semaine 21

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de André Fromont
Haïculs bénis/André Fromont par André Fromont

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06 janvier 2018

Une vie sans trucage

&

Image: 

Julie se perd
Le regard arrêté
Sur un nœud de bois
La lumière s'efface
Le nœud reste
Larme immobile
Dans un œil anonyme

Julie tourne sans rien faire
Elle s'éclabousse d'un reste de pluie
En tête, un inventaire
De mauvaise herbes
De souvenirs de ciels
D'un arbre très haut
De paniers vides
Elle se goinfre de parents fabuleux

Julie s'égare
Dans une clarté grave
Des larmes vives
En giboulée
Coulent du fond de ses sens
Sur les chemin des joues
Terminus le cou

Julie s'évade
Par une brèche
Où menace un vent furieux
Vers une vie muette d'ombres
Vite et bien
À l'écart des ruses
Et des règles

Julie appelle ses mots
Armée de mille-pattes
En touffu désordre
Ils créent
Un air à boire
Une lune mentale
Une vision d'amour
Pour un vieux casse-cou
Une vie sans truquage
Une vie

02 janvier 2018

Guatemala-Israël : d’ « excellentes relations »

Il est rare que l’on parle du Guatemala au JT. Ce fut le cas après que, ce 24 décembre, le président guatémaltèque, Jimmy Morales, ait annoncé, dans le sillage de Donald Trump le 6 décembre, que son pays allait également transférer son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.

Très logiquement, Benyamin Netanyahu s’est aussitôt félicité de cette décision. D’autant plus que, trois jours plus tôt, 128 Etats-membres des Nations-Unies sur 193 - dont la totalité de ceux du Conseil de sécurité, Etats-Unis exceptés - avaient condamné la décision américaine de reconnaître le Grand-Jérusalem comme capitale d’Israël. Dans le même temps, le 1er ministre israélien annonçait que d’autres chancelleries allaient bientôt suivre l’exemple du petit Etat centre-américain, la radio israélienne mentionnant le Honduras, les Philippines, la Roumanie, voire le Sud- Soudan… Quant au ministère des Affaires étrangères israélien, il déclarait se réjouir d’une « merveilleuse nouvelle » et d’une « véritable amitié ». En effet.

« Historiquement pro-Israël »

J. Morales a rappelé « les excellente relations » qui lient son pays à Israël, auquel, a-t-il dit, son pays a été « historiquement » favorable. Nous savons en effet que le Guatemala avait été l’un des premiers parmi les premiers pays latino-américain à reconnaître, en 1948, le jeune Etat, puis, en 1956, à ouvrir une ambassade à Jérusalem[1]. Celle-ci était dirigée par Jorge Garcia-Granados. Homme politique libéral, opposé à la dictature militaire du général Jorge Ubico Castañeda (1931-1944), Garcia-Granados avait représenté en 1947 son pays aux Nations-Unies. Désigné comme membre de l’UNSCOP, la Commission spéciale des NU de 11 membres à l’origine du plan de partition de la Palestine, Garcia-Granados ne faisait pas mystère de ses sympathies sionistes, lui qui avait tenu à rencontrer Menahem Begin, leader de l’extrême-droite sioniste dite révisionniste, alors dans la clandestinité[2]. Le diplomate avait formé un véritable « lobby » latino-américain en faveur d’Israël[3]. C’est lui qui, avec l’aide du Brésilien Oswaldo Aranha, président de l’Assemblée générale également très favorable au projet sioniste, avait pu obtenir que le vote du Plan de Partage, prévu pour le 27 novembre, soit reporté au surlendemain. 48 heures qui permirent d’emporter une majorité jusque-là inexistante en faveur du plan onusien. Le 29 novembre 1947, le plan fut adopté à l’Assemblée générale – dont on peut rappeler que les décisions ne sont pas contraignantes - par 33 voix contre 13 et 10 abstentions.

Alain Gresh et Dominique Vidal[4] nous ont rappelé combien ce basculement avait résulté de pressions et d’achats de voix en tous genres. Des méthodes « confinant au scandale », devait écrire dans son journal le Secrétaire à la Défense américain James Forrestal. En particulier à l’égard des petits Etats indépendants de l’époque et de ceux de « l’arrière-cour » étasunienne d’Amérique latine. Un des exemples les plus saisissant en fut les pressions exercées par le géant britannique du pneu Firestone sur les autorités libériennes, menaçant celles-ci de mettre fin à l’achat de leur caoutchouc…

Ce 21 décembre, le Guatemala figurait encore, avec son voisin hondurien, parmi les sept pays – dont on appréciera le poids géopolitique[5] – qui se sont rangés aux côtés des Etats-Unis et d’Israël pour défendre la décision de Donald Trump sur Jérusalem. The Guardian (25.12.17) rappelle que ces deux Etats centre-américains sont dépendants des financements étasuniens, e. a. dans leurs luttes contre les gangs, les maras.

Les armes sont en effet bien présentes dans les « excellentes relations » israélo-guatémaltèques. Le Guatemala a été un important acheteur d’armes israéliennes.

Pétrole contre dictature

C’est à partir de la guerre israélo-égypto-syrienne dite du Kippour (octobre 1973) et de son embargo pétrolier que l’Amérique latine semble être redevenue un objectif diplomatique pour Israël, après que, durant la décennie précédente, le tiers-mondiste Groupe des 77 ait quelque peu écorné l’image d’Israël dans le sous-continent. La révolution khomeyniste de 1979 priva de plus Israël des importantes fournitures pétrolières que lui octroyait le Chah. Du coup, le Venezuela, le Mexique, le Brésil et l’Équateur retrouvaient un intérêt majeur[6]. Et les firmes privées de sécurité israéliennes allaient trouver en Amérique latine des débouchés inespérés.

The Times of Israël (13.9.17) écrit qu’au cours des années 1970, « tous les pays d’Amérique centrale – sauf Cuba et le Nicaragua, mais d’autres aussi en Amérique latine - ont acheté des armes en provenance d’Israël […] l’Amérique latine avait besoin d’armes israéliennes et Israël avait besoin du pétrole de l’Amérique latine ». Ainsi, « Israël a rempli le vide temporairement laissé par l’Amérique [de Jimmy Carter, 1977-1981] en devenant un important fournisseur d’armes pour la plupart des pays d’Amérique latine comme l’Argentine, l’Équateur, le Guatemala et le Honduras. En 1980, par exemple, Israël aurait fourni 80% du matériel militaire salvadorien ». The Times of Israël ne s’attarde cependant pas sur la situation politique que connaissaient ces pays. A savoir des dictatures militaires[7] et, pour ce qui est de l’Argentine, du Guatemala et du Salvador, des « sales guerres » dont les atrocités ont défrayé la chronique : en Argentine, après le régime militaire du général Ongania (1966-1973), le dit Processus de réorganisation nationale aurait fait, de 1976 à 1983, 15 000 fusillés, 9 000 prisonniers politiques, 1,5 million d’exilés et près de 30 000 desaparecidos (« disparus »), dont près de 500 bébés ont été confiés à des partisans du régime. A l’époque, une éminente personnalité de la communauté juive argentine, l’écrivain Jacobo Timmerman, avait dénoncé avec virulence l’appui des autorités israéliennes à une junte dont bien des membres et partisans ne cachaient pas leur antisémitisme. De 1980 à 1992, le Salvador fut le théâtre d'un conflit qui a fait plus de 100 000 morts et dont les exactions ont été imputées, selon la Commission de Vérité patronnée par les Nations-Unies à 85 % aux militaires et aux « escadrons de la mort » pro-gouvernementaux.

Au Guatemala, en l’occurrence, la guerre sociale[8] fera 200.000 morts et 45.000 disparus et se muera en une guerre d’extermination ethnique qui s’exacerbera sous les dictatures des généraux Efraïn Rios Montt (mars 1982-août 1983), inculpé pour « génocide », et Oscar Humberto Mejias Victores (1983-1986) : selon la Commission pour la vérité historique des NU, 83% des personnes assassinées étaient des Mayas et 93% de ces crimes sont imputables aux forces gouvernementales et paramilitaires[9].

Dans un rapport publié par le Centre d’Etudes Stratégiques de l’Université de Tel-Aviv[10], il est admis que les ventes nationales d’armes et d’équipements de défense à travers le monde représentent environ un milliard de dollars US par an. C. à d. 20% des exportations israéliennes. Parmi les principaux clients pour la période 1977-1982, précise The Times of Israël, l’on trouvait le Salvador, le Honduras et le Nicaragua du dictateur Anastasio Somoza, en lutte contre les sandinistes jusqu’à son renversement en 1979. Comme l’a révélé le scandale de l’Irangate, l’aide israélienne fut ensuite transférée à la guérilla antisandiniste, la Contra, qui fera quelque 29.000 morts.

Jimmy et Bibi

A en croire Jimmy Morales, au demeurant de confession évangélique, ce sont les « conceptions chrétiennes » des Guatémaltèques qui imposeraient l’alliance avec Israël. L’on pourra certes voir dans la décision du président du Guatemala un nouvel effet de ce « sionisme chrétien » qui anime par ailleurs la base électorale de Donald Trump[11]. Mais l’on peut aussi se demander si, tout comme le président des Etats-Unis envers Benyamin Netanyahu, que les Israéliens appellent souvent Bibi, le geste de J.Morales n’a pas aussi comme objectif de détourner l’attention d’une opinion, israélienne comme guatémaltèque, focalisée sur les « affaires ».

