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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Mais qui se paie notre tête?

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 31 août 2017

Photo © Patrick Willemarck

Un ami me racontait sa stupeur en écoutant les infos à la radio. Toutes rappelaient que Lady Di avait disparu il y a tout juste 20 ans. Certains y allaient du récit du pompier qui aurait capté ses dernières paroles et qui a attendu 20 ans pour nous dire qu’elle se demandait ce qui s’était passé. Le premier médecin arrivé sur les lieux sort également du silence 20 ans après. Il confirme avoir vu le pompier. Un autre reprend les paroles du père du chauffeur qui lui aussi se lâche 20 ans après à 86 ans. Un livre vient de sortir sur le complot de la royauté pour élmiminer cette femme qui aurait été mise enceinte par un mulsuman. Shocking!

Un autre ami, un autre jour, me raconte son dépit de journaliste. Il revenait de Barcelone. Il a été sur tous les attentats, vite en direct pour le journal du soir. Il faut couvrir l'événement. Pour faire quoi ? De l’audience, pas de l'apprentissage. Et il me dit savoir à l'avance ce que les gens raconteront parce que c'est humain : ils sont choqués, blessés, révoltés. Mais aucune de ces infos ne fait progresser l’humanité. Elles font juste ce que les terroristes attendent, elles sèment la terreur.

Ce matin je vois la liste des politiques qui se font engager par les médias, en France. Parce que le journaliste politique enquête tandis qu’eux vont pouvoir raconter des anecdotes du terrain, disent les patrons de ces médias. On sent que ça va tout de suite enrichir le débat.

Et puis, hier, Thomas Gunzig nous fait un café serré approuvé par Rudy Demotte. Sur la dimension toute relative du caca nerveux de Monsieur Lutgen, et le bonheur que Thomas a eu de pouvoir prendre ses distances, cet été, sans devoir couvrir de ses humeurs cette crise qui a animé l’actualité belge pendant les vacances sans que personne ne s’en préoccupe vraiment. Sauf ceux qui veulent gravir des échelons de la politique comme les poules qui se préciptent le soir dans leur poulailler et se chamaille pour escalader l'échelle et arrivée le plus haut possible..., pour mieux  chier sur celles du dessous comme l’écrivait savoureusement Willem Elsschot, il y a longtemps.

La clé est là : prise de distance. Avec Lady Di, on a 20 ans de recul, mais la presse qui en parle ne recule devant rien pour suggérer le traditionnel complot. Ils réussissent à faire parler les témoins. On dirait qu'ils les ont cuisinés pendant 20 ans. La conclusion est simple: en plus du palais Royal, il devait y avoir des juifs et des maçons là-dessous.

Avec les attentats, l’actualité rend à l’État islamique le service qu’elle en attend ; terroriser les gens et raconter leurs terreurs. Où est la distance ?

Et si pour prendre de la distance par rapport au politique les médias demandent aux politiques de venir raconter des anecdotes sur leurs antennes ou dans leurs colonnes, honnêtement, on se demande pour qui ils prennent l’audience qui les paie.

Ah, mais non, je suis idiot. Ce n’est pas l’audience qui les paie. Ce ne sont pas les annonceurs non plus, ils font de moins en moins de pub dans les médias. Mais alors qui paie ces contenus et qui se paie notre tête ?

Encore un complot ? Et on ne nous dit rien ? Vous ne croyez pas qu’il serait temps de payer Entre-les-lignes pour mieux réfléchir à tout ça ;-)?

 

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