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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Henry Landroit
Pour remettre les idées à l’endroit... par Henry Landroit

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30 mars 2018

La vérité enfin révélée sur la résurrection

À nouveau, le pape François va faire parler de lui. De source sure, nous savons qu’il va tenter de déstabiliser la Curie en annonçant au balcon de Saint-Pierre, ce dimanche de Pâques 2018, devant une foule de pèlerins particulièrement dense comme d’habitude que la vérité venait enfin d’être découverte à propos de la résurrection du Christ.

En effet, de multiples recherches entreprises par des moines (car c’était un véritable travail de moine) concordent : ce n’est pas la première fois que la fête de Pâques tombe un 1er avril. Depuis 33, c’est arrivé exactement 147 fois. Troublés par cette constatation, les membres de la Commission de la Foi ne manquèrent pas de s’en ouvrir au Saint-Père, un soir où il n’était pas occupé à refaire le monde. François, méfiant, demanda au célèbre mathématicien Cédric Villani de refaire tous les calculs. Ce dernier, bien que n’étant ni de droite ni de gauche, accepta la mission. Quelques jours après, il remit au Pape son rapport de 246 pages. François mit quand même deux semaines à le lire (et à le comprendre, n’étant plus guère familier des équations) quand il découvrit page 95, avec un certain étonnement, un élément nouveau. Villani écrivait en effet :    « Par Jupiter, - c’était une de ses expressions favorites depuis qu’il avait été élu député -, le dimanche de Pâques tombait lui aussi le 1er avril en l’an 33 ! ». Cette remarque éveilla l’attention du pontife qui informa les moines responsables de l’étude préalable. Ce détail leur avait échappé. Ils avaient en effet fait commencer leurs calculs après l’année de la crucifixion. Boris Cyrulnik, qui préparait justement un livre sur la psychologie des apôtres et des relations internes à leur équipe, s’attardant sur le caractère de chacun d’eux, fut mis au courant de l’affaire par on ne sait quelle indiscrétion. Il demanda une audience au pape et lui révéla que ses recherches avaient enfin abouti. « Quand on réunit douze personnes, dit-il, surtout dans le but d’en faire une équipe de choc, nous, les psychologues, savons depuis longtemps que l’on y trouve inévitablement des caractères très différents (voyez les sept nains). En ce qui concerne les apôtres, l’on reconnait facilement Judas, l’hypocrite, Jean, le sérieux, Marc et Luc, les futurs écrivains inspirés, etc. » Jusqu’à présent, la personnalité de Pierre avait échappé aux analyses, mais en fait, c’était le plus rigolo de tous... bien qu'aussi le plus colérique. Il est vrai que dans ce groupe particulièrement cul serré, il en fallait peu pour paraitre comique. Cependant, un évangile apocryphe, retrouvé en 1728 dans un coin reculé du Canada, très bien conservé dans la glace, nous apprend combien les onze autres apôtres s’étaient esclaffés – mais dignement et sous cape – lorsqu’ils avaient entendu Jésus déclarer : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». Ils connaissaient l’humour inénarrable et le gout prononcé pour les jeux de mots de leur copain. Nul doute qu’il l’avait soufflé à son maitre en cette grande occasion.

L’hypothèse avancée ensuite par Boris ne manqua pas de troubler François. Il suggéra que Pierre, très accablé au lendemain du vendredi tragique, voulait se changer les idées et celles de ses compagnons. S’apercevant que le dimanche était un 1er avril et anticipant l’association entre poisson et ἰχθύς (Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur) qui devait se faire bien des années plus tard, annonça à ses coreligionnaires que Jésus était ressuscité. Les théologiens ne sont pas d'accord sur l'origine de cette association dans le chef de Pierre : était-ce inconscient ou prophétique ? La nouvelle se répandit à la vitesse de la lumière, bien évidemment. Les jours suivants (que dis-je, les mois, les années), Pierre eut beau crier sur tous les tons et les toits que c’était un poisson d’avril, rien n’y fit. L’idée était trop belle, on en fit même un dogme !

À la mort d’Umberto Eco, l’on retrouva un de ses manuscrits inachevés racontant l’histoire réelle du mythe de la résurrection. Le grand sémiologue avait découvert le pot aux roses un soir d’errance dans sa fabuleuse bibliothèque dans un autre évangile apocryphe qu’il feuilletait de temps à autre pour stimuler son imagination quand il était en panne d’écriture pour ses romans historiques. La Commission Internationale de Théologie du Vatican, mise au courant discrètement de l’affaire, avait fait des pieds et des mains pour que ce récit reste dans un coffre dont le code secret serait connu seulement du pape lui-même, d’un cardinal choisi pour sa probité exemplaire et de la famille d'Umberto. La Pénitencerie apostolique proposa l’indulgence plénière à cette dernière en échange d'une promesse de secret mais, par respect pour la mémoire du grand homme, elle refusa.

Les Archives Secrètes Vaticanes déployèrent des moyens financiers importants pour acheter le manuscrit, mais là encore ce fut l’échec.

Le secret avait été gardé jusqu’il y a peu, mais un petit-fils particulièrement doué du grand écrivain parvint à percer le secret du code, lut le texte de son grand-père sous ses draps à la lueur d’une lampe de poche et transmit ces informations à Boris Cyrulnik qu’il adorait malgré son jeune âge (il avait été diagnostiqué Haut Potentiel dès ses quatre ans lorsque sa mère s’aperçut qu’il comprenait le théorème des deux lunules d’Hippocrate de Chios).

La question nous brule maintenant les lèvres : « Comment François va-t-il gérer cette affaire ? ».

Va-t-il pouvoir rassurer les nombreuses grenouilles de bénitier qui risquent l’évanouissement à l’annonce de cette découverte ?

Résistera-t-il à la pression des chocolatiers de tout poil venant le supplier d’étouffer cette affaire afin de préserver la coutume des œufs de Pâques et son commerce lucratif dans lequel d’ailleurs l’on sait depuis peu que le Vatican a aussi ses intérêts occultes ?

Si les cinquante chocolatiers de Bruges envoient en délégation les gérants de l'Univers de Charlotte ou mieux du Comptoir de Mathilde auprès du Primat de Belgique Jozef de Kesel pour qu'il intervienne auprès de François, cela sera-t-il suffisant ?

Comment pourra-t-il empêcher que la presse s’en empare et que Stéphane Bern n’en fasse une émission spéciale sur France 2 retransmise quelques jours plus tard sur TV5 Monde avant d’être installée ad vitam æternam (si j'ose dire) sur purepeople.com et de provoquer des débats interminables sur les réseaux sociaux ?

