semaine 29

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras par Jean-Pol Baras

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18 mars 2018

Réfugiés: où est l'Europe du coeur?

Jeudi 8 mars

 Donald Trump annonce qu’il rencontrera Kim Jong-un avant la fin mai. Cette mise en évidence est pour le chef de la Corée du Nord  une victoire extraordinaire qui lui confèrera une notoriété dont on ne pouvait pas imaginer le commencement d’un début. L’erreur pourrait porter à conséquence si le fou a désormais le sentiment de jouer dans la cour des grands mais elle révèle aussi l’inexpérience, l’incompétence ou le déficit d’influence qui caractérisent les conseillers du président des Etats-Unis.

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 Le typhon madrilène souffle encore dans certaines chaumières. Un match de football perdu et l’humeur des Français vacille. Pas de tous les Français, heureusement. La sagesse retrouvée devrait permettre une analyse basée sur des évidences, celle-ci en particulier : le football est un sport d’équipe, c’est d’abord la cohésion de celle-ci qui compte. Introduire dans le onze un magicien du ballon ne conduit pas nécessairement à des victoires assurées. Et puis, la plus pertinente évidence reste celle qui dégage le beau et savoureux constat : non, l’argent ne peut quand même pas tout.

Vendredi 9 mars

 Historien, ancien ambassadeur d’Israël en France, Elie Barnavi organise à Bastogne un colloque de haute qualité consacré au terrorisme, parrainé par le nouveau Musée de la Guerre qu’héberge la ville ardennaise. Après qu’il eut rappelé les origines du mot et son actualité, n’hésitant pas à railler l’expression « terrorisme diplomatique » employée par le gouvernement israélien, il invita Régis Debray à donner la leçon inaugurale, magistrale comme il se doit. « Un terroriste sans presse, c’est un acteur sans public ». Est-ce pour cela que la presse ne devrait pas évoquer les attentats ? Inimaginable, impossible, bien entendu. Le sujet est complexe ? Quelques belles personnalités réputées le cernèrent avec acuité : un psy, Tobie Nathan ; un magistrat, André Vandoren ; un journaliste, Paul Taylor ; un professeur de science-po, Frédéric Encel ou encore un brillant géo-stratège, Gérard Chaliand ; spécialistes de la délicate question dans leur domaine débattèrent avec des citoyens très intéressés, attentifs. Les tables rondes sont toutes instructives. Aucune d’entre elles, malheureusement, ne comportait un invité d’origine musulmane. L’ancien Premier ministre français Manuel Valls était chargé de tirer les conclusions. Son festival de lieux communs tranchait avec la qualité de tout ce qui avait été discuté. Heureusement pour lui, le bourgmestre de Bastogne était plus fat. Engoncé dans un tailleur de petit mec sûr de lui, il rata une belle occasion de se taire. Mais à l’impossible nul n’est tenu.

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 L’actualité d’Elie Barnavi était double aujourd’hui. En effet, dans  Regards,  la revue mensuelle du Centre communautaire laïc juif de Bruxelles, il signait un article très précis et bien échafaudé sur la situation politique de son pays. Netanyahou, le début de la fin donne un portrait judicieux d’Israël. « Bibi » va tomber, peut-être même qu’il ira en prison, mais l’après ne se présente pas sous de bons auspices : les partis extrémistes et religieux s’implantent bien tandis que la gauche, selon Barnavi est « tétanisée ». En comité restreint, il va jusqu’à prétendre que « les travaillistes sont minables à jamais ». Là-bas non plus l’Histoire ne dégage pas des élans d’optimisme quant à la fraternité, produit imaginaire d’un beau mariage harmonieux entre la liberté et l’égalité.

Samedi 10 mars

 Macron est en Inde. On évoque des contrats pour plusieurs milliards d’euros. Jusqu’à preuve du contraire, pour l’heure, ce n’est que la confirmation de ceux qui avaient été conclus par François Hollande en janvier 2016 lors de son deuxième voyage dans ce pays au cours du quinquennat.

                                                     

 Si Laurent Ruquier veut que son émission On n’est pas couché conserve un intérêt et un attrait malgré son ancienneté, il doit se séparer de Christine Angot, écrivaine moyenne et contradictrice désespérante. Cette émission vieillit plus vite qu’à son rythme parce que Christine Angot la fait vieillir. Ruquier n’aurait du reste jamais dû la promouvoir dans son arène.

Dimanche 11 mars

 Á propos de la possible rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des Relations internationales et stratégiques (Iris) déclare au Journal du Dimanche : « Trump peut vouloir ce sommet mais je ne suis pas sûr que le Pentagone le laissera faire. » « Le laissera faire »… Le président des Etats-Unis d’Amérique serait donc sous les ordres de l’administration de la Défense… Intéressant à creuser.

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 Puisque Marine Le Pen voulait absolument changer le nom de son parti, le Front national (FN), il y avait une manière superbe de réaliser la mutation sémantique dans un beau compromis : changer le nom mais conserver le sigle. En introduisant le mot France et le mot « neuf » par exemple. France nouvelle (FN) aurait dégagé une volonté de modernité pour la nation. Marine Le Pen préfère Rassemblement national. L’expression sent la naphtaline, mais comme les idées qu’elle transporte ont le même parfum, pourquoi pas ?

Lundi 12 mars

 Le président Xi Jinping, désormais plus ancré dans ses baskets que feu Mao-Tsé-Toung, « apprécie les intentions positives de M. le président Trump afin de parvenir à une résolution pacifique du problème de la péninsule coréenne. » Flatté, Trump s’est empressé de twitter le message en ajoutant : « La Chine continue de nous aider. » Quelquefois, la candeur et la naïveté révèlent l’ampleur de la connerie.

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 François Hollande accorde une longue interviouve au Monde en matière de politique internationale. Il veut s’exprimer sur la Syrie et expliquer ce qui fut son comportement eu égard à ce dossier chaud lorsqu’il était au pouvoir. Et en effet, l’Histoire retiendra qu’il fut prompt à intervenir afin d’éviter l’éclatement d’une guerre civile, tandis que Barack Obama opéra un recul in extremis, préférant ouvrir des négociations avec Poutine. Mais puisque le mal est fait et qu’il ne semble pas s’estomper, c’est un autre conflit présent dans la zone qui préoccupe Hollande, et en particulier l’attitude de la Turquie qui combat les Kurdes. « La Turquie, cet allié qui frappe nos alliés » souligne l’ancien président. Le Monde a d’ailleurs choisi cette réflexion comme titre à la une. Eh oui ! Car la Turquie du sultan Erdogan est membre de l’OTAN. Toujours membre de l’OTAN dirions-nous…

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 « On dirait que les préjugés, les bassesses et les mensonges n’ont pas fait de mal à l’espèce humaine, tant on se montre sévère pour la philosophie, la liberté et la raison. » (Germaine de Staël. De la littérature considérée dans ses rapports avec des institutions sociales). Quelle formidable actualité pertinente en cette pensée qui date de 218 ans !...

Mardi 13 mars

 Autrefois, Christophe Bourseiller jetait des pavés dans les mares. Désormais, il préfère les coups de pied dans les fourmilières. Il avait visité les charlatans, les pseudo-historiens, tous ces spécialistes de l’élucubration qui abusent de la crédulité des braves gens pour raconter les faits du passé à leur manière : Jésus-Christ était gaulois, Jeanne d’Arc était un homme, le Titanic n’a pas coulé, etc. (Et si c‘était vrai, éd. Librairie Vuibert). Ces supercheries ne présenteraient guère d’intérêt si elles n’étaient pas reconnues véridiques par une tranche de la société. Quand on sait que le créationnisme est enseigné dans certains États américains de manière tout à fait officielle, on n’est plus aussi tenté de rejeter d’un revers de main toutes ces sottises. Bourseiller vient de creuser une autre veine du même type, cette fois sous la forme d’une enquête sérieuse bien argumentée. Le voici qu’il nous livre des comportements bizarres que nos héros et nos maîtres auraient adoptés. Et s’ils étaient tous fous ? Enquête sur la face cachée des génies (éd. Librairie Vuibert) pose la question lancinante d’un lien qui pourrait exister entre la folie (disons l’extravagance absolue) et le génie. Les exemples ne manquent pas. Dali bien sûr, qui se prenait pour Dali. Les gestes incongrus de Gérard de Nerval sont connus. Qu’il se balade nu dans les Jardins du Palais royal en tenant un homard vivant en laisse, c’est encore concevable lorsque l’on sait qu’il terminera sa vie chez le docteur Blanche. Que Vincent Van Gogh mange les toiles qu’il ne considérait pas réussies, c’est difficile à imaginer… Mais Proust ! Le grand, le bon, l’éclatant Marcel ! Voilà que nous apprenons que son occupation favorite était de décapiter des rats dans les bordels ! Si Bourseiller n’est pas un fumiste, son enquête a de quoi poser un autre problème : et si l’on se contentait de savourer l’œuvre sans se demander comment vivait celui ou celle qui l’avait écrite ou peinte ? Oui, mais le style, c’est l’homme !...

