Le professeur Enrico Letta, ancien Premier ministre italien, affirme que « L’avenir de l’Union européenne se joue sur le dossier des migrants. » Ce qui est certain, c’est que les phénomènes de migrations constituent le plus grand événement sociétal de cette première moitié de siècle et qu’ils ne sont en effet pas prêts de s’atténuer. Il importe donc que l’Union européenne se dote d’une politique migratoire en tenant compte de cinq paramètres essentiels :

1. L’émocratie. Ce néologisme construit en tant que mot-valise (émotion+démocratie) est de plus en plus utilisé. Il reflète une manière de gouverner selon l’émotion populaire et comme les mouvements de droite extrême flattent souvent l’opinion et le bon sens, sa pertinence s’accroît dans l’expression du suffrage universel. On ne saurait trop rappeler que l’on ne fait pas de la bonne politique avec de bons sentiments.

 2. Le devoir d’hospitalité. C’est un principe auquel le pape François est très attaché au point de l’évoquer quasiment dans toutes ses prises de paroles ces temps-ci. Toutes celles et tous ceux qui l’admirent et qui se revendiquent chrétiens sont cependant souvent sourds quand leur souverain pontife évoque cette attitude-là.

 3. Le devoir de solidarité. Á la générosité individuelle, sympathique mais trop mince par rapport aux besoins, doit s’adjoindre un comportement plus net de la part des institutions ; communes, provinces, régions et, bien évidemment, les États. C’est ici que s’établit le socle d’une véritable politique migratoire.

 4. La coopération au développement. L’analyse est désormais ancienne (disons depuis les années de décolonisation) et démontrée. Les pauvres gens du tiers-monde qui abandonnent tout et qui, au risque de leur vie, émigrent vers l’Europe n’accomplissent pas ce voyage par plaisir. Aider leur pays natal à se développer, c’est leur assurer une garantie de progresser dans leur cadre naturel et de prospérer au sein de leurs groupes familiaux et sociaux. Mais l’écart entre les pays riches et les pays pauvres ne fait que s’accroître et les budgets de coopération au développement se réduisent comme peau de chagrin.  

5. Les guerres, les dictatures. Il serait heureux d’apprendre qu’aucun foyer de violence n’existe encore sur la planète mais l’Histoire enseigne que cet état de fait n’a jamais existé. Celui ou celle qui abandonne son pays parce qu’il est en danger a le droit d’être recueilli, aidé, sécurisé, secondé pour commencer une nouvelle tranche de vie. Cinq paramètres pour une politique, ce sera, qu’on n’en doute pas, le point central des débats de la campagne pour les élections européennes. Avec un facteur aussi évident que paradoxal : plus l’Europe se fortifiera, plus elle acquerra l’image d’un eldorado et plus elle tentera donc les migrants potentiels. Avec aussi une notion éthique si justement contenue dans la fameuse phrase de Rocard que l’on oublie souvent de citer dans son intégralité : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais elle se doit d’en prendre sa part. »

Jeudi 25 janvier

 Romain Gary parlant de ses copains français, en juillet 1940. La Promesse de l’aube, encore : « Il va sans dire qu’ils n’étaient pas tenus par l’idée naïve que ma mère se faisait de la France. Ils n’avaient pas à défendre un conte de nourrice dans l’esprit d’une vieille femme. Je ne puis en vouloir aux hommes qui n’étant pas nés aux confins de la steppe russe d’un mélange de sang juif, cosaque et tartare, avaient de la France une vue beaucoup plus calme et beaucoup plus mesurée. » « L’idée naïve… » Par bonheur, à Londres, un général fougueux et têtu avait la même que la vieille femme au conte de nourrice…

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« Meilleurs alliés », un face-à-face orageux entre deux monstres de l’Histoire. Photo © Théâtre Montparnasse.

27 janvier 2018

Parfois, les choses sont simples

&

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Parfois, les choses sont simples
Me disait Luis
Sur la pointe de l'ivresse
Je vois
L'épine dans mon pied
Et des œufs dans les arbres
Je marche droit
La tête sur la table
Je sors d'un monde clos
Fuis les grands de ce petit monde
Le moment venu
Je m'injecte une dose massive
De tout va bien
Histoire de sauver ma peau
Dans un effort de guerre éperdue
Parfois, les choses sont simples
Me disait Luis
La tête sur la table
Personne ne sait comme moi
Contrer les forces de l'habitude
S'abstraire du manque de vivre
Enterrer les calamités naturelles
Disparaître d'un coup
Dans mon sombre derrière
Courbe et charnu
Parfois, les choses sont simples
Quand tout est chamboulé
Sur la pointe de l'ivresse

26 janvier 2018

Montessori, encore


Probablement en raison de la marchandisation outrancière dont la pédagogie Montessori est l’objet, cette pédagogie jouit aujourd’hui d’une couverture médiatique sans précédent. Il est difficile d’entrer dans une librairie ou une grande surface sans découvrir en tête de gondole du matériel Montessori et des livres d’initiation pour les enseignants et surtout pour… les parents.
Tout ce ramdam à propos de cette pédagogie a cependant un effet bénéfique. Tout ce qui avait été un tant soit peu occulté jusqu’à présent renait au grand jour.
Le documentaire "Révolution école" (1) (2016) qui présente les pédagogues de l’éducation nouvelle, leurs options et leur action de 1918 à 1939, évoque Decroly, Ferrière, Freinet, Steiner, Geheeb, Alexander Neill et bien entendu Maria Montessori et ses rapports avec Mussolini qui subventionna ses jardins d’enfants et la formation de ses institutrices. « Cet homme plein de curiosité, cet esprit extrêmement ouvert sur tout et qui veut tout connaitre, posa un jour les yeux sur ma méthode. Il lui suffit de savoir que ma méthode jouissait de plus de crédit à l’étranger qu’en Italie, il promit son aide enthousiaste pour que soient instituées partout des écoles. » dit-elle. Ce rapport vénéneux entre le duce et la pédagogue est illustré dans ce film par une séquence tournée dans son école. Au bas de cette page, vous trouverez une capture d’écran.
Oui, vous avez bien lu. Le texte composé avec des lettres mobiles par la fillette est « Benito Mussolini aime beaucoup les enfants. »
Certes, objecteront les fans de la doctoresse, mais il faut tenir compte de l’époque et aussi du fait que Maria Montessori émigra en Espagne, fit un passage en Indes puis s’installa aux Pays-Bas lorsque Benito voulut imposer l’uniforme fasciste aux élèves de ses écoles. Peut-on tout pardonner suite à une prise de conscience si tardive ? Là est toute la question.