Comment pourra-t-il expliquer ce changement à la Commission interdicastèriale du Catéchisme de l’Église ?

L’avenir nous le dira. Restons attentifs lors des prochains journaux parlés et télévisés.

Mettons en garde nos enfants et nos adolescents afin qu’ils n’avalent pas n’importe quoi.

Et comme toujours, préparons-nous soigneusement à bien séparer le bon grain de l’ivraie, les fausses nouvelles étant si fréquentes quand on se met à s’intéresser aux religions.

30 mars 2018

Farid Rueda, un exemple du muralisme mexicain contemporain.

 

Si New York est mère du street art, cette mère fit d’innombrables petits. D’abord, par ordre d’entrée en scène, les tags du métro de New York dans les années 70 recouvrirent les murs, puis les rames. Les tageurs s’approprièrent cette forme nouvelle d’art et déclinèrent les tags en adoptant différents styles, en variant les formes, les couleurs et créèrent des compositions plastiques originales intégrant tags et lettrage, lettrage et fresque.

De la même manière, le mouvement street art s’est exporté mais en s’hybridant, mêlant formes nouvelles et cultures populaires. Le muraliste Farid Rueda, peintre mexicain, en donne une formidable illustration.

Rueda est un mexicain de Mexico-City. C’est dans cette ville mégalopole qu’il naquit, apprit la peinture et fit ses premières armes dans la rue. Dans une interview récente, il évoque le début de son parcours d’artiste : « J’ai commencé à dessiner quand j’étais môme, plus tard devant choisir un métier, j’ai étudié à l’Ecole des Arts plastiques de Mexico. Là, j’ai rencontré des artistes et grâce à eux j’ai commencé à peindre dans la rue utilisant les murs pour exprimer mes peurs et mes désirs. » Cette volonté de faire passer dans ses œuvres des émotions personnelles, des « messages », l’a naturellement amené à peindre seul. C’est donc seul, à Mexico, qu’il a peint ses premiers murs. Vite, de festivals en festivals, de commandes en commandes, il peint en Amérique du sud et en Europe ; en Colombie, Costa Rica, Cuba, Equateur, Espagne, Bruxelles, Allemagne, France, Estonie, Croatie, Serbie, Portugal, Pays-Bas etc. Ces expériences participèrent à sa formation : « Le voyage et la peinture sont de bons moyens pour apprendre et avoir des expériences nouvelles, ça développe votre inspiration et vous amène à vous interroger sur vous-même, savoir ce que vous allez faire de vos compétences. C’est comme cela que j’ai appris sur mes propres racines mexicaines et que j’ai découvert la culture actuelle de mon pays. Durant cette période, j’ai compris combien la nature et les animaux étaient importants. C’est ainsi que les thèmes que je peins aujourd’hui se sont imposés à moi. »[1]

La connaissance des racines de la culture mexicaine a été une source d’inspiration certes mais un tremplin également à une création moderne qui ne doit rien aux traditions.

Ses murs, souvent immenses, constituent un merveilleux bestiaire. Nous y trouvons les fauves qui peuplaient les forêts aztèques, des cerfs, des aigles, des grenouilles etc. Ce qui les rend remarquables, c’est la composition voire la décomposition. Composition, car le sujet principal, la tête de l’animal, est un élément d’un ensemble plus large comprenant d’autres éléments. Prenons par exemple sa fresque de tigre d’environ 6 mètres de haut sur 6 mètres de large (c’est Rueda qui donne l’échelle). Elle représente une tête ; un tigre rugissant. La gueule grande ouverte, les puissants crocs, l’allongement des yeux, la distorsion des muscles, tout concourt à l’expression de l’agressivité du fauve. En fait, la partie antérieure de la tête du tigre ne constitue que la moitié de la surface totale. L’autre moitié est formée par la représentation de plumes. Des plumes de différentes formes, de différentes couleurs. Elles sont la coiffure du tigre.

La composition surprend : un tigre coiffé de plumes ! Par ailleurs, la surface de la peau du tigre a été décomposée en espaces plus petits dont les formes s’intègre assez bien dans le mouvement dynamique du rugissement. Ces espaces sont décorés de motifs d’une grande variété. Tous les motifs sont différents, s’harmonisent avec les plumes peintes en rupture chromatique (un espace jaune et noir contraste avec une plume grise et noire). La peau n’est pas une peau (un démarquage fort avec les couleurs « naturelles »). Les plumes ne sont pas des plumes. Des espaces ornés de motifs jouxtent d’autres espaces ornés d’autres motifs. Nous sommes, non dans une peinture naturaliste, mais dans une composition en grande partie abstraite qui est lue comme un symbole. Le tigre appartient, en effet, au calendrier aztèque[2] .

Dans ce que nous croyions être un bestiaire, il y a une « forêt » de symboles aztèques et Farid Rueda n’est pas un Jean-Jacques Audubon aux petits pieds peignant sur les murs des métropoles du monde de grosses bêtes mais l’héritier d’un peuple et d’une culture qui refusent de disparaître. Tous les Mexicains partagent avec l’artiste la compréhension des symboles. Son œuvre est comprise comme un écho des cultures mésoaméricaines et un écho encore bien vivant de la mythologie aztèque.

Bien que trouvant nombre de ses sujets dans le fonds culturel aztèque, Farid Rueda n’est pas le fils naturel de la peinture aztèque. Les raisons en sont simples. Nous savons que les Aztèques décoraient les murs de leurs constructions de peintures. Un seul vestige l’atteste mais les sources écrites convergent sur ce point. Les peintures ont disparu parce que les édifices ont été détruits. Curieusement pour nous Occidentaux, la peinture se confond avec l’écriture. Les scribes aztèques étaient nommés « peintres » car les manuscrits, tous les manuscrits, étaient des recueils d’images. Les codex sont assurément une des sources de Rueda. Source quant au fond (les animaux sont des symboles), quant à la forme c’est bien différent. La variété des couleurs est certes attestée dans les codex par les enluminures représentant les dignitaires aztèques. Nous savons que les plumes étaient des éléments de vêtement et composaient de superbes parures. Rueda les peint comme éléments de décor ; elles apportent l’élégance et la diversité de leurs formes et l’incroyable variété des couleurs.

