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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Blackfriday et Saint Nicolas, même combat

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 25 novembre 2017

sorte noirebène.com

Avant hier, c’était le commerce des esclaves en Libye qui faisait la une de l’actu.
Hier c’était le Black Friday et Saint Nicolas. A chaque jour suffit sa peine. Et tout d’un coup surgit sur les réseaux sociaux une théorie qui établit qu’à l’origine, le Black Friday était le jour où les marchands d’esclaves bradaient leurs nègres invendus avant de repartir en Afrique chercher une nouvelle cargaison. Collusion de l'info dans la foulée des esclaves lybiens parce que si les esclaves lybiens sont vrais, l’explication historique du Black Friday est fausse. Depuis 1981 circule une version très différente selon laquelle le Black Friday serait un terme inventé en 1960 (vingt ans plus tôt tout de même) par un journaliste du Evening Bulletin à Philadelphie pour décrire les embarras de la police locale face au trafic de voitures et piétons dans le centre-ville, le lendemain de Thanksgiving. Les foules affluaient de partout parce que ce jour de congé était aussi celui qu’avait choisi Saint Nicolas pour gâter les enfants dans les grands magasins.

Et voilà, nouvelle collusion de l'info.  Le Saint Nicolas de l'histoire rejoint celui qui fait la une, aujourd'hui, puisque Solidaris a décidé de lui ôter sa croix, ce qui a fait dire à Laurent Hacken, chef de cabinet de Cécile Frémault, que « c’était surtout pour ne pas déplaire aux laïcards francs-maçons». Il ne lui est pas venu à l’esprit que c’était peut-être une demande de Malines pour ne plus associer l’église à tout signe de pédophilie et donc à ce vieux saint pédophile qui se promène avec son âne et son esclave, le père Fouettard, pour créer de la magie dans l'imaginaire des enfants et de leurs parents. Je sais, il n'est pas un esclave et ce n'est pas un nègre, c'est à force de passer dans les cheminées qu’il est devenu noir, le père Fouettard.  Et c'est vrai, l'évêché de Malines n'a rien demandé, enfin, pas que je sache ;-) Je plaisante, évidemment, mais tant qu’à faire, pourquoi pas ? Fake news pour fake news, chers lecteurs, vous saurez faire le tri entre le bon lien et l’ivraie, si je puis dire.

C’est fou, tout ce qu’un black Friday, qui n’est jamais qu’une nouvelle braderie de commerçants et Saint Nicolas qui en est devenu une autre, peuvent générer comme émois dans les médias, mais surtout sur les réseaux sociaux. Que peut-on faire ? Se dire que Black Friday et Saint Nicolas mènent le même combat: faire sonner les tiroirs-caisse?  Ou alors, relire Valéry, comme nous y invite Régis Debray dans son dernier livre, « le Nouveau Pouvoir » ? Il le cite, dès le début : « La vie moderne tend à nous épargner l’effort intellectuel comme elle le fait de l’effort physique. Elle remplace, par exemple, l’imagination par les images, les raisonnements par les symboles et les écritures, ou par des mécaniques ; et souvent par rien. Elle nous offre toutes les facilités, et tous les moyens courts d’arriver au but sans avoir à faire le chemin. Et ceci est excellent : mais ceci est dangereux. »
Le fake news, les collusions de l'info, les j'aime et je partage...illustrent ce danger tous les jours.

Black Friday et Saint Nicolas, tels que traités dans l'actu, méritent notre combat. Celui de la déclaration universelle des droits humains et son article 4 qui rappelle  que nul ne peut-être tenu en esclavage ni en servitude, les deux étant interdits sous toutes leurs formes ; ou  son article 18 qui rappelle que toute personne est libre de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en privé qu'en public; ou encore son article 26-2 qui rappelle que l'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits humains et des libertés fondamentales. Cette déclaration va avoir 70 ans. Et tous les jours, elle est bafouée. 
Et si on s'indignait en retroussant nos manches et celles de nos enfants ? C’est possible sur le site de l’association pour les Nations-Unies. Ça ne prend que deux clics et deux minutes.

Patrick

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