semaine 46

Impossible de rencontrer le ministre des médias !

ConsoLoisirs par Bernard Hennebert, le 23 octobre 2018

Le cabinet du ministre Marcourt ne répond pas à tous ses courriels!

Cela n’a l’air de rien, mais le droit de recevoir une réponse détaillée dans les trente jours est un élément indispensable pour ne pas se heurter au silence ou à un mur. C’est l’un des rares droits qui permet d’ouvrir le dialogue et le débat contradictoire. Il a été conquis en Fédération Wallonie-Bruxelles pour les plaintes et les demandes d’information adressées à la RTBF. Puis, il s’y est rétréci, il ne plait sans doute pas à tout le monde: désormais, il n’est plus obligatoire que pour les envois de cette nature adressés au service de médiation dudit service public, mais tout le monde connait-il l’adresse de ce service, et qui a médiatisé régulièrement cette restriction?

Ce même droit s’applique aussi pour les organisateurs culturels subsidiés. Il fait partie des conventions qu’ils signent : musées, centres culturels, festivals, etc. Par contre, un ministre n’a pas l’obligation de répondre, ni même d’accuser réception aux missives des usagers. Il faudrait donc commencer à s’interroger sur ce manque de transparence qui mène parfois à l’impossibilité d’agir et de réagir, voire d’impulser des idées nouvelles, pour le citoyen.

SOMMAIRE

1. Impossible de rencontrer le Ministre Marcourt?
2. À Louvain-la-Neuve, Ittre et à Liège
3. Le Palace réagit positivement à une plainte
4. De nombreuses œuvres exposées à KANAL ont été renvoyées cet été à Paris
5. Les MRBAB n’informent pas vraiment et préfèrent faire de la com
6. «Berlin 1912-1932» est un bon titre
7. Remettre de la publicité le soir sur France 2 et France 3?
8. Je viens chez vous?
9. Des réductions? On n’indique plus pour qui!
10. Quatre arguments concrets pour convaincre

1. Impossible de rencontrer le Ministre Marcourt?

Depuis six mois, je souhaite avoir une entrevue avec le ministre des Médias Jean-Claude Marcourt à propos du prochain contrat de gestion de la RTBF.

Les ministres débattent avec beaucoup de monde en colloque singulier. J’en sais quelque chose, puisque depuis près d’une trentaine d’années, j’ai rencontré ainsi à peu près tous les prédécesseurs de Jean-Claude Marcourt, tant socialistes (par exemple, Madame Fadila Laanan) que libéraux (par exemple, Madame Corinne de Permentier).

Très peu nombreux sont les représentants ou les experts du public, des «usagers» des télés et des radios, souvent oubliés dans le débat public, à l’inverse des innombrables «juge et partie»: les diffuseurs eux-mêmes, le monde publicitaire, et jusqu’aux sociétés de droits d’auteur.

Voilà près de 17 ans qu’a été dissoute la dernière ASBL d’envergure couvrant ce domaine (l’Association des téléspectateurs actifs, janvier 1994 à décembre 2001 ; toutes les archives ici).

Pour combler ce vide, le monde politique cherche généralement à représenter le public par des lobbies spécialisés (la Ligue des familles, le Conseil de la Jeunesse, les associations de sourds et malentendants, etc.) qui connaissent bien leur dossiers propres mais qui, bien logiquement, ne suivent pas l’ensemble des thématiques qui concernent les auditeurs et les téléspectateurs.

Par tout le travail que je mène sans interruption depuis tant d’années, je suis un des rares (hélas!) experts indépendants axé sur les droits et devoirs des usagers des médias.
Il me semblait de mon devoir, de ma responsabilité, le 29 avril 2018, de demander une rencontre avec le ministre. Mon courriel restera sans réponse, même pas un accusé de réception, ainsi que ses deux rappels (le 15 juin et le 29 août 2018).

Le 16 octobre 2018, j’ai envoyé un troisième rappel en laissant clairement entendre que je décrirai cette façon de faire aux lecteurs de ma newsletter.

C’est d’autant plus piquant que c’est grâce à un combat que j’ai initié naguère avec l’Association des Téléspectateurs Actifs que les élus politiques ont décidé que, dès 2002, la RTBF devait répondre aux plaintes et demandes d’information de ses usagers dans les 30 jours et de manière circonstanciée.
Certains ministres ne pratiquent donc pas eux-mêmes ce que leurs prédécesseurs ont imposé à la RTBF.

