semaine 48

BOZAR : 1 point + et 1 point -

ConsoLoisirs par Bernard Hennebert, le 10 novembre 2020

La façade de BOZAR en plein confinement (novembre 2020)

Puissent nos nouveaux ministres fédéraux VIVALDI Sophie Wilmès (BOZAR notamment), Thomas Dermine (institutions scientifiques et musées fédéraux) et Ludivine Dedonder (Musée de l’Armée) se rendre compte qu’il serait logique et surtout compréhensible pour le public que ne se crée qu’un seul «Code fédéral des usagers culturels» qui protège ceux-ci par rapport à l’ensemble de leurs institutions.

Les points 11 et 12 de cette newsletter sont fortement consacrés à BOZAR: deux exemples concrets qui tentent à démontrer l’utilité de la mise en place de pareil Code, bien sûr pour les visiteurs, mais aussi pour les institutions culturelles elles-mêmes.

SOMMAIRE

1. Pendant cette crise du Covid
2. Bruxelles pratique l’inverse de nombreuses grandes villes françaises
3. Quatre réactions cinglantes énoncées courtoisement
4. Ils nous répondent: Écolo-Groen, PTB, CDH, DéFI, PS et MR.
5. Écolo-Groen: «Une politique orientée vers les usagers culturels»
6. PTB: «Nous aimerions porter vos revendications»
7. CDH: «Votre engagement est fondamental»
8. PS: «Une pertinence particulière»
9. DéFI: «Préoccupations légitimes»
10. MR: «Favorable aux quatre propositions»
11. C’est récurrent: BOZAR n’aime pas beaucoup les chômeurs
12. Un Code des usagers qui serait utile aussi aux institutions fédérales elles-même!
13. Divers

1. Pendant cette crise du Covid

Il y a environ deux mois, nous vous avons envoyé notre précédente newsletter.

À cause de la crise du Covid, nous restons très prudents à la maison, ce qui nous permet de consacrer beaucoup de temps à l’écriture de notre livre-catalogue. Celui-ci accompagnera la sortie de notre exposition itinérante «Résiste!» (titre provisoire) qui, elle, est déjà prête et que la présence du virus nous pousse à conserver au frigo probablement jusque fin 2021. Heureusement, elle est intemporelle. Pour permettre la concrétisation de ce formidable projet, nous venons de répondre à un appel à projet 2020 de la Province de Liège, intitulé «Ce dont rêvait Marcel Hicter: osons la démocratie culturelle».

Concernant le dossier «publicité et RTBF», la ministre des médias Bénédicte Linard a accepté de nous rencontrer au cours de ce mois de novembre 2020. Qu’elle soit remerciée dès à présent. 

La présente newsletter traite des musées et autres institutions culturelles au niveau fédéral. Nous la dédions donc tout particulièrement à nos autorités du nouveau gouvernement Vivaldi qui traitent ces sujets, Madame Sophie Wilmès, Madame Ludivine Dedonder (Musée de l’Armée) et Monsieur Thomas Dermine.

2. Bruxelles pratique l’inverse de nombreuses grandes villes françaises

À Marseille, dès le 4 janvier 2021, commencera la gratuité quotidienne pour les collections permanentes des musées de la ville, suite à une décision du conseil communal qui s’est déroulé le 5 octobre 2020. Ainsi, la seconde ville de France rejoint la première, Paris, qui a innové depuis près de vingt ans (décembre 2001) en décidant la gratuité quotidienne pour sa quinzaine de musées, dont le Musée d’Art Moderne. 

Durant tout l’été 2020, d’autres villes françaises ont opté pour la gratuité quotidienne de leurs institutions muséales: Bordeaux, Besançon, Limoges, etc. 

Dans le Pas-de-Calais, Le Louvre-Lens pratiquait déjà la gratuité quotidienne de son fond permanent, la Galerie du Temps. Pour son premier déconfinement, il a décidé d’instaurer également l’entrée libre pour son exposition temporaire. 

À Metz, c’est le Musée de la Cour d’Or qui s’est récemment lancé dans la gratuité quotidienne au long cours. 