Mercredi 14 mars

 Herlind Kasner est une femme heureuse ce matin. Au Bundestag à Berlin, du haut de ses 89 ans, elle a savouré le record de sa fille Angela Merkel, élue chancelière pour la quatrième fois consécutive. Elle aura dû prononcer une phrase qui, traduite en français, pourrait s’apparenter à : « Pourvou què ça doure ! »

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 Après l’incursion dans les élections américaines et quelques broutilles d’espionnage industriel, voici l’empoisonnement d’un agent de renseignements et de sa fille en Grande-Bretagne. La Russie de Poutine semble avoir le monde entier à sa portée par le biais de la toile qu’elle maîtrise comme l’araignée construit la sienne. Theresa May, appuyée par son parlement, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Elle expulse 23 fonctionnaires liés à l’ambassade de Russie de Londres. Bien entendu, on comprend qu’elle saisisse l’occasion pour fortifier sa notoriété chancelante et apparaître en rassembleuse an nom de la patrie en danger. Soit. Mais s’il s’avère que le ver poutinien est réellement dans le fruit britannique, celui qui va se faire réélire dans trois jours pour six ans à la tête de son vaste pays sera devenu plus dangereux pour l’Occident que les pires stratèges du communisme soviétique.

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 Patrice Blanc-Francard parle de son amour du jazz qui l’a conduit à entrer dans le cercle des auteurs de Dictionnaires amoureux (éd. Plon). Il évoque La Nouvelle-Orléans dont il connaît l’histoire comme sa poche jusqu’à ce qu’il avoue n’y être jamais allé. Trois fois il devait accomplir le voyage, trois fois il dut renoncer (l’accouchement de sa femme, un avion bloqué au sol, un impératif de business en rendez-vous…). Il débite des anecdotes comme un habitant alimenterait la nostalgie d’une époque révolue. Car aujourd’hui, dans cette ville mythique, le jazz n’existe plus que pour le touriste. Aucun véritable intérêt musical ne s’y dégage à un point tel que chez les vieux jazzmen qui ont besoin de gagner leur vie et qui connurent les belles heures, si on les prie de jouer On the sunny side on the street, ils réclameront 10 dollars de plus tant ils en ont marre de la routine. Blanc-Francard est un journaliste musical de 75 ans. Il n’est pas historien, la polémique le rebute, la politique ne l’intéresse pas beaucoup. C’est donc presque au hasard d’un propos qu’il souligne le tricentenaire de La Nouvelle-Orléans, une célébration que la France ne semble pas assumer. La France est le pays du passé qui ne passe pas, comme disait Henry Rousso. Fêter - ou même simplement évoquer - la fondation de La Nouvelle-Orléans en 1718, c’est rappeler aussitôt que Napoléon Bonaparte l’a vendue pour 10 millions de dollars aux États-Unis le 3 mai 1802 (+ 5 millions pour la Louisiane), une décision prise sans la soumettre à l’Assemblée nationale. Pas fière Marianne, quand on imagine aujourd’hui ce que serait cette implantation territoriale…

Jeudi 15 mars

 Vladimir Poutine se paye le luxe, à quelques heures du scrutin présidentiel, de laisser entendre qu’il pourrait quitter le pouvoir avant la fin de son prochain mandat. Fatigué ? Amoureux ? Que nenni. Précautionneux, pour assurer que le successeur ainsi maîtrisé ne soldera pas la longue période de son règne et surtout ne fera pas le ménage de manière trop brutale. Entendons : mettre en prison certains qui auront soutenu Poutine et qui se seront enrichis grâce à lui. Quand on abuse du pouvoir, on n’est jamais assez prudent à l’heure d’en remettre les clefs.

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 En 2016, l’Union européenne avait versé 2 milliards d’euros à Erdogan afin qu’il maintienne les réfugiés syriens sur ses terres frontalières du pays ravagé par la guerre civile. Celle-ci demeurant plus meurtrière que jamais, il importe de renouveler le contrat. Malin, le sultan augmente l’ardoise : ce sera désormais non plus 2 mais 3 milliards. Comme l’Histoire, l’actualité offre souvent des convergences loufoques, sortes de hasards troublants qui prennent la superfluité des choses à rebours. En 1958, le père Dominique Pire fut lauréat du prix Nobel de la Paix pour son travail en faveur des réfugiés après la Seconde guerre mondiale. Il avait créé une organisation qu’il dirigeait sous le nom : L’Europe du cœur au service du monde. Que l’Église catholique ait la bonne idée de rééditer le discours que le Père Pire prononça il y a 60 ans à Oslo et quelques personnalités politiques se disant chrétiennes risquent de se trouver en légère contradiction avec les paroles du prêtre.

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 Pour le clan Hallyday, qui commence aujourd’hui son long parcours judiciaire, cette pensée de Nietzsche : « A-t-on remarqué à quel point la musique rend l’esprit libre ? Donne des ailes aux pensées ? Que, plus on devient musicien, plus on devient philosophe ? »*

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 Du droit d’importuner vu par l’autre sexe : « C’était une affaire d’hommes. Et puis Ève est arrivée… » (Jacques Martin)

L’Homme, dénominateur commun

 

Voici l’extrait du discours du Père Pire lors de la réception de son prix Nobel de la Paix en 1958 :

 « Je n’écoute pas les pessimistes qui disent que tous les Prix Nobel de la Paix n’ont jamais empêché les violences. Je crois que le monde progresse spirituellement. Lentement, sans doute, mais il progresse. A peu près à la cadence de trois pas en avant et deux en arrière. L’important c’est de faire le pas supplémentaire, le troisième pas. (…) Ils se trompent ceux qui pensent que je ramène tous les problèmes de la souffrance au drame des Displaced Persons. En aidant quelques réfugiés européens, je vois derrière eux tous les réfugiés d’Europe que je n’aiderai pas, et tous les réfugiés des quatre coins du monde. Derrière ce flot de réfugiés, je vois d’innombrables souffrances : les affamés, les sans-abris, les emprisonnés et tant d’autres misères. (…) Si profondes que soient nos différences, elles restent superficielles. Et ce qui nous différencie est infime, comparé à ce que nous avons de semblable. La meilleure façon pour nous de vivre en paix, de nous estimer et de nous aimer est donc de garder l’esprit fixé sur notre dénominateur commun. Celui-ci porte un nom magnifique : l’Homme. »

 

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13 mars 2018

Seth, globe-painter, mais pas que…

Seth, disons-le au risque de vous déplaire, n’a rien à voir avec la divinité égyptienne au museau pointu et aux oreilles dressées. Julien Malland est français, né à Paris en 1972. Il s’illustre dans des disciplines différentes de l’art : la fresque, le mur, la peinture de chevalet, la sculpture, l’édition. Si son blaze, son nom d’artiste, n’a pas de rapport avec l’homme et l’artiste, son surnom de « globe-painter » définit assez bien une part de son projet artistique.

Si les formes de son art sont multiples, deux thèmes sont récurrents : la représentation de situations mettant en scène des enfants, un goût assumé du surréalisme. Les deux fusionnant le plus souvent pour donner à voir des enfants dans des situations surréalistes.

Ceci étant dit, on reste à la surface des choses, littéralement, on est superficiel. « La vérité n’est pas ailleurs », comme aurait dit notre regretté ami David Vincent, mais elle se cache. Essayons de soulever une partie du voile.

Réduire l’univers graphique de Seth aux enfants n’est pas tout à fait juste. Il est vrai que la grande majorité des œuvres montrent des enfants mais on trouve également des « grandes personnes », des femmes notamment, et, aussi des animaux. Ne chipotons pas, l’œuvre est dominée par des portraits de l’enfance. Des enfants, garçons et filles, intégrés dans un environnement « local », ayant les traits distinctifs (quoiqu’exagérément démonstratifs) de leur identité. Ces traits (ceux du visage, de la coiffure, du costume etc.) sont des marqueurs identitaires symboliques qui s’éloignent notablement de la fidélité dans la représentation. Les sujets, les éléments de décor, ne sont pas réalistes ; les « traits pertinents » sont codés et font sens pour les Occidentaux. Les enfants de Seth sont des enfants rêvés par un Français, des portraits symboliques aisément lisibles pour celui qui regarde.

Les enfants semblent avoir à peu près le même âge : ils ont entre, disons 8 et 12 ans. Ce ne sont plus des « petits enfants » ; ce ne sont pas des adolescents. Gardons le mot « préadolescents » pour en parler. Des « préados » donc, des deux sexes. Le genre est rendu manifeste par la forme des visages, de la coiffure, des vêtements mais les attributs des garçons et des filles renvoyant à la sexualité sont évités. Evités, masqués, cachés. Les enfants sont des garçons et des filles d’avant l’éveil de la sexualité. Les situations dans lesquelles garçons et filles interagissent sont, de ce point de vue, significatives. No sex. On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le « bon sauvage » de Rousseau. L’Homme était naturellement bon avant d’être perverti par la société. Les enfants impubères sont peut-être, c’est une hypothèse, des enfants purs. Des « anges », des « chérubins », dont les attributs ramènent à une pureté originelle.

