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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Calmes et frais

Le Chant la vie par Serge Noël, le 23 avril 2018

Enfants enfants les nuits sont brèves il faut rêver les plus longs rêves Photo © Jean-Frédéric Hanssens

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

nous étions quatre pauvres zigues

portés par les grandes musiques

de films à spectacles inouïs

les longs jours d'hiver presque enfouis

 

dans les salles noires où bruissait

la rumeur de l'enfant qui sait

et qui se tortille le cou

quand les après-midi secouent

 

leur triste manteau fait de pluie

on aurait dit qu'en pleine nuit

luisaient faussement les beaux jours

des ciels empourprés de l'amour

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

perdus dans les vents de l'automne

et leur murmure monotone

et les nuées d'oiseaux du Sud

nous étions marins des Bermudes

 

des pays chauds et dans nos yeux

une lueur disait le feu

éclatant du cul de midi

des après-midi interdits

 

aux portes ouvertes des chansons

sur les bateaux dans les prisons

les ruelles noyées de cris

de rayons brûlants étourdies

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

dans les collines qu’est-ce qui fait

les chameaux râler sous leur faix

les ânes exprimer leur pauvre âme

dans le lointain les cerfs qui brament

 

on entendait le vent frotter

les feuillages roux de l'été

et on rêvait distraitement

on rêve parfois comme on ment

 

dans la fraîcheur de nos visages

d'enfants tricheurs et d'enfants sages

nous étions calmes calmes et frais

étant de ceux que rien n'effraie

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

la peau de nos joues douce douce

où quelques poils timides poussent

comme la paume de nos mains

les lèvres amoureuses enfin

 

de mots muets pourtant humains

appris hier redits demain

et nous courions sans regrets

sans honte sans peur sans secret

 

au milieu des fleurs piquantes

du jasmin et de la lavande

dans le pas des matins pointus

et la brume des rêves tus

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

et à la saveur de citron

de pain de savon qui sent bon

et à la peau d'un lézard vert

allongé comme l'univers

 

à la beauté des arbres bleus

la beauté qui vit dans les yeux

et des gens qui dansaient pieds nus

d'étranges pays revenus

 

entre les hauts nuages roses

les buissons de buis et de roses

c'étaient des rêves sans valeur

et qu'importaient le jour et l'heure

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

de ceux qu'on trouve par hasard

sur les bancs des salles de gare

aux tables des cafés la nuit

où rôde le chien de l'ennui

 

mais rien ne pouvait nous distraire

de ces balades pied à terre

de ces ficelles de bonheur

ces clous de battement de cœur

 

alors nous mettions nos capuches

enfoncions les mains dans les poches

nous fermions nos yeux de merluches

sur le décor des villes moches

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

des gens cachés dans leurs serments

dans leurs allures de faux amants

de pauvres hères de tristes fous

qui semblaient galoper partout

 

comme un rêve dévisagé

par les yeux d'un sommeil léger

à la première lueur du jour

qui commence dans les faubourgs

 

des enfants en flagrant déni

délit de rêve et de folie

comme au calme s'ouvre un bateau

soudain retrouvé par les eaux

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

comme un sonore feu follet

les musiques nous révélaient

la terre et les eaux et le monde

et qu'elle est ronde ronde ronde

 

j'entends chanter dans l'air glacé

l'espoir et le désir d'aimer

j'entends les opéras secrets

des gens seuls qui se trouvent laids

 

qui regardent aux cafés les mains

des amants admirés en vain

et des femmes drôles qui rient

des femmes vives sans mari

 

enfants enfants les nuits sont brèves

il faut rêver les plus longs rêves

 

ils tournent ce qui les abîme

vers le silence du grand abîme

ils font les longs jours les nuits brèves

des rêves des rêves des rêves

 

enfants enfants vos rêves lièvres

un beau jour vous viendront aux lèvres

 

 

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