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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

De la Ruhr au Pays Noir, visions post-industrielles de Clemens Schuelgen

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 18 décembre 2017

Entre le noir et le blanc, les nuances de Charleroi sont infinies. Clemens le photographe venu d'Allemagne et Alain l'historien d'art et fils de mineur ont fait équipe pour un livre poétique. Photo © ML.

Ce livre, difficile de le refermer comme ça, puis de passer à autre chose. Dans la matière des gris qui explorent les confins des noirs et des blancs des images de Clemens Schuelgen se tapissent tant d'histoires. Celles qui ont été captées à Charleroi pendant une vingtaine d'années par le photographe venu d'Allemagne sont confortées par d'autres, saisies lors de ses longs passages dans les régions de vieille industrialisation de la Ruhr, du Nord-Pas-de-Calais, de Pologne et de Tchéquie. Le regard de l'artiste s'est exercé au fil du temps, les impressions se superposant, de site en site, jusqu'à produire des lignes de force. Les photos de l'industriel fasciné par le patrimoine des charbonnages et aciéries s'apparentent à de la gravure. L'homme a beaucoup voyagé, écouté, rencontré les gens et médité avant de révéler ses visions. A Charleroi,  sa route a croisé celle d'Alain Forti,  conservateur du Bois du Cazier. Celui-ci, intrigué par l'acuité du regard de Clemens sur Charleroi, l'accompagna dans sa quête. Devenus amis, ils publient aujourd'hui cet ouvrage, "Charleroi entre noir et blanc",  un grand document poétique et scientifique. Le  livre a été présenté  en la résidence de l'ambassadeur d'Allemagne auprès de la Belgique. Ce soir-là, près de cent personnes avaient répondu à l'invitation. Aux murs de la vaste demeure bruxelloise les photos s'apparentaient à des fresques. Rüdiger Lüdeking, diplomate né dans la Ruhr, dit son émotion face à ces visions qui lui rappellent ses racines. C'est que les images de Wallonie et de la Ruhr témoignent d'univers semblables qui ont vécu et marquent encore les paysages alors que les mémoires s'en vont. Ces images révèlent des cultures soeurs. Nées du labeur. Expriment une idée de l'Europe. Georges Vercheval, le fondateur du Musée de la Photographie de Charleroi, se rappelait avoir vu débarquer vers la fin des années 80 un photographe à la recherche d'une chambre noire où il puisse décharger des châssis de prises de vues pour y placer des films vierges. C'est que le voyageur utilisait une chambre technique de 8x10 pouces. Un format qui prodigue une large gamme de nuances. Autour de ces images, chez l'ambassadeur, les gens se sont parlé, ont échangé des impressions et discuté d'art et de mémoire au point de ne plus avoir envie de partir. Comme si la puissance des images et des vies recréaient le climat des villles industrielles, à l'heure où les gens se retrouvaient pour souffler et bavarder devant leurs maisons. Inspiré par les photos du quidam venu de Cologne, Alain Forti a trouvé les mots capables d'épauler les images sans les raconter. Car images et mots, ici, ont les mêmes racines. Enfoncées dans les décors mêmes où le photographe et l'historien ont grandi et vivent toujours.   

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