Les musées de la ville d’Angers ont innové: depuis le 7 juillet 2020, ils pratiquent chaque jour la dernière heure d’ouverture gratuite. Un rendez-vous culturel avant l’apéro ou le cinoche qui fonctionne très bien puisqu’il a attiré 20% des visiteurs d’une journée habituelle alors qu’auparavant, entre 17H et 18H, quasi aucun ticket n’était délivré. 

Voilà donc des stratégies culturelles post confinement totalement opposées à celle préconisée jusqu’à présent par nos musées fédéraux belges. Cela mériterait au moins un débat public contradictoire?

La Libre, le 3 septembre 2020, a publié sur une page et demi dans sa version papier, et sur son site, notre tribune où nous annoncions que 2/3 de nos musées fédéraux ne pratiquaient plus leur gratuité mensuelle «pour tous».
Plusieurs de ces institutions bruxelloises ont interrompu leur premier mercredi du mois gratuit dès la sortie du confinement.

3. Quatre réactions cinglantes énoncées courtoisement

Notre dénonciation du fait que la gratuité du premier mercredi du mois était de plus en plus souvent cachée sous le tapis n’est pas passée inaperçue.

David Clarinval (MR), (désormais ex) ministre de la politique scientifique, s’est positionné sur ce fait. D’une part, il a répondu, le 8 septembre 2020, à l’interpellation de La Ligue des Usagers Culturels (L.U.C.).
D’autre part, il a réagi, également par écrit, le 29 septembre 2020, aux questions posées par les députés fédéraux Séverine de Laveleye (Écolo-Groen) et Jean-Marc Delizée (PS).
Ces diverses réponses sont quasi identiques.

Qu’en penser?
«David Clarinval a répondu très prudemment à ces questions en se contentant de répercuter les justifications émises par les musées» indique judicieusement l’article «Vers une heureuse clarification?» (pages 34 et 35) de la 7ème édition du supplément annuel «Regards sur les musées» de 48 pages inséré dans Le Soir du 24 octobre 2020 et qui fait la promotion de toutes les gratuités muséales belges (un formidable travail de démocratisation de cet avantage «pour tous» coordonné par Arts&Publics).

Au moins, en découvrant les réponses du ministre, on peut se rendre compte du peu d’intérêt pour les visiteurs de la part de quelques directions des musées fédéraux ainsi que des faux prétextes bureaucratiques (et du manque d’imagination) pour tenter de saborder leur gratuité mensuelle pour tous. Mauvaise volonté qui nie leurs éternels discours théoriques sur le respect de leur public? 

Voici les quatre réactions cinglantes énoncées courtoisement par la L.U.C. à cette prose ministérielle.

Nous espérons que le successeur de David Clarinval tiendra davantage compte des intérêts des usagers culturels.

4. Ils nous répondent: Écolo-Groen, PTB, CDH, DéFI, PS et MR.

Voici les quatre points à propos desquels nous avons demandé à chaque parti francophone démocratique de se positionner.
Ils ont tous réagi, et de façon fort positive.
Dans les cinq points suivants de cette newsletter nous proposons leurs réactions, selon l’ordre où elles nous sont parvenues: Écolo-Groen, PTB, CDH, DéFI, PS et MR.

En tant que Président de l’asbl «La Ligue des Usagers Culturels», Bernard Hennebert leur demandait que le gouvernement fédéral à la fois soutienne mieux financièrement ses établissements scientifiques et culturels mais également mette en place quatre mesures indispensables pour redéployer les droits des visiteurs en leur sein:

1: L’adaptation au fédéral du «Code de respect des usagers culturels» initié en Fédération Wallonie-Bruxelles. Qu’il existe enfin des règles communes (chaque musée ayant jusqu’à présent son propre règlement) afin que les institutions fédérales respectent mieux les droits de leurs visiteurs. Il est intéressant de rappeler que Michel Draguet qui dirige les cinq institutions des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) avait fait part par écrit, après analyse par ses services, de son intérêt pour adapter à un niveau fédéral toutes les obligations concrètes de ce Code.

2: Au sein de chaque institution, la création de la fonction d’une personne ressource dont le travail consistera à défendre en interne les droits des usagers de façon transversale, dans tous les départements, y compris auprès de la direction et du conseil d’administration.
Si l’intérêt pour le public est évidemment dans toutes les pensées des membres du personnel de ces institutions, la surcharge du travail, la priorité prise désormais presque partout par le besoin de faire de la communication ainsi que la recherche effrénée bien souvent d’une rentabilité immédiate ne permettent plus vraiment de concrétiser jour après jour cet intérêt.
Il convient donc de retrouver au sein des diverses institutions le moyen de rendre incontournable cette préoccupation.