Le fait que les enfants de Seth sont quasiment tous représentés soit de trois-quarts arrière, soit de derrière, est-il le signe d’une certaine volonté de ne pas mettre l’accent sur le genre des personnages ? Excluons la difficulté pour Seth de peindre des visages. Il a peint des visages de face, d’enfants et d’adultes. Et fort bien. Reste l’hypothèse de centrer l’œuvre sur autre chose que « l’art du portrait ».

Le discours de Seth est un discours poétique. Une poétique qui flirte avec le fantastique et/ou le surréalisme. Toutes les œuvres, des toiles aux murs, ont un dénominateur commun : elles montrent un enfant «innocent », essayant de franchir un obstacle, pour passer vers… ailleurs. Dans de très nombreuses fresques, Seth représente un enfant la tête déjà en partie de l’autre côté d’un ailleurs dont l’accès est représenté par des variantes chromatiques de l’arc-en-ciel. Je n’oublie pas que dans certaines traditions l’arc-en-ciel est la porte du « ciel ». Non pas le ciel physique mais plutôt les « cieux », ceux des mythologies et des religions.

Seuls les enfants ont gardé cette proximité d’avec le merveilleux pour pénétrer dans des mondes inconnus des « grandes personnes ». Le passage n’est pas un rite d’initiation mais il illustre la capacité des jeunes enfants de voyager dans plusieurs univers. Les pieds restent sur terre mais la tête est déjà « dans les nuages ». Ainsi, les scènes de passage, si nombreuses dans le travail de Seth, sont des allégories de la condition des enfants, à cheval entre deux réalités.

Seth et ses enfants sont des passeurs. Comme Charon, le nocher des Enfers, les enfants voient l’invisible. Ils évoluent dans un monde charnière voisin d’autres réalités. Des réalités que ne voit plus les adultes ; un monde qui n’est pas le nôtre, un monde dans lequel nos lois physique ne s’appliquent pas. Le caractère « surréaliste » des œuvres tient à cette proximité, à cette « confusion » des mondes.

Les œuvres de Seth séduisent tout d’abord parce qu’elles sont belles : un graphisme digne des planches des dessinateurs de bandes dessinées à la « ligne claire », les couleurs éclaboussent des scènes qui étonnent et surprennent, les décors sont somptueux. Mais sous la couche d’acrylique, il y a un discours sur l’enfance.

Seth évoque pour moi « Alice au pays des Merveilles » de Lewis Carroll. La chatte Dinah aide à passer de notre monde au pays des Merveilles comme l’arc-en-ciel-vortex de Seth. Les animaux du bestiaire, la Souris, le Canard, le Dodo, le Loir, l’Aiglon, le Lapin blanc et bien d’autres côtoient les cartes, le Deux, le Sept, Le roi de Cœur et le valet de Cœur. Les objets, les animaux et la Duchesse, la Cuisinière et le Valet de pied se côtoient dans un pays où les règles du monde des Hommes n’ont pas cours.

Si je ne crois pas que le monde des « préados » est « le vert paradis des amours enfantines », il est vrai que « la pensée magique » qui existe chez tous les adultes est encore davantage présente chez de jeunes enfants.

« Je me souviens », petit garçon assis sur la banquette arrière de le Frégate familiale, avoir regardé les nuages, ces « merveilleux nuages », et avoir essayé de commander leur fuite dans l’azur…

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Seth, globe-painter, adapte sa fresque au support.

Fresque Bogota.

Passage. Le bas du visage est peint. Le "trou", cerné de cercles colorés, est une entrée dans un monde merveilleux.

Scène de passage.

Scène de passage

Scène de passage

Scène de passage.

Un passage "horizontal" d'un petit garçon et de ses compagnons, les oiseaux.

Un portrait de petite fille (parc de Belleville, Paris.)

Portrait d'un garçon bleu (parc de Belleville).

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12 mars 2018

Animal et sacré

&

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Voilà
Une halte forcée
Dans un lieu oublié
Des chercheurs d'or
Titien efface ses traces
Ne pense plus
À rien
Il est un dernier enfin premier
Un visage perdu lui revient
De sa bouche fine et aimée
Surgit un troublant chant de louve
Qui efface les sons du monde
Et fait rêver la lune
Titien est seul au monde
Il écoute cette musique ancienne
Et chante
Une onde
Sans dessus dessous
Féconde cette terre du milieu
Ce lieu oublié
Des chercheurs d'or
Pour Titien
Rien n'existe
Que ce chant choral
Animal et sacré
Cette mystérieuse fermentation
D'amours oubliées

12 mars 2018

Fuck the sun

Et voila que ce gros con de soleil se met encore une fois à répandre dans tous les sens son rayonnement énergétique, sans regarder à la dépense, comme tous les nantis ignorants qui jettent le pognon par les fenêtres.

Chaque matin, ce nain jaune réveille tout le monde avec sa lumière imbécile qui illumine sans distinction une demi-terre à la fois, ce connard rôti indistinctement les plantes, les insectes, et tous les autres animaux qui auraient la nonchalante inconscience de croire que ça fait du bien d’être bombardé continuellement par des milliards de particules qui pénètrent jusqu’à l’os. 

Cet abruti luminescent se boursouffle, se distend, éructe, vomit, il diarrhélise le trop plein, il éjacule des milliards  de mètres cubes qui dégoulinent en fusion et qui retombent sur lui sans qu’il s’en préoccupe, dans que ça le gène, sans que ça puisse nuire un seul moment à son bien être, sans qu’il se soucie du bien ou du mal que son influence peu produire sur les autres, que ce soit aux planètes qui tournent autour de lui comme des connes en pamoison devant la raideur d’un pénis, que ce soit sur les créatures éventuelles qui vivotent à la surface terrestre en croyant dur comme fer que sa chaleur est bienfaisante ...

Et les pauvres couillons que nous sommes, payons aux agences de voyages chaque années pour aller voir ailleurs s’il n’y est pas, là où justement son rayonnement est encore plus néfaste !

Aah ! La bassesse de la destination soleil !

Lui, il s’en contrefout les fesses dans le bitumes, il ne pense même pas à ce qu’il produit quand il se masturbe, éclate et pète en toutes circonstances. Il n’est que masse d’hydrogène et d’hélium en ébullition et, sans discontinuer, va chercher en son centre, au plus profond de sa masse, ces éléments qui le constituent. Il les fait revenir à sa surface en un rôt gigantesque afin d’extirper ce qu’il à de meilleur à ses yeux! Ensuite, comme un forcené, il enfouit de nouveau sa récolte tout en en projetant à l’extérieure des giclées à 2000 kilomètres, ce qui provoque de tremblements de terre, des tsunamis meurtriers et des épidémies d’infarctus !

Avec ça, il faudrait peut-être lui dire merci ? Le remercier de sa  fonction créatrice ? Le remercier de notre présence existentielle ?

Mais nom d’une brouette de purin, qu’est-ce qu’il sait de l’existence, ce brontosaure ? Il est incapable de penser ou de dire quoi que ce soit ! Il n’a pas de mémoire ! Il ne sait rien du tout, il n’est qu’une immonde et purulente boule de feu comme il y en a des milliards dans le cosmos ! Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il a inventé la poudre alors qu’il n’est même pas capable d’avoir inventé le fil à couper le beurre !

Il ne sait même pas non plus pourquoi ça se passe comme ça, et quoi qu’on dise, il ne tire aucun plaisir à faire ce qu’il fait, il ignore le sens de sa présence et de ce fait, en provoquant notre éclosion, il nous fourgue en même temps dans la confusion, nous plonge dans les mêmes ignorances, et suscite un même questionnement avec absence de réponse !

Merde au soleil, à ses colères de sale gosse, à son enfer bon marché, à sa déliquescence, à sa décrépitude, à son dégorgement malfaisant, à ses débordements bordéliques et à  la fatuité de son outrecuidance !

A pa peur ?

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08 mars 2018

Quel cinéma !

Jeudi 1er mars

 Michel Barnier conduit les négociations du Brexit de main de maître. Dans 13 mois, la séparation sera effective, l’évaluation du divorce pourra s’accomplir, mais il est d’ores et déjà évident que l’Union européenne aura géré cette épineuse question inédite avec sérieux et sens des responsabilités devant l’Histoire.

                                                                       *

En politique, rien n’est jamais acquis et on n’est jamais fini. L’exemple le plus flagrant sera désormais celui de Silvio Berlusconi. On le croyait hors du champ. Á 81 ans, toujours sous le coup d’une éligibilité, le voilà qu’il pourrait emmener son parti Forza Italia vers une victoire dimanche prochain. Même si la victoire n’est pas assurée, l’homme a déjà réussi son come back miraculeux. D’ailleurs ce n’est pas un come back, c’est carrément une résurrection.

