semaine 34

"Retour à Lemberg": une épopée du droit international

L'as-tu lu,lulu? par Nous on l'a lu, le 22 mars 2019

Les notions de génocide et de crime contre l'humanité ne sont pas aussi simples qu'à première vue

Une minutieuse enquête dans l’Europe de l’avènement du nazisme et du génocide des Juifs et des Tziganes devient une formidable épopée. Celle de l’avènement dans le droit international des notions de crimes contre l’humanité et de génocide. Philippe Sands, avocat spécialisé dans la défense des droits humains et professeur de droit à l’University College de Londres, retrace, quasi scientifiquement, l’histoire de son grand-père Leon Buchholz qui vécut à Lviv, nommée aussi Lemberg dans l’empire austro-hongrois, incorporée à la Pologne indépendante sous le nom de Lwow, elle fut occupée par les Allemands sois le nom de Lvov et, devenue ukrainienne par la victoire russe, elle reprit le nom de Lemberg.  

Découvrant l’histoire de son grand-père et la tragédie qui frappa sa famille à savoir le génocide des Juifs, Philippe Sands découvre que Lemberg avait abrité aussi les familles de Hersch Lauterpacht et de Raphael Lemkin, tous deux juifs, tous deux étudiants en droit passés par la même université sans se rencontrer même si les familles habitaient dans les mêmes quartiers. Ces deux juristes échappèrent aux massacres et chacun évolua dans l’analyse du droit international dans la souffrance de l’exil, de l’ignorance du sort funeste réservé à leurs familles, à leurs proches.

C’est aussi à Lemberg qu’un haut dignitaire nazi, Hans Frank, devenu gouverneur général de Pologne, mit en œuvre la solution finale, l’élimination de millions de Juifs dans les camps d’extermination. Parmi les victimes, les familles Buchholz, Lauterpacht, Lemkin.

Philippe Sands décrit tout, recense la moindre trace de ces destins croisés, nous embarque dans une quête fascinante de photos, de plans, de lettres, de textes divers.

Il nous explique la maturation de la pensée des deux juristes, l’un, Lauterpacht, élaborant la notion de crime contre l’humanité, dans le cadre du droit pénal supranational de l’individu. C’est lui qui élabora la charte des droits de l’Homme, adoptée après la guerre par les Nations Unies. L’autre, Lemkin, forgeant le concept de génocide dans le cadre du droit pénal supranational des groupes. Ce qui permet d’incriminer des Etats et des détenteurs du pouvoir politique. La polémique entre les deux juristes suscita des divergences entre juges et représentants d’Etats vainqueurs lors du procès de Nuremberg, ce qui explique que le terme génocide n’y apparaît pas. Il fut adopté plus tard dans la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG) approuvé à l'unanimité le en décembre 1948 par l'Assemblée générale des Nations Unies.

En suivant ainsi ces personnages, Philippe Sands nous transforme en spectateurs terriblement proches des victimes, des assassins. Il décrypte les mécanismes de la guerre, des massacres, du génocide. Il nous démontre que la victoire finale n’est pas celle des armes mais celle du droit qui permet que justice soit rendue. Un livre prenant, essentiel en cette période du 70ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et des menaces nouvelles qui pèsent sur nous avec la montée des extrêmes-droites en Europe et ailleurs. (G.L.)

  • Philippe Sands. « Retour à Lemberg ». Albin Michel. 2017.

 

 

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