semaine 28

Mappa Mundi, l’échappée artistique

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 29 mai 2020

Mappa 2 revisite l'univers de Walt Disney. Nelson Leirner 2009 ©L.VdW

Après ces temps de disette, la culture se réinstalle petit à petit dans le monde réel et la visite de l’exposition « Mappa Mundi » fut un moment de plaisir, sentiment  indirectement partagé avec les 35 personnes autorisées à circuler en même temps à la Villa Empain à Bruxelles. 

À peine ouverte, cette exposition devait fermer ses portes pour deux mois. Moyennant un peu d’organisation, chacun peut  à présent y aérer son esprit passablement alourdi par l’obsession Covid 19.  Fugue combien délectable,  « Mappa Mundi » n’est pas à proprement dire une invitation au voyage, mais plutôt un moyen de faire reculer les murs grâce aux projections imaginaires des invités. 

La représentation du monde fut d’abord l’affaire des géographes. Du reste, une petite salle est réservée à l’évolution des cartes du monde à travers les siècles. A ces images très approximatives, répondent celles délibérément fantaisistes, inspirées, poétiques des artistes contemporains venus partager avec nous leur très subjective vision du monde. 

D’entrée, je fus fascinée par une vidéo à laquelle, me semble-t-il, peu de visiteurs-ses ont vraiment prêté attention. « Terra Incognita », est une parodie des discours scientifiques que l’on peut tenir face à, pour cette fois, une ancienne carte géographique. Sauf que la carte n’existe pas et qu’on ne voit qu’un mur blanc. Alors, Éric Duyckaerts montre de la main les zones au sujet desquelles il fait ses commentaires, un peu comme on le fait à la météo télévisée. Ce pont absolument absurde entre la science et l’art est, de mon point de vue, drôlissime.  La suite de la visite qui se fait selon des itinéraires balisés, nous entraîne à la découverte d’autres créations des plus étonnantes et venues du monde entier. C’est que « Mappa Mundi », se lit dans tous les sens. 

Très technologique ou au contraire très artisanal, ce Mapping d’un nouveau genre est traité par une trentaine de plasticiens. Des continents surgissent d’une composition au noir de fumée  de Mircea Cantor ;  un globe terrestre est métamorphosé en cube posé une pointe, une vue de Rudy Mantofani. Alghiero-Boett propose une planisphère tissée de drapeaux tandis qu’une installation de Wim Delvoye  nous introduit dans chambre entièrement tapissée d’une carte routière dont tous les noms de villes et de lieux sont complètement inventés.  Il y a  encore l’extravagante mappemonde de Nelson Lierner et un mobile en plexiglas de Mona Hanou  lequel est suspendu dans le hall principal et qui montre les continents dans leurs proportions véritables. 

Oubliés, décentrés, dispersés, interprétés, les pays et les continents sont donc personnalisés selon la logique intime des plasticiens, pointant d’une réalisation à l’autre, un rapport particulier, par exemple à l’écologie, aux conflits, à la société d’aujourd’hui. Une mise à plat du monde toute en utopies, bien davantage côté rêve que réalité. 

Mappa Mundi : Fondation Boghossian - Villa Empain, avenue Franklin Roosevelt, 67, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 4 octobre 2020de 11h à 18 h. Uniquement sur réservation.  Tél. : +32 2627 52 30,  ou  info@boghossianfoundation.be  et http://www.villaempain.com

 

 

 

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