semaine 13

Tout est com, tant pis.

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 21 novembre 2016

Les données se multiplient à l’infini sur le web.  Elles ont donc une valeur qui tend vers zéro. L’organisateur des données, par contre,  c’est le communicateur et, lui, il a une valeur qui tend vers l’infini. Google qui met toute  la connaissance du monde à disposition de tous, l’a bien compris. Facebook et les autres réseaux suivent le même chemin. Ils organisent notre information ou notre déformation. Et les médias classiques nous répètent les dégâts que cela cause. Effectivement, la communication  et l’ information sont l’un à l’autre ce que le chargé de relation publique est au journaliste. L’un est dans la com et l’autre dans l’info. L’un veut de l’audience et de l’argent, l’autre cherche la vérité.

Si l’info ne vaut plus rien et que seule la com vaut quelque chose, que vaut-elle ? Des sous et du grand « n’importe quoi » dont on semble s’étonner, aujourd’hui, parce qu’on oublie l’époque où la communication avait su développer un langage précis, modulé et réservé en fonction des secteurs, acteurs, canaux et auditeurs. En ces temps-là, mon bon Monsieur, il y avait la langue des affaires, la langue diplomatique, le langage scientifique,  le langage académique, le langage religieux, la  langue financière, les  langues étrangères,  la langue de bois, le langage  académique, le langage  juridique, la mauvaise langue, etc.  Chaque langue avait ses propres particularités. Et puis, est venu le web qui, en convertissant tous les langages en données, en a fait un immense melting pot :  la data.

Et aujourd’hui, trente ans plus tard, tout est communication. La politique est affaire de com. L’économie est affaire de com. Les affaires sont affaires de com, la bourse et les coaches en témoignent. Les émotions sont affaires de com, les thérapies de famille ou de couple l’illustrent. Le terrorisme est avant tout une affaire de com aussi, Daesh l’a bien compris. Et si tout est com, si tout est égal à la communication alors, tout est égal à tout.  L’équation est simple à résoudre. Il n’y a pas d’inconnue.  Encore faudrait-il avoir envie de l’entendre. 

Nous avons préféré faire les sourds. En attendant, le fait qu’un manager entrepreneur puisse  diriger un état apparaît comme une évidence à des millions d’électeurs. Que la vie privée des élus soit rendue publique en est une autre. Qu’Hollande soit nul, en est une troisième, il ne sait pas communiquer.

Quand tout est com le communicateur devient riche et calcule de mieux en mieux  ce que sa com coûte et ce qu’elle rapporte en perdant hélas, le sens des valeurs. Car ce que la com véhicule le mieux l’emporte dans la course d’accès à notre esprit : le vraisemblable dépasse, et de loin,  la recherche de vérité . L’émotion supplante la prise de distance à son égard. Une prise de distance qui a été longtemps la marque du politique et qui devrait le redevenir.  Mais pour se réserver des expériences de retrait du monde et des apparences,  il faudrait que le politique ait du temps.  Et la com n’en laisse pas. Il faut rester sur la brèche pour réagir et ne pas laisser dire n’importe quoi. Faute de temps, des collaborations pourraient s’avérer être une alternative pour penser le monde. L’université est là pour ça, par exemple. Le politique s’en souvient-il ?

Et le journaliste ? Et l’universitaire ? Ne se laissent-ils pas emporter par la tendance du tout à la com et de son nivellement par le bas ?  Une lame de fond qui réduit les territoires de la pensée à des portions congrues.  En frôler le sol est suspect.  Trump l’a dit, il ne veut pas de complexité. Il veut des solutions. En gros, il conseille de fuir ce qui donne à penser pour donner du pensé. Mais qui lui a donné ce mandat ? Nous qui préférons le click de souris à la pensée lente.

Alors, pourquoi accuser les médias de tous les maux ? C’est la  com qui en évoluant mal nous rend cons. Auparavant, la communication se faisait entre pairs dans le respect tant de l’émetteur que du récepteur. Aujourd’hui, on ne se préoccupe plus d’émetteur ou de récepteur, on transmet. Avec tous les risques de distorsion que cela implique.  La com est virale, comme un virus dont on a peine à croire que le vaccin puisse être la pensée.

Commentaires

Portrait de Michel Pirotte
Largement d'accord. Mais cela n'est possible que parce que le plus grand nombre s'en satisfait, voire confond com et information. Par facilité ou manque d'esprit critique? En principe c'est à l'école que l'on devrait apprendre le sens critique. Mais est-ce que veulent ceux qui prétendent nous diriger? On peut en douter.
Portrait de Patrick Willemarck
Je doute aussi

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