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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Salaud d'arbitre!

Emois et moi par Jean Rebuffat, le 13 avril 2018

Italiens joyeux perdus dans un marché madrilène à la recherche d'un miracle qui a presque eu lieu. Photo © Jean Rebuffat

Y a-t-il quelque chose de plus triste qu'une rue de Madrid sous la pluie au printemps? Je n'ai pas encore assez vécu pour répondre définitivement à cette question, mais je dirais provisoirement que je n'en vois qu'une: les états d'âme d'un supporter de la Juventus mercredi soir à l'instant du penalty contesté que l'inévitable Ronaldo a expédié dans le but que Buffon, carton rouge oblige, venait de devoir déserter.

Avouez que c'est déprimant, une rue de Madrid au printemps quand il pleut... Photo © J. Rebuffat

Durant toute l'après-midi, en ville, on ne voyait qu'eux, plus nombreux encore que les groupes de lycéens français en voyage scolaire dans la capitale espagnole. L’écharpe noire et blanche nouée autour du cou, ils et elles déambulaient plaza Mayor ou au marché San Miguel (comme la bière du même nom qui les aidait à tuer le temps). Devant un magasin d’articles religieux jouxtant l’inévitable boutique où les jambons sont encore plus en vedette que CR7 au ballon d’or, je surprends ce court dialogue : « Si on achetait quelque chose ici, tu ne crois pas, pour le miracle ? » proposait l’un. « Pas besoin, rigole l’autre, nous allons faire aussi bien que la Roma hier ! »

Pour celles et ceux qui sont rétifs au football, la Roma venait de sortir le Barça en renversant une situation presque autant désespérée que celle des Turinois face aux Madrilènes. Sans doute l’espérance de l’impossible est-elle plus calme que l’espoir de la victoire : tout cela se passait dans une ambiance bon enfant. Tout juste entendait-on quelque chant mettant en doute la vertu de la maman de Cristiano Ronaldo…

Devant un restaurant turc, un employé distribue des prospectus vantant les qualités de la pizza dans l’établissement (la world cuisine n’est pas faite pour les chiens). Je lui demande, désignant l’écran de télévision qui orne la salle, si on va y regarder le match. « Bien sûr. Mais moi je suis pour l’Atletico et tous les autres, ils sont pour le Barça . Alors : forza Juve ! »

On le sait, cela n’a pas suffi. Les Turinois menaient 0-3 et étaient revenus à égalité sur les deux matches quand retentit le coup de sifflet dévastateur. Rien n’est plus désolant qu’un miracle entrevu qui s’évanouit à l’ultime instant dans la grisaille madrilène. Le retour se fera en pensant à cette fine observation du marquis de Bussy-Rabutin, certes moins connu que sa fille, Mme de Sévigné, mais néanmoins tout aussi perspicace : Dieu est d’ordinaire avec les gros bataillons contre les petits. Ou dans ce cas, avec le grand Real contre la pauvre vieille dame. Bon, d’accord, je penchais pour David contre Goliath et l’objectivité m’oblige à reconnaître que la Juventus ne peut guère passer pour un nain du football et qu’il y a un tiers de siècle, au stade du Heysel, ses supporters ont chanté sur les morts de la bousculade. Et n’y voyez pas une hispanophobie maladive ou une italianophilie dévorante : j’ai des ancêtres en part égale des deux côtés. Mais tout de même : salaud d’arbitre !

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Commentaires

Portrait de Yves Kengen
Dieu est souvent du côté du Real; en général il s'habille de noir et siffle sa satisfaction d'avoir passé la plus belle de ses nuits la veille de la rencontre, mijoté aux petits oignons par la direction Merenge qui n'hésite jamais à lui faire mettre la main à la pute.

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