semaine 46

Du rouge au tricolore

L'as-tu lu,lulu? par Nous on l'a lu, le 29 octobre 2018

Le premier secrétariat de guerre du PCB dans son repaire clandestin de la rue de la Mutualité : Xavier Relecom, Joseph Leemans et Pierre Bosson. Au centre, l’agent de liaison principal, futur Chef d’Etat-Major des Partisans Armés, Buntea Crupnic (Andrée Smesman).

L’une des trois éditions imprimées de l’organe du Parti communiste.

Au moment où des libéraux belges relancent une « guerre froide » autour du mot et du concept de « communisme », voici une réédition bienvenue. Le livre de l’historien José Gotovitch « Du rouge au tricolore. Résistance et parti communiste » raconte de manière scientifique, donc très détaillée, l’histoire des communistes belges de 1939 à 1944.

L’auteur restitue très fidèlement ce que fut la résistance. Il s’est en effet basé sur de très nombreux entretiens avec les acteurs de cette époque et sur une masse d’archives. Ce qui est touchant, c’est la manière dont il nous retrace l’engagement héroïque d’hommes et de femmes aux parcours divers que rien ne prédisposait à des actes de résistance dans un contexte désespérant. José Gotovitch a voulu reconstruire, écrit-il,  « les réalités du terrain à travers les hommes, négligeant les étiquettes et les organigrammes de papier ».  Il parle non seulement des actes héroïques et des engagements sublimes mais aussi des « lâchetés et les trahisons qui parsèment le pays communiste clandestin », ce qui explique comment la police SS pu effectuer une grande razzia en juillet 1943 décapitant ainsi la direction du PC belge.  

Il nous raconte ces familles ouvrières, bourgeoises, ces intellectuels chômeurs, et même l’un ou l’autre aristocrate qui rallient le parti communiste, convaincus des valeurs universelles de liberté, d’égalité et de solidarité et qui entrèrent en résistance par amour de leur pays.

Et l’on comprend aussi la rivalité idéologique entre socialistes (très nationalistes) et communistes (internationalistes, évidemment) qui, après les unions de résistance, détermina la recomposition du paysage politique belge après la guerre.

José Gotovitch nous fait ainsi revivre l’épopée souvent tragique de ces « terroristes », comme les qualifiaient les Nazis (un terme utilisé encore maintenant par la propagande de certains Etats pour qualifier les résistants luttant pour la défense de populations opprimées), des femmes, des hommes qui ont sacrifié leur vie pour conquérir notre liberté. Au nom d’un idéal communiste qui s’est incarné d’une manière particulière en Belgique. Car, comme le souligne José Gotovitch, chaque pays a eu ses spécificités et son histoire communiste.

Restreindre ce concept aux exemples tragiques du stalinisme et du maoïsme est une imposture et une insulte envers ces résistants communistes qui honorent notre histoire et à qui José Gotovitch a redonné toute leur humanité. (G.L.)

  •  José Gotovitch : « Du Rouge au Tricolore. Les Communistes belges de 1939 à 1944. » « Un aspect de l’histoire de la Résistance en Belgique », édition mise à jour, Bruxelles, Éditions du CArCoB, 2018. 740 pages. http://www.carcob.eu/

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