semaine 48

Le temps

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 06 novembre 2020

© Serge Goldwicht

Le temps qui s’écoule, il le ressent intensément sur son corps et dans son cerveau. Le temps est une fourmi qui travaille obstinément sans jamais prendre ni pause, ni vacances. Il sent les fourmis du temps creuser leurs sillons et leurs cratères sur sa peau et ses cheveux tomber aussi sûrement que les feuilles des arbres à l’automne. Sa chair au menton, au ventre et aux hanches se dilate et menace de s’écrouler comme un vieil immeuble. Des visages aimés disparaissent de sa mémoire, remplacés par des trous noirs grands comme ceux que les astronomes repèrent dans l’espace. C’est un règlement de compte brutal, un abattoir, une mise à mort inégale où tous les coups sont permis, même les plus violents, ceux qu’il ne ressent pas dans l’immédiat mais dont les plaies le feront souffrir plus tard quand il aura oublié. Il est d’un naturel combattif, et têtu, un vrai taureau jamais prêt à se laisser faire mais comment lutter contre le temps qui passe ? Dans son appartement, il a déjà débranché toutes les horloges qui le frappent et déprogrammé l’affichage de l’heure sur son ordinateur mais le temps survit toujours à travers les gouttes d’eau du robinet qu’il est pourtant certain d’avoir fermé jusqu’à s’en tordre les poignets. Son sablier, il l’a bouché avec du chewing-gum. Mais le temps sévit aussi dans les trams qui passent à heures régulières sous ses fenêtres. Il a réglé momentanément le problème des trams en bloquant les voies avec tout ce qu’il a trouvé dans les rues : poubelles, gravats, trottinettes et déchets de chantier. Victoire ! Le temps s’est arrêté quelques instants dans la rue mais des ouvriers au service du temps n’ont pas tardé à libérer les voies et le temps du tram a repris son cours. Que faire ? Comment lutter ? Il ne peut quand même pas décrocher le soleil mais il faut agir, agir vite car le temps presse. Son appartement est proche d’une église du XIVème siècle dont le clocher porte très haut le symbole du temps qui passe, une horloge plus imposante, plus puissante et plus visible que la croix. Il pénètre dans l’église pour la première fois parce qu’il n’est pas croyant. Quelques fidèles prient pour que le temps s’arrête. Il avise l’escalier en pierre qui mène au clocher et grimpe les marches en quatre à quatre. Tout en haut, tranquille, le mécanisme du temps est en marche. Il bloque la grande aiguille avec un sac de sable abandonné là par des ouvriers qui ont restauré la pierre. Le temps s’arrête. Assis sur le sac, aaah qu’il est bien enfin. Le pauvre fou ! Le naïf prétentieux ! L’imbécile heureux ! Comme s’il était possible d’arrêter le temps qui passe et poursuit inéluctablement sa route. Comme si le temps pouvait être dompté ! Comme si cet imbécile était Dieu ! Comme s’il n’était pas le stupide personnage de cette médiocre nouvelle et pouvait décider de son destin alors qu’il n’est qu’une marionnette sans pouvoir puisque c’est moi, l’auteur, le maître absolu. Comme s’il pouvait lutter ! Comm

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Commentaires

Portrait de Bernard Dutrieux
Ah il semble que le texte n'est pas clos, comme le temps peut-être...

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