semaine 44

Des boulons dans mon cacao, 2ème épisode

Pasta par Michel Noirret, le 02 juillet 2020

© WICH

Résumé de l’épisode précédent :

A part Israël, plus aucun pays ne se revendique du colonialisme.

Et voilà donc le monde enfin libéré, chaque personne de cette planète est tenue pour un§ citoyen§, bénéficie d’une vie digne de ce titre, libre de croire ce que lui raconte la pub, nanti de droits imprescriptibles, d’un niveau de vie sinon riche, du moins acceptable et surtout, surtout, est débarrassé de toute exploitation. Fraternité, Bienveillance et Solidarité sont les mamelles de l’universelle statue de l’Humanité. (Ça lui fait trois mamelles, mais quand on aime on ne compte pas)

Une déplorable erreur s’est glissée dans la mise en page de notre journal en ligne, il s’agit ci-dessus du synopsis d’une fiction qu’Entre Les Lignes projette de mettre en scène pour son vingt-cinquième anniversaire, si tout va bien. (Note de la rédaction)

La différence avec cette horrible période de l’histoire de l’humanité, le colonialisme, c’est qu’aujourd’hui les pays décolonisés sont toujours colonisés, mais à leur propre compte. La plupart du temps, à quelques exceptions près, la situation pour le Sapiens moyen habitant ces délicieuses contrées émancipées, aux paysages de rêve, est généralement devenue encore pire, dans divers domaines, que durant la colonisation extérieure.

Hé oui ! le capitalisme (même déguisé parfois en communisme ou en socialisme) dans quelque pays que ce soit, c’est toujours l’esprit de la pègre. Les autochtones colonisateurs sont tout aussi féroces, rapaces et intransigeants que les étrangers en ce qui concerne le remplissage de leurs poches et les délices du pouvoir qui va avec. Ils ne sont tenus qu’au minimum syndical d’efforts pour que ça ne se voie pas trop. Minimum reconnu par l’ONU, car on les y reçoit, eux et d’autres qui ne valent pas mieux.

Toutefois, curieusement, on peut constater, dans nos pays, que nombre de colonisés de l’intérieur essaient par tous les moyens de fuir ces pays pourtant, nous dit-on, libérés du joug colonial. Où vont-ils  se réfugier? 

Chez les anciens colonisateurs !

Ça ne manque pas de sel. Certains anciens colonisés dont beaucoup sont nés ici, n’ont pas encore eu les mains coupées, ont seulement entendu parler de la colonisation, et pourtant s’agitent jusqu’au sein de la citadelle du Libre Examen, l’ULB, pour vouer aux gémonies les suppôts du colonialisme que nous sommes tous, avec le délicieux sentiment d’en être encore des victimes.

Eh oui ! vous, moi, nous sommes d’anciens colonisateurs, il convient de nous punir. C’est comme ça. Nous nous sommes tous peu ou prou goinfrés des bénéfices de la colonisation.

Quand j’examine ma fortune honteusement bâtie sur l’infortune de mes semblables, je me dis qu’on a dû me niquer quelque part.

Histoire d’en savoir plus, j’ai sondé la généalogie de ma famille et ses environs proches.

Déception pour mon petit ange masochiste perso, aucun des miens n’est allé faire suer le burnous à qui que ce soit, où que ce soit; pas moyen de me sentir coupable et surtout pas à la place de ceux qui ont colonisé sans vergogne.

Pire ! mes ancêtres, même récents, ont, comme nombre de leurs semblables de même couche sociale, de génération en génération, trimé, pris des coups, ont été méprisés, bernés, punis, envoyés au bagne, fusillés, pendus, guillotinés pour s’être opposés à la colonisation capitaliste locale.

