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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

... et les menteurs, mon cher Watson!

Pasta par Michel Noirret, le 09 février 2018

Le mensonge en politique! Avant d’aborder le boulot on se dit: «Waouh ! là, ya du pain sur la planche!»

Et puis, réfléchissant, ça peut arriver même aux meilleurs d’entre nous, on se rend-compte qu’on est devant une sorte de pléonasme, que la saga qu’on s’apprêtait à écrire va tourner en daube de lieux communs, de redites, d’histoires éculées, tellement le mensonge et la politique sont consubstantiels depuis presque la nuit des temps.

On peut même employer le terme « consanguin », car la gent politique est une caste particulière qui se reproduit entre elle, souvent en famille qui plus est ! C’est dire à quelles sortes d’horribles malformations est confronté le citoyen (terme totalement falsifié employé comme flatte-couillon par le politique lorsqu’il a besoin de bulletins de vote, c’est sa nourriture.. En vérité on devrait parler de consommateur.)

Citoyen, premier mensonge politique, quasi ontologique.
Tout le monde peut s’en rendre compte peu ou prou, le politique est une sorte de théâtre, où répliques assassines, bons mots, tirades larmoyantes, ou viriles, pathos éhonté, lyrisme tragique, ironie cinglante, comique souvent involontaire, coups pourris, médisance, etc. sont l’ordinaire du métier. Comme au théâtre, en effet.

Sauf qu’au théâtre, les acteurs sont généralement plus convaincants, savent te vous mettre le public unanime dans leur poche, sont capables d’un instant à l’autre de lui arracher des larmes, des rires, de le faire frémir de bonheur ou d’horreur, de le mettre devant des cas de conscience dont il ne sortira pas indemne, alors que, c’est évident, tout est faux au théâtre ! c’est voulu ! pire : le spectateur vient, en conscience, se faire duper, allonge même de la tune pour se faire rouler dans la farine !

Rhôôôôôô !

La différence avec le politique, c’est qu’à un moment délibérément choisi le spectacle se termine. Alors les acteurs saluent, enlèvent leur faux-nez et, heureux du travail accompli s’en retournent à leurs préoccupations ordinaires : les fins de mois un peu justes, les amours contrariées, les places de parcage de la voiture, les enfants qui foutent rien à l’école, etc. comme tout le monde.

Le politique, lui, n’enlève jamais son faux nez, n’a aucune préoccupation ordinaire, du moins il est suffisamment bien payé pour que le petit personnel s’en occupe, il n’a de réel souci que lorsqu’il se fait attraper avec les doigts dans la confiture. Et encore ! comme il a généralement participé à la mise en pot, il sait comment l’appeler marmelade, c’est moins grave.

La société du spectacle appelait ça Guy Debord…

Mais ce qui compte, c’est que le citoyen se sente réellement citoyen de temps en temps, faut pas déconner, quand même !

Miracle ! Ça arrive régulièrement, lors d’un grand Barnum, où le politique peut donner toute la mesure de son talent. Mieux ! le citoyen devient citoyen durant l’instant que met son bulletin de vote à virevolter de l’entrée au fond de l’urne. Après, c’est fini.

On appelle ces grandes fêtes populaires « élections ». Elles visent à sortir le pays de la situation difficile où l’ont mit des politiciens incompétents, plus soucieux de leur réélection que de l’avenir du pays. C’est ce que répètent à l’envi avec toutes sortes de riches nuances, de suaves vocalises, tous les élus du peuple professionnels durant les festivités électorales. Ensuite ils contribuent, chacun selon ses moyens, à mettre le pays dans la situation difficile dont fort heureusement ils le sortiront dès les prochaines élections.

Les élections, cette riche idée démocratique, sont devenues incontournables en politique bien comprise. Même les autocrates les plus sanglants des pays les plus dictatoriaux tiennent à être élus ! Et autant de fois qu’il convient à leur bon plaisir. Ça leur donne une légitimité. Une légitimité démocratique, reconnue par l’ONU. Là, on discute plus.

Dans nos édéniques contrées, nous sommes peu à peu passés de « La dictature, c’est : Ferme ta gueule ! » à « La démocratie c’est  : Cause toujours ! »

Ceci grâce à une technique enseignée dans les Hautes Écoles et les Universités, applicable aussi bien au politique qu’à l’épicerie en gros (Marketing, en américain, ça fait vachement plus professionnel et donne l’impression au badaud de la maîtrise de savantes technologies inaccessibles au commun des mortels).

Je vais vous parler d’un temps que les moins de 39 ans ne peuvent pas connaître.

En ces temps, dans nos charmantes contrées libres-entrepreneuses, nous avions coutume de nous gausser des déclarations toujours triomphantes des successeurs de Lénine, Trotsky, Staline, etc. Tout allait formidablement bien sous la dictature du prolétariat sur lui-même ! Ah ! qu’il faisait bon y vivre ! Ceux qui disaient le contraire n’étaient que des petits bourgeois corrompus par le capitalisme américain. On appelait ça, étions-nous taquins, « Langue de bois ».

