semaine 42

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Vacances romaines (gourmandes)

À table avec l'Ogre par L'Ogre, le 13 octobre 2017

Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, mais dans un restaurant romain, Musset a tort. D'accord, celui-ci était fermé, mais les autres... Suivez le guide plutôt que les guides! Photos © J. Rebuffat

Rome n'est pas l'unique objet de mon ressentiment, n'en déplaise à Pierre Corneille, mais au contraire une ville que j'aime notamment pour ce qu'on y mange (on ne se refait pas). Je vous propose donc une petite balade commentée (n'oubliez pas le guide).

D'abord chez moi, enfin, chez la connaissance qui m'a loué son appartement l'espace d'une semaine. Si vous en connaissiez la terrasse, avec vue imprenable sur le Janicule, vous comprendriez qu'on pouvait avoir envie d'y rester un peu et d'y déguster mon excellente cuisine. Quatre repas y furent pris. L'un végétarien (courgettes et aubergines grillées, petites asperges sauvages, tomates sautées ou en salade, fleurs de courgette puis une corbeille de fruits), deux à base de pâtes (ben tiens) et le quatrième plus classiquement construit à l'italienne, c'est-à-dire avec des pâtes en premier plat et une viande (des côtes de veau au romarin) accompagnée de légumes ensuite. Il faut dire que cet appartement, à portée de mousquet d'un garde suisse (pour aller au centre ville, il faut traverser deux frontières), était sis au sommet d'un immeuble jouxtant un marché quotidien. Je ne sais pas vous mais moi, dans une ville, je n'aime pas me contenter des restaurants; j'aime me promener dans les marchés, y acheter ma nourriture comme un indigène et essayer de cuisiner pareil. Allez, une petite recette, en passant. Faites cuire des linguine al dente et pendant leur temps de cuisson (il n'en faudra pas plus), étuvez au micro-ondes un filet de poisson qu'ensuite vous émietterez dans une sauce composée vite fait du jus d'un demi-citron, d'un peu d'huile d'olive, de persil, de câpres et de filets d'anchois que vous aurez réchauffée tranquillement deux ou trois minutes. Vous égouttez les linguine, vous incorporez la sauce, vous mélangez et vous servez avec un vernaccia. Fromage facultatif (malheureux, pas de la groviera, nom local du gruyère...).

Et pour le reste, promenades avec de temps à autre une petite halte pour une glace (j'aime les 150 sapori, près de la fontaine de Trevi), pour un café


à la terrasse du Museo-Atelier Canova-Tadolini ou même pour un thé, le temps de se prendre pour Keats, qui habitait en face et qui a écrit: «A thing of beauty is a joy forever», chez Babington's (attention, prix londoniens d'avant le Brexit). La photo est en noir et blanc pour correspondre à l'aspect suranné:

Tiens, puisque nous sommes près de la place d'Espagne, une adresse que je vous recommande chaudement: Life. Oui, depuis Keats, l'Italie s'est beaucoup anglicisée.

J'ai hésité avant d'entrer, mais les assiettes présentes en terrasse avaient l'air appétissantes. Comptez tout de même 50 à 60€ par personne, et plus si le menu truffes vous tente, mais la Life est short et you only live once. Superbe tagliata de wagyu, belle carte des vins. Quand vous choisissez un restaurant, n'hésitez jamais à faire du repérage. Regardez dans les assiettes (discrètement) et scrutez l'allure des clients. Tendez l'oreille. En général, si la langue dominante est l'italien, c'est un indice positif. Il y a les guides, bien sûr, mais ils vous amènent dans des endroits supposés typiques qui cessent de l'être à force de cohortes de routards assoiffés de couleur locale et qui ne veulent pas passer pour des touristes. Inutile de dire que dans une ville comme Rome, des touristes, il y en a partout. Je n'ai rien contre eux: j'en suis un moi-même et comme je me promène souvent avec un appareil photo, même à Bruxelles, Luxembourg ou Paris, j'ai l'air d'un touriste. Et puis il y a la sympathie que dégage un restaurant. Celui – fermé à l'heure de mon passage – qui figure en tête de l'article était attirant. Il est près du Quirinal, mais où exactement?

