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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

L'affaire de l'homme rouge - histoire sentimentale 1

Le Chant la vie par Serge Noël, le 24 juillet 2017

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Bien sûr que j’ai été amoureux d’un garçon coiffeur. J’étais, à cette époque, il y a longtemps, extraordinairement mince. J’avais ce charme des gens qui se fanent passés les trente-cinq ans. Une rosée. Aujourd’hui on ne s’en rend pas compte, mais dans mon visage diaphane et glabre, mes yeux paraissaient grands, avec de longs cils recourbés, une couleur gris bleu qui changeait selon le ciel. Avec un corps que certains amants ont adoré, « parfaitement formé, disait l’un d’eux, mais un peu mou ». Le garçon coiffeur, je l’ai rencontré en rue. L’homosexualité était illégale et il n’y avait pas de clubs spécialisés, du moins accessibles à un petit gars ignorant des arcanes d’une communauté habituée depuis des siècles à vivre dans l’ombre des remuements furtifs. Plus tard, j’ai découvert les appartements aménagés en night-clubs clandestins. J’y ai rencontré un homme merveilleusement noir qui me pelotait sous la table avec son genou. L’avantage, c’était le caractère strictement fonctionnel de ce genre d’approche. C’était clair y compris pour mon garçon coiffeur. Moi, je ne comprenais rien à tout ça. Je pensais que le désir et l’amour étaient une seule et même chose. Je suis donc tombé amoureux, parce qu’il avait été gentil, qu’il avait accessoirement de belles mains. C’était, pour moi, une époque de grande fringale. Lui a cessé d’avoir faim de ma peau, de ma langue, de mon sexe, au bout de deux mois. Il a trouvé bon de me donner mon congé. Il devait être deux heures du matin. Je les avais filés, lui et l’homme mûr qui l’accompagnait, depuis le centre ville. Je les voyais marcher devant moi, une aura de complicité liant leurs deux silhouettes. J’en crevais de mal. Ils se sont arrêtés devant la maison. Du renfoncement sombre d’une porte, j’ai appelé. Le garçon coiffeur m’a aperçu, a fait la grimace, s’est tourné vers son ami à qui il a glissé quelques mots. Il a traversé la rue. Sous un crachin serré. Je ne me rappelle plus les mots exacts. Il me parlait sur un ton très doux. Je me taisais, obnubilé par le mouvement de ses lèvres. L’autre, appuyé à la porte, s’impatientant, regarda sa montre. Ce geste, ce simple geste, signifiant définitivement que je n’existais plus, ou peut-être le regard de mon ancien sigisbée, qu’il m’a semblé fixer sur un ailleurs situé derrière mon épaule. Une vapeur bouillante m’a envahi la tête. J’ai cru entendre des cris. Je me suis éloigné, aveuglé par des taches rouges qui dansaient devant mes yeux, un bourdonnement effroyable dans les oreilles. Je marchais à grands pas, comme un automate. Le lendemain, je suis retourné dans la morne chaussée. Il y avait, par terre, le contour d’un corps dessiné à la craie, une tache de sang séché à l’endroit du cœur.

