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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Plus une goutte, on vous dit!

À table avec l'Ogre par L'Ogre, le 31 août 2018

Tentative de suicide collectif en famille chez l'Ogre. Photo © J. Rebuffat

C'est le genre d'info qui vous fait sursauter. Enfin, qui me fait sursauter. Soudain tous les médias se déchaînent: d'après une étude publiée par le Lancet, journal médical sérieux s'il en est, à n'importe quelle dose, même minime, l'alcool est dangereux. Conclusion: n'en buvez plus une goutte. Un coup à faire pâmer d'envie les ayatollahs les plus pointilleux. French paradox, adieu. Mais, à y mieux regarder...

1. On constate que le vieil adage d'Alphonse Allais est toujours valable: les journaux du soir démarquant les journaux du matin et ceux du matin, ceux du soir, on ne saura jamais qui a commencé. Avec les réseaux sociaux, il n'est même plus la peine de se fatiguer: on «partage». Perso, moi, ce que j'aime partager, c'est un bon repas avec des gens que j'aime, famille, copains, amis, potes et inconnus sympas. Ce que j'aime partager, avec les mêmes, c'est une bonne bouteille. Mais hop! Un clic et c'est parti, ça se répand comme bordeaux sur une nappe blanche.

2. Peu de mes distingués confrères (oui, je sais, les rythmes, la productivité) ont pris soin de lire ce rapport jusqu'au bout. Encore moins, de relativiser les risques ni même de se rappeler qu'une statistique, quelle qu'elle soit, ne tient jamais compte de tous les éléments et que même sérieuse, une étude ne peut épuiser le sujet (j'en reviens au paradoxe français).

3. L'acte même de se nourrir et de s'abreuver comporte toujours une part de risque, qu'il faut certes amenuiser tant que faire se peut. Certains de ces risques peuvent être compensés par ailleurs (même les végans les plus bornés le savent). Non seulement la dose fait le poison, mais encore existe-t-il des contrepoisons. Et ce qui est certain, c'est que s'abstenir de boire et manger conduit très vite au tombeau. (C'est la même chose avec la respiration, notez.)

Conclusion: il m'apparaît qu'accroître un risque de quelques dixièmes de pour cent rentre dans la fourchette (oups, cela m'a échappé) du bon rapport qualité-prix. C'était d'ailleurs la conclusion sous-entendue du Lancet. Je ne suis pas sûr qu'il soit utile de vivre jusqu'à cent ans à ces conditions. Il m'est arrivé, voici bientôt quatorze ans, d'être victime d'un infar. Tout va bien, merci, mais ceci pour vous livrer la réflexion de mon cardiologue à propos du régime alimentaire idéal: «Je ne vous conseille certes pas de dévorer une côte de bœuf tous les jours, vous allez raccourcir votre vie, mais si vous n'en mangez jamais, elle va vous paraître bien longue».

Mourir d'ennui? Je préfère vous asséner une nouvelle fois cette célèbre formule, que vous appliquerez avec la modération requise: bon appétit et large soif.

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