Sujets, références nombreuses à la culture aztèque, les fresques de Farid Rueda empruntent, en partie, aux codes de la peinture mexicaine contemporaine. Bien sûr, d’aucuns y verront les influences du mouvement muraliste qui se développa à partir de 1910 et qui a profondément marqué la peinture « de chevalet ». D’autres de peintres emblématiques du Mexique comme Frida Kalho ou, plus près de nous, de José Orozco et Rufino Tamayo. Les influences sont certaines mais limitées ; il faut y voir davantage une marque du talent particulier de Farid Rueda. Un talent remarquable dans la création des motifs décoratifs.

J’ai longtemps souhaité faire une histoire des motifs décoratifs. « Nés quelque part », ils voyagent de pays en pays, de siècles en siècles, oubliés, redécouverts, transformés, adaptés aux cultures locales, expurgés etc. Passionnant vous dis-je ! Rueda réinvestit des motifs « classiques », les points, les cercles, les traits parallèles, mais il y apporte une variété et une créativité exceptionnelle dans leurs déclinaisons formelles et chromatiques.

Il est rare qu’un peintre passé au muralisme abandonne la peinture de chevalet. Inti, le chilien, est une illustration du contraire. Farid Rueda a été marqué, comment aurait-il pu ne pas l’être, par l’histoire du muralisme mexicain.

Comme Diego Rivera, il puise dans le fonds culturel préhispanique promouvant l’idée forte que le Mexique actuel résulte d’un mélange original de cultures : la culture aztèque, elle-même fruit des cultures précolombiennes plus anciennes, la culture des Conquistadores et la culture du Mexique moderne.

Ses fresques murales parlent à ceux qui ont les référents pour les comprendre. Elles restituent la splendeur de civilisations que nous avons cru longtemps éteintes et sont d’authentiques œuvres modernes, dans lesquelles la signification se conjugue avec l’équilibre et l’audace des compositions, la décomposition des surfaces et leurs décorations par des motifs érigent en majesté ses symboles.


[1] Traduit de l’anglais par RT.

[2]

Le Tonalpohualli, calendrier sacré compte 260 jours. Le compte commence avec le premier signe : Crocodile. Il est en haut à droite du carré central, au pied d'une des divinités correspondant à l'Est (trapèze du haut). En remontant la bande rouge du trapèze, il y a 12 petits cercles, qui représentent les 12 jours suivants de la première série de 13 jours. Cela fait donc 13 jours, jusqu'au signe Tigre (14e glyphe des jours), qui commence la deuxième série de 13 jours. On poursuit jusqu'au Cerf, puis Fleur, en bas à gauche du trapèze rouge. On remonte alors le fer à cheval pour passer par Roseau et finir par Mort. On entame alors le trapèze jaune, jusqu'à Pluie, puis Herbe tordue et Serpent, qui vient terminer le trapèze jaune. On entame alors le fer à cheval suivant, en passant par Silex et Singe. Place au trapèze bleu avec Lézard, Mouvement, et Chien, puis on passe par le fer à cheval suivant, en passant par Maison et Vautour. Enfin, on termine avec le trapèze vert, avec Eau, Vent et Aigle, puis le dernier fer à cheval, avec Lapin et les 12 derniers cercles qui nous ramènent à Crocodile. Cela fait donc bien 20 signes x 13 jours = 260 jours, soit un Tonalpohualli complet.

In Cosmogonie et Mythologie.

Image: 

Exemple de symboles aztèques. On observera les motifs décoratifs très graphiques décorant le corps de l'animal.

Un autre symbole, la tortue.

Un troisième exemple d'animal symbolique.

Tracé d'une grande fresque.

Une fresque haute comme une maison.

Une très remarquable tête de tigre. F.Rueda donne l'échelle.

Esquisses d'une grande fresque.

Une rupture dans la représentation animale : la facture est ici réaliste.

Tête d'aigle.Work in progress.

Plan plus serré sur la fresque.

Une facture proche de celle de la grenouille, plus réaliste, moins "ornée".

Une tête de cerf. Les éléments décoratifs mettent en valeur le sujet principal.

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28 mars 2018

Y en a qui fêtent Mai 68 à leur façon...

Libre à n’importe qui de fêter Mai 68  : les soixante-huitards attardés (comme on les appelle injustement), les femmes et hommes politiques, les présidents, les écoles, les enseignants, les étudiants, les journalistes, bref tout le monde.

À coup de reportages divers, d’interviews d’acteurs et d’actrices de l’époque (il faut se dépêcher, bientôt ils ou elles ne répondront plus au téléphone ou auront perdu la mémoire), les radios et les écrans évoquent ce temps, béni pour les uns, honni pour les autres.

Mais évoquer Mai 68 à coups de battes et de barres de fer, c’est plus inédit, ça fait plus tendance. C’est ce qui est arrivé en France, un peu avant l’heure il est vrai.

 

D’abord au Lycée autogéré de Paris, une dizaine d’individus armés de barres de fer ont agressé étudiants et professeurs. Saluts nazis et insultes homophobes étaient de la partie.

Il est clair que le Lycée, ne serait-ce que par son nom, se devait d’attirer ce genre de personnages. Cette fois, ils procédaient à visage découvert comme membres du groupe GUD (Groupe union défense), un syndicat étudiant habitué aux actions violentes.

 

Ensuite à la Faculté de droit (sic) de Montpellier, où des étudiants manifestant contre le Plan étudiants dans un amphi ont été agressés à coups de poing par des hommes cagoulés et armés de planches cloutées et de tasers (il faut dire que l’atmosphère était électrique, si j’ose dire). Bilan  : plusieurs personnes blessées, trois hospitalisations...

Le doyen apparait comme étant de mèche avec les agresseurs en leur facilitant l’accès aux bâtiments. Il démissionnera par la suite. Les agents de sécurité laissent faire... On aura tout vu. Des étudiants ont même reconnu certains de leurs professeurs parmi leurs agresseurs.

 

Décidément, cinquante ans après, on peut s’interroger longuement sur les effets de Mai 68. De grands ténors de l’époque comme Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar et d’autres soutiennent Emanuel Macron qui se tâte pourtant pour commémorer cet évènement (le fera, le fera pas ?) et pratique une politique à cent lieues des idéaux de 68.

 

On dit que pour qu’une idée nouvelle s’implante dans notre société, il faut en moyenne septante ans.

Rendez-vous en 2038 ?

 

 

 

26 mars 2018

La vraie histoire de « Djisès».