Président du Front de convergence nationale (FCN), un parti que sa rivale malheureuse, Madame Sandra Torres, accusera de représenter « une vieille garde de militaires douteux », Jimmy Morales a été élu en octobre 2015, après une campagne anti-corruption. Quoiqu’enseignant à l’Université San-Carlos de Guatemala City, le candidat Morales a surtout été présenté par les médias occidentaux comme “acteur, humoriste” et “comique”, ajoutant son nom à une liste déjà longue de personnalités du spectacle et des médias appelés à de hautes destinées. Il y a deux ans, J.Morales avait emporté la présidence avec plus de 68% des voix grâce à la vague d'exaspération qu’avait suscitée l’implication de son prédécesseur, l’ex-général Otto Perez-Molina – également mêlé à la « sale guerre » des années ’70 et ’80 - , de sa vice-présidente et de plusieurs de ses ministres dans l’énorme scandale de pots-de-vins dit de La Linea.  Dès le mois de mars dernier toutefois, J. Morales est devenu lui-même la cible de manifestations exigeant sa démission après l’incendie d’un foyer pour enfants ayant fait 39 morts. Un drame considéré comme illustrant l’indifférence des dirigeants guatémaltèques à l’égard des déshérités. Puis, en août, le président – dont les deux fils sont déjà suspectés dans une importante affaire de fraude - suscitait un nouveau tollé en limogeant le président de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (désignée par l'ONU), qui l’avait accusé d’avoir financé illégalement sa campagne électorale.

A Jérusalem comme à Guatemala-City, tant Jimmy que Bibi semblent bel et bien rattrapés par « les affaires ». Cela expliquerait-il ce sursaut de solidarité ?

 

[1] Avant qu’en 1980, la résolution 478 des NU n’enjoigne à tous les pays ayant alors une mission diplomatique à Jérusalem de l'en retirer: c’était le cas de la Bolivie, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, de la République dominicaine, de l’Equateur, du Salvador, du Guatemala, de Haïti, des Pays-Bas, du Panama, de l’Uruguay et du Venezuela qui déplacèrent leur ambassade à Tel-Aviv. Dans les années 1990, le président Ramiro de León Carpio tentera de réinstaller l’ambassade guatémaltèque à Jérusalem, mesure à laquelle il dût renoncer devant la menace des pays arabo-musulmans, ses principaux clients, de fermer leur marché aux exportations de cardamone du Guatemala, premier exportateur mondial de cette épice

[2] The Times of Israël, 13.9.17

[3] 13 pays d’Amérique latine votèrent en faveur du Plan de partage (la Bolivie, le Brésil, le Costa-Rica, la République dominicaine, l’Equateur, le Guatemala, Haïti, le Nicaragua, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l’Uruguay et le Venezuela. Un seul, Cuba, vota contre, et 6 s’abstinrent (l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Salvador, le Honduras et le Mexique)

[4] Palestine 1947. Un partage avorté, André Versaille éditeur, 2008

[5] Le Guatemala, le Honduras, les Îles Marshall, la Micronésie, Nauru, Palau et le Togo

[6] The Times of Israël, 13.9.17

[7] De 1972 à 1979 en Equateur, de 1972 à 1783 au Honduras

[8] Un recensement foncier de 1979 établissait que 65% des terres appartenaient à 2% des propriétaires, alors que 90% de petits paysans n’en possédaient que 16%. Selon Le Monde Magazine (4.06.11), 8% d’exploitants (descendant de colons européens) contrôlaient 78% des terres arables, et, pour la période 1980-90, 71% des Guatémaltèques vivaient sous le seuil de pauvreté

[9] L’Hebdo/Courrier international, 17-23.11.11 & Le Monde, 3-4.02.13

[10] Blog JosephHokayem, 29.12.12

[11] Lire mon article Israël-Palestine. Coupures ombilicales, Entre-les-lignes, 13.12.17 - https://www.entreleslignes.be/le-cercle/paul-delmotte/isra%C3%ABl-palest...

 

Image: 

Dans un village maya, une fresque représente les atrocités de la guerre sociale doublée de nettoyage ethnique, qui a fait des centaines de milliers de morts. Photo © Gabrielle Lefèvre

31 décembre 2017

Ces petits rien…

Mardi 26 décembre

 On n’a pas oublié la manière avec laquelle Alberto Fujimori gouverna le Pérou pendant 10 ans. Corruption et torture étaient pratiques courantes. Il fut condamné pour ses actes odieux à 25 ans de prison. Il est aujourd’hui, à 79 ans et en mauvaise santé, gracié par le président au pouvoir, ce qui ne manque pas de créer des troubles dans la population. De son lit d’hôpital, Fujimori présente ses excuses au peuple péruvien et réclame son pardon. Maintenant que les fêtes de Noël sont passées, la question peut être posée sans intuition malveillante : que vaut ce pardon ? On aimerait connaître l’avis de Mario Vargas Llosa qui fut son compétiteur malheureux. Déjà, au printemps dernier, son livre Cinco Esquinas racontait les années de son pays sous l’autocrate surnommé à l’époque « Le Chinois »

                                                           *

 Une réflexion en découvrant les traditionnelles rétrospectives des actualités au cours de l’année qui s’achève : « Ne cherchez pas le pouvoir aux Tuileries, lançait Balzac, il s’est transporté chez les journalistes. » Comment adapterions-nous ce constat aujourd’hui ? Ne cherchez pas… Ni au Palais-Bourbon, ni même à l’Élysée, encore moins à l’ONU… Il s’est transporté plutôt chez Bill Gates, Wikipedia, Facebook…

Mercredi 27 décembre

 Un programme de deux jours avait été prévu pour la visite de Recep Erdogan en Tunisie. Il n’y resta qu’une demi-journée. Pourquoi ? On devrait le savoir bientôt. Le président turc a quand même pris le temps de participer à une conférence de presse au cours de laquelle il a notamment déclaré qu’il n’y avait pas de solution possible en Syrie sans le retrait de Bachar al-Assad. On serait étonné qu’il prononçât pareille sentence privé de l’aval de Poutine.

                                                           *

 Dans les pages politiques, l’on apprend que Macron prépare un durcissement du contrôle des chômeurs. Dans les pages économiques et financières, l’on démontre qu’en cette année qui s’achève, les 500 plus grandes fortunes ont vu leur capital augmenter de 23 %. L’hôpital ne se moque plus de la charité, il la méprise.

                                                           *

 L’Échange des princesses est un roman historique de Chantal Thomas (éd. du Seuil, 2013) qui narre un épisode peu connu du règne naissant de Louis XV (1721 – 1725) où, dans un souci de paix avec l’Espagne, des mariages sont envisagés qui se traduiront par des fiascos, indépendamment des épouses dont l’assentiment n’intervenait guère dans le dessein diplomatique. Marc Dugain en a tiré un long métrage avec une distribution élégante : Olivier Gourmet, qui tourne beaucoup, péremptoire en Philippe d’Orléans ; Laurent Wilson parfait même si un peu trop théâtral en Philippe V ; Catherine Mouchet très bonne en Madame de Ventadour ; et la chère Andréa Ferréol inoubliable dans La Grande bouffe, qui interprète ici la princesse Palatine. Chez les jeunes, il faudra suivre Igor Van Dessel, excellent dans le rôle de Louis XV a 13 ans, et plus encore Juliane Lepoureau, 9 ans et déjà du métier, qui possède une petite filmographie à son actif, et qui est, ici, étincelante en Marie-Victoire promise au roi de France. Un très bon divertissement illustré par des costumes et des décors magnifiques.

                                                           *

 Gérard Depardieu (69 ans aujourd’hui) est né le même jour que Marlène Dietrich mais 47 ans plus tard. La presse pipeule veut y déceler une filiation. En ce cas, elle ferait bien de considérer aussi Michel Piccoli, 92 bougies à souffler ce soir.

Jeudi 28 décembre

 Les supporteurs du Paris Saint-Germain sont heureux : leur ancienne vedette, George Weah, 51 ans, est brillamment élu président du Liberia. Ils ont raison : un président africain qui, accède à la charge suprême de son pays par la voie démocratique après avoir brillé au Parc des Princes, c’est mieux que de confier ce Parc à d’autres princes gorgés de pétrodollars qui méprisent le système démocratique.

                                                           *

 Titre du Point dans son édition numérique du soir : Croissance : la France doit-elle dire merci à Hollande ou à Macron ? Et en chapeau à l’article : Depuis l’arrivée du nouveau président à l’Élysée, tous les signaux économiques sont au vert. Mais doit-il pour autant récolter les lauriers de cette dynamique ? Poser la question, c’est y répondre. Du reste, Macron en personne le reconnaît dans un entretien paru hier dans El Mundo et parle d’ « effets tardifs des efforts de ces dernières années »…

                                                           *

 Souffler le chaud et le froid… Ça fait froid dans le dos… Peu me chaut… Raymond Devos n’avait pas construit de sketch sur ces formules. Aujourd’hui, Le Figaro l’aurait inspiré en titrant : « Les vagues de froid polaire sont bien liées au réchauffement de la planète ».

Vendredi 29 décembre

 Raymond Devos est mort sans jongler sur le chaud et le froid. Trump, lui, ne s’en prive pas. Mais comme il ne fait pas le même métier, il ne fait pas rire. Profitant de la vague de froid polaire qui sévit dans le Nord des Etats-Unis, il ricane une nouvelle fois sur le phénomène de réchauffement climatique, entraînant à coup sûr de nombreux citoyens au nom du bon sens. Devos, expert en nuances sémantiques, aurait volontairement amalgamé les notions de climat et de météo pour bâtir ses monologues déroutants. Trump ne fait pas de différence entre le climat et la météo. Pire : il les confond. Si c’est par bêtise, c’est déplorable et condamnable. Si c’est par tactique, c’est détestable et encore plus condamnable.

                                                           *

 Le mot le plus révélateur de l’année qui s’achève est incontestablement la notion de fausses informations (fake news, l’anglicisme a de nouveau triomphé), une donnée qui bousculera les comportements d’une manière encore inimaginable. Une autre expression capte aussi le goût du jour : l’obsolescence programmée, qui décrit la façon, pour un fabricant d’objets (ceux de la communication représentent les cas les plus courants) de les programmer afin qu’à court terme, ils apparaissent obsolètes par rapport à leur nouveau modèle lancé sur le marché. Ainsi le capitalisme renouvelle ses profits plus rapidement, sans non plus se demander comment la planète pourra digérer ses nouveaux déchets qui arrivent en masse plus vite qu’ils ne le devraient. Dans la décennie septante, après les deux chocs pétroliers, Michel Rocard donnait partout des conférences dans le but (et l’espoir) de motiver une citoyenneté responsable capable de déboucher sur une autre forme de société. Au cours de ses exposés, il dégageait un long moment afin de démontrer combien il était possible de « faire durer les objets », cette façon d’agir entraînant une petite révolution du quotidien. On est, aujourd’hui, très exactement à l’opposé de cette pratique.