Rien ne contraint en effet légalement un ministre à répondre au public. L’exemple que je vous détaille ici en montre les conséquences. Voilà donc le thème bien connu de la transparence qui apparait sous un nouvel aspect et qui mérite un nouveau combat à mener.

Finalement, le 19 octobre 2018, le secrétariat du ministre m’a répondu. Aucune excuse par rapport aux non-réponses aux trois premiers envois comme si cette «pratique» était normale.
Il m’est proposé un entretien avec le chef de cabinet.

Vu le dialogue complexe que nous devrions avoir pour tenter de remettre à terme la RTBF sur la voie d’un vrai service public, c’est un entretien personnel que je demandais au ministre et qui me semble poliment refusé.
Soyons constructif. Pour que le Ministre Marcourt reçoive directement mes réflexions sur la suppression de la publicité et du sponsoring à la RTBF (un des cinq sujets dont j’aurais voulu m’entretenir avec lui), j’ai préféré les lui faire parvenir par écrit, le 23 octobre 2018, en lui demander de réagir de la même façon.
Les lecteurs de Consoloisirs découvriront ce texte dans le dernier point de la présente lettre, le point 10.

Ci-dessous, mon troisième rappel et la réponse du cabinet du ministre des médias.

Mon courriel du 16 octobre 2018:

«Bonjour, je reste sans réponse de votre part jusqu’à présent.
Dans ma prochaine newsletter Consoloisirs que j’envoie par e-mail à près de 20.000 destinataires (qui est en écriture en ce moment), je me devrai d’être transparent auprès de mon public et de ne pas pratiquer un mensonge par omission.
Je devrai donc lui expliquer que le cabinet du Ministre des Médias fait silence à propos de ma demande d’entretien avec Monsieur Jean-Claude Marcourt.
Je n’ai reçu de votre part aucune réponse circonstanciée, et même pas un accusé de réception, à mon courriel du 29 avril 2018 et à ses deux rappels du 15 juin et du 29 août 2018.

En vous envoyant de façon fort positive mon courriel initial, je m’attendais à une proposition de rendez-vous rapide. Pour être efficace, celui-ci doit bien sûr se dérouler avant que le prochain contrat de gestion de la RTBF ne soit signé. Six mois après et deux rappels, je suis étonné pour le moins par votre absence de réaction.

Dès le 15 juin 2018, je commentais ainsi le plus diplomatiquement possible ce silence: «(…) Peut-on parler de mépris? Je ne sais comment répondre à cette question. Tout dépendra de comment vous réagirez positivement à ce rappel qui vous est envoyé par un usager de la RTBF qui a publié quatre livres sur la RTBF, des dizaines de cartes blanche et d'articles, et qui était considéré jusqu’à présent par une petite dizaine de ministres de l’audiovisuel précédents comme un expert des droits des usagers de la RTBF (…)».

Comme le prochain contrat de gestion de la RTBF n’est toujours pas signé, ma demande d’entretien reste entièrement d’actualité.
Pour rappel, je n’appartiens à aucun lobby économique et, depuis de très nombreuses années, je soutiens les intérêts des usagers de l’audiovisuel.
J’espère que plusieurs points de ma newsletter d’octobre 2018 vous intéresseront (points 1, 3, 5, 7, 9, 10, 11 et 13):
http://www.entreleslignes.be/humeurs/consoloisirs/hommage-à-marc-moulin
Dans l’espoir de rencontrer le Ministre des Médias avant que le prochain contrat de gestion de la RTBF ne soit fixé, je vous prie de croire en l’expression de mes sentiments les plus respectueux».

La réponse du 19 octobre 2018 émanant du cabinet du ministre:

«Bonjour Monsieur Hennebert,
Monsieur le Ministre a bien reçu et pris connaissance de vos différents courriels.
Son agenda ne lui permettant pas de vous recevoir à brève échéance, il vous propose de vous entretenir avec son Chef de Cabinet, Monsieur Toni Pelosato.
Je vous invite donc à le rencontrer, jeudi prochain, le 25 octobre à 8h, au Cabinet du Ministre, sis Avenue Louise, 65/9 à 1050 Bruxelles – 3ème étage.
Dans un souci logistique, je vous saurais gré de bien vouloir me confirmer votre présence et si vous venez accompagné.
D’avance, je vous en remercie et vous prie d’agréer, Monsieur Hennebert, l’assurance de mes sentiments distingués».

