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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

In Memoriam Roger Valentin

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 28 avril 2018

Anges musiciens, détail du Polyptyque Crespi – Marco d’Oggiono (v.1470-v.1530)

Qui se souvient de Roger Valentin, ce musicien liégeois dont on déplore la mort dans le plus grand anonymat il y a 10 ans jour pour jour, soit le 28 avril 2008 ? 

Lancé sur les traces du Britannique Julian Bream, ce brillant guitariste devait dès la fin des années soixante, se consacrer à la découverte du luth et de son répertoire. Dans la sphère « Musique ancienne », il n’y avait à l’époque en Belgique qu’une poignée de musiciens, comme les frères Kuijken (viole de gambe), Charles Koenig (clavecin), René Jacobs (chant), artistes avec lesquels il a partagé la scène. Toutefois, Roger Valentin devait se tourner vers le récital avec des programmes sans concession où il proposait des pièces que, selon l’époque et le compositeur, il interprétait sur le luth renaissance, sur la vihuela da mano (instrument renaissance espagnole) et sur luth baroque. Prestations – aujourd’hui on dirait « performances » , unanimement saluées autant en Belgique qu’à l’étranger pour leur originalité et leur excellence. Car oui, Roger Valentin ne visait que l’excellence, assortissant virtuosité et recherche musicologique avec un respect total de la partition. Certains se souviennent sans doute de sa manière de faire évoluer un phrasé et de conduire une polyphonie dans toutes ses subtilités. 

Tout à sa passion, à son engagement artistique, Roger Valentin ne s’est pas occupé des coteries. Plutôt poète que stratège, ennemi de la médiocrité – ce qui lui valu des antipathies -  il s’est vu petit à petit écarté par ceux qui furent rebutés par son non-conformisme. Car dans le secteur de la musique dite « classique », auquel Roger Valentin était de fait relié, la ferveur et le talent ne suffisent pas pour tracer une belle carrière. La sortie de route s’est avérée dramatique. 

Pourtant, pour lui, ce fut une entrée en fanfare. D’abord autodidacte puis étudiant chez les maîtres Alirio Diaz et Alexandre Lagoya, Roger Valentin (1944-2008) enleva d’emblée son Premier Prix de guitare en 1967 au Conservatoire Royal de Liège alors que la classe de guitare venait de s’ouvrir un an plut tôt. Concertiste apprécié, il fut également professeur de guitare et de luth, et prodigua aussi ses connaissances via des ateliers et séminaires de musique ancienne. Dans cette logique, on peut de demander quel chemin a pris sa collection d’instruments de musique et les innombrables partitions et tablatures en facsimile qui composaient sa bibliothèque. Tout cela n’aurait-il pas dû atterrir dans un fond public ? 

Quelles sont les traces laissées par Roger Valentin ?  En principe on peut encore trouver un LP Alpha DB 198 intitulé Luth Médiéval, Luth Renaissance et Vihuela da Mano. Sauf si la RTBF en a fait un classement vertical, il devrait survivre des enregistrements radio et télévisé. Peut être Roger Valentin existe-t-il encore dans la mémoire de certains qu’il a croisé, dans l’esprit de simples aficionados de l’époque ou de quelques musiciens – parfois très connus - qui lui sont redevables, sans nécessairement l’avouer. Lors de son décès il y a dix ans, un seul hommage lui fut rendu par Philippe Lemaigre, dans une publication de la l’Académie belge de luth. Voir http://www.lute-academy.be/CMSimple/downloads/Geluit44.pdf. Un trait était alors tiré sur Roger Valentin. Puisse ce grand interprète et virtuose tourmenté avoir trouvé du réconfort parmi les anges musiciens dont il admirait tellement l’iconographie. 

 

 

 

 

 

Commentaires

Portrait de Jean-Pierre Froidebise
Roger Valentin m' a marqué à vie... lorsqu' il fréquentait ma soeur Anne fin des années 60, il me fit découvrir le luth et sa musique au moyen des instruments qu' il emportait toujours avec lui... Je ne sais par quel hasard je suis devenu guitariste de rock et en ai fait ma profession, sans doute y est-il pour quelque chose. Mais là où ça devient fascinant, c'est qu' en fin de parcours, Roger s' était fort intéressé à la guitare électrique et au blues texan ( je le taquinais d' ailleurs volontiers à ce sujet! ) et qu' actuellement, après avoir passé ma vie à faire vrombir des amplis, je m' initie depuis peu à la musique baroque pour luth que je joue sur un prototype électrique construit par le luthier Jérôme Nahon... nous avons donc parcouru le même chemin... mais exactement en sens inverse !
Portrait de Lucie Van de Walle
Oui, c'est étonnant ces parcours croisés !

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