Les connotations religieuses
D’autres aspects ont été occultés, par exemple, les intentions de base de M. Montessori en créant ses écoles. Les connotations religieuses sont partout. Encore maintenant, dans la plus ancienne école Montessori de France (Roubaix) où a été tourné le film récent (2015-2017) « Le maitre est l’enfant », les activités de la classe se déroulent à l'ombre attentive d’un crucifix.
M. Montessori ne cachait pas les valeurs religieuses sous-tendant sa pédagogie. Qu’on en juge par les références pédagogico-religieuses des écoles catholiques Montessori et par le soutien que Paul VI et Benoit XVI manifestèrent à l’égard de sa pédagogie.
Dans Dieu et l’enfant, la pédagogue donne un aperçu de ses convictions profondes à ce propos. Elle y parle de l’enfant-messie. À l’enfant, a été confiée une véritable mission divine. En 1905, à Barcelone, elle aménagea dans une école une chambre sainte, l’atrium,destiné à l’éveil religieux des enfants. Le pape Paul VI lui rendit hommage en 1970 en déclarant, lors d’un congrès qui lui était consacré : «Tout comme l’activité des enfants à l’école les prépare à la vie, leur initiation sacramentelle et liturgique est le porche qui les introduit dans la communauté des enfants     de Dieu ».
La doctoresse ajoute : « Les murs de cette salle porteront en inscriptions des textes sacrés et des prières, je voudrais que les dix commandements fussent gravés sur une pierre à hauteur des enfants, à côté d’une statue de Moïse, derrière un candélabre avec les sept bougies… Le travail dans cette chambre comporterait naturellement : l’histoire biblique, l’étude des doctrines, l’histoire de L’Église et de la vie des saints et même... la messe sainte. Les enfants y porteront une blouse blanche comme l’Enfant Jésus... et on pourra, sur l’épaule, broder une croix symbolisant l’obligation pour chacun de supporter sa part de misère... »

La conception du travail
Dans une classe Montessori, les enfants sont sollicités pour réaliser un "travail" : boutonner ou lacer des vestes tendues dans un cadre de bois, verser de l’eau dans un pot sans renverser, repasser des serviettes, des mouchoirs, utiliser des puzzles, allumer et éteindre une bougie, etc. Il s’agit là d’une pédagogie de l’exercisation. Le sens des activités est absent pour l’enfant. Il les réalise parce qu’elles sont mises à sa disposition par l’enseignant.e dans la panoplie toujours plus riche des boites sur les étagères du local.
Aucune noblesse, aucune motivation (si ce n’est de s’occuper et de satisfaire les exigences des adultes) dans cette façon de faire. Il s’agit là d’une conception du travail qui n’a rien à voir avec celle que défend Freinet, par exemple, dans L’éducation du travail. Pour ce dernier, tout travail a un sens, tout travail est une réalisation qui sert à l’enfant comme à l’adulte ou à la communauté. On apprend à attacher les boutons de sa veste (pour peu qu’ils n’aient pas été remplacés par des fermetures éclair) dans la vie quotidienne même, parce qu’on doit s’habiller pour sortir, parce qu’il fait trop chaud et qu’on doit la retirer. On apprend à verser correctement un liquide dans un pot parce qu’on cuisine et que la recette demande des proportions précises. On repasse des vêtements, des accessoires textiles parce qu’on les a lavés (figurez-vous qu’ils étaient sales !) et que maintenant, il faut les repasser.
Une conception du travail à cent lieues de celle d’une classe montessorienne.
Dans le film cité ci-dessus, un éducateur, qui n’a pourtant que les mots de liberté et créativité à la bouche, intervient auprès d’un petit de 4 ans qui vient de se permettre de fabriquer un avion avec un bout de carton et des pinces à linge et le fait voyager autour de lui. Ce n’est pas cela qu’il devait faire, car la boite qu’il avait choisie sur les étagères était destinée à lui apprendre à utiliser des pinces à linge en les pinçant symétriquement sur le périmètre d’un bout de carton.
La façon de voir de la pédagogue italienne séduit-elle nos dirigeants (comme elle a séduit Mussolini), car ils considèrent que cela prépare les enfants à leur avenir social, c’est-à-dire exécuter des tâches dans une société, une usine, un bureau sans en percevoir nécessairement les tenants et les aboutissants, donc le sens, toujours le sens ?
Les parents sont interpelés par les adeptes de la pédagogie Montessori. La césure juste, utile et nécessaire, entre le milieu scolaire et le milieu familial est abolie. La famille est incitée à reproduire à la maison un milieu éducatif montessorien et de s’initier aux activités proposées.
Sur le blogue « Montessouricettes.fr » (!), l’on trouve ces conseils aux parents :
●N’attendez plus de trouver une école Montessori abordable : votre enfant grandit et c’est maintenant que vous pouvez le faire bénéficier de cette pédagogie. Ce mini-cours GRATUIT vous donnera les bases essentielles.
●N’allez pas trop vite ni trop lentement : apprenez à reconnaître les périodes sensibles pour présenter chaque activité au bon moment.
●Découvrez la joie dans les yeux de votre enfant quand il se versera son premier verre d’eau tout seul : vous êtes guidé pas à pas, du choix du matériel à la présentation.
●Rejoignez des centaines d’autres Montessouricettes qui se sont déjà lancées ! Ici, pas de marketing, mais une formatrice sérieuse, fidèle à la philosophie de Maria Montessori.

Dans un autre ordre d’idées, Stephen Jay Gould rappelle dans « La mal-mesure de l’homme » (Le Livre de poche, essais, p. 123) (2) que « Maria Montessori n’était pas une égalitariste, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle approuvait la plupart des travaux de Broca (3) et la théorie de la criminalité innée proposée par son compatriote Cesare Lombroso. Dans ses écoles, elle mesurait la circonférence de la tte des enfants et en déduisait que ceux qui avaient une grosse tête étaient promis à l’avenir le plus brillant. »

À la lecture de cet article, il y aurait de quoi s’étonner de me voir m’acharner sur cette pédagogie. Je le fais seulement parce que je crois qu’il faut analyser toute mode pédagogique à la lumière de l’histoire. Ce sont les derniers évènements, c’est-à-dire la marchandisation du matériel Montessori auprès des parents, la place médiatique outrageusement importante qui a été accordée à Céline Alvarez, l’oreille attentive que lui ont prêtée nos dirigeants et la séduction exercée sur de nombreux enseignants qui m’ont poussé à mieux comprendre les racines de cette pédagogie. Son succès auprès du public tient en grande partie au fait qu’on leur présente des enfants étonnamment calmes (ce dont rêvent tous les parents), qui se contrôlent (et que l’on contrôle !).