Joyeuses Pâques

Joseph-Marie Ben Scrigny, surnommé Djisès par ses proches, est né un 29 février à l’aube d’une nuit sans lune, dans un réduit qui ressemblait  à une étable, où sa mère, Aïfa, s’était réfugiée parce qu’il drachait alors qu’elle était en route pour vendre ses dattes au marché matinal de Bethléem. Il devenait ainsi le septième enfant du couple Aïfa/Joseph Maktulaktulouk Ben Scrigny (dit le charpentier). Le bébé était prématuré et d’une conformité douteuse. Non qu’il ait 7 doigts, mais il était affligé de strabisme, de pieds palmés et d’un bec de lièvre. A l’âge d’un an, Aïfa le  laissa tomber sur le sol par pure maladresse ; il eut ainsi une déformation de la colonne vertébrale qui le rendit bossu.

Il était le contraire de son frère Jacques, surnommé Jack, qui le précédait dans la lignée. Nanti de toutes les qualités physiques que requiert un gamin, celui-ci  devint, en grandissant un véritable éphèbe qui, sa vie durant, séduisit les femmes auxquelles il faisait grande impression. A force de multiplier ses conquêtes, il devint une sorte d’entremetteur. C’est ainsi qu’il eut sous sa coupe plusieurs femmes qu’il envoyait tapiner dans les dunes. Ce qui le fit surnommer au grand dam de ses parents: Jack le Mak …(en araméen, ça se dit « bar Abbas »).

Par contre Djisès, s’il n’était pas beau, avait une grande intelligence, contrairement à son frère, bellâtre à  cervelle d’oiseau.

Inutile de dire que les deux frères se détestaient cordialement.  

Djisès-Marie-Joseph, un brin mythomane, ayant une imagination débordante et un caractère joyeux et farceur, affabulait en faisant croire à son entourage des histoires abracadabrantes dont il était le héros. Il ajoutait, s’il voyait l’incrédulité dans les yeux de ses spectateurs, qu’il fallait le croire vu qu’il était le vrai-le seul-l’unique fils de Dieu. Habile à se débarasser de toutes corvées, il vadrouillait avec une douzaine de potes avec lesquels ils inventèrent des extravagances et propagèrent des rumeurs folles comme cette fameuse journée dans le Sinaï, où il aurait soi-disant nourri 27 paysans pendant une semaine avec une seule miche de pain ; la rumeur s’étant propagée comme une trainée de poudre d’ellébore, la rumeur disait après trois lunes, à qui voulait l’entendre, qu’il en avait nourri plus de sept cent septante-sept !

Pour gagner sa croute, Djisès et ses complices, avaient imaginés un spectacle de rue où ils racontaient de hauts faits enrobés de tours de force et de tours de passe-passe  très (trop) vite nommé « miracle » par le crédule petit peuple, après quoi, ils passaient le chapeau…! Nantis d’une réputation quasi divine, ils écumèrent toute la région, n’épargnant aucun des villages avoisinants!  Ainsi, ils se firent invités partout, là où ils pouvaient faire ripaille, mangeant  et buvant gratuitement, profitant aussi des complaisances de délurées servantes …

Son frère Jack ne supportait pas ces élucubrations délirantes qui ternissaient son aura, d’autant plus que son laideron de frère tournait autour d’une de ses gagneuses ! De plus, c’était la plus belle et la plus rentable de son cheptel de prostituées ; elle se nommait Marie-Madeleine. Djisès l’avait d’abord apitoyée puis séduite, dévoilant sa bosse. Elle pouvait la toucher, ça porte-bonheur… ensuite il lui fit apprécier le contenu de ses braies.

Cependant, Jack le Mak/bar Abbas ne se privait pas de flanquer parfois et même souvent, des torgnoles à celles qui rechignaient devant le travail. Marie-Madeleine était particulièrement rebelle et, pour la mettre au pas, elle recevait plus d’une fois des raclées dont elle aurait dû se souvenir. Du coup, ayant assez de ces brutalités, elle quitta subrepticement le gynécée de Jack, pour suivre la bande à Djisès et leur théâtre ambulant, ce qui l’amusait beaucoup plus que le tapin

Jack la fripouille était excédé des outrecuidances de son Djisès de frère, que l’on considérait, même si on ne le croyait pas vraiment, comme une sorte de divinité burlesque, vrai faiseur de miracles !

Evidemment, je l’ai déjà dit, ça dévalorisait le souteneur à la verge d’airain.

Pour se venger, il fit courir le bruit dans les rang de l’armée romaine d’occupation, que Djisès était un agitateur et qu’il complotait contre les envahisseurs, précisément contre les chefs des centurions avec lesquels Jack le Mak s’entendait comme cochon puisqu’il leur fournissait des filles et du chanvre premier choix.  Finalement, au bout de trois ans de ce manège, un ordre d’arrestation fut lancé envers le dénommé Djisès !

Ce dernier (n’ayant ni la stature ni l’âme d’un héros),  ne fit ni une ni deux, et s’enfuit avec Marie-Madeleine et quelques fidèles! Ils traversèrent la Méditerranée et débarquèrent du coté de Marsala.

Au grand dam de Jack/bar Abbas, le complot contre son frère se retourna contre lui : Ponce Pilate, vexé de n’avoir pas pu attraper Djisès, le fit arrêter . Durant sa détention où il fut quanrt même un peu flagellé, Jack/bar Abbas parvint à corrompre ses gardiens et Ponce-Pilate en personne, en leur graissant la patte et en leur promettant la gratuité de ses services… Bien entendu, il fut gracié alors qu’on condamnait, à sa place, un obscur terroriste qui se disait  être le messie, affabulait et se nommait lui-même fils du Père . Le supplice de la crucifixion fut exécuté le premier dimanche d’avril et Pilate décréta que ce jour-là serait obligatoirement fêté chaque année par la populace afin qu’elle se souvienne de ce qu’il advient aux illuminés et aux agitateurs qui auraient l’audace de remettre en question l’autorité de Rome dont il était le juste représentant.

Plus tard, vraiment plus tard, sous prétexte de solstice, l’autorité religieuse reprit dans son calendrier la date du 25 décembre pour fêter la naissance d’un incertain Jack, surnommé « Christus » (signifiant messie) dont l’emblème était un maquereau stylisé), lui octroyant ainsi le statut de martyr de la cause palestinienne.