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 « La fille des Lumières », Madame de Staël, la dernière pièce de Jean-Claude Idée présentée en lecture-spectacle au Centre culturel d’Uccle, est d’une remarquable qualité théâtrale. L’auteur, désormais spécialisé dans des évocations de moments d’Histoire, progresse de sujet en sujet au point de brasser un public de plus en plus nombreux. Qui plus est, les comédiens qui le suivent dans la belle aventure des Universités populaires du Théâtre épousent de mieux en mieux ses objectifs. Ainsi, Annette Brodkom est ici une Germaine de Staël qui ne doit rien à celles, plus célèbres, qui ont incarné cette libertine éprise de libéralisme. Créées dans la même veine que les initiatives de Michel Onfray en matière de philosophie, les Universités populaires du Théâtre commencent à se doter d’une vitesse de croisière impressionnante. Plusieurs lieux, en particulier Avignon, devraient le confirmer cette année.

Vendredi 2 mars

 Carles Puigdemont renonce à diriger la Catalogne depuis sa retraite flamande. Cela signifie qu’il exclut aussi de rentrer dans son pays, d’être envoyé en prison, et de provoquer un procès politique retentissant. On avait bien perçu depuis longtemps que ce triste sire était un faux héros. Il n’a pas l’étoffe d’un véritable personnage qui se dépasse pour modifier le cours de l’Histoire. Le voici en train de démontrer que tous les nationalistes ne sont pas courageux. Au domaine des grandes gueules, on trouve aussi des lâches.

                                                                       *

 Emmanuel Macron visite la Maison d’arrêt de Fresnes. Une fois encore, on espère pour lui, pour son avenir, que le sens de son déplacement et les paroles (positives, forcément positives…) qu’il y prononce ne relèvent pas d’un simple coup de com’. Des archives radiophoniques pourraient démontrer que Robert Badinter en 1985, Élisabeth Guigou en 2000 et Christiane Taubira sous le précédent quinquennat – trois personnalités irréprochables -, avaient dénoncé la surpopulation carcérale et affirmé leur volonté d’y remédier. Bien d’autres, du reste, s’étaient inscrites dans leur sillage.

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 Il importe de remercier ses partenaires, de saluer son producteur, d’exprimer sa gratitude à ses maîtres, son affection à sa compagne ou son amoureux, et bien entendu, de ne pas omettre ses parents, leur confier l’expression d’une reconnaissance filiale pour avoir pu choisir son destin, malgré les doutes et les risques que comportait l’aventure (Hé ! Maman ! T’as vu !...). Tous ces mots convenus emballés comme il se doit dans un bouquet d’émotions et de joies parfois difficilement contenues. D’année en année, les cérémonies des Césars se réforment, souvent avec bonheur. Mais comment éviter ces parties si lassantes qui vénèrent l’octroi de la récompense et qui pèsent sur l’ensemble de la soirée, pourtant bien ajustée ? La question a sûrement déjà taraudé plus d’un organisateur mais elle ne peut sans doute pas accoucher d’une réponse adéquate. Une récompense, cela s’honore de commentaires. Ce soir, seule Jeanne Balibar -meilleur rôle féminin pour son interprétation de Barbara dans le film éponyme de Mathieu Amalric – a tenu des propos intéressants (et intelligents) dans le cadre de ses remerciements. Albert Dupontel aurait pu en faire de même. Le lauréat de la meilleure réalisation (Au revoir là-haut) n’était pas présent bien qu’il dut se douter qu’au moins un trophée lui serait attribué. Celles et ceux qui se sont exprimés au nom du film le plus primé (120 battements par minute) – y compris le réalisateur Robert Campilio – tentèrent bien un commentaire audacieux. Le discours était finalement très apprêté. Bref, à l’exception d’une belle petite sortie de l’humoriste Blanche Gardin (une artiste à suivre), la partie la plus réussie était celle des hommages. Il faut dire que la palette ne manquait pas d’allure. Dans l’ordre d’entrée en scène : Jeanne Moreau, Jean Rochefort, Johnny Hallyday, Mireille Darc, Danielle Darrieux ouvrirent des chapitres funéraires impressionnants. On a coutume de préciser que 2017 fut une grande année pour le cinéma français (et même le cinéma francophone). Elle le fut aussi dans ses deuils.

Samedi 3 mars

 Olivier Faure, le président du groupe PS à l’Assemblée nationale, fait campagne pour diriger le parti à reconstruire. Il visite sections et fédérations et, dans la tradition bien française de ses prédécesseurs, sait trouver les mots d’esprit qui réjouissent les militants. Celui-ci n’est pas mal : « Macron voulait mettre la République en marche, il l’a transformée en marché. » Pas mal, et assez exact…

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 Le Salon de l’Agriculture de Paris ferme ses portes demain. Á l’approche de l’heure des bilans, deux faits retiennent particulièrement l’attention des observateurs : 1. Emmanuel Macron a battu tous les records de présence : 12 heures 30 dans les stands et travées.  2. le grand snobisme des urbains consistait cette année à l’acquisition d’une poule. On s’attendait au premier constat ; on ne devinait pas le second. Quant à la situation désespérante de certains agriculteurs, ça ne fait point partie de la com’ qui marche, « la com’ qui fait le buzz coco ! ». Les Césars avaient pourtant bien évoqué (et récompensé !...) le film Petit paysan (Hubert Charuel) hier soir…

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 Jérôme Garcin ne célèbre pas que ses parents, il évoque toute sa famille, inventant ainsi le genre « autobiographie familiale » que l’on connaissait déjà dans le roman (Les Thibault de Roger Martin du Gard…) mais qui était beaucoup plus rare dans l’essai. En remontant jusqu’aux Lumières, on trouve beaucoup de médecins chez les Garcin. Le titre que Jérôme donne donc à son voyage dans l’arbre généalogique va donc de soi : Le syndrome de Garcin (éd. Gallimard). Mais alors, le petit Jérôme serait-il l’héritier qui aurait mal tourné ?
Hum ! Finaud, il a construit sa pirouette : « Si soigner, c’est sauver des vies, écrire, c’est les prolonger » dit-il. Du coup, il peut même clore son récit par une phrase sibylline empruntée à Emmanuel Berl : « Il fait beau, allons au cimetière. »

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 Si tu ne vas pas à la station-service, la station-service ira à toi. Á Paris, la firme Gaston-le-pompiste livre le plein à domicile. Et de surcroît – ce qui devient introuvable à cause du self-service – le préposé à la livraison peut vérifier la pression des pneus et laver la voiture. Un petit coup de fil, et il arrive dans les deux heures ! Les périodes critiques ont toujours excité l’imagination des inventeurs. La trouvaille de Gaston pourrait devenir une nouvelle manière d’accompagner les automobilistes.

Dimanche 4 mars

 On annonçait un scrutin serré. En fait, c’est à une large majorité (66 %) que les militants du SPD ont approuvé le programme de coalition gouvernementale avec la CDU-CSU. Et en une belle participation : 78 % des 462.000 adhérents. Les instances européennes sont ravies. Angela Merkel et Emmanuel Macron sont attendus au tournant de l’Histoire. Sans tarder s’il vous plaît.

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 Les Suisses votent massivement (71 %) contre la suppression de la redevance et expriment ainsi, malgré le montant très élevé de la participation de citoyen (400 euros par an) au maintien de l’audiovisuel public. Aux dirigeants de démontrer, à présent, que ledit audiovisuel public est capable de réaliser une télévision intéressante, où la culture et l’information occupent une place prépondérante. Ainsi, les pays voisins pourront demain prendre exemple sur la Suisse afin d’opter pour la qualité du média. C’est un peu cocasse et surtout inattendu mais c‘est à prendre avec l’étonnement du plaisir et de la confiance en un esprit civique parfois si décrié.

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 Nathalie Baye est la seule de la grande famille constituée par Johnny Hallyday à ne point participer aux médiocres discussions publiques sur l’héritage. Voici qu’elle déclare au JDD sa passion pour une des chansons de son ex-mari, La Mort d’Ophélie, écrite par Mort Shuman en 1976. « Une ballade dont je ne me lasse jamais » confie-t-elle. Grâce à Nathalie Baye, on découvre une chanson de Johnny tout à fait tombée dans l’oubli. C’est mieux que d’inventer un codicille.