2. À Louvain-la-Neuve, Ittre et Liège

Le 4 novembre 2018, les prochaines fêtes de la gratuité muséale du «premier dimanche du mois» se dérouleront au musée L à Louvain-la-Neuve et au musée Marthe Donas (peintre moderne, XXème siècle) à Ittre.

Le mois suivant, le 2 décembre 2018, la fête de la gratuité est annoncée au Grand Curtius à Liège.

Une newsletter mensuelle spécifique vous met au courant des différentes nouveautés de cette gratuité du premier dimanche. Inscription: info@artsetpublics.be

Sur le site d’Arts & Publics, la liste des 150 musées belges gratuits chaque premier dimanche: https://artsetpublics.be

3. Le Palace réagit positivement à une plainte

Le cinéma «Palace» de Bruxelles (près de la Bourse, au 85, Bd Anspach) proposait du 19 au 21 octobre 2018 trois «Journées Portes Ouvertes».

C’est quoi, une «journée porte ouverte»? C’est d’abord rendre accessible à tous des lieux qui
généralement ne sont pas fréquentés par toute la population. C’est aussi parfois des lieux rendus gratuits de façon exceptionnelle.

Sur l’affiche, largement diffusée, rien n’indique si ce sont des journées gratuites ou payantes.
Toute indication de prix sur la voie publique est absente quant à l’affichage. Est-ce normal?
Le public devrait avoir droit à l’information des prix.

Entrons au Palace et allons, au comptoir, demander à la personne qui vend les tickets ces renseignements «manquants» (notez que cette absence d’information sur l’affichage nous pousse déjà à franchir le seuil du lieu culturel). Pour le Palace, «journée porte ouverte» ne veut pas dire gratuit. Elle nous énumère dans le programme de cette journée, quelques activités gratuites, et d’autres payantes. Nous avons dû mémoriser immédiatement tout cela car elle ne disposait pas de documents écrits à nous donner bien qu’il y ait dans le présentoir plein de dépliants annonçant cette activité, mais toujours sans mention de prix précis, ce qui nous aurait servi d’aide mémoire.

Sur l’affiche et les autres dépliants, la mention de petits «payant» ou «gratuits» pour chaque activité n’auraient pas défiguré la mise en page.

Est-il déraisonnable de demander aux organisateurs culturels de prendre l’initiative de réindiquer (cela se faisait davantage autrefois) les prix de leurs activités dans toute leur promotion, et d’autant plus si un même événement propose des activités gratuites, et d’autres payantes?

Le Palace a réagi promptement et positivement à notre plainte envoyée par courriel. Nous l’en remercions.
«(…) Nous convenons que la communication aurait pu être meilleure sur les supports papier (les tarifs des activités se trouvent sur notre site). Et nous vous remercions de nous l’avoir fait remarquer, ce qui nous permettra de nous améliorer la prochaine fois. Nous pensons que l’excellence est un objectif, pas un prérequis. Notre établissement est encore jeune (un peu plus de 6 mois) et il s’agit de la première fois que nous organisons un événement de cette ampleur (…)».

4. De nombreuses œuvres exposées à KANAL ont été renvoyées cet été à Paris

Dans le numéro d’octobre 2018 de l’une des rares revues mensuelles belges consacrées à l’art, «Collect», un article d’une page entière intitulé «Défendre le consommateur culturels?» nous en apprend de belles, au sujet du fonctionnement de KANAL Pompidou. En voici deux extraits.

«(…) Cette année, l’été a connu de grandes vagues de chaleur et sous les verrières du garage Citroën, la température était telle que de nombreuses œuvres ont été renvoyées plus tôt que prévu à Paris, au Centre Pompidou qui les avait louées. Dès lors, payer 14 € pour une exposition temporaire, dans un espace surchauffé et dont une partie du contenu a disparu, est-ce vraiment ainsi que l’on met en œuvre une politique muséale dont l’accessibilité est tant revendiquée? (…)».