Qu’en pensait Freinet ?
Laissons la parole à Georges Piaton (4) :
« Freinet d’emblée se montrera circonspect.
Dès 1930, tout en admettant que ces recherches constituent une “méthode” bien que l’on découvre peu à peu... des faiblesses ou des erreurs qui leur enlèveraient tous droits au titre, il éprouve à leur contact une impression d’artificialité, inductrice d’une insatisfaction certaine bien qu’encore implicite, que cristallisera en 1932, le Congrès de Nice tout entier dominé par le prestige de M. Montessori.
C’est à cette occasion que Freinet et ses camarades virent des enfants qui, idéalement sages et beaux, mais comme d’un autre âge dans leurs fanfreluches rococo, évoluaient au milieu du matériel de luxe qui les sollicitait... dans une atmosphère de singes savants. Rien ne pouvait plus les heurter et l’agressivité qui succède à leur étonnement explique peut-être tant la partialité dont ils font preuve alors, que leur méconnaissance des multiples possibilités offertes par les jeux des petits prestidigitateurs montessoriens. Certes, quelques mois plus tard, cette impression désagréable s’estompe et, traitant des grands pédagogues des temps modernes qui n’ont pas craint d’entrer dans les détails pratiques de l’organisation scolaire, Freinet cite Maria Montessori qui ne s’est pas contentée de divulguer les principes nouveaux de sa pédagogie... a créé, fabriqué et fait fabriquer un matériel ingénieux auquel elle attache sans doute plus de prix et de vertus qu’à ses meilleurs écrits.
S’il lui arrive, par la suite, de vanter la pédagogie montessorienne qui lui semble parfois à tel point proche de la sienne qu’il se définit par elle, cela ne l’empêche pas d’écarter tout ce qu’elle a de scolastique ou d’hyperspectaculaire, de critiquer sa conception psychologique d’un esprit absorbant de l’enfant ou de condamner un matériel immuable qui ne répond plus aux impératifs de notre siècle, donc fait que cette méthode se meurt pour n’avoir pas su, pas voulu s’adapter.
Cette quête de procédures d’enseignement qui permettraient d’intensifier l’impact de l’institution scolaire et, plus généralement, de toute action éducationnelle ne se limite point à ces seules réalisations promptement analysables, tant pour Freinet leurs insuffisances sont criantes et leurs implications bourgeoises manifestes. »


Il faudra faire un de ces jours une même analyse de la pédagogie Steiner. Michel Onfray a commencé à le faire dans Cosmos (5) en mettant en relief les contradictions de l’anthroposophe. Il reste à démonter la pratique pédagogique qui s'en est inspirée.
Parmi les pédagogies dites nouvelles, Montessori et Steiner n’avaient de « nouveau » qu’une autre façon de concevoir la pédagogie. Pour ma part, je considère qu’il ne se justifie pas de les associer pour cette seule raison aux autres pédagogues de l’éducation nouvelle.
Henry Landroit

______________

1 Entre autres : « 80 activités Montessori pour les 6-9 ans», « 150 activités Montessori à la maison pour les 0-6 ans » (trier des objets par taille, transvaser des graines d'un bol à un autre, faire un bouquet, visser et dévisser des bouchons de bouteille, ranger des cartes, etc.),« Montessori à la maison » 0-3 ans, « Donner confiance à son enfant grâce à la méthode Montessori » et toujours plus fort :« La pédagogie Montessori à la maison » - 200 activités...

2 Ce livre recense les multiples initiatives de l'homme pour mesurer ses performances, son intelligence...
3 Grand maitre de la craniométrie, Paul Broca (1824-1880) poursuivit de vastes études sur le volume des crânes et conclut, en 1861, que « En moyenne, la masse de l'encéphale est plus considérable chez l'adulte que chez le vieillard, chez l'homme que chez la femme, chez les hommes éminents que chez les hommes médiocres, et chez les races supérieures que chez les races inférieures. Toutes choses égales d'ailleurs, il y a un rapport remarquable entre le développement de l'intelligence et le volume du cerveau ».Les mêmes expériences reproduites plus tard avec plus de rigueur mirent bien entendu à mal ces conclusions hâtives et orientées.
4 Georges Piaton, La pensée pédagogique de Célestin Freinet, Nouvelle Recherche, Privat, 1974
5 https://veritesteiner.wordpress.com/2015/11/02/miche-onfray-critique-de-...

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22 janvier 2018

Les enfants perdus

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Les enfants perdus
Arrière
Vie épuisante
Ils marchent main dans la main
Arrière
Vie effrayante

Les enfants perdus
Ont le ciel dessus la tête
Ils marchent main dans la main
Le ciel sombre tombe
Dans leurs yeux

Les enfants perdus
Traînent les pieds dans la poussière
Du chemin
Ils sursautent à la respiration des vaches
Les enfants perdus
S'arrêtent main dans la main
Et se rassurent

Figés
Les yeux troubles
Les enfants perdus
Se grattent la cuisse sous les vêtements
Ils secouent la tête
Et ne se parlent pas

Les enfants perdus
Derrière eux
Un trou dans le ciel
Menace
Ils marchent main dans la main
Anxieux et ignorants

Les enfants perdus
Arrière
Vie épuisante
Ils se serrent fort
Arrière
On va te vivre
Vie effrayante

17 janvier 2018

Humaniste, votre gouvernement ?

Non, M. Charles Michel, la politique de votre gouvernement n’est fondée ni au plan humain, ni au plan juridique, ni au plan économique.

Au plan humain, votre politique n’est pas humaniste. Il n’y a pas de « bons » et de « mauvais » réfugiés. Les « bons », seraient ceux que l’on accepte dans le cadre de la politique d’externalisation de l’Union européenne, ce qui signifie le refoulement de tous, au-delà de nos frontières, même de ceux qui sont en droit de revendiquer l’asile chez nous.