« La langue de bois est un langage à part entière dont on se demande s’il n’est pas enseigné à l’ENA. Parmi ses nombreuses 'utilités', il permet de cacher la vérité, de répondre à côté de la question ou de noyer une absence de pensée ou de connaissance d’un sujet sous un déluge de paroles creuses. »

(http://www.expressio.fr/expressions/langue-de-bois.php)

L’idée fut trouvée excellente de ce côté-ci du rideau de Mac Do. On commença par lui trouver un nom plus sérieux, faisant référence à la science. On lui donna nom « Communication » Com’ pour les amis.

Celle-ci ressortit de sciences parfaitement honorables comme la sociologie, l’anthropologie, la psychologie. C’est, d’ordinaire, la manière des gens de se parler, d’échanger des idées (si jamais ils en ont, ça arrive), ou des informations.

Associée aux autres aspects de ces sciences, elle permet de comprendre mieux l’humain, seul ou en groupe.

Mais quand on l’isole, qu’on en fait une fin, un métier, elle devient un instrument manipulable au gré des intérêts de chacun. Tout comme la raison, souvent confondue avec la vérité, la morale, qui, détachées des valeurs humanistes (qui n’ont rien de rationnel) peut et a déjà conduit au pire.

La communication, pourtant bien anodine, que chacun d’entre nous exerce comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, en devenant discipline séparée, autonome devient un instrument de manipulation éhonté, dont la seule finalité est de vendre, pas seulement des marchandises, mais aussi des idées, de l’aliénation, et surtout de rendre acceptable l’inacceptable.

Sortant d’universités quelques fois réputées, nos modernes boutiquiers, bardés de diplômes comme un général soviétique l’était de médailles, ont, dans un même élan réinventé la scolastique.

Tablant sur le fait que plus personne ne sait ce qu’était la scolastique, il y avait là un créneau à prendre, comme disent les communicants en leur savoureux babil.

Science éminemment prisée au Moyen-âge, la scolastique, pour résumer, consiste à parler pour ne rien dire. Mais sur un ton docte et en employant un vocabulaire et une syntaxe suffisamment abscons et inusités pour que l’individu normalement constitué s’y perde vite, n’y comprenne rien, tout en ayant un sentiment d’infériorité face à des gens tellement savants et donc compétents qu’il estime pouvoir leur faire confiance.

Aujourd’hui, pour le cas où notre songe-creux risquerait d’être démasqué par quelque licencié en langues romanes, il truffe son discours de termes anglo-américains. La « compétence » étant, par nature, comme chacun sait, Américaine c’est un des maîtres mots [creux] des grands [et petits] prêtres du commerce, de la finance et de la politique réunis.

Ce qui nous montre que ce genre d’études n’est pas fait pour les culs-terreux sachant seulement parler la langue de leur mère.

Toutefois, et pour terminer sur une note optimiste, les progrès de la science informatique ont permis la création d’un outil fort intéressant qui permet de pratiquer soi-même la com, d’en mieux comprendre la saveur sans dépenser des sommes folles en beuveries à l’Université : le Pipotron, générateur de phrases creuses http://www.pipotron.free.fr/ ,et sa déclinaison plus récente, le Politophore de Christian Feron.

http://chrisferon.free.fr/technologies-langage/pipotron-politophore-exec...

Exemple :

Mesdames, messieurs,

De grands chantiers nous attendent.

Nous avons tous pu constater que la baisse du pouvoir d’achat nous demande, plus que jamais, de rester particulièrement attentifs et vigilants.

Qu’est devenue la volonté populaire, expression démocratique des peuples à décider de leur avenir ? Bien entendu, la stabilité sociale est une donnée de base : pourtant nos adversaires font mine de l’ignorer.

En mon âme et conscience, ma conviction profonde, voyez-vous, c’est que la baisse du pouvoir d’achat oblige à une meilleure prise en compte des équilibres humains, en traçant de nouvelles perspectives de changement au moyen du dialogue, avec une politique cohérente, raisonnée et concertée.

Pour conclure, je voudrais citer François Mitterrand qui écrivait : « L’homme politique s’exprime d’abord par ses actes ». En effet, l’intention, aussi bonne soit-elle, n’est rien en l’absence d’actes.

C’est une question de supplément d’âme : la citoyenneté, c’est le sentiment d’appartenir à une communauté solidaire, vivante et généreuse. La force de notre nation réside dans notre diversité au-delà de nos différences. Je ne le redirai jamais assez, tel doit être notre but !

Mesdames, messieurs, je vous remercie de votre attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous avez déjà entendu ça quelque part ? Alors que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.

Ramen.

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