semaine 43

Voyage en banlieue

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 08 juillet 2020

Façade principale de la Maison Longue des Hurons-Wendat - Québec Photo © L.VdWalle

La croquignolette façade d'une des maisons historiques du "Trait-Carré" - Charlesbourg- Québec Photo © L.VdWalle 

Il est d’actualité d’évoquer les charmes et les mérites des vacances en  Belgique et nous avons parfois négligé de nous intéresser à notre patrimoine souvent au profit de régions d’une nature plus colorée et d’une météo plus ensoleillée que celle que l’on trouve d’ordinaire sous nos cieux. 

Pourtant ma fantaisie m’a poussée, pour cette fois, à délaisser les appâts notamment culturels de nos contrées pour une évasion retrospective au… Québec. Depuis ce voyage l’été dernier, j’ai cherché en vain une occasion d’évoquer deux lieux qui se trouvent dans la grande banlieue de la ville de Québec. Aucune occasion ne fut bonne et c’est finalement « à froid » que  j’écris quelques lignes au sujet de Wendake et de Charlesbourg, deux arrondissements voisins mais, pour le moins, contrastés. 

En premier, il y a Wendake qui est une réserve amérindienne du Québec. C’est le chef-lieu de la nation Huronne-Wendat - Première Nation amérindienne -  et de son territoire coutumier. Comptant 1600 citoyens résidant sur un espace de 1 km2, celui-ci est administré par un Grand chef élu au suffrage universel, assisté de six autres chefs et d’un Conseil des Sages. Bien sûr, d’autres Hurons-Wendat vivent en dehors de cette réserve particulièrement exigüe. 

Les plus curieux peuvent facilement se renseigner au sujet de ce micro-territoire bien structuré avec son organisation de logements, d’offres d’emploi, ou de loisirs qui vont de la chasse annuelle à l’orignal à l’utilisation du terrain de planche à roulettes. L’histoire nous dit que jusqu’au XVIIème siècle, les Hurons-Wendat occupaient l’estuaire et la vallée du Saint-Laurent - « La Grande Rivière », jusqu’à la région des Grands Lacs. Décimés par les épidémies ; victimes de guerres avec les Iroquois, avec les Français ou les Anglais, ceux qui restaient des Hurons -Wendat  après démembrement des familles - soit trois cent personnes - se trouvèrent dès l’an1697 définitivement confinés dans une localité qui s’appelle aujourd’hui Wendake.

Actuellement cette « Réserve » ressemble à un fort ordinaire quartier de banlieue analogue aux autres quartiers aisés de la ville de Québec, avec des habitations modernes entretenues et des SUV en stationnement à front de rue. Wendake s’enorgueillit d’un musée très moderne - assorti d’un hôtel qui devrait sous peu être jumelé avec un casino -  destiné à la mise en valeur du patrimoine culturel de cette Nation qui ne manque pas du sens des affaires. On trouve un peu d’authenticité - et davantage de touristes - dans la Maison Longue, composée d’une pièce unique qu’occupaient les membres du clan matrilinéaire. Il y a aussi des annexes - soit un fumoir et une hutte de sudation - qui donnent une idée plus concrète du mode de vie traditionnel de cette communauté. 

Tant bien que mal, les Hurrons-Wendat manifestement fiers de leur culture, tentent de la faire vivre et de transmettre leurs coutumes. Ce qui ne va pas sans beaucoup de compromis. 

Charlesbourg est l’arrondissement voisin de Wendake. Son fameux « Trait - Carré » fut une des premières seigneuries de la Nouvelle France et fut concédée aux Jésuites en 1626. Ce « Trait - carré » qui, vu les attaques des Iroquois, visait à réunir des colons dans un périmètre de sécurité, donna naissance à un bourg loti sur un plan en rayon de cercle et dont les parcelles de terre en triangle isocèle irradiaient vers l’extérieur. Pieusement préservé en l’état, ce quartier historique compte toujours un grand nombre d’habitations originales dont la majorité sont occupées. Il ne s’agit donc pas d’une ville musée. En musardant dans ce qui est un exemple unique en Amérique du Nord, on peut retracer l’évolution de l’habitat rural québécois à travers les différents styles architecturaux qu’on y rencontre. Cette visite fait le bonheur des mordus de géographie culturelle et de patrimoine architectural, lesquels ne doivent pas être si nombreux, vu, lors de mon passage en haute saison, l’absence totale de touristes. De ce tour en banlieue, il apparaît que les Amérindiens font bien davantage fonctionner l’imaginaire que les colons sous surveillance Jésuite. Mais les uns et les autres ont formé le terreau culturel de la Belle Province dont les frontières nous sont actuellement fermées.


En savoir un peu plus: 

https://www.huron-wendat.qc.ca

https://tolkien2008.wordpress.com/2010/03/21/le-trait-carre-de-charlesbourg/

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