Vous empêchez une politique d’octroi de visas qui permettrait aux « bons » réfugiés de venir chez nous sans risquer leur vie sur les routes ou les mers et sans être dépouillés par des passeurs mafieux. En réalité, c’est vous qui aidez les mafieux à sévir dans les camps de refoulement et aux frontières lointaines de l’Europe.

Les vrais humanistes sont ces citoyens qui, eux, appliquent le droit - en plus des valeurs de solidarité humaine - en accueillant chez eux des demandeurs d’asile et des migrants en détresse. Et vous voulez les traquer par des visites domiciliaires.

Nous vous demandons de veiller à ce que l’histoire ne se répète pas. A ce sujet, nous vous conseillons la lecture du Monde Diplomatique de janvier 2018. Sous la plume d’Anne Mathieu, on se plonge dans les années 30 en France où des lois étaient votées pour refouler les étrangers « indésirables » : réfugiés, espagnols, italiens, juifs qui fuyaient la répression dans leurs pays. Déjà, des voix s’élevaient contre ces mesures qualifiées de fascistes prises par des responsables politiques dans la « patrie des droits humains ». Les mêmes mesures sont aujourd’hui reproduites chez nous, en Europe.

Au plan juridique, cette année, nous célébrons les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH). Une vaste campagne est lancée à cette occasion parmi les jeunes, dans les écoles, les organisations de jeunesse, les universités. Nous vous conseillons de relire l’article 13 : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » ; l’article 14 : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays ».  Et l’article 28 : « Toute personne a droit à ce que règne sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncées dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet. »

 La DUDH n’est pas un traité mais elle est l’expression du droit international coutumier et, à ce titre, elle est aussi contraignante que le droit international conventionnel. Si les juristes de votre administration ne le confirment pas, faites leur lire la meilleure doctrine.

En outre, les réfugiés qui répondent à la définition portée par la Convention de Genève de 1951 telle qu’amendée par son protocole de 1967 – des instruments ratifiés par la Belgique – doivent bénéficier de l’asile chez nous aux termes mêmes de ces textes. Si ce n’est pas le cas, la Belgique commet un fait internationalement illicite engageant sa responsabilité. Même s’Il n’est pas sûr qu’un État demande des comptes à la Belgique pour son abstention à agir conformément au droit international, l’Histoire retiendra que la Belgique n’a pas été un modèle de respect des règles qui la lient.

Au plan économique – c’est l’économiste qui vous l’écrit –, les réfugiés (fussent-ils des migrants économiques) sont de futurs opérateurs économiques ; ils apportent un sang frais à l’économie d’un pays : acteurs commerciaux et contribuables potentiels, ils donnent de nouvelles impulsions au mouvement de l’économie et favorisent finalement la croissance. Certes, l’accueil des réfugiés a un poids budgétaire (parfaitement supportable, au demeurant, pour un pays comme la Belgique) mais, à l’instar de tout investissement, il s’avèrera rentable à plus ou moins long terme. Angela Merkel ne s’y est pas trompée et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’économie allemande ne se porte pas mal …

Enfin, sur un plan à la fois économique mais aussi politique et, à nouveau, humain, M. le Premier ministre, les budgets de la  coopération au développement sont en partie détournés pour financer  le refoulement des immigrés indésirables. Or, cette coopération a souvent pour effet de priver les travailleurs des pays les plus pauvres d’accéder à des emplois et des revenus leur permettant de vivre dignement, eux et leur famille. Les accords de libre-échange imposés à ces pays par l’Union Européenne et le Fond monétaire auxquels la Belgique contribue, creusent encore le gouffre entre l’infime minorité des plus riches et la grande masse des plus pauvres.

M. le Premier ministre, ne vous associez pas à l’argumentaire des responsables politiques de droite extrême comme M. Viktor Orban et d’autres qui conduisent l’Europe vers la dénégation du sens même de la démocratie et des valeurs qu’elle est censée partager.

Déjà, demain, vous serez obligé de côtoyer les ministres autrichiens d’extrême-droite, une tendance politique que vote père avait eu le courage de condamner.

Pourquoi, alors, ne pas vous associer à la campagne de boycott de l’Autriche, lancée par le Mouvement antiraciste européen et relayée chez nous par les Territoires de la Mémoire ?

Pierre Galand

Président de l’APNU, de l’OMCT-Europe, past-président du CAL et de la Fédération Humaniste européenne, ancien secrétaire général d’Oxfam

 

http://70ansdudh.be/

http://www.territoires-memoire.be/root/accueil/derniers-articles/1436-autriche-l-extreme-droite-est-toujours-inacceptable

 

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Photomontage © DR

16 janvier 2018

La fabrique des egos

Lundi 1er janvier

 Vladimir Poutine doit être envié par toutes celles et tous ceux qui se sont déjà soumis à une campagne présidentielle et qui la terminent sur les rotules tant la centaine de jours passés à débattre, convaincre et sauter d’un marché public à un plateau de radio ou de télévision sont éreintants. Le maître du Kremlin remettra son mandat en jeu dans deux mois. Le voilà donc en campagne. Cela consiste pour lui à se montrer, tantôt en joueur de hockey sur glace, tantôt en fier cavalier, tantôt en sage studieux recevant des visiteurs venus de tous les continents. Et si un citoyen s’avise d’envisager une candidature d’opposant, celle-ci est promptement rayée de la compétition par la puissante (et bien entendu indépendante) commission électorale. Au « Moscou la gâteuse » lancé par Louis Aragon en 1924, Vladimir Poutine répond par : « Moscou le gâteau ».

                                                                       *

 Que se passe-t-il en Iran et quel est l’objet de la protestation populaire qui se manifeste dans les rues de Téhéran et d’une bonne dizaine d’autres villes ? Certes, le pays connaît de sérieuses complications économiques mais encore ? Il n’y a, en fait, qu’une seule vraie question : la théocratie est-elle ébranlée ? Ce n’est que si la réponse à cette question était affirmative qu’il y aurait lieu de s’intéresser de plus près à ces troubles.