Cependant, les on-dits étant ce qu’ils sont, on prétendit que Djisès Marie Joseph Maktulaktulouk Ben Scrigny, officiellement en couple avec Marie-Madeleine, eurent de nombreux enfants dont les innombrables descendants devinrent par la suite, des gens d’armes haut-placés dans la francité européenne naissante …

Fiction? ...a pa peur...

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24 mars 2018

Le ciel ne l'arrête pas

&

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Un soleil orange
Sur un horizon intact
Epouse cette ligne à franchir
Que les dieux nous envient

Un homme bien chaussé
Le ciel ne l’arrête pas
Son œil brille
Quand les vents froids balaient son nez
Sa faim de loup
Le pousse à tous les départs
Il est pures formes
Comme nuages
Il se ride dans les fissures
De l’état sauvage
Il est pure force
Quand il nage dans un lac perdu
Dans un coude lumineux
Et secret
L’homme bien chaussé
Crépite
Sur la terre ferme
Blanche, inexplorée
Là où aucune route n’est tracée
Il aperçoit l’insensé
Dans cette absence d’ombre
La force de ses bras
Écarte
Pourriture et cliquetis
Sonneries et soubresauts
Sombres obstacles et surgelés
Recoins glauques et vieilles haleines
L’homme bien chaussé
Sait qu’une pointe d’envie
Tue tout désir
Il marche ici même
Sous nos yeux
Le ciel ne l’arrête pas

24 mars 2018

Une Francophonie trop négligée

Vendredi 16 mars

 Depuis qu’il a manqué son investiture pour être candidat du PS à l’élection présidentielle, Manuel Valls prétend que le parti est mort. 40.000 adhérents viennent d’élire leur nouveau Premier secrétaire au cours d’un scrutin qui était organisé en près de 4000 bureaux où il fallait se rendre pour exprimer sa voix, le vote par informatique n’étant pas admis. Olivier Faure en est sorti vainqueur. Cet ancien collaborateur de Jean-Marc Ayrault et de François Hollande, député de Seine-et-Marne et chef du groupe socialiste à l’Assemblée, est face à un travail intense. Il a la volonté de relever le défi. C’est l’essentiel. Il ne doit déjà plus prouver – n’en déplaise à Valls – que le PS n’est pas mort. Á lui de faire en sorte qu’il se porte mieux.

                                                                       *

 Un grand magasin de village. Le haut-parleur débite des réclames. « Parfois, les couches-culottes coûtent la peau des fesses… ! » Décidément, la mode du titrage façon Libération essaime jusque dans les recoins de la province profonde.

Samedi 17 mars

 Cette affaire d’espion empoisonné empoisonne les relations entre la Russie et les principaux États occidentaux. L’Allemagne, les États-Unis et la France se sont déclarés solidaires du Royaume-Uni. May renvoie 23 diplomates à Moscou ? Qu’à cela ne tienne, Poutine renvoie 23 diplomates britanniques à Londres. Et après, qu’est-ce qu’on fait ? Cette touchante solidarité accentue le parfum de guerre froide au moment où Vladimir Poutine va renouveler son bail au Kremlin  pour six ans. (C’est ainsi que les commentateurs finissent par s’exprimer. En fait, il y aurait lieu de dire : … au moment où le peuple russe va renouveler le bail de Vladimir Poutine…)

                                                                       *

 Dans le journal Le Temps (en quelque sorte l’ancêtre du Monde) du 17 mars 1928, on découvrait un Manifeste pour la défense de la beauté et de la salubrité de Paris. Le groupe signataire était conduit par Jean Giraudoux. On craignait que les Parisiens soient « enfermés bientôt dans une ville sans air et sans dégagement » car « il est aussi long de sortir de Paris que d’une ville en état de siège ». C’était 31 ans avant la naissance d’Anne Hidalgo.

                                                                       *

 L’Irlande est d’autant plus en fête à l’occasion de la Saint-Patrick que son équipe de rugby vient de remporter le tournoi des six nations en battant l’Angleterre à Twickenham. Tous les étrangers voyageurs participeront à la liesse populaire. Car pour un Irlandais, « il n’y a pas de touristes, il n’y a que des amis que l’on n’a pas encore rencontrés ». Si l’Union européenne optait pour cette affirmation en remplaçant le mot « touristes » par le mot « migrants », elle accoucherait d’un magnifique précepte chantant l’hospitalité.

Dimanche 18 mars

 Il n’y a pas eu de surprise à Moscou : les 107 millions d’électeurs ont réélu Vladimir Poutine avec plus de 70 % des voix. Le taux de participation ? Le seul qui pouvait être significatif ? On ne le connaît pas encore mais il ne voudra rien dire. S’il y a eu tricherie, c’est sur le nombre de votants que la malversation s’est accomplie. C’est, de toute façon, déjà secondaire. Le président indétrônable, qui entame un quatrième mandat auquel il convient d’ajouter deux autres en tant que Premier ministre, est reconnu comme le seul homme capable de rendre richesse et surtout dignité à son peuple. Un peuple qui ne badine pas avec le sentiment patriotique.

                                                                      *

 On meurt toujours en Mer méditerranée. Et on meurt aussi en Mer Égée. Quelques migrants, ça et là, sur des embarcations de fortune… Trois fois rien…

                                                                       *

 « Attention ! Le président va parler ! » L’effet d’annonce est peut-être le plus grand écueil qui guette en permanence Emmanuel Macron.  Le palais de l’Élysée avertit régulièrement le moment sacré où la parole s’épanchera, provoquant le changement, la commutation, l’innovation prononcée dans la hardiesse du renouveau. On apprend, grâce à un entrefilet de Journal du Dimanche (JDD), que mardi prochain, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, par un « discours fondateur » (ce sont les termes du palais…), le président annoncera « des mesures pour renforcer l’usage du français dans les enceintes internationales, les médias, sur Internet et dans le monde de l’économie. » Vaste programme aurait rétorqué un grand homme qui n’avait pas besoin de décret ou de discours fondateur pour défendre la langue qu’il utilisait du reste très bien. Que Macron fasse donc bien attention : si, ce qu’il dira mardi n’est pas suivi d’effet et si donc, s’agissant d’effet, on ne s’en tiendra qu’à l’annonce, il devra essuyer quelques reproches bien fondés, bien élaborés, et surtout bien énoncés. Rendez-vous le 20 mars 2019 pour un premier point.

