semaine 50

Stop aux déportations de demandeurs d’asile afghans

Les indignés par GL, le 26 novembre 2018

Photo© Jean-Frédéric Hanssens

Deux jeunes Afghans vont être déportés par la Belgique à Kaboul, le premier dès ce lundi 26 novembre, le second dans la semaine. Kaboul, ville sûre aux yeux de l’Office des étrangers. Kaboul, ville non sûre comme le démontrent les attentats quotidiens qui s’y produisent.

Indignée, la Gantoise Tania Van Acker a écrit une lettre ouverte à notre gouvernement.
Merci de la lire.

Lettre ouverte à Charles Michel, Premier ministre, et à Theo Francken, secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations: arrêtez de renvoyer, implicitement ou non, les demandeurs d'asile afghans en Afghanistan.

Comme tant de mères belges, de tutrices, de militantes et de soutiens aux demandeurs d'asile afghans en Belgique, je suis très préoccupée par le rapatriement de 2 jeunes Afghans prévu dans les prochains jours. J’aimerais partager avec vous les raisons de ma / notre préoccupation, étant donné le danger que ces garçons vulnérables courent là-bas à leur retour.

Monsieur Michel, Monsieur Francken, je sais que vous avez reçu des informations sur la situation en matière de sécurité en Afghanistan et souvent l’avis que le retour en Afghanistan est sûr. Malheureusement, la réalité est toute différente. Le gouvernement afghan n’est pas en mesure d’assurer la sécurité de ses millions d'habitants et ne peut donc garantir la sécurité de ceux qui attendent d’y être expulsés. Le gouvernement perd quotidiennement du terrain au profit des talibans et de l'Etat islamique, il suffit de se référer au récent rapport de l'Inspecteur général spécial pour la reconstruction de l'Afghanistan (SIGAR). « Le gouvernement afghan ne contrôle actuellement que 55,5% des districts du pays, ce qui constitue le niveau le plus bas enregistré depuis que SIGAR a commencé à surveiller le contrôle de district en novembre 2015 ". Un exemple récent de la détérioration de la situation en matière de sécurité est l’attaque perpétrée tout récemment par les talibans dans le district de Ghazni, région peuplée de Hazaras, qui était sûr depuis la chute du régime taliban en 2001. Kaboul-Ouest, partie de la capitale peuplée de Hazaras, est maintenant aussi la première cible d'attaques, principalement revendiquées par l’ISIS. Compte tenu du nombre d'attaques meurtrières récentes, il n'est pas réaliste de proposer Kaboul comme lieu de retour sûr.

M. Abdul Ghafoor de l'organisation A.M.A.S.O (Afghanistan Migrants Advice & Support Organisation) a suivi des centaines de demandeurs d'asile renvoyés de force au cours des cinq dernières années. Il a constaté que les craintes du peuple afghan sont plus grandes que jamais. Celui qui revient se trouve face à une montagne insurmontable. A la peur d'être victime de l'une des nombreuses attaques s’ajoutent l’inaccessibilité d’un réseau social et économique et un État sur lequel il ne peut pas compter. Quelle que soit la manière dont ils souhaitent se réintégrer, la situation dans le pays est telle qu'ils ne voient aucune chance de survie. Leur seule option est de ré-émigrer, de faire à nouveau ce voyage dangereux. Ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir le faire finissent par devenir toxicomanes, soient forcés de rejoindre les milices ou de perdre la vie. Les jeunes hommes qui attendent maintenant leur déportation sont Hazaras, sans réseau social ou économique (les Hazaras constituent un groupe ethnique minoritaire de 9% en Afghanistan, qui souffre énormément de persécution, notamment parce qu'ils sont chiites, contrairement au reste de la population sunnite).

Notre pays est un pays respectueux des valeurs et des règles, où beaucoup attachent une importance capitale à la solidarité, aux droits de l’homme et à l’entraide. Les Afghans sont les réfugiés les plus marginalisés au monde. Leurs dirigeants échouent, ne les protègent pas et ne défendent pas leurs droits. Il est temps que notre gouvernement et l'Europe reconnaissent la réalité sur le terrain et reconnaissent que l'Afghanistan n'est pas sûr. Il est maintenant temps que la Belgique cesse de renvoyer les Afghans vers le danger. On se souviendra de ce que nous avons fait avec un groupe de jeunes qui ne recherchaient que la sécurité et la protection.

Tania Van Acker

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