Lundi 5 mars

 En prenant connaissance du résultat des élections législatives italiennes, ce n’est pas l’étonnement qui domine. Les sondages et la campagne annonçaient la perspective d’un pays ingouvernable. On ne s’affole pas non plus car on se souvient que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cet État fonctionne en moyenne au rythme d’un gouvernement par an. Une combinazione finissait toujours par être trouvée entre les partis traditionnels. Désormais, ce sont les extrêmes qui émergent : les populistes du mouvement 5 étoiles et les ligues d’extrême droite, toutes formations anti-européennes qui tirent profit d’un manque de solidarité des 26 envers la crise migratoire dont l’Italie subit plus que tous les autres les effets. On prévoit donc déjà l’organisation d’un nouveau scrutin. Si tel était le cas, plaise à Macron et Merkel de prendre une initiative forte afin de rétablir un minimum de confiance à Rome, là où en 1957 fut signé le traité de baptême de l’Union.

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 Il y a 65 ans s’éteignait le petit père des peuples. Aujourd’hui, nombreux sont les journalistes qui estiment que Jean-Luc Mélenchon dirige son groupe La France insoumise de manière stalinienne. Il ne faut pas dénaturer la puissance des mots. Mélenchon est fou mais ce n’est pas un dictateur dangereux. Voilà déjà tellement d’années que le mot « fasciste » est utilisé à tort et à travers si bien qu’il n’effraye plus la jeune génération dont les parents, qui n’ont pas connu le régime ainsi nommé, ne sont même pas des témoins de première main. Dans quelques semaines, à l’occasion du 50e anniversaire du mouvement de Mai, on réentendra le slogan « CRS-SS ». La rime était aisée mais le sens était stupide : les CRS ne sont évidemment pas des SS, ni ceux de ’68, ni ceux d’aujourd’hui.

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 La cérémonie des Oscars s’est avérée aussi douceâtre que celle des Césars, l’humour étatsunien la rendant plus quelconque encore. Là où la salle s’esclaffa le plus, c’est lorsque le présentateur lui fit remarquer qu’Oscar, la statuette, n’avait pas de pénis… Retenons donc simplement que Gary Oldman fut célébré pour son interprétation de Winston Churchill dans Les Heures sombres (Joe Wright), c’est ce qui restera dans l’histoire d’Hollywood pour cette 90e édition du grand gala des meilleurs.

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 Commentaire,  la revue trimestrielle de pensée libérale, publie un texte inédit de Jean-François Revel dans lequel il évoque son alcoolisme : « Ce n’est jamais de l’ivresse que provient la manifestation du talent. C’est toujours de la victoire sur l’ivresse. »

Mardi 6 mars

 On la croyait au-dessus de la mêlée, loin des contingences médiocres. Il n’en est rien. Nathalie Baye sort de son silence et confie au Figaro sa « douleur » et son sentiment de « grande injustice » dans l’affaire de l’héritage Hallyday. Il est probable que  l’identité artistique de Johnny va désormais traverser une longue période silencieuse. Déjà, la sortie de l’album qui était en préparation au moment de sa mort a été reportée. L’actualité du rockeur se répercutera plutôt dans les pages judiciaires que dans les échos musicaux.

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 L’enquête quotidienne du Figaro auprès de ses lecteurs porte sur une question résultant des élections italiennes : La montée des populismes en Europe vous inquiète-t-elle ? Á midi, 60.000 réponses avaient déjà été enregistrées. Résultat : 37 % de oui ; 63 % de non. Confirmation : si l’extrême droite n’est pas encore majoritaire dans les urnes, elle l’est déjà dans les esprits.

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 Le Retour du héros, de Laurent Tirard, est un film qui frôle de vaudeville campagnard, au moment des guerres napoléoniennes, dont la petite aristocratie bourguignonne est le cadre. Sans intérêt, sauf pour apprécier ce grand cabotin de Jean Dujardin, aussi à l’aise dans un rôle de séducteur que dans celui d’un imposteur, a fortiori quand il s’agit de la même personne.

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 Le Real Madrid est venu vaincre le Paris Saint-Germain dans ses propres installations, au Parc des Princes. La gloire européenne échappe une fois de plus au club qui avait bénéficié d’un investissement d’un demi-milliard d’euros en provenance du Qatar pour ramener le trophée. Il faudra encore déverser quelques millions de plus. Attendons-nous à ce que le prix du baril de pétrole augmente.

Mercredi 7 mars

 Les dirigeants des deux Corées se parlent, se rencontrent, et se font même des politesses. Ils vont bientôt s’échanger des cadeaux : Alice au pays des merveilles, Mickey et Donald sont dans un bateau…

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 En Belgique, on pratique tout le temps des compromis, même des compromis sémantiques. Lorsqu’une institution appartient autant à la communauté flamande qu’à la francophone, on opte pour une forme de phonétique afin de trouver un nom qui satisfasse tout le monde. Ainsi, le Palais des Beaux-arts, que l’on doit aux illustres francophones Jules Destrée ministre de la Culture des années ’20 et à Victor Horta, maître-architecte de l’art Nouveau, ne peut plus s’appeler ainsi. On le nomme désormais Bozart. Cette appellation si poétique a aussi inspiré les talentueux décideurs pour la cinémathèque attenante, l’une des plus riches du monde, intitulée désormais Cinematek. Est-ce que le nom de la chanteuse Sennek ressortirait à la même transformation en hommage au grand philosophe stoïcien Sénèque ? En Belgique, rien n’est impossible… Elle s’appelle Laura Groeseneken, née à Leuven il y a 27 ans. On comprend qu’elle ait cru bon de choisir un pseudonyme pour la scène et l’on pourrait même imaginer qu’elle ouvre une mode, celle d’opter pour l’anglicisation des patronymes de glorieux anciens. Ce serait amusant de retrouver Héraclite, Ovide, Périclès, Pythagore, Socrate, Sophocle, Virgile et les autres en une allure sémantique up to date… Toujours est-il que Sennek représentera la Belgique au Grand Prix Eurovision de la Chanson à Lisbonne en mai prochain. La Belgique est un pays de 11 millions d’habitants qui possède trois langues nationales : l’allemand, le français et le néerlandais. Comme il n’y a pas un Gainsbourg belge capable d’écrire une bonne mélodie en phonétique, Sennek interprétera une chanson en anglais. A matter of time sera le titre de la nouvelle rengaine. Fors l’honneur, of course...

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 La presse française se ridiculise. Elle avait de manière quasiment unanime laissé croire que le 3-1 de Madrid pouvait être corrigé par la prestation du match retour au Parc des Princes. Aujourd’hui, les qualificatifs de la déception mêlée parfois de colère ne possèdent pas assez de synonymes. Franz-Olivier Giesbert fait exception. Il adore cela. Il publie donc un poème à la gloire de Zidane, l’entraîneur du Real Madrid. Mais c’est dans La Provence, le journal de Marseille. Donc, pas de lynchage en vue, plutôt un piédestal.

 

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Blanche Gardin : "Est-ce que les actrices ont encore le droit de coucher pour avoir des rôles ?". Photo © Canal +

04 mars 2018

Dans les arbres voisins

&

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Dans les arbres voisins
Aucun oiseau ne chante
À l'arrière-plan
Un mur de flammes
Le vent se lève
La pluie se calme
Hugo aime ses peurs
Sa part d'obscurité
Il chante une version oubliée
D'un blues rural
Qui dit l'ombre d'un nuage
Le prix à payer
Toujours
Pour les crises de nuit
Hugo est amer
Le corps tendu
Il a payé
Bouffées de colère
Retenues
Il longe la rivière
Le lieu en impose
Hugo en marche
Se creuse en volcan éteint
Il étouffe les signes avant-coureurs
Des désastres imminents
Hugo imagine la fin
Le cœur ouvert au silence
Rien ne presse
Ce sera juste un moment perdu
Il fixe les moutonnements
Du monde organique
En haut, en bas
Il reprend le vieux blues au refrain
Il danse
En longeant la rivière
À l'ombre d'un nuage

02 mars 2018

Inti, le théâtre des apparences.

Voilà longtemps que je veux vous parler d’Inti. La semaine dernière Inti a donné une interview à l’hebdomadaire Télérama à l’occasion de l’exposition de ses toiles[1]. Inti Castro, c’est son nom, a acquis en quelques années une réputation internationale comme l’un des plus talentueux muralistes de notre époque. Nul mieux que lui n’a réussi sous couvert d’une peinture « léchée », pseudo décorative, précieuse, à transmettre des messages aussi forts. Cet apparent hiatus entre l’âpreté du message et la nature de la représentation, conjugué à une grande hardiesse dans la composition en font un artiste de premier plan, unanimement reconnu.

Malgré le succès de son travail de fresquiste, nous apprenons dans cet entretien qu’il a décidé de tourner la page.

