semaine 50

Mises au point et clarifications

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 07 juin 2018

Photo © Laurent Berger

Il est difficile pour un homme qui est de gauche de critiquer les travers qui ont pénétré une gauche bien pensante et politiquement correcte, voire électoraliste si pas clientéliste. Ces travers pénètrent l’école. Ils sont entrés dans une pédagogie qui consiste à donner moins à ceux qui ont déjà moins afin de les caresser dans le sens du poil. L’orthographe est inutile pour des élèves destinés à la menuiserie, la formulation serait négligeable du moment que le message parvienne, il ne faudrait surtout pas imposer "notre culture" afin de ne pas paraître supérieur aux autres, principes de précautions, paternalisme déguisé, l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Baissez vos exigences, gardez votre belle littérature dans votre bibliothèque. Pourtant l’écrivain américain Ta-Nehisi Coates, l’auteur de l’excellent essai, "Une colère noire", sous la forme d’une lettre adressée à son fils, lui conseille de lire et de lire toujours et encore pour lui ouvrir les yeux sur des visions plus larges que celles données par les discours officiels. Tout le monde s’est réjoui de l’élection d’Obama aux Etats-Unis et pourtant le nombre de bavures policières visiblement racistes n’a pourtant pas diminué. 

« Les blancs » ont créé le mythe de la race blanche, après avoir colonisé, pillé, mis en esclavage, brimé certains d’entre eux, veulent dans une apparente culpabilité, se faire tout petit, tout doux, pour finir par tolérer, admettre la barbarie chez l’autre; puisqu’elle a été présentée chez nous, nous n’avons donc plus le droit de juger l’autre, l’autre qui dans cette perspective devient intouchable, inattaquable, innocent à priori puisque jadis soumise par nous. La moindre critique de l’autre est suspectée de racisme, de non respect des coutumes et des traditions de l’autre. Dés lors, il est demandé aux enseignants d’être des agents de la tolérance bienveillante. Un crachat, c’est culturel! Un certain machisme, c’est culturel! Des garçons qui ne savent pas se tenir devant des filles en classe, c’est culturel, donc les filles n’ont qu’à se couvrir après tout, et ce sale blanc qui mange du porc, c’est un provocateur! Je sais qu’en écrivant ces lignes, je risque encore de me faire taxer de réactionnaire, moi, qui ose encore croire que les dérives des hommes sont partout les mêmes et n’ont rien à voir avec des différences culturelles, moi, qui ose encore défendre l’universel.

Il faut donc sans cesse revenir sur le sens des mots; universel ne signifie pas universalisme, ni expansionnisme, ni colonialisme, ni faire preuve d’eurocentrisme. Universel, signifie que je reconnais avant tout le caractère humain derrière les étiquettes culturelles, nationales, religieuses, que je tente encore d’aller au-delà des particularismes culturels de mes élèves. Un élève d’origine marocaine peut être intéressé  par les mineurs opprimés décrits par Emile Zola.  Il est une tendance aujourd’hui à une division très marquée des opprimés qui sont récupérés séparément par des organisations qui ont leur priorité et qui sont dans la logique suivante: d’abord les juifs, d’abord les musulmans, d’abord les femmes, d’abord les homosexuels etc. Dés lors, les oppresseurs sont ravis d’observer l’absence de solidarité des opprimés! Les féministes demeurent entre elles, elles sont elles-mêmes divisées, ne parviennent plus à s’entendre. Ainsi la dimension universelle, humaniste des combats à mener s’estompe au profit du séparatisme, de l’identitaire, du cloisonnement.

Ainsi, la laïcité est récupérée à droite et devient un nationalisme et un repli identitaire. Ce changement est dû au fait qu’une partie de la gauche qui gère la cité a délaissé la laïcité en voulant satisfaire son électorat. La laïcité ne conviendrait pas à tout le monde, elle ne sera pas compréhensible pour un musulman, tout comme ce dernier ne serait pas capable de comprendre les caricatures de Charlie Hebdo. Ainsi, avec cette bienveillance de bon ton, on en vient à sous estimer l’autre, à l’enfermer dans une supposée culturel, une appréciation souvent rapide, comme si un Canadien serait réduit à bucheron!  Ce qui est une forme déguisée de colonialisme. Paternalisme de celui qui affirme vouloir juger avec tolérance ce qui serait culturel chez l’autre. Bienveillance de celui qui veut laisser l’autre tel qu’il est dans sa supposée différence. L’émancipation est alors interprétée comme une intrusion et un non respect

La remise en cause de l’idée que l’homme est perfectible existe dans une certaine gauche qui se présente comme telle,  focalisée sur les différences culturelles qu’elle tente de comprendre. Ainsi, des pratiques que l’on peut repérer chez tous les hommes deviennent culturelles. Ainsi, la laïcité est récupérée à droite et devient un nationalisme et un repli identitaire. Ce changement est dû au fait qu’une partie de la gauche qui gère la cité a délaissé la laïcité en voulant satisfaire son électorat. Ce qui est une forme déguisée de colonialisme.Bienveillance de celui qui veut laisser l’autre tel qu’il est dans sa supposée différence. L’émancipation devient alors interprétée comme une intrusion et un non respect. 

Je persiste à penser que l’école doit maintenir la mixité sociale tout comme je défends encore et toujours une dimension internationale en tentant de démontrer que partout dans le monde les hommes se ressemblent, sont de la même façon opprimés, sont plongés dans les mêmes malheurs, dans les mêmes injustices. 

Hier, Mohammed s’étonnait qu’un juif puisse critiquer vivement la politique du gouvernement israélien et qu’un jeune israélien puisse refuser de faire son service militaire ne voulant pas se rendre dans les territoires occupés.

Le libertaire est forcément contre les discours essentialistes. Je ne crois pas en une essence humaine. Rien ne se crée, rien ne se meurt, tout se transforme. Ainsi, selon moi, l’émancipation rejoint l’idée de transformation humaine. Je me méfie donc des discours qui attribuent à  l’homme une nature déterminée. La liberté est le principe qui me guide en tout premier lieu. Je ne peux par conséquent qu’envisager l’école comme un espace qui autorise cette liberté. J’envisage l’humain comme un être qui se transforme et non comme un être qui se définit a priori. C’est. L’ethnisme ne nous permet plus d’envisager la singularité de l’être dans  la diversité de ses appartenances possibles. Ainsi, une femme d’origine marocaine athée serait un OVNI dans le paysage ethnique décrit une fois pour toutes à cause de la circulation si facile des clichés et des stéréotypes comme l’appellation raccourci « communauté arabo-musulmane. »

C’est ainsi que j’envisage l’élève avant tout comme un humain et s’il s’avère opprimé, c’est avant comme humain qui me ressemble que je le défendrai, car le Non à l’oppression quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne m’unit à l’humanité. Alors au lieu de se querreller entre opprimés ne faudrait-il pas former la chaîne d'union de l'amour de l'humanité. A combat pour la différence, je préfère parfois rappeler le combat pour l'égalité politique! Au-delà des conventions humaines qui ne sont pas éternelles et qui dépendent des cironstances favorables aux uns ou aux autres, il existe des lois éternelles telles que la justice. 

 

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