Dans un café rock, à Ixelles, par un soir d’automne, j’éclusais des godets avec un camarade d’enfance. C’était notre style, à cette époque, de contempler le monde d’un air blasé, exténué de nous-mêmes et de tout. A deux tables de nous, un homme d’une trentaine d’années regardait la télévision. Un culturiste dont les cuisses et les bras étaient puissants et élégants. Il avait un visage brun, ouvert, aux lèvres généreuses. Je dis à mon ami : « Tu vois, ce genre de lapin, c’est jamais pour ma pomme. » Comme s’il m’avait entendu, l’autre se tourna vers moi et me décocha un sourire étourdissant. Nous sommes montés chez lui, il habitait au-dessus du café, et nous avons farouchement fait l’amour. Il faut se représenter le couple que nous formions. Lui, athlétique, une démarche de grand fauve, le tain foncé, les cheveux noirs, une expression de contentement perpétuellement peinte sur la figure. Moi, presque maigre, avec ma dégaine de poète tourmenté, ce charme évanescent dont j’ai parlé. Dans les boîtes, nous faisions un tabac. Nous, qui allions si bien ensemble en société, qui appréciions le service mutuel que nous nous rendions, ne nous entendions pas idéalement au lit. Ricardo prétendait m’enculer à toute occasion. Je ne souffrais d’aucune réserve morale à ce sujet. Mais je n’étais pas à proprement parler un habitué. Il y avait là, pour moi, un petit quelque chose de crispant. En ce sens que, pour éprouver du plaisir par cette voie, il faut être apte à l’abandon psychologique le plus complet. Ce n’était pas mon fort. Et puis Ricardo avait une queue énorme. A chaque tentative plus ou moins maladroite, cet animal me faisait mal et me crispait un peu plus. Ce jeu a duré six mois, au cours desquels les autres délices de notre couple, prestige mondain, baisers (Ricardo embrassait comme un dieu), peut-être aussi une certaine tendresse, se sont progressivement épuisés, mon amant se résolvant à chercher ailleurs l’assouvissement de son pressant besoin de pénétrer quelqu’un. C’est ainsi qu’une nuit, débarquant chez lui sans prévenir, je l’ai trouvé au pieu avec une femme blonde d’un certain âge. Je ne trouve pas les mots pour décrire ce qui s’est passé. La vapeur, les taches rouges, le bourdonnement. Je ne sais plus comment j’ai émergé de ce brouillard cuisant. J’ai lu dans le journal un compte rendu faisant état de deux corps emmêlés, entièrement lacérés à l’aide d’un couteau de cuisine. L’article était intitulé : « Les amants tragiques. »

Un an ou deux se sont écoulés, ponctués par des rencontres d’une nuit, des passades, des éjaculades de coin de porte. C’est son visage qui m’a séduit. Un visage fin, délicat, dont les yeux myopes avaient quelque chose d’attachant. Il était violoniste. Un être raffiné, gracile, mélodieux. Un garçon très mûr qui, je crois, m’a aimé d’un amour vrai. Peut-être parce que l’amour qu’il me portait me faisait peur. Peut-être parce que j’étais un chien fou. Je ne sais pas. Moi, je ne l’ai pas aimé du tout. J’ai raté cet amant merveilleux. Insensiblement, nous nous sommes éloignés l’un de l’autre. Je ne me rendais pas compte de ce qui se passait. J’avais de la tendresse, de l’estime pour José. Le ciel a comme éclaté en moi quand je l’ai aperçu, un beau jour, tenant par la main un type que je connaissais pour m’être à de nombreuses reprises fait draguer par lui, que je tenais pour un foutriquet sans intérêt. Ils avaient l’air heureux, ils souriaient dans la lumière d’une fin d’après-midi ensoleillée. Des témoins ont parlé d’un forcené qui se serait jeté sur deux jeunes gens. L’un, le crâne fracassé contre le pare-brise d’une voiture, l’autre la gorge traversée par un archet. Moi, je titubais non loin, un orage intolérable dans la tête.

Bob, Jamel, Claudio, Jan, Abdou, beaucoup d’autres silhouettes sont passées près de moi depuis lors, croisées dans une bruine de désir et de désordre. Au fil du temps, cette beauté enfantine qui plaisait tant aux hommes, je l’ai perdue. Ne pratiquant aucun sport, et me trouvant de plus en plus souvent avec mes exigences libidinales sur les bras, je me suis mis à manger, manger, manger. Je me suis pris de passion pour le chocolat, la crème glacée, le cassoulet au confit de canard en boîte (grand format), les sauces lourdes, les fristouilles noyées dans l’huile. A me voir, vous n’imagineriez pas le bel adolescent que je fus. Je trimballe aujourd’hui un ventre rebondi et flasque partout devant moi, je souffle quand je me penche pour faire mes lacets, j’écrase mes voisins sur les banquettes de tram. Émergeant souvent au milieu de la nuit d’une somnolence cauchemardeuse, je me précipite sur la boîte de biscuits chocolatés que j’ai pris soin de poser sur ma table de chevet. De telle sorte que le matin, je souffre invariablement d’acidités stomacales. Voilà ma vie. Mais ce n’est pas tout. On peut vieillir, même mal, cela ne serait rien. Si, à l’intérieur, le désir amoureux, l’ardeur sexuelle, l’appétence pour les hommes beaux se fussent éteints en même temps. Mais ils sont là. Intacts, cristallins comme un diamant brut.