« J’ai carburé à un mur par mois minimum pendant des années, il y avait le challenge de peindre des surfaces toujours plus grandes. Le rythme était fou. Et puis j’en ai eu marre de tout ce cirque. Au bout du centième mur, tu ne sais même plus pourquoi tu peins. Aujourd’hui, il y a des festivals de street art partout dans le monde. Et si tu refuses d’y aller, un autre ira à ta place. Il faut faire valider tes esquisses avant de commencer, on privilégie le joli, l’inoffensif… Le street art est devenue une entreprise de décoration. »

« J’ai du mal à me retrouver dans cette nouvelle donne : la rue pour moi, c’est la résistance, l’art en dehors de l’institution…. Malheureusement aujourd’hui, la rue est devenue l’institution. Il fallait que je prenne le temps de réfléchir à tout ça. J’ai arrêté de peindre des murs pendant un an pour la première fois de ma vie. J’ai publié un livre, tourné la page au sens propre comme au figuré. Je me suis alors concentré sur mon travail en atelier, que je présente désormais dans mon exposition parisienne. J’y trouve une plus grande sérénité de création, je m’initie à d’autres techniques, d’autres matières. Mais pas question d’abandonner les murs pour autant : j’y reviendrai c’est sûr, j’aime trop ça. »

L’abandon des fresques (et donc du street art) était surprenante pour un artiste d’une telle dimension. Il est vrai que la surprise et la tristesse était compensées par l’annonce de l’exposition de ses toiles à Paris. A la compréhension de la démarche de l’artiste s’opposait une irritation non feinte pour la petite phrase qui a déjà fait couler beaucoup d’encre dans le Landernau du street art parisien : « Le street art est devenue une entreprise de décoration. » En serait-on revenu à la classique opposition entre « l’Art pour l’Art » et l’Art médium au service du message ?

J’ai voulu comprendre, non pas le message (il n’est guère ambigu, et Inti n’a pas été la victime d’une traduction approximative, il maîtrise parfaitement notre langue et connait le sens des mots et l’étendue des concepts) mais ce qui avait pu amener Inti à soutenir une assertion aussi provocatrice.

Inti Castro est chilien et son œuvre de muraliste a été fortement influencée par le muralisme sud-américain, mexicain notamment, et par l’histoire à la fois douloureuse et originale du muralisme chilien. Il confie sa filiation avec la « brigada Ramona Parra ». Il n’est pas inutile de rappeler ce que furent ces « brigades » et le contexte historique.

Le gouvernement de l’Unité populaire du Chili (1970/1973) a contribué à la mobilisation politique des artistes. La lutte pour les idées s’est développée au théâtre, au cinéma, mais également dans les arts plastiques. Les brigades muralistes ont été créées par le Parti communiste chilien dès 1958 et la brigade Ramona Parra l’a été en 1968. Elle rassemble des lycéens, des étudiants et des ouvriers autour de la guerre du Vietnam. La brigade porte le nom de Ramona Parra en l’honneur d’un jeune militant du parti tué lors d’une manifestation sur la plaza Bulnes ( à Santiago du Chili ) le 28 janvier 1946. La brigade est créée suite à une résolution du VIe congrès de la jeunesse communiste chilienne (JJCC).

La brigade est très active en 1969 pendant le gouvernement de Frei et couvre les murs du pays de messages politiques et de peintures. Dès son origine, se complètent message politique peints sur les murs (le lettrage) et peinture (les fresques illustrant les mots d’ordre).

« La brigade Ramona Parra est née et s’est développée dans la lutte politique. Chaque conflit politique a été l’occasion de sortir peindre les murs. Après la fin des luttes, la brigade se séparait et son travail perdait de cette manière sa continuité. Quand le parti communiste a désigné Pablo Neruda comme son candidat à la table ronde de l’Unité populaire, la brigade a étendu son travail à tout le pays. Depuis elle n’a pas abandonné son travail. »[2] Le contexte explique les caractères particuliers des fresques : « Pendant la campagne du camarade président Salvador Allende, nous avons travaillé en marge de la loi, fuyant la police. Nous devions bien faire et vite. Nous utilisions toute la largeur du pinceau, à hauteur d’homme et n’employions qu’une seule couleur. Ce sont des travaux faits à grand trait, sans aucune vision esthétique. Pourtant, nous avons compris que nous pouvions faire de meilleures choses. Nous avons alors commencé à dessiner nos lettres plus larges, bien alignées. Nous utilisions deux couleurs et nous peignions seulement le fond des murs quand ils étaient sales. Jusqu’à finalement utiliser trois couleurs, une pour le fond, une pour les contours et une pour peindre la lettre. A la fin de la campagne électorale, nous avions une bonne quantité de murs dans tout le pays. »[3]

« Les brigades muralistes chiliennes sont une expérience absolument originale. Elles sont nées avec un objectif pratique : diffuser une information politique. Elles n’eurent pas de maître à penser et elles n’étaient pas formées d’un seul groupe d’artistes mais d’un grand nombre. Tout ce que savaient les artistes, ils l’ont appris en travaillant. Tout ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait en apprenant de leur travail. Pour eux, l’école a été l’école de la rue, de jour comme de nuit, harcelé par leurs adversaires, fuyant la police. De cette hâte est né un art rapide, direct, simple. »[4]

Le muralisme chilien est né de circonstances historiques particulières et quoique inspiré par les cultures plastiques des pays d’Amérique du sud, les contraintes de l’exécution des fresques ont donné naissance à une peinture originale qui continue d’irriguer le muralisme chilien contemporain.

Le contexte est certes aujourd’hui radicalement différent mais l’esprit du muralisme des brigades continue d’exister. Inti en est un héritier. Il ne peint pas pour ne rien dire. Son message est politique sans être partisan. Il porte les valeurs universelles d’égalité, de liberté, de fraternité mais également les valeurs de la gauche chilienne des « années de feu » : l’entraide, l’action au service des plus pauvres, l’engagement dans les luttes sociales et politiques, le respect, la tolérance, la fierté des cultures amérindiennes constitutives de l’identité chilienne.

Dans son entretien à Télérama, Inti traduit son engagement en termes simples : « Je ne peux pas vivre sans regarder et écouter ce qu’il se passe autour de moi. Peindre un mur, c’est une chance et une responsabilité : on a le devoir de dire quelque chose. Même si je le fais de façon imagée, permettant à chacun d’interpréter librement mes peintures. Souvent, les gens voient par exemple mes animaux comme un accessoire pour suggérer la douceur, alors qu’en fait, ils évoquent pour moi le sacrifice. Je suis un végétarien convaincu ! J’ai aussi peint des choses plus politiques, comme en 2015 à Rabat, avec “Exodus1” : un personnage de migrant africain, qui traverse le Maroc pour essayer de rejoindre l’Europe. »

 

A cette dimension sociale et politique, il convient d’ajouter un questionnement métaphysique. Nombre de ses personnages sont masqués comme le clown Kusillo : « C’est un personnage de carnaval originaire de Bolivie, qui n’arrête pas de faire des blagues. C’est le seul à avoir le droit de dépasser les bornes, on lui tolère tout : se déguiser en religieux, en femme, peu importe... Il incarne à mes yeux les limites de notre société. » Les scènes et les postures empruntent aux images du théâtre : « Les mains de mes créatures, comme le mime au théâtre, sont toujours très expressives. Le masque donne aussi un côté théâtral qui permet de faire passer des messages avec plus de douceur. L’an dernier, pour ma fresque à Paris dans le 13e arrondissement, j’ai peint une femme voilée, et de nombreux passants se sont offusqués et voulaient qu’on arrête. Dès que l’apparence est trop humaine, elle crée une tension. Je l’utilise seulement lorsque je souhaite une compréhension immédiate et universelle. »

 

Nous voilà donc au cœur de sa création. Inti ne peint pas pour ne rien dire. Il est un citoyen du monde et entend faire entendre sa voix. Dans ce sens, il rejoint les luttes des Brigades muralistes.

Sa voix porte des messages mais aussi des questions : les questions essentielles sur la Comédie humaine, sur les apparences, sur la foi de l’Homme sans Dieu, sur l’amour, sur la mort etc. A côté de la voix forte du citoyen engagé, héritier non seulement d’une esthétique mais d’un combat, nous entendons un discours plus intime qui nous renvoie à nous-mêmes. Cette « tension » comme il nomme la violence des questionnements est tempérée par le jeu des apparences. La préciosité de sa peinture, le luxe des détails, le foisonnement des objets, la sophistication de la palette, cachent un sous-texte d’une grande violence.

 

Inti est héritier d’une culture muraliste et créateur d’un théâtre des apparences. Sous le masque de Kusillo, Inti interroge nos sociétés sur leurs fondements et les Hommes sur leur destin. La « décoration » n’est qu’apparence, « la vérité est ailleurs ».

 

 


[1] Galerie Itinerrance 24, boulevard du Général d’Armée Jean Simon, 75013 Paris.

[2] Traduction R.T.

[3] Témoignage d’un membre des brigades muralistes.

[4] Pintura Social en Chile », Ernesto Saúl.

Image: 

Le bouffon, masqué, se cache derrière un crâne orné de balles.

Le clown "révèle" des messages cachés, écrits sur son pourpoint. Le décor, lui, contient un message "codé".

la figure du clown, à l'habit rapiécé,jongle avec une balle. Le premier plan figuratif cache partiellement des mots comme carnaval et guerre.

