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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Ces journalistes qui veulent faire long

Emois et moi par Jean Rebuffat, le 11 mars 2018

Sébastien Ministru et Myriam Leroy ou comment avoir envie de faire long quand on doit faire court. Photo © J.-F. Hanssens

Des journalistes qui écrivent autre chose que leurs articles ou leurs chroniques, qu'ils soient de la presse radio-télévisée, de la presse en ligne ou écrite, ce n'est pas nouveau. C'est même banal. J'en sais quelque chose mais ce qui suit n'est pas ma réponse, plutôt celles de Sébastien Ministru et de Myriam Leroy, journalistes bien connus de la RTBF, qui présentaient leur ouvrage à la librairie TaPage, sous l'égide entre autres d’entre les Lignes.
Pour l'une et l'autre, il s'agit d'un premier roman, sorti chez des éditeurs français prestigieux : « Apprendre à lire », de Sébastien Ministru, chez Grasset, et « Ariane », de Myriam Leroy, chez Don Quichotte (une filiale du Seuil). Vous en trouverez un compte-rendu de lecture sur ce site en rubrique « L’as-tu lu, Lulu ? » dans les prochains jours mais je vous livre déjà la trame des deux romans. « Ariane » est l’histoire d’une amitié toxique entre deux adolescentes juste avant l’intrusion des réseaux sociaux dans la vie quotidienne ; « Apprendre à lire » traite des rapports entre un père illettré de 83 ans et son fils, patron de presse par ailleurs peu sympathique. Il ne s’agit pas d’autobiographies déguisées, rassurez-vous, et d’ailleurs Sébastien Ministru n’est ni patron de presse ni antipathique. Quant à Myriam Leroy, même si l’on devine sous l’élégante armure qu’elle arbore de possibles et rugissantes tempêtes, elle insiste aussitôt pour spécifier que si en effet, ado, elle connut une amitié du genre de celle qu’elle décrit, tout ou presque est loin d’être un démarqué de la réalité. C’est que journaliste ou non, le romancier qui se met à écrire est évidemment thaumaturge et que les créatures qu’il animé lui ressemblent fatalement comme Mme Bovary à Flaubert ou comme l’homme est à l’image du Dieu qui l’a créé (ou le contraire, je n’ai jamais trop bien su). D’ailleurs (mais n’est-ce pas un bouclier ?) Myriam Leroy mêle à l’intrigue des éléments polémiques qui feront qu’elle ne sera sans doute jamais faite citoyenne d’honneur de Nivelles, comme son comparse l’a souligné. Mais cela, c’est le ressort originel. Il faut aussi avoir envie d’écrire et pour nos journalistes, écrire c’est à la fois une habitude et une frustration. Le journaliste est spécialisé dans le court et l’éphémère. La tentation lui est grande de faire long et pérenne, c’est aussi simple que ça. Et ne croyez pas qu’il démarre avec quelques longueurs d’avance : c’est vraiment autre chose et Myriam Leroy, vidée par « Ariane », ne sait pas quand elle récidivera, préférant se tourner à nouveau vers le théâtre où elle n’en est pas à son coup d’essai. Sébastien Ministru, lui, s’y remet aussitôt : « J’ai 57 ans, il faut que je me dépêche, j’aurai écrit au moins deux romans, comme Raymond Radiguet, mais lui est mort à 21 ans… ». C’est fatigant, d’écrire, loin d’être toujours épanouissant, voire même parfois carrément décourageant. « Mais on s’est aidé l’un l’autre sans le moins du monde s’influencer. Quand ça ne marchait pas, on allait au restaurant ! », a conclu Myriam Leroy. 
 

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