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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Le monde a besoin de beauté et seule la laïcité peut en être garante

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 05 janvier 2018

Photo © Patrick Willemarck

Que nous manque-t-il pour pouvoir vivre plus sereinement dans nos sociétés ? Si je vous parle de beauté, vous allez rire. Personne n’est d’accord sur sa définition mais tout le monde la reconnaît quand elle est là. Tout le monde reconnaît un beau geste. Il se fait que l’actualité et les médias n’aiment pas traiter de beauté. Ce qui marche c’est la noirceur. D’ailleurs, depuis l’affaire Weinstein, on s’intéresse au créateur bien plus qu’à sa création. Il faudra qu’il soit irréprochable. Le MOMA à NY a résisté à une large pétition demandant de décrocher de ses cimaises un tableau de Balthus parce qu’on voyait la petite culotte de Thérèse rêvant.  Toutes ces attitudes rendent-elles le monde plus beau ? Non, ce qui le rendrait beau c’est qu’on puisse en discuter et en débattre dans un monde de plus en plus hybride et multi-cuturel, en permettant à chaque culture et à chaque artiste de s’exprimer. Hélas ce monde multiculturel dans lequel nous vivons au lieu d’ouvrir les esprits, se communautarise et chaque communauté sanctionne, boycotte ou censure dès qu’une œuvre l’agresse.

Ce qui manque, c’est le respect de la beauté et la beauté du respect. Cette police morale des différentes communautés nous en écarte . Elle rend la population timide et anxieuse, lourde et soucieuse au lieu d’être vibrante, libre, audacieuse, créatrice. La voie qui est tracée devient de plus en plus celle de l’obéissance et non plus celle de la liberté et de l’autonomie dans le respect de l’autre. Où va l’énergie populaire ? Elle se concentre sur l’hyper vigilance et le double-check aux dépens de l’expression de soi, la créativité, l’intimité, le contact, la connaissance, la vérité bref toutes ces composantes de la beauté humaine.

Une société sans ce respect de la beauté partagée réduit l’humanité en nous. Le pardon, la tolérance, l’empathie deviennent des valeurs obsolètes. Le socle des droits humains s’érode alors qu’ils vont avoir 70 ans cette année. Et ce qui croît à la place, est tout sauf humain. Quand l’humanité fout le camp, les misanthropes et des sociopathes occupent le terrain. Pour eux, humanité et société sont des concepts ridicules. Il y a les forts et les faibles. Et ils se battent entre eux pour savoir qui prendra les commandes. Et les gagnant sont les prédateurs.

Et qui sont les proies ? Les jeunes, les sans-emploi, les pauvres, les exclus, les migrants, les vieux, les malades à qui ils font peur et avec qui ils sont sévères et sans pitié parce que c’est pour le bien de tous et le leur avant tout. Alors on se dit, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas les exploiter et en abuser… Les vieux et les malades trop malades, finalement, ne contribuent plus à notre richesse et notre bien-être. La société ne perdra rien. Pas grave, sauf que le piège de cette société, c’est que plus personne ne voudra prendre le risque de se planter de peur de devenir malade ou pauvre. Tout le monde va s’efforcer de devenir un petit prédateur à son niveau, à son échelle. "Si tu veux survivre dans ce monde, il faudra trouver ta proie." Inconsciemment, banalement, en collaborant avec les puissances prédatrices. Et nous nous retrouverons dans une société dont les acteurs et les artistes ne prendront plus de risques.

Je suis pessimiste ? Sans doute. Mais je crois intimement qu’une société doit être un levier pour révéler et soulever le potentiel d’humanité qui git en chaque individu sur cette planète. Alors qu’une société sans pitié est un levier cassé par des individus qui divisent  dominants et dominés,  ceux qui ont et ceux qui se font avoir alors qu' aucun des deux ne réalise le potentiel d'humanité qu’il a en lui. Une humanité porteuse de synergie qui se déploie pour le bénéfice de toutes les parties qui travailleraient sur le chantier d’un monde meilleur. Mais la synergie naît quand on respecte la différence de toutes les parties en présence.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de la croissance, pas moins de dettes, pas plus de puissance, pas plus de concurrence, pas plus de conquête, pas plus de pouvoir. Toutes ces réponses sont dans le déni de la vie et de la nature humaine. Elles lui ôtent ce qu’il y a de beau en elle. Et c’est pour ça que nos démocraties régressent, je pense. Elles refusent les fragilités humaines. Or ce sont les fragilités qui libèrent le potentiel et la beauté. C’est quand on est prêt à tomber qu’on ose sauter, marcher, rouler. L’hiver secrète l’été, la nuit secrète le jour. Un monde sans saison, donne le désert sur lequel seuls planent les vautours.

Qui peut garantir cette beauté ? Les droits humains mais surtout la laïcité qui garantit leur respect. Une laïcité qui ne sera jamais trop radicale, Monsieur Macron, parce qu’elle encourage le débat, autorise le blasphème et exige le respect absolu de la personne humaine. Elle impose la tolérance comme un fait du prince et tout le monde y gagne. 

 

 

 

 

Commentaires

Portrait de katharina art
Ce qu'il manque aujourd'hui, à mon sens, tout humble, n'est pas la notion de beauté (même au sens le plus altruiste du terme) (on se comprend) . Ce qu'il manque aujourd'hui cruellement, à nos jours, à nos nuits, à nos jeunes, à nos aînés, à nous tous, est la générosité. La générosité réside aussi dans la reconnaissance de la beauté. Mais pas que, (à suivre) bien à toi , katharina
Portrait de Patrick Willemarck
Oui, mais la reconnaissance et la tolérance à l'égard de nos fragilités, c'est de la générosité.
Portrait de anonyme
Le mot importe peu. Ce qui compte n'est-il pas la reconnaissance respectueuse de l'autre, condition de l'acceptation de soi et du développement qualitatif de la vie en Société ?
Portrait de Patrick Willemarck
Absolument
Portrait de Patrick Willemarck
Absolument
Portrait de Patrick Willemarck
Absolument
Portrait de Frédérique André
Ce qui doit être sera. A chacun de trouver sa voie. Et cela commence par la voix intérieure. Des initiatives voient le jour et se multiplient. A quest for meaning, le film, en est l'illustration. Nous sommes à une époque charnière. La beauté existe partout, et pas forcément dans les grands accomplissements. Encore faut-il y prêter attention. Avec toute mon amitié, Patrick.
Portrait de anonyme
Merci pour ce partage, Frédérique.

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