Il m’arrive de me regarder pendant de longues minutes dans mon miroir. Je suis secoué par une envie irréfragable de me projeter le visage dans la glace. D’où me vient cette pulsion ? Mystère. Ca dure un moment, puis ça passe. La vie continue, je fredonne un air entendu à la radio, dans la cuisine où je me prépare en souriant un énorme sandwich aux œufs et au lard. Puis je sors. Je déambule en ville, effectuant des cercles concentriques qui aboutissent aux quelques rues où se rassemblent les dancings, les restaurants et les clubs homosexuels. Je lorgne les mecs qui sortent en riant des établissements, bras dessus bras dessous. Avec la morosité envieuse des enfants pauvres qui voient passer les enfants riches. Il y a là l’officine d’un photographe, à la vitrine de quoi se trouve un miroir qui va du sol au plafond. Je me regarde encore, ce visage bouffi, ces cheveux cassés, ce corps affaissé, difforme, fatigué. A nouveau, une pulsion me prend, ma tête s’avance brusquement vers la vitre, en un coup de boule esquissé. Mes bras s’écartent, j’ouvre les mains, dans une attitude menaçante. Sans savoir qui je menace. Je m’éloigne d’un pas traînant, sifflotant, comme un papillon attiré par une autre fleur.
-Vous ne vous souvenez de rien d’autre ?
-Non, monsieur Taharoui, de rien d’autre. Vous ne finissez pas votre assiette ?
-Allez-y.
-Je ne voudrais pas abuser.
-Et vous cherchez quoi ?
-Quelqu’un me suit, me guette, m’espionne. Voyez-vous, là où je suis sûr qu’il s’agit d’une créature maléfique, c’est qu’à chaque fois, sa présence proche déclenche en moi ces migraines, ce brouillard, cette douleur infernale. Il traîne autour de moi comme une hyène qui attend que sa proie soit tout à fait morte. Aidez-moi. Trouvez cette force malfaisante. Je paie bien.