                                                                       *

 Theresa May jouera cette année sa crédibilité. Son mandat en dépendra. Il lui faut donc, elle aussi, pratiquer la méthode Coué. La voici dans sa logique en train de déclarer : « En 2018, les progrès du Brexit redonneront de la fierté à la Grande-Bretagne. » « Les progrès du Brexit » ! L’oxymore est osé…

                                                                       *

 La vie smartphone résumée par Anne Roumanoff : « Á force d’être proche des gens qui sont loin, on finit par être loin des gens qui sont proches. »

Mardi 2 janvier

 Il est encore trop tôt pour interpréter l’ampleur de la protestation iranienne qui commence à compter ses martyrs. Des manifestants sont morts et des communications ont été coupées. Le peuple s’élève contre la vie chère et contre le chômage. Mais aussi contre le régime. Dans la foule qui se soulève, des femmes enlèvent leur foulard en signe de rébellion et des panneaux apparaissent qui clament « Ne laissez pas l’avenir aux mollahs ! » Une jeunesse qui veut vivre sans entraves, c’est un champ de blé qui lève, une lueur qui devient lumière et nargue l’obscurité.

                                                                       *

 « Á travail égal, salaire égal ». Bien loin des douteuses et parfois brumeuses ou cocasses tentatives de féminisation des substantifs, cette revendication dégage un véritable sens moderne, une réforme tellement élémentaire et cependant si difficile à décréter. L’Islande la réalise et devient ainsi le premier pays au monde à concrétiser une parité effective et complète. L’exemple vient quelquefois d’une petite nation perdue non loin des pôles.

                                                                       *

 Les frères Dardenne publiant une tribune libre (dans Le Soir) pour réclamer la mise à l’écart du secrétaire d’État à l’Immigration Theo Francken, c’est un fait suffisamment rare pour qu’on le souligne et le retienne. L’époque où les acteurs et opérateurs culturels s’engageaient dans la vie politique semblait révolue. Elle ne l’est pas totalement. Tant mieux. Ce n’est pas parce que Sartre s’est toujours trompé que ses petits-enfants ne doivent pas oser. Cette position des Dardenne serait-elle annonciatrice d’un film ayant les migrants pour thème principal ? Le moment est venu. Que les créateurs des pays riches mettent leur talent à l’évolution du genre humain dans ses diverses acceptions, comme autrefois.

Mercredi 3 janvier

 Le taux de chômage continue de baisser en Allemagne, atteignant même des records au point que certaines entreprises, le retour de la croissance aidant, peinent à recruter. Dès lors, elles commencent à embaucher des réfugiés fraîchement arrivés, dont certains se consacrent à l’apprentissage de la langue. On savait qu’à terme, le million et demi de migrants accueillis par Merkel constitueraient un apport essentiel à l’économie. On ne s’attendait cependant pas à ce que ce fût si soudain. Hélas !, cela lui a coûté l’entrée de près de 100 députés au Bundestag. Sic transit gloria mundi.

                                                                       *

 En présentant ses vœux à la presse, Emmanuel Macron annonce une loi visant à sanctionner les fausses informations, les fake news, qui polluent l’opinion et, on l’a vérifié ces derniers mois, risquent d’influencer le débat démocratique avec, en finalité, des résultats électoraux basés sur des mensonges. C’est du reste un peu ainsi (de son propre aveu) que son ami Donald Trump est arrivé au pouvoir. C’est une belle détermination, révélée au bon moment dans le bon cadre. Cette législation devra toutefois être très mesurée, très bien réfléchie, très justement structurée. Il ne faudrait pas que le remède soit pire que le mal.

                                                                       *

 Au Musée Marmottan à Paris (16e arr.), l’exposition Monet Collectionneur connaît une affluence fournie depuis son ouverture, le 14 septembre. Elle n’en vaut pourtant pas la peine. Toutes les œuvres exposées ont été offertes ou vendues au maître de l’impressionnisme. Elles sont donc de seconde zone. Michel, seul des deux fils encore vivant à la mort de Monet, n’était pas intéressé par le patrimoine de son père. Il l’a en partie dilapidé afin d’assouvir sa passion pour les safaris africains. Les plus belles pièces auront sans doute disparu de la collection. Il y a un seul grand tableau à voir dans l’exposition Monet Collectionneur : celui que peignit Paul Cézanne en 1867 – il n’avait que 28 ans !... - et auquel il donna comme titre Le Nègre Scipion. Cette toile magistrale est accrochée aux cimaises du Musée de São Paulo, rarement montrée en Europe. Les visiteurs se consoleront en découvrant une belle maison remarquablement meublée, et en admirant quelques beaux tableaux de Monet lui-même dans les collections permanentes du sous-sol. Encore que l’on puisse contempler de plus belles nymphéas et des nénuphars mieux réussis ailleurs dans Paris.

                                                                       *

 Une méthode pour les bonnes résolutions de l’année : relire Jacques Prévert.

« Il n’a plus qu’une seule vie à vivre

alors il prend son temps

et fait durer le plaisir. »

                        (Grand bal du printemps, éd. Gallimard , 1976)

Jeudi 4 janvier

 Fils de juifs polonais immigrés, Jean-Marie Aron s’était converti au catholicisme. Archevêque de Paris, il fut consacré par Jean-Paul II en 1983. Jamais il n’avait souhaité développer les raisons de son engagement catholique jusqu’à ce qu’un homme le convainque : Bernard de Fallois, qui venait de créer sa propre maison d’édition après avoir appris son métier chez Gallimard et puis dans le groupe Hachette. Et ce fut Le Choix de Dieu, entretiens avec Jean-Louis Missika et Dominique Wolton (1987) ; un livre qui lui permit d’entamer une nouvelle carrière. Á 91 ans, Bernard de Fallois vient de quitter ce monde. Serait-ce pour retrouver celui qui l’a rendu célèbre ? Qui sait si cet athée n’est pas occupé à connaître une bonne surprise …

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 On ne peut que souhaiter bon vent à Raphaël Glucksmann qui vient de faire paraître le premier numéro du Nouveau magazine littéraire. Son ambition est d’observer le monde par le prisme de la littérature. Le créneau – comme on dit – est disponible, à l’heure où L’Obs n’est plus qu’un ersatz du Nouvel Observateur et que L’Express s’essouffle tandis que les brèves du Point fatiguent autant que le bloc-notes de BHL. Seul Franz-Olivier Giesbert sauve l’intérêt de cet hebdomadaire. « Essayons ! » clame Glucksmann, « Essayons ensemble. Partons maintenant ! » Avec joie, cher Ami. « Tout reste à écrire » ajoute-t-il. Un peu exagéré mais mieux vaut qu’il le croie… Et pour jeter un regard littéraire sur le monde, il s’inspire de Hölderlin : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Une sagesse fertile doit naître de ce précepte. Un numéro 1, c’est toujours facile à concevoir. On jugera donc ce nouveau compagnon de table de chevet dans quelques mois. Une chose est déjà certaine : Glucksmann a fait oublier l’ineffable Joseph Macé-Scarron, qui dirigeait l’ancien titre avec une bêtise et une malhonnêteté dont il vaut mieux ne pas se souvenir.

