semaine 48

Tous les cons ne sont pas morts du Covid. Il en reste. J’en ai rencontré.

Pasta par Michel Noirret, le 03 novembre 2020

© WICH

Le con est un humain libre. Il ne supporte aucune entrave à sa liberté et lorsqu’il lui arrive quelque chose de désagréable, c’est la faute du gouvernement. Ce n’est pas lui qui commettrait des erreurs de jugement. Le con a toujours raison. Quand il se prend les pieds dans le tapis, c’est de la faute du tapis, quelquefois de ses pieds à cause de cet abruti de podologue qui n’a rien compris et l’a mal soigné. Le con ferait bien podologue lui-même, mais quoi, merde, s'il paye, c’est pour être soigné à son goût et pas par des ignares qui prétendent tout savoir, alors que si on l’avait laissé faire il aurait été guéri tout de suite.
C’est un individualiste rabique : s’il regarde les mêmes émissions de télé que la multitude de ses semblables, c’est par choix personnel. S’il possède une bagnole, même si ses moyens ne le lui permettent pas d’emblée, il fera son possible pour acheter un SUV afin de montrer à la multitude des possesseurs de SUV qu’il est leur égal et qu’ils n’ont pas à le regarder de haut : il est aussi con qu’eux et c’est pas la peine d’essayer de l’impressionner. (Aïe ! JFH, tu crois qu'on va perdre des lecteurs, là ?) Ça lui donne confiance en lui, une certaine arrogance, même. D’ailleurs, afin de prouver aux populations qui pourraient douter de sa liberté de mouvement, soyez sûrs qu’au premier rayon de soleil un peu chaud, il ouvrira largement la fenêtre de son véhicule afin de vous faire profiter des derniers tubes à la mode, à fond la caisse, de manière à vous exposer sa modernitude.
Bien sûr, il prend ses congés aux mêmes dates que des millions de ses semblables ; sur les autoroutes congestionnées il peste contre les cons qui prennent leurs vacances en même temps que lui. Bien entendu, il se rend dans les mêmes lieux balnéaires et contribue à leur destruction, avec la complicité active de marchands « indépendants » épris de liberté d’entreprendre.
Le con tient à être un des premiers en possession du nouvel iPhone et, afin d’afficher son indépendance d’esprit, en compagnie de centaines d’individualistes, d’originaux forcenés comme lui, fait la file devant les magasins Apple dès avant l’heure d’ouverture.
Le con, il est important de le souligner, agit spontanément. Aucun pouvoir politique ne l’enjoint de se distinguer par la possession de tel ou tel gadget ou par tel ou tel comportement généralement inutile, voire dangereux: le con est un CON-SOM-MATEUR. Une sorte de boyau à pattes qui se remplit puis excrète. La vraie vie quoi.
Par contre, si d’aventure les autorités gouvernementales, dont il est le client, prises de de cours et de panique devant un évènement dangereux, la Covid par exemple, se mettent à le considérer comme un citoyen responsable, là, il se révolte ! C’est un complot, un attentat à sa liberté de consommer à sa guise; ces soi-disant malades, morts, hôpitaux au bord du désastre, c’est pas son problème. Il a vraiment d’autres soucis et ne veut pas qu’on l’emmerde avec ces mensonges : le con résiste très bien au Covid, regardez Trump.
On n’a pas le droit de l’obliger à prendre soin des autres. Les autres ? Quels autres ? Donc, pas de masque, ou alors sur le menton et vite sur le nez au passage de la voiture de flics.
Et si le con se retrouve à l’hosto, c’est à cause d’un con qui n’a pas mis son masque.
Oui, les lois de la connerie sont assez difficiles à saisir dans leur mouvante complexité.
Et puisqu’on parle de con, il est difficile de faire comme si André Comte-Sponville, un grand philosophe contemporain, n’existait pas.
Il nous a quelque peu épastrouillés le 23 octobre dernier, sur France Culture. Tir groupé.
Il y a d’abord défini la philosophie comme « une pratique théorique qui a le tout pour objet, la raison pour moyen et la sagesse pour but. »
Les mauvais sujets, dont je fais hélas partie, pensent que le Tout c'est n’importe quoi, vaste ou minablement restreint, ça dépend des capacités cognitives du philosophe. Le Tout de son Cru ? (Merci Jacques Antel). La Raison ? C’est pas inutile en effet, mais tant de gens de « raison » se sont plantés et se planteront encore qu’il vaut mieux être prudent vis-à-vis des pratiques théoriques n’ayant d’autres finalités que de blablater. Sauf le Pastafarisme, bien entendu.