Depuis le XVIIe siècle, notamment en Angleterre, moteur de l’ère industrielle, les enfants, dès 5 ans s’exténuaient, s’estropiaient, se détruisaient dans les mines et autres lieux de notre fierté productiviste. On travaillait jusqu’à 15 heures par jour, sans aucune couverture sociale. On vivait dans des conditions d’hygiène qui n’avaient rien à envier aux favelas brésiliennes, la samba en moins. On ne traitait pas de bougnoules les colonisés d'ici, c’est vrai. Mais de classe dangereuse. Ca vous pose un homme. Comme s'appeler Lelièvre, ça vous pose un lapin.Vous croyez qu'ils en étaient reconnaissants ? Que dalle! des révoltes, des émeutes éclataient, réprimées par des forces de l’ordre colonial, encouragées par la « justice » et le pouvoir à ne pas lésiner sur les exactions. Les lois étaient faites par les colonisateurs, vous pensez bien qu’ils n’allaient pas se gêner. La Mafia aussi a des lois ! Non, mais qu’est-ce que vous croyez ? C’est pas l’Anarchie, la Maffia ! 

Et puis, petit à petit, et non sans l’une ou l’autre atrocité, de ci-de là, les choses ont évolué vers un mieux. Nos colons locaux se sont rendu-compte qu’on pouvait faire encore plus de pognon si on prêtait un caddie au colonisé, qu’on lui donnait la possibilité d’acheter une bagnole, voire un 4X4, d’aller en flot ininterrompu, l’été, saccager les sites les plus beaux de la planète, voyager en avion (longtemps privilège des nantis), choper le Covid sur un magnifique navire de croisière, comme les riches !

S’il peut faire grimper son taux de cholestérol en bouffant de la merde agricole industrielle, le colonisé atteint son rêve : vivre comme un colonisateur et, tel un veau, roter dans sa mangeoire. Si bien qu’on en vient à se demander si, finalement, le but de tout colonisé n’est pas de s’efforcer d’avoir l’illusion de vivre comme un colonisateur et se sentir abominablement frustré s’il n’y parvient pas. D’où, en France, par exemple, « Les indigènes de la République » et autres groupes  racisés( c'est moderne, "racisé"), alors que les races humaines n'existent que dans la tête des racistes.

Le vrai colonisateur, lui, ne vit pas d’illusion, mais d’espèces sonnantes et trébuchantes versées par le colonisé, même syndiqué, car on lui a donné le droit d’aménager sa colonisation. Modestement, tout de même.

Avez-vous remarqué que l§ citoyen§, dont nos aimables colonisateurs ne manquent pas de répéter avec des sanglots dans la voix s’il le faut, que le colonisé soit le pilier de la démocratie, que son bien être, sa liberté, sont leur souci constant, lorsqu’il passe la porte de son usine, de son administration, etc., n’est plus un§ citoyen§, mais un§ travailleu§, un§ employé§, voire un§ cadre. Il est alors soumis à des lois particulières, tandis que d’autres prérogatives lui sont retirées. Par exemple, si tous les cinq ans (ou plus, ou moins) on le convie, par le biais d’élections à manifester son opinion sur la gestion de l’Etat, il est comme vous le savez, hors de question de lui demander son avis sur la manière dont est géré son gagne-pain, sa boîte quoi ! Manquerait plus que ça !

Mais bon, j’ai dépassé les deux pages. Il me faudra un troisième épisode, intitulé :

« Faut-il exiger de la famille royale belge qu’elle paie des dommages et intérêts aux victimes de la colonisation du Congo par Léopold II qui s’est bien goinfré? (On se demande où est passée la monnaie) Non, car ça finirait à coup sûr dans les poches de l’un et l’autre mafieux au pouvoir dans ce pourtant charmant pays. Un peu chaud, tout de même. ».

Et ça ferait pleurer le roi. Il a déjà versé une larme sur le sujet, à la satisfaction générale.

Faire pleurer les rois, c’est mal, comme dirait Bernard Scholl, moraliste contemporain injustement méconnu.

Que le monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.

Ramen.

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