L'ours, figure familière, tire les ficelles d'un autre ours etc. Son "habit" est celui de Kusillo. Le sujet principal "cache" un message "subliminal" : "Lève-toi, et regarde- toi".

Une figure de la Vierge au collier formé de tête de mort tient comme le Sacré Coeur de Jésus, un coeur, non pas symbolique, mais l'organe rouge de sang. Une intrication du décor et du sujet principal.

Tableau d'Inti détail.

Une parodie d'une scène saint sulpicienne classique : la Vierge en majesté entouré d'une légion d'anges. Mais la Vierge n'a pas les traits de l'iconographie religieuse, certains anges portent le masque de Kusillo, certains sont tatoués. La scène repose sur des crânes.

Tableau d'Inti(détail)

Une Vierge à l'Enfant singulière. Marie et Jésus portent le masque de Kusillo. Marie porte un collier formé de crânes. Le violet et le jaune renvoient à la pompe des habits ecclésiastiques.

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01 mars 2018

Jeux et tragi-comédies politiques

Vendredi 23 février                             

 De l’islamologue libéral franco-marocain Rachid Benzine : « Le contraire de la connaissance, ce n’est pas l’ignorance, c’est la certitude ». Hum… Et si on disait plutôt que l’ignorance, la méconnaissance, l’obscurité, antonymes de la connaissance, génèrent la certitude ?... Cela dit, rappelons-nous le sage constat de Jacques Lacan : « La psychanalyse est un remède contre l’ignorance. Elle est sans effet sur la connerie. » Pas question, donc, d’emmener les radicalisés qui reviennent au pays chez les psys.

Samedi 24 février

 Emmanuel Macron savait qu’en inaugurant le Salon de l’Agriculture, il serait observé par les uns, interpellé par d’autres, peut-être même conspué par de plus audacieux, de plus écœurés, de plus révoltés… Très intelligemment, il avait invité hier un millier de jeunes agriculteurs à l’Élysée afin de leur faire part de ses projets, de ses objectifs bref, de sa politique agricole dont l’Union européenne règle pour une grande part le destin. On sait combien communiquer est désormais l’acte central indispensable de l’action politique. Ce matin, le président est arrivé une heure avant l’ouverture du salon afin de prendre le petit déjeuner avec les organisations syndicales. Il a ensuite longuement parcouru les travées, beaucoup dialogué avec les uns, discuté avec d’autres. Comme il fallait s’y attendre, certains participants l’ont conspué. Parfois, il s’est un peu énervé. Mais dans l’ensemble, il a fait le job (comme disait Obama…) Et puis, toujours attentif à l’importance de la communication, il avait pris une autre précaution, celle de la durée de la visite. Il savait qu’on l’apprécierait également au temps qu’il passerait dans cette vaste foire. Alors il a veillé à s’attribuer un record de longévité. Il est resté plus longtemps à parcourir le Salon de l’Agriculture que ne s’y consacrait Jacques Chirac,  pourtant réputé pour y déambuler avec appétit, et que François Hollande, lui aussi familier des longues tournées. Car il importe que les statisticiens s’en souviennent : Chirac et Hollande sont Corréziens. Sur leurs terres d’élections, ils fréquentaient toute l’année des fermiers, des cultivateurs et des métayers. Ils y recueillaient plus de leçons de vie que sur les vastes plages du Touquet ou dans les couloirs de la banque Rothschild.

Dimanche 25 février

 Les soldats russes de service en Syrie sont rentrés au pays mais les conseillers militaires sont encore sur place. Ils alimentent les desseins toujours aussi monstrueux du sanguinaire Bachar al-Assad. Plusieurs centaines de morts chaque jour sous les bombardements de l’aviation gouvernementale. Des civils, des enfants… Le cessez-le-feu décrété à l’ONU ne produit que des effets très localisés… Alors que l’on imaginait la fin du conflit armé assez proche, alors que l’on parlait ça et là de reconstruction, ce ne sont que des images de détresse qui parviennent de ce pays en ruines. De temps en temps, le couple Bachar/Poutine apparaît à l’écran. Les deux hommes se sourient en se serrant la main. L’Iran est aussi dans le jeu de la férocité, bien actif sur le terrain semble-t-il. Machiavélique. D’autant plus sournois qu’aucun de ses dirigeants ne prend la pose  côté du couple infernal.

                                                                       *

 Éthique de la responsabilité accoudée à celle de la contrainte. Si un sans-abri refuse l’offre d’hébergement des services communaux et meurt victime des grands froids, le maire peut-il être poursuivi pour non-assistance de personne en danger ? La réponse ne va pas de soi. En tout cas, les grands froids sont là et il est courant, partout, de rencontrer des pauvres gens têtus qui préfèrent la rue glaciale à un matelas de fortune dans un local chauffé.

                                                                       *

 Neymar, la vedette chère du Paris Saint-Germain, est victime d’une entorse à la fin du match qui opposait son équipe à celle de Marseille. L’émoi est total dans la capitale, tout le pays retient son souffle ; on attend le verdict médical avec inquiétude. Une absence prolongée de ce champion pourrait hypothéquer les prochains objectifs du club. Cela lui coûterait cher. Très cher.

Lundi 26 février

 En Turquie, Erdogan aurait une opposante sérieuse et dynamique, pouvant le mettre en difficulté. Elle est laïque mais elle est aussi nationaliste, ultraconservatrice. En Israël, Netanyahou ne devrait pas échapper à la chute pour corruption avérée. En Syrie, Poutine décrète une trêve pour constituer un couloir humanitaire et permettre d’évacuer les civils. Mais une trêve de 5 heures, de 9 à 14 heures (Tiens ! C’est donc Poutine qui décide là-bas !...) En Chine, Xi Jinping va se faire désigner président à vie. Il fait très froid. Peut-être aurait-on mieux fait de rester au fond du lit ce matin…

                                                                       *

 Pour réformer la SNCF (c’est-à-dire supprimer les quelques avantages que détenaient les cheminots afin de compenser la pénibilité), Macron va encore utiliser les ordonnances. Tant que son parti est pratiquement le seul à travailler au Parlement, il peut s’autoriser à ignorer le pouvoir législatif. Mais qu’il se méfie des aisances factices, elles sont nombreuses et fréquentes dans un parcours politique. Qu’il ne sous-estime pas non plus les syndicats du rail, leur histoire pourrait lui rappeler des conquêtes sociales inattendues et durables.

*

 Dans Le Monde du 1er octobre 2011, on pouvait lire : « la France est le seul pays européen où la fiction nationale n’est pas leader en parts de marché, alors que triomphent les séries américaines. » Les temps ont changé, TF1 s’est spécialisée dans le médiocre, tandis que Marshall Mac Luhan n’avait pas prévu qu’une autre galaxie était déjà en train de naître.

Mardi 27 février

 L’ONU confirme la reprise des combats en Syrie, dans la Ghouta orientale, malgré la trêve humanitaire annoncée par Moscou. Les forces gouvernementales ont continué à bombarder la région et l’aide humanitaire aux civils n’a donc pas pu se déployer. Quel aveu d’impuissance !  Merkel et Macron avaient téléphoné de conserve à Poutine. Celui-ci aura bien dû s’en amuser.

                                                                       *

 Aux temps où les reportages et documentaires construits sur le concept de cinéma-vérité justifiaient le statut de service public de la RTBF, Manu Bonmariage et Jean-Jacques Péché réalisaient des films sous le registre Faits divers qui montraient des scènes de la vie ordinaire présentées de telle sorte que les gestes les plus banals, les paroles les plus naturelles et courantes pouvaient susciter la réflexion et l’interrogation. Les programmes évoluèrent. Faits divers devint Strip Tease, qui connut un succès équivalent, et dont le superbe graphisme du générique, rythmé par la musique cuivrée de Combo belge, résonne encore dans les mémoires. C’était le temps où les stupides séries américaines n’abêtissaient pas encore le téléspectateur. Certains documentaires furent tellement bien réalisés qu’on les imaginait parfois se transformer en longs métrages. Celui qui fut consacré à la juge d’instruction Anne Gruwez vient de connaître ce destin-là. Ni juge ni soumise n’est donc pas de la fiction. « C’est pire ! » prévient la bande-annonce, et l’on n’est pas loin de le penser. Car d’un rire spontané autant que goguenard, on passe, chemin faisant, au rictus amer pour, quelques heures plus tard, nourrir une réflexion sociologique inquiétante et déstabilisante. La face cachée d’une société paraissant équilibrée, tranquille, bien structurée provoque soudain le vertige. « C’est aussi cela le monde dans lequel je vis ? » Si décriée puisse-t-elle être, Anne Gruwez accomplit des tâches pédagogiques en exerçant son métier. Elle inculque, met en garde, guide, force le trait pour mieux prévenir le coupable. Le dialogue ou son monologue ressortissent à de l’éducation permanente. Les aspects de ce film qui semblent drôles renferment en fait une leçon de vie.  

