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"Tea Time à New Delhi" : la brève rencontre du Che et d'Indira

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 01 juin 2017

Dans les rues de New Delhi Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Jean-Pol Hecq, qui a bourlingué en Inde, se passionne pour l’histoire, le journalisme et la littérature. Quatre faits objectifs qui ont conduit l’auteur de “Georges et les dragons”, - premier roman sur la guerre 14 et la bataille des Anges de Mons, publié en 2015 -, à imaginer la rencontre de deux personnages entrés dans la légende du XXe siècle: le “Che” et Indira Gandhi. Le moment est bien choisi. En octobre de cette année, on évoquera la mort du commandante Guevara, voici un demi-siècle. Et, en novembre, le centenaire de la naissance d’Indira, fille du Premier ministre Nehru. Hecq passe par l’exofiction pour aller au-delà de ce que l’histoire nous rapporte du point de vue scientifique. Usant de ses recherches historiques et d’un intérêt viscéral pour l’humain, il parvient à  tisser sur la trame de juillet 1959, à New Delhi, les parcours si différents du révolutionnaire cubain et de celle qui sera la première ministre de l’Inde. Tous deux mourront brutalement. Lui sera exécuté en 1967 en Bolivie par des soldats encadrés par la CIA. Elle, par ses gardes du corps, en 1984. Tragédies de notre époque.

Mais nous n’en sommes pas là quand, le Che, lors d’un périple autour de la planète, durant l’été où Bahamontès gagna le Tour de France, fait escale en Inde. Il découvre l’immense démocratie avec ses villes grouillantes, ses misères criardes et ses lumières vives, ses palais et ses rituels, ses parfums de thé et d’épices, ses musiques aussi subtiles que les nuances infinies des couchers de soleil sur les rivages. L’Inde, peut-être, serait le personnage principal de ce roman qui se lit d’une traite. Avec l'habileté d'un feuilletonniste nomade, l’auteur emmène le lecteur par les rues des villes, pousse des portes, rencontre des gens, exprime l’âme d’un peuple, ses rêves et ses limites, place dans ce décor vibrionnant ses héros. Grâce à un solide travail de documentation, Jean-Pol Hecq brise le vernis des icônes pour les faire se rencontrer dans un échange profond.

Dans les rues de New Delhi Photo © Jean-Frédéric Hanssens
New Delhi Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Vous êtes vous déjà demandé ce qu’auraient pu se dire le Che et Indira  autour d’une tasse de thé à New Delhi, en 1959? Il y a peu de chances... Hecq, oui. Ses dérives l’emmènent dans les ruelles du passé, qu’il nous fait arpenter dans les pas de personnages, guides éclairés. Au passage, il aborde la marche du monde, la réflexion sur la politique comme l’art de vivre, mélange informations et récit, donne matière à réflexion. Quand il décrit Guevara posant ses bottes de parachutiste dans un palace indien, on y est. Et la vision d’Indira drapée dans son sari, proposant au Commandante de rencontrer Krishnamurti à Calcutta, de manière clandestine, ne s’oublie pas de sitôt. Les deux hommes parleront de Tagore, de la vie et de politique. Du destin. De la manière de le forcer. A la fin du livre, on se dit que l’on revient d’un sacré voyage, qui donne envie de prendre illico presto l’avion pour l’Inde et Cuba. Et d’essayer d’entrer dans la danse du Che et d’Indira, rêvée par un auteur qui a trouvé un ton personnel, entre gravité et clarté.


“Tea Time à New Delhi”, par Jean-Pol Hecq. Roman
Editions Luce Wilquin. 240p. 20 euros.

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