3: L’organisation par et dans chaque institution d’une rencontre annuelle sur les droits de ses usagers. Tous les membres de la direction et autres personnes à responsabilité devraient assister et participer à l’intégralité de ce rendez-vous qui devrait être interactif, enregistré, puis rendu public sur le long terme.

4: La déploiement d’un site internet spécifique où se retrouveraient les «livres d’or» de tous les musées fédéraux (et autres institutions scientifiques). Ainsi, tous les usagers seraient invités à commenter leurs visites et à découvrir les commentaires des publics de toutes les institutions.

Le Vif a publié notre «opinion» qui détaille cette thématique, le 11 octobre 2020.

5. Écolo-Groen: «Une politique orientée vers les usagers culturels»

Le 29 septembre 2020, avant la formation du nouveau gouvernement, la première réponse à nous parvenir concernant notre questionnement émane de la députée fédérale Séverine de Laveleye (Écolo-Groen) qui a déjà posé plusieurs questions sur les «usagers culturels» au ministre du gouvernement précédent, David Clarinval, ministre chargé de la Politique Scientifique.
Cette première réponse sera complété par son successeur sur ces enjeux culturels fédéraux, Nicolas Parent(nouvellement député depuis le départ de Sarah Schlitz comme Secrétaire d’Etat au gouvernement fédéral dit Vivaldi).

«Nous avons porté en négociation l'intégration d'une politique orientée vers les usagers culturels, avec notamment:

  • la gratuité des musées fédéraux un jour semaine. Le Ministre Clarinval a répondu qu'un groupe de travail serait mis en place pour évaluer cela. Il sera nécessaire de demander à ses successeurs de faire le bilan du travail de ce groupe. Il est évident que ce type de mesures contribuerait à renforcer l’accessibilité à la culture, ce qui est d’autant plus important avec l’impact socio-économique de la crise sanitaire.
  • l'introduction d'une charte des usagers culturels sur base du code existant en FWB. (votre point 1).

Sur ces deux points, il est important de rappeler que cette mesure s’inscrit dans une logique d’exercice plein et entier des droits culturels par les citoyens. Il ne s’agit pas simplement d’avoir accès à l’offre culturelle mais d’être en capacité d’y prendre part de matière active et de se faire entendre, de s’engager. (points 2, 3 et 4.).

Il s’agit d’une dynamique à appuyer puisqu’elle doit permettre de mieux sensibiliser les publics, comme défini dans l’accord de Gouvernement, en étant plus en phase avec leurs besoins, remarques et observations.

La crise sanitaire a mis à rude épreuve, et en évidence ,l’importance des liens entre les usagers et le monde culturel. De la force de ses liens, qu’il faudra impérativement resserrer, dépendra la résilience des acteurs, des lieux, des institutions culturels. C’est une opportunité qui devra être saisie en renouant d’abord avec les usagers les plus proches au niveau national. Nous ne manquerons pas de défendre cette vision dans le cadre des débats parlementaires».

6. PTB: «Nous aimerions porter vos revendications»

Geoffrey Mahieu, collaborateur parlementaire (PTB), nous répond le 8 octobre 2020:

«Nous vous remercions pour votre précieuse sollicitation. C'est en effet très intéressant d'obtenir les points de vue de chacun, tant des travailleurs culturels que de leurs usagers.

Nous avons donc lu avec grande attention vos revendications et nous aimerions les porter lors des prochaines discussions sur le secteur culturel au parlement fédéral.

En effet, vos propositions rejoignent parfaitement l'idée qu'il faut inclure au maximum les citoyens dans les décisions qui les concernent. Nous avions ainsi, par exemple, lors des élections de 2019, proposé que les citoyens puissent être associés à la prise de décision dans les conseils d'administration des entreprises publiques. Impliquer les citoyens dans les décisions en matière culturelle nous semble donc plus que pertinent, et plus que souhaitable.

En outre, nous pensons que les intérêts des usagers sont complémentaires aux intérêts des travailleurs. Nous sommes en effet tous demandeurs de "plus de culture" et d'une meilleure accessibilité vis-à-vis de celle-ci.