Samedi 30 décembre

 « Loger tous les sans-abri d’ici à la fin de l’année » fut l’engagement le moins crédible dans la campagne d’Emmanuel Macron, au printemps dernier. Comme il fallait s’y attendre, le président n’y est point parvenu. Malgré des efforts louables et des résultats certains, il ne parviendra pas davantage l’an prochain. Car ce n’est pas un homme qui peut éradiquer la misère, c’est un système économique, et Macron n’est pas prêt à remettre en question celui qui fonctionne actuellement. D’ailleurs, il s’en sert. Au temps de la prospérité, même si les sixties n’étaient pas golden pour tout le monde, les sdf s’appelaient clochards ; ils illustraient la poésie des bords de Seine parisiens et Maurice Chevalier les avait célébrés grâce à sa chanson Ma Pomme. Á l’heure du déjeuner, l’émission radiophonique Sur le banc inspirée du film éponyme (Robert Vernay, 1954) mettait en saynètes Jeanne Sourza et Raymond Souplex dans la conversation populaire du casse-croûte. Des cartes postales représentant des clodos réjouissaient les touristes et leurs lointains destinataires. La désespérance était joyeuse. Jusqu’à présent, l’hiver n’est pas rude et les sans-abri que Macron n’a pas relogés peuvent encore survivre dans les rues. Ils ont pour la plupart perdu leur identité. Ils ne possèdent donc pas non plus une carte d’électeur. Mais ils savent la différence entre une promesse et un engagement.

                                                           *

 Si Karin Viard n’avait pas été disponible pour assumer le rôle principal de leur film, on se demande si David et Stéphane Foenkinos auraient pu réaliser Jalouse. Cette histoire de femmes semble en effet tout à fait bâtie pour mettre en évidence ses talents vigoureux, chatoyants et bigarrés. Car l’exercice est moins simple qu’il n’y paraît. Être tantôt insupportable mais désirable et tantôt amoureuse ; être tantôt mère emmerdeuse et tantôt mère affective ; être tantôt amie protectrice et tantôt amie exaspérante ; sourire ici et râler là… Ce n’est pas donné à n’importe quelle comédienne, surtout si ces multiples personnages en un seul constituent le pivot – et le seul aussi – de la narration. Avec son interprétation dans Jalouse, Karin Viard prouve – à qui l’ignorait encore – qu’elle est une grande comédienne. Elle a au moins vingt-cinq ans devant elle pour fortifier sa carrière. Puissent les scénaristes et autres metteurs en scène lui donner des rôles où elle se réalisera, où elle éclatera.

Dimanche 31 décembre

 Joseph Kabila aurait dû accomplir aujourd’hui son dernier jour à la tête du Congo. Des manifestations le lui rappellent à Kinshasa. S’attendre à des violences est devenu banal. Enregistrer une nouvelle date pour l’élection présidentielle – en l’occurrence le 23 décembre 2018 – est devenu loufoque. Des vœux pour le Congo ? Un casse-tête.

                                                           *

 Le cinéma français avait perdu sa centenaire célèbre, Danielle Darrieux, le 17 octobre. Il en retrouve une aujourd’hui en la personne de Suzy Delair. Celle-ci est à la vulgarité ce que l’autre était à l’élégance. Jouvet la trouvait arriviste. Peut-être faisait-il allusion à ses années de collaboration où elle vantait les mérites de Joseph Goebbels qui soutenait son mari de l’époque, Henri-Georges Clouzot. Depuis Les aventures de Rabbi Jacob (Oury, 1973), Delair était un peu sortie des écrans. Delair n’effacera pas Darrieux des mémoires. En termes de record de longévité, qu’elle ne fasse cependant pas oublier non plus les 106 ans de Renée Simonot, la mère de Catherine Deneuve, actrice moins connue mais très bonne comédienne.

                                                           *

  Une photo pour le passage à l’an neuf : celle des chutes du Niagara transformées en glaces. On pense à un tableau de Caspar Friedrich. On pense aussi à la chanson hardie de Julien Cherc (Niagara, Clerc – Roda Gil, 1971).

« Tu vas faire monter la Seine … Ne va pas faire une baignoire d’un petit rien »

Soyons certains qu’en 2018, il y aura encore des petits riens qui causeront de grands tout.

Image: 

Les chutes du Niagara gelées, ici en février 2011. © Powertripberkeley.com / RonniePed

31 décembre 2017

Je voyage

&

Image: 

Je voyage
Sinon, je rêve
La roue a tourné
Un bon tour est joué
Je m'indique
Une sombre direction
Et je me perds
Entre Calabre et Brindisi
A des distances
Où l'homme n'est rien
Dans l'état pur
Et dans son ombre
Personne à qui parler
Sous les tourbillons de sables
Venus de Lybie
La route des couleurs
Est tendre le matin
Et chaude le soir
Oubli total
Je voyage
Sinon, je rêve
Le sud est proche
L'orient m'aspire
Étincelles et ciel
Terres, éclaboussures
Lumières
Une suite de découvertes
Une infinités de pistes
Oubli total
Je voyage
Sinon, je rêve
Le moment, l'instant
Sans sommeil
De l'ordre dans les pensées
Mémoires de l’œil
Enfance d'un souvenir
Oubli total
Je voyage
Sinon, je rêve
Terminus
En bord de mer
Où tout recommence

28 décembre 2017

J’aime pas les fêtes !

Je hais la période des fêtes de fin d’année. Je déteste les fêtes obligées, les réveillons programmés, les repas de famille, les cadeaux obligatoires, les LED qui clignotent partout, les sapins qui meurent près des cheminées, les appels à la solidarité culpabilisants, les déclarations urbi et orbi qui n’engagent que ceux qui les écoutent, l’obligation d’envoyer des vœux, les promesses des politiques, les augmentations au 1er janvier, les rediffusions en boucle des chaînes de télévision, les bilans de l’année, les bêtisiers, les sorties au cinéma des nanars…Bon, j’abrège. On ne va pas passer les fêtes là-dessus !

Bref, écrire un billet, pendant cette période, est une gageure. Je sais ce que je me refuse de faire : un bilan du street art, une recension des œuvres majeures, le top 10 des street artists les plus cotés en 2017, une distribution de lauriers. Le seul cadeau que je veux vous faire est de vous montrer des œuvres que je ne vous ai pas montrées dans mes précédents billets et vous dire, simplement, quelles émotions elles ont suscitées. L’émotion est bien l’aune à laquelle il convient de parler d’une œuvre. Oublions les amateurs d’art qui achètent des œuvres déjà cotées dans l’espoir de les revendre avec un substantiel bénéfice. Les spéculateurs, quel soit l’objet de leur spéculation, me font horreur. Comme ceux qui font commerce du talent des autres.

L’émotion, disais-je, est la mesure de la valeur d’une œuvre pour celui qui regarde. Je rejoins ce qu’en disait le peintre Chardin : « On ne peint pas seulement avec des couleurs, on peint avec le sentiment . La palette des émotions est la matière première de l’art, du désir et des rêves. L’artiste nourrit son œuvre de ce qu’il ressent et souhaite partager ou raconter. Les sentiments qu’il y exprime favorisent la rencontre et la communion avec les autres. Ils nous touchent par-delà les siècles, les continents ou les cultures. La magie de l’émotion tend à l’universel. »

Or donc, je vais revenir sur deux artistes dont les toiles ont provoqué chez moi les émotions les plus fortes, pour des raisons différentes : Eric Lacan et Philippe Hérard.

Eric Lacan, la beauté du morbide.

J’ai découvert les œuvres d’Eric Lacan dans la rue quand il signait ses collages de son blaze, M.Qui. Je les ai retrouvées quand il a réalisé une magnifique fresque sur le Mur 12[1]. Le solo show de ses toiles a été une confirmation de son talent particulier.

Ses œuvres « dans la rue » ne diffèrent guère de ses toiles. Le sujet est, bien qu’il affirme le contraire dans des interviews, la mort. En cela, il s’inscrit dans une longue tradition allant des vanités, en passant par l’œuvre gravée d’un Gustave Doré. Certes, comme l’écrivait le Baudelaire critique d’art, « Le beau est bizarre ; ». Mais la peinture d’ Eric Lacan n’est pas seulement bizarre, elle a pour sujet unique la mort et ses attributs (le crâne, les os, les cimetières, les corbeaux etc.) . Pire encore, c’est une allégorie fantasmée de la décomposition.

Des visages de jolies femmes sont dans son œuvre des visages hybrides faits de chairs superbes, d’yeux témoignant de la vie et de ce qui reste de la beauté après la décomposition des corps. Ces portraits ne sont pas seulement bizarres, ils sont horribles. Cette émotion est complétée par les attributs traditionnels de la mort et, par opposition, par des fleurs, des feuilles, des branches au dessin japonisant, symboles de la vie.

L’objectif de l’artiste dépasse les antiques vanités qui avaient une fonction d’édification religieuse, il montre une des figures de l’horreur. Pourtant, et c’est cela qui est bizarre, j’ai aimé ses toiles. Comment peut-on aimer une représentation de l’horreur ? J’aurai dû détester cet étalage morbide, ces corps monstrueux, ces corbeaux qui se repaissent des chairs mortes. Après tout, c’est une image de ce qui m’attends demain (ou après-demain !). J’aurai dû détourner le regard pour éviter le trauma de l’insupportable.