L’homme enfonça une main boudinée dans la poche intérieure de son veston. Il en sortit une enveloppe de papier kraft apparemment bien rembourrée. Le privé l’entrouvrit et aperçut une liasse de billets de deux cents euros. C’est alors qu’il remarqua les bagues qui ornaient les doigts de l’homme. La gourmette massive. L’épingle de cravate rehaussée d’une pierre. Le tissu et la coupe du costume, qui avait dû coûter bonbon. Tout, sur sa personne puait le fric et l’aisance. Le gros homme lui-même puait, littéralement, l’angoisse et l’épuisement. Ses yeux bleus brillaient intensément comme des billes d’acier dans une motte de beurre.
-Je me demande parfois si ce corps qui a enflé autour de moi n’est pas une cuirasse contre le monde et l’amour. Mais je suis pris au piège. Quelque chose qui vient du plus profond de moi me dit mange, mange, prends ce biscuit, remplis ton assiette, avale ce verre de liqueur, pour calmer l’incendie. Parce qu’il y a un incendie, monsieur Taharoui. Formidable, gigantesque, que rien ne peut éteindre. Ce sont des flammes qui consument, rongent, dévorent. Et parce qu’il me faut manger pour les contenir un peu, je traîne ce corps comme une prison, une boue, au cœur de quoi mon âme étouffe. Vous comprenez ? Quelques fois je pense que seul l’amour pourrait me guérir de cet enfer. L’amour d’un homme beau et bon. Mais comment susciter un tel amour avec ce corps répugnant ? Comment saisir l’amour quand on se hait soi-même ?
-L’amour n’est pas toujours une question de beauté extérieure…
-Je ne suis pas venu vous voir, monsieur Taharoui, pour vous entendre débiter des niaiseries sur la beauté du cœur.
-Pourquoi ne pas suivre un régime ?
-La question est plaisante, en vérité, de la part d’une personne qui n’entretient pas le rapport diabolique avec la nourriture que nous, gens obèses, boursouflés, boulimiques, subissons comme une malédiction.
-Mais avez-vous essayé ?
-N’était l’ignorance crasse que je subodore dans ce dernier propos, vous friseriez l’insolence.
-Je ne voulais pas vous froisser.
-C’est ce que je dis. J’ai, monsieur, tenté tout ce qui est humainement imaginable en la matière. J’ai préparé des hectolitres de soupe au chou, que j’ai ingurgités pendant des semaines, des mois. Réalisez-vous ce que je vous dis ? Des mois, des mois pendant lesquels vous ne pouvez sentir, goûter et espérer que de la soupe au chou. Et encore ! Sans sel, sans pommes de terre, sans la moindre molécule de viande parfumée. Un jour, j’ai ouvert la fenêtre, propulsé une marmite pleine de cette lavasse immonde dans la rue. Une femme âgée, qui sortait de chez elle pour acheter du pain et un merveilleux chez le boulanger du coin, a failli en mourir, le crâne défoncé. Je me sentais mieux. Je me suis remis à manger comme avant, plus qu’avant, avec une frénésie nouvelle, un sentiment d’amère volupté. Je sortais en ville de temps en temps. J’en revenais au petit matin tremblant, la tête serrée dans un étau, un voile rouge sur les yeux. Et je mangeais, je bâfrais. Pour me venger de tous les hommes que j’avais croisés, admirés, désirés, et qui ne m’avaient même pas accordé un regard distrait.

