semaine 15

Dialogues sur le fil

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 05 mars 2021

Sous bois, une double composition textile d'Élise Peroi © Candice Athenais

De fil en aiguille est une expression qui suppose que les choses se succèdent d’une manière logique et un peu comme une voie royale vers l’ennui. Pourtant avec l’exposition « Fil », la Maison des arts de Schaerbeek nous amène d’intéressantes surprises en proposant une série de créations très variées. Neuf artistes bien typé.e.s, lesquels délaissant les moyens éprouvés, tels que le pinceau ou le crayon, se sont emparés de matériaux flexibles au profit d’objets plastiques nouveaux et plutôt malléables, mais dans le droit chemin de traditions anciennes. 

La brochure de présentation de l’exposition  bien nourrie et agréablement rédigée par Mélanie Coisnes, nous renseigne sur le tissage, sur l’idée d’artisanat, sur la tapisserie et en général sur le terme « textile », qui semble être la source de toutes les déclinaisons « fil », logées dans les différentes pièces de cette Maison des Arts, dont les premiers propriétaires furent des drapiers. 

Les neufs artistes occupant chacun.e une pièce de la villa XIXe joliment restaurée et agrémentée d’un petit parc, proposent des compositions qui sont censées être en harmonie avec l’espace qui leur a été attribué. Si l’on se documente sur le site de la Maison des Arts, on y trouve des capsules vidéo où chacun présente l’esprit de son travail, essaye d’en expliquer le pourquoi et le comment, parfois de façon assez nébuleuse. 

Pour commencer la visite viennent deux et assez volumineuses installations de la japonaise Chiharu Shiota qui sont placées dans la pénombre de la salle à manger. Intitulées State of Being, ce sont des parallélipipèdes formés par un réseau de ficelles noires composant une sorte de grande et impénétrable toile d’araignée qui retient prisonnières des lettres dorées ou un kimono. Effet intriguant, mystérieux. Autre installation intéressante et particulièrement séduisante, est  Les Sous-Bois  d’Elise Peroi. Logés dans le Grand Salon donnant sur le jardin, deux sortes de métiers à tisser supportent des tapisseries volontairement inachevées, qui se font écho dans un jeu de transparence, de tons délicats, de matières variées, comme le fil, la soie ou le lin, le tout formant un doux paysage imaginaire enveloppant l’esprit d’images paisibles. Un moment de grâce très appréciable en ces temps ensorcelés. Plus loin Erwan Maheo et ses draperies recto verso montées sur des supports amovibles, ponctuent l’espace de la grande bibliothèque.  

Deux autres rencontres interpellantes sont signées par Maren Dubnick et Alice Leens. D’une part, Maren Dubnick semble avoir réinventé le principe du fuseau, à savoir des enveloppements de fils sur des supports de différentes tailles, de l’épingle de sûreté, au crochet, aux bâtons de golf, etc. D’autre part, Alice Leens - designer textile - expose ici quelques pièces en cordes plus ou moins tressées et que l’on peut considérer comme monumentales en regard de l’ensemble des oeuvres proposées cette fois dans la Maison des Arts. Enfin, les réalisations de José Maria Sicilia, Hélène de Gottal, et de Mireille Asia Nyembo complètent cette exposition fort bien balancée. 

Notons encore qu’une série de visites guidées et d’ateliers créatifs avec public cible jalonnent la durée de l’exposition.


Fil : Maison des Arts, Schaerbeek, 1030 Schaerbeek. Jusqu’au 25 avril 2021. Sur réservation. www.lamaisondesarts.be

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