«(…) De son côté, l’ARAU (Atelier de Recherche et d’Action urbaines), qui défend depuis plus de 40 ans la qualité de vie en ville, accuse publiquement les responsables de KANAL de ne pas respecter les normes de nuisances sonores imposées par la Région bruxelloise. «Le bâtiment a été conçu pour exposer des voitures, pas des décibels!» insiste le rapport de l’ARAU relayant les nombreuses plaintes des habitants voisins pour qui la proximité d’un musée s’avérait être une bonne nouvelle mais qui se demandent aujourd’hui s’il ne s’agirait pas plutôt d’une boîte de nuit. Depuis son ouverture en mai dernier et avant d’attendre qu’un changement d’affectation du site Citroën en équipement culturel soit officiellement approuvé, KANAL s’est lancé dans une multitude d’événements nocturnes et très bruyants, ce qui n’était pas prévu pour les habitants du quartier mais qui permet à KANAL d’annoncer fièrement plus de 60.000 visiteurs jusqu’à présent. Mais, demande l’ARAU, sont-ils venus visiter l’exposition organisée par le Centre Pompidou ou sont-ils venus faire la fête en soirée? (…)».

D’autre part, un rappel: près de 1.650 personnes ont signé la pétition initiée par l’ASBL «Ligue des Usagers Culturels» afin que KANAL crée une gratuité mensuelle «pour tous», un jour par mois, ce qui n’est pas le cas actuellement. Choisir comme journée de gratuité le 1er mercredi du mois, le 1er dimanche ou un autre jour serait le sujet d’un débat public que l’institution culturelle devrait organiser.

Signez donc et partager pour indiquer que vous soutenez ces revendications:
https://www.change.org/p/ygoldstein-kanal-brussels-kanal-pour-1-jour-gratuit-chaque-mois

5. Les MRBAB n’informent pas vraiment et préfèrent faire de la com

Depuis le 25 juin 2018, la tarification pour les collections permanentes des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), à savoir celles du Musée d’Art Ancien, du Musée Magritte et du Musée Fin de Siècle, a évolué, mais il est bien difficile pour le public de se faire une idée précise de l’évolution de la politique tarifaire.

En effet, les MRBAB publient un feuillet «Nouveaux tarifs» qui surmédiatise le fait que l’entrée est désormais gratuite pour les moins de 19 ans (mais sans mentionner comme le fait par ailleurs le quotidien L’Avenir qui ajoute: «hors cadre scolaire»).

Par contre si ce texte indique très succinctement les prix et réductions des «Collections», du «Magritte Museum» et du couplé «Collections + Magritte Museum», il omet d’expliquer clairement le grand changement intervenu dans la tarification.

De nombreuses sources internes indiquent que le «Musée Fin de Siècle» est peu fréquenté et donc une solution astucieuse a été mise en place discrètement pour tenter de redynamiser les rentrées financières émanantes des «entrées payantes».
Il n’est plus prévu d’acheter un ticket pour chacun des trois musées.
On a regroupé (sans l’indiquer précisément) sur un seul ticket dénommé «Collections» le Musée d’Art Ancien et le Musée Fin de Siècle, et le prix passe de 8 à 10 euros.
Impossible donc d’avoir un tarif spécifique pour découvrir uniquement l’une ou l’autre de ces deux institutions, ce qui met la barre un peu plus haute financièrement pour les moins nantis. Un 6 euros par exemple, par musée. On force donc à la consommation, car découvrir un seul musée par jour est suffisamment fatiguant pour les yeux de bon nombre de visiteurs.

Seul, désormais, le Magritte pratique encore le ticket séparé mais qui, lui aussi, passe de 8 à 10 euros. La visite (effrénée?) des trois musées ensemble en un jour, quant à elle, revient à 15 euros. Les expositions temporaires sont en sus (jusqu’à 14,5 euros, en 2018).

6. «Berlin 1912-1932» est un bon titre

Dans notre newsletter précédente (octobre 2018), nous critiquions le titre de l’expo «Beyond Klimt» (21/09/2018 au 20/01/2019) de Bozar (Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) ainsi que le choix d’une seule toile de Klimt illustrant sa promotion car ces deux éléments pouvaient ne pas être bien compris par une partie du public. Deux spécialistes le signalaient d’ailleurs dans leurs articles: «Un thème un peu trompeur» pour Marie-Françoise Gihousse (L’Avenir) et «À lire trop vite le titre de l’exposition, choisi pour des raisons de marketing, on peut croire que Bozar présente une exposition Klimt pour le 100ème anniversaire de la mort du grand peintre viennois» pour Guy Duplat (La Libre).
Plus de détail: voir le point 8.

