semaine 15

Papa !

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 10 janvier 2021

© Serge Goldwicht

Depuis quelques temps, Papa et Maman ressemblent à deux bouilloires sur le point de siffler dans notre petit appartement.

Les bouilloires sont tellement chaudes que je n’ose pas m’en approcher même pour un câlin de peur de me brûler. Ils n’étaient pas comme çà avant le confinement. Papa partait respirer au travail et Maman riait avec ses collègues mais, à présent, ils passent toutes les journées ensemble et çà chauffe à mort. Ce soir, dans mon lit, j’essaie de trouver le sommeil en espérant échapper à mon cauchemar habituel où je suis poursuivi par un monstre gigantesque et cruel mais mes parents crient tellement fort dans la cuisine qu’il n’ose pas venir, le sommeil. Ce n’est pas la première fois qu’ils se disputent mais, cette fois, c’est plus grave. Maman hurle fort, on dirait qu’elle a mal. Je l’entends même qui pleure et je vais voir.

- Maman ?

Elle est couchée sur le sol de la cuisine avec du sang plein le visage et Papa lui donne des coups de pieds sur tout le corps. Chaque fois qu’il la frappe, Papa devient plus grand, plus fort et crie : " Je suis un homme ! ". " Je suis un homme ! ".

- Arrête , Papa ! je lui dis mais il ne m’entend pas. On dirait qu’il se trouve dans un autre monde. A chaque coup, il devient plus fort et grandit un peu plus encore. Il se frappe le torse comme un gorille et répète : " Je suis un homme ! Un homme !" A ses pieds, Maman ressemble à une poupée désarticulée, peut-être qu’elle est morte ! Maman ! Mon Dieu, non ! A chaque coup qu’il donne, Papa grandit encore et encore. Sa tête traverse le plafond à présent et le plafond du voisin du dessus Tout est détruit autour de lui. Notre appartement, l’immeuble et le peu que nous possédions. Papa est gigantesque, plus grand que l’immeuble.

- Papa ? je lui dis craintivement.

Et soudain, il se rend compte que je suis là, m’observe de ses yeux rouges et sa main gigantesque tente de s’emparer de moi. Dans les décombres de l’immeuble où je me terre, je parviens à lui échapper. Maman ne bouge plus et je suis invisible. Après avoir hurlé un dernier : "Je suis un homme ! ", il s’éloigne à travers la ville pour retrouver les autres hommes en détruisant tout sur son passage. Il est fort, il est gigantesque mais moi, sous les décombres, je prie de toutes mes forces pour ne plus jamais grandir.

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