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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Préférer le changement aux réformes

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 03 mai 2018

Photo©LaurentBerger

Pour l’avenir de l’école, je proposerais non pas des effets d’annonce, ni des réformes, ni une nouvelle manière de manager, de gérer. Je vais me lancer dans une série de propositions qui témoigneront une fois de plus de ma volonté de changer l’école tout en recadrant le rôle de l’enseignant. Ce recadrage a été décrit dans les articles précédents. Il est temps aujourd’hui de songer à bousculer les routines scolaires, les contraintes administratives. 

Premièrement, je choisis de supprimer cette fameuse sonnerie carcérale, stressante, qui interrompt brutalement les cours, qui n’empêche pas les retards des élèves, je propose de la remplacer par la musique qui adoucit les moeurs.

Deuxièmement, le nombre des élèves ne dépasserait pas une quinzaine par classe pour réellement se consacrer à eux. 

Troisièmement, je supprimerais le rapport frontal entre professeur et élèves, ce rapport me semble dépassé, il serait plus judicieux d’être deux adultes parmi eux, non seulement pour être à l’écoute des jeunes, et aussi pour trouver un tiers aidant en cas de conflit, mais aussi pour créer un enseignement plus interdisciplinaire, j’ai souvent éprouvé le besoin de poser des questions à un professeur d’histoire, de science, de sociologie, qui serait à mes côtés pour m’épauler.

Quatrièmement, je souhaite que tous les élèves quelles que soient leurs options ou le type d’enseignement qu’ils reçoivent, aient le même nombre d’heures de français à savoir cinq. minimum. 

Cinquièmement, je déplore le cadre étroit des disciplines enseignées, je continue à penser que le théâtre, la musique, la sociologie, l’histoire, les langues sont des disciplines peu présentes, ce qui est dommageable. A part quelques effets de publicité en ajoutant une option dite artistique par exemple sans histoire de l'art, je ne vois pas l'espace des possibilités s'élargir. 

Voilà déjà quelques pistes lancées, je voudrais aussi remettre en question l’omniprésence des points dans notre enseignement conservateur. Points qui renforcent la compétition et la tricherie comme je l’ai déjà signalé à plusieurs reprises, ou alors ils ne devraient être simplement qu'un indicateur pour les élèves de leurs problèmes rencontrés afin qu’ils opèrent un véritablement changement dans une progression.

Evidemment, la fonction de bibliothécaire serait nécessaire dans toutes les écoles, car contrairement, aux effets d’annonce, les jeunes aiment lire, j’en vois tous les jours en classe, dans les transports en commun qui tiennent un livre en main. Donc, je n'ai rien contre à ce que les élèves disposent d’une tablette en classe à certains moments pour développer certaines compétences, mais je persévère à penser que le livre demeure un formidable vecteur de curiosité, d’esprit critique et d’ouverture aux autres. 

Surtout, je sortirais davantage les enseignants de leur classe, je les inviterais à témoigner de leur expérience, j’arrêterais de les infantiliser, de leur faire miroiter des réformes qui ne tiennent pas compte de la réalité du terrain. J’inviterais également des avocats, des pompiers, des cuisiniers, des fleuristes, des musiciens, des comédiens à venir s’exprimer en classe pour que les jeunes connaissent d’autres réalités que l’unique cadre scolaire. Autrement dit faire entrer le dehors à l'école plutôt que se limiter à quelques sorties pédagogiques souvent payantes pour les parents.

L’école ne doit pas uniquement former des ingénieurs, des avocats, des notaires, des entrepreneurs, je salue aussi les ébénistes, les carreleurs, les cuisiniers, les artisans, je ne comprends et je n’accepte pas cette division arbitraire entre l’esprit et le corps, entre le spéculatif et l’opératif, tout comme je refuse l’opposition entre l’âme et le corps, je refuse ces hiérarchies conventionnelles et arbitraires. Surtout je récuse cette absurdité entre le littéraire et le scientifique. Le mathématicien indien autodidacte Srinivasa Ramanujan est un être sensible et spirituel, Rabelais fut médecin et philosophe, Picasso était capable d’exercer plusieurs disciplines artistiques. Je déplore ainsi la valorisation de certaines dispenses au détriment d’autres qui sont alors négligées. Je regrette le cloisonnement entre les disciplines enseignées. J’ai débuté ma carrière dans l’enseignement professionnel avec de futurs menuisiers, alors que trois heures de français, je fus choqué lorsque un démago m’a répondu que les ouvriers n’avaient pas besoin de culture! Cela m’exaspère de constater cette attitude paternaliste qui considère qu’il faut donner moins à ceux qui ont déjà moins, j’aurais tendance à leur donner plus. 

Je vais encore ajouter quelques suggestions malgré les blocages toujours trop nombreux.

Les enfants rentrent tôt à l’école et on les met directement au travail, il serait nécessaire de leur donner un temps de décompression en les laissant s’exprimer avant de les mettre assis.
Surtout, je considère l’école avant tout comme un espace social qui ne devrait pas se limiter aux cours traditionnels .Inviter les élèves à jouer des pièces de théâtre, à faire la cuisine pour les autres, à prendre des initiatives pour améliorer leur cadre de vie et de travail, à comprendre la notion de citoyenneté par le vécu.

Favoriser davantage les devoirs en classe plutôt qu’à la maison afin que tous les élèves disposent des mêmes moyens pour  réussir.  

Mettre des enseignants aguerris dans des classes dites difficiles plutôt que de jeunes débutants qui seront dégoûtés.

Favoriser réellement la formation continue des professeurs plutôt que de les surcharger par des tâches administratives.

Elaborer des programmes en consultant les élèves. 

Ne pas seulement valoriser les élèves qui ont de bons résultats par les points, mais aussi valoriser les élèves qui s’impliquent dans la vie sociale de leur école.

Ne pas demander à l’enseignant de pouvoir jouer plusieurs rôles alors qu’il n’en a pas les compétences, mais engager des acteurs professionnels qui peuvent eux mieux répondre aux besoins spécifiques des élèves. Engager des orthopédagogues chargés du soutien, des psychoéducateurs, des techniciens en éducation spécialisée, des orthophonistes. Faire en sorte que certains élèves bénéficient d'un "plan d'adaptation" et d'un « bulletin modifié. »

Enfin, ne plus laisser les professeurs seuls en classe, leur permettre de travailler ensemble, donner plus d’autonomie aux chefs d’établissement afin d’encourager les initiatives personnelles et collectives.

Tous ces changements demandent des enseignants créateurs et non des professeurs formatés, demandent des directeurs d’école qui peuvent encore se consacrer réellement à la vie scolaire et non pas seulement à l'administratif.
Pour atteindre ces changements ne faudrait-il pas encourager la désobéissance civile plutôt que l’obéissance aux consignes absurdes et mortifères?

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