semaine 48

Partout le sacrilège

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 01 novembre 2020

© Serge Goldwicht

Erwin s’est converti à l’Islam parce que c’est beau. Beau cette communauté de croyants qui ne s’attachent pas à la vie matérielle mais qui sont guidés par une vie spirituelle qui élève l’homme et embellit son existence. Il faut ajouter qu’il lui fallait aussi et surtout trouver une motivation valable à sa propre vie qui est vide. En échange de sa conversion, Erwin est persuadé avoir reçu un don d’Allah : il est capable de lire dans les pensées des gens qu’il croise. C’est un don mais aussi et surtout, une mission. Grâce à ce don, il doit défendre son dieu et son prophète des blasphèmes et des mécréants. Près de chez lui, habite une famille maghrébine et musulmane dont le père fait le Ramadan, suit les rituels et prie à la mosquée mais quand Erwin sonde les pensées de cet homme, il se rend compte qu’il n’est pas un bon musulman. Ce mauvais musulman va à la mosquée comme il irait au supermarché et pendant la prière, cet homme pense à mille choses à propos de son travail et même à des femmes. Scandale ! Scandale ! Pendant la prière du vendredi, il ne pense ni à Allah, ni au prophète. Faut que çà cesse ! Facile. Dans sa cuisine, sont rangés des dizaines de couteaux. Il s’empare du plus grand, du plus pointu, du plus tranchant, celui qui correspond le mieux à sa colère, attend le faux musulman dans son hall d’entrée et l’égorge. Alors que l’homme git sur le sol, en train de mourir dans une mare de sang, Erwin sonde les pensées de sa victime qui ne pense qu’à sa famille et à sa lointaine enfance mais pas à Allah, ni au prophète et pas non plus au paradis qui l’attend. Un véritable apostat auquel il fallait trancher la gorge. Hé, hé. La police a attribué le meurtre à un partisan de l’extrême droite qui aurait agi par vengeance, islamophobie ou tout simplement par racisme. La mission d’Erwin n’est pas terminée. Cette fois, il s’attache aux pas d’un de ses voisins belge et athée, grand lecteur de Charlie Hebdo. Un homme qui doit probablement se délecter des caricatures du prophète. Lui aussi doit mourir. Il ne suffit pas de condamner les caricatures. Il faut absolument empêcher de penser.

Ce vendredi, à la mosquée, Erwin se sent meurtri et dévalorisé. Un homme déterminé appelle au jihad contre tous les mécréants qui blasphèment. Quand Erwin sonde le cerveau de cet homme, il n’y trouve aucune réflexion mais le mécanisme bien huilé d’une Kalachnikov. Un vrai robot. Erwin est rempli d’amertume car il comprend confusément que Allah lui préfère le robot pour accomplir sa mission. Terrible blessure, ce désaveu ! Mon dieu ! Il ne pensait pas qu’Allah puisse se montrer ingrat.

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