semaine 26

Au salon, un tour de rêve en Vanderhall

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 28 janvier 2019

Faites à la main dans un atelier de l'Utah, les Vanderhall sont des engins à trois roues qui filent comme des avions. Cinq exemplaires sur une production de 450, ont été réservés à L'Europe. La machine est visible chez Lenoir, à Hasselt. Photo ML.

Devrait-on avouer que l'on a fait un tour au salon de l'auto, alors que dans les rues de Bruxelles, la foule marche pour défendre l'environnement? La grand-messe de la bagnole et de la moto exerce toujours son attraction sur des centaines de milliers de gens qui passent de longues heures dans les embouteillages, en pensant à des routes perdues déployant leurs lacets dans des paysages de cinoche. 

OK. On est donc allé au salon, comme au temps de papa, quand les enfants recevaient des brochures illustrées, de stand en stand, quand les américaines avaient des ailes d'avions et des fauteuils de skaï bleu ciel. Comment échapper aux images venues à vous au cinéma du quartier, en regardant "Ligne Rouge 7000" de Howard Hawks ou "Two lanes blacktop" de Monte Helmann?  Pour ma défense, j'aurais voulu me rendre au Heysel en prenant le train puis le métro. Pluie trop forte pour aller à vélo jusqu'à la gare. La drache zébrait le paysage comme dans un album de Blake et Mortimer, vous voyez ...

J'aiplanqué ma vieille bagnole,- elle est  interdite de séjour dans le centre de Bruxelles depuis cette année en raison de son âge -, pas trop loin de la gare de Marchienne-au-Pont. Avec d'autres voyageurs, j'ai attendu l'IC de 9 heures. Il n'arrivera pas. "Supprimé" a indiqué un panneau numérique. Derrière son guichet - il n'est plus ouvert tous les jours -, le monsieur de la SNCB n'a pu garantir que le train suivant soit à l'heure. Problèmes techniques. Sympa, l'agent .Comme tous ces accompagnateurs et machinistes qui se donnent un mal de chien pour adoucir des retards dont ils ne sont pas responsables.

Bigre, reviendrais-je à la maison, bredouille? Et si je m'aventurais sur l'autoroute à bord de mon antique camionnette? Je ne braverais aucun interdit car j'emprunterais le ring pour m'arrêter dans un parking.  Coup de chance, la circulation était plutôt fluide, sinon à la hauteur de la jonction des voies allant vers la côte et Anvers. Des poids-lourds hauts comme des buildings  faisaient tanguer la Renault express de 1996. Au point que je manque la bonne sortie. Descendu du ring à Grimbergen, je suis arrivé à destination peu avant midi. 

Dans le parking immense j'ai pris mes points de repère pour me diriger vers le temple éphémère des engins à quatre et deux roues. Hâte des piétons s'extirpant de leurs caisses, en relevant le col des vestes. Plongée dans le monde scintillant des modèles 2019, avec cette obsession de la sécurité, du respect des normes de pollution, et la palette des modèles allant de  la Logan à 7.000 balles à la Rolls à ne je ne sais combien. Entre les deux, une grande partie de l'échelle sociale, dont les Gilets jaunes.

J'éprouvais un  léger vertige, comme toujours au salon, avec ces lumières et cette agitation,quand, au détour du hall réservé aux motos un engin étrange m'est apparu. A la fois moto et roadster, avec un long museau se terminant par une calandre gaufrée comme celle du bolide de Stirling Moss, tournant sur le Francorchamps de la fin des années cinquante. Un vendeur souriant prénommé Marnix s'est approché, "Vous voulez des explications?"  Il voyait bien, Marnix, que jamais je ne l'achèterais, cette caisse, mais  je voulais en savoir un peu plus sur la Vanderhall Venice. Un OVNI à sa manière...

Si la Vanderhall est rationnelle dans sa conception, elle n'a rien de raisonnable. Déjà, son  prix, 44.000 euros. Du lourd. Peut-être pas pour une machine faite à la main par des artisans. Disons que ce modèle s'adresse à des passionnés. A des gens qui achèteraient une sculpture sans demander son prix. La Vanderhall repose sur trois roues. Deux devant, une très large à l'arrière. Un moteur GM de 1400 cm3 libère 180 chevaux pour un poids de 649 kilos. Cette traction  passe de 0 à 100 en 4, 5 secondes mais ce n'est pas ce qui compte. Elle est équipée de freins Brembo, comme les motos et vire comme un avion. 

En 2010, Steve Hall a ouvert son atelier à Provo, Utah, USA, pour construire son rêve. Avec son équipe, Hall a construit 8 prototypes avant de sortir la Venice. Fuselée, deux sièges, boîte auto (séquentielle), long capot, châssis en alu, le reste en matériaux composites et métal vintage (cadrans et autres), la machine est dotée d'une suspension qui ressemble aux pattes d'une araignée bodybuildée. L'échappement latéral s'apparente à celui d'une moto.    

J'ai regardé les gens qui passaient devant ces engins dont l'esprit est aux antipodes de l'usage habituel de la bagnole. Comment serait-ce, de piloter cette moto/auto à 3 roues? Marnix m'a proposé un essai, mais j'ai réfusé poliment. Histoire de rester dans l'espace du cinéma, comme quand je suis allé voir Easy Rider. Plus tard, une vidéo repérée sur youtube m'a emmené à bord du roadster biplace à l'atmosphère de Stamp (avion ancien...). La Vanderhall concilie l'agilité d'une moto et le confort (relatif ) d'une bagnole. Pas de toit, pas de portes, un saute-vent. Peu d'espace, juste  de quoi prendrer un  sac de sport. 

Au salon, je suis allé m'asseoir, après, dans une Logan à 7.000 balles. J'ai dû faire la file, avec des papys qui s'installaient au volant en se voyant aux commandes d'un cabriolet sur les routes de l'été. La magie de la bagnole opère encore et sans doute faudra-t-il du temps avant que la page de l'auto se tourne. Tant que le train de 9 heures n'arrivera pas à la gare? Tant que la village ne sera pas relié à la gare par un  bus? Quant à la petite ligne de train de la vallée, il faut la défendre, une réunion d'usagers est prévue, d'ici quelques jours, à la maison communale. 

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Commentaires

Portrait de VIVIANE PYRE
Super description de ce salon Marcel. Bisous. Vivi
Portrait de Patrick Willemarck
Tellement juste, surtout pour quelqu’un comme moi qui a grandi dans des garages...
Portrait de Patrick Willemarck
Tellement juste, surtout pour quelqu’un comme moi qui a grandi dans des garages...
Portrait de Thierry
Quel voyage, Marcel, on fait avec toi ! En ménageant sa monture !

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