Lundi 19 mars

 Dix mois après la présidentielle, le parti de Macron (La République en marche – LREM) perd de sa vigueur. Dans une élection partielle de Haute-Garonne Joël Aviragnet, le candidat du PS, pourtant pas une vedette, écrase son concurrent de la majorité présidentielle avec un score poutinien de 70, 31 %. L’explication du résultat réside sans doute dans l’implantation populaire. C’est un indice de plus qui prouve que le PS n’est pas mort. Qu’on se le dise. Et qu’on le redise à Manuel Valls…

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 Tout le monde debout. Le film de Frank Dubosc n’est qu’un divertissement mais il amuse bien. Il donne aussi l’occasion de revoir Alexandra Lamy, ravissante et Claude Brasseur, toujours vivant. Elsa Zylberstein montre qu’elle est une grande actrice dans un rôle ingrat, celui d’une secrétaire de direction attentionnée, vieille fille amoureuse de son patron. Ceux qui aiment Gérard Darmon lui trouveront trop d’embonpoint. Hormis cette petite famille sympathique, il convient d’évoquer la vedette principale du film : la chaise roulante pour handicapé. En la rendant objet de drôlerie et de quiproquos marrants, Dubosc aborde un peu l’humour par le biais de l’audace.

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 Deux perles à épingler, trouvées dans Le Figaro du ouiquenne :

  1. De Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale : « On n’a pas besoin d’avoir des grèves en France ». Jadis, les ancêtres de classe de monsieur Blanquer prétendaient que les nègres n’avaient pas besoin de chaussures car ils aimaient marcher pieds nus.
  2.  De Jean-François Kahn : « La droite n’est plus libérale et les féministes sont devenues staliniennes. » Là, on ne peut pas lui donner tort. Mais ne serait-ce pas une conséquence d’un pays gouverné au centre ? Les vieux clivages que J-F.K. combattit toute sa vie pourraient bien revenir au premier plan. Ils auront néanmoins procédé à une indispensable mue. En ce cas, le tout-au-centre aura été bénéfique mais pas durable. Attendre et voir…

Mardi 20 mars

 Après une garde à vue de plusieurs heures, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour corruption supposée avec la Libye et recel. Sa campagne de 2007 aurait été financée par Khadafi. La République parrainée par un dictateur, ce serait dramatiquement cocasse. En 2012, la France avait besoin avant tout d’un chef d’État honnête, un président qui ne dirige pas le pays comme un gangster. C’est pour cela que François Hollande fut choisi. C’est pour cela qu’il insistait sur le fait qu’il serait « un président normal » et qu’il fut déjà raillé pour cette expression pourtant significative. Mais manifestement, être normal et honnête, cela ne suffit pas pour se faire réélire.

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 La Belgique est de moins en moins francophone. Ses grands journaux (Le Soir, La Libre Belgique…) ignorent quasiment la Journée internationale de la Francophonie alors que la Fédération Wallonie-Bruxelles est toujours le troisième bailleur de fonds (le premier par habitant) à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Les anglicismes pullulent et de plus en plus de mots sont écorchés, y compris chez celles et ceux dont le métier est de transmettre, comme les présentateurs de journaux télévisés ou les responsables de l’Éducation. Le billet matinal de l’humoriste Bruno Coppens est construit sur « la journée sans viande ». On lui fait remarquer que c’est surtout la journée de la Francophonie, il feint de ne pas l’entendre, lui qui se réclame de Raymond Devos, superbe représentant de la belle langue française. On finit par regretter les belgicismes ; eux, au moins parviennent parfois à être intégrés dans l’usage. Á bon escient qui plus est. Et pourtant, des 27 capitales de l’Union européenne, Bruxelles est la seule francophone, à l’exception bien entendu de Paris…

Mercredi 21 mars

  On a donc vu ce qu’on allait voir : pour la première fois, un président de la République s’exprimait devant l’Académie française. Et pour un discours ambitieux : faire en sorte que la langue française ne soit plus la cinquième langue la plus parlée au monde mais la troisième. Pour qu’il en soit ainsi, Macron détaille une stratégie en trente points. Rien que ça… Bon. Donnons-lui le bénéfice du doute et ne le soupçonnons donc pas d’user d’un effet d’annonce… Au passage, on espère qu’il pourra aussi veiller à ce que la langue française demeure la première langue parlée… en France.

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 Stéphane Roques, le secrétaire général de LREM, le parti de Macron, est congédié six mois après sa nomination. On lui reprocherait un manque de fiabilité au plan idéologique et, partant, trop peu d’expérience politique. Tiens tiens…

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 Peut-être que Bruno Coppens avait  préparé son billet d’hier matin en consultant Wikipedia : le site encyclopédique renseigne le 20 mars comme Journée sans viande et Journée internationale de l’astrologie mais ignore la Journée internationale de la Francophonie.

Jeudi 22 mars

 La mémoire des dates est un domaine qui varie en fonction des sensibilités autant que des âges. Ainsi du 11-septembre qui, pour les femmes et les hommes de gauche de plus de 50 ans, rappelle le putsch au Chili contre Salvador Allende tandis que ceux qui étaient trop jeunes ou pas nés pour vivre l’attaque kamikaze contre les tours de Manhattan et le Pentagone ne se souviendront pas du 11 septembre 2001 comme un moment de leur existence. Aujourd’hui, Bruxelles commémore les attentats meurtriers de 2016 tandis que Paris évoque le 22 mars 1968 où la mèche allumée à l’université de Nanterre provoquera l’incendie de mai. Sur Europe 1 ce matin, répondant à une question de Patrick Cohen qui commentait son livre (Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu, éd. du Seuil), Patrick Rotman parle de « moment hystérique » au lieu d’ « historique ». Un lapsus qui lui collera désormais aux semelles.

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 Le Château Angelus, l’un des plus grands crus de Saint-Émilion, annonce qu’il traitera désormais ses 42 hectares de vignes selon les méthodes de l’agriculture biologique. Un fait divers qui pourrait bien être à la base d’une révolution dans le monde si prisé de l’œnologie.

 

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Avant Mai 68, le mouvement du 22 mars, ni parti, ni syndicat, fédère des anarchistes communistes, des socialistes et des communistes révolutionnaires, des situationnistes à travers une même conception de la lutte sociale. Photo © Jean-Pierre Rey

23 mars 2018

Eduardo Kobra, plein la vue ! Mais pas que…

Lors des derniers Jeux Olympiques au Brésil, plus précisément à Rio de Janeiro, un street artist, Kobra, avant l’ouverture, battit un record du monde : il peignit la plus grande fresque murale du monde ! Qu’on en juge : 190 mètres de long, 15 de haut, une surface de 3000m2, 40 jours de réalisation, 1000 pots de peinture blanche, 1500 litres de peinture colorée, 3500 bombes aérosol. La fresque intitulée « Etnias » (ethnicités), sous-titrée « Nous sommes tous Un », peinte près de a zone portuaire en bordure de la baie de Rio, représente 5 visages d’indigènes des 5 continents renvoyant aux 5 anneaux olympiques.