Aussi, nous sommes très contents de signaler que l’alternative est tout-à-fait possible.
À deux cents pas environ de Bozar et à la même période (05/10/2018 au 27/01/2019), les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique proposent une exposition thématique sans mettre outrancièrement en exergue l’œuvre d’un Otto Dix, par exemple.
Le titre choisi est «Berlin 1912-1932». Aucune méprise n’est possible. Bravo!

7. Remettre de la publicité le soir sur France 2 et France 3?

Se déroule actuellement en France le débat sur le fait de continuer à interdire ou non sur les antennes de France Télévisions la publicité après 20H.

Si la direction du service public est résolument pour le retour de la publicité après 20H, il semble que pour le moment le gouvernement ne partage pas cette option.
Voici à ce sujet un des rares articles qui détaille ce point de vue.

8. Je viens chez vous?

Le 29 novembre, je suis invité à débattre pendant deux heures avec une centaine d’étudiants en communication sur «RTBF: avec ou sans publicité».

Heureuse exception car rarement dans nos universités, on donne la parole aux «usagers» sur les thématiques «médias» ou «culture».

Je me permets donc ici de vous rappeler que j’aborde de façon bénévole les quatre thématiques suivantes dans des débats publics (universités, mouvements de jeunesse, centres culturels, etc.):

  • RTBF: avec ou sans publicité?
  • Pourquoi existe-t-il si peu d’associations de téléspectateurs et d’auditeurs
  • Quelles gratuités et réductions préconiser dans les musées?
  • Faut-il développer les droits du public culturel, et comment?

Contact: bernard.hennebert@consoloisirs.be

9. Des réductions? On n’indique plus pour qui!

La nouveauté pour les Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB), c’est que, dans leurs dépliants, les détails concernant les tarifications s’évaporent au fil des ans.
En 2013, pour l’exposition Rogier van der Weyden, on lit: 10,50 (adultes), 10,50 (seniors), 3,50 (jeunes).

En 2015, pour la Rétrospective Chagall, on lit: 14,50 (adultes), 12,50 (seniors), 7,50 (jeunes).

Et en 2018, pour l’exposition «Berlin 1912-1932», on lit: 14,50 / 12,50 / 10,50 / 8 / 0.

On découvre donc toujours qu’il existe des réductions mais on n’indique plus les catégories auxquelles elles sont destinées (alors que la place ne manque pas pour nous fournir cette information utile).

10. Quatre arguments concrets pour convaincre

Le nouveau contrat de gestion de la RTBF pour 2019 et les cinq années qui suivent n’est pas encore signé.
Des évolutions restent possibles puisqu’on n’oubliera pas qu’il a fallu attendre le jour même de la signature du contrat de gestion de 2013 pour qu’une première diminution substantielle de la présence publicitaire soit décidée en dernière minute, celle de la suppression du placement de produits.

D’autre part, commence dès maintenant la campagne électorale de mai 2019 qui concerne notamment la Fédération Wallonie-Bruxelles dont l’évolution de la RTBF est une matière importante.

En cet automne 2018, il est donc utile de résumer en quatre points concrets les arguments qui permettent d’affirmer l’urgence et la possibilité de supprimer la publicité et du sponsoring à la RTBF de façon à ce que celle-ci applique mieux ses priorités de service public.

Ces points sont proposés au Ministre de médias Jean-Claude Marcourt, le 23 octobre 2018 (voir le point 1 de la présente newsletter). Quand il nous proposera ses réactions, nous vous les proposerons.

Le débat sur la présence de la publicité (et du sponsoring) à la RTBF dure depuis une bonne vingtaine d’années.

Ci-dessous, seront énoncés quelques arguments prônés par ceux qui souhaitent le maintien de cette publicité à la RTBF. Nous vous proposerons ensuite quelques réactions qu’il peuvent suscitent. Pouvez-vous prendre position dans ces quatre débats?

1: Les «pro publicité RTBF»: «Supprimer la pub à la RTBF, c’est la tuer financièrement».

Une critique entendue régulièrement: «Avec cette demande de supprimer la publicité, vous, les utopistes irresponsables, vous voulez la faillite financière de la RTBF? Vous êtes pire que ceux qui veulent petit à petit supprimer le service public…».