À cette fin, nous estimons également que le gouvernement fédéral (mais aussi les autres entités) ont un véritable rôle à jouer dans le financement de la culture (la crise ne devant pas être un prétexte pour raboter les budgets, nous y veillerons), ainsi que dans la gratuité de certaines représentations/expositions culturelles.

Notre parti attache à ce titre une attention particulière aux différentes inégalités qui traversent notre pays, qu'elles soient sociales, économiques, mais également culturelles.

Nous ne sommes pas tous égaux quant à son accès et, malheureusement, une partie de la population se retrouve exclue de la richesse que nos artistes peuvent apporter à ce pays.
Nous estimons donc que votre organisation a un réel rôle à jouer dans la définition des futurs politiques.
En ce sens, nous aimerions rester en contact avec vous car, avec le nouveau gouvernement et les discussions sur le futur budget, les travaux en commission risquent d'être "paralysés" pour quelques semaines encore.

Concrètement donc:
1: Dès que nous pourrons interpeller les nouveaux ministres, nous allons relayer la légitime question de la gratuité de certains établissements et voir ce qui est prévu à ce niveau-là;
2: Nous retenons vos revendications afin de les porter au parlement fédéral dès que le contexte le permettra;
3: Si nous pouvons faire tout autre chose qui peut vous êtes utile, nous sommes à votre entière disposition.
Nous vous remercions encore de nous avoir sollicité et souhaitons rester en contact.».

7. CDH: «Votre engagement est fondamental»

Le 14 octobre 2020, Maxime Prévot, le Président du CDH, nous écrit:

«Votre courrier daté du 28 septembre 2020 relatif à l'objet sous rubrique m'est bien parvenu et a retenu ma meilleure attention. Votre engagement en faveur de l'accessibilité de l'information culturelle et du droit des citoyens en la matière est bien connu. Il est fondamental. Bravo et merci.
 
Attirer les publics dans les musées, c’est permettre au plus grand nombre de se connaître mieux. C'est donner accès à l'idée que la diversité est bien plus intéressante, plus réelle, plus cohérente même, que l'identique. 
Je vous rejoins pleinement sur le fait que la gratuité est un des moyens à défendre pour encourager les citoyens à fréquenter les musées. 
La revalorisation et la formation du personnel des ESF en sont deux autres. Le désinvestissement des dernières années a rendu le secteur exsangue. L'attractivité d'un musée est portée par les membres de son personnel. Ceux-ci doivent avoir l'énergie, la motivation et la formation nécessaires pour relever les défis qui sont les leurs: intéresser et mettre en place les moyens de développer l'intérêt du public. 

Concernant vos propositions, voici nos réponses: 

1: L’adoption des principes du «Code du respect des usagers culturels» par les ESF est une proposition très intéressante. Il y aura lieu de l'agencer à la situation des musées fédéraux qui disposent déjà d'une politique d'accueil des publics. Ils sont d'ailleurs soumis à des obligations en la matière. 

2: Je comprends votre souci de rendre identifiable la fonction de faire respecter le droit des usagers. Néanmoins, vous proposez des mesures qui relèvent de l'autonomie de chaque institution. Et, nous en parlions plus haut, les budgets de ces institutions ont été restreints alors même que leur possibilité de fonctionnement repose sur une grande diversité de métiers et fonction: gardien, conservateur, personnel d'accueil, médiateur, graphistes... 

3: L’organisation d'une assemblée annuelle sur les droits des usagers est très intéressante. Comment voyez-vous son organisation? Ne devrait-elle pas relever des fédérations sectorielles (lcom, MSW), des interfaces publiques telles que Visit Brussels ou le Conseil bruxellois des musées, etc? 

4: Une amélioration concernant la centralisation des infos et avis des usagers sur les ESF serait une bonne chose! La création d'un site internet devrait cependant à mon sens être indépendante des Musées. 

J'espère que vous trouverez ces réponses satisfaisantes et vous souhaite plein succès dans vos prochains combats. 
Vous souhaitant bonne réception de la présente, je vous prie de croire à l'assurance de mes sentiments les meilleurs».

