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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Johnny n'a pas retenu la nuit

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 07 décembre 2017

Un 45 tours, une affiche, un bouquin, un air qui passe, Johnny est parti mais ses chansons tournent toujours sur les Teppaz qui font de la résistance. Photo © ML

A la fin de la soirée de la Saint-Nicolas, à la fin de l'émission qu'il venait de consacrer à son copain Johnny, mort pendant la nuit après un dernier round avec la maladie, l'animateur Michel Drucker a salué son pote d'un signe de la main et a laissé ses larmes couler sur son visage qui a souri à tant d'étoiles, comme on disait avant de recourir au mot star venu d'Amérique. Le journaliste a dit qu'avec Johnny c'était différent. Tout le monde se sent triste d'avoir vu mourir le chanteur parce qu'à la longue on aurait fini par le croire aussi éternel que les images des cow-boys dans les westerns en cinémascope. C'est peut-être ce qu'il est devenu, une mélodie autour du feu de camp d'une époque. Quand notre Johnny Guitare a démarré, au début des années 60, la télé commençait à rivaliser avec la radio. La moto, d'engin de déplacement, se muait en véhicule de rebellion et en machine à aller au-delà de l'horizon de son quartier. C'est ce que Johnny aura réussi. De la Trinité où il faisait ses gammes stridentes de rocker avec Mitchell et Dutronc, il a sillonné la planète, de ville en ville, de chapiteaux en stades, nomade rêvant, chi lo sa?- peut-être de pantoufles. Il en aura vu défiler des bagnoles dans la cour de ses maisons. De la TR3 des débuts à l'AC Cobra bleue de Los Angeles, au bout de sa route, il aura filé comme un mustang poursuivi par des troupeaux de Harleys. Dans un  bouquin jauni datant de 1980 sur les pionniers du rock'n'roll, Michel Rose analysait déjà la trajectoire du king français. Il aurait été le fil conducteur menant la vieille Europe aux héros du rock, en très gros et en vrac, Eddie Cochrane, Buddy Holly, Hank Williams ou Johnny Cash qui a fini en "Solitary Man". Peut-être bien aussi à Dylan mais c'est Hugues Aufray,  un peu plus âgé que Johnny, qui a réussi à interpréter Girl from the North Country dans la langue de Voltaire. Le Breton aime l'air du grand-large. Johnny fut de presque toutes les émissions de SLC, Salut Les Copains, aidant au décollage à la verticale d'Europe 1, quelques années avant qu'Armstrong et Aldrin foulent le sol de la Lune et que le Roi Eddy gagne le Tour de France, la même année, en 1969. Hallyday reste parmi les rares étoiles dont l'éclat n'a jamais pâli tout au long d'un sacré demi-siècle. Avec l'évolution technologique les stars sont devenues filantes et personne, sans doute, ne volera aussi longtemps que Johnny. On l'avait découvert en 1962, il chantait pour Catherine Deneuve dans "Les Parisiennes". Sa chanson c'était "Retiens la nuit". Une histoire simple, où toute l'histoire du chanteur en herbe s'inscrivait. Faute d'avoir eu un père et une mère pour lui chanter des chansons quand il était petit, Jean-Philippe Smet le marathonien de la scène aura fait du public son immense famille. C'est elle qui depuis l'annonce de sa fin, chante pour l'accompagner. Le président de la République a dit son chagrin dans un discours aux accents rock. Drucker aura été le récitant de la veillée funèbre à la télé publique. On parle de funérailles nationales. Johnny malgré ses chansons qui lui donnaient tant de coeur à l'ouvrage - un  ouvrier du rock -  n'aura pas pu retenir la nuit. Ce qui nous ramène à ces mots du regretté poète Robert Davreu, mort lui aussi du cancer. "La nuit serait éternelle, sans la nuit". On pourrait dire pour consoler sa famille et l'autre, celle d'un pays au moins, que ce gars-là a fait de la lumière pour beaucoup de gens qui avaient besoin de sortir de leur carcasse pour danser sur la scène de leur existence. Le cow-boy s'en est allé, les chansons continuent à tourner, elles sont dans l'air d'un temps que tous nous avons partagé. Même les étoiles ne fixent pas la nuit.   

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