Comme une portion de gelée dans un tremblement de terre, le visage de l’homme frémit et flageole avec l’émotion, que trahit aussi la rougeur foncée qui lui monte aux joues.
-Il m’arrive de me dire que c’est un complot. Que les gens comme moi sont victimes d’une immense machination ourdie par les gens comme eux.
-Eux ?
-Ces bellâtres, qui se déplacent comme des danseurs professionnels, avec leurs jambes longues, leurs bras légers, leur ventre dur. Qui cueillent l’amour sans effort. Qui évoluent depuis toujours dans cet univers de plaisir et de langueur dont je suis exclu. Ils peuplent les boîtes de nuit, à me côtoyer dans la pénombre, me frôler sans me toucher, me tourner le dos, renversant la tête en riant, me repoussant dans un coin, à un endroit de passage où sans cesse ils m’obligent à me tasser contre le mur. L’un d’eux se retourne vers moi, esquisse un sourire, je tressaille, et me demande du feu. C’est mon briquet qu’il regarde, à qui il sourit. Ils sont partout, qui me narguent, me tentent, me torturent. Je sais que l’autre leur ressemble.
-L’autre ?
-Vous écoutez ce que je dis ? Celui qui m’espionne, cherche à m’anéantir depuis des années. Je crois parfois le reconnaître, l’épie pendant des heures, dans la lumière saccadée de la piste de danse, la fumée du bar, jusqu’à la chiotte, à la rue. Et puis, je ne sais pas. J’ai ces migraines. Épouvantables. Qui durent des jours entiers. Qu’en dites-vous ?
-…On va fermer. Le serveur passe déjà la serpillière dans le fond du bar. Le barman lance des regards exaspérés vers les deux hommes qui, penchés, chuchotent sans fin. Et sans reprendre de consommations. Quelqu’un a ouvert la porte qui donne sur le boulevard. Une aube pâle déchire timidement la soie bleue de la nuit. Brahim Taharoui, ex-inspecteur de la PJ de Bruxelles reconverti dans la traque aux maris inconstants, privé un peu miteux que ses clients ennuient, baille un grand coup et fait passer sa cigarette d’une main dans l’autre, ébauchant un geste vers son verre vide. Son esprit voudrait fuir cet endroit, cette conversation absurde, cet homme inquiétant. Il voudrait se lever, foutre le camp, sortir pour respirer l’air du matin. Mais il y a l’enveloppe, sur la table, qui baille et laisse deviner la couleur gaie de quelques mois de vie facile. L’autre, dont l’excitation diminue avec la fin progressive du flux des paroles et des explications, réagit comme une coulée de métal en fusion soustraite à la chaleur du four. Il se refroidit, s’immobilise, durcit. Et pour la première fois, il regarde celui en qui il ne voyait jusqu’ici qu’un réceptacle pour ses confidences, une fonction, peut-être un espoir, quelque chose d’abstrait. Il réalise que c’est un homme. Il scrute ce visage, découvre qu’il est ovale, étroit, plutôt plaisant, avec ces joues légèrement bleutées par la barbe naissante qui souligne délicatement le creux sous les pommettes, ces lèvres brunes joliment dessinées, ces yeux allongés, noirs, sertis de cils fournis. Un homme, un bel homme, comme les autres, comme eux. Alarmé, il se demande pourquoi l’autre ne le regarde plus, se tait, semble mûrir quelque réflexion mystérieuse, incompréhensible, peut-être hostile, derrière ce visage séduisant et fermé. Des idées commencent à luire dans le fond de sa nuit. A clignoter, scintiller, bruire, dans le fond noir de sa pensée. Que sont devenus chacun des mots qu’il a arrachés de sa chair pour le donner à cet homme, comme une branche frémissante de son âme ? N’ont-ils pas été disséqués, piétinés par amusement, moquerie, cruauté ? Et cet homme, là, devant lui, que sa souffrance ennuie clairement, insupportablement, n’est-ce pas un de ces fats qui jouissent de leur bonheur d’être si beaux, si jeunes, si sûrs d’eux, se repaissant de ses doutes et de son malheur ? Soudain, il se fait comme un déchirement. C’est lui, lui, l’autre. Celui qui se nourrit de son désespoir, guette impitoyablement le moment où il va tomber, s’écorcher, saigner, perdre la tête. Le bourdonnement, d’abord infime, qui gonfle dans son cœur, dans sa tête, devient un grondement sourd. Son regard qui se brouille, la douleur rouge qui enflamme ses pensées. Ses traits se liquéfient, littéralement tordus par la fureur et la haine.

Brahim, qui a eu le temps, de justesse, d’esquiver la lame, abat le tranchant de sa main sur la nuque de l’homme. C’est un cri qui l’a tiré de sa rêverie. Un vagissement de bête blessée. Et le visage du type, injecté de sang, que la colère travaille au point d’en estomper les replis, laissant apparaître une ardeur, l’expression d’une jeunesse inaltérée, farouche, féroce, qui dût être flamboyante. L’homme s’est effondré sur la table, assommé. Son visage de bœuf inexpressif désormais. Personne ne s’est aperçu de rien, dans le vacarme assourdissant des tables qu’on traîne et du camion poubelle qui passe. Brahim s’est rejeté en arrière, repoussant sa chaise. Il arrondit les yeux. La frayeur passée, son esprit repart déjà dans les nimbes laiteuses d’une errance engourdie. Son regard presque vide s’arrête sur l’enveloppe. Il se frotte le menton. Semble réfléchir. Fronce les sourcils. Cela dure. Dans la clarté éclatante du matin. Le brouhaha de la ville qui s’ébroue. Sa main s’empare de l’enveloppe et la fourre dans une poche. Il soupire profondément. Avant d’aller aux chiottes s’asperger la figure d’eau fraîche.

Après tout, il l’a débusqué, ce démon, cet ennemi sans visage que son client cherchait.

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