Je crois que trop conscient des artifices et des codes culturels, mon intérêt ne s’est pas centré sur le fond mais sur la forme. J’ai apprécié au second degré le « métier » du peintre, la qualité de l’exécution, la palette qui joue sur toute la gamme des gris et des noirs et des bruns et des ocres, la rigueur des compositions, l’originalité des œuvres. Avec ma manie de tout décortiquer, le thème de la mort m’a quasiment échappé ou plutôt il s’est retrouvé en second plan, remplacé par un « l’a-t-il bien descendu ».

Philippe Hérard, l’empathie des Gugusses.

Hérard dans ces œuvres raconte des histoires. L’œuvre est toujours un tableau, dans le sens qu’a ce mot au théâtre. Des saynètes avec un personnage unique et les mêmes objets ; des histoires pas drôles. Son personnage emblématique jusqu’aujourd’hui est un Gugusse. Ils sont peut-être légion, ces Gugusses. Ils se ressemblent et sont les enfants, pauvres enfants, des antihéros de Jean Rustin. Les Gugusses se débattent dans des situations toujours différentes et leurs déplorables tentatives pour trouver des solutions passent toujours par le recours aux mêmes objets, des chaises, des bouées et, en l’aura compris, la solution qu’ils trouvent défie les règles bien ordonnées de la raison raisonnante. Ils sont « différents » comme il est convenable de les nommer et leur différence suscite, comme un réflexe, le rire, rire qui se transforme vite en une profonde empathie. Les Gugusses ne sont pas des Augustes, des clowns un peu naïfs qui font rire. Les Gugusses racontent d’œuvre en œuvre l’histoire de la folie ordinaire. Ils sont si proches de nous qu’ils nous font un peu peur. La folie fait peur, elle est peut-être, notre douloureux avenir. Les fous font peur, c’est pour cela qu’on les enferme.

Dans une très récente exposition Philippe Hérard a peint une série qui rompt avec le feuilleton des Gugusses. On y découvre une vieille dame, bien sous tous rapports. Elle vit dans un appartement modeste, seule. Tout rappelle les années 50-60 : c’est désuet, suranné. La vieille dame pourrait dans la généalogie hérardienne être la grand’mère des Gugusses. Les saynètes mettent en scène la dame, qui n’a pas encore de nom à ma connaissance, dans son décor. Comment ne pas être profondément ému de voir cette vieille femme qui, pour conjurer sa peur, tend la main vers une bouée (certainement échappée de la série des Gugusses !) ? Et cette scène où, assise devant la porte ouverte de son domicile, elle attend !

On peut penser, et on n’aurait pas tort, qu’elle a un grain ou, plus élégamment, qu’elle est victime d’une maladie neurodégénérative mais comme avec les Gugusses celui, celle, qui regarde peut y voir une image de sa vieillesse future. Et puis, des mémés comme ça, tout le monde en connait. Par ailleurs, cette vieille dame a peut-être été rendue folle par sa solitude. Elle condense deux de nos grandes peurs modernes : la solitude et la démence.

J’aurai dû vous parler d’autre chose. Quelque chose de léger, de primesautier, de gai, de drôle. Mais, je vous l’ai dit j’aime pas les fêtes de fin d’année. Il fallait bien que je vous les gâche, un peu.[2]


[1] Cf le post que j’ai consacré à cette fresque.

[2] Histoire de vérifier si la Terre est ronde, j’irai pendant plus d’un mois en Asie du Sud-Est. Vous pourrez retrouver mes chroniques à la mi-février.

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E.Lacan dans son atelier.

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28 décembre 2017

Allez, François, encore un effort!

Samedi 16 décembre

 Il n’est pas donné à tout le monde d’organiser un banquet au château de Chambord pour fêter son 40e anniversaire. C’est le choix d’Emmanuel Macron qui fait préciser par l’Élysée : « à ses frais ». La location de la salle et des cuisines également ? Allons monsieur le président, un peu de tenue… On s’en fiche de vos agapes à bougies soufflées dans l’allégresse. Mais n’oubliez pas que vous êtes en République. Alain Duhamel, expert s’il en est, compare votre présidence (votre règne…) à celle de Giscard d’Estaing. Il est en-dessous de la vérité. N’allez pas jusqu’à vous dénicher un Léonard de Vinci qui réaliserait votre portrait, et n’oubliez pas que François Ier fut un jour amené, guidé par son ambition, à écrire à sa mère : « Tout est perdu fors l’honneur ».

                                                           *

 Six portefeuilles dont celui de l’Intérieur, celui de la Défense et celui des Affaires étrangères. L’extrême droite autrichienne a bien négocié. Les nouveaux fascistes sont de vrais régaliens.

                                                           *

 Impressionnante est la distribution de Santa et Cie, le film féérique d’Alain Chabat. Il a bien fait de prévoir quelques scènes dans le générique de fin parce que celui-ci est interminable. Un film qui a donc dû coûter cher mais qui n’est pas mal réussi dans son genre, avec de bons effets spéciaux. Une concurrence bienvenue au traditionnel Walt Disney de fin d’année. Après Astérix et Cléopâtre et l’incarnation du Père Noël, Chabat n’a plus qu’un grand rôle à interpréter : celui de Dieu. Nul doute qu’il y pense.

Dimanche 17 décembre

 La Belgique est-elle (déjà) devenue un territoire européen ? L’indépendantiste catalan Carles Puigdemont y bat campagne en toute décontraction pour les élections régionales qui auront lieu jeudi prochain. Chaque jour, il harangue ses partisans par vidéoconférence et parvient de la sorte en se poser en martyr, ce qui émeut certains électeurs qui en font leur héros. Que se passera-t-il le 21 décembre ? Personne ne le sait. Il y a des gens de gauche et des gens de droite aussi bien chez les indépendantistes que chez les unionistes. Il conviendra de suivre surtout un parti centriste composé de jeunes, dont la tendance est de réformer dans l’Espagne unie. Des Macron en puissance ? Attendre et voir.

                                                           *

 Á Rome, le prestigieux prix Europe pour le Théâtre est décerné à Isabelle Huppert. Depuis 2001 où Michel Piccoli était honoré, cette récompense n’avait plus jamais été attribuée à une personnalité du cinéma. Qui a l’honneur de remettre le prix à Isabelle ? On dira : Dario Franceschini bien sûr, le ministre italien de la Culture !... Et on aura perdu. Il était présent le ministre, bien entendu, mais il pria Jack Lang d’accomplir le geste solennel. A ! Ce bon vieux Jack! Toujours au poste !

Lundi 18 décembre

 Le successeur de Michelle Bachelet à la présidence du Chili sera donc de nouveau le milliardaire conservateur Sebastiãn Piñera. Puisque plus de 54 % des électeurs l’ont voulu, que ce choix  soit donc respecté. Reste à savoir ce que deviendra Bachelet qui, à 66 ans, est loin d’avoir perdu l’ardeur des combats et des responsabilités. Une commission à l’ONU ?

                                                           *

 Huis-clos en noir et blanc d’1 heure 11’, The Party est une belle satire de Sally Potter bâtie autour de Kristin Scott Thomas, très alerte et preste dans son rôle. Les tics, les envies, les cachotteries et les revers de l’ambition, toutes choses qui appartiennent au quotidien, peuvent souvent friser le ridicule et parfois, le ridicule enfante le tragique. Les inattendus et les rebondissements bousculent. Le spectateur se projette dans la scène trouble. Ici le comportement d’une connaissance ; là celui d’un parent… Ne serait-ce pas bientôt à mon tour ? Attention ! « Je est un autre »  et la Roche Tarpéienne est proche du Capitole…

Mardi 19 décembre

 « Puissance rivales », « Menaces existentielles pour les États-Unis »… Commentant un rapport sur la sécurité, Donald Trump s’en prend d’un coup sec à la Chine et à la Russie. On savait que l’homme ne faisait pas dans le détail mais là, il se surpasse. Cette année, les Etats-Unis auront intérêt à se signer en présentant leurs vœux pour 2018.

                                                           *

 Le Crime de l’Orient-express d’Agatha Christie est le type de roman idéal pour une adaptation au cinéma, où le huis-clos s’inscrit dans des décors majestueux et contrariés par les éléments. Ridley Scott l’a bien saisi. Magnifique interprétation de Kenneth Branagh en Hercule Poirot.

                                                           *

 Personne ne comprend pourquoi le grand sapin qui trône sur la Piazza Venezia de Rome est flétri, défraîchi… Il est la risée du monde entier par le biais des internautes qui s’en donnent évidemment à cœur joie.  Mais que fait le Vatican ? Faut absolument que François s’en mêle…

Mercredi 20 décembre

 Pologne, Hongrie, Autriche… Tiens ! Les dirigeants d’extrême droite utilisent aussi les deniers publics à des fins personnelles ! Turquie… Tiens ! Monsieur Erdogan et sa famille ont aussi des comptes dans les paradis fiscaux !...

                                                           *

 Bitcoin, Blockchain, des noms poétiques synonymes de monnaie qui ont grossi énormément cette année, créant de nouveaux riches et accélérant des rapports commerciaux encore inconnus voire inimaginables quelques mois plus tôt. Mais gare à l’explosion de la bulle !

                                                           *

 La trumperie du jour : au cours de la réunion gouvernementale, le président Donald a demandé à l’un de ses ministres de réciter une prière pour remercier Dieu d’avoir fait voter le Congrès en faveur de la réforme fiscale. La photo de la scène est hallucinante.

                                                           *

 Appel aux partisanes de la féminisation des mots : le substantif goujat n’a pas de féminin.

Jeudi 21 décembre

 Ensemble, les partis indépendantistes catalans ont rassemblé moins de voix que les tenants de l’Espagne mais la forme de scrutin favorisant les campagnes leur donnent un léger avantage en sièges et donc une majorité absolue, à condition qu’ils s’entendent et s’associent. Á l’issue de ces élections régionales provoquées par le Premier ministre Mariano Rajoy, la Catalogne est plus que jamais coupée en deux tendances équivalentes, dans les associations, dans les mouvements politiques et même, dit-on, dans les familles. L’élan romantique de l’indépendance reste bien présent, malgré les soubresauts économiques et la fuite de capitaux que la crise a déjà provoqués.

