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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Je suis un ready made

Le Chant la vie par Serge Noël, le 26 septembre 2017

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

dans les pauvres chambres intérieures

tapissées de rêves de merde

des lèvres à bile délicate

murmurent murmurent murmurent

mettent de la merde aux murs

des lèvres qui parlent pour quatre

estomacs alourdis qui gerbent

les murmures durs les murmures durent

dans les pauvres chambres intérieures

silencieusement ça glisse

par la fenêtre entrouverte

et sur quelques visages lisses

ça dépose son encre verte

murmures murmures murmures

dans les pauvres chambres intérieures

ondule et tourne la rumeur

je le tiens d'une source sûre

Je suis un ready made (2)

une radio

machine ventriloque

voix coulée d'outre-moi et des désirs déserts

de flammes qui s'étouffent de visages enneigés

par la fenêtre couvre un périmètre blanc

dans le vent dérobé des villes diamant

des villes embuées couvertes de sueur

une radio

appareil ubiquiste

garçon stylé qui sert ce qui de rien vous sert

diseur de bon aventure de gré à gré

modiste émérite des chapeaux les plus lents

danseuse qui du ventre et des épaules ment

magicien escamotant le monde et la peur

une radio

une gentille breloque

cabinet permanent des derrières qui se serrent

palais des mélodies et des discours légers

paquebot sur les mers péniblement allant

fils des bonnes familles qui cachent leurs déments

chat inutile et lourd un mauvais jour qui meurt

une radio

parle aux gens bien cuits

elle leur dit soyez sages soyez un peu faussaires

il faut bien de nos jours se faire un peu de blé

il faut se faire soi-même et un peu violent

il faut se faire à tout s'écraser calmement

écraser le voisin tout en ayant bon cœur

une radio

pleine de jeux idiots

essuie les ciels gris et les larmes amères

glisse des météos aux nouvelles abrégées

glisse des sports à fric aux flaques d'océan

glisse sur ce mazout et les grands continents

grandiloque les princes leurs cousins et leurs sœurs

une radio

ce vide vent dit haut

ce que les carmélites pensent dans leurs prières

ce que les vieux messieurs attendent d'espérer

le murmure des nuits mortes et dans leur trou béant

le frisson sur les peaux des dieux incontinents

ce que les bouches blêmes accouchent de rumeur

une radio

vous laisse le rabiot

de ce qu'il faut savoir sur les très hautes sphères

et comment l'argent passe entre les doigts pressés

pourquoi les présidents qui président céans

ont des airs entendus des yeux malentendants

comment on vend le monde selon son humeur

une radio

c'est un foutu rafiot

qui fluctue mais ne coule sur la boue des misères

les voiles déchirées mais le mât bien dressé

visible de partout même des coins mourants

à la coque magique et avec rien dedans

on y boit du vinaigre en des verres de splendeur

une radio

à la fin la radio

évide les regards qui contemplent vos frères

remonter les échines et secouer les pieds

rire en pleurant la mort pleurer en se marrant

attendre encore un mois pour se soigner les dents

et dans leurs mains usées retrouver de l'ardeur

 

éteins plutôt

la radio aveugle

du cœur mourant

du monde

qui chuinte

à tes oreilles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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