Les dimensions exceptionnelles de la fresque, le sujet et l’événement planétaire qu’ont représenté les Jeux Olympiques ont fait découvrir aux spectateurs le talent d’un jeune artiste brésilien : Eduardo Kobra. Cette œuvre « colossale » a médiatisé une esthétique originale et le parcours atypique d’un artiste. Son parcours mérite le détour.
Kobra est né en 1976 dans la banlieue de Sao Paulo. Le petit Kobra n’aime pas l’école. Pour tromper son ennui, bien caché au fond de la classe, il dessine. A 11 ans, au Brésil, dans les quartiers pauvres de Sao Paulo, on est assez grand pour vivre sa vie dans la rue. Cette rue, Il se l’approprie. Elle est tout à la fois son terrain d’aventures, le lieu des rencontres, des échanges, des jeux, la caisse de résonance des luttes sociales des laissés pour compte du « miracle » brésilien. Portant un regard sur cette période, il résume ce qu’a été la rue pendant son enfance: « La rue est le moyen de se sociabiliser, de se distraire et aussi de protester contre l’exclusion ».

A 15 ans, dans la rue, son milieu devenu naturel, il découvre le graffiti et la culture hip-hop. Il rejoint alors un groupe de break dance qui acquiert vite une certaine renommée, locale. Le jeune garçon, entre musique et danse, passe ses nuits à couvrir les murs de sa ville de tags et de graffs, traqué par la police. Montées d’adrénaline, peur des flics, arrestations. Impossible de dénombrer les aubes pâles passées dans des commissariats miteux. Son jeune âge le protège des sanctions pénales. Une adolescence « difficile », quasiment sans école, sans formation, entre liberté de faire tout et n’importe quoi et pression de la famille pour rentrer dans le rang.

Pour calmer le courroux de ses parents, il fait quelques études et est embauché dans une banque. Passionné autant par son travail que par l’école, il a une double vie. Après le travail, il veut tout savoir sur la peinture et le dessin. Il dévore les revues spécialisées et aussi des ouvrages plus savants. Il apprend et adore apprendre. Quelques années plus tard, il sait ce qu’il veut faire de sa vie : il sera peintre.

En 1995, sûr de son fait, il quitte son boulot gagne-pain et fonde le studio Kobra et s’installe à Vila Madalena. Il bosse comme un fou toutes les techniques de peinture, la 3D, le graphisme et se lance dans la réalisation de fresques murales. Les premières œuvres sont des portraits en noir et blanc s’inscrivant dans un courant hyperréaliste. Progressivement, conjuguant les influences américaines, le graffiti et le muralisme mexicain, il introduit, en le superposant au sujet, le graphisme géométrique.

Ainsi, se met en place lentement une figuration originale. Les portraits, sujets des fresques, et leur décor, sont décomposés par des graphismes qui découpent des espaces colorés de couleurs n’ayant que peu de rapports avec les « vraies » couleurs des sujets. « Sous » les couleurs, celui qui voit, retrouve la cohérence des traits du visage peint. Curieux mélange de réalisme (celui des portraits), de graphisme pur et dur (la sectorisation des espaces), de la gamme chromatique de la pop culture, les œuvres de Kobra ont un incroyable pouvoir de séduction.

Too much pour beaucoup !

Le procédé « portrait-décomposition graphique » lasse. Trop de tout, de sophistication, de couleurs « tape à l’œil ». L’abondance des « effets » nuit au message.

Voire. Avec une remarquable constance, Kobra dénonce le scandale des profondes inégalités sociales au Brésil, dénonce la barbarie de la corrida, les menaces de la pollution, de la déforestation. Dans le même temps, les sujets de ses portraits disent les choix idéologiques de l’artiste. Il peint à Amsterdam le portrait d’Anne Frank, Einstein en short, Andy Warhol, Basquiat, John Lennon, maître Yoda, Salvador Dali etc. Une variante du « hall of fame ».

Un « fourre-tout » conceptuel pour beaucoup qui voient dans son travail un genre de consensus mou d’un bobo, d’un nouveau riche, ayant les idées de sa classe sociale. Un attrape-tout surfant sur les icônes à la mode, un révolutionnaire de salon illustrant les idées les plus bateaux de la période. Un pseudo artiste récupérant des luttes justes et légitimes.

Bien que je comprenne ce point de vue, je ne le partage pas. Je crois à la sincérité de ce gamin des rues, à l’authenticité de son discours. Il rompt avec un muralisme « décoratif », vulgarise des combats sociaux et politiques, construit un panthéon de gens, somme toute, très fréquentables.

N’attendons pas que l’Art soit le levier des luttes. N’attendons pas qu’une œuvre participe à la conscientisation d’idéaux révolutionnaires. Pour cela, il y a d’autres médias : le livre, la presse, les réseaux sociaux, Internet, les médias audiovisuels etc.

Quant à l’engagement des artistes…faut voir. Rappelons que Picasso peignit Guernica dans son atelier parisien en 1937, loin de son Espagne en guerre. Si son tableau sensibilisa un large public sur le massacre de la ville basque par l’aviation allemande, Picasso ne prit pas les armes contre le fascisme et la barbarie des troupes nationalistes et leur chef, le général Franco.

Eduardo Kobra a inventé une esthétique muraliste et son travail est, en soi, révélateur d’une histoire des idées. Ce n’est pas rien…il faudra s’en contenter.

Image: 

Portraits d'indigènes : un hommage aux Peuples premiers.

Maître Yoda, symbole de la sagesse 2.0, au service du pacifisme.

Portrait de John Lennon devenu l'icône et le symbole de la paix.

Portrait réalisé à partir d'une très célèbre photographie d'une jeune afghane aux yeux verts. Un symbole fort des enfants martyrs des guerres des hommes.

Hommage aux sources d'inspiration américaines de Kobra.

Portrait de S.Dali, autre référence de l'artiste.

Sur le marbre de Carrare, un jeu subtil entre la référence à la statuaire grecque et l'identité plastique de Kobra.

Cinq portraits peints en Norvège. Une composition qui rompt les codes.

