semaine 46

Ciné en "Ch'tite famille", à Jeumont (F)

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 29 mars 2018

Le mercredi, au ciné Régent, tous les tickets sont à 3 euros 50. Toutes les générations se côtoient dans ce cinoche qui rappelle le temps des salles de quartier. Photo © M.L.

Le dernier film de Dany Boon, "La Ch'tite famille", tient le haut de l'affiche depuis sa sortie au ciné Régent, à Jeumont. Cette salle à la décoration des années 50, ressemble à un temple de l'image comme on les concevait au temps des cinoches de quartier. Avec le Rex à Solre-sur-Sambre, le Régent est un de ces lieux survivants où toutes les générations se croisent dans une atmosphère sympa. Les tickets ne sont pas chers, les sièges revêtus de velours coloré, les chocolats glacés de l'entracte veillent dans le frigo.

Jeumont est la ville française la plus proche de Bruxelles, une heure de route. Dix mille âmes y vivent dans l'ensemble transfontalier formé avec Erquelinnes. Parallèle à la Sambre, la rue principale qui traverse ce tissu urbain continu est bordée de commerces rappelant l'époque lointaine des douaniers, quand on achetait du tabac en Belgique et du vin en France. C'est encore un peu vrai aujourd'hui. 

On peut se rendre au Régent à vélo, de Belgique, en suivant le halage où file le Ravel, qui se mue en voie verte côté France. Ce tronçon de la véloroute Paris-Moscou offre aux voyageurs ses panoramas, villes, villages, cafés et auberges qui drainent des amoureux des grands espaces. Si deux ponts n'étaient pas en mauvais état, quelque part sur le canal qui relie la Sambre à l'Oise, les bateaux remonteraient de Liège à Paris via Charleroi comme il n'y a pas si longtemps. Il faut espérer que ces chantiers avancent plus vite que celui, bloqué depuis trente ans au moins, du morceau d'autoroute qui devrait relier le périphérique de Charleroi à Maubeuge. L'Europe des gens est encore à bâtir...

Comme nous sommes un mercredi, le ticket est à 3 euros 50. A peine plus cher que le prix du sachet de frites que l'on achète ensuite à la roulotte "La Perle", qui fait escale le soir sur le grand parking proche du centre-ville où l'on trouve des baguettes de tradition et le Libé du jour à côté d'un café qui fait le plein de copains. Dans la salle, le public rit en tendant l'oreille à cet accent du Nord qui chante comme les troubadours. Avec ce film, Dany Boon parle de la reconnaissance de l'autre, de la fracture sociale et culturelle, de l'entente qui peut unir des Parisiens et des Picards. 

Sous l'apparence d'une comédie, comme le déclarait L'Obs, auguste sacrée référence, cette émouvante "Ch'tite famille" porte l'idée de tolérance et de solidarité. En se marrant, ce qui est quand même le plus important! Dans ce film Pierre Richard joue le père de Dany. Il est dingue, cet acteur. Génial, dans la peau d'exploitant burlesque d'une casse, chantre du tuning pour caisse pourrie. Quand tout le monde se retrouve autour de la table familiale, dans la baraque pas trop bien rangée, les boulettes volent au rythme de fourchettes aussi allègres que Line Renaud rassurant sa smala.

On sort du Régent et se retrouve quasi dans le décor du film. Un jour, j'ai lu le papier d'un journaliste parisien qui estimait que Maubeuge est d'un gris plus gris que le gris d'ailleurs. On peut le comprendre: comparée à San Francisco, la ville est moins colorée. Que dire de Jeumont, alors? Que par grand soleil, à vélo, le long de la Sambre, ou au marché, entre les merguez et les picon-bière, les gens disent bonjour et doivent bien vivre là où la vie les a fait atterrir. Centre ferroviaire en déclin, avec ses usines dont pas mal ont lâché prise, Jeumont mérite le détour, et basta si aucun guide touristique n'indique cette destination. Là-bas, on se sent proche de la grande famille qu'est le peuple de la frontière, comme disait Pierre Mauroy.   

 

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