Mercredi 28 février

 Le Monde révèle que dans les rues de Téhéran, des femmes provoquent la police en se baladant tête nue. L’abandon du voile réglementaire suscite des interpellations flicardes et des dialogues socratiques naissent qui contrarient les représentants de la loi. Jusqu’à présent, tout cela serait plutôt ludique. Mais on sait que bien des révolutions ou des accélérations de l’Histoire ont commencé par des jeux.

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 Les efforts consentis par François Hollande portent désormais leurs fruits. La croissance reprend et la courbe du chômage est inversée. Trop tard pour que celui qui était à la manœuvre en bénéficie. Bizarrement, son successeur n’en profite pas non plus. Sa cote de popularité est en baisse. C’est que la reprise est là mais seuls les hauts revenus en jouissent. Attention ! L’autosatisfaction et les certitudes sont les piperies des gouvernants.

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 Á temps de Toussaint, méditation de Toussaint. De Saint-Augustin : « les fidèles ne perdent rien à être privés de sépulture comme les infidèles ne gagnent rien à en recevoir » (De cura pro mortuis gerenda, 420). De Marcel Mariën : « Les cannibales n’ont pas de cimetière » (Á l’ombre de la proie, éd. du Daily-Bul, 1968).

 

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Et pendant ce temps, l’Europe ferme ses portes aux réfugiés. Photo © Amnesty International

25 février 2018

L'Autre Moi

Je suis le sosie de quelqu’un, mais de qui ? J’ai cru un certain temps que je ressemblais à mon père ou un de mes frères…L’époque étant à l’ambigüité, je me suis même comparé aux femmes, à certaines femmes, à commencer par ma mère…mais finalement je n’y ai décelé aucune ressemblance, à part les rides ! J’ai cherché aussi des correspondances chez les hommes célèbres mais je n’ai encore trouvé personne… quoique j’aurais aimé ressembler à Delon, le talent en plus…Mieux : à Freud !!! J’imaginais la rencontre :

_Ô mon cher Sigismund, que je suis heureux ! Vous rencontrer est un honneur…Dites-moi, je suis curieux : comment ça se passe au ciel avec Dieu (le père) ?

_Vous pouvez dire Sigmund…Ca se passe très bien, merci…Je me réjouis d’avoir trouvé la façon de régler définitivement mon Œdipe…Ne soyez pas surpris : Je plaisantai !

_Aah, l’humour juif…Si j’osais…tant pis, je me lance : j’aimerais que vous parliez justement de l’Œdipe !

_Hihihi ! C’est bien, il faut oser…Voyez-vous, l’Œdipe, c’est très simple et très compliqué : le petit d’homme (garçon ou fille) au fur et à mesure de sa croissance, n’a qu’une idée (inconsciente) en tête, c’est de prendre la place du père pour s’unir à sa mère…mais le père est un barrage infranchissable, (l’inceste, c’est tabou) !!!...Dès lors, s’il ne se débarrasse pas de cette idée, il sera jusqu’à sa mort, déchiré par ce choix difficile : accepter la loi du père (et donc renoncer à coucher avec sa mère) ou essayer de forcer le passage, combattre le père, et continuer de rêver à l’inaccessible…..

_Mais pour vous ? …ça s’est réglé comment avec Dieu (le père)

_Bof…on s’est tout de suite tutoyé…et depuis lors, ça baigne…

_Oui mais… l’Œdipe ?

_Ahah !!!...ça vous travaille on dirait…Savez-vous que beaucoup d’hommes trainent cette question durant de longues années comme un véritable fardeau…tout en refusant absolument d’être le vivant portrait de leur géniteur

_Comme un sosie ?

_Pas vraiment…ces hommes ne sont jamais satisfaits de leur papa ! Alors ils en inventent d’autres, des héros à qui ils voudraient s’identifier !...sans doute pour mieux les jeter aux orties plus tard !...Ce qui est curieux c’est qu’ils n’acceptent leur père légitime que s’il est amoindri : atteint d’Altzeimer, alcoolique, trafiquant, chômeur…certains d’entre eux, se tournent vers l’homosexualité, ils se découvre un sosie comme vous le suggériez tout à l’heure…mais inconsciemment, c’est toujours l’image du père servi à toutes les sauces, qui est omniprésente…

Ca me travaille m’a dit le grand homme…

Alors j’ai procédé par élimination : j’ai refusé l’éventualité de ressembler à Charles Michel ou à Jan Jambon, à Poutine, à Trump ou à Bachar Al Assad…et ne parlons même pas de Bart ou de Marine…

J’ai éliminé aussi tous ceux qui ont la peau foncée, les yeux bridés, le menton en galoche, le poil roux, la calvitie, le cou de taureau, ceux de plus d’un mètre quatre-vingt et de moins d’un mètre trente. Mais j’ai été pris de remords ! On ne sait jamais avec les gènes, ça peut revenir au bout de trente-sept générations…je pourrais très bien être le sosie en négatif d’un africain négroïde !...Et si on me retourne comme un gant, je suis peut-être le sosie d’un Gengis Khan, d’un M       ao,ou encore d’un Socrate !!! Ou de n’importe qui…peut-être bien de Jésus-Christ ?

Bon je continue à chercher, tout en sachant pertinemment que je ne ressemble qu’à moi-même…et dans mon for intérieur, plane le doux espoir qu’il y a, quelque part, quelqu’un qui découvrira qu’il me ressemble !

Petit homme, reconnais-le : tu ne connais de toi que ton propre reflet, ton image spéculaire, ton double, le duplicata de ta propre apparence.

En vain, tu cries au secours dans l’immensité sidérale, là où aucun mot n’existe pour t’y accrocher.

Mais si tu écoutes attentivement, tu entendras: « j’ai froid, j’ai faim, je suis seul, personne ne m’aime » et tu te demanderas d’où ça provient…

Sache que c’est bien toi qui a prononcé ces mots qui te reviennent dans la figure comme une gifle. Que tu le veuilles ou non !

Tant pis. Inculte et ignorant, tu mourras debout. Tu te tiendras planté sur une terrasse au sommet d’une colline et tu regarderas vers l’est. Dans la clarté encore incertaine de l’aube naissante, tu verras le soleil apparaitre encore une fois, là-bas au loin. Tu le verras s’élever dans l’azur. En attendant qu’il réchauffe ta carcasse, tu te remémoreras les événements qui ont jalonnés ta vie. Tu auras la vision paradisiaque de ta petite enfance, les soins attentifs d’une mère que, bien plus tard, tu accuseras d’être responsable de tes déficiences. Tu reverras ton père, monstre tonitruant et colérique, distribuant des baffes à la volée. Tu revivras à la vitesse d’un millionième de seconde, les relations conflictuelles entre tes frères et sœurs. Mais tu reverras aussi les vacances d’été, à la campagne, et tu auras en bouche, la réminiscence du goût de la mousse du lait écrémé sortant de la centrifugeuse que tu allais chercher à la ferme voisine et qui, mélangée à du sucre, constituait le repas du soir.

Dans l’immédiat, tu fais une fixation sur une date ; le 22 du 2 de l’an 2022 ! Ce jour là, c’est certain, ce sera la dernière seconde, la dernière minute, la dernière heure, le dernier fichu soleil levant dont tu apprécieras une dernière fois la chaleur bienfaisante sur ton corps décrépi…sans parvenir toutefois à le réchauffer. A quoi bon ? Tout le monde le dit : on sait quand on meurt et tu sais que tu mourras dans la journée. Des larmes de rage couleront sur ton visage empruntant les sillons des rides. Tu n’auras même plus de quoi grincer des dents. Tu n’auras même plus la force d’éructer une insulte envers cette farce à mener par tous. Tu mettras toute ton énergie à rester debout, face à l’Orient.

Malgré les nombreuses traces que tu auras laissées, tu sauras (tu le sais déjà), que tu t’es bercé d’illusions. L’Art, que tu as porté au pinacle, que tu as cru lanterne, n’est que vessie. Ensuite, dans un dernier éclair de lucidité, t’apparaitra encore une fois dans toute son horreur, l’inutilité de la présence de l’humanité sur terre. Mais bon, a pa peur…

 

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24 février 2018

Madame Pierre

&

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Madame Pierre

Paysages
Déroulez-vous
Gauche droite gauche
Fixes
Le grand cirque sanglant est levé
Aux midis
Le milan en vol guette le mulot
Aux crépuscules
Dans le brouillard lumineux
Les loups affamés hurlent
Arrachent le bras du bébé de madame Pierre
Rongent les os de madame Pierre
Les faubourgs avalent les cultures
Et les rayons du soleil
Je marque mon territoire
De larmes dérisoires de pisse froide
L’herbe rampe dans mes chaussures
Me pénètre
Me coince sous la lune pleine
Tout bonheur est dans la marche avant
Paysages
Bougez-vous

Pages

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