semaine 43

Les petites choses de la vie courante à l’école

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 17 septembre 2020

Photo © Laurent Berger

Allez on y va! On est rentré au front pendant que les officiers regardent au balcon, les hauts gradés sont sur le pont et les autres en bas rament, c'est la débrouille, depuis, il est vrai, longtemps déjà, sans contrat de travail. Bon, c'est vrai, il parait que depuis mi-mars, j'étais en vacances à me la couler douce! Que les écoles étaient fermées!  Alors que pourtant moi j'y étais à l'école pour assurer les mesures sanitaires avec ma direction.

J'ai toujours eu plus de respect pour les gens de terrain qu'envers les donneurs de leçon protégés derrière leur beau bureau! 

On a choppé un autre virus, celui des consignes venues d’en haut arrivéess en bas, ça rend aussi malade! Malade de voir les incohérences, le non sens, les impossibilités à réaliser, les belles phrases aux belles intentions magnifiques qui sont inapplicables. J'ai la joie des codes couleur en bouche. Nous bricolons avec les moyens du bord.

Quelques petites choses de la routine scolaire en cadeau pour vous lecteurs! Un élève dont les parents n’ont pas envie qu’il se fasse tester. Il faut bien qu’il aille voir ses petits camarades en classe. Un médecin compatissant donne un certificat médical qui l’autorise à retourner à l’école. Pas grave s'il n'a pas été testé! Cet élève est alors autorisé à retourner à l’école après avoir été éloigné car cas de COVID dans sa classe. Un autre qui ne serait pas très contagieux car jusqu'à présent asymptômatique. Nous entendons tout et son contraire, on s'est habitué, pas grave! 

Une demande pour faire des plans classes pour le tracing alors qu'à partir de la cinquième année du secondaire la notion de classe n’existe plus vu la présence de plusieurs options. De plus, les élèves se mélangent dans les couloirs, dans la cours de récréation, à la médiathèque et sont pressés collés dans les transports en commun.

Des élèves qui sont testés positifs et qui sont en classe en gardant leur petit secret pour participer aux bavardages incessants. Des élèves de 17 ans considérés comme des enfants pas très dangereux. Des professeurs contaminés peu importe! D'abord place donnée à la jeunesse économique!

Des élèves écartés qui reviennent petit à petit dans la classe qui était écartée, les professeurs deviennent très habiles pour utiliser toutes les technologies imaginables pour continuer à donner cours à ceux qui demeurent chez eux. 

Votre bulle doit comporter 5 personnes mais prenez toujours des bus à boîtes à sardines.

Soyez à trente élèves dans un petit local non aéré parce que certains ne supportent pas les courants d’air. 

Soyez à plusieurs sur une terrasse pour consommer les uns près des autres, mais recevez un PV parce que vous marchez en mangeant ou en buvant dans une rue très peu fréquentée.

Les élèves se passent le gel désinfectant, portent le masque de moins en moins bien, il faut bien comprendre leur lassitude. Ils portent souvent le même masque pendant des heures, postillonnent dedans, tout ça s’humidifie correctement, ça devient vachement puant! Bon, c’est vrai, que du côté prof comme l’employeur ne fournit pas le matériel, il économise pour s’acheter une bonne réserve de masques de préférence chirurgicaux, pour se payer une caméra dernier cri pour être dans le coup, car voici venu le temps heureux de l’enseignement hybride!  Nous les enseignants nous allons nous couper en deux, en quatre, en Team, en Zoom, en email, en plateformes diverses. 

Bien sûr, évidemment, les enseignants, ce sont des gens qui se plaignent tout le temps, c’est bien connu, c’est toujours en congé, et puis ils ont le sens de la dévotion, faut bien s'occuper des petits pendant que leurs parents participent à la grande machine économique, alors ils se culpabilisent les profs! Faut qu'on soit présent, les cordes vocales usées, irritées, le larynx infecté, à s'époumoner pour se faire entendre, ils demandent conseil à leurs amis comédiens, prennnent des Euphons, pastilles à sucer, c'est savoureux!

Bon, je sais, j'exagère, je suis négatif et pessimiste, tout va bien sur le terrain pendant que les belles circulairent tombent! Rentrée en code jaune alors que Bruxelles est en zone rouge, ça c'est logique! Je vous avoue, j'essaye d'y voir clair parce que mes élèves aiment un prof qui soit structuré, organisé, qui donne un cadre qui est un peu sérieux, voyez-vous!  Ou alors je fais semblant que tout va de manière ordonnée comme c'est écrit dans les consignes inapplicables sur le terrain. 

Bon, je sais, je vous ennuie avec tous ces tracas, les infirmiers ont bien été traités d'enfants gâtés! C'est vrai toujours à gémir, à soupirer! Essayez le mépris de ceux qui soignent, qui instruisent, qui cultivent et vous récoltez un régime autoritaire! 

Mais rassurez-vous, comme je l'ai souvent écrit, quelles que soient les conditions invraissemblables dans lesquelles je me trouve, je réponds présent à l'appel et tente d'obéir aux ordres donnés par je ne sais quel capitaine du navire, parce qu'envers et contre tout  j'enseigne l'esprit critique à mes élèves! J'ai acheté des litres et des litres de désinfectant, et attends de recevoir ma super caméra pour enseigner à distance.

Mais je vous rappelle qu'un cours à distance est un cours dégradé.

 

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Commentaires

Portrait de Serge Pétré
Tout cela est bien vrai mais cette situation n'est pas nouvelle. Chaque fois que le monde de l'école a été amené à devoir gérer une situation difficile, l'attitude des responsables a été du même acabit. Et certains s'étonnent d'un certain ras-le-bol et d'une réelle lassitude.

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