En réponse à ce procès d’intention, voici un extrait de la carte blanche «RTBF sans pub: viable et vivifiant» publiée dans Le Soir du 15 juillet 2009 par Jean Cornil (alors député fédéral PS), Claire Scohier (Inter-Environnement), Jacques Liesenborghs (ex vice-président de la RTBF) et Bernard Hennebert (Consoloisirs):
«La pub coûte à la RTBF: sa recherche et sa mise à l’antenne ne sont pas gratuites!
La RTBF devra également redéfinir ses missions, ses programmes et ses publics prioritaires. Il faudra donc estimer l’économie réalisée par la suppression d’émissions souvent coûteuses qui n’ont rien de «service public».
Pourquoi ne pas se demander également si la RTBF devra continuer de participer au financement du CIM dont l’objectif est de recueillir des données audimatiques souvent controversées afin de fixer la tarification publicitaire?
Il conviendrait aussi de proposer au niveau fédéral, une refiscalisation des investissements publicitaires au bénéfice de notre audiovisuel public, ce qui plairait assurément à la Communauté flamande qui manque de moyens pour la VRT. On ne voit pas très bien pour quels motifs démocratiques les investissements publicitaires qui avoisinent les 3% du PIB ne sont pas soumis à l’impôt».

Ce texte énumère quatre sources de financements alternatifs ou d’économies à envisager en cas de suppression de la publicité pour permettre à la RTBF de continuer à vivre dans des conditions économiques sereines.
Les considérez-vous comme des pistes intéressantes? Pourriez-vous les budgétiser?

2: Les «pro publicité RTBF»: «Jamais les citoyens ne seront d’accord pour compenser le manque à gagner causé par la suppression de l’apport publicitaire à la RTBF».

Quelques hommes politiques affirment qu’il est impossible de supprimer la publicité à la RTBF car le public ne voudra jamais compenser le manque à gagner qui en résulte.
Mais constatez: jamais ils ne citent le chiffre de ce que cela coûtera.

Alors, calculons. La dotation annuelle de la RTBF est de 249 millions € pour la dotation. Celle-ci revient par année à chaque citoyen de la Fédération Wallonie-Bruxelles environ à 47 €.

Ses recettes publicitaires sont de 74 millions € (dont 43,5 % pour la télé, 28,5% pour la radio, et le reste pour Internet).
La plupart des chiffres présentés ici viennent de Sudpresse. Son édition du 17 novembre 2017 consacra une page entière à un dossier réalisé par Charlotte Vanbever et Sam Christophe sur «La RTBF coûte-t-elle trop cher ou pas?».

Est-ce beaucoup? Avec ces 47 €, la RTBF (avec publicités) revient aux citoyens moins cher que ce qui se passe dans bien d’autres pays ou régions, avec une exception: ce qui se passe en Flandre (43 €).
Les petits pays comparable en Europe sont à une moyenne de 67 €.
C’est bien plus élevé en France: 139 €. Et, avant Brexit… 147 livres, soit 164 €, en Grande-Bretagne.

Donc, si on supprimait la publicité à la RTBF, la Fédération Wallonie-Bruxelles devrait la refinancer pour les 74 millions € manquants? Non, pas exactement, car si on part de l’idée que nous sommes intelligents et que si on se passe des annonceurs, c’est justement pour supprimer et ne plus financer tous les programmes mis à l’antenne et qui ne correspondent pas vraiment aux priorités de service public, ce qui fera des économies non négligeables.

Sans publicité, la RTBF se construira tout autrement et se métamorphosera. Bien entendu, si cette suppression est un préalable indispensable, il faudra également faire évoluer fortement le vieux dinosaure de notre paysage audiovisuel: y diminuer considérablement la bureaucratie, transformer la composition du conseil d’administration, revoir certains salaires élevés de la direction (proches ou même parfois plus élevés que celui du Premier Ministre), favoriser l’évolution de certaines mentalités.

Ne pas oublier dans le calcul de tenir compte des quatre propositions détaillées, ci-dessus, dans le point précédent (le point 1).
Partons dès lors du constat que les 74 millions € peuvent être ramenés ainsi de moitié, ce qui veut dire que chaque habitant, pour une RTBF sans pub, devrait pour contribuer aux 37 millions € manquants (s’il y avait une redevance) prévoir, chaque mois, l’équivalent d’un quart d’une tasse de café dans un bistrot pas cher.

Il resterait aux responsables politiques, puisque la Fédération Wallonie-Bruxelles ne peut lever d’impôt, à chercher d’autres moyens pour associer le public à ce projet.