Vendredi 22 décembre

 Trump, qui gouverne les Etats-Unis comme on dirige une grande société capitaliste et ses filiales, avait prévenu, irrité par le scrutin du Conseil de Sécurité : tous ceux qui ne voteront pas pour approuver sa proposition de faire de Jérusalem la capitale d’Israël ne recevront plus l’aide des Etats-Unis. « Ça nous fera des économies ! » avait-il lancé. Eh bien il en fera beaucoup des économies, car l’assemblée rejeta massivement la proposition de Washington par 128 voix contre, 9 pour et 35 abstentions. Un fameux désaveu qui devrait paradoxalement débloquer la situation, et accélérer le processus de paix, pour autant que celui-ci ait encore des chances d’être reconnu comme tel.

Samedi 23 décembre

 C’est décidé : Carles Puigdemont continuera de séjourner à Bruxelles. Petit clin d’œil vers l’avenir : et s’il était candidat aux élections européennes de juin 2019 Pas sot… Oui mais sur quelle liste ? Une liste propre qu’il créerait pour l’occasion, ou, plus simplement, celle des nationalistes flamands (NV-A) bien sûr.

                                                           *

 La Promesse de l’aube est un roman. Romain Gary l’a voulu ainsi. Ce n’est pas un récit autobiographique. Il est donc tout à fait possible que l’écrivain - qui,  par des côtés fantasques, savait les méandres de la vérité autant que les multiples tergiversations des faits dits réels – ait forcé le trait pour décrire cet amour fou auquel l’avait soumis sa mère. Quelle importance ! Tout est vrai puisque le romancier le dit. Éric Barbier ne fait pas oublier Jules Dassin qui, en 1970 (Gary allait encore vivre 10 ans) donna une première adaptation de l’histoire avec plus d’épaisseur et pourtant moins de moyens. On ne peut pas non plus omettre la fougue de la sublime Melina Mercouri, qui semblait être la mère que Gary décrivait dans son livre, pareille à l’écran que dans la vie… réelle. Et pourtant, Charlotte Gainsbourg est admirable, réussissant tout à fait à rendre les excès de son personnage sans tomber dans le ridicule. Quant à Pierre Niney, consciencieux et appliqué mais pas assez viril, on le préférait dans le rôle d’Yves Saint-Laurent. Les dernières images déroulent sous la dictée de l’excipit du roman. Cela suffit pour sortir ému de la salle noire.

Dimanche 24 décembre

 Plutôt que de bonnes résolutions,  préparer pour l’an prochain de neuves observations. Parmi celles-ci, une des plus importantes sera de suivre les faits et gestes de l’impulsif Mohamed Ben Salman qui, à 32 ans, n’est encore que prince héritier du royaume d’Arabie saoudite mais dont le roi déclinant lui laisse déjà les rênes. Tout va bouger dans ce pays moyenâgeux à la richesse incommensurable. Tout, absolument tout, depuis la promotion des arts jusqu’à la pratique de la religion, le mouvement d’émancipation sera total. Le statut de la femme émergera des multiples réformes tandis qu’en diplomatie, un rapprochement avec Israël pourrait aussi modifier les rapports de force dans la région. Le jeune futur souverain n’est intransigeant que sur un seul point : la vente d’alcool. « Oui au pétrole, non à l’alcool ! » aurait été un bon slogan pour un humoriste tel Bourvil dans son sketch consacré à l’eau ferrugineuse. Si l’Occident néglige d’observer Ben Salman, on peut être assuré que d’autres ne quitteront pas leur mirador. En particulier l’Iran.

                                                           *

 En 1996, dans un livre consacré à la ritualisation du quotidien, Claude Javeau, professeur de sociologie à l’Université libre de Bruxelles, avait écrit un superbe texte intitulé Parler pour ne rien dire : Ça va ? Ça va… !  En écho innocent, Bernard Pivot cite Bert Leston Taylor : « Un raseur est un type qui, quand vous lui demandez comment il va, vous le dit. »

                                                           *

 Coco. Enfin un film d’animation aux moments de Noël qui ne respire pas le puritanisme gnangnan et le pudibonderie bourgeoise, clichés habituels de Walt Disney !  Lee Unkrich et Adrian Molina emmène les petits spectateurs par des images féériques dans le monde des morts grâce à la passion du gamin, héros de l’histoire, pour la musique. Hélas ! Dans le monde des morts, il y a aussi des bons et des méchants, la lutte du Bien contre le Mal contrarie les squelettes. Dommage.

Lundi 25 décembre

 Le pape a consacré hier son homélie à « l’hospitalité », ce qui lui a permis de lancer un appel en faveur des migrants, « expulsés de leurs terres par des dirigeants prêts à verser le sang des innocents ». Hé les chrétiens ! Vous qui êtes dérangés ou inquiets par la compagnie de l’autre Terrien qui vous côtoie, un peu moins blanc que vous, un peu moins acquis à vos us et à vos principes, vous avez entendu ? Aujourd’hui, sur la place Saint-Pierre, depuis son balcon, François lança un appel en faveur d’un « statu quo » à Jérusalem, prônant la paix et le respect de tous les humains en Terre sainte. Hé ! Donald !, toi qui, à l’instar du Très-Haut, es sur Terre tout puissant, toi, le pape du capitalisme, t’as entendu ton collègue ?

                                                           *

 Si l’on créait un prix d’allégeance ou de l’inféodation à l’occasion de Noël, il faudrait le décerner à Jimmy Morales, président du Guatemala, apôtre de la droite extrême, qui, dans le sillage de Trump, vient d’annoncer qu’il transfèrerait à son tour son ambassade à Jérusalem. Carpette diem.

                                                           *

 « Ils en ont parlé ! » Ce dessin de Caran d’Ache intitulé Un dîner en famille, paru le 14 février 1898 dans Le Figaro à propos de l’affaire Dreyfus est devenu désormais un classique. On se met à table, joviaux, souriants et affables en se promettant de ne point évoquer le sujet brûlant (première case) ; on finit par se bagarrer parmi les chaises (deuxième case). Sans en arriver aux mains, combien de banquets n’ont-ils pas tourné au vinaigre hier soir ? Oui mais quel était le sujet du grabuge ? Les migrants ? Le voile ? Les étrangers ? Mélenchon ? Le Pen ? les Brigitte ? Johnny ? Comme prétexte à des règlements de compte entre cousins éloignés qui ne se voient qu’une fois par an, ils n’avaient que l’embarras du choix.

                                                           *

 Du Journal de Gabriel Matzneff (La Jeune Moabite. Journal 2013 – 2016, éd. Gallimard) : « Vendredi 17 octobre, 10 h 30, à Orly-Sud. Dans La Repubblica, ces propos d’un prêtre de Solbiate Arno (Varesetto) : En Europe, les gens n’attendent plus rien de Jésus, ils croient déjà tout avoir : les téléphones portables, les centres commerciaux, les spas ; du Christ et des efforts que nous devons faire pour Le suivre, les gens n’en ont rien à ficher. Ils vivent à l’horizontale, la transcendance leur casse les couilles’. » Et par souci de précision, l’auteur en reproduit le texte dans sa version italienne en bas de page. Joyeux Noël monsieur Matzneff !

Mardi 26 décembre

 Quelle est la proportion de chrétiens parmi les lecteurs du Figaro ? Répondre 3 sur 4 est sûrement bien en-dessous de la réalité. Mais soit, restons minimalistes pour être crédibles. Le Figaro a mis en ligne une enquête auprès de ses lecteurs en les priant de répondre à la question : « Approuvez-vous l’appel du pape François à plus ‘d’hospitalité’ envers les migrants ? » Après 5000 votes, le oui était à 26 % et le non à 74. Allez François, encore un effort !

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Une crèche actualisée en hommage aux migrants à Castenaso en Italie.© D.R.

22 décembre 2017

Marchal Mithouard aka Shaka, l’angoisse du vide.

J’ai rencontré les œuvres de Marchal Shaka comme de nombreux aficionados du street art, sur les réseaux sociaux. Ses fresques m’intéressaient. J’appréciais leur beauté formelle et elles m’interpellaient. La rigueur des compositions, la précision du graphisme et le soin extrême apporté par l’artiste à la représentation de l’intrication d’une foultitude de bandelettes colorées dont les ombres rendaient le relief étaient, au sens propre, étonnantes. A cette qualité de l’exécution s’ajoutait un questionnement sur la signification : ces bandes semblables aux bandelettes dont étaient entourées les momies de l’Egypte antique délimitaient un contour, les limites d’un visage ou d’un corps. Elles cernaient le vide.

 

Fin du mois de juin 2017, l’association dont je suis membre « Cultures pas sages » organise son festival de street art comme tous les ans depuis plus de 10 ans. Da Cruz qui a un merveilleux carnet d’adresses y invite des artistes français et étrangers. Focus est mis sur le crew de Conception au Chili, Concegraff, mais nous invitons également le brésilien Bruno Big, le portugais Smile, et les locaux de l’étape, les Français Batsh, Brok et Marchal Shaka.

Tout en peignant, Marchal Shaka et moi, nous eûmes un long échange sur son œuvre. Nous résumâmes nos itinéraires et trouvâmes un lien : la très ancienne et vénérable Sorbonne. J’y avais étudié la littérature et lui, les Arts plastiques… à quelques années d’écart ! Après cet échange de cartes de visite professionnelle, je voulus connaître la signification de ces bandelettes qui entouraient les corps. Ma question, une interronégative, était fermée du genre : « Les bandelettes ne traduisent-elles pas le mouvement ? ». A question fermée, réponse lapidaire !, « Oui », me dit-il.

En fait, Marchal Shaka ne m’avait pas totalement convaincu et j’étais assez d’accord pour penser que son acquiescement à mon hypothèse d’interprétation était une manière d’une grande élégance pour ne pas entamer un débat voire pour clore, avec respect, une conversation. Je convenais dans mon for intérieur qu’entamer une réflexion portant sur l’aspect le plus intime d’une œuvre pendant que le peintre concentrait son attention sur l’exécution de son portrait n’était ni le meilleur lieu ni le meilleur moment pour une rencontre.