L'exemple du petit restaurant sympathique, pas cher et rempli de Romains, c'est Da Giovanni, le long du Tibre, pas loin du Vatican mais surtout de la prison. Arrivez à 20 heures, comme nous:


car à 20 heures 13, il est complet. La bouteille de vin est à 7 €... Le poulpe était délicieux et à deux avec l'Ogresse, nous avons payé 35 €. Carte courte, plats populaires, service rondouillard, que demande le peuple? De rencontrer des monsignori en soutane? Allez donc un peu plus chic à l'Osteria dei Pontefici. Quand vous aurez fini de les regarder, jetez un coup d’œil à la carte, longue comme la salle. L'Ogrelette

a fait mine de se contenter d'une pizza (mais c'était son premier plat), arrosé du vin maison, n'en déplaise à mon collègue et néanmoins ami Philippe Bidaine qui ne veut que de la bière avec sa pizza sous le prétexte comme c'est ainsi qu'on fait à Naples. Quant à moi, j'ai mangé des tripes à la romaine (une sauce tomate un peu relevée, bêtement). L'endroit est sympa, même avec les derniers clients auxquels la hauteur de la note (140 € à quatre) a amené une solide rasade de grappa et de limoncello offerte par la casa.

Non loin du Vatican également il y a une terrasse calme et vaste sise dans une rue parallèle au boulevard Grégoire VII: la Bonne Fourchette, in italiano la Buona Forchetta, qui oscille entre la pizzeria et le resto de quartier. Bonne tagliata également. Mais le vin maison est médiocre, évitez-le. J'ajoute que contrairement à une idée reçue, il y a parfaitement moyen d'obtenir une viande de bœuf épaisse et saignante en Italie; mais on a alors l'habitude de la trancher après cuisson (précisez al sangue si vous ne la voulez pas à point).

Franchissons le Tibre pour une avant-dernière adresse recommandée, dans la jolie via delle Coppelle, à mi-chemin entre le Tibre et la fontaine de Trevi, le Coppelle, justement, une trattoria qui n'essaie pas de harponner le touriste, la clientèle locale étant déjà suffisante. Là, la famille L'Ogre était à huit, et certains à la hâte de ne pas rater l'avion. Bonnes pâtes à la sauge et au beurre. S'il vous plaît, faites l'effort de vous éloigner des lieux cultes, comme la fontaine de Trevi: deux cent mètres suffisent, voire la rue parallèle à la piazza Navona, pour éviter les médiocres et trouver de bonnes petites adresses comme celles-là.

Enfin, si vous aimez la cuisine juive, qui a eu à Rome une influence importante, le ghetto fourmille d'adresses certes inégales mais bon marché et souvent pleine d'ambiance. Vous mangerez kasher. Chez Nonna Betta, l'artichaut frit est réputé et la queue de bœuf façon osso buco

est goûteuse à souhait. D'accord, c'est un peu gras, mais à la sortie,

peut-être aurez-vous la chance d'entendre de loin un concert qui vous rabibochera avec la légèreté.
Et si ce n'est pas suffisant, il vous reste à retourner au Solo Crudo.

Les adresses:

Buona Forchetta, via della Cava Aurelia 21/23 - 00136 Roma

Osteria dei Pontefici, via Gregorio VII 53 - 00165 Roma

Da Giovanni, via della Lungara 41- 00165 Roma

Nonna Betta, via del Portico d'Ottavia 16 - 00186 Roma

Le Coppelle, via delle Coppelle 38/39 - 00186 Roma

150 sapori, via della Maddalena 19/23 - 00186 Roma

Life, via della Vite 28 - 00187 Roma

Babington's Tea Room, piazza di Spagna 23 - 00187 Roma

Museo-Atelier Canova-Tadolini, via del Babuino 150 - 00187 Roma

Solo Crudo, via Federico Cesi 22 - 00193 Roma (lire l'avis détaillé de l'Ogre)

Si vous aimez le guide, vous aimerez sa nouvelle page Facebook. Merci pour lui.

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