Vendredi 5 janvier

 Au Parti socialiste français, le poste de premier secrétaire n’est pas rémunéré. Seuls sont prévus des défraiements. Ordinairement, celui qui dirige le parti est toujours (au moins) parlementaire. Ce n’eût pas été le cas de Najat Vallaud-Belkacem, fort citée ces temps-ci pour être désignée lors du congrès d’avril prochain. Elle vient de renoncer. Elle est à la recherche d’un salaire. Après avoir été ministre durant un quinquennat entier (Droits des Femmes, ensuite Education nationale), elle n’a plus de revenus. L’exemple doit être souligné.  Il importe de montrer au citoyen que l’exercice de la politique ne consiste pas nécessairement à se remplir les poches. Najat Vallaud-Belkacem va diriger une collection d’essais aux éditions Fayard. C’est aussi une belle manière de découvrir le prolongement d’une vie professionnelle démarrée en politique.

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 Trump continue à défier Kim Jong-un par tweets et communiqués rendus le plus possible publics. Il en est à signaler que son bouton nucléaire est plus gros que celui du Coréen. Exactement comme s’il parlait de sa queue dans une cour de récréation. Et dire que Kubrick nous avait prévenus !

Samedi 6 janvier

 Tony Blair se bat pour que le Royaume-Uni abandonne le Brexit. S’il avait mieux défendu la vocation européenne de son pays lorsqu’il le gouverna pendant une décennie plutôt que de rester inféodé aux Etats-Unis et sonner un premier glas pour la social-démocratie, on n’en serait pas là. To late monsieur, to late. Blair pas clair, ce n’est pas neuf.

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 Secrétaire d’État, porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux était l’invité de l’émission de Ruquier On n’est pas couché. Il accomplit une prestation lamentable au cours de laquelle il s’est notamment fait étriller par Yann Moix. Griveaux a grandi politiquement dans l’équipe de Michel Rocard avant de se pointer dans celle de Dominique Strauss-Kahn. Il n’en a manifestement pas retenu des enseignements qui lui auraient permis d’assumer ses nouvelles fonctions dans le gouvernement d’Édouard Philippe. Déjà, lorsqu’il était porte-parole de Macron durant la campagne, on ne l’avait pas senti brillant, contrairement à Castaner qui assumait pareille tâche. Mais c’était moins visible. D’une certaine manière, Macron occupait tellement bien les medias qu’il n’avait pas vraiment besoin d’un porte-parole. Dans l’enthousiasme de la victoire, Griveaux laissa courir le bruit qu’il serait intéressé par la mairie de Paris. C’est le meilleur concurrent que pourrait espérer Anne Hidalgo.

Dimanche 7 janvier

 Á peine arrivé en Chine pour une visite de 57 heures, accompagné d’une cinquantaine de chefs d’entreprise, avec le but affirmé d’améliorer la balance commerciale où les importations françaises sont trois fois supérieures aux exportations avec ce grand pays, Emmanuel Macron annonce qu’il compte y revenir « au moins une fois par an »… Soit.  Mais, euh !, qu’en pense le président Xi Jinping ?

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 Tous les jours, à 8 h 39, dans la matinale d’Europe 1, Patrick Cohen offre deux minutes à Raphaël Enthoven pour observer philosophiquement les actualités. Cette chronique s’intitule Le fin mot de l’info et c’est un régal. La performance consiste à viser juste et fort avec une concision qui ne nuit pas à la compréhension, au contraire. On se plaît à l’écouter tandis qu’au fil des semaines, on se surprend à être au rendez-vous, à s’organiser pour ne pas le manquer, preuves que ces deux minutes-là vont retenir l’intérêt du nombre, entrer peut-être un jour dans l’histoire de la radio déjà bien balisée d’émissions-cultes. Enthoven vient de rassembler ses interventions dans un livre (Morales provisoires, éd. de L’Observatoire). Le virtuel et les fausses informations vont nous obliger à décrypter de plus en plus les nouvelles. Cet ouvrage nous y aidera.

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 « Il y a quelque chose d’encore plus beau que Paris : la nostalgie de Paris. » (Paul Morand)

Lundi 8 janvier

 Quelle journée historique ! Le 8 janvier 1959, Fidel Castro entre à La Havane ; le 8 janvier 1959, Charles de Gaulle entre à l’Élysée, le 8 janvier 1996, François Mitterrand entre à la postérité, et ce 8 janvier 2018, Emmanuel Macron entre à Xi’an, le point de départ de la route de la soie, dont il veut faire un nouveau symbole des relations entre la Chine et l’Europe. Mais, euh !, qu’en pense le président Xi Jinping ?

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 Au Honduras :

  • le pseudo-dictateur au pouvoir a manipulé les élections
  • la gauche manifeste, proteste, déclenche une grève générale
  • le pouvoir réprime durement
  • les Etats-Unis soutiennent le pseudo-dictateur

Air connu et même un peu vieillot. On pensait que la CIA n’avait plus tellement prise sur l’Amérique latine. Elle semble avoir de beaux restes, des poches d’influence toujours tenaces, comme ce Guatemala qui annonça son désir d’implanter son ambassade à Jérusalem…

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 IG Metall, le puissant syndicat allemand de la métallurgie et de la construction mécanique, appelle les ouvriers de Violkswagen à la grève afin d’obtenir une augmentation de salaire. Cette organisation qui rassemble près de 4 millions d’adhérents prône une réduction de la durée du travail à 28 heures/semaine avec compensation salariale. Rien que ça ! Cette information aura dû être commentée autour de la table où chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates tentent de former un gouvernement…

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 « Dieu en embuscade, cela existe. Où ? Sur le chemin de Damas. » Qui parle ? Le pape François ? Non. Victor Hugo (Choses vues, 31 décembre 1867).