J’étais alors partagé entre deux sentiments contradictoires : un sentiment de culpabilité (Pourquoi ai-je eu la sotte idée de poser une question de fond à Shaka en gênant son travail ?), un sentiment de colère (Pourquoi Shaka avait-il repris à son compte ma proposition d’interprétation alors que manifestement elle était, non pas fausse, mais à l’évidence, insuffisante ?)

Porté par ces questionnements, j’ai décidé de regarder avec davantage d’attention toutes les reproductions des œuvres de Shaka aisément disponibles, à la recherche d’une réponse à ma question.

J’ai dans un premier temps écarté la thèse résumée (en anglais !) sur le site de l’artiste, thèse selon laquelle Shaka intègre dans ses œuvres la physique quantique. Je cite cette introduction que j’ai traduite : « L’artiste utilise dans sa recherche le corps humain comme un prétexte pour introduire dans son travail le principe de la physique quantique qui considère que la nature de la matière est ondulatoire. Pour rendre compte par la peinture de ce principe, il crée un langage graphique spécifique. Il compose un réseau de formes géométriques semblable à la représentation des ultrasons sur l’écran d’un oscilloscope. De cette manière, l’artiste révèle la genèse de la création du mouvement. L’architecture du corps, représentée par des bandes, est alors d’une profondeur insoupçonnée, quasi infinie, d’une extrême richesse plastique révélant une abstraction qui jusqu’à lors était cachée. »

En comparant l’ensemble des œuvres (les fresques et les toiles) des détails attirèrent mon attention : les corps peints en premier plan n’ont jamais de décor, ils ne sont jamais intégrés à des scènes, à un récit. Les bandes peignent les corps en négatif, comme les mains sur les parois des sites préhistoriques, un genre de présence par l’absence.

Dans cette quête du Graal, je gardai quelques idées simples : il est juste de dire que les corps de Shaka suggèrent le mouvement et la profondeur.

Ceci dit, une bonne part de l’histoire de la peinture (et de l’art) s’explique par la volonté des artistes de traduire la troisième dimension (c’est surtout vrai à partir de la Renaissance et des créations des perspectives), et par des artifices, le mouvement.

Certes, mais la peinture de Shaka ne saurait se réduire à ces deux traits. Plus intéressante est la piste sur l’expression des visages. Aucun n’exprime un calme olympien quasi marmoréen. Tous expriment la souffrance, la douleur. Ces émotions émanent d’un entrelacs de bandes ; elles sont difficiles à voir, à reconnaître, à identifier. Les bandelettes, comme celles d’une momie, à la fois, cachent un visage et le révèlent. Et l’œil du spectateur doit être « agile » pour reconstruire à partir de fragments les expressions torturées de ces êtres qui n’ont ni sexe ni identité.

Autre piste plus fertile, les bandelettes négativement définissent le vide d’un visage ou celui d’un corps. La seule façon d’accéder à l’existence pour les êtres créés par Shaka est la limite de leurs corps, ses contours, ses points de rencontre avec le vide. Le vide est à l’intérieur et à l’extérieur du monde de Shaka ; les corps qu’il peint sont les seuls sujets de ses œuvres, le second plan débouche sur une surface monochrome, le vide.

Et, les bandes qui donnent naissance aux formes des corps se délitent, se dispersent. En cela, elles sont le contraire des momies dont les bandelettes contiennent le corps. Sur la toile, le vide de l’intérieur est contenu par des formes qui fuient, exprimant, dans un dernier rictus, la souffrance.

Ce n’est pas la 3D qui intéresse l’artiste, pas davantage la traduction graphique du mouvement, mais des images mentales dignes de nos plus horribles cauchemars. Les êtres de Shaka existent car leurs corps sont définis par une enveloppe. Un contenant qui ne contient rien et qui se dilue dans l’espace et le temps. J’y vois une métaphore de l’humaine condition qui irrésistiblement m’évoque Pascal et la misère de l’Homme sans Dieu voire un reflet de l’existentialisme de Sartre ou de Camus. Une vision comme celle de l’Enfer de Bosch, d’une grande beauté formelle des supplices de Belzébuth.

 

Marchal Shaka ne refuse pas la recherche formelle mais, à mon sens, elle est seconde par rapport au vertige que son travail génère chez celui qui regarde. Si l’extérieur n’existe pas, si la forme n’est que le contenant du vide, si l’Homme est ce qui sépare deux vides, alors reste la beauté.

Image: 

Marchal Shaka.

Une exécution longue, deux journées furent nécessaires, d'une incroyable minutie.

Le portrait en cours d'achèvement.

Dans l'apparente anarchie des "bandes", l'expression est construite par celui qui regarde.

Beauté formelle/ monstruosité.

Un portrait. Ce n'est pas la couleur qui crée à elle seule le malaise.

Un monstre? Une image de la souffrance sublimée par le trait.

Lithographie. Des formes constitutives qui fuient.

La douleur, toujours présente.

Démon?, projection de nos peurs et du drame de l'existence humaine.

22 décembre 2017

L'art des petites choses

&

Image: 

Un ours, du miel
Un vieux poisson
Des os, la poussière
Un ordre vague
Les eaux montent
Face au soleil bas
Adonis, si vulnérable
A la chair de poule
Les yeux sans éclat
Dans l'air rafraichi
Ses mots roulent
Vers les corps froids
Émerge une figure de proue
Jane a l'oreille fine
Elle perçoit un chant de sirène
Trop aiguë pulsation
Et n'en sent pas la magie
Face au soleil bas
Adonis aux joues rouges
Serre Jane et dit :
Tu es tout mon monde
La pluie cesse
Face au soleil bas
La clarté chasse les bruits de peur
Vois ce que tu veux voir
Dit Jane à Adonis
Leurs paroles volent dans l'air adouci
Un ours, du miel
Un vieux poisson
Des os, la poussière
Un ordre vague
Une montée des eaux
L'art des petits choses
Face au soleil bas

18 décembre 2017

Les mots interdits

«Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde». Albert Camus

 

Non, nous ne sommes pas le 1er avril.

Non, cela ne se passe pas dans une dictature lointaine.

Non, ce n’est pas un article du Gorafi.

Cela se passe aux États-Unis. De quoi s’agit-il ?

 

L’inénarrable Donald Trump a pressé son administration d’informer la principale agence de santé publique, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), que dorénavant, certains mots ou expressions seront interdits dans la communication avec ses services (notamment dans la confection des budgets).

Sont concernés  : droit, fœtus, transgenres, diversité, vulnérable, fondé sur la science, fondé sur les faits et prestations sociales.

Le président s’était déjà fait remarquer dans cette manie de faire disparaitre des mots du discours officiel en faisant retirer la page consacrée au changement climatique du site internet de l’agence de protection de l’environnement (EPA). Toute trace de cette question vitale a été retirée du site de la Maison-Blanche.

Ainsi donc, il est possible de nier certaines réalités en supprimant les mots dont elles sont affublées ? La naïveté du président et de son administration n’a décidément aucune limite… Le mot «  stupide  » n’est toujours pas interdit, heureusement !

 

Les mots interdits ou pour lesquels les députés canadiens sont invités à changer la formulation de leurs communications au parlement sont nombreux (328 en fait !). En voici quelques-uns  : visage à deux faces, débile, servilité, couillonner, les petits amis du régime, poltron, pelleter du fumier, sépulcre blanchi, tartuferie, torchon, tripotage, hypocrite, stratagème...

Et depuis 2015, âneries, maquiller, harcèlement, Shylock (un personnage usurier dans Shakespeare) ont allongé la liste !

 

Donc Trump n’a pas le monopole d’avoir édicté une liste semblable. Poutine l’avait fait en 2014 en interdisant une série d’injures dans les arts et les médias, avec amendes à la clé, de 70 à 1400 $. Les gros mots dans les livres devaient aussi être signalés par un avertissement en couverture.

 

On se rend bien compte que dans toutes ces démarches, l’idéologie est manifestement présente.

Je ne jetterai bien sûr pas la pierre aux enseignants qui cherchent à éradiquer du discours de leurs élèves les mots truc, machin, chose, chouette et leurs homologues pour les remplacer par le mot juste ou une phrase (et pourquoi pas plusieurs) afin d’exprimer leur pensée ou leurs émotions avec plus de finesse...

 

16 décembre 2017

Brassens : « si Dieu existe, il exagère »

Vendredi 1er décembre

 Ce qu’il faut surtout retenir de la tournée africaine d’Emmanuel Macron tient en un cri : « Débrouillez-vous ! » Par ces mots, le président déclare mettre fin à la France-Afrique, ce concept un peu paternaliste qui avait succédé à la France puissance coloniale. Devant la jeunesse universitaire un tantinet éberluée, ces mots se veulent libérateurs. Elle assumera, cette jeunesse, avec force et sagesse, mais ses aînés auront peine à s’adapter. Ces peuples ont tellement été habitués à être assistés que l’aide extérieure fait partie de leur mode de vie. Si la tutelle de la Chine, par exemple, remplace la tutelle de la France, le geste de Macron n’aura pas déclenché le progrès. La bonne volonté du chef de l’État français ne doit donc pas être dégagée des réalités comme des contingences. Quand le Mali faillit tomber aux mains des islamistes, François Hollande n’hésita pas à envoyer son armée. Il en fut tellement récompensé qu’il fut accueilli en héros, considérant que c’était « le plus beau jour de sa vie »… Et puis, il y a l’économie. C’est par milliers que l’on compte les entreprises françaises implantées en Afrique. Attention et prudence, donc. On connaît les limites de la politique du claquement de doigts.

                                                           *

 Des élections locales et régionales ont eu lieu hier et aujourd’hui en Algérie. Moins de 20 % d’électeurs y ont participé. On a même vu Bouteflika se rendre au bureau de vote. Vive la démocratie !