8. PS: «Une pertinence particulière»

Le 19 octobre 2020, Thomas Dermine (PS), le nouveau Secrétaire d’État chargé notamment de la politique scientifique, nous répond: 
«En charge de la politique scientifique et en particulier des musées fédéraux, nous vous reviendrons avec nos réactions et commentaires par rapport à vos revendications qui trouvent une pertinence particulière dans le contexte actuel. Je copie mon collègue Xavier Lepoivre en charge de ces matières à cet effet.
Bien à vous et merci pour votre implication».

9. DéFI: «Préoccupations légitimes»

Le 20 octobre 2020, François De Smet, le Président de DéfFI, nous écrit:

«J'accuse bonne réception de votre récent courrier électronique relatif aux revendications de la Ligue des usagers culturels.

Je partage celles-ci marquées du sceau du bon sens et qui visent à rapprocher le citoyen de la culture, ce qui constitue une saine mesure.

DéFI a pris connaissance de l'accord gouvernemental Vivaldi etil faut convenir que le point consacré aux musées fédéraux est particulièrement peu circonstancié: "Nous travaillerons sur une vision soutenue et tournée vers l'avenir pour toutes les institutions scientifiques et culturelles fédérales. Grâce à un plan global, à un financement durable des institutions, et à des initiatives complémentaires en termes de sensibilisation du public, un nouvel élan sera donné».

La gratuité des musées fédéraux ne paraît pas avoir été appréhendée "sensu stricto"; je puis vous assurer que le suivi de vos revendications sera assuré dans le cadre du contrôle parlementaire.Mon collaborateur, Christophe Verbist, sera chargé dudit suivi.

En restant à votre écoute et vous réaffirmant tout l'intérêt que DéFI porte à vos légitimes préoccupations, je vous prie d'agréer Monsieur Hennebert, l'expression de mes salutations distinguées».

10. MR: «Favorable aux quatre propositions»

Le 26 octobre 2020, Georges-Louis Bouchez, le Président du Mouvement Réformateur, nous répond:

«Votre message m’est bien parvenu et a retenu toute mon attention. Veuillez m’excuser pour le délai de réponse.

Sur le principe, le MR soutient la défense des consommateurs et usagers culturels. Nous pouvons donc nous montrer favorable à ces 4 propositions, tout en soulignant que, pour certaines d’entre elles, des solutions alternatives pourraient être étudiées (faut-il, par exemple, créer un poste spécifique pour la défense des droits des usagers ou cela peut-il être assuré par une personne déjà en poste?).

Nous ne pouvons que vous inviter à prendre contact à ce sujet avec les ministres en charge au gouvernement fédéral: Sophie Wilmès (MR) pour les institutions culturelles fédérales et Thomas Dermine (PS) pour la politique scientifique.
À votre disposition».

11. C’est récurrent: BOZAR n’aime pas beaucoup les chômeurs

Depuis plusieurs années, pour ses expositions, BOZAR (Palais des Beaux-Arts de Belgique) pratiquait l’entrée à 2 euros tous les mercredis pour deux catégories de visiteurs: les moins de 30 ans et les demandeurs d’emplois.
Le 6 décembre 2019, avec le démarrage de la rétrospective consacrée à Keith Haring, la tarification a évolué: cet avantage a été maintenu pour les moins de 30 ans, mais supprimé pour les demandeurs d’emploi. Et ce, sans aucune explication du pourquoi au public. Pour nous, la démocratisation culturelle exige, pour ne pas rester théorique, que le public soit informé de l’évolution du fonctionnement économique des institutions. Les usagers doivent être mis au courant des raisons pour lesquelles des réductions et des gratuités sont octroyées ou supprimées à telle ou telle catégorie d’entre-eux. 

Complémentairement, était également proposé un tarif réduit applicable tous les jours pour tous les demandeurs d’emploi.
Celui-ci a également évolué. Il s’est précisé dans sa formulation, ce qui en limite l’usage pour certains. Le 6 novembre 2020, Barbara Porteman, responsable au service de presse, répond à notre demande d’information, à ce sujet: «La recherche d'emploi «tout court» n'est en effet plus un tarif réduit. Nous appliquons désormais l'intervention majorée. Cela concerne les retraités, les invalides, les demandeurs d’emploi,… Les personnes qui bénéficient d'une allocation augmentée grâce à leur mutualité bénéficient toujours d'une réduction chez nous. Il s’agit de 50%. Les demandeurs d'emploi qui ne sont pas en situation de «pauvreté», et qui n'ont donc pas de formulaire de leur caisse d'assurance maladie, ne bénéficient pas d'une réduction».

