semaine 09

Bientôt sur vos écrans, le retour des subprimes

Pasta par Michel Noirret, le 04 décembre 2020

©Wich

Le capitalisme ne veut que notre bonheur, rien d’autre, arrêtez un peu de râler !

Surtout le capitalisme phynancier (pour parler comme le Père Ubu) qui ne produit rien, sinon du pognon pour ceux qui en ont déjà, contrairement au capitalisme industriel, même agricole, qui, lui, produit des biens à tout va, au point d’étouffer la planète sous ses immondices, plus variés et inventifs les uns que les autres. Ce qui ne veut pas dire qu’il manque de fric. L’un et l’autre, d’ailleurs, ne voient aucun inconvénient à s’épauler mutuellement si la situation se présente.
C’est pas de la fraternité, ça ?
Dans mon quotidien préféré qui aurait pu s’appeler le Clairon des Prie-Dieu mais a choisi un titre plus patriotique et rassembleur, La Libre Belgique. Le 24/11/dernier a été donné à mon appétit d’information un débat entre Philippe Lambert, député écolo européen et Rodolphe de Pierpont, porte-coton de la Fédération Belge du Secteur financier.
Il y est question de « titrisation » (barbarisme qui pour une raison qui m’échappe n’est pas anglais, un oubli ?) autorisée par la Commission européenne pour, parait-il, « favoriser la reprise après la pandémie de Covid 19 ».
Il fallait s’y attendre, l’écolo clame que c’est une arnaque qui se sert du prétexte de la pandémie pour gaver encore plus ceux qui se retiennent de vomir parce que tant que ça rentre, ça fait ventre.
Et même pas un industriel qui songe qu’il y a là une mine de foie gras !
Faut dire que du foie gras de financhié, chai pas, mais rien qu’à l’idée j’ai comme un haut le cœur.
Le porte-flingue des friqués friquant, soutient que pas du tout, ça va redonner du nerf à l’économie qui va en avoir bien besoin, passé le Covid.
L’économie, c’est qui ? C’est quoi ? Vous, moi ? Un mythe ? on sait pas trop, en tous cas quand elle va bien pour la piétaille c’est qu’elle a une dégurgitation accidentelle dont nous profitons éhontément, à l’instar du cordonnier Pamphile qui, « près d’un couvent de filles a élu domicile et bien il s’en trouva, car la gent monastique jetait dans sa boutique des trognons et des chiques, restes de leurs repas… ». Je vous épargne la suite, vous la connaissez sans doute, reliquat de vos brillantes études à l’Université. Mais l’histoire ne finit pas très bien pour le cordonnier.
Qu’est-ce que la « titrisation » ?
« La titrisation est une technique financière qui consiste à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances, en les transformant, par le passage à travers une société ad hoc, en titres financiers émis sur le marché des capitaux". Wikipédia.
Pour lier la sauce, enrobez le tout de termes abscons sortis plus ou moins frais des écoles de commerce, laissez cuire à feu doux dans les allées du pouvoir et le Prix Nobel d’économie est à votre portée.
Sans être un spécialiste du tiroir-caisse, on ne peut s’empêcher de penser à l’affaire des « subprimes » qui a ruiné non pas les phynanciers, mais les phynances publiques des Etats qui se sont jetées, avec nos sous, au chevet de ces malheureux Harpagon qui s’étaient pris les doigts dans le couvercle de leur cassette.
Ça ne sera pas le cas cette fois, promis-juré, assure de Pierpont, car la transparence sera de rigueur ! Enfin, pas trop quand même, car les Rapetout détestent qu’on regarde leurs comptes par-dessus leur épaule. Ça mine leur créativité. Faut les comprendre. Leur porte-blabla, lui, est certain de leur honnêteté sans failles.
Ce qui fait tout le sel de ce plaidoyer en faveur de l’intégrité morale scrupuleuse de nos Baise-la-piastre (c’est du québécois) propres sur eux vus de l’extérieur, c’est la Une du journal dans lequel c’est publié :
« Des dizaines de milliers de sociétés détournent les aides Covid en Belgique ».
Comme monsieur Jourdain, ces sociétés font-elles déjà de la « titrisation » sans le savoir ?
Il me semblait aussi, bien qu’il s’agît d’une photo illustrant l’article, que le nez de ce de Pierpont s’allongeait au fur et à mesure qu’il déballait sa camelote. Dur métier; ça doit-être ruineux en chirurgie esthétique de se faire raccourcir le tarin après chaque discours.
Ça me rappelait en même temps une amusante histoire corse qui pourrait servir d’allégorie au baratin des banquiers en tout genre :
« Ajaccio Matin », rubrique faits-divers :
Monsieur Ange Napoléoni, dans son appartement au septième étage de la rue Bonaparte, nettoyait paisiblement sa tronçonneuse lorsque suite à un geste malencontreux l’engin se déclencha brutalement, coupant net les deux bras de son propriétaire. Sous le coup de la douleur le malheureux se défenestra et atterrit les deux pieds les premiers dans un bac de ciment frais oublié là par des ouvriers distraits. Le corps a été repêché au large de Bastia. La police n’exclut pas la thèse du suicide. »
La Commission européenne n’exclut pas la thèse de la philanthropie.
Que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.
Ramen.

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