Samedi 2 décembre

 Obama est à Paris. Bien entendu, Macron le reçoit… Mais après le dessert, l’ancien président des Etats-Unis  quitte l’Élysée pour rejoindre François Hollande. Ces deux retraités-là se portent bien. Merci. Et s’entendent bien. Aussi.

                                                           *

 Quelqu’un aurait-il des nouvelles de Carles Puigdemont ? On l’a vu dans les rues d’Anvers, il a donné une conférence de presse afin de lancer sa campagne depuis la Flandre, mais comment vit-il ? Et où ? Et avec quels moyens ? Qui l’aide en Belgique ?  La presse, désormais liée au fait que l’urgent chasse l’important, ne s’intéresse plus à l’ancien président de la Catalogne. Et, pourtant, Puigdemont cacherait encore bien un scoupe, peut-être malgré lui…

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  On le sait : Robert Guédiguian aime Marseille. Intensément. Tellement fort et bien qu’il ne peut pas rater une histoire lorsqu’il l’enracine dans ses espaces. L’intégralité de La Villa se déroule dans une calanque (le générique nous apprend qu’il s’agit de celle de Méjean) qui perd petit à petit de son charme et de son identité, soumise à la spéculation immobilière. Il s’agit d’une histoire de famille assez banale. Le père va mourir, deux fils et leur sœur se retrouvent après de longues années d’éloignement. Les témoignages, les affections, les souvenirs et les accrocs de la vie apparaissent au fil des dialogues. Les retrouvailles consécutives à l’événement qui annoncent le deuil s’accomplissent de manière somme toute assez ordinaire jusqu’à ce les hommes découvrent, cachés dans les broussailles, trois petits enfants de migrants dont les parents ont dû périr dans les flots. Et soudain, cette narration lente, anodine, presque quelconque, prend une dimension humaniste grâce à des réflexes humanitaires. Mare nostrum n’a pas fini d’ordonnancer le monde.

Dimanche 3 décembre

  Mohammad Rasoulof. Retenir ce nom : Mohammad Rasoulof. C’est celui d’un brillant cinéaste iranien, salué à Cannes, censuré dans son pays, susceptible d’y être emprisonné pour avoir critiqué le régime. Il a déjà été privé de passeport et jusqu’à présent, il communique avec l’extérieur (c’est-à-dire le monde entier ou presque…) grâce à Skype. Mohammad Rasoulof. Mohammad Rasoulof. Son dernier film s’intitule Un homme intègre. Rien que cette expression doit déranger une théocratie.

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 On a retrouvé Puigdemont ! Il est à Bruxelles (du moins de jour), et il fait campagne pour les élections du 21 décembre. Rien que ça ! Son avocat, préventif, a déjà indiqué qu’il resterait en Belgique après le scrutin. Même s’il est réélu président de la Catalogne comme il l’affirme dans ses discours ? Diriger la Catalogne depuis Bruxelles, la Commission européenne n’y aurait pas pensé. Ou plutôt n’aurait pas osé le penser… En attendant, Puigdemont est occupé à entrer dans l’histoire des exilés nombreux qui se sont réfugiés dans la capitale belge : Hugo, Marx, Serge, Trotski, Durutti, tant d’antifascistes espagnols célèbres, souvent originaires de Catalogne… Hélas ! Carles Puigdemont ne possède pas le talent de ses illustres prédécesseurs. Tout fout l’camp, même les réfugiés politiques.

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 En se servant de la série américaine House of Cards, et en développant l’aspect shakespearien de certains acteurs comme Kevin Spacey, sous les feux de la délation sordide, Jacques De Decker, constatant que la réalité, une fois de plus, dépassait la fiction, affirmait que cette fois-ci, « la confusion est totale ». Le virtuel et les fausses informations nous ont en effet fait entrer dans la société de la confusion comme nous avions autrefois muté dans la société de consommation. Le nouveau concept est beaucoup plus spécieux, tandis que l’autre est entré (ancré) dans les mœurs…

Lundi 4 décembre

 Au premier tour des élections régionales corses, les nationalistes raflent déjà la mise. Décidément, les avatars du Brexit et les cafouillages des Catalans n’ont pas contrarié la détermination des électeurs. Le fait régional est dépendant de l’élan régional. Être de quelque part, le revendiquer, s’en émouvoir. Si l’Europe ne fait pas rêver l’an prochain, les élections de juin 2019 seront encore l’occasion de la dénigrer un peu plus. C’est le devoir des démocraties d’harmoniser le local et le mondial en un pareil élan civique.

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  Cannes n’a pas manqué à sa tradition de couronner les films qui bousculent, qui interrogent ou dénoncent les scories de la société, en octroyant cette année sa Palme d’or à The Square, cette satire permanente de Ruben Ostlund dont un musée d’art contemporain, ses arcanes et ses chafouineries pédantes lui servent de marchepied. Nous vivons dans un monde où les inégalités sont flagrantes, insolentes, tellement dérangeantes qu’on ne les distingue plus. Elles font partie du paysage quotidien, comme des fatalités de la nature. Les feuilles des arbres brunissent, jaunissent et tombent, on n’y peut rien. Il y a des paraboles et des symboles qui secouent ; d’autant plus que les plans, judicieusement élaborés, frappent souvent le regard avant de laisser trace.

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  Projet de roman. Á l’instar de Sagan (Aimez-vous Brahms ?), s’appuyer sur Flaubert, et en particulier sur son Dictionnaire des idées reçues. Exemple : définition du mot Exposition : « Sujet de délire du XIXe siècle ». C’est assez pour bâtir au moins trois chapitres…

Mardi 5 décembre

 On se surprend à se demander ce que Jean d’Ormesson a bien plus laisser comme phrase ultime en décédant à 92 ans, diminué mais lucide. Á l’instar de Charles Trenet qui multiplia les tournées d’adieu, il publia plusieurs livres pouvant être considérés comme le dernier chant (dont cette belle autobiographie parue l’an dernier, Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, titre somptueux emprunté à son ami Aragon) Il n’avait donc pas à prononcer le mot qui marquerait sa postérité. Une référence à Dieu sans doute… Comme celle que Brassens exprima dans son dernier soupir et qui dut amuser d’Ormesson s’il en eut connaissance : « Si Dieu existe, il exagère ». Eh oui, Tonton Georges n’avait que 60 ans. Il mourut aux deux tiers de la vie de d’Ormesson et moins encore par rapport à celle de Charles Aznavour, qui aime toujours Paris au mois de mai, celui de son anniversaire…

Mercredi 6 décembre

 8 heures. Les radios donnent un reflet étrange d’une journée qui s’annonce en une nostalgie musicale et des témoignages déversés à satiété. Y a-t-il toujours la guerre en Syrie ? Trump va-t-il réellement transférer son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem au risque de vexer tous les pays arabes ? Macron est-il bien parti à Alger ? Quel est son programme d’un jour ? Et Theresa May, a-t-elle réussi à convaincre le petit parti unioniste irlandais indispensable à sa majorité d’accepter les conditions du Brexit ? Hola ! De nouveaux troubles en Ukraine où la Russie serait impliquée !... La Chine a-t-elle calmé le fou de la Corée du Nord ? Carles Puigdemont continue-t-il à faire campagne depuis le sol belge ?...

 On ne saura rien de tout cela. Car cette nuit, Johnny Hallyday est mort.

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 Á la surprise générale, Vladimir Poutine annonce sa candidature à l’élection présidentielle de mars 2018. Pour une nouvelle inattendue, c’est une nouvelle inattendue ! Et les Dupont et Dupond ajouteraient : « Je dirais même plus : c’est une nouvelle inattendue ! »

Jeudi 7 décembre

 Il l’avait dit au cours de sa campagne, il l’a dit depuis quelques jours, il l’a fait. Donald Trump a décidé de transférer l’ambassade de son pays de Tel-Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi implicitement que la Ville sainte est la véritable capitale de l’État hébreu. On pensait qu’avec cette décision, il se mettrait à dos les pays arabes ; c’est la quasi-totalité des pays membres de l’ONU qui désapprouvent cette mesure, à tel point que le Conseil de Sécurité se réunit en urgence afin d’examiner les conséquences d’un pareil geste. (Le Conseil de Sécurité est convoqué si souvent ces temps-ci en urgence que l’on ferait bien d’envisager de le faire siéger en permanence). Cela dit, une fois de plus, on est d’abord dans l’esbroufe. Il y a un bâtiment à construire dans la banlieue de Jérusalem et un déménagement à organiser. Quand tout aura été prêt pour faire mouvement depuis Tel-Aviv, peut-être que Trump n’occupera plus la Maison Blanche.

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 Dans un communiqué publié en début de soirée, le Centre communautaire laïc juif de Bruxelles « regrette la décision de Trump ». Combien d’institutions équivalentes dans le monde sont prêtes à prendre pareille attitude ? Si elles sont nombreuses, le président des Etats-Unis serait d’autant plus démonétisé. Quant au processus de paix, il aurait juste encore une mince raison d’exister…

Vendredi 8 décembre

 Aujourd’hui, les catholiques célèbrent l’Immaculée Conception, l’état lié à la Vierge Marie selon le dogme établi par Pie IX en 1854. On estime en outre qu’à partir du 16e siècle, les médecins se sont intéressés à l’appareil génital féminin.

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 La semaine prochaine, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Union européenne ratifieront l’accord conclu entre Theresa May et Jean-Claude Juncker pour entériner le divorce. Incontestablement, la négociation a tourné à l’avantage de l’UE pour plusieurs raisons dont la principale était, du côté de la Première ministre britannique, la nécessité de rester à la tête de son gouvernement. Si elle sauve son poste, elle connaît la feuille de route qui l’attend jusqu’à la fin de la législature : redresser l’économie du Royaume-Uni, fortement handicapée par cette séparation que son peuple a majoritairement voulue et qu’il doit tout aussi majoritairement regretter.