Quant à l’évolution du tarif des mercredis à 2 euros pour les moins de 30 ans et les demandeurs d’emploi? Barbara Porteman: «Il n’est valable que pour les moins 30 ans. La direction a pris cette décision pour éviter les réductions cumulatives».
Effectivement, pas cumulative pour les demandeurs d’emploi… mais, au contraire, bien cumulative pour les moins de 30 ans puisqu’ils ont droit, et au mercredi à 2 euros, et à une réduction quotidienne de 50% sur le tarif plein.

Voilà donc un exemple concret récent de plus pour inciter le gouvernement fédéral Vivaldi à demander à Thomas Dermine (pour les institutions scientifiques), Sophie Wilmès (pour BOZAR notamment) et Ludivine Dedonder (pour le Musée de l’Armée) de préparer, de concert, un Code de bonne conduite en faveur des usagers qui fréquentent toutes nos institutions culturelles et scientifiques au niveau fédérales.

Au fil des années, j’ai personnellement constaté à plusieurs reprises que les demandeurs d’emploi étaient la cible de petites discriminations organisées par ce vaisseau culturel bruxellois.

Déjà pour un article que j’ai publié dans Le Ligueur (l’hebdo de La Ligue des Familles) daté du 28 janvier 2004, je découvrais, à propos de deux expositions d’Europalia Italie («Une Renaissance singulière» et «Vénus dévoilée») que: «Les tarifications affichées aux guichets indiquent des réductions pour les seniors et pour les étudiants. La réduction pour les chômeurs n’y figure pas et, pourtant, elle est annoncée dans les dépliants. Pensant qu’une tarification est par nature exhaustive, combien de chômeurs pudiques n’auront même pas demandé si leur statut leur donnait droit à un avantage financier. Contactés par mes soins, les organisateurs ont reconnu leur erreur. Le courriel de ma plainte a été envoyé le 24 décembre 2003. Les tarifications plus conformes (de simples photocopies) ont été affichées le 14 janvier 2004. Entretemps, plusieurs rappels de ma part furent nécessaires. L’obstination paie!».
Il faut savoir que la responsable des relations extérieures m’avait indiqué dans un e-mail envoyé dès le 8 janvier 2004 qu’elle allait procéder à la rectification. Cinq jours plus tard, je découvre sur place qu’à aucun des trois points de vente du musée, la tarification avec sa version chômeurs-admis n’a été affichée, à l’inverse de feuillets annonçant la prolongation de ces expositions… Lorsque je signalerai fermement ce fait, le 13 janvier 2004, la situation évoluera enfin favorablement, et se règlera en moins de 24 heures.

Acte manqué? Au fil des années, BOZAR a vraiment difficile à communiquer sur cette gratuité spécifique.
Plus récemment, lorsque l’institution lança sa réduction à 2 euros pour l’entrée de ses expositions, chaque mercredi, à destination des jeunes et des chômeurs, elle en fit une promotion qui ne mentionnait pas ces derniers, et il a fallu batailler ferme et longtemps pour qu’il y ait une évolution, hélas pas celle que nous souhaitions: l’arrêt pur et simple au lieu d’une annonce analogue avec la mention des deux types de bénéficiaires.
Pour la com, c’est peut-être plus frappant de mettre en avant une seule catégorie de visiteurs et de choisir la jeunesse, mais n’attend-on pas d’un organe culturel fortement subsidié qu’il respecte tout le public en l’informant de façon exhaustive de ses devoirs, droits et avantages? 

BOZAR n’a pas le monopole. Les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) actuellement dirigés par Michel Draguet ont eux aussi, au fil des années, joué au yoyo avec la gratuité/réduction des chômeurs, ou pas; médiatisée, ou pas. 

La création d’un Code pour les usagers est d’autant plus important que certaines directions semblent bien peu se préoccuper des droits des usagers. En voici un exemple concret assez étonnant, toujours à propos des chômeurs.
Au cours d’un entretien réalisé en novembre 2003, s’est déroulé un fait assez inattendu et qui me semble significatif. J’interviewais pour Le Ligueur, Helena Bussers, la conservatrice en chef faisant fonction aux MRBAB, entourée de ses collaborateurs: Thérèse Marlier, attachée de presse, et Régis Hespel, le responsable de la sécurité, du personnel technique et des chantiers. 