En Suisse, une «votation» récente demandait la privatisation de la SSR (société suisse de radiodiffusion et de télévision) dont la dotation coûte proportionnellement beaucoup plus cher aux habitants que celle de la RTBF chez nous. La leçon de ce «No Billag» du 4 mars 2018 est impressionnante: 71,6% des électeurs ont opté pour le maintien de la SSR, ce qui démontre que même si le service public a un coût, le public y est terriblement attaché et est prêt à faire des efforts financiers pour qu’il se développe.

En tenant compte de tous ces paramètres, souhaitez-vous qu’une étude de faisabilité plus précise soit entreprise?

3: Les «pro publicité RTBF»: «Sans publicité (et donc sans l’audimat), vous allez imposer la culture au prime time. Quasi plus personne ne regardera la RTBF. Vous n’êtes que des «bobos» qui ne veulent la télé que pour vous».

En fait, ce qui manque surtout en premier rideau, ce sont des émissions sociales au sens large (dont de vrais programmes d’information pour les consommateurs comme feu «Cartes sur table» ou «Autant savoir») qui ont toujours été plébiscitées par le public, et particulièrement en temps de crise.

La suppression de la pub peut même devenir un accélérateur d’audience car une majorité du public a de plus en plus horreur de celle-ci.
Il existe un exemple concret de ce fait. «L’Hebdo» (l’ancêtre de «Questions à la Une») était diffusé à la fin du tunnel de pub qui suit le JT de 19H30 mais, pendant deux saisons, il prit place dans le corps même de ce JT, sans aucune interruption publicitaire donc (le générique de fin du JT de 19H30 était diffusé après le reportage de «L’Hebdo»). Cela se marqua par une augmentation moyenne de 100.000 téléspectateurs, chaque semaine.

L’évolution des programmes est rapide et flagrante au prime time de «La Une».
Au cours de la semaine de l’arrivée de Jean-Paul Philippot à la direction de la RTBF (mi février 2002): on décompte cinq débuts de soirées (vers 20H15) sur la chaîne amirale avec des programmes plutôt sociaux/économiques, et deux consacrées au divertissement.
Aujourd’hui, c’est l’inverse qui nous est programmé: deux («Questions à la Une» et «le Jardin Extraordinaire») et cinq (séries, films, humour, «The Voice», etc.).
S’il faut bien entendu du divertissement, sa présence actuelle n’est-elle pas exagérée et ne se fait-elle pas au détriment d’autres missions, aux heures de grande audience sur les chaînes amirales, comme, par exemple, l’information et l’éducation permanente?

Estimez-vous que la suppression de la publicité avec ses conséquences sur l’évolution du contenu des programmes développera ou non, d’une part le nombre de ses auditeurs (audiences) et téléspectateurs, et d’autre part, le degré de satisfaction émis par ceux-ci concernant ces programmes (qualimat)?

4: Les «pro publicité RTBF»: «Supprimer la publicité ne changera rien! Comme le prouve l’exemple de France Télévisions où elle est interdite après 20H depuis 2009».

Le 8 janvier 2008, le jour même où le Président français Nicolas Sarkozy annonçait cette réforme, Marc Moulin indiquait dans un courriel qu’il ne croyait pas au succès de celle-ci car pas mal de responsables de France Télévisions étaient «génétiquement modifiés» et allaient se demander quoi faire d'autre que «de l'audience et de devenir connu». De fait, de nombreux décideurs «accros» ont par la suite tout fait pour tenter que la pub revienne.

L’erreur (volontaire ou pas) du Président Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas aussi supprimé le «sponsoring» après 20H. Celui-ci est encore plus pernicieux que la pub. Il pousse les chaînes à multiplier les «mini programmes» dont les thématiques et le contenu seront choisis pour pêcher de juteux «mécènes». Ceux-ci se sont multipliés.

En 2018, on est loin d’une annonce faite en 2008: grâce à la suppression de la publicité après 20H, les programmes de la soirée commenceront plus tôt, vers 20H30.

Sans publicité, ni sponsoring, France Télévisions aurait pu ne plus s'adresser au public le plus massifiant. Se différencier des diffuseurs privés revient, notamment, aux heures de forte audience, à s’adresser, de manière critique bien entendu, à d'importantes «minorités»: les téléspectateurs qui veulent de vraies émissions sociales ou politiques, les amateurs de culture, les sourds et malentendants, les enfants et les adolescents, le public «carte vermeille», etc. On aurait vu la différence! Et avec moins d’émotionnel pour abreuver l’audimat.

Estimez-vous que si on supprime la publicité à la RTBF, on doit en faire de même avec le sponsoring?

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