Mardi 9 janvier

 Theresa May ne va pas vivre une année facile. La voici qui remanie son gouvernement sous la contrainte de scandales sexuels naissants. Et Blair qui tente de recouvrer une popularité, davantage du côté de ses électeurs qu’auprès de ceux de son parti ! Bah ! Qu’elle se dise d’abord que les choses ne se passent jamais comme on les avait imaginées, prévues ou prédites… Il ne faudrait toutefois pas qu’un ennui de santé vienne s’ajouter à ceux de sa fonction. Elle ne paraît pas en grande forme ces temps-ci…

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 Á présent que la vie a repris son cours normal et que la fièvre des guirlandes et des fééries lumineuses s’est apaisée, il est bon de relire le texte qu’Éric Guichard  - philosophe, maître de conférences à l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques - avait publié dans le numéro de Libération des 30 et 31 décembre sous le titre : La science contaminée par les croyances numériques. La société n’est qu’à la préhistoire de son organisation sous l’emprise du numérique et de l’intelligence artificielle. Il importe de la préparer, autant à l’école que dans la chose publique. Et de méditer ceci : « La foi dans l’innovation n’a qu’une fonction politique : freiner les revendications sociales, en invitant les pauvres et les exclus à attendre des jours meilleurs, une fois que ces ‘nouvelles technologies’ nous auront apporté bonheur, richesse, démocratie et savoirs. » Invitant ou incitant ? Le résultat est le même.

Mercredi 10 janvier

 Être féministe n’est pas être anti-hommes, et le geste de séduction, même maladroit, n’est pas du harcèlement. C’est la répétition de ce geste qui le devient, et bien entendu la contrainte voire la violence physique qui pourraient l’accompagner. Voilà en substance ce qu’ont dit une centaine de femmes dans Le Monde, s’opposant ainsi à l’expression « Balance ton porc ! » des militantes radicales qui choque, quant à elle, par sa brutalité verbale et la vulgarité qui l’enrobe. Catherine Deneuve, figure parmi les signataires de ce texte dont l’intitulé, La liberté d’importuner, contraste avec l’autre, et qui pourrait devenir un beau sujet de dissertation philosophique. Le débat est lancé chez les féministes. Il n’est pas prêt d’être achevé, d’autant que la personnalité de l’actrice le conduit hors frontières, carrément sur un large plan international.

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 Une autre prise de position qui risque de provoquer des débats interminables est l’annonce, par Emmanuel Macron, de vouloir légiférer pour sanctionner les auteurs de fausses informations, en particulier au cours des campagnes électorales. Qui sera le détenteur de la vérité qui pourra donc punir ? Et puis, l’arsenal juridique concernant les faiseurs d’opinion n’est-il pas suffisant ? Condamner les fausses informations, ce pourrait être une fausse bonne idée.

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 Que souhaitez-vous pour 2018 ? a demandé L’Express via un sondage de l’Ifop. Les moins de 40 ans répondent : « Qu’on ait moins peur les uns des autres » et les Français, toutes générations confondues, demandent au gouvernement une politique migratoire plus sévère… Gouverner, c’est pratiquer l’art du possible.

Jeudi 11 janvier

 Décidément, les débats de fond fleurissent ces jours-ci ! Antoine Gallimard annonce qu’il « suspend » son projet de publier les pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline. Et revoici du grain à moudre non pas à propos de la censure mais plutôt de l’autocensure… Bah ! Ça nous change des débats de fonds…

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 Frédéric Beigbeder était au bar du Ritz lorsqu’un commando de malfaiteurs a fait irruption dans cet hôtel de luxe, armé de pistolets et de haches, afin de briser les vitrines et de voler pour 4 à 5 millions d’euros de bijoux. Il s’est réfugié dans les toilettes du sous-sol, croyant à une attaque terroriste. S’il était en panne d’imagination pour un prochain roman, le voilà outillé. N’empêche : après les stades et les écoles, il convient à présent d’équiper de sentinelles militaires armées les entrées des hôtels de luxe. La génération qui vient au monde ces temps-ci trouvera cet état de fait courant, normal. Et quand on lui racontera que cela n’existait pas avant la deuxième décennie du 21e siècle, elle se dira que notre société s’avérait bien dangereuse parce qu’imprudente.

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 « Haïti et l’Afrique sont des pays de merde ». Dernière trumperie. Sans importance. Apparemment. Mais le vase à indignations se remplit. Un jour, il suffira d’une goutte…

Vendredi 12 janvier

 L’Allemagne a réussi à boucler l’année avec un excédent de 38 milliards d’euros. Malgré ce résultat remarquable et prometteur, Angela Merkel ne parvient pas à former un gouvernement depuis le 24 septembre. Caprice de riches ? Hum… Pas seulement. Conservatisme exacerbé ramolli par l’usure du pouvoir. Les adhérents du SPD auront à se déterminer sur un préaccord au cours d’un congrès extraordinaire le 21 janvier. Pour préparer le renouvellement du Parlement européen de juin 2019, il vaudrait mieux que les choses s’arrangent. Macron attend Angela. Impétueux et pressé, il est toutefois bien obligé d’attendre. Pour patienter, il peut téléphoner à son ami Trump et là, il a de quoi faire. Le ramener dans la COP 21 par exemple…

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 L’an dernier, grâce à Catherine Frot et à Meryl Streep, deux films ont révélé l’extravagante personnalité de la soprano Florence Foster Jenkins qui pensait être une diva, qui chantait en vérité horriblement faux, et que toute la bonne société new-yorkaise acclamait hypocritement. Elle l’aurait raillée mais voilà : Florence était très riche… « Trop riche » dit Sorj Chalandon dans Le Canard enchaîné en commentant sa fin, après une prestation au Carnegie Hall de la 7e Avenue où elle se produisait à guichets fermés, où elle reçut The standing ovation, mais où la presse du lendemain décrivit la supercherie. « Absence de vibrato, diction inintelligible, ni rythme, ni note, ni hauteur de ton, tout est faux, et à contretemps. Mais rien n’est drôle. Ce n’est pas une farce, c’est une tragédie. » C’était le 25 octobre 1944. Elle avait 76 ans. Elle mourut de chagrin un mois plus tard. Quand le spectateur sortait de la salle noire après avoir vu Frot ou Streep, il avait définitivement abandonné le rire qui s’était emparé de lui au début du film. Il était mal à l’aise, dans un état d’esprit  bancal, engoncé dans le pathétique. Avec le recul, on sait que Florence Foster Jenkins est une femme de cœur, pleine de sentiments généreux, une mélomane admirable. Ce n’est plus son portrait qui importe, c’est celui de tous ces fourbes dissimulateurs visqueux qui l’applaudissent et vantent son talent d’année en année. C’est eux qu’il convient de dépeindre, c’est à eux qu’il faut consacrer un film. L’occasion de se poser les questions : qui sont-ils aujourd’hui ? Que font-ils ? Que pensent-ils ? Comment se comportent-ils en tant que citoyens ? Etc. On attend le réalisateur audacieux, le nouveau Claude Chabrol.