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20 mars 2018

Merde alors !

Je me savais très féministe (ceux et celles qui en douteraient encore n’ont qu’à feuilleter mes différents blogues ou interroger les femmes de leur entourage ; à mon avis, plus d’une sur deux approuvera). Féministe donc, mais pas au point de devoir passer ce matin une mammographie et une échographie  ! J’ai obéi à mon médecin suite à une petite douleur au mamelon gauche (vous saurez tout).

Je me présente donc au bout de la ligne 69 (sic) du 5e étage de l’hôpital d’Ixelles. La préposée est occupée à régler une histoire difficile au téléphone. Elle a les yeux rivés sur son écran, mais elle a senti ma présence. C’est pourquoi elle me dit  : « Et pour Madame, ce sera ? ». Mon sang ne fait qu’un tour. Ouf, elle se rattrape en levant les yeux sur moi. Ma moustache et ma barbe ne font aucun doute. « Oh ! Excusez-moi, Monsieur... ».

Bon, le supplice va commencer. Beaucoup de femmes m’ont dit à quel point cet examen qu’elles devaient endurer régulièrement était désagréable. Je sais maintenant qu’elles exagéraient (comme toujours). Pour la mammographie, j’attends beaucoup de la personne qui me reçoit  : tendresse, compétence, explications. Je dois me contenter de  : « Bon, on va vous faire deux obliques », ce qui, je l’avoue, ne m’avance guère. Elle me demande de ne pas bouger (alors que je ne bouge pas). Je n’aurai rien comme autres renseignements (je suppose qu’il faut attendre les résultats). Une petite tape d’encouragement sur l’épaule m’aurait suffi. Si c’eut tété été un mec, peut-être qu’il se serait permis ce geste, enfin, passons.

Je passe dans la pièce d’à côté. C’est là que les brumes vont s’éclaircir. L’échographie peut commencer. Même moi, je parviens à distinguer sur l’écran la différence entre les deux mamelons. À gauche, il y a effectivement un très léger gonflement. La panique s’installe, mais heureusement, la médecin est transparente et m’explique. Aucune gravité. Après m’avoir demandé de décliner la liste des médicaments qui enchantent mes levers et mes couchers, elle émet l’hypothèse que l’un d’entre eux est responsable (c’est ce qu’on appelle pudiquement un effet indésirable). Elle me renvoie bien entendu chez mon médecin traitant. L’affaire est close.

Un petit conseil à mes frères (ennemis ou amis) : surveillez de temps à autre votre poitrine, nous sommes nous aussi sujets au cancer de ce côté.

Une petite question à mes sœurs (toutes amies ou presque)  : ne trouvez-vous pas injuste que nous puissions être atteints d’un cancer du sein alors que vous ne souffrez jamais d’un cancer de la prostate ?

Encore une manifestation éclairante de l’inégalité entre les hommes et les femmes !

Henry Landroit


 


 

19 mars 2018

Les joues qui piquent

L’infirmière a frappé à la porte de la chambre et est entrée sans attendre l’autorisation de Madame Mortier.

Celle-ci s’est demandée pourquoi on appelle cet établissement « Maison de repos » quand on vous réveille tous les jours à l’aube juste au moment où on vient de retrouver le sommeil.

  • Ils sont partis, Madame Mortier ! Ils sont partis !
  • - De qui vous parlez, Marthe ? a demandé la vieille, de mauvaise humeur.
  • Les Africains qui avaient envahi le parc de l’autre côté de l’avenue, ils sont partis.
  • Tous ?
  • Je crois bien, oui.
  • De leur plein gré ?
  • Cà, je ne le sais pas, à mon avis, la police les a sûrement aidés un peu. Ces gens-là ont tendance à s’incruster
  • Ils ont laissé des crasses derrière eux ?
  • C’est horrible, le parc ressemble à une déchetterie. Des papiers gras partout, des sacs en plastique, des bouteilles. Les hommes de la voirie en auront pour la journée à le nettoyer le parc.
  • Je suis heureuse que les cygnes et les canards retrouvent le calme et la quiétude a déclaré la vieille
  • - Moi aussi, Madame Mortier, moi aussi.
  •  Vous aurez de la visite aujourd’hui ? demande l’infirmière avant de sortir.
  • Mes enfants et mes petits-enfants, probablement, comme tous les jours.

L’infirmière est partie avec l’intention d’empêcher un autre vieillard de dormir. La vieille se serait bien levée pour observer le parc, son parc déserté par les envahisseurs et les cygnes, ses cygnes, si majestueux quand on leur fout la paix mais se lever lui demandera un effort terrible et la fenêtre est loin, si loin. Et pour voir quoi ? Sa vue est devenue si mauvaise depuis la dernière opération de la cataracte. Tout est flou, à présent. Tu parles d’un chirurgien, un véritable artiste, celui-là ! Un dingue qui enlève la vue aux gens.

Finalement, elle décide qu’elle  ne se lèvera pas, ni aujourd’hui, ni jamais. Quand il n’y a rien à voir et rien à faire, mieux vaut rester au lit. Elle attendra l’heure des visites. Attendre, elle a l’habitude. Elle a fait çà toute sa vie. Elle attendra son fils et ses enfants. Ils ne se disent rien d’important, ils n’ont jamais rien à raconter, ils sont taiseux comme des chats mais c’est bon de les savoir près d’elle.

L’avion pour Khartoum est en bout de piste, sur le point de décoller. Les parents sont menottés mais pas les enfants ce qui permettra au Secrétaire d’état de déclarer que les expulsions se font dans le respect et en toute humanité.

  • On n’ira plus embrasser la vieille  dame, alors, demande la plus grande des filles.
  •  Non.
  • C’est dommage, je l’aimais bien même si elle avait des joues qui piquent. Elle va être triste.
  • Je ne sais pas, peut-être.
Image: 

© Serge Goldwicht

18 mars 2018

Vouloir en venir

&

Image: 

Les extrémités se touchent
Le diable est dans les détails
L’infini se multiplie
Dire adieu aux amis
Au petit jour
Marcher
Entrer dans un bar
Boire un caffè ristretto
Lire l’univers dans le marc
Marc de l’univers
Bar de l’université
Renverser le hasard
Sortir au-delà
Quelqu’un vomit sur le trottoir
Un reflet de lune m’attire
J’y marche
J’affronte les détails et le diable
Je multiplie l’infini
Je mouche les extrêmes
J’inspire un trou d’air impur
Le hasard me renverse

avril 2008

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