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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Un peu moins de sexe et un peu plus d’humanité, ça fait mauvais genre en politique ?

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 29 octobre 2017

Je suis perturbé. Je n’aime pas l’esthétique de l’écriture inclusive, je préfère de loin le style de Macron qui distingue régulièrement dans ces discours, Toutes celles et ceux qui… alors que la grammaire et l’académie imposeraient Tous ceux et celles qui… Il applique la règle de la proximité et je trouve cela neutre, équilibré et élégant. Il pourrait néanmoins écrire Tous ceux et celles qui… en nommant manifestement les hommes avant les femmes. Ce serait son droit d’auteur et son audience en déduira son penchant pour la domination du mâle, le cas échéant.

Je n’ai rien contre l’écriture inclusive non plus, c’est une aubaine pour les éditeurs qui vont pouvoir réimprimer pour se mettre en accord avec cette nouvelle règle et pour les opérateurs tels qu’Apple et Microsoft qui pourront vous vendre des nouvelles mises à jour de leurs logiciels et de leurs claviers. Le commerce suivra plus vite que la population, mais n’est-ce pas déjà le cas en tout dans nos démocraties de maximiseurs.

L’entreprise, maximiseur de cash, sera donc gagnante. Le politique qui fait flèche de tout bois pour maximiser le nombre de voix qui le porteront au pouvoir aux prochaines élections, abonde déjà dans le même sens : il faut mettre à jour l’invisible domination de l’homme. Et là je m’inquiète comme Raphaël Enthoven, « Partant du principe qu’on pense comme on parle, c’est le cerveau qu’on vous lave quand on vous purge la langue. »

Certains parmi eux iront jusqu’à invoquer que la langue est une arme au lieu d’y voir une législation jurisprudentielle, dans le sens anglo-saxon de la common law. Elle évolue en fonction de la pratique et c’est ainsi que chaque année de nouveaux noms entrent dans le dictionnaire parce qu’il y a de nouvelles pratiques.

Ces mêmes politiciens dans la foulée expriment leur gêne à la Ligue des droits de l’homme qui devrait changer de nom au profit d’une ligue des droits humains. En Belgique, le processus est en cours dit Alexis De Swaef. Leur commerce même s’il est social, y gagnera, ils ne devront pas craindre une fuite des adhérentes. Du coup, hommes et femmes se trouvent rangées (comme l’écrirait E.Macron) directement dans une catégorie qui nous prive de l’être humain. Vont-ils aller jusqu’à exiger de rebaptiser la Déclaration Universelle des droits de l’Homme ? Les 70 ans de cette déclaration vont-ils devoir se célébrer en s’attardant à l’appellation alors que ses trente articles méritent un rappel quotidien ? Elle est la plus belle déclaration d’amour de l’humanité. Peut-on laisser le souci cosmétique des discours politiques voiler cet aspect ? N’y a-t-il pas de projets politiques plus ambitieux, au-delà du genre ?

J’aimerais d’ailleurs poser la question que soulève la chercheuse Marie Duru-Bellat, professeure émérite à Sciences Po, chercheuse à l’observatoire sociologique du changement et à l’Institut de recherche sur l’éducation :
l’invocation constante du genre ne fonctionne-t-elle pas comme une tyrannie ? On ne peut pas la soupçonner de remettre en cause la construction sociale d’inégalités qu’elle a contribué à mettre à jour. Mais dans son ouvrage, La Tyrannie du genre, elle signale que les controverses sur le genre ont participé à force de récurrences à une mise en évidence de plus en plus marquée des différences entre les hommes et les femmes, construisant de jour en jour de nouvelles formes de domination masculine. Comme si le concept de genre n’était qu’un acte cosmétique pour dire le sexe mâle ou femelle. Et comme moi, elle souligne le nombre d’acteurs qui pour des raisons de croissance et d’économie ont tout intérêt à distinguer deux marchés de même. Elle ajoute les militants écologiques qui, au nom du respect des lois de la nature, finiraient par réduire la femme à son rôle de mère. Tout converge vers une sorte de sommation à se construire une identité soit féminine soit masculine. Une pression qui amène les hommes à vouloir réaffirmer leur virilité, constate-t-elle.

Elle conclut qu’il est indispensable que l’éducation batte en brèche les stéréotypes de sexe parce qu’ils limitent les enfants et les déforment. Un petit garçon ne devrait pas ne se préoccuper que de ses performances et une petite fille devrait se libérer de la pression du regard des autres. Voilà tout un champ que le politique investit peu parce que l’école à cause de ses contraintes de calendriers n’est pas un domaine porteur de voix aux élections.

En attendant que toutes celles et ceux qui souhaitent que l’humanité progresse en nous et dans nos régions persévèrent. C’est le plus beau et plus vital des combats. Il porte un nom, la laïcité, et n’a pas de sexe. Mais pourquoi les partis laïques ont-ils renoncé à l’éducation. Parce que ça fait mauvais genre ?

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