Samedi 13 janvier

 Il y a 120 ans, le 13 janvier 1898, L’Aurore, le journal de Georges Clemenceau, publiait en pleine page une tribune d’Émile Zola sous le titre J’Accuse… ! Quel serait le thème de pareille charge aujourd’hui ? Les migrants, sans aucun doute.

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 Un débat sur France Inter (un débat parmi tant d’autres…) relatif aux fausses informations (fake news) donne l’occasion à un animateur d’évoquer la méthode consistant à « séparer le bon grain de l’ivraie ». Á l’instar de plusieurs paroles des évangiles, cette expression est le résultat d’une pensée tronquée de Vauvenargues (1715 – 1747). La voici dans son intégralité qui pourrait être méditée par plus d’un commentateur : « On n’apprend aux hommes les vrais plaisirs qu’en les dépouillant des faux biens, comme on ne fait germer le bon grain qu’en arrachant l’ivraie qui l’environne. » … Et l’on s’aperçoit que la première partie de la citation est plus lourde de réflexion que la seconde.

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 Les banques font preuve d’une imagination débordante pour inventer des frais. La chaussette bourrée au fond de la garde-robe et le magot sous l’oreiller pourraient bien redevenir en pratique.

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  Benoît Hamon, sur le plateau de Ruquier dans l’émission On n’est pas couché : « La République ne fabrique plus des égaux. » C’est exact. Elle fabrique plutôt des egos.

Dimanche 14 janvier

 Est-ce la détente dominicale qui fait naître dans les rédactions d’étranges proximités d‘informations ? Sur Europe 1, le matin, on apprend que le dernier cinéma porno de Paris (Le Beverley, 2e arr.) va fermer ses portes. Juste après, on signale que les finances de l’Église française sont dans le rouge. La tentation est grande d’imaginer la Sainte Institution reprenant le circuit X afin de renflouer ses caisses. Après tout, comme l’avait révélé jadis Le Canard enchaîné, Louis Pauwels, éditorialiste bien pensant du Figaro Magazine, pouvait arrondir ses fins de mois grâce à un cinéma de ce type occupant un établissement  propriété de son épouse… BEL-RTL, journal de la mi-journée : un éléphanteau est né dans un parc animalier. Images touchantes d’amour maternel commentées avec charme et douceur. Juste après, il est question de l’élection de Miss Belgique. « Sans transition » précise le présentateur en souriant. Sans transit plutôt… Eh oui ! C’est dimanche, un jour où une analyse approfondie des nouvelles serait amusante et légère…Parfois…

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 Si l’on figure parmi les amateurs des films de Claude Lelouch, la meilleure manière de visionner Chacun sa vie, qu’il réalisa et produisit l’an dernier, est d’en acquérir le DVD. Ce film ne fut en effet pas bien distribué, très peu en France, pas du tout en Belgique. D’une certaine manière, ce n’est pas grave. C’est loin d’être son meilleur. Mais la narration propre au cinéaste reste intacte, ce côté accrocheur basé sur la face cachée des histoires simples est toujours agréable à goûter. Quelques scènes charmantes bâties autour de la personnalité de Johnny Hallyday demeureront dans l’anthologie du cinéma, d’autant plus que la belle gueule de Jean Dujardin rehausse les images de joie musicale. Quant aux Beaunois (en particulier ceux de la place Carnot) et aux touristes qui choisissent cette sous-préfecture de la Côte d’Or comme étape de vacances, ils ne pourront qu’apprécier l’ambiance de fête qui plane sur la cité viticole.

Lundi 15 janvier

 Comme il fallait s’y attendre, les débats entre féministes à propos des agressions sexuelles débouchent sur des  prises de position individuelles parfois pertinentes, parfois maladroites, parfois même insupportables. Et comme on le redoutait, Catherine Deneuve, la plus célèbre des cent signataires pour « la liberté d’importuner », est soumise à toutes les appréciations. Alors elle a décidé de sortir de son silence, et de manière admirable. La mise au point qu’elle a confiée à Libération, reprise par tous les médias et en particulier par Le Monde, qui publia le texte qu’elle cosigna, est d’une qualité irréprochable et d’une netteté remarquable. Elle en profite pour rappeler à certains de ses détracteurs qu’elle figurait parmi les « 343 salopes » qui avaient signé le manifeste « Je me suis fait avorter… » publié par Le Nouvel Observateur le 5 avril 1971 à l’invitation de Simone de Beauvoir. Elle était en effet en bonne compagnie avec des consoeurs comme Jeanne Moreau, Marie-France Pisier, Micheline Presle, Agnès Varda, Marina Vlady… Et bien sûr, des écrivaines comme Marguerite Duras ou Françoise Sagan. Quatre ans plus tard, la loi Veil était adoptée. C’était aussi le temps où Le Nouvel Observateur était un journal de combat. Hélas!, il n’est plus désormais qu’un magazine pipeul comme les autres.

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Catherine Deneuve revient sur la polémique lancée dans « Le Monde ». Photo © Euronews

13 janvier 2018

La toile cirée

&

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La toile cirée

Le béton ne brille pas
Sitôt coulé
Il se meurt
Ses fissures ne disent mot
Elles digèrent
Les coups de vents forts
Les sables gourmands
Une femme au beau cul
Se faufile dans les courbures
Des hommes aux balcons
Émus
La laissent s’évanouir
Dans la neige d’un écran brouillé
Les yeux vomissent ce paysage dilaté
L’arc-en-ciel de toile cirée
Noue et noie les murs
D’aguicheuses lézardes
Enfilent les ombres
Que de pets rêvés hauts
Dans la toile cirée

03/04/2007

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