Pour valoriser son institution que j’égratignais sur différents points, Madame Bussers me déclare tout de go qu’elle tenait beaucoup au fait que les chômeurs aient droit à entrer gratuitement dans les musées dont elle a la charge: «C’est normal pour ces gens pour qui toutes les portes se ferment. Qu’on ouvre les nôtres! C’est l’aspect service public des musées. Qu’un maximum de gens s’y sentent bien».

Me voilà alors sans voix. J’hésite même un instant à mettre mon interlocutrice face à la réalité des faits. Finalement, j’explique: ces deux «gratuités» (car le même avantage est également accordé aux personnes handicapées) ont été supprimées quelques mois plus tôt et remplacées par une réduction à 2€, mesure imposée aux musées par un arrêté du ministre Charles Picqué (PS). Aucun des trois représentants des MRBA présents à cet entretien ne me croit et, finalement, l’un d’eux téléphone à une autre responsable de leur équipe qui confirme mes dires.
Découvrant ainsi cette évolution, mon interviewée m’annonce derechef qu’elle va tout mettre en œuvre pour tenter de la modifier. Mme Bussers sera également étonnée d’apprendre de ma bouche que la présentation de la tarification au guichet principal a été changée. Jusqu’il y a peu, un panneau indiquait toutes les réductions et gratuités dont celles des chômeurs et personnes handicapées. Avec l’évolution récente de la tarification, il a fallu revoir l’affichage. Désormais, le panneau n’indique plus que des prix sans expliquer à quoi ils correspondent: 5€, 3€, 5€ et 2€. À quoi servent donc ces réductions si elles ne sont pas clairement précisées où l’on s’acquitte de son droit d’entrée?
Mon interlocutrice prend alors l’initiative de me déclarer qu’elle va revoir cette tarification afin qu’elle soit affichée de manière exhaustive:«...Même si cela ne sera pas facile car il faut le faire en quatre langues!».

Pour la direction du musée, les évolutions des conditions d’entrée des visiteurs constituent-elles une priorité? Supprimer des «gratuités» est pourtant une mesure qui se décide rarement.
Voici l’article où je relate l’entièreté de cet entretien avec la direction des MRBAB.

12. Un Code des usagers qui serait utile aussi aux institutions fédérales elles-même!

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (BOZAR) a heureusement réussi à mettre fin à une autre «pratique» dommageable pour son public. Si un Code fédéral des usagers culturels existait et avait consacré un de ses points à une leçon tirée de cette expérience, le nouveau musée de la KBR (Bibliothèque Royale) qui vient d’être inauguré durant le premier déconfinement 2020 aurait pu s’en inspirer. Ainsi, pareil Code serait aussi utile aux organisateurs culturels fédéraux. 

De quoi s’agit-il? Pour son exposition «Frida Kahlo y su mundo» (du 16 janvier au 18 avril 2010), B0ZAR indique sur son site: «Accès à heure fixe. Réservations conseillées». Cet avis est répercuté par la presse écrite. Sur le site de l’organisateur, il est également mentionné que la réservation par téléphone est impossible.

Se procurer une place à l’avance via internet, c’est sans obstacle pour les visiteurs qui paient le prix plein (8,00 €) ou qui bénéficient des réductions les moins importantes (5,00 € pour les +60 ans ou les -26 ans).
Par contre, il est techniquement impossible de réserver sur le site pour les personnes qui ont droit aux réductions les plus fortes: les professeurs et les demandeurs d’emploi (3,00 €), ainsi que les «Article 27» (1,25 €).

Exemple d’un problème concret survenu suite à cette discrimination: le samedi 23 janvier 2010, trois visiteurs venus de Flandre purent visiter l’exposition car ils avaient payé 8 € avec réservation par internet. Mais ils étaient accompagnés par cinq professeurs qui ne pouvaient pas réserver de cette façon, à cause de leur forte réduction. Comme c’était sold out, ils n’ont pas pu entrer. À quoi donc cela sert-il d’accorder des réductions si les personnes à qui on juge socialement utile d’offrir pareil avantage sont contraintes de se déplacer une première fois à B0ZAR pour réserver, et une deuxième fois pour enfin visiter l’exposition? Qu’est-ce qui empêche l’institution de vérifier, quelques instants avant leur visite, si les détenteurs des réductions à 3 € et 1,25 € ont bien droit à pareils avantages? C’est d’ailleurs bien prévu pour les +60 ans ou les -26 ans (réductions à 5,00 €) qui, eux, peuvent réserver via internet et seront invités à montrer leur carte d’identité lors de la réception de leur place.
 
