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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Pour circuler librement en Afrique

Les indignés par GL, le 10 août 2017

Nous vivons une rupture historique qui concerne le peuplement de la planète. Elle se traduit dans les évolutions sociales, écologiques, démocratiques et géopolitiques. L’évolution des migrations s’inscrit dans la phase de la mondialisation capitaliste, celle de la financiarisation et du néolibéralisme. Elle en révèle les contradictions : l’explosion des inégalités avec les migrations économiques ; les limites de l’écosystème planétaire avec les migrations environnementales ; les déséquilibres géopolitiques avec les guerres et les migrations de réfugiés ; les idéologies racistes et sécuritaires avec le rejet des migrants.

Dans ces temps moroses, les contradictions restent présentes et les mobilisations répondent à la montée des dangers. Les idéologies mortifères occupent le terrain et les premières pages des médias. Les racismes, les xénophobies, les discriminations, les idéologies sécuritaires ont le vent en poupe ; elles convergent dans la haine des migrants et des étrangers. Elles sont d’autant plus violentes qu’elles se heurtent à de fortes résistances. Les manifestations de solidarité s’expriment dans toutes les sociétés. Elles s’opposent aux manifestations de rejet manipulées par des discours hystériques. Elles s’opposent aussi à la montée des ordres sécuritaires par des pouvoirs qui les utilisent comme des dérivatifs par rapport aux régressions sociales et démocratiques. Elles sont confrontées à la criminalisation des migrants, des mouvements sociaux et citoyens et des actes de solidarité.

Les mobilisations sont porteuses du refus de cette évolution et d’une alternative. L’alternative, c’est celle de l’accès aux droits pour toutes et tous et de l’égalité des droits ; c’est dans ce cadre que s’inscrivent les droits des migrants et de leurs familles. L’alternative, c’est celle du droit international qu’il faut faire progresser et protéger des offensives de la subordination au droit des affaires et des multinationales. L’avancée serait celle de la reconnaissance du droit à la liberté de circulation et d’installation ; à la complémentarité entre le droit de vivre et travailler au pays et le droit à la libre circulation ; le droit à une protection sociale universelle opposée au libre-échangisme et au dumping social, fiscal et environnemental.

L’affirmation du droit à la liberté de circulation n’est pas un tabou, contrairement à ce que prétendent certains « faiseurs d’opinion ». Nous en trouvons la confirmation dans la campagne pour la libre circulation en Afrique lancée par des associations de défense des droits humains africaines, coordonnée par l’Observatoire Ouest Africain des Migrations et par Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA) qui représente toutes les collectivités locales africaines. La liberté de circulation est très peu reconnue en Afrique, seule la CDEAO accepte la liberté de circulation et d’installation en Afrique de l’Ouest, et la SADEC, accepte la liberté de circulation en Afrique de l’Est.

Cette campagne est une illustration de l’intérêt d’une alliance stratégique entre les collectivités locales et les mouvements sociaux et citoyens. Elle a pour but d’aider à l’adoption d’un protocole sur la libre circulation des personnes sur le continent lors du prochain sommet des Chefs d’Etat de l’Union Africaine (UA). Cette campagne est un soutien, alors que de nombreux Etats africains ont exprimé leurs réticences, à la résolution adoptée par les chefs des États lors de la réunion de l'Union africaine à Kigali en juillet 2016 qui demande à l'UA de : « Mettre en place une feuille de route pour l'élaboration d'un Protocole sur la libre circulation des personnes en Afrique d'ici janvier 2018, qui devrait entrer en vigueur immédiatement dans les États membres lors de son adoption. » (Décision de la 27ème   Assemblée des Chefs d’Etat de l’Union Africaine.)

Cette prise de position de l’Union Africaine pour la libre circulation peut avoir son importance dans les débats aux Nations Unies sur le Pacte mondial sur les migrations énoncera une série de principes et d'engagements des États en matière de migration. Les négociations entre les Etats menant à l’adoption du « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » s’étendront de février 2018 à Juillet 2018. Les associations africaines et les institutions nationales des droits de l’homme en Afrique, réunies en séminaire le 7 mai 2017 à Niamey, ont rappelé l’importance de cette échéance et appelé à se manifester.

Gustave Massiah

26 juillet 2017

http://www.obsmigration.org/fr/presentation/

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