La Sagesse pour but ? Ça mange pas de pain, un but c’est souvent lointain, et plus c'est lointain plus on a le temps d'arriver, quoique personne ne vous oblige à l’atteindre. Vous pouvez même en changer en cours de route. Sans vouloir être pessimiste, notre ami semble encore assez loin de l’arrivée. Ce n’est qu’un avis personnel.
Comme dit l’autre, c’est le chemin qui compte.
« La santé, a-t-il encore déclaré, est très précieuse et peut être le plus grand des biens comme disait Montaigne ; mais la liberté comme valeur me préoccupe davantage. J’ai dit et je répète : je préfère attraper la Covid-19 dans une démocratie plutôt que de ne pas l’attraper dans une dictature et j’espère bien ne pas être le seul à avoir cette opinion-là. » Pour ceux qui n’auraient pas compris, mettons à la portée des humbles cette pensée un peu difficile : il vaut mieux être riche et malade que pauvre et en bonne santé. Voilà qui met à mal une vieille manière de penser le Tout. Salauds de pauvres quand même .
Notre aimable philosophe, ce jour là en verve, y’en a des comme ça, déclare, sans rire : « Si on prend la vie dans son entier, les plus fragiles, les plus vulnérables sont les jeunes en général et les enfants en particulier. Je refuse qu’on sacrifie le sort de deux générations à la santé de leurs parents ou de leurs grands-parents. »
Rassurons-le tout de suite sur deux points : Point un: Les jeunes sont solides, peu vulnérables, la preuve : ce sont eux que de tout temps on envoie à la guerre parce qu'ils sont résistants. Nos amis les militaires s’y entendent en costauds capables de tenir jusqu’au dernier, jusqu’à l’arrivée de la cavalerie. Deuxième point, la crise Covid ne sévit chez nous que depuis le mois de mars, c’est-à-dire, à l’heure où je mets sous presse, neuf mois. C’est loin de faire deux générations, même en supposant qu’un vaccin efficace tarde un peu à arriver.
En somme, il propose de laisser crever les vieux afin de sauver les jeunes. Quelle sagesse! Cependant, ce n’est pas très novateur en matière de « raison » raisonnante. On a déjà entendu des choses similaires en Allemagne dans les années trente et quarante : il convenait d’éliminer les handicapés, physiques, mentaux, pédés, marginaux et autres nuisibles pour sauver la santé de la Nation. N’était-ce pas une idée généreuse et progressiste ? Les nazis sont toujours de grands incompris, allez! s’ils n’avaient pas toujours raison ils avaient leurs raisons. Demandez à Jan Jambon, président du gouvernement flamand.
Toutefois, un grand philosophe conscient de ses responsabilités se doit de les prendre : pour laisser place à un jeune méritant, Comte-Sponville, s’il est cohérent, ce dont nous ne doutons pas, va se suicider.
N’empêchons pas un tel besoin de servir : nous, les vieux, impressionnés par cette noble démonstration de sacrifice au profit d’une jeunesse fragile, nous ferons de même, personne n'en doute. Le corps de notre héros sera conservé au Panthéon comme exemple de civisme et d’abnégation. La gloire, quoi ! Ceux qui l’auront suivi dans cette voie patriotique n’y auront pas droit, disons-le tout de suite, y aurait pas la place. La gloire, ça ne se distribue qu’avec parcimonie.
Evidemment, on pourrait comprendre qu’il hésite. Un suicide peut être douloureux. Et puis, au dernier moment, on peut changer d’avis, hélas trop tard ! Vous imaginez le bref mais mauvais moment à passer ?
Il existait, du temps de ma folle jeunesse, un excellent ouvrage sur le sujet, propre à faciliter la démarche de ceux qui voulaient vraiment en finir proprement: « Suicide, mode d’emploi ». Il fut interdit, allez savoir pourquoi ? Toutefois, on le trouve de nos jours dans les bonnes librairies.
Reste l’euthanasie. Pas en France, hélas, ce n’est pas autorisé. En Belgique, ce serait possible, mais il faut être atteint d’une maladie incurable. La peste noire a été éradiquée, mais la connerie noire n’est pas reconnue comme maladie incurable dans nos contrées. Les médecins sont vraiment des incapables.

Pendant ce temps l’Islam pacifique et tolérant poursuit ses avancées historiques. Où s’arrêtera-t-il ? Catherine Moureaux, qui ne décapite pas encore elle-même les enseignants de sa commune pour cause de caricatures impies, pourrait peut-être nous informer. Soyons prudent, tout de même.

Que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.
Ramen.

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