À une plainte envoyée le 25 janvier 2010, suivie de son rappel le 3 février 2010, le directeur du lieu, Paul Dujardin, répond le 18 février 2010. Il ne prévoit pas d’élargir la possibilité de réserver par internet aux trois catégories d’usagers «exclus». Sa réponse se termine par ce qu’on peut considérer comme une promesse: «Nous nous attelons à trouver une solution pour toute personne qui nous informe d’une difficulté spécifique. C’est d’ailleurs, vous le savez, une volonté (de Bozar que) d’ouvrir nos activités à toutes les catégories de visiteurs et notre politique tarifaire s’inscrit dans cette perspective».
Aucun changement ne sera mis en place avant la fin de cette exposition. Elle n’est pas un cas isolé: le même processus discriminatoire de réservation via internet a été utilisé plus tard par BOZAR pour d’autres expositions comme celle consacrée à El Greco (du 4 février au 9 mai 2010).

En 2020, une solution a été trouvée. Le service de presse de BOZAR nous explique: les réservations en ligne pour les expositions sont obligatoires depuis la réouverture des expositions, le 19 mai 2020, en raison de la crise Covid (uniquement des ventes en ligne, pas d'argent liquide, nominativement en raison de la traçabilité et dans des créneaux horaires avec une limitation du nombre de personnes).
Pour pouvoir bénéficier de l'une des réductions, BOZAR demande aux visiteurs de fournir une attestation.Ils peuvent envoyer une copie de leur attestation par e-mail. Après, BOZAR contactera ces personnes pour le paiement du ticket. Il est proposé de faire la demande un jour avant la visite.

À moins d’un kilomètre de BOZAR, à la mi-septembre 2020, est inauguré le nouveau musée de la KBR (la Librairie des Ducs de Bourgogne) et certains visiteurs se retrouvent face au même problème que ceux vécus lors de l’exposition «Frida Kahlo y su mundo». En effet, l’institution inscrit dans sa tarification (alors qu'on réserve par tranche horaire, 50 visiteurs maximum par heure) «Les tickets gratuits sont seulement disponibles sur place». Conséquence: les moins de 18 ans, les chômeurs et les moins valides doivent venir sur place (puisque leur entrée est gratuite), et si c'est plein, tant pis pour eux.

Suite à une plainte de La Ligue des Usagers Culturels, une réponse sera donnée rapidement par Églantine Lebacq sur la page facebook «Bruxelles est en Bourgogne»: «Pour notre système de réservation des tickets gratuits en ligne, nous sommes bien conscients du problème actuel et nous mettons tout en œuvre pour y remédier au plus vite».
Quelques jours plus tard, le site KBR prévoira, pour le public qui a droit à l’entrée gratuite, la possibilité de réserver sa place via internet comme tous les autres visiteurs, avec cette remarque particulière qui est tout-à-fait normale: «(…) Les visiteurs bénéficiant de la gratuité doivent prouver qu’ils y ont droit. Après vérification, vous recevrez un ticket d’accès au musée».

13. Divers

Nous avons encore connaissance de deux autres plaintes de visiteurs à l’égard de nos musées fédéraux.
Elles sont intéressantes et complètement différentes de celles évoquées dans la présente newsletter mais leurs cheminements ne sont pas encore achevés. Nous vous les détaillerons donc dans une prochaine newsletter. 

Que Thomas Dermine et Sophie Wilmès, que les parlementaires (et leurs collaborateurs), que les présidents de partis sachent dès à présent que ces deux autres exemples seront de nouveaux arguments pour les inciter à initier au niveau fédéral un «Code de respect des usagers culturels».

Tout autre chose: à propos d’une plainte adressée pendant le déconfinement au Théâtre Marni, la Ligue des Usagers Culturels donne raison à l’organisatrice.

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