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 On imagine combien les conseillers du président ont dû s’affairer en propositions, en idées, en inventions d’initiatives pour rendre, équilibrés,  les hommages funéraires à Jean d’Ormesson et à Johnny Hallyday. Alea jacta est : ce sera un hommage national aux Invalides pour l’académicien aujourd’hui et une foule populaire qui descend les Champs-Élysées pour le rockeur, demain.  Après les commentaires multiples sur leur vie et leur œuvre, viendront les analyses des séquences commémoratives et des moments de deuil. Entretemps, d’autres conseillers se seront aussi gratté le cuir chevelu pour trouver les mots judicieux à glisser dans les discours et les oraisons. Pour Johnny, il y en aura bien un qui aura repéré que Mozart était, lui aussi, mort un 5 décembre…   

Samedi 9 décembre

 On n’en peut plus ! Cette journée aurait dû être celle de la Laïcité (dénommée ainsi depuis 2011 pour évoquer l’anniversaire de la loi de 1905 dite de séparation des Églises et de l’État) ; elle sera encore celle des soutanes. Le président Macron avait même prévu de prononcer un discours afin d’exposer sa vision de la Laïcité. Après l’office religieux d’hier à Saint-Louis des Invalides pour Jean d’Ormesson, voici celui de ce midi, à la Madeleine, pour Johnny Hallyday. La presse nationale ne parle que de cela, mais pas la presse régionale, branchée sur ses fondamentaux (ce mot si galvaudé ces temps-ci…). Dans son éditorial de Libération, Laurent Joffrin se permet de se demander si on n’en fait pas un peu trop. C’est évidemment la vraie question.

Dimanche 10 décembre

 L’agenda d’Emmanuel Macron fut quelque peu bousculé par les décès successifs de Jean d’Ormesson et de Johnny Hallyday auxquels il dut rendre hommage. Ce jeune homme dynamique ne donne toutefois pas l’impression d’être un homme pressé. Sans doute est-ce l’enseignement de Paul Ricoeur, son maître à penser, qui lui confère une capacité sereine à gérer son temps. D’une certaine manière, les oraisons funèbres sont aussi une bonne façon de prendre la mesure de toute chose. D’Ormesson aurait pu disserter sur cette obligation que l’on ne peut point programmer. En outre, le président de la République vit des heures tranquilles à l’Élysée. En actant l’élection de Laurent Wauquiez à la tête de la droite, il obtient du sort un nouveau concurrent idéal. Le chef des Républicains se situant aux marges du discours lepéniste, le parti qu’il dirige désormais pourrait à moyen terme se fracturer. Wauquiez pour LR, Mélenchon pour Le Parti de Gauche, c’est tout à fait contrôlable. Aucune personnalité ne perce au centre puisque Bayrou s’est retiré à Pau et Juppé à Bordeaux. Il reste un bel espace à occuper pour le PS. Encore faut-il qu’une forte personnalité s’en empare. C’est seulement alors que Macron pourrait s’en inquiéter quelque peu. On n’en est pas là. Pour l’heure, il a tout le temps de recevoir Benyamin Netanyahou et de le sermonner à la manière d’un instituteur : « Tu dois faire un geste pour les Palestiniens, Benyamin, un geste courageux !... » L’Israélien a laissé un petit couplet sur la paix et puis s’en est allé. Il avait rendez-vous avec la direction européenne à Bruxelles. En lui donnant l’accolade, Emmanuel a glissé une sucette dans la poche de Benyamin. Pour la route.

Lundi 11 décembre

 En bon adepte de Paul Ricoeur, Emmanuel Macron devrait s’intéresser au petit village de Chambon-sur-Lignon où la mémoire du philosophe - qui enseigna là-bas durant trois ans au sortir de la guerre – est toujours bien vivante grâce à une importante communauté protestante. Les paysans s’étaient distingués par des actes de désobéissance civile en abritant de nombreux enfants juifs ou en les faisant passer en Espagne. La tradition d’hospitalité à l’égard de réfugiés politiques s’y ancra. Chambon accueillit des exilés portugais, chiliens, vietnamiens… Situé en Haute-Loire, donc dans la région Rhône-Alpes que dirige Laurent Wauquiez, ce village de renommée mondiale (il est même le seul à être honoré par une plaque à Jérusalem) a quelque peu vu sa réputation rognée depuis 2008. La nouvelle maire n’est en effet pas très encline à encourager l’accueil des étrangers. Le président de la République, au nom de Paul Ricoeur, devrait motiver le président de la Région afin qu’il raisonne la maire de Chambon-sur-Lignon. C’est d’autant plus souhaitable que celle-ci n’est autre qu’Éliane Wauquiez-Motte, la mère de Laurent. Mais celui-ci le veut-il vraiment ?

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 Macron à la chaîne américaine CBS à propos de l’accord sur le climat : « Je suis certain que mon ami Trump va changer d’avis. » On suppose que l’ami de Trump ne s’avance pas à la légère ; et donc, s’il déclare cela, c’est sur la base de garanties. Soit. Mais ce qui est important, ce n’est pas que Trump change d’avis, c’est qu’il ne change pas d’avis après avoir changé d’avis…

Mardi 12 décembre

 Á son tour, Donald Trump est accusé d’abus sexuel. La vague qui a pris sa source à Hollywood devait bien finir par arriver dans les arcanes du pouvoir. Reste à voir jusqu’où on est dans l’affabulation, le coup monté, la dénonciation d’une mystificatrice, le songe d’une  farceuse… Ou bien l’aveu d’une victime audacieuse. Si tel était le cas, l’affaire prendrait un tour sérieux et grave. La fellation offerte de son plein gré par la belle Monica à Bill Clinton est encore dans toutes les mémoires.

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 Les troupes russes quittent le territoire syrien. Vladimir Poutine a décidé de les rapatrier. Il ne tardera sans doute pas à les célébrer publiquement. Grâce à elles, il a réussi à maintenir Bachar al-Assad au pouvoir et surtout à remettre son pays au premier plan sur la scène internationale. En mars prochain, il sera réélu dans un fauteuil pour six ans. Et un peu partout dans le monde, on se dira que des contacts réguliers doivent reprendre avec le Kremlin. Ce sera un impératif diplomatique.

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 Le pape François, dans un entretien télévisé : « Je veux dire une chose dont je suis convaincu : avec Satan, on ne peut pas dialoguer. Si tu commences à dialoguer avec Satan, tu es perdu, il est plus intelligent que nous et il te renverse, te fait tourner la tête et tu es perdu. Non, va-t-en. » Combien de politiciens ne devraient-ils pas suivre ce sage conseil ?

Mercredi 13 décembre

 Symboliquement, elles rendaient difficile l’argument féministe affirmant que les hommes occupent les plus hauts postes du pouvoir. L’une dirige le Royaume-Uni en s’efforçant de le sauver d‘une crise à plusieurs facettes, autant économiques et financières que morales ; l’autre était considérée chaque année comme la femme la plus puissante du monde. Theresa May vient d’être mise en minorité devant son parlement. Celui-ci aura le dernier mot pour apprécier les avancées des négociations avec l’Union européenne sur le Brexit. Autant dire qu’elle est sous contrôle et qu’elle ne pourra plus gouverner longtemps de la sorte. C’est son propre camp qui la met en difficulté. Angela Merkel ne parvient pas à conclure un nouvel accord de gouvernement avec les sociaux-démocrates. Ceux-ci sont jugés trop exigeants voire trop gourmands ; n’empêche que c’est dans son propre camp que la chancelière découvre le plus de réticences. « Mon Dieu gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge ! » (Réflexion d’Antigone II  remise au goût du jour par Voltaire)

Jeudi 14 décembre

 Si l’informatique a déjà considérablement modifié les rapports humains sous de multiples formes, de l’instruction à la relation intime en passant par l’auto-surveillance sanitaire, il était prévisible qu’elle s’approprie les rapports financiers. C’est ce que l’on découvre avec le système blockchain (soit : « chaîne de blocs », bien évidemment, qui permet ou envisage l’envoi, le transfert de valeurs par voie directe, sans passer par de grands intermédiaires comme le gouvernement, les banques, un siège central quelconque, etc. Bien entendu, on perçoit les écueils à éviter : le manque de confiance collective, les escrocs, les falsificateurs, les abus, etc. Mais la révolution est en marche et le nouveau monde est au bout du chemin.

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 Une conférencière expliquant le développement infini des applications informatiques : « En Afrique, il est facile d’acquérir un smartphone ; il est plus difficile d’ouvrir un compte en banque. » Pardi ! En Europe aussi ! Disons que les opérations ne sont que plus rapides grâce aux développements urbains…

Vendredi 15 décembre

 L’Europe après la pluie, tableau peint par Max Ernst en 1942, devrait être reproduit dans tous les journaux et magazines. Ce serait là une manière de briser les perceptions apathiques des citoyens de l’Union. Car la carte de l’Europe brunit un peu plus de jour en jour. Á la veille d’un grand rassemblement des partis d’extrême droite à Prague où Le Pen et Wilders illustrent déjà les pages des médias, la droite autrichienne annonce un accord de gouvernement avec ces représentants de la haine. Et la vie continue. Où nous emmène-t-il, le petit train-train quotidien ? Où l’on ne choisit pas son camp ?

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 Dominique Mineur sera la première femme au monde à diriger une ambassade en Arabie saoudite. Ce sera au nom de la Belgique. Un geste audacieux, une belle initiative du ministre des Affaires étrangères qui, on l’espère, ouvrira de nouvelles perspectives diplomatiques. Une autre femme, Véronique Petit, est quant à elle nommée ambassadeur de Belgique à Téhéran. On leur souhaite bonne chance.

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 Discussion infinie qui fleurit surtout dans les écoles de journalisme, mais pas seulement… Entendu hier sur RTL : « En 2018, il restera encore 350 cabines téléphoniques sur le territoire français. » Le Figaro de ce jour : « En 2018, il ne restera plus que 350 cabines téléphoniques. » C’est le même fait, exprimé de deux manières différentes, et donc reçu, perçu différemment. Comme la bouteille à moitié vide… Va savoir !

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D’Ormesson, Johnny : la semaine funèbre de Macron. Photo © BFMTV.

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