semaine 38

L'école? Après les élections.

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 28 mai 2019

Photo © Laurent Berger

Il est étonnant de constater que devant la montée de l’extrême droite dans notre petit pays, les partis dits traditionnels, démocratiques, classiques, malgré leur défaite, ne voient pas leurs leaders politiques se remettre en question. Il ne suffirait pourtant pas de fustiger les électeurs sans comprendre ce qui produit leur vote. Chercher à comprendre, n’est pas justifier, ni accepter, mais bien d’analyser les causes de l’adhésion aux idées du repli, du rejet de l’autre, du refus de la présence « des étrangers »

Il est étonnant aussi de voir des partis de droite ou de centre droite ne pas vouloir gouverner avec des partis d’extrême droite et d’extrême gauche. L’amalgame est ainsi fait, développé, ce qui permet encore à ces partis de ne pas se regarder dans le miroir de leur conscience. Pourtant, quelle est l’extrême qui encourage le nationalisme, le repli identitaire, le rejet de la différence, l’entre soi? Quelle est l’extrême qui veut en finir avec la solidarité et qui en fait s’allie parfaitement au néolibéralisme? Quand on accepte de gouverner avec un parti dont certains membres banalisent, copient, reproduisent des propos d’extrême droite, doit-on alors être surpris que les gens finissent par préférer l’original à la copie? 

Mais revenons à l’avenir de l’école qui est le sujet de cette chronique. Je défends, comme vous le savez déjà, l’école de l’ouverture d’esprit, de la solidarité, de l’esprit critique. Quand nous savons que notre système belge est l’un de ce ceux qui montrent le plus d’inégalité dues notamment à la présence de plusieurs réseaux, aux traitements différents des élèves, aux budgets alloués aux établissements scolaires, nous pouvons comprendre que le désarroi, le désespoir, la perte de liens entraînent une partie de la population vers une perte de confiance envers les partis traditionnels.

On a beau défendre un enseignement basé sur les compétences avec une vision essentiellement utilitariste ( alors que je défends un enseignement basé sur des contenus humanistes, des contenus cognitifs de résistances, voire même d’utopie. ), on peut observer que ce type d’école qui serait calculée sur le monde des entreprises où tant d’adultes sont déjà dépressifs en congé maladie, ne cible visiblement pas l’épanouissement. Un désespoir, un pessimisme, un manque de perspectives et d’ouvertures qui pourraient expliquer que certaines personnes se tournent vers l’extrême droite par dépit. 

Quand on se met à désigner des temporaires remplaçants qui devront enseigner une discipline qui n’est pas la leur pour pallier à la pénurie des professeurs pour occuper les élèves, on continue donc à mettre un emplâtre sur une jambe de bois, on bricole, on met un pansement sur la plaie, sans s’interroger sur sa cause. Si des élèves vivent dans des classes surpeuplées, dans des bâtiments insalubres, sont relégués dans un enseignement professionnel où ils n’ont que trois heures de français et deux heures de néerlandais, comment ne pas comprendre alors que le désenchantement peut conduire à être séduit par des gens qui apportent des solutions toutes faites? 

Ces solutions proposées aussi par les marchands qui dans toute l’Europe portent des costumes bleus, code vestimentaire, uniforme de ceux qui veulent donner confiance, qui se font passer pour des érudits, qui paraissent solides, mais qui étouffent en réalité la diversité et la résistance. 

Comme ce parti qui le dimanche soir a changé le noir et le jaune pour un blanc pur qui redonnerait espoir aux gens. Les cravates bleues fleurissent partout et les voyous gauchistes n’ont qu’à bien se tenir! 

Alors, je persévère à penser que si l’école n’est pas mieux valorisée par nos gouvernants qui semblent  plus préoccupés par le sort des banques, des armes vendues dans certains pays, des entreprises, de la haute finance, alors ce mépris envers l’avenir, ce goût persistant pour le court terme, ne pourra qu'instaurer un sentiment de dégoût chez certains jeunes qui finiront pas être désabusés.

Finalement est-ce vraiment le prolétariat qui descend dans les rues pour défendre l’environnement? Est-ce vraiment les jeunes exclus qui ont brossé les cours pour se rendre tous les jeudis matins à ces belles manifestations? Nous savons qu’en France, notamment au nord, que beaucoup d’ouvriers jadis communistes votent pour le FN. Bien qu’il est des gens aisés qui vivent dans des quartiers sans la présence d’immigrés qui votent aussi pour ce genre de parti. Ce n’est donc pas une vague verte qui a gonflé, mais bien brune.

Une société où les inégalités se creusent incite au repli identitaire. Dans une société qui s’est enrichie, la rupture du lien social dont l’école est l’une des principales institutions qui se privatisent comme les soins de santé, révèle le véritable malaise. La dimension sociale de l’homme est de moins en moins mise en évidence puisque nous nous sommes tournés vers un individualisme assez radical. 

  Si l’école ne parvient pas à éviter à des individus d'être fragilisés, harcelés, amoindris, elle risque de produire un nombre plus grand d’exclus à qui on dira « il n’y a qu'à traverser la rue pour trouver un travail » discours tenu par un homme vêtu d’un costume bleu. Comment ne pas comprendre ceux qui se sentent en insécurité de chercher la sécurité? Jean Furtos définit une société précaire « par la pensée omniprésente de la perte possible ou avérée des objets sociaux, ce qui entraîne potentiellement une perte de confiance en l’avenir et dans la société »

Le néolibéralisme a créé une société liquide où la flexibilité remplace la continuité, où la non permanence remplace la fidélité, où le provisoire devient permanent, où le mensonge remplace la vérité, où le relativisme excessif remplace le choix de valeurs nécessaires à envisager l’avenir autrement que le long défilé des marchandises à l’étalage. La logique du toujours plus détruit peu à peu l'esprit vivant. Je préfère un élève qui saura réellement changer le monde qu'un élève dont la tête est remplie de compétences qui jouent sur